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Full text of "Niels Henrik Abel : memorial publié à l'occasion du centenaire de sa naissance"

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NIELS  HENMK  ABEL 


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NiELS  Henrik  Abel 


MEMORIAL 


PUBLIE 


A  UOCCASION  DU  CENTENAIRE 


DE  SA  NAISSANCE 


KRISTIANIA 

JACOB  DYBWAD 
PARIS  LONDRES 

GAUTHIER-VILLARS  WILLIAMS  &  NORGATE 

LEIPZIG 

B.  G.  TEUBNER 


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IMPRIMERIE  A.  W.  BR0GGER 
KRISTIANIA  1902 


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Jtar  décision  du  storthing  en  date  du  15  février  1902,  décision  qui  a  reçu 
force  de  loi  par  décret  royal  du  8  mars  suivant,  on  a  voté  les  fonds  pour  la  célé- 
bration du  centenaire  de  la  naissance  de  Niels  Henrik  Abel. 

Pour  célébrer  cette  solennité,  le  conseil  académique  a  dans  sa  séance  du  22 
février  1902  nommé  un  comité  de  professeurs  de  l'Université  sous  la  présidence  du 
professeur  Fridtjof  Nansen.  Ce  comité  décida  dans  sa  première  séance,  le  3  mars, 
de  publier  comme  Mémorial  du  Centenaire  ce  qui  nous  reste  des  lettres  d'ABEL.  Ce 
travail  a  été  confié  à  deux  des  membres  du  comité,  les  soussignés  L.  Sylow  et 
Elling  Holst.  Le  premier  s'est  chargé  d'exposer  la  marche  des  études  et  des 
travaux  d'ABEL,  en  s'aidant  de  ses  lettres  et  de  ses  manuscrits;  le  second,  d'écrire 
comme  introduction  au  livre  une  biographie  d'ABEL  servant  de  commentaire  à  ses 
lettres.  Au  cours  du  travail,  on  a  en  outre  découvert  toute  une  série  de  documents 
officiels  concernant  Abel;  cette  collection  a  été  insérée  dans  le  Mémorial  par  les 
soins  de  M.  Carl  St0rmer,  soussigné,  chargé  de  cours  à  l'Université  et  secrétaire 
du  comité,  qui  à  cette  occasion  est  entré  dans  le  comité  de  rédaction. 

Bjornstjerne  Bj0RNSON  nous  a  autorisés  à  placer  en  tête  de  l'ouvrage  la 
cantate  qu'il  a  composée  à  l'occasion  du  jubilé. 

Le  texte  des  lettres  originales  a  été  collationné  sur  les  manuscrits  par  M.  A.  Kj^er, 
bibliothécaire  de  l'Université.  M.  Andr.  M.  Hansen,  docteur  ès-sciences,  a  collaboré 
aux  notes  et  éclaircissements  sur  les  lettres.  Les  renseignements  sur  les  personnes 
citées   sont    dûs   pour  la  plus  grande  partie  à  M.  E.  A.  Thomle,  archiviste. 


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La  traduction  est  l'œuvre  de  M.  P.  G.  la  Ghesnais,  de  Sèvres;  mais  en 
raison  du  manque  de  temps,  les  notes  et  éclaircissements  ont  été  traduits  par 
M.  Gh.  Delgobe,  ingénieur  à  Kristiania,  qui  a  bien  voulu  se  charger  aussi  de  la 
correction  des  épreuves  ;  quelques-unes  ont  été  lues  par  M.  J.  Lesgoffier,  de  Nancy. 

Le  comité  de  rédaction  se  permet  d'adresser  ici  ses  remercîments  à  ces 
messieurs  pour  leur  précieuse  collaboration. 

Nous  devons  également,  au  nom  de  l'Université,  remercier  bien  respectueuse- 
ment madame  Thekla  Lange,  nièce  d'ABEL  et  veuve  de  l'ancien  ministre,  de  la 
bienveillance  avec  laquelle  elle  a  mis  à  la  disposition  du  comité  les  lettres  d'ABEL 
qu'elle  possède  et  l'oiiginal  du  portrait  d'AsEL  par  le  peintre  Gorbitz,  reproduit 
en  tête  du  présent  ouvrage.  En  ce  qui  concerne  cette  reproduction,  on  n'a  pas  cru 
devoir  supprimer  par  retouche  les  taches  produites  par  le  temps,  de  crainte  d'altérer 
ainsi  la  finesse  de  l'original.  La  vue  du  presbytère  de  Finno,  où  est  né  Abel,  est 
reproduite  ici  d'après  un  lavis  original  du  peintre  Th.  Fearnley,  fait  du  vivant 
même  d'ABEL,  et  qui  nous  a  été  obligeamment  prêté  par  M'"^  Frederikke  Kielland, 
Melby,  Skedsmo;  nous  remercions  vivement  aussi  M'"'  Marie  Bergesen,  qui  a 
attiré  notre  attention  sur  l'existence  de  ce  dessin  et  nous  en  a  facilité  l'emprunt. 

La  vue  du  tombeau  d'AsEL  a  été  dessinée  d'après  une  photographie  d'amateur 
prise  en  août  1901  par  C.  Stormer. 

Nous  avons  joint  à  cette  publication  six  fac-similé,  tant  de  lettres  d'ABEL,  que 
d'autres  manuscrits  laissés  par  lui  et  datant  de  différentes  époques. 

Kristiania,  août  1902. 


Elling  Holst  Carl  Stormer  L.  Sylow 


TABLE  DES  MATIERES 

NiELS  Henrik  Abel.     Par  Bj0rnstjerne  Bj0rnson 

Introduction  historique.     Par  Elling  Holst 

Correspondance  d'Abel  comprenant  ses  lettres  et  celles  qui 

LUI  ont  été  adressées 
Lettres  relatives  a  Abel 

Notes  et  éclaircissements  sur  la  correspondance 
Texte  original  des  lettres  écrites  par  Abel  en  norvégien 
Documents.    Publiés  par  Carl  St0rmer 
Eclaircissements  sur  les  documents 
Les  études  d'Abel  et  ses  découvertes.    Par  L.  Sylow 


MEMORIAL 


NIELS  HENRIK  ABEL 


Un  esprit  est  près  de  nous. 
Sous  l'étoile  qui  présida 
au  réveil  de  la  Norvège, 
il  s'est  allumé  ici. 

Son  chemin  le  mena  tout  droit 
vers  les  plus  hautes  régions 
qu'atteignent  les  pensées, 
et  là,  jusqu'aux  plus  hautes. 

Un  esprit  est  près  de  nous. 

De  ses  pensées  lumineuses, 

foule  frémissante, 

notre  demeure  est  maintenant  remplie. 

Telle  une  grande  vague 

lointaine,  au  mugissement  rythmé, 

elles  chantent  des  victoires,  des  victoires. 

Silencieuses  les  suivent 

d'autres  pensées,  suite  des  premières, 

mais  qui  n'ont  pas  été  pensées. 

Lorsqu'elles  sont  venues, 

la  barrière  était  close. 

On  était  encore  au  matin; 

mais  lorsqu'elles  sont  venues, 

la  barrière  était  close. 


Impassible  comme  le  temps 
est  la  science  des  nombres. 
Leurs  combinaisons  sont 
dans  une  éternelle  aurore 
plus  pures  que  la  neige, 
plus  subtiles  que  l'air; 
mais  plus  fortes  que  le  monde, 
qu'elles  pèsent  sans  balances, 
qu'elles  éclairent  sans  rayons. 

Et  les  siennes  ont 

enfoncé  de  profondes  racines 

dans  la  loi  de  la  connaissance. 

Là  où  il  a  été 

on  ne  pense  plus  sans  lui. 

Lorsqu'il  s'aperçut 

que  la  mort  venait  le  chercher, 

il  la  pria  d'attendre. 

Il  fit  des  calculs,  des  calculs, 

et  posa  sa  signature, 

la  dernière, 

sous  ce  que  personne  ne  savait  encore, 

et  qu'à  peine  l'on  comprit,  — 

aujourd'hui  base  des  recherches. 

L'étoile  sous  laquelle  il  est  né 

brille  au  berceau 

des  savants,  de  loin. 

Cent  ans 

sont  ici  comme  un  jour. 


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Là  où  la  solitude  s'accroît 

de  la  brume  de  la  mer  et  de  l'obscurité, 

elle  rejette  vers  la  pensée  intérieure, 

laissant  le  jeu  et  le  travail, 

pour  la  contemplation  du  ciel, 

de  la  mer  et  des  pierres;  — 

Sur  cent  qui  rêvent 

un  devient  un  penseur. 

Pour  celui-là  tout  est  questions 

qui  trouvent  en  lui  un  écho; 

un  livre  qui  veut  répondre 

ne  fait  qu'en  poser  de  nouvelles. 

Le  vide  a  des  yeux 

qui  questionnent  sans  repos, 

les  étoiles  même  parlent 

de  distance  et  de  mesure. 

Lorsqu'à  un  de  ceux-là  il  vient  des  ailes, 

et  qu'il  s'envole  librement, 

il  répond  pour  le  monde 

à  des  énigmes  millénaires.  — 

C'était  un  gamin  du  Vestland, 

d'une  vingtaine  d'années. 

Maintenant  il  appartient  au  monde; 

mais  le  gamin  était  à  nous. 

Bj0rnstjerne  Bjornson 


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ELLING  HOLST 


INTEODUCTION  HISTOEIQUE 


INTRODUCTION    —     1 


NiELS  Henrik  Abel 

INTRODUCTION  HISTORIQUE  A  SA  CORRESPONDANCE 

PAR 

ELLING  HOLST,  Dr. 

XJes  compatriotes  (I'Abel,  en  publiant  à  l'occasion  du  centenaire  de  sa  naissance 
la  collection  complète  de  ses  lettres,  ont  un  double  motif.  D'une  part,  ses  lettres  ont 
certes  été  souvent  citées,  mais  jamais  publiées  entièrement,  ce  que  l'on  eût  eu 
toutes  raisons  de  faire  depuis  longtemps,  puisqu'il  s'agit  d'un  homme  dont  la 
pensée,  malgré  sa  jeunesse,  fut  si  originale  et  initiatrice.  D'autre  part,  elles  seules 
donnent  l'image  vraie,  digne  de  foi,  de  sa  personne,  de  son  entourage,  de  ses  mal- 
heurs et  de  sa  misère,  bref,  de  toute  sa  vie  misérable,  qui  contraste  d'une  manière 
si  saisissante  avec  son  génie  incomparable. 

Ses  lettres  forment  en  réalité  un  supplément  nécessaire  aux  œuvres  universelle- 
ment connues,  qui,  dans  les  quelques  années  de  sa  vie,  lui  ont  assuré  l'immortalité. 
Et  l'on  ne  saurait  lui  tendre,  en  mémoire  de  sa  brève  existence,  pleine  de  gloire  et 
de  soucis,  une  plus  belle  couronne  que  celle  qui  est  formée  des  feuilles  modestes 
où  lui-même,  sans  le  savoir,  a  tracé  son  portrait.  Personne  ne  pourra  les  lire 
dans  leur  ensemble,  et  avec  la  connaissance  de  l'histoire  de  sa  vie,  sans  être  ému. 
Elles  donnent  de  son  être  intérieur  une  image  qui  précise  nettement,  au  plus 
profond  de  son  âme,  sa  tendresse  enfantine.  C'est  un  enrichissement  de  se 
trouver  avec  elles  en  face  de  sentiments  simples  et  primitifs,  chez  un  esprit 
aux  pensées  profondes  et  créatrices,  que  depuis  longtemps  on  admire  et  dont  on 
poursuit  l'application.  Leur  publication  est  un  acte  de  justice  envers  lui,  et  c'est 
seulement  par   elles    que  son  action   pourra  être  pleinement  comprise  et  appréciée. 


ELLING    HOLSï:     INTRODUCTION   HISTORIQUE 


Mais  pour  comprendre  les  lettres,  il  faut  que  sa  vie  soit  brièvement  racontée. 
Et  pour  comprendre  sa  vie,  il  faut  la  situer  dans  les  conditions  extérieures  où  il 
est  né,  a  grandi  et  agi. 

Abel  est  né,  et  son  enfance  s'est  écoulée  à  l'époque  de  la  guerre.  Il  est  venu 
au  monde  quelques  mois  après  la  bataille  dans  la  rade  de  Copenhague,  et  il  avait 
dix  ans  lorsque  sévit  en  Norvège  la  grande  famine  de  „rannée  du  pain  d'écorce" 
Deux  ans  plus  tard,   comme  par  miracle,  son  pays  devint  un  royaume  indépendant. 

Mais  le  nouvel  état  n'était  pas  seulement  le  plus  jeune  d'Europe,  il  était  aussi 
à  tous  égards  le  plus  faible.  Notre  seule  force  avait  été  notre  fureur  patriotique 
contre  le  traité  de  Kiel,  et  notre  courage  à  tout  risquer  pour  la  liberté  et  l'indépendance. 
Au  milieu  de  notre  misère  il  y  eut  de  la  grandeur  et  un  noble  esprit  de  sacrifice 
dans  la  nation.  En  1811,  tous,  riches  et  pauvres,  d'une  manière  qui  n'a  jamais 
été  imitée  depuis,  avaient  réuni  l'argent  nécessaire  pour  organiser  l'université  de 
Kristiania  nouvellement  instituée,  et  un  patriotisme  tout  aussi  spontané,  profond  et 
sérieux  anima  les  hommes  d'Eidsvold  en  1814.  Une  seule  pensée  les  avait  saisis 
tous,  haut  et  bas  placés,  jeunes  et  vieux.  Le  sujet  même  de  la  composition  norvé- 
gienne de  V Examen  artium  cette  année-là  fut  inspiré  par  le  même  esprit  patriotique, 
et  cette  question  fut  posée  aux  futurs  étudiants:  „Comment  un  savant  peut-il  être 
utile  à  sa  patrie  dans  la  lutte  pour  la  Hberté  et  l'indépendance?" 

Tout  cet  enthousiasme  et  ce  dévouement  obtinrent  leur  récompense  méritée. 
Si  sombres  que  parussent  les  circonstances,  elles  nous  furent  plus  favorables  que 
nos  hommes  les  plus  résolus  n'avaient  peut-être  osé  l'espérer.  Même  la  jalousie  des 
tout-puissants  diplomates  européens  se  tourna  en  notre  faveur,  et  l'union  de  la 
Norvège  avec  la  Suède  sous  un  seul  roi,  mais  comme  royaume  indépendant,  traversa 
sans  dommage  les  âpres  désirs  du  congrès  de  Vienne  de  tout  ramener  à  l'état  de 
choses  ancien.  Nous  fûmes  presque  les  seuls  à  éviter  les  ravages  de  ce  déluge 
universel. 

Mais  la  liberté  et  l'indépendance  nouvellement  conquises  imposaient  au  dedans 
et  au  dehors  des  devoirs  que  nous  n'étions  guère  en  état  de  remplir,  et  le  nouveau 
royaume  se  trouvait  à  cet  égard  impuissant  comme  un  nouveau-né.  En  tant  qu'état, 
nous  n'avions  pas  même  de  quoi  vivre  au  jour  le  jour.  Le  blocus,  prolongé  pendant 
des  années,  de  toute  l'étendue  de  nos  côtes,  pendant  la  guerre  maritime  avec 
l'Angleterre,  à  laquelle  nous  avait  contraints  la  politique  aventureuse  du  roi  dano- 


LA    NORVÈGE    APRÈS    1814 


norvégien,  avait  interrompu  notre  production,  amené  la  famine,  et  nous  avait  réduits 
à  la  besace  du  mendiant.  Il  fallait  tout  reconstruire  depuis  les  fondements,  avec 
les  mains  vides. 

Notre  considération  au  dehors  était  nulle,  ou  moindre  encore,  nos  ressources 
étaient  si  faibles  que  nous  eûmes  la  plus  grande  peine  à  régler  la  partie  de  la  dette 
de  la  monarchie  dano-norvégienne  qui  nous  incomba  par  traité.  Et  ce  n'était 
pourtant  pas  une  forte  somme;  nous  n'y  pensons  maintenant  qu'avec  un  sourire. 
Si  pauvre  était  alors  la  Norvège. 

Et  c'est  au  milieu  de  cette  pauvreté  qu'il  fallait  chercher  les  moyens  de  créer 
les  institutions  intérieures  et  extérieures  par  lesquelles  nous  devions  vivre  comme 
nation  indépendante,  les  formes  de  gouvernement  autonome  que  nous  nous  étions  pro- 
mises, mais  avant  tout  il  fallait  ranimer  notre  production,  la  base  économique  de 
tout  progrès,  notre  croissance  physique  et  intellectuelle  au  dedans  et  notre  crédit  au 
dehors.  Ce  dont  il  s'agissait  alors,  c'était  le  crédit  purement  financier,  le  crédit  pour 
un  emprunt  d'état  avec  garantie  sur  une  prospérité  nationale  bien  établie. 

Personne,  ni  dans  cette  Norvège  à  ses  débuts,  ni  au  dehors,  n'aurait  guère  pu 
se  douter  que  nous  étions  déjà  à  la  veille  de  manifester  un  capital  intellectuel,  qui 
devait  soutenir  notre  droit  à  une  place  parmi  les  nations  cultivées  infiniment  plus 
haut  que  notre  situation  économique  ne  pouvait  alors  le  faire  supposer. 

Ce  fut  le  nom  de  Niels  Henrik  Abel  que  cette  Norvège,  le  pays  le  plus  jeune 
et  le  plus  pauvre  d'Europe,  grava  le  premier  parmi  les  grands  noms  auxquels  est 
lié  l'avenir  de  la  civilisation,  et  que  la  postérité  cite  avec  une  respectueuse  recon- 
naissance. 

Jeune  et  pauvre  lui-même,  il  apparut,  et  il  fut  sans  le  savoir  notre  premier  avocat 
au  dehors.  Mais  nous  étions  dans  le  premier  travail  de  défrichement  d'un  pays 
nouveau,  et  nous  n'avions  ni  l'esprit  assez  mûr  pour  comprendre  notre  premier  génie, 
ni  les  moyens  de  le  posséder  et  de  nous  en  servir.  C'est  pourquoi  son  histoire  fut 
aussi  courte  et  triste  qu'elle  fut  éclatante  dans  le  cercle  de  sa  science  et  capitale 
pour  nous,  à  qui  de  si  bonne  heure  il  fit  une  place  parmi  les  nations  qui  ont  fondé 
quelque  chose  d'éternel. 

La  famille  Abel  parait  être  originaire  de  la  paroisse  d'Abild,  district  de  Tonder, 
dans  le  Slesvig.  Le  premier  ancêtre  norvégien,  Mathias  Abel,  mourut  en  1664 
comme   employé    de    l'intendance    à   Throndhjem,    et    de    lui    descendent   plusieurs 


ELLING    HOLST:     INTRODUCTION    HISTORIQUE 


branches  puissantes,  dont  une  en  ligne  directe  a,  jusqu'à  notre  époque,  fourni  à 
notre  corps  de  fonctionnaires,  particulièrement  dans  la  carrière  ecclésiastique,  une 
série  d'hommes  distingués  et  estimés.  L'arrière  petit  fils  du  premier  Abel,  Hans 
Mathias  Abel  né  en  1738,  mort  en  1803  comme  prêtre  de  paroisse  à  Gjerstad  (que 
l'on  écrivait  alors  généralement  Gjerrestad),  avait  une  forte  nature,  un  caractère 
ferme,  et  sa  femme  Elisabeth  Knuth,  née  Normand,  le  secondait  admirablement. 
Pour  combattre  l'ivrognerie  et  la  vie  relâchée  de  ses  paroissiens,  il  renonça  lui-nême, 
contrairement  aux  mœurs  de  cette  époque,  à  l'usage  des  boissons  fortes,  et  l'on 
raconte,  comme  preuve  de  sa  fermeté,  un  voyage  extraordinaire  qu'il  fit  à  l'église 
annexe  de  Vegaarsheien,  où  il  avait  promis  de  consacrer  un  mariage.  C'était  le 
jour  de  Noël,  et  le  chemin  paraissait  impraticable  à  cause  de  la  neige,  mais  le 
prêtre  prit  des  raquettes,  et,  soutenu  de  chaque  côté  par  un  coureur  sur  patins  de 
neige,  s'avança  à  grand  peine.  „Une  promesse  est  une  dette",  dit-il.  C'était  en 
1791.  Il  est  vrai  qu'il  était  habitué  aux  excursions  de  montagne  par  ses  fonctions 
précédentes  de  prêtre  de  paroisse  à  Mo  dans  le  haut  Telemark  et  plus  tard  à 
Aamli. 

C'est  à  Mo,  en  1772,  que  naquit  son  fils,  Soren  Georg,  père  de  Niels  Henrik 
Abel.  Lui  aussi  fut  à  plusieurs  égards  un  homme  distingué.  Il  avait  du  talent, 
de  l'activité,  et  une  certaine  ambition,  mais  il  ne  montra  pas  toujours  la  juste 
mesure,  ni  la  fermeté  de  caractère  qui  avaient  signalé  son  père.  Il  fut  envoyé  à 
Helsingor  (Elseneur)  où  il  eut  pour  proviseur  le  philosophe  Niels  Tresghow,  plus 
tard  professeur  d'université  et  ministre,  et  celui-ci  apprécia  vivement  ses  remarquables 
facultés.  En  1788,  il  devint  étudiant  à  Copenhague  avec  d'excellents  examens,  en 
1792  licencié  en  théologie,  et  deux  ans  plus  tard  vicaire  chez  son  père  à  Gjerstad. 
En  1799  il  fut  nommé  prêtre  dans  la  petite  paroisse  de  Fin  no  près  de  Stavanger, 
et  y  débuta  avec  un  zèle  et  une  habileté  qui  attirèrent  l'attention  sur  lui,  fonda  des 
bibliothèques  populaires,  et,  à  l'époque  de  la  guerre,  se  mit  à  la  tête  d'une  organi- 
sation pour  la  défense  des  côtes,  ce  qui  plus  tard  lui  valut  l'ordre  du  Dannebrog. 
A  la  mort  de  son  père,  le  poste  de  Gjerstad  devint  vacant,  et,  malgré  sa  jeunesse,  il 
le  demanda  et  l'obtint,  et  il  trouva  dans  le  registre  paroissial  le  paisible  soupir  par 
lequel  son  père  avait  terminé  l'esquisse  de  sa  vie:  „La  providence  de  Dieu  sait  qui 
me  remplacera,"  Mais  l'esprit  du  fils  n'était  pas  le  même  que  celui  du  père. 
Il  appartenait   tout-à-fait   à   l'époque    nouvelle,    la  période  des  prêtres  dévoués  à  la 


LES    PARENTS    D'ABEL 


cause  de  l'instruction.  Il  poursuivit  à  Gjerstad  ses  efforts  de  Finno  dans  l'intérêt 
général,  institua  une  société  de  lecture,  fonda  des  magasins  de  provisions,  travailla  au 
„Livre  de  psaumes  évangélique  et  chrétien"  et  lui-même  écrivit  des  livres  d'enseigne- 
ment religieux  dans  cet  esprit.  Avec  la  même  ardeur  il  s'occupa  de  l'organisation 
générale  de  l'assistance,  et  essaya  aussi  de  reprendre  l'œuvre  de  son  père  en  vue 
de  propager  un  genre  de  vie  plus  frugal  parmi  ses  paroissiens.  Cependant  son 
caractère  n'était  pas  assez  ferme  pour  exercer  la  forte  influence  de  son  père.  On 
n'avait  pas  en  lui  la  même  confiance  absolue.  Notamment  dans  l'annexe  de 
Vegaarsheien  il  n'était  pas  très  bien  vu.  Mais  la  multiplicité  des  choses  auxquelles 
il  s'intéressait  lui  avait  fait  une  notoriété  dans  le  département.  Aussi  fut-il  envoyé 
comme  délégué  au  storting  extraordinaire  de  1814,  et  au  deuxième  storting  ordinaire 
en  1818.  Ses  espérances  de  trouver  là  un  nouveau  champ  d'activité  furent  cependant 
une  nouvelle  et  plus  grande  déception,  et  comme  en  même  temps  la  réduction  du 
cours  de  la  monnaie  mit  sa  situation  de  fortune,  qui  n'avait  jamais  été  bonne,  dans 
l'état  le  plus  précaire,  les  deux  années  qu'il  vécut  encore  furent  assez  amères.  Il 
mourut  en  1820  après  une  longue  et  pénible  maladie,  et  laissa  sa  veuve  et  six 
enfants,  dont  le  plus  jeune  avait  alors  six  ans,  dans  une  position  très  gênée. 

Le  second  des  fils  était  Niels  Henrik;  il  était  né  à  Finno  le  5  août  1802. 
Selon  une  tradition,  transmise  par  feu  le  prof.  L.  G.  M.  Aubert,  il  était  venu  au 
monde  si  longtemps  avant  terme  qu'il  fallut  le  mettre  dans  du  coton  et  le  traiter 
avec  la  plus  extrême  prudence  (Jaeger:  „Histoire  illustrée  de  la  littérature  norvé- 
gienne", III,  „Littérature  scientifique"  p.  75). 

Sa  mère,  Anne  Marie,  née  Simonsen  (née  en  1780),  était  fille  d'un  négociant 
de  Risor,  Niels  Henrik  Saxild  Simonsen;  elle  était,  parait-il,  d'une  très  grande 
beauté,  mais  (d'après  S.  H.  Finne-Gr0nn:  „La  famille  d'Abel,  le  grand  mathé- 
maticien" *  Christiania  1900),  „elle  manquait  absolument  de  caractère"  et  n'a 
nullement  exercé,  parait-il,  une  bonne  influence  dans  la  famille,  en  sorte  que  son 
mari  ne  trouva  pas  le  solide  appui  que  son  père  avait  eu  dans  sa  femme. 

L'enfant  grandit  dans  sa  famille  au  presbytère  de  Gjerstad,  et  le  père  lui  donna 
des   leçons,    ainsi    qu'à   son  frère  aine,  tous  deux  étant  destinés  à  faire  des  études. 


*  Ce  précieux  et  définitif  travail  généalogique  dû  au  zèle  infatigable  de  son  auteur,  a  pu  paraître 
grâce  à  un  descendant  de  l'une  des  autres  branches  de  la  famille,  M.  Cari,  A  bel,  brasseur, 
qui  a  fait  les  frais  de  la  publication. 


ELLING   HOLST:     INTRODUCTION    HISTORIQUE 


A  cette  époque  la  maison  semble  avoir  été  encore  heureuse.  Le  père  était  gai  et 
avait  l'esprit  vif,  bien  que  les  revenus  fussent  assez  maigres.* 

Abel  passa  encore  dans  sa  famille  la  grande  année  1814,  si  riche  en  événements, 
mais  l'année  suivante  il  fut  envoyé  à  Kristiania  et  placé  au  lycée,  qui  était  alors 
déjà  pourvu  largement,  eu  égard  à  notre  situation,  de  subventions  et  de  legs,  et 
qui  était  par  suite  un  bon  et  sûr  port  de  refuge  pour  beaucoup  de  fils  de  fonction- 
naires pauvres. 

Le  proviseur  était  Jacob  Rosted,  homme  habile  et  estimé,  mais  âgé  de  65  ans 
à  l'époque  où  Abel  entra  au  lycée,  et  parmi  les  professeurs  qu'eut  Abel,  il  y  en  avait 
certainement  plusieurs  fort  distingués,  entre  autres  surtout  Hans  Riddervold,  plus 
tard  ministre,  mais  la  plupart  n'étaient  ni  très  capables  ni  très  recommandables. 
Cependant  il  apportait  de  chez  lui  des  connaissances  sérieuses  et  pour  la  première 
année  les  registres  de  notes**  encore  conservés  donnent  les  meilleurs  témoignages  de 
travail  et  de  progrès.  A  la  fin  de  l'année  il  eut  même  comme  prix  de  travail  les 
Sciences  physiques  et  naturelles  de  Helmuth.  Il  est  tout  à  fait  caractéristique  qu'un 
prix  de  travail,  consistant  en  un  livre  mathématique  classique,  ait  été  simultanément 
attribué  à  l'un  de  ses  camarades  de  classe.  Les  aptitudes  d'ABEL  pour  les  mathé- 
matiques étaient  encore  absolument  latentes.  Il  obtint  d'ailleurs  une  bourse  entière, 
plus  une  subvention,  qu'il  conserva  jusqu'à  la  fin  de  ses  études.  Mais  déjà  l'année 
suivante  le  niveau  baisse. 


*  Derrière  des  silhouettes  de  lui-même  et  de  sa  femme,  il    a    écrit  les  vers  suivants,    datés    du 
4  juillet  1806. 

Derrière  le  sien: 

„Je  prêche,  j'aime,  je  mange,  je  bois,  je  ris, 

Je  suis  orné  d'un  chapeau  râpé  et  d'un  habit  de  même. 

Ne  demande,  lecteur,  rien  de  plus  sur  ce  que  je  suis  et  fais. 

Car  je  ne  crois  guère  que  l'on  puisse  en  dire  plus  avec  vérité," 
et  derrière  celui  de  sa  femme: 

«Unie  à  un  si  plaisant  patron. 

J'ai  ma  part  en  ce  monde; 

Mais,  belles  lectrices,  remerciez  le  Seigneur, 

Si  la  vôtre  n'est  pas  pire. 
**  Ces  renseignements  sur  son  séjour  à  l'école  sont  dus  aux  communications  obligeantes  de  M.  le 
professeur    Kr.  Lassen,    qui    a   fait  dans  les   archives  du  lycée   des   trouvailles  intéressantes; 
celles-ci  seront  sans  doute    déjà   publiées  avant    que    ceci  soit  imprimé,  et  nous  y  renvoyons 
le  lecteur. 


ABEL  A  l'École  —  holmboe 


Le  travail  de  l'école  était  d'ailleurs  soumis  à  des  conditions  assez  défavorables. 
On  devait  quitter  le  local  (maintenant  le  ministère  de  l'instruction  publique  et  des 
cultes)  chaque  fois  qu'il  y  avait  session  du  storting,  pour  laisser  la  place  à  celui-ci, 
et  aller  s'installer  le  mieux  qu'on  pouvait  dans  quelque  autre  endroit  de  la  ville 
et  pas  même  toujours  toute  l'école  au  même  endroit.  Dans  une  pareille  situation, 
et  avec  des  maîtres  incapables,  et  même  pour  la  plupart  ivrognes,  l'école  était 
en  décadence  marquée,  et  le  cas  d'ABEL  signifie  moins  mollesse  et  indifférence  de  sa 
part  qu'entrainement  avec  toute  l'école  qui  glissait  sur  un  plan  incliné.  Ses  talents 
étaient  encore  inconnus  et  au  maillot;  on  n'avait  pas  encore  su  éveiller  son 
ambition  et  son  désir  d'apprendre,  et  à  cela  s'ajoutait  sa  manière  d'être  timide  et 
craintive,  qui  souvent  l'a  désigné  comme  cible  à  la  malice  de  ses  camarades  plus 
délurés  d'esprit  et  de  corps.  Peu  à  peu  il  semble  qu'il  ait  eu  recours  au  moyen 
habituel  des  faibles:  hurler  avec  les  loups  qui  l'entouraient.  Bref,  il  baissait  de 
plus  en  plus. 

Cependant,  sur  le  tableau  de  ses  notes,  dès  1816 — 17,  les  notes  de  mathé- 
matiques, sans  être  précisément  brillantes,  forment  un  heureux  contraste  avec  la 
grise  uniformité  des  autres.  Il  parait  que  son  maître  pour  cette  partie  avait  été 
exceptionnellement  doué,  mais  il  était  alors  tombé  au  rang  des  nombreux  êtres 
équivoques  de  l'école. 

Les  leçons  de  mathématiques  étaient  peu  nombreuses,  3  en  moyenne  sur  environ 
40  leçons  hebdomadaires,  et  l'enseignement  était  donné  dans  cette  partie  d'après  la 
dictée  du  maître.  On  peut  signaler  comme  un  fait  digne  de  remarque  que,  jusqu'à 
l'époque  où  Abel  était  élève,  on  donnait  en  outre  un  enseignement  très  insuffisant  en 
physique  et  en  histoire  naturelle,  mais  il  cessa  l'année  même  où  Abel  quitta  l'école. 
„Le  temps  des  leçons  était  pris  sur  les  diverses  autres  branches."  Il  a  fallu 
un  demi  siècle  avant  que  les  branches  mathématiques,  physiques  et  naturelles 
fussent  réintégrées  dans  cette  école  classique.  D'après  les  registres  de  notes  de 
l'école,  Abel  a  reçu  l'enseignement  du  latin  (l'étude  principale,  avec  un  cinquième 
de  l'ensemble  des  cours),  à  qui  s'ajoutaient  les  antiquités  romaines  dans  la  classe 
supérieure,  le  grec,  la  langue  maternelle,  avec  la  rhétorique,  le  français,  l'allemand 
les  deux  dernières  années,  l'anglais  la  dernière  année.  En  outre  la  religion,  l'histoire, 
la  géographie,  l'arithmétique  et  la  géométrie.  L'enseignement  de  l'histoire  naturelle, 
de   l'anthropologie,  de    la  calligraphie  et  du  dessin  cessait  avant  la  dernière  année. 

INTRODUCTION    —    2 


iO  INTRODUCTION   HISTORIQUE 


On  n'était  pas  interrogé  à  Vexamen  artium  dans  ces  dernières  facultés,  ni  en 
anglais. 

A  la  fin  de  1817  se  produisit  à  l'école,  un  incident  qui  eut  les  conséquences 
les  plus  importantes,  du  moins  pour  Abel.  Le  professeur  de  mathématiques  avait 
été  si  loin  dans  une  punition,  que  le  coupable  en  était  mort,  et  le  professeur  dut  être 
immédiatement  suspendu.  A  sa  place,  Abel  eut  pour  maître  l'homme  qui  découvrit 
son  génie  et  devint  son  premier  bienfaiteur,  Bernt  Michael  Holmboe.  Holmboe 
(né  en  1795,  f  1850)  avait  été  lui-même  élève  de  l'école  quatre  ans  auparavant,  et 
formait  avec  le  gros  du  corps  dans  lequel  il  entrait  le  contraste  le  plus  absolu  par 
sa  jeunesse  et  ses  tendances  humaines,  idéalistes.  Il  avait  de  solides  connaissances 
dans  sa  spécialité  —  le  professeur  Hansteen  l'avait  pris,  dès  J815,  comme  secrétaire 
—  et  s'intéressait  aussi  à  beaucoup  d'autres  choses.  Il  était  ardent  patriote;  son 
temps  d'école  terminé,  en  1814,  il  avait  avec  les  autres  répondu  à  l'appel  enflammé 
de  la  composition  citée  plus  haut  pour  l'examen  artium  puis  aussitôt  après  il 
s'était  inscrit  dans  le  corps  des  volontaires  étudiants  qui  fut  organisé,  lorsque  les 
troupes  suédoises  envahirent  la  Norvège  sous  les  ordres  de  Bernadotte,  et  plus  tard, 
dans  les  luttes  parmi  les  étudiants  et  les  luttes  poHtiques,  il  fut  du  parti  de  Werge- 
land,  à  qui  il  resta  fidèle  même  lorsque  tous  les  amis  de  celui-ci  se  dispersèrent, 
et  que  Wergeland  fut  devenu  le  suspect  et  le  réprouvé.  Il  aimait  la  littérature  et 
cultivait  la  musique  avec  succès. 

Cette  nature  jeune,  ardente,  sympathique,  fit  sortir  Abel  de  l'inaction.  Holmboe 
sut  voir  les  dons  merveilleux  de  son  élève,  et  le  mit  sur  le  chemin  qui  l'a  conduit 
à  sa  grandeur;  si  modeste  que  soit  d'ailleurs  sa  position  dans  la  science,  son  nom 
est  indissolublement  lié  à  celui  d'ABEL.  Abel  avait  aussi  pour  lui  une  affection 
profonde,  qui  se  fait  jour  dans  ses  lettres  par  les  expressions  les  plus  chaleureuses. 

Ce  fut  donc  avec  l'année  1818  que  commença  cette  nouvelle  période.  L'enseigne- 
ment de  Holmboe  fut  aussitôt  plus  jeune,  plus  vivant  que  l'enseignement  habituel 
de  cette  époque,  en  ce  qu'il  laissa  s'exercer  la  réflexion  de  ses  élèves  en  leur  propo- 
sant des  problèmes  variés,  et  ainsi  apparut  soudain  un  jour  ce  que  renfermait  l'esprit 
d'ABEL.  Au  bout  de  peu  de  temps,  Holmboe  dut  lui  donner  des  exercices  à  part,  et 
dès  cette  année  Abel,  qui  avec  cet  enseignement  eut  achevé  les  éléments  en  un  tour 
de  main,  et  était  avide  d'en  apprendre  davantage,  demanda  des  leçons  particulières. 
Holmboe    ne  demandait   pas  mieux,  bien  qu'il  dût  prévoir  que  son  élève  serait  par 


ABEL  A  l'École  —  »le  cahier  gris»  H 

là  encore  plus  détourné  des  autres  parties  du  programme.*  Mais  il  était  absolu- 
ment fixé  sur  le  génie  d'ABEL.  L'aiglon  veut  être  libre;  s'il  s'élève,  ce  n'est  jamais 
par  les  chemins  battus.  Il  est  réconfortant,  dans  les  vieux  registres  de  notes  déjà 
cités,  de  lire  les  exclamations  enthousiastes  de  Holmboe  dans  les  appréciations 
annuelles  des  professeurs,  au  milieu  des  jugements  insignifiants  ou  maussades  portés 
sur  Abel  par  les  autres.  Ainsi  en  1819:  „Génie  mathématique  remarquable",  et  il 
confirme  dans  les  rubriques  particulières:  „Travail  à  l'école:  Parfait.  Travail  à  la 
maison:  Parfait.  Progrès:  Parfait"  (cette  dernière  appréciation  est  soulignée),  et  en 
1820  „Au  génie  le  plus  remarquable  il  joint  un  goût  et  une  ardeur  insatiables  pour 
les  mathématiques,  et  certainement  il  deviendra,  s'il  vit,  un  grand  mathématicien." 
Les  trois  derniers  mots  sont  une  correction,  il  y  avait  tout  d'abord  autre  chose. 
Sous  les  traits  qui  barrent  les  mots  ou  peut  peut-être  lire  „le  plus  grand  mathé- 
maticien du  monde." 

Les  leçons  particulières  que  Holmboe  donna  à  Abel  amenèrent,  cela  se  conçoit, 
une  chaude  amitié  réciproque  inébranlable.  Toute  la  postérité  mathématique  doit  à 
Holmboe  la  plus  grande  reconnaissance  pour  la  manière  attentive  et  intelligente  dont 
il  dirigea  le  développement  d'AsEL,  en  le  mettant  tout  de  suite,  sans  hésitation,  en 
présence  des  grands  classiques,  principalement  Euler  dont  il  lut  entièrement  avec  lui 
„V Introdudio" ,  les  „Institutiones  calculi  differentialis^  et  les  „histituti(mes  calculi 
integralis^ .  Ainsi  armé,  Abel  continua  facilement  tout  seul,  et  étudia  d'un  bout  à 
l'autre  Lacroix,  Francœur,  Poisson,   Gauss,   Garnier,  mais    surtout  Lagrange.** 


*  En  1818  et  1819  Abel  ne  passa  d'une  classe  à  l'autre  qne  „à  condition". 
**  M.  le  professeur  Lassen  a  encore  fait  à  ce  sujet  une  trouvaille  intéressante  dans  les  anciens 
registres  de  prêts  de  la  bibliothè<ïue  du  lycée  où  nous  pouvons  suivre,  dans  une  certaine 
mesure,  les  études  d'ÂBEL.  Et  la  série  des  livres  est  tout  à  fait  caractéristique.  Tfindis 
que  pendant  les  années  1816—17  et  jusqu'au  commencement  de  1818,  il  cherche  sa  distrac- 
tion exclusivement  dans  les  œuvres  littéraires  danoises  de  l'époque,  les  descriptions  de 
voyages  et  ouvrages  historiques,  il  survient  ensuite  un  revirement  soudain.  En  1818  surgit 
tout  à  coup  l'ouvrage  de  New^ton:    Arithmetica  universaîis. 

1819  Newton:  Opuscula  tnathematica ;  La  Lande:  Astronomie;  Newton:  Philosophiœ 
naturalis  prindpia  tnathematica. 

1820  Scherffer:  Instittdiones  mafhematicce  ;  Chastillet:  Principes  mathématiques  de 
la  philosophie  naturelle;  D'Alembert:  Traité  de  dynamique;  Prony:  Mécanique  philo- 
sophique. 

Une  fois  qu'il  a  commencé  à  emprunter  des  livres  de  mathématiques,  on  ne  rencontre 
plus  un  seul  livre  de  littérature. 


12  ELLING   HOLST:     INTRODUCTION   HISTORIQUE 

A  cette  époque  remonte  „le  cahier  gris"  cahier  de  192  pages,  avec  le  titre  „Udarbei- 
delser  i  den  hoiere  Mathematik  af  Niels  Henrik  Abel"  („Exercices  de  mathématiques 
supérieures  par  Niels  Henrik  Abel").  Si  ce  livre,  comme  tout  le  fait  penser,  indi- 
que l'étendue  de  ses  études  et  de  son  savoir  au  moment  où  il  en  écrit  les  différentes 
parties,  il  est  allé  étonnamment  loin  dans  les  méthodes  de  la  théorie  des  fonctions 
d'alors,  et  sait  déjà  se  retourner  dans  cet  élément  avec  une  jeune  intrépidité  qui 
présage  le  temps  où  il  devait  s'en  rendre  maître  plus  qu'aucun  homme  de  son  temps. 
Le  cahier,  à  la  fin  duquel  sont  étudiées  des  questions  purement  géométriques  sur  des 
sujets  relativement  élémentaires,  mais  dont  l'élégance  est  attrayante,  est  intéressant 
par  la  reproduction  de  l'ancienne  solution  classique  des  équations  du  troisième  et 
du  quatrième  degré,  vers  laquelle  l'attention  fut  immédiatement  attirée  ;  il  appartient 
donc  visiblement  à  une  époque  qui  précéda  ses  essais  pour  résoudre  l'équation  du 
cinquième  degré.  Nous  pouvons  donc  assigner  au  cahier  la  date  de  1820.  Il  a 
autrefois  appartenu  au  professeur  0.  J.  Broch  et  il  est  conservé  maintenant  dans  la 
collection  des  manuscrits  de  la  bibliothèque  de  l'université.  Il  présente  encore  cet 
intérêt  qu'il  confirme,  ce  que  l'on  sait  aussi  d'autre  part,  qu'ABEL  a  commencé  dès 
l'école  à  produire  quelque  peu  par  lui-même,  ou,  comme  on  dit,  „à  cultiver  diverses 
branches  des  mathématiques."  Mais,  comme  on  vient  de  voir,  il  n'y  a  pas  trace 
de  la  recherche  la  plus  célèbre,  à  laquelle  il  s'est  adonné  à  la  fin  de  son  temps 
d'école,  c'est  à  dire  l'essai  de  résolution  de  l'équation  du  cinquième  degré. 
Cet  essai  échoua,  comme  on  sait,  mais  fut  pour  lui  d'une  conséquence  durable  à 
plusieurs  égards.    Nous  allons  y  revenir  dans  un  instant. 

Ses  occupations  mathématiques  n'étaient  pas  seulement  le  résultat  d'un  puissant 
besoin  de  sa  nature  qui  commençait  à  s'affirmer,  elles  étaient  sûrement  aussi  pour 
lui  une  consolation  et  un  refuge  contre  les  tribulations  dont  sa  vie  commençait 
alors  déjà  à  être  assiégée. 

En  1820,  l'année  qui  devait  précéder  son  entrée  à  l'Université,  il  fut  frappé,  on 
se  le  rappelle,  d'un  coup  inattendu,  très  pénible,  par  la  maladie  et  la  mort  de  son 
père.  La  famille  survivante  avait  devant  elle  un  sombre  et  âpre  avenir,  sans  avoir 
en  perspective  même  les  moyens  d'existence  les  plus  nécessaires,  et  Abel  sut 
qu'il  ne  pourrait  compter  que  sur  ce  qu'il  obtiendrait  par  des  subventions  d'école 
ou  la  bienfaisance  privée,  en  même  temps  qu'il  se  sentit  chargé  de  nouveaux  devoirs. 
Gomme  son  frère  aine  ne  témoignait  ni  goût  ni  dispositions  pour  les  études,  Abel 
vit  tout  de   suite,   et  de  plus  en  plus  par  la  suite,  que  de  lui  dépendrait  surtout 


ABEL  A  l'École  —  fin  13 


la  prospérité  de  la  famille.  Les  épines  des  soucis  matériels  qui  tout  le  long 
de  sa  courte  vie  furent  jointes  si  nombreuses  au  laurier  que  lui  tendait  son  génie, 
lui  firent  déjà  sentir  leurs  blessures  avant  qu'il  eût  quitté  l'école,  lorsqu'il  était 
encore,  en  somme,  un  enfant. 

Il  conserva  jusqu'à  sa  mort  quelque  chose  de  faible  et  d'enfantin.  Ce  n'était  pas 
une  nature  vigoureuse,  qui  pût  lutter  contre  les  rigueurs  de  la  vie.  Pour  lui,  les  moments 
lumineux,  en  dehors  de  la  grande  joie  profonde  qu'il  éprouva  dans  son  travail  scienti- 
fique, émanèrent  surtout  de  sa  nature  douce  et  mobile,  tantôt  sous  l'influence  d'une 
fierté  naïve,  presque  étonnée,  lorsqu  il  lui  arrivait  d'être  cité  d'une  manière  glorieuse, 
tantôt  dans  la  gaie  insouciance  joyeuse  au  milieu  de  ses  camarades  et  de  ses  amis. 
Il  était  de  tempérament  sanguin,  et  glissait  aisément,  selon  les  variations  de  la  for- 
tune, d'une  humeur  gaie  à  une  profonde  mélancolie.  Mais  dans  une  réunion  animée 
d'amis,  il  était  bientôt  redevenu  le  joyeux  parmi  les  joyeux.  Dans  sa  lettre  à 
Hansteen  datée  de  Dresde,  le  29  mars  1826  (lettre  X)  il  écrit  à  propos  d'un 
changement  dans  ses  projets  de  voyage  afin  d'éviter  de  voyager  seul:  "...  Or  je 
suis  ainsi  fait  que  je  ne  supporte  pas  du  tout,  ou  du  moins  très  difficilement  d'être 
seul.  Je  deviens  alors  tout  triste,  et  je  ne  suis  pas  alors  dans  la  meilleure 
disposition  pour  travailler."  Il  n'est  pas  rare  que  des  idées  de  ce  genre  soient 
exprimées  directement,  et  sous  forme  indirecte  les  mêmes  dispositions  trans- 
paraissent à  chaque  instant.  Rien  d'ailleurs  ne  donne  une  idée  plus  nette  de  cet 
aspect  de  sa  nature  que  ses  lettres,  dont  le  ton  varie  entre  un  laisser-aller 
malicieux  et  une  noire  mélancolie,  et  porte  la  marque  d'une  naïveté  ingénue,  qui 
forme  parfois  le  contraste  le  plus  étrange  avec  les  pensées  profondes  et  décisives 
qui  viennent  souvent  quelques  lignes  plus  bas,  lorsqu'il  entre  dans  ses  sujets  mathé- 
matiques. Mais  nous  touchons  ici  à  ce  qu'il  y  a  de  particulier  dans  la  physionomie 
intellectuelle  d'AsEL,  à  ce  qui  lui  donne  son  plus  grand  charme:  un  grand  génie 
original,  créateur,  uni  à  une  nature  ingénue,  faible,  et  à  beaucoup  d'égards,  inculte. 
L'image  que  nous  nous  formons  d'après  cette  opposition  saisissante  entre  sa 
jeunesse  et  son  génie  initiateur  est  absolument  d'accord  avec  l'impression  que  nous 
éprouvons  devant  la  délicatesse  et  la  noblesse  des  traits  de  son  visage  dans  le 
portrait  de  Gerbitz. 

Tel  nous  le  trouvons  précisément  au  milieu  de  ses  soucis,  une  demi  année  avant 
son  examen  d'entrée  à  l'université,  occupé  de  l'équation  générale  du  cinquième 
degré,    qu'il    croyait   avoir   réussi   à   résoudre.      On    ne   sait  pas  exactement  quelle 


14  ELLING    HOLSï:     INTRODUCTION    HISTORIQUE 


position  prit  Holmboe  vis-à-vis  de  cette  découverte  supposée.  Mais  il  y  a  certaine- 
ment cru.  Même  le  professeur  de  mathématiques  pures  à  la  petite  université  de 
fondation  récente,  Rasmusen,  pensait  qu'elle  était  correcte.  Soren  Rasmusen  (né 
en  1768,  f  1850)  professeur  de  mathématiques  et  de  physique  de  1813  à  1825, 
plus  tard  caissier  du  Trésor,  n'était  pas  un  mathématicien  remarquable,  mais  il 
mérite  un  souvenir  dans  la  biographie  d'ABEL  par  la  bienveillance  qu'il  lui  témoigna. 
C'était  un  homme  très  cultivé,  qui  tenait  une  place  importante  dans  la  haute  société 
de  la  petite  capitale.  Mais  le  professeur  Hansteen,  la  plus  haute  autorité  de 
l'université  comme  mathématicien,  et  à  tous  égards,  ne  trouve  pas  davantage  de 
motif  pour  mettre  en  doute  la  correction  de  la  résolution.  La  critique  de  ce  travail 
dépassait  manifestement  les  forces  du  monde  savant  de  cette  époque  à  Kristiania, 
et  Hansteen  envoya  de  confiance  le  mémoire  au  professeur  Degen,  de  Copenhague, 
pour  être  présenté  à  la  société  royale  des  sciences  de  Danemark. 

Carl  Ferdinand  Degen,  dont  l'influence  sur  le  développement  d'ABEL  fut 
éphémère,  il  est  vrai,  mais  n'en  fut  pas  moins  remarquable  et  importante,  était  né 
en  1766  à  Braunschweig,  mais  arriva  dès  l'âge  de  cinq  ans  à  Copenhague,  où  son 
père  avait  été  nommé  maître  de  chapelle.  Malgré  la  situation  précaire  de  sa  famille, 
comme  il  était  doué  pour  toutes  sortes  d'études,  il  devint  étudiant,  et,  fidèle  à  cette 
universalité,  il  fut,  au  commencement  de  cette  époque  de  spécialisation,  une  sorte 
d'encyclopédiste.  Les  mathématiques  prirent  pourtant  peu  à  peu  la  première  place 
parmi  toutes  les  études  auxquelles  il  s'intéressait.  Après  avoir  longtemps  activement 
exercé  des  fonctions  d'enseignement  secondaire,  et  être  devenu  recteur  (proviseur), 
il  fut  nommé  professeur  à  l'Université  de  Copenhague  en  1814  (il  avait  près  de 
cinquante  ans),  et  fut  le  premier  qui  y  introduisit  un  enseignement  régulier  des 
mathématiques  supérieures.  Il  est  vrai  que  d'autre  part  sa  trop  grande  bienveillance 
aux  examens  a,  parait-il,  un  peu  affaibli  l'influence  qui  il  aurait  sans  cela  exercée. 
Le  prof.  H.  G.  Zeuthen  dit  de  ses  travaux,  dans  le  dictionnaire  biographique  danois 
de  Bricka,  qu'il  „s'y  montre  familier  avec  les  ouvrages  d'Euler,  de  Lagrange,  de 
Legendre  et  de  Gauss",  en  même  temps  qu'il  possédait  lui-même  imagination  et 
finesse  de  conception.  Il  y  est  décrit  comme  „un  homme  modeste  et  aimable,  mais 
en  même  temps  un  drôle  d'homme";  ce  dernier  mot  parait  provenir  de  l'amusante 
expression  d'ABEL  à  son  sujet,  dans  la  lettre  à  Holmboe  (lettre  I).  Zeuthen  note 
parmi  les  traits  les  plus  intéressants  relatifs  à  Degen  la  prescience  ingénieuse  qui 


LE    CONSEIL   DE   DEGEN  15 


lui  fit  indiquer  à  Abel,  comme  nous  allons  le  voir,  un  champ  d'études  digne  de 
son  esprit. 

La  réponse  de  Degen  du  21  mai  1821  (lettre  XLV)  exprime  la  plus  vive  admira- 
tion pour  les  connaissances  du  jeune  Abel  et  son  „cerveau  exceptionnel".  Il 
présenterait  volontiers  le  mémoire,  dont  la  rédaction  était  cependant  trop  concise 
pour  qu'il  pût  répondre  de  la  correction  de  la  résolution,  aussi  demandait-il  un 
raisonnement  plus  détaillé,  et  l'application  à  un  exemple  numérique.  Il  semble 
d'ailleurs  avoir  été  surtout  sceptique.  Il  conseille  à  Abel,  par  l'intermédiaire  de  Han- 
steen,  d'abandonner  ce  „sujet  stérile",  et  de  consacrer  plutôt  son  temps  et  ses  forces 
aux  „fonctions  elliptiques"  (par  quoi  l'on  entendait  alors  les  intégrales  de 
Legendre),  et,  par  un  pressentiment  qui  lui  fait  le  plus  grand  honneur,  il  présage 
dans  cette  étude  de  nouveaux  „détroits  de  Magellan"  conduisant  à  un  immense 
océan  analytique. 

Abel  ne  suivit  pas  le  premier  conseil.  Ce  fut  lui-même  qui  découvrit  —  et 
cela  bientôt  —  le  défaut  de  son  raisonnement,  et  bien  loin  de  s'effrayer  de  cette 
défaite,  il  aborda  au  contraire  la  question  plus  vigoureusement  qu'il  n'avait  fait,  soit 
pour  trouver  la  solution,  soit  pour  en  démontrer  l'impossibilité.  —  Gomme  on  l'aura 
vu  d'après  ce  qui  précède,  on  n'avait  alors  dans  les  pays  du  nord  aucune  connais- 
sance des  recherches  de  Ruffini  sur  le  même  sujet,  et  les  mathématiciens,  sauf 
peut-être  Gauss  et  les  savants  de  Paris,  ne  comprenaient  guère,  comme  on  sait, 
la  vraie  nature  de  la  question.  Il  était  réservé  à  Abel  lui-même  de  tracer 
la  voie. 

Il  suivit  le  second  conseil  de  Degen,  et  les  fonctions  elliptiques,  considérées  de 
son  point  de  vue,  devaient  être  le  second  domaine,  nouveau  et  vaste,  qu'il  conquit 
aux  mathématiques. 

Tandis  que  l'influence  sur  lui  de  sa  tentative  pleine  de  promesses,  bien  qu'erronée, 
était  encore  le  secret  de  l'avenir,  cette  petite  circonstance  eut  en  attendant  des 
conséquences  immédiates  extrêmement  heureuses.  Son  nom  s'était  répandu  parmi 
les  savants  de  l'université,  où  ses  futurs  professeurs  de  science  se  réjouissaient 
d'avoir  en  lui  un  tel  élève,  qui,  dès  les  bancs  de  l'école,  avait  témoigné  d'une  intelli- 
gence si  exceptionnelle,  et  s'était  déjà  posé  de  si  hardis  problèmes.  Il  eut  notamment 
dès  lors  un  protecteur  ardent,  et  capable  de  suivre  ses  travaux,  dans  la  personne  du 
professeur  Ghristopher  Hansteen  (né  à  Kristiania  en  1784,  f  1873).    En  cet  homme 


16  ELLING   HOLST:     INTRODUCTION   HISTORIQUE 

plein  de  feu  et  d'initiative,  notre  université  avait,  sa  fondation,  fait  une  grande 
acquisition.  Il  était  professeur  d'astronomie  et  de  mathématiques  appliquées,  mais 
les  services  scientifiques  qu'il  a  rendus  concernent  surtout  la  physique  pure,  où  il 
est  un  des  précurseurs  pour  les  recherches  sur  le  magnétisme  terrestre,  et  jouissait 
d'une  considération  européenne,  qui  longtemps  donna  le  premier  rang  à  son  nom 
dans  notre  université.  C'était  un  homme  plein  de  chaleur,  impulsif,  à  qui  rien 
d'humain  n'était  étranger,  en  outre  pratique,  plein  de  verve,  fougueux  dans  la 
polémique,  à  la  fois  une  capacité  et  un  cœur  chaud.  S'il  avait  été  plus  profondé- 
ment mathématicien,  son  nom  eût  certainement  gardé  sa  célébrité  à  jamais.  Ce  fut 
Gauss,  ensuite,  qui  poussa  plus  loin  la  théorie. 

La  maison  de  Hansteen  devint  peu  à  peu  un  lieu  de  refuge  où  Abel  trouva 
sympathie  et  intimité.  Mais  surtout  la  femme  de  Hansteen,  Johanne  Cathrine 
Andréa,  née  Borch*  (née  en  1787,  f  1840),  danoise  de  naissance,  femme  aimable  et 
d'une  grande  distinction,   fut  pour  lui  comme  une  seconde  mère,**   à  qui  librement 


*  Le  père  était  né  à  Throndhjem  et  mourut  en  1805,  professeur  à  Soro.  La  femme  du  profes- 
seur Borch  était  née  Rosenstand-Goiske.  Ils  eurent  trois  fils  et  six  filles  Comme  cette 
famille  joue  un  grand  rôle  dans  la  vie  affectueuse  d'AsEL,  il  y  a  lieu  de  placer  ici  quelques 
indications  tirées  de  la  biographie  du  poëte  Paludan-MûUer  par  le  Dr.  Fr.  Lange  (Copenhague 
1899).  Les  fils  et  le  gendre  Friderichsen  se  sont  fait  une  situation  dans  les  Indes  occidentales. 
Abel  n'a  rencontré  aucun  d'eux.  Les  filles  étaient  toutes  des  natures  exceptionnelles,  sympa- 
thiques, et  de  plus  fort  jolies,  et  dans  la  maison  de  Soro  se  réunissait  constamment  un 
cercle  nombreux  d'amis  toujours  bien  accueillis.  L'une  des  filles  se  fiança  au  comte  Holstein- 
Rathlau,  qu'elle  épousa,  et  c'est  comme  précepteur  de  celui-ci,  que  Hansteen  avait  fait  la 
connaissance  de  sa  femme.  Madame  Friderichsen,  dont  le  mari  est  déjà  mentionné  dans  la 
première  lettre  d'AsEL  comme  parti  pour  les  Indes  occidentales,  était  une  personne  aussi 
originale  et  charmante  que  Madame  Hansteen,  et  entra  comme  celle-ci  dans  l'intimité  du  poëte 
Paludan-MûUer.  Ce  que  l'on  sait  en  général  de  Paludan-MuUer  s'accorde  parfaitement  avec 
l'influence  exercée  sur  Abel  par  les  trois  sœurs.  Madame  Hansteen,  Madame  Friderichsen  et 
Charité. 
**  Ceci  était  déjà  écrit,  lorsque  j'ai  trouvé  dans  la  lettre  d'ABEL  à  Hansteen  (lettre  X)  datée  de 
Dresde,  qu'AsEL  l'appelle  lui-même  ainsi.  Ce  fut  une  surprise,  car  Hansteen,  dans  la 
reproduction  bien  connue  de  cette  lettre,  donnée  dans  „rillustreret  Nyhedsblad",  s'est  permis 
de  changer  cela,  de  même  que  plusieurs  expressions  caractéristiques  d'AsEL.  —  Un  joli  détail 
(communiqué  par  Madame  Mathilde  Schjott)  provient  de  la  fille  de  Hansteen,  aujourd'hui 
décédée,  Mlle  Thora  Hansteen.  Elle  raconte  la  manière  naïve  et  famihère  dont  Abel,  allait 
prendre  un  tabouret,  s'asseyait  aux  pieds  de  Madame  Hansteen,  et  jouissait  de  se  sentir  chez 
lui,  comme  enfant  de  la  maison,  près  de  sa  „  seconde  mère".  C'était  la  première  fois  depuis 
Gjerstad,  qu'il  connaissait  la  joie  d'être  chez  lui.  Et  il  n'avait  jamais  su  de  cette  manière  ce 
que  c'est  qu'une  mère. 


VIE    PRIVÉE    d'ABEL  17 


il  pouvait  confier  ses  soucis  et  ses  joies,  et  dont  on  ne  peut  assez  apprécier  l'influ- 
ence sur  lui. 

D'après  tout  ce  que  nous  savons  d'autre  part,  et  ce  que  nous  pouvons  conclure 
de  tant  de  détails  dans  ses  lettres,  elle  s'est  occupée  de  lui  avec  cette  affection 
spontanée  dont  tant  de  nobles  femmes  de  grand  cœur  et  de  haute  distinction  ont 
entouré  des  hommes  de  génie;  elles  les  libèrent  d'une  certaine  maladresse,  elles 
élargissent  leur  esprit,  et  leur  donnent  le  sens  de  la  vie  harmonieuse. 

Abel  était  gauche  et  timide.  Il  n'avait  pas  l'urbanité  que  l'on  acquiert  par  la 
fréquentation  continue  dans  les  familles  cultivées,  ni  l'assurance  que  donne  la  fortune, 
ou  simplement  le  fait  de  savoir  que  l'on  est  vêtu  comme  il  faut.  Et  il  sentait 
ce  qui  lui  manquait.  Sa  pauvreté  l'avait  mis  en  dehors  de  la  sociabilité  conven- 
tionnelle, et  l'avait  presque  réduit  à  la  société  de  camarades  bohèmes,  dont  la  vie 
et  la  gaieté  étaient  souvent  assez  grossières,  et  pour  qui  les  beuveries  et  les  jeux 
de  cartes  jusqu'au  matin  étaient  certainement  parmi  les  plaisirs  les  plus  innocents. 
A  cette  époque,  la  vie  d'étudiant  à  Kristiania  était  turbulente,  et  les  étudiants,  comme 
corps,  n'avaient  pas  bonne  réputation.  Nous  avons  des  raisons  de  croire  qu'ABEL 
avait  pris  beaucoup  des  habitudes  et  des  goûts  qu'entrainait  la  vie  avec  ses  camarades. 
On  le  dépeint  peu  soigneux  dans  son  costume,  ce  que  Madame  Hansteen  et  ses 
sœurs,  surtout  Madame  Friderichsen,  s'attachèrent  à  corriger,  non  seulement,  comme 
on  peut  le  penser,  par  égard  pour  le  milieu  qu'il  devait  fréquenter  dans  ce  cas, 
mais  certainement  aussi  pour  lui-même.  Nous  voyons  l'effet  de  leur  action  dans  la 
lettre  à  Madame  Hansteen  datée  de  Berlin  16  janvier  1826  (lettre  VIT),  où  très 
gaiement  Abel  s'amuse  à  décrire  comme  il  est  élégamment  habillé  pour  un  bal, 
même  „avec  des  lunettes",  et  où  il  espère  qu'il  sera  „ complet"  quand  il  arrivera  à 
Paris.  Mais  ce  n'est  pas  seulement  en  ce  qui  concerne  sa  tenue  extérieure  que 
nous  notons  l'influence  de  la  vie  de  camaraderie,  c'est  encore  sur  d'autres  points. 
Nous  savons,  par  une  tradition  que  confirment  les  lettres  de  son  second  séjour  à 
Berlin,  qu'il  était  devenu  de  bonne  heure  un  joueur  de  cartes  entrainé  et  passionné. 
Les  problèmes  de  combinaisons  du  jeu  de  cartes  ont  tenté  son  sens  mathématique, 
de  même  que  les  cartes  et  les  échecs  ont  occupé  beaucoup  d'autres  mathématiciens 
dans  leurs  loisirs. 

Le  sentiment  du  vif  contraste  entre  la  vie  et  le  ton  dans  ces  milieux,  et  le  ton 
qui  régnait  là  où  il  était  maintenant  introduit,  lui  fit  d'autant  plus  craindre  de  n'être 
pas   convenable.      Mais   il    possédait  en  réalité  amplement  ce  qui,    non   seulement 

INTRODUCTION    —    3 


18  ELLING    HOLST:     INTRODUCTION   HISTORIQUE 

pouvait  suppléer  à  ses  insuffisances  mondaines,  mais  qu'un  esprit  délicat  devait 
immédiatement  découvrir  et  aimer,  une  ingénuité  malgré  tout  naturelle  et  aimable, 
connexe  avec  la  môme  originalité  d'où  provenait  sa  grandeur  scientifique.  C'était 
une  plante  qu'il  fallait  cultiver  et  arroser,  et  émonder  de  ses  sauvageons:  elle 
promettait  ample  récompense,  et  la  promesse  fut  tenue.  Le  ton  de  respect  filial  et 
d'intimité  charmante  en  même  temps,  dans  celles  des  lettres  à  Madame  Hansteen 
qui  sont  conservées  (lettres  V,  VII,  XXVII,  XXVIII,  XXXII,  XXXIII,  XXXV, 
XXXVI,  XXXVIII,  XLI),  témoigne  aussi  bien  de  la  délicatesse  et  de  la  bonté  de 
cœur  avec  lesquelles  elle  s'est  occupée  de  lui,  que  de  la  confiance  reconnaissante 
qui  l'animait  en  retour.  La  puissance  d'attraction  que  pouvait  exercer  la  douceur 
féminine  de  Madame  Hansteen  nous  est  connue  par  un  autre  exemple  remarquable, 
celui  de  la  jeunesse  de  son  cousin  Paludan-Mûller,  qui,  avec  un  abandon  filial  du 
même  genre,  lui  ouvrit  son  âme;  tantôt  directement,  lorsqu'elle  se  rendait  dans  sa 
famille  en  Danemark,  tantôt  par  une  correspondance  qui  dura  de  longues  années, 
il  lui  confessa  le  bien  et  le  mal.  Paludan-Milller  épousa  sur  le  tard  Charité,  la  sœur 
de  Madame  Hansteen,  dont  il  est  souvent  question  dans  les  lettres  d'ABEL,  et  qui, 
selon  une  tradition  très  nette  dans  la  famille  Hansteen,  a  exercé  sur  lui  un  attrait 
si  puissant,  que  même,  plus  tard,  il  pensa  un  moment  à  rompre  ses  fiançailles  à 
cause  d'elle. 

Combien  la  pensée  de  Hansteen  lui-même  —  pour  revenir  à  lui  —  était 
absorbée  par  Abel,  et  combien  peu  cela  avait  atteint  son  enthousiasme,  que  la 
résolution  de  l'équation  du  cinquième  degré  se  fut  trouvée  incorrecte,  on  peut  le 
lire  dans  le  journal  de  l'évêque  Pavels,  où  celui-ci  raconte,  à  la  date  du  12  juillet 
1821,  qu'il  a  rencontré  Hansteen  dans  le  Hardanger  en  faisant  une  tournée  pasto- 
rale. Hansteen  y  était  allé  faire  des  levés  et  mesurer  des  hauteurs  de  montagnes. 
L'évêque  écrit:  „Hansteen  me  raconta  aussi  qu'un  fils  du  prêtre  Abel,  de  Gjerre- 
stad,  suit  les  cours  de  l'école  de  Christiania,*  et  serait  un  des  plus  grands 
génies  mathématiques  que  l'on  puisse  imaginer.  Il  avait  fait  récemment  une 
découverte  algébrique  que  Rasmusen  et  Hansteen  considéraient  tous  deux  comme 
la  solution  d'un  problême  non  encore  résolu.  Il  s'est  lui-même  rendu 
compte  de  l'incorrection  de  ses  calculs,  et  travaille  maintenant  à  les 
corriger.     On  veut,  lorsqu'il  sera  étudiant,    se    cotiser   pour   qu'il   puisse   faire    un 


*  Les  mots  soulignés,  ici  et  trois  lignes  plus  loin,  le  sont  dans  Pavels. 


ENTRÉE    A    l'UNIVEKSITÉ    —    LECTURES  19 

voyage  à  l'étranger,  et  l'on  s'attend  à   voir   en   lui    un  jour   un    des    plus    grands 
mathématiciens  du  monde." 

Ce  même  été,  Abel  devint  étudiant.  Son  certificat  de  l'école  est  rédigé  avec 
une  remarquable  sécheresse,  et  ne  contient  rien  sur  ses  talents  mathématiques. 
Holmboe  a  dû  avoir  à  lutter  âprement  à  ce  propos  avec  ses  deux  collègues,  et  il 
aura  en  le  dessous.  Il  n'obtint  que  haud  illaudabilis.  *  Parmi  les  notes  uniformé- 
ment médiocres  brillent  les  deux  „un  avec  serpent"  pour  l'arithmétique  et  la 
géométrie.  La  série  de  ses  notes  est  insérée  plus  loin  dans  la  section  des  docu- 
ments sous  le  no.  I.* 

Comme  nous  le  savons,  sa  renommée  l'avait  précédé,  et  l'Université  s'efforça, 
dans  la  mesure  de  ses  moyens,  de  soulager  sa  misère.  Dès  le  commencement  du 
semestre  d'automne  (12  septembre)  une  place  lui  fut  donnée,  en  même  temps  qu'à 
l'historien  Rudolf  Keyser,  dans  la  fondation  universitaire  qui  existait  alors  pour  les 
étudiants  pauvres,  le  Regentsen,  comme  on  l'appelait,  du  nom  de  la  célèbre  ancienne 
fondation  analogue  de  Copenhague.  Elle  était  au  coin  de  la  rue  Lakkegaden  et 
du  Gronland.  Le  vieux  professeur  Rasch,  qui  l'a  habitée  à  la  même  époque,  a 
raconté  qu'ABEL  et  son  frère  (cf.  doc.  II)  étaient  si  pauvres,  qu'ils  n'avaient  à  eux 
deux  qu'une  paire  de  draps,  et  étaient  obhgés  de  s'en  passer  quand  elle  était  au 
lavage.  Plusieurs  professeurs  de  l'Université  se  cotisèrent  pour  lui  venir  en  aide, 
afin  de  „conserver  à  la  science  ces  rares  dispositions,  sollicitude  dont  son  assiduité 
et  sa  bonne  tenue  le  rendaient  d'autant  plus  digne"  (doc.  VII,  voyez  aussi  le  compte- 
rendu  de  l'université  après  la  mort  d'ABEL,  „Morgenbladet"  du  15  décembre  1829, 
auquel  nous  reviendrons  en  son  Heu). 

Cette  „assiduité"  était,  si  possible,  encore  plus  concentrée  sur  les  mathéma- 
tiques que  pendant  les   dernières  années  d'école.**    Cependant  passa  son  „examen 

*  Les  notes  se  comptent  de  1  à  6,  le  1  étant  la  meilleure  note,  et  elles  s'énoncent  ainsi: 

1  =  remarquablement  bien  =  laudabilis  pree  ceteris 

2  =  très  bien  =:  laud  (laudabilis) 

3  =  bien  =  haud  (haud  illaudabilis) 

4  =  passable  =  non  contenmendus 

etc. 
Autrefois,    lorsqu'on   voulait   indiquer   un  examen  exceptionnellement  bon,  on  traçait  sous  le 
1  „un  serpent"  c'est  à  dire  un  trait  ondulé  --^-^ 
**  Ici  les  vieux  registres  de  prêts,  ceux    de   la  bibliothèque    de    l'université,    cette  fois, 
nous  permettent  encore,  non  seulement    de    voir    l'étendue,    constamment    croissante,    de    ses 
lectures,  mais  de  suivre  celles-ci  dans  tout  leur  détail,  et  même  de   savoir,  à  chaque   instant, 


20  ELLING    HOLST:     INTRODUCTION    HISTORIQUE 

philosophicum"  en  temps  normal,  juin  1822,  mais,  cette  fois  encore,  avec  ^haïAd" 
seulement. 

Il  n'y  avait  alors  à  l'université  de  Kristiania  aucune  préparation  à  des  examens 
spéciaux  dans  les  branches  scientifiques.  Gela  ne  vint  que  30  années  plus  tard,  et  il 
n'est  d'ailleurs  pas  vraisemblable  que  personne  eût  pu,  au  vrai  sens  du  mot,  être  le 
maître  d'ABEL.  Il  en  savait  très  certainement  plus  long  dans  sa  partie,  d'après  ce  que 
nous  savons  aujourd'hui  qu'il  avait  étudié  à  fond,  que  le  plus  instruit  à  Kristiania. 
Il  était  donc  ainsi  réduit  au  travail  et  à  la  réflexion  solitaires.  La  richesse  biblio- 
graphique de  Kristiania  était  très  certainement  alors  en  proportion  du  reste;  pour- 
tant Abel  dans  une  lettre  à  Hansteen  (lettre  IV)  établit  la  comparaison  entre  la 
bibliothèque  de  Kristiania  et  les  bibliothèques  de  Berlin,  qui  ne  tourne  pas  précisé- 
ment à  la  confusion  de  la  première.  Mais  c'est  en  lui-même  qu'il  avait  une  source 
intarissable,  où  il  pouvait  puiser,  et  si  les  idées  qui  déjà  bouillonnaient  en  lui 
tumultueusement  n'avaient  pas  encore  atteint  la  parfaite  clarté,  le  temps  n'était  pas 
éloigné  où  il  pourrait  commencer  à  répondre  sérieusement  aux  brillantes  espérances 
que  ses  amis  et  protecteurs  fondaient  sur  son  génie. 

Ce  fut  au  commencement  de  1823  qu'ABEL  pubHa  son  premier  mémoire,  pour 
lequel  Hansteen  lui  fit  place  dans  le  „Magazin  for  naturvidenskaberne",  qu'il  diri- 
geait, en  s'excusant  auprès  des  lecteurs  de  la  revue  d'y  consacrer  les  pages  d'une 
publication  consacrée  à  la  physique  et  à  l'histoire  naturelle.  Il  fut  bientôt  suivi  de 
quelques  autres.  Ces  premiers  essais,  insérés  dans  le  „Magazin",  débuts  de  la 
production  d'AsEL,  dont  les  deux  premiers  mémoires  parus  se  trouvent  dans  les 
ceuvres  complètes  (Holmboe,  vol.  II,  p.  213  sqq.  et  Sylow-Lie,  vol.  I:  I— II),  se 
distinguent  d'une  manière  essentielle  de  ses  célèbres  travaux  ultérieurs. 

Ils  sont  rédigés  en  norvégien  et  par  suite  ne  s'adressent  pas  encore  au  monde 
scientifique  international.     Leurs   sujets    ne   sont   pas    non   plus   d'une   importance 


ce  qu'il  avait  chez  lui  sur  sa  table  de  travail.  C'est  le  prof.  Sylow  qui  a  compulsé  les 
vieux  registres  à  cet  effet,  et  en  a  retiré  une  riche  moisson  de  faits  intéressants.  Les 
emprunts  commencent  après  les  vacances  d'été  de  1820,  mais  c'est  surtout  l'année  de 
Y„examen  arUum"'  qui  montre  une  étonnante  masse  de  lectures,  continuées  avec  une  avidité, 
si  possible,  encore  plus  grande  dans  l'année  de  V„examen  pMlosophicum^ .  Les  années  sui- 
vantes, les  emprunts  sont  en  décroissance  sensible.  II  semble  s'être  fait  un  chemin  par  sa 
soif  insatiable  de  lecture,  qui  fit  place  ensuite  à  une  production  également  active.  (Ajouté 
pendant  l'impression,  ces  renseignements  ne  m'étant  parvenus  qu'à  ce  moment.  Note  de 
l'auteur.) 


DÉBUTS    DE    LA   PRODUCTION    —    MÉMOIRE    SUR   L'INTÉGRATION  (1823)  21 


aussi  capitale.  Si  élégantes  que  puissent  être  les  idées  exprimées,  et  si  grande  que 
soit  l'étendue  des  connaissances  dont  ils  témoignent  pour  son  âge,  ces  mémoires 
ne  manifestent  pas  encore  la  pénétration  extraordinaire  qui  fut  plus  tard  sa  carac- 
téristique. Ils  ne  sont  pas  sans  conclusions  hâtives  et  résultats  erronés.  Lui-même 
a  depuis  désavoué  le  troisième.  Outre  ce  qu'il  avait  fait  imprimer  lui-même,  c'est 
à  dire  les  trois  études  dont  il  vient  d'être  question,  ainsi  qu'une  quatrième  quiparut 
aussi  dans  le  „Magazin",  et  enfin  un  mémoire  dans  „Det  kongelige  norske  Viden- 
skabers  Selskabs  Skrifter",  de  Trondhjem,  on  a  encore  de  lui,  de  la  même  époque, 
une  série  d'autres  recherches  et  travaux,  dont  Holmboe,  dans  l'édition  de  ses  œuvres 
études  complètes  (1839),  a  inséré  la  série  Tome  II:  I— VI,  XIX— XXI.  Trois  de  ces 
études  ont  été  supprimées  dans  la  deuxième  édition  (Sylow-Lie  1881).  On  a  cru  long- 
temps que  les  manuscrits  originaux  de  cette  série  de  mémoires  avaient  été  perdus  dans 
un  incendie  qui  détruisit  la  maison  de  Holmboe  ;  mais  deux  années  après  la  publica- 
tion de  l'édition  Sylow-Lie,  fut  découvert  un  cahier  soigneusement  tenu,  auquel 
on  n'avait  pas  fait  attention  jusqu'alors,  avec  le  nom  et  l'écriture  d'AsEL,  et 
qui  contient  précisément  des  travaux  de  cette  époque,  entre  autres  toute  la  série  en 
question  de  l'édition  Holmboe.  Ce  sont  probablement  ces  travaux  auxquels  il  est 
fait  allusion  dans  une  des  lettres  d'ABEL  à  Holmboe,  à  qui  la  garde  en  fut  confiée 
pendant  le  voyage  à  l'étranger.  Holmboe  désire  y  prendre  ceci  ou  cela  pour 
l'insérer  dans  le  „Magazin."  Abel  donne  son  autorisation,  mais  voudrait  que  l'on 
n'en  fit  usage  que  modérément,  car  le  contenu  ne  convient  guère  au  „Magazin". 

Mais  de  toute  la  production  d'ABEL  à  cette  époque,  rien  n'attira  davantage 
l'attention  qu'un  mémoire  assez  développé  „sur  l'intégration  des  formules  différen- 
tielles" dont  malheureusement  nous  ne  connaissons  plus  le  contenu,  mais  qui  du 
moins  n'a  pas  été  écrit  en  vain.  Il  influa  plus  qu'aucun  autre  sur  la  destinée 
d'ABEL,  tant  il  fit  sensation  dans  le  milieu  universitaire.  Bien  qu'il  soit  perdu,  il 
nous  faudra  plusieurs  fois  y  revenir. 

C'est  à  mon  énergique  et  infatigable  collaborateur,  M.  Carl  Stormer,  que  nous 
devons  de  connaitre  l'époque  de  sa  rédaction,  que  l'on  fixait  précédemment  à 
l'automne  de  la  même  année,  et  de  nous  faire  une  idée  un  peu  plus  précise  de 
son  sujet  que  nous  ne  le  pouvions  jusqu'ici.  En  se  livrant  aux  recherches  les  plus 
minutieuses  dans  les  archives  de  l'université  et  d'autres  établissements  publics, 
M.  Stormer  a  mis  au  jour  la  collection  la  plus  complète  de  documents  relatifs  à 
Abel,    que   l'on   ait   réunie  jusqu'à   présent,    et   qui   constitue    l'importante  section 


ELLING    HOLST:     INTRODUCTION    HISTORIQUE 


de  documents  du  présent  mémorial,  parmi  lesquels  deux  pièces  inconnues  jusqu'à 
ce  jour,  concernant  ce  mémoire.  La  plus  ancienne  des  deux  (doc.  IV)  vient  d'être 
découverte  il  y  a  quelques  jours,  et  a  nécessité  par  la  surprenante  nouveauté  des 
éclaircissements  qu'elle  apporte,  un  remaniement  assez  considérable,  sur  ce  point, 
dans  cette  partie  déjà  achevée  de  notre  introduction.  Elle  raconte,  avec  une 
vivacité  inaccoutumée  dans  un  document  officiel,  comment  Hansteen,  le  22  mars 
1823,  se  présenta  devant  le  conseil  académique,  avec  le  mémoire  d'ABEL,  et 
demanda  l'aide  de  l'université  pour  le  faire  imprimer. 

Le  mémoire  s'est  certainement  distingué  de  ses  autres  travaux  contemporains 
sous  plus  d'un  rapport.  Il  avait  une  étendue  qui  n'a  pas  permis  à  Hansteen  de 
l'insérer  dans  le  „Magazin",  et  en  outre,  évidemment  pas  seulement  aux  yeux  de 
celui-ci,  une  importance  qui  rendait  désirable  de  le  publier  sous  une  forme  plus 
digne.  Mais  le  conseil,  que  la  situation  financière  de  l'université  obligeait  à  la 
plus  grande  réserve  pour  tout  ce  qui  regardait  les  dépenses  exceptionnelles,  résolut 
provisoirement  de  charger  Hansteen  et  Rasmusen  d'examiner  le  travail  de  plus 
près.  Leur  jugement  approfondi,  second  des  documents  trouvés  par  M.  Stermer 
(doc.  VI),  ne  parut  que  vers  la  fin  de  l'année. 

Gomme  dans  l'intervalle  beaucoup  d'événements  se  sont  passés,  qu'il  faut 
raconter  dans  l'ordre  de  leur  succession,  nous  y  reviendrons  au  moment  voulu. 

Il  y  a  quelque  lieu  de  penser  que  ce  mémoire  d'ABEL,  qui  depuis  fit  chez 
nous  des  miracles  en  sa  faveur,  en  lui  procurant  une  bourse  dans  le  pays,  puis 
une  bourse  de  voyage,  a  aussi  été  la  raison  déterminante  du  petit  voyage  rapide, 
mais  fécond,  qu'il  fit  à  l'étranger  pendant  l'été.  Le  Prof.  Rasmusen,  qui,  d'après 
tout  ce  que  nous  pouvons  voir,  lorsque  le  jeune  mathématicien  d'avenir  a  surgi, 
s'y  est  vivement  intéressé,  suit  maintenant  de  la  manière  la  plus  obligeante 
l'exemple  donné  par  Hansteen.  Celui-ci,  comme  nous  savons,  avait  ouvert  sa  maison 
à  Abel,  et  le  „Magazin"  à  ses  premiers  travaux,  et  alors  Rasmusen  lui  donna 
une  aide  tout  aussi  chaleureuse  en  lui  offrant  100  „speciedaler"  *  pour  un  voyage 
de  vacances  à  Copenhague,  afin  qu'il  pût  profiter  de  la  fréquentation  des  mathé- 
maticiens danois  Degen  et  v.  Schmidten. 

Ce  petit  voyage,  dont  Abel  donne  avis  au  conseil  académique  le  2  juin  1823 
(doc.  V)  lui  a  fait  du  bien  de  plusieurs  manières.     Il  avait  de   la  famille  à   Copen- 


*  Environ  550  francs. 


VOYAGE    DE    COPENHAGUE 


hague,  sa  tante  étant  mariée  au  capitaine-commandant  danois  P.  M.  Tuxen,  dont  le 
nom  avait  été  donné  à  l'un  de  ses  plus  jeunes  frères.  Il  demeura  chez  eux  et  s'y 
plut  beaucoup.  Mais  il  trouva  aussi  d'autres  amis.  La  sœur  de  Madame  Hansteen, 
Madame  Henriette  Friderichsen,  à  qui  tout  de  suite  il  rendit  visite,  le  reçut  avec 
toute  la  cordialité  qu'il  pouvait  désirer  et  prévoir,  comme  un  ami  intime  de  la  maison 
Hansteen  et  un  protégé  de  sa  sœur.  D'avance  on  avait  dit  du  bien  de  lui,  et  nous 
savons  combien  un  voyageur  était  le  bienvenu,  à  cette  époque  de  service  de  poste 
médiocre,  comme  transmetteur  direct  de  compliments  et  de  correspondance. 

Il  ne  fut  pas  moins  enchanté  de  faire  la  connaissance  du  professeur  Degen, 
dont  la  remarquable  bibliothèque  mathématique  excita  son  enthousiasme,  et  dont 
la  sincère  admiration  pour  lui,  et  l'idée  de  vouloir  apprendre  beaucoup  de  lui,  le 
rendit  à  la  fois  heureux  et  confus.  Nous  ne  pouvons  voir  si  Abel  avait  emporté 
son  mémoire  sur  l'intégration,  e\  s'il  le  lui  a  montré.  Le  mémoire  était  probable- 
ment resté  au  pays  chez  Hansteen  ou  Rasmusen. 

Le  voyage  lui-même,  son  bonheur  à  Copenhague  et  ses  impressions,  on  en  a 
le  récit  gai  et  naïf  dans  ses  lettres  du  15  juin  et  du  4  août  à  Holmboe  (lettres 
I  et  II). 

Ces  deux  lettres  sont  extrêmement  jeunes  de  style  et  de  ton.  Il  est  plein 
d'impressions  soudaines,  il  écrit  comme  cela  lui  vient,  et  éclate  en  exclamations 
des  plus  naïves.  Si  l'on  compare  ces  lettres  avec  celles  de  son  grand  voyage,  dans 
ces  dernières,  bien  qu'il  soit  plus  âgé  seulement  de  deux  à  trois  ans,  d'une  part, 
il  est  vrai,  on  le  voit  tout  aussi  jeune  et  naïf,  mais  son  esprit  scientifique  a  acquis 
une  maturité  qui  rayonne  à  travers  cette  naïveté  même,  de  la  manière  la  plus 
charmante.  En  même  temps,  son  style  est  devenu  d'une  clarté  transparente, 
remarquablement  libre  et  facile,  plein  de  vie,  et  de  mots  justes  et  de  tournures 
saisissantes. 

La  seconde  lettre  à  Holmboe  raconte  en  détail  ses  travaux  à  Copenhague,  et 
montre  qu'il  ne  perdait  pas  son  temps:  il  profitait  de  ce  qu'il  avait  l'occasion 
d'étudier  des  ouvrages  qu'il  ne  trouvait  pas  au  pays,  comme  V „ Application  de 
V Analyse  à  la  géométrie"  de  Monge,  et  la  „Théorie  des  nombres"  de  Legendre, 
et  il  travaillait  en  même  temps  à  des  travaux  personnels,  entre  autres  à  la  démon- 
stration du  second  théorème  de  Fermât.  Mais  l'importance  de  la  lettre  pour  nous 
réside  surtout  dans  le  passage  singulier  où  on  le  voit  occupé  de  rien  de  moins  que 
le   problême   de  l'inversion   des   intégrales   elliptiques,   sur  lequel  il  parait 


24  ELLING   HOLST:     INTRODUCTION    HISTORIQUE 

qu'il  s'était  déjà  creusé  la  tête  avant  son  départ.  Il  dit:  „Ce  petit  travail  traitait, 
tu  te  le  rappelles,  des  fonctions  inverses  des  transcendantes  elliptiques,  et  j'y  avais 
démontré  une  chose  impossible;  j'ai  prié  Degen  de  le  lire  d'un  bout  à  l'autre,  mais 
il  ne  put  découvrir  aucune  fausse  conclusion,  ni  comprendre  où  était  la  faute;  Dieu 
sait  comment  je  m'en  tirerai!". 

Abel  fit  encore  une  autre  connaissance  à  Copenhague,  celle  de  la  jeune  fille, 
Christine  (Stine,  Crely  ou  Crelly)  Kemp,  qui  fut  plus  tard  sa  fiancée.  Elle  était 
née  à  Copenhague  en  1804,  fille  de  l'intendant  général  Christian  Kemp,  et  de  sa 
femme  Catharine  Christiane,  née  Koch;  ce  n'était  pas  une  beauté,  mais  elle  était 
fraiche,  vive  et  bien  douée,  tant  pour  l'intelligence  que  pour  le  cœur.  Ils  s'étaient 
rencontrés  pour  la  première  fois  dans  un  bal,  comme  il  l'a  raconté  lui-même.  Il 
l'avait  invitée  pour  une  valse,  mais,  le  moment  venu,  ni  l'un  ni  l'autre  ne  savait 
danser.  Comme  il  est  arrivé  plusieurs  fois  dans  la  vie  d'ABEL,  cela  commença  par 
un  arrêt.  L'année  suivante  il  la  rencontra  de  nouveau  en  Norvège,  et  il  se  trouva 
qu'ils  avaient  gardé  l'un  de  l'autre  un  souvenir  fidèle. 

Sauf  cette  connaissance,  qu'AsEL  n'a  pas  jugé  bon,  ou  n'a  pas  eu  occasion 
de  raconter  à  Holmboe,  nous  ne  savons  rien  de  son  séjour  à  Copenhague  en  dehors 
de  ce  que  les  deux  lettres  nous  apprennent;  mais  nous  savons  que  tout  cela  a  été 
pour  lui  mieux  qu'un  voyage  de  vacances,  il  en  a  tiré  une  bonne  moisson,  s'est 
fortifié  et  mûri  à  la  fois  comme  homme  et  comme  savant. 

Si  nous  voulons  désigner  les  étapes  de  la  croissance  de  son  développement 
mathématique  par  les  noms  des  hommes  qui,  soit  directement  par  leur  enseignement, 
soit  par  leur  approbation  sincère,  ou  en  stimulant  son  activité  d'esprit  et  sa  produc- 
tion à  leur  apogée,  ont  successivement  influé  sur  sa  vie,  nous  dirons  que  la  pre- 
mière période,  celle  de  Holmboe,  des  années  d'écolier,  est  achevée,  et  que  nous 
approchons  de  la  fin  de  la  seconde,  celle  de  Hansteen  et  Degen.  Il  reste  celles 
de  Crelle  et  de  Jacobi.  La  période  dans  laquelle  nous  nous  trouvons  va  de  1821 
jusqu'en  1824.  Elle  est  caractérisée  par:  lecture  décroissante,  production 
croissante.  Degen  lui  donna  une  nouvelle  impulsion;  celle-là  était  merveilleuse- 
ment efficace,  pour  un  homme  de  notre  pays,  qui  se  trouvait  tout  à  coup  face  à 
face  avec  un  ami  sympathique  d'âge  mûr,  à  la  fois  connu  et  étranger,  dont  les 
encouragements,  et  sortout  l'approbation,  avaient  une  importance  et  une  portée  d'autant 
plus  grandes,   précisément  parcequ'il   ne  faisait  pas    partie    des  plus  proches,    dont 


MÉMOIRE    SUR   l'intégration.       CE    QUE    L'ON    EN    SAIT 


l'autorité  et  l'influence  est  toujours  affaiblie  par  la  fréquentation  quotidienne,  qui 
peu  à  peu  les  transforme  en  d'autres  valeurs,  confiance,  amitié,  intimité  confortable. 

Après  le  retour  de  Copenhague,  vient  une  période  dont  nous  savons  peu  de 
chose.  Nous  avions  cru  jusqu'à  présent  qu'elle  était  occupée  par  son  travail  pour 
son  mémoire  sur  l'intégration,  mais  la  trouvaille  de  Stormer  montre  que  celui-ci 
était  déjà  terminé  en  mars.  Le  vide  qui  en  résulte  est  d'ailleurs  rempli,  si  nous 
nous  rappelons  la  longue  série  de  mémoires  dans  le  cahier  dont  il  a  été  question. 

Il  peut  nous  sembler,  de  nos  jours,  que  Hansteen  et  Rasmusen  ont  pris  un 
temps  bien  long  pour  exprimer  leur  jugement  sur  le  mémoire  d'intégration  d'ABEL. 
Leur  réponse  (doc.  VI)  n'a  été  présentée  que  le  19  décembre,  au  bout  de  neuf  mois. 
Mais  par  contre,  elle  est  scrupuleusement  pesée,  et  apporte  des  propositions  fermes, 
qui  sont  en  réalité  à  la  base  de  tout  ce  qui  a  été  fait  en  faveur  d'ABEL  par  les 
pouvoirs  publics  pendant  la  période  suivante.  La  bonne  volonté  avec  laquelle  le 
conseil  et  les  ministères  accueillent  ces  propositions,  prouve  qu'en  faveur  d'ABEL  fut 
exercée  une  action  personnelle  dont  la  postérité  doit  être  reconnaissante  à  ses  deux 
protecteurs.  Ils  ont  certainement  employé  cet  intervalle  à  rechercher  ce  qu'ils  pour- 
raient avoir  quelque  chance  d'obtenir,  et  ils  lui  ont  préparé  le  terrain  le  mieux 
qu'ils  ont  pu.  Et  si  tout  s'était  exactement  passé  comme  Hansteen  et  Rasmusen 
l'auraient  voulu,  très  certainement  l'avenir  d'AsEL  aurait  été  un  peu  moins  sombre 
qu'il  ne  le  fut.  Sur  un  seul  point,  en  effet,  le  conseil  repoussa  la  proposition,  comme 
nous  le  verrons  dans  le  récit  qui  va  suivre,  aussitôt  que  nous  aurons  examiné  ce 
document,  curieux  sous  plusieurs  rapports. 

Car  ce  document  offre  encore  un  grand  intérêt,  outre  qu'il  désigne  les  véritables 
promoteurs  de  la  subvention  obtenue  de  l'état  par  Abel,  en  ce  qu'il  donne  la  seule 

source  réelle  de  renseignements  sur  le  mémoire  lui-même.    On  y  lit  :     „ le 

mémoire  ci-joint,  écrit  par  lui  en  français,  sur  l'Intégration  des  formules 
différentielles."  Je  ne  crois  pas  me  tromper  en  voyant  dans  les  mots  que  j'ai 
soulignés  le  titre  même  du  travail  d'ABEL.  On  lit  plus  loin:  „Dans  ce  mémoire  est 
exposée,  pour  toutes  les  formes  principales  de  formules  différentielles,  la  manière  dont 
leur  intégration  peut  être  effectuée",  et  que  „cette  exposition  qui  est  différente  de  celle 
qui  se  trouve  dans  les  ouvrages  de  nous  connus,  relatifs  au  calcul  intégral* 


♦  Le  Prof,  Bjerknes  croit  voir  une  allusion  à  ce  travail  dans  la  note  au  troisième  théorème  du 
grand  mémoire  inachevé,  „Précis  d'une  théorie  des  fonctions  elliptiques",  journal  de  Crelle, 
vol  IV,  1829  (v.  Sylow-Lie,  vol  I,  p.  550).     Abel  s'exprime  ainsi  :    „J'ai  fondé  sur  ce  théorème 

INTRODUCTION    —    4 


ELLING   HOLST:     INTEODUCTION   HISTORIQUE 


Le  mémoire  mérite  d'être  répandu."  Ils  examinent  ensuite  s'il  serait  utile  de  donner 
à  Abel  une  subvention  pour  que  le  travail  pût  être  imprimé  dans  le  pays,  ce  que,  pour 
diverses  raisons,  ils  ne  croient  pas  pouvoir  conseiller,  car,  à  leur  avis,  le  mémoire,  par 
son  contenu,  convient  mieux  pour  l'insertion  dans  „les  publications  de  quelque 
Société  scientifique,  l'objet  de  ces  recueils  étant  précisément  de  recevoir  des  vues 
scientifiques  nouvelles,  dont  l'exposition  suppose  des  lecteurs  d'une  compétence 
exceptionnelle,  et  qui  par  suite  ne  peuvent  faire  espérer  une  vente  considérable."  Au 
lieu  de  cela,  ils  proposent  de  donner  à  Abel  une  bourse  de  voyage,  et  ils  rappellent 
en  même  temps  sa  pauvreté,  qui  est  connue  du  conseil,  et  que  son  entretien  à 
l'université  a  jusqu'ici  été  payé  par  souscriptions  privées.  „  Maintenant  il  lui  faut 
une  subvention  plus  importante,  afin   qu'il   acquière  à  son  pays  l'honneur  que  ses 

dons   et   ses   progrès   permettent   d'espérer   d'un   tel  savant A  Paris  il 

trouvera  probablement  l'occasion  de  faire  insérer  son  travail  sur  l'intégration  dans 
les  Mémoires  de  l'Institut  national,  ainsi  publié  sous  la  forme  qui  lui  convient,  et 
nous  croyons  que  ce  sera  le  moyen  le  plus  rapide  de  le  faire  connaître." 

Ainsi  s'expriment  Rasmusen  et  Hansteen  sur  le  mémoire  et  son  importance. 
Suit  le  détail  de  la  proposition  pour  les  études  au  pays,  la  bourse  de  voyage,  la 
subvention  d'équipement  pour  le  voyage,  et  enfin  une  bourse  provisoire  après  son 
retour. 

La  chaleur  et  la  prudence  dont  cette  pièce  témoigne  d'un  bout  à  l'autre  fait  le 
plus  grand  honneur  aux  deux  signataires,  et  il  ne  faudra  pas  l'oublier,  lorsque 
plus  tard  nous  verrons  Hansteen  lui-même,  ainsi  que  Holmboe,  se  mettre  en  travers 
de  l'avenir  d'AsEL. 

La  conséquence  immédiate  fut  la  communication  du  conseil  académique  au 
ministère  de  l'instruction  publique  du  11  janvier  1824  (doc.  VII).  Le  conseil  transmet 
le  mémoire  au  ministère  et  demande  pour  Abel  une  bourse   de  voyage  de  50  spd. 


un  nouvelle  théorie  de  l'intégration  des  formules  différentielles  algébriques,  mais  que  les 
circonstances  ne  m'ont  pas  permis  de  publier  jusqu'à  présent.  Cette  théorie  dépasse  de  beau- 
coup les  résultats  connus,  elle  a  pour  but  d'opérer  toutes  les  réductions  possibles  des 
intégrales  des  formules  algébriques  à  l'aide  des  fonctions  algébriques  et  logarithmiques.  On 
parviendra  ainsi  à  réduire  au  plus  petit  nombre  possible  les  intégrales  nécessaires  pour  re- 
présenter sous  forme  finie  toutes  les  intégrales  qui  appartiennent  à  une  même  classe."  Il  y  a 
incontestablement  dans  les  expressions  qu'il  emploie  quelquechose  qui  rappelle  les  déclarations 
contenues  dans  le  rapport  cité  plus  haut.  Mais  on  ne  peut  guère  conclure  de  là  rien  de 
certain. 


NÉGOCIATIONS    POUR   UNE    BOURSE  27 


par  mois  pendant  18  mois,  et  jusqu'au  départ  une  bourse  de  20  spd.  par  mois,  à 
dater  du  i^'  janvier  de  l'année  courante,  et  en  outre,  à  cause  de  sa  situation 
économique  difficile,  une  somme  spéciale  de  150  spd.  pour  son  équipement,  le 
tout  parfaitement  conforme  à  la  proposition  de  Rasmusen  et  Hansteen.  Ceux  ci 
avaient  en  outre,  comme  nous  nous  le  rappelons,  proposé  d'assurer  à  Abel  quelque 
chose  provisoirement  (30  spd.  par  mois  pendant  une  demi-année)  après  son  retour. 
A  cela  le  conseil  se  refusa,  laissant  ainsi  échapper  une  occasion  qui  ne  devait  plus 
se  représenter,  négligence  dont  les  suites  furent  amères  pour  Abel. 

La  réponse  du  ministère  (après  négociations  avec  le  ministère  des  finances,  doc. 
VIII— IX),  arriva  le  19  février  (doc.  X),  et  invita  le  conseil  à  examiner  s'il  ne  serait 
pas  bon  qu'AsEL,  avant  de  recevoir  sa  bourse  de  voyage,  restât  d'abord  quelques 
années  à  l'université,  avec  une  subvention  convenable  de  l'Etat,  en  vue  de  „se 
pei-fectionner  ici,  à  l'université,  dans  les  langues  et  autres  connaissances  auxiliaires, 
lesquelles,  vu  son  jeune  âge,  on  peut  supposer  qu'il  ne  possède  pas  autant  qu'il 
pourrait  paraître  désirable  afin  qu'il  puisse  tirer  du  séjour  projeté  près  des  universités 
étrangères  tout  le  profit  possible  pour  son  étude  principale."  Le  23  du  même  mois 
le  conseil  déclara  qu'il  approuvait  tout  à  fait  cette  manière  de  voir,  et  par  décret 
royal  du  29  mars,  Abel  se  trouva  en  possession  d'une  bourse  d'Etat  de  200  spd. 
par  an  pour  deux  ans.  La  bourse  comportait  l'obligation  d'étudier  pendant  ces  deux 
années  „les  langues  savantes  et  autres  sciences  importantes  pour  son  étude  princi- 
pale, les  mathématiques." 

Abel  se  vit  obligé  de  suivre  à  la  lettre  cette  disposition  plutôt  minutieuse,  et 
ses  déclarations  dans  sa  pétition  ultérieure  du  1er  juillet  (doc.  XVII)  et  dans  la  lettre 
consécutive  au  conseil  (doc.  XX),  montrent  qu'il  s'y  est  conformé.  Mais  il  ne  semble 
pas,  d'ailleurs,  que  cela  lui  ait  pris  tellement  de  temps  qu'il  n'ait  pu,  malgré  cela, 
s'abandonner  aux  inspirations  de  sa  vocation  puissante,  avec,  en  outre,  cet  attrait 
particulier,  d'être  mathématicien  ex  officio,  relativement  libre  de  gêne  économique, 
et  non  plus  exclusivement  réduit  à  l'aide  de  bons  amis  et  de  protecteurs.  Combien 
cette  délivrance  de  tout  ce  qui  jusqu'alors  avait  pesé  sur  lui,  nature  sensible  et 
délicate,  a  contribué  à  lui  donner  cette  vigueur  de  travail  qui  va  le  conduire  à  sa 
première  grande  manifestation,  sa  première  victoire  éclatante,  personne,  certes,  ne 
pourra  le  dire  au  juste.  Mais  cette  victoire,  la  démonstration  de  l'impossibilité  de 
la  résolution  de  l'équation  du  cinquième  degré  par  des  radicaux,  qui  est  due  avant 
tout,  bien  entendu,  à  sa  pénétrante  sagacité,  et  à  son  infatigable  énergie  qu'aucune 


ELLING   HOLST:     INTRODUCTION   HISTORIQUE 


difficulté  ne  faisait  céder,  et  ensuite  à  la  science  et  à  la  maturité  que  lui  avait 
acquises  l'ardeur  dont  témoigne  la  trouvaille  faite  par  le  prof.  Sylovv  à  la 
bibliothèque.  Mais  en  outre,  elle  suit  la  concession  de  la  bourse  comme  l'écho 
répond  à  l'appel.  Dès  l'été  suivant  son  petit  mémoire,  d'une  rédaction  très 
serrée,  était  publié:  „ Mémoire  sur  les  équations  algébriques,  où  Von  démontre 
V impossibilité  de  la  résolution  de  V équation  générale  du  cinquième  degré.^^  (Sylow 
et  Lie,  vol.  I,  III).  C'était  une  vilaine  plaquette*  mal  imprimée,  dont  il  avait  lui- 
même  fait  les  frais.  Pour  réduire  la  dépense  d'impression,  raconte  Hansteen  („I11. 
Nyhedsbl."  1862),  il  avait  réduit  le  mémoire  à  une  demi-feuille  in-4°,  et  ni  l'aspect 
extérieur,  ni  la  rédaction  étriquée  exigée  par  la  place  ainsi  limitée,  ne  pouvaient 
faire  soupçonner  l'importance  de  ce  qu'il  renfermait.  Car  c'est  avec  cette  petite 
plaquette  qu'il  franchit  le  seuil  qui  le  fait  passer  de  la  période  de  tâtonnements  et 
de  recherches  de  débutant  à  l'époque  du  grand  Abel.  Comme  nous  le  verrons 
bientôt,  ce  fut,  dans  ce  sens,  et  aussi  littéralement,  sa  lettre  d'introduction  auprès 
du  grand  monde  mathématique  d'Europe.  Il  essaya  tout  aussitôt  de  faire  connaître 
son  travail,  et,  probablement  par  l'intermédiaire  de  Hansteen  ou  avec  son  approbation, 
il  en  envoya  un  exemplaire  à  Hambourg  à  Schumacher,  qui  parle  du  mémoire  dans 
une  lettre  à  Gauss  du  23  juillet  1824.  Schumacher  l'envoya  bientôt  après  à  Gauss 
par  Olbers.  Mais  le  jugement  de  Gauss  sur  ce  travail  ne  se  trouve  nulle  part  dans 
la  correspondance  ultérieure  entre  lui  et  Schumacher.  Par  contre  Hansteen  nous 
apprend,  dans  une  note  à  l'une  des  lettres  d'AsEL,  insérée  dans  l'article  déjà  cité 
(„I11.  Nyhedsbl."  1862),  que  Gauss  „lorsqu'il  l'avait  vu,  avait  dit  qu'il  démontrerait 
lui-même  la  possibilité  de  la  résolution;  mais  avait  dû  reconnaître  plus  tard  qu'AsEL 
avait  raison."  Cette  anecdote,  dont  rien  d'écrit  ne  confirme  l'exactitude,  ni  dans  la 
correspondance  entre  Gauss  et  Schumacher,  ni  dans  la  correspondance  entre  celui-ci 
et  Hansteen,  repose  sans  doute  sur  quelque  erreur,  mais  peut  bien  avoir  pour 
point  de  départ  quelquechose  de  réel.  Le  fait  est  que  Gauss  était  alors  en  posses- 
sion  des   connaissances   les  plus  étendues  de  cette  époque,  tant  en  ce  qui  concerne 


*  La  plaquette  fut  imprimée  dans  la  même  imprimerie  d'où  sont  sorties  plus  tard  les  deux 
éditions  de  ses  œuvres  complètes.  Si  l'on  place  à  côté  les  uns  des  autres  ces  divers  travaux 
d'impression,  cela  donne  sous  une  forme  concrète,  non  seulement  une  image  frappante  de  la 
différence  entre  la  situation  générale  en  Norvège,  comparée  à  ce  qu'elle  est  aujourd'hui,  mais 
aussi  une  illustration  saisissante  du  contraste  entre  les  commencements  si  pauvres  d'AsEt  et 
l'éclat  dont  rayonne  aujourd'hui  son  nom  respecté. 


EÉSOLUTION    ALGÉBRIQUE    DES    ÉQUATIONS  29 

la  théorie  des  équations  que  les  fonctions  elliptiques,  mais  que  dans  ses  hauteurs 
solitaires,  il  avait  jusqu'alors  gardé  pour  lui  la  plus  grande  partie  de  ce  qu'il  en 
connaissait. 

Avait-il  déjà  vu  la  possibilité  de  résoudre  l'équation  du  cinquième  degré  par 
des  moyens  algébriques  d'ordre  plus  élevé  que  les  radicaux,  comme  l'expression  qui 
lui  est  attribuée  pourrait  l'indiquer?  ou  bien  était-ce  les  lacunes  de  la  démonstration 
d'AsEL,  que  celui-ci,  surtout  à  cause  de  la  place  limitée,  avait  dû  se  permettre  dans 
la  rédaction,  et  que  le  regard  perçant  de  Gauss  a  découvertes,  qui  furent  l'objet  de 
sa  critique?    On  ne  peut  le  savoir. 

Dans  son  troisième  et  dernier  travail  sur  ce  sujet,  le  mémoire  ^Sur  la  résolu- 
tion algébrique  des  équations^  (Sylovv  et  Lie,  vol.  II,  XVIII),  qui  était  destiné  au 
journal  de  Crelle,  mais  est  resté  inachevé  parmi  ses  papiers,  Abel  jette  un  regard 
en  arrière  et  approfondit  son  raisonnement,  et  il  dit  en  même  temps  ce  qu'il  pense 
des  anciennes  recherches  de  Ruffini:  „Le  premier,  et,  si  je  ne  me  trompe,  le  seul 
qui  avant  moi  ait  cherché  à  démontrer  l'impossibilité  de  la  résolution  algébrique 
des  équations  générales,  est  le  géomètre  Ruffini;  mais  son  mémoire  est  tellement 
compliqué  qu'il  est  très  difficile  de  juger  de  la  justesse  de  son  raisonnement.  Il  me 
parait  que  son  raisonnement  n'est  pas  toujours  satisfaisant.  Je  crois  que  la  démon- 
stration que  j'ai  donnée  de  ce  théorème  ne  laisse  rien  ù  désirer  du  côté  de  la 
rigueur;  mais  elle  n'a  pas  toute  la  simplicité  dont  elle  est  susceptible.  Je  suis 
parvenu  à  une  autre  démonstration,  fondée  sur  les  mêmes  principes,  mais  plus 
simple,  en  cherchant  à  résoudre  un  problème  plus  général".  En  réalité  Ruffini, 
comme  on  sait,  était  parti  d'une  hypothèse  non  démontrée,  et  avait  été  par  suite 
amené  à  un  résultat  d'une  trop  grande  généralité.  Abel,  à  qui  d'ailleurs  en  1824 
le  travail  de  son  précurseur  était  totalement  inconnu,  a  donc,  malgré  celui-ci, 
pleine  priorité,  en  ce  que,  par  ses  recherches  nouvelles  et  fondamentales  sur  le  sujet, 
il  a  acquis  cette  découverte  à  la  science  d'une  façon  définitive. 

Puisque  nous  en  sommes  au  chapitre  Abel-Sghumacher-Gauss,  nous  devons 
rendre  compte  d'un  rapide  incident  à  peu  près  de  l'époque  où  parut  son  mémoire  sur 
l'équation  du  cinquième  degré.  Il  s'agit  d'un  de  ses  travaux  qui  s'écartent  le  plus  de 
sa  spécialité,  le  mémoire  publié  dans  le  „Magazin",  dont  il  a  déjà  été  question,  et 
qu'il  désavoua  lui-même  bientôt  après,  mais  qui  lui  attira,  et  plus  encore  peut-être 
à  Hansteen,  une  critique  bienveillante  dans  la  correspondance  entre  les  deux  savants 
allemands.     Abel,   à  la  demande  de  Hansteen,  avait  abordé  par  exception  un  sujet 


30  ELLING    HOLST:     INTRODUCTION    HISTORIQUE 


purement  mécanique,  qui  lui  était  étranger,  et  il  avait  cherché  à  calculer  l'influence 
de  la  lune  sur  le  pendule,  et  l'irrégularité  qui  en  résulte  dans  son  mouvement,  mais 
en  traitant  cette  question,  il  avait  complètement  négligé  l'influence  de  l'attraction 
exercée  sur  la  terre,  et  Hansteen,  avec  le  même  défaut  de  critique  et  la  même 
aveugle  confiance  dans  l'infaillibilité  de  son  jeune  ami,  fit  conmie  il  avait  fait  déjà. 
Frappé  du  résultat  auquel  Abel  était  arrivé,  savoir  que  l'influence  de  la  lune  serait 
tellement  sensible,  que  son  action  sur  le  fil  à  plomb  pourrait  être  vérifiée  par 
observations,  non-seulement  il  inséra  le  mémoire  d'ABEL  dans  sa  revue,  mais  il 
l'envoya  à  Schumacher  pour  être  imprimé  dans  les  „Astronomische  Nachrichten". 
Le  2  août  de  la  même  année,  Schumacher  répond  (lettre  XL VI).  Il  montre  la  faute, 
et  dans  le  numéro  suivant  du  „Magazin"  Abel  se  hâte  de  reprendre  ses  affirmations, 
et  il  rend  compte  d'où  provenait  l'erreur.  Après  sa  mort,  à  propos  d'un  échec 
analogue  d'un  physicien  anglais  traitant  le  même  problème,  Schumacher,  dans  une 
lettre  à  Gauss  (7  mai  1830),  revint  sur  ce  petit  incident,  et  écrivit  alors:  „Gelui 
qui  aurait  voulu  juger  d'après  cela  les  talents  d'ABEL  se  serait  fait  sur  lui  des  idées 
bien  fausses." 

Mais  pour  en  revenir  à  son  mémoire  sur  l'équation  du  cinquième  degré,  il  y  a 
encore  à  ce  sujet  un  fait  qui  mérite  d'être  remarqué,  c'est  que,  de  même  que  le 
travail  déjà  mentionné,  adressé  au  conseil  académique,  il  est  écrit  en  français. 
Le  français,  avec  la  „ calligraphie",  étaient  les  parties  pour  lesquelles  il  avait  les 
plus  mauvaises  notes  à  l'école.  Lorsqu'on  a  vu  son  écriture  fine,  nette,  bien  lisible, 
on  pourrait  s'étonner  que  l'école  ait  été  mécontente  de  ses  examens  d'écriture,  si 
l'on  ne  se  rappelle  quelle  singulière  espèce  de  calligraphie  en  y  enseignait  alors; 
c'était  plutôt  une  sorte  de  dessin  compliqué,  souvent  en  caractères  gothiques  avec 
des  fioritures  et  des  traits  ondulés  datant  du  rococo,  ainsi  qu'on  peut  le  voir  encore 
dans  les  documents  publics  et  les  vieilles  pages  d'album. 

Il  était  à  tous  égards  plus  fâcheux  qu'à  la  sortie  de  l'école  il  fût  encore  peu 
avancé  en  français.*  Cependant  son  étude  assidue  des  auteurs  mathématiciens 
français  lui  avait  évidemment  profité  aussi  en  cela,  et  il  ne  fut  pas  long,  comme 
nous  avons  vu,  avant  de  se  risquer  à  rédiger  ses  travaux  dans  cette  langue.  Ce 
changement  marque  aussi  au  point  de  vue  mathématique  un  grand  pas  en  avant, 
comme  assurance  et  confiance  en   lui-même.     Il  n'écrit  plus  pour  le  cercle  Hmité, 


*  A  l\examen  artium'',  il  se  comporta  cependant  fort  bien,  et  eut  la  note  2. 


TRAVAUX    A   l'université   ET    ANTÉRIEURS  31 

qui  comprend  sa  langue  maternelle,  mais  visiblement  il  se  prépare  à  exposer  ses 
découvertes  et  ses  trouvailles  à  un  plus  large  public. 

Lesquels  de  ses  travaux  publiés  plus  tard  a-t-il  esquissés  sur  le  papier  dès  cette 
époque,  et  dans  quelle  mesure,  ou  du  moins  lesquels  avait-il  déjà  en  tête,  on  ne 
peut  le  préciser  aujourd'hui  en  détail.  Les  études  les  plus  sérieuses  à  ce  sujet, 
fondées  sur  les  renseignements  de  Holmboe  dans  les  „Œuvres  complètes",  première 
édition,  relativement  aux  lieux  où  furent  rédigés  les  mémoires  posthumes,  sont  dues 
à  son  savant,  pieux  et  scrupuleux  biographe  G.  A.  Bjerknes  (Niels  Henrik  Abel, 
Tableau  de  sa  vie  et  de  son  action  scientifique.  Suite  d'articles  dans  la  revue  de 
Letterstedt,  Stockholm,  1880.  Traduction  française,  considérablement  augmentée, 
Paris  1885)  ainsi  qu'à  Léo  Koenigsberger  („Zur  Geschichte  der  Théorie  der  ellip- 
tischen  Transcendenten  in  den  Jahren  1826 — 29."  Leipz.  1879.)  Ils  constatent  que 
dès  avant  son  voyage  il  possède  déjà  les  idées  conductrices  de  ses  découvertes  les 
plus  importantes,  l'inversion,  la  double  périodicité  et  le  théorème  d'addition.  Et 
ceci  est  confirmé  par  ses  affirmations  répétées  dans  ses  lettres  au  sujet  de  théories 
achevées,  qu'il  n'a  plus  qu'à  rédiger,  et  même  de  mémoires  complètement  prêts, 
auxquels  il  ne  manque  qu'un  éditeur  et  l'impression.  Nous  devons  croire  non 
seulement  à  une  pleine  maturité  et  à  une  foule  de  résultats  de  détail,  mais  aussi 
à  une  profonde  pénétration  des  théories  qui  constituèrent  plus  tard  son  domaine, 
déjà  atteinte  et  acquise  dans  cette  silencieuse  période  de  travail  au  pays.  Elle  est 
silencieuse,  car  nous  en  entendons  parler  à  peine,  silencieuse  comme  la  vie  de  la 
chrysalide,  en  laquelle  se  produit  la  transformation  la  plus  importante,  le  passage 
de  la  première  vie  d'absorption  gloutonne,  lorsqu'elle  était  larve,  au  moment  solennel 
où,  papillon,  elle  va  s'envoler  vers  la  lumière,  dans  toute  sa  beauté  et  sa  per- 
fection. 

Sur  la  proposition  du  ministère  de  l'instruction  publique,  acceptée  par  le 
conseil  académique,  Abel  devait  consacrer  deux  années  à  développer  ses  connais- 
sances générales  et  acquérir  la  maturité  nécessaire  avant  son  départ.  Mais  le 
temps  lui  parut  trop  long,  ainsi  qu'aux  amis  qui  s'intéressaient  à  lui,  et  Kristiania 
trop  petit,  étroit  et  mesquin,  et  le  l^'^  juillet  1825,  il  adressa  par  l'intermédiaire  du 
conseil,  une  nouvelle  pétition  au  roi,  cette  fois  rédigée  par  lui-même,  pour  obtenir 
une  bourse  de  voyage  (doc.  XVII).  L'original  de  ce  document,  dont  on  ne  con- 
naissait jusqu'ici  que  le  brouillon  et  la  reconmiandation  ajoutée  par  Hansteen,  vient 


ELLING   HOLST:     INTEODUCTION   HISTORIQUE 


d'être  retrouvé  dans  les  archives,  ainsi  que  les  déclarations  de  Hansteen  et  de 
Rasmusen  (doc.  XVIII— XIX),  par  M.  Stormer. 

Cette  lettre,  comme  toutes  ses  pétitions,  est  rédigée  dans  un  style  simple  et 
modeste,  et  comprend  un  compte-rendu  rapide  de  l'usage  de  la  bourse  dont  il 
jouissait  déjà;  elle  demande  qu'une  somme  annuelle  de  600  spd.  lui  soit  accordée 
„pour  continuer  pendant  deux  ans,  à  Paris  et  à  Gôttingen,  à  cultiver  les  sciences 
mathématiques."  Hansteen,  dans  sa  recommandation,  mentionne  ses  travaux 
imprimés,  et  aussi  de  nouveau  tout  spécialement  son  grand  mémoire  manuscrit,  qu'il 
appelle  „un  travail  relatif  à  un  perfectionnement  de  méthode  dans  le  calcul  intégral", 
où  il  a  donné  des  preuves  d'une  ardeur  et  d'une  puissance  de  travail  rares,  en 
même  temps  que  de  capacités  exceptionnelles.  Son  caractère  et  sa  moralité,  con- 
tinue Hansteen,  méritent  un  éloge  égal,  ce  dont  j'ai  eu  l'occasion  de  me  convaincre 
par  mes  relations  personnelles  avec  lui."  Il  termine  en  prédisant  que  l'avenir  d'ABEL 
serait  avantageux  et  glorieux  pour  le  pays.  La  note  de  Rasmusen  est  également 
pleine  d'admiration  pour  les  conceptions  auxquelles  Abel  est  déjà  parvenu,  et  lui 
présage  un  grand  avenir,  mais  n'ajoute  aucun  trait  nouveau  à  ^ce  que  nous 
savons  déjà. 

La  bourse  fut  accordée  par  décret  royal  du  27  août  de  la  même  année.  Quant 
aux  pièces,  on  peut  s'y  reporter  (doc.  XX — XXXIV).  Il  devait  conserver  la  bourse 
qu'il  avait  déjà,  jusqu'au  jour  où  il  partirait  en  voyage.  Ni  Abel  lui-même,  ni  les 
autorités  et  les  corps  qui  l'appuyaient,  n'avaient  repris  la  bonne  idée  de  Hansteen 
et  de  Rasmusen,  de  s'occuper  en  même  temps  de  lui  procurer  une  continuation  de 
bourse  après  son  retour,  ce  que  le  conseil,  comme  nous  savons,  avait  malheureuse- 
ment refusé  d'ajouter  à  la  pétition  précédente.  Le  bourse  dans  le  pays  fut  alors 
expressément  retirée  sur  la  demande  du  ministère  des  finances,  sans  perspective  de 
renouvellement  ultérieur.  De  subvention  d'équipement  pour  se  mettre  en  route,  il 
n'est  plus  question  non  plus. 

Le  ministère  de  l'instruction  publique  (doc.  XXXIII),  en  communiquant  au 
conseil  le  décret  de  Sa  Maj.  le  Roi,  termine  en  „adressant  un  projet  rédigé  par 
l'étudiant  Abel  pour  le  voyage  qu'il  entreprend,  et  priant  l'honorable  conseil  de 
donner  son  avis  à  ce  sujet."  Abel  a  donc  „rédigé"  un  projet.  Il  est  vraisemblable 
que  ce  projet  est  une  rédaction  plus  détaillée  des  grandes  lignes  indiquées  dans  la 
pétition  même,  provoquées  peut-être  par  les  observations  du  ministère  de  l'instruc- 
tion publique  (doc.  XXIV),  et  il  serait  intéressant  de  savoir  dans  quelle  mesure   il 


LES   FIANÇAILLES  33 


s'était  engagé  d'avance  à  employer  son  séjour  à  l'étranger  selon  un  plan  approuvé 
par  le  conseil.  Mais  il  n'a  pas  été  possible,  malgré  les  recherches  les  plus  minu- 
tieuses de  M.  Stormer,  de  trouver  ce  plan  de  voyage.*  Si  Abel  s'est  manifeste- 
ment écarté  du  projet,  cela  n'a  pas  toujours  été  du  goût  de  ses  amis  influents, 
dans  le  pays.  Il  y  eut  surtout  cette  circonstance,  que  le  voyage,  par  suite  des 
pointes  d'AsEL  à  Vienne,  dans  l'Italie  du  nord,  le  Tyrol  et  la  Suisse,  a  été  trop 
coûteux,  et  par  suite  a  duré  moins  longtemps  qu'il  n'était  prévu,  et  ce  fait  encore, 
qu'il  brûla  Gôttingen  complètement  ;  il  est  bien  possible  que  cela  ait  un  peu  refi'oidi 
à  son  égard,  et  contribué  à  ce  que  le  gouvernement,  après  son  retour,  fît  la  sourde 
oreille.  Mais  dans  les  milieux  purement  universitaires,  ces  écarts  du  projet  de 
voyage  primitif  ne  diminuèrent  pas  le  moins  du  monde  l'intérêt  qu'on  lui  portait. 
Alors  commença  pour  Abel  un  temps  d'agitation,  avec  son  équipement  et  les 
préparatifs  du  voyage,  et  les  mesures  à  prendre,  afin  de  régler  bien  des  choses 
pendant  son  absence.  Ce  n'étaient  plus  seulement  sa  mère,  ses  frères  et  sa  sœur, 
et  leur  situation,  qui  lui  tenaient  à  cœur.  Huit  mois  auparavant,  il  s'était  fiancé. 
On  raconte  l'histoire  de  ses  fiançailles  de  plusieurs  manières,  mais  il  semble  que 
cela  se  soit  passé  pendant  une  excursion  joyeuse  et  pittoresque  avec  des  camarades 
à  Son,  petit  village  sur  la  côte  du  golfe  de  Kristiania.  Il  y  avait  refait  connais- 
sance avec  Mlle  Kemp,  qui  y  était  venue  comme  gouvernante  dans  une  des  familles 
de  l'endroit.  Depuis  lors  elle  partagea  ses  soucis  et  ses  joies  en  qualité  de  fiancée. 
Il  y  a  dans  sa  correspondance  quelques  passages  qui  semblent  indiquer  que 
pendant  sa  longue  absence  des  brouilles  sont  survenues,  ou  peut-être  seulement  un 
refroidissement  passager,  et  un  moment,  comme  il  a  déjà  été  dit,  la  vue  de  la 
sœur  de  Madame  Hansteen,  Charité  Borch,  l'ébranla.  Mais  alors  Madame  Hansteen 
intervint,  et  le  fit  revenir  à  lui.  En  tout  cas  il  y  eut  bientôt  réconcihation,  et 
parfaite  entente  entre  eux.  Sa  manière  de  s'exprimer  sur  elle  est  partout  très 
courtoise  et  témoigne  d'un  profond  respect.  Elle  lui  fut,  de  son  côté,  une  tendre  et 
fidèle  garde-malade  pendant  sa  dernière  maladie. 


*  Stermer,  par  contre,  a  trouvé,  lorsque  ceci  était  déjà  imprimé,  la  lettre  (Î'Abel  insérée  plus 
loin  (doc.  XXIX),  d'où  il  résulte  que  la  rédaction  du  plan  de  voyage  a  été  expressément 
demandée  par  le  ministre  de  l'instruction  publique.  Les  dernières  traces  de  cette  pièce  se 
perdent  au  moment  où  elle  est  transmise  au  prof.  Rasmusen,  pour  qu'il  donne  son  avis,  et 
les  papiers  de  Rasmusen  n'existent  plus. 


INTRODUCTION 


34  ELLING   HOLST:     INTRODUCTION   HISTORIQUE 

Ce  lien  récent  s'ajoutait  donc  à  tous  ceux  qui  déjà  lui  créaient  des  devoirs,  mais 
pour  le  moment  il  s'agissait  pour  lui  avant  tout  de  faire  quelque  chose  pour  ses 
frères  et  sa  sœur.  Il  est  vrai  qu'à  cette  époque  trois  des  frères,  outre  Abel,  étaient 
grands,  mais  il  fallait  régler  bien  des  choses  pour  ceux-là  aussi. 

Le  frère  aîné,  manquant  d'énergie  et  de  goût  pour  le  travail,  avait  quitté  l'école 
avant  la  fin  de  ses  études,  et  il  est  ainsi  hors  de  cause,  si  nous  comprenons  bien. 
Il  a  dû  probablement  se  réfugier  d'assez  bonne  heure  auprès  de  leur  mère,  près  de 
laquelle  il  a  vécu  jusqu'à  sa  mort  en  1842.  Il  n'a  jamais  rien  fait.  Il  fut  atteint 
plus  tard  de  débilité  mentale,  et  a  probablement  déjà  pesé  sur  la  famille  comme  un 
poids  mort  à  l'époque  du  départ  d'ABEL,  et  par  là,  sinon  d'une  autre  manière,  il 
a  été  aussi  pour  celui-ci  une  préoccupation  de  plus. 

Son  frère  Thomas,  qui  avait  20  ans,  trouva  une  place  à  Copenhague,*  à  la 
même  époque,  avec  l'aide  de  la  famille  Tuxen,  et  certainement  ce  ne  fut  pas  sans 
l'intervention  d'ABEL.  Il  avait  aussi  aidé  autant  qu'il  avait  pu  son  troisième  frère 
Peder  (mort  en  1858  prêtre  de  paroisse  à  Etne),  alors  âgé  de  dix-huit  ans, 
pendant  son  séjour  à  Kristiania,  où  il  s'était  préparé  à  r„examen  artium". 
C'est  lui  qui  grâce  au  consentement  du  camarade  de  chambre  d'ABEL,  avait 
été  autorisé  à  partager  son  pauvre  logis  au  Regentsen  (doc.  II).  Peder  était 
devenu  étudiant  en  1825,  et  fut  réduit  dans  les  premières  années  exclusivement  à  l'aide 
qu'il  pouvait  rencontrer  chez  ses  proches,  et  avant  tout  chez  Abel.  Celui-ci,  au  mo- 
ment de  son  départ,  pourvut  à  ses  besoins  le  plus  qu'il  put,  avec  circonspection,  et  il 
confia  une  somme  d'argent  à  Madame  Hansteen  pour  lui  venir  en  aide  au  fur  et  à 
mesure  de  ses  besoins,  le  plaçant  ainsi  sous  sa  surveillance  discrète.  Cette  combi- 
naison prudente,  jointe  à  quelques  expressions  çà  et  là  dans  ses  lettres  indiquent 
qu'ABEL  s'est  sérieusement  occupé  de  lui,  et  aussi  qu'à  certains  égards  il  a  eu  quel- 
ques inquiétudes  pour  son  avenir. 

Mais  sa  mère  avait  encore  avec  elle,  outre  probablement  le  frère  aine,  l'unique 
sœur  d'ABEL,  Elisabeth,  qui  avait  alors  quinze  ans,  et  le  plus  jeune  frère,  qui  en  avait 
onze.  Ils  habitaient  la  propriété  de  Lunde  à  Gjerstad  (où  la  mère  mourut  en  1846). 
La  sœur  Elisabeth  Magdalene  était  la  seule  dans    cette   famille   nombreuse   qui 


*  D'après  Finne-Gronn^  qui  parait  croire  qu'il  y  est  resté  jusqu'à  sa  mort,  qui  aurait  en  lieu 
vers  1835.  D'après  les  lettres  de  l'été  de  1828  à  Madame  Hansteen,  nous  voyons  toutefois 
qu'il  est  alors  à  Kristiania,  et  il  ne  mourut  pas  à  Copenhague,  mais  (vers  1850),  à  Kragero 
où  il  avait  mené  une  existence  assez  triste. 


LA    SŒUR   D  ABEL 


35 


ressemblât  à  Abel  par  ses  capacités  et  sa  vivacité  d'esprit,  et  depuis  l'enfance  elle 
avait  été  sa  favorite.  Maintenant  que  la  famille  était  sur  le  point  de  se  disséminer, 
ses  plus  grands  efforts  furent  pour  la  faire  entrer  dans  une  bonne  maison.  II  y  a 
bien  des  indices,  entre  autres  plusieurs  expressions  çà  et  là  dans  ses  lettres  qui 
font  penser  qu'il  a  craint  sa  mère  et  l'influence  de  sa  mère,  et  que  c'est  d'elle  qu'il 
voulait  sauver  sa  sœur.  Quoi  qu'il  en  soit,  cela  fait  le  plus  grand  honneur  à 
l'amitié  prévoyante  d'AsEL  pour  sa  sœur,  qu'il  lui  ait  alors  consacré  ses  soins  les 
plus  attentifs,  au  milieu  de  l'activité  de  son  départ.  Ici  encore  la  famille  de  Hansteen 
vint  à  son  aide  de  la  manière  la  plus  prévenante.  Ils  la  prirent  chez  eux  pendant 
la  moitié  de  la  première  année  d'absence  d'ABEL,  jusqu'au  moment  où  la  maison 
du  ministre  Treschow,  l'ancien  recteur  de  son  père,  à  Toien,  fut  prête  à  la  recevoir. 
C'est  là  qu'elle  passa,  depuis  lors,  les  années  de  sa  jeunesse.  Des  lettres  conservées 
une  seule  lui  est  adressée.  Elle  est  datée  de  Paris  (lettre  XVII)  et  est  un  vivant 
témoignage  de  l'inquiète  affection  qu'il  portait  à  ses  proches.  Elisabeth  méritait  à 
tous  égards  l'amitié  d'AsEL;  elle  est  devenue  par  la  suite  une  femme  aussi  intelli- 
gente qu'aimée  pour  son  amabilité  et  sa  bonté.  Elle  épousa  en  1838  Carl 
Friederich  Bobert,  alors  directeur  de  la  fabrique  de  bleu  de  cobalt  de  Modum,  plus 
tard  directeur  des  mines  d'argent  (f  1869),  et  elle  mourut  à  Kristiania  en  1873.  C'est 
sa  fille.  Madame  Thekla  Lange,  veuve  du  ministre,  qui  possède  actuellement,  outre 
plusieurs  des  lettres  et  d'autres  souvenirs  d'ABEL,  son  portrait  par  Gerbitz,  d'après 
lequel  ont  été  faits  tous  les  autres  portraits  d'ABEL.* 


*  Puisque  nous  parlons  ici  de  son  portrait,  nous  pouvous  ajouter  que  nous  ne  savons  que 
très  peu  de  chose  sur  son  extérieur.  D'après  une  tradition,  il  parait  que  son  teint  n'était 
pas  très  frais,  et  qu'il  avait  le  visage  bourgeonné,  ce  que  pourtant  son  portrait  contredit. 
Une  autre  tradition  rapporte  qu'il  avait  la  stature  de  son  père,  qui  était  de  taille  moyenne, 
et  dont  une  silhouette  en  pied  est  conservée,  mais  le  costume  ancien  y  cache  la  forme  du 
corps.  Enfin  quelques  renseignements  supplémentaires  sur  l'intérieur  d'AsEL  se  trouvent  dans 
son  passeport  pour  le  voyage  à  l'étranger.     Les  voici: 


N° 

Date 

Nom  et 
profession 

Certificat 
d'identité 

Desti- 
nation 

Lieu  de 
nais- 
sance 

< 

Taille 

Corpu- 
lence 

Veux 

Che- 
veux 

> 

m  3 

11  O   M 

55  g." 

Sait 
écrire  ? 

'V 

i 

174 

9  Mai 
[1825] 

Etudiant 
N.  H.  Abel 

Professeur 
Hansteen 

Copen- 
hague 

Nor- 
vège 

23 

Moy- 
enne 

Moyenne 

bleus 

bruns 

oui 

n}l. 

Il  y  a  dans  ce  passe-port  deux  singularités  et  un  détail  gai.  Il  est  daté  du  9  mai  (!)  et  con- 
cerne Copenhague  (?).  Cela  fait  penser  involontairement  à  son  petit  voyage  de  1823;  mais 
l'année  et  l'indication  de  son  âge  sont  concordantes.  Aurait-il  pensé  faire  un  nouveau  voyage 
à  Copenhague,  un  tour  de  vacances,  auquel  il  aurait  renoncé?  Et  puis,  on  lit  avec  un  sourire 
le  témoignage  du  bureau  de  police  qu'AsEL  sait  écrire  1 


36  ELLING   HOLST:     INTRODUCTION   HISTORIQUE 


Le  triste  tableau  qu'offrait  la  situation  de  sa  famille  au  moment  de  son  départ, 
et  les  démarches  certainement  courageuses,  mais  non  pour  cela  moins  pénibles, 
qu'il  dut  entreprendre  pour  laisser  tout  à  peu  près  assuré  et  en  ordre,  terminent  son 
premier  séjour  à  Kristiania. 

Avec  son  départ  de  Kristiania  deins  les  premiers  jours  de  septembre,  commença 
pour  Abel  un  chapitre  de  sa  vie  nouveau  sous  tous  les  rapports;  ce  fut,  du  moins 
les  premiers  mois,  son  époque  la  plus  heureuse  II  ne  fit  pas  le  voyage  seul.  Il 
y  avait  tant  de  choses  à  régler  et  à  réorganiser  dans  notre  pays,  que  l'année  précé- 
dente et  cette  année-là  (malgré  la  pénible  situation  des  finances  nationales)  partit 
une  petite  troupe  de  jeunes  gens  distingués,  dont  plusieurs  pourvus  de  bourses 
d'état,  pour  se  mettre  au  fait  de  la  tâche  où  les  appelait  leur  talent,  leur  activité, 
et  notre  besoin  d'hommes  capables  dans  diverses  branches.  Certes  aucun  d'entre 
eux  n'était  un  génie  extraordinaire  comme  Abel,  mais  tous  étaient  hommes  d'avenir, 
habiles  et  énergiques  chacun  dans  sa  partie. 

Le  mieux  doué  de  cette  petite  société  de  compatriotes  pleins  d'entrain,  qui  devaient 
former  le  cercle  des  amis  les  plus  intimes  d'AsEL  à  l'étranger,  était  le  géologue 
B.  M.  Keilhau  (né  en  1797,  f  1858).  Il  avait  de  grandes  dispositions  naturelles, 
un  esprit  pratique,  de  l'habileté,  et  il  était  en  outre  un  savant  sérieux  et  un  observa- 
teur ingénieux.  C'est  lui  qui  a  fondé  l'étude  de  la  géologie  de  la  Norvège,  et  son. 
projet,  à  cette  époque  de  recommencements,  n'était  rien  de  moins  que  de  donner  une 
description  de  la  structure  complète  des  montagnes  de  la  Norvège.  Si  sa  conception 
géologique,  qui  était  pleine  d'imagination  et  témoignait  d'une  personnahté  originale 
et  puissante,  a  dû  s'effacer  devant  les  résultats  que  les  recherches  détaillées,  à 
l'étranger  et  chez  nous,  ont  mis  plus  tard  en  lumière,  ses  successeurs  sont  cepen- 
dant encore  pleins  d'amiration  pour  son  travail  grandiose  de  fondateur.  Il  savait 
décrire  ce  qu'il  voyait  dans  la  nature,  même  en  dehors  de  sa  sphère  géologique, 
comme  le  montre  son  remarquable  récit  d'un  voyage  dans  les  régions  polaires  en 
1827—28.  Ses  belles  descriptions  dans  cet  ouvrage,  et  d'autres,  lui  font  une 
place  parmi  nos  prosateurs.  Tout  de  suite  après  lui  nous  devons  nommer  parmi 
les  compagnons  de  voyage  d'ABEL,  Christian  Boeck  (né  en  1798,  f  1877),  médecin 
et  physiologue,  moins  saillant  que  Keilhau,  mais  très  cultivé,  aimable,  s'intéressant 
à  toutes  sortes  de  choses,  ayant  des  connaissances  étendues  dans  beaucoup  de 
directions   différentes.     Keilhau   et   Boeck,   le   premier   comme  géologue,  le  second 


LE   DÉPART  37 

comme  botaniste,  avaient  visité  en  1820  la  région  montagneuse  comprise  entre  le 
Valders,  Lom  et  Sogn,  et  avaient  découvert  ce  pays  alpestre,  dont  le  nom  célèbre, 
Jotunheimen,  date  d'eux.  Ils  étaient  tous  deux,  comme  nous  l'avons  vu,  un  peu 
plus  âgés  qu'ABEL,  tous  deux  plus  développés  que  lui  à  beaucoup  d'égards,  mais 
ils  furent  pris,  et  de  plus  en  plus,  par  son  génie  et  son  originalité,  et  lui  furent 
bientôt  attachés  par  une  solide  et  intime  amitié.  La  partie  de  la  tradition  qui  con- 
serve les  traits  les  plus  fins  sur  la  vie  d'AsEL  et  ses  incidents,  et  qui  a  été  la  source 
de  la  plus  grande  partie  de  ce  que  le  prof.  Bjerknes  a  pu  réunir,  en  dehors  des 
documents  écrits,  provient  de  Boeck.  Il  vivait  encore  trois  ans  avant  que  parût  la 
biographie  détaillée  d'ABEL  par  Bjerknes.  Nous  reviendrons  à  la  fin  de  ces  pages 
sur  la  piété  qu'ont  montrée  au  même  degré  ces  deux  excellents  amis  envers  Abel  et 
sa  mémoire,  comme  savant  et  comme  homme. 

Keilhau  était  de  ceux  qui  étaient  partis  en  1824,  et  par  conséquent  ne  faisait 
pas  partie  des  compagnons  de  voyage  depuis  la  Norvège.  Ceux  ci  étaient  Boeck 
et  le  minéralogiste  N.  B.  Mollee  (f  directeur  de  mines  en  1860).  Abel  était  parti 
à  Son  par  voie  de  terre  pour  prendre  congé  de  sa  fiancée.  Il  faisait  nuit  noire, 
a  raconté  Boeck,  lorsqu'il  monta  en  bateau  à  Son,  et  bientôt  une  furieuse  tempête 
"chassa  du  fjord  le  petit  caboteur,  qui  faisait  le  service  de  bateau-poste  pour  Copen- 
hague. Le  bateau  était  bondé  de  passagers.  La  description  de  Boeck  évoque  les 
conditions  primitives  dans  lesquelles  on  voyageait  alors,  et  que  nous  connaissons 
déjà  par  la  lettre  d'ABEL  de  1823.  On  dériva  vers  l'ouest,  puis  on  resta  en  panne, 
et  ce  ne  fut  que  le  troisième  jour  au  soir  que  l'on  arriva  à  la  hauteur  de  Marstrand, 
mais  là  on  retrouva  une  si  forte  brise  que  presque  tous  les  passagers,  et  parmi  eux 
Abel  et  MoUer,  allèrent  s'étendre  sur  les  couchettes,  et  Boeck,  qui  résistait,  put 
exercer  son  art,  comme  médecin,  auprès  des  plus  éprouvés.  Un  de  ceux  qui  étaient 
à  bord,  d'après  ce  récit,  fit  deux  fois  son  testament,  et  supplia  le  capitaine  de  retour- 
ner, mais  il  n'y  a  guère  lieu  de  penser,  malgré  cela,  qu'il  y  eût  danger.  Mais  ce  fut 
seulement  le  cinquième  jour  que  l'on  aperçut  le  phare  de  Helsinger  (Elseneur).  Le 
temps  était  calmé  et  Abel  et  Boeck,  à  partir  de  3  heures  du  matin,  jouirent  de 
l'entrée  dans  le  Sund:  ce  fut  pour  eux  la  bienvenue  brillante  que  tant  de  voyageurs, 
avant  et  depuis,  ont  appréciée  comme  un  avant-goût  du  midi,  avec  sa  vie  et  sa 
civilisation  plus  douces  et  plus  riches,  qui  alors,  bien  plus  encore  qu'aujourd'hui, 
formaient  contraste  avec  Les  rudes  conditions  de  notre  vie,  dans  le  nord. 


38  ELLING    HOLST:     INTRODUCTION    HISTORIQUE 

Copenhague  n'était  pas  cette  fois  le  but  de  son  voyage,  et  n'avait  d'ailleurs 
plus  pour  lui  le  même  attrait  qu'autrefois,  car  son  ami  Degen  venait  de  mourir.  La 
nouvelle  en  était  parvenue  à  Kristiania  peu  avant  son  départ.  Il  apprit  seulement 
à  son  arrivée  à  Copenhague  qu'un  paquet  de  catalogues  de  la  bibliothèque  du 
défunt  lui  avait  été  adressé  pour  être  distribués,  et  c'est  le  sujet  de  sa  lettre  à 
Holmboe  (lettre  III). 

A  Copenhague,  Abel  se  sépara  pour  peu  de  temps  de  ses  compagnons,  qui 
continuèrent  le  voyage  vers  le  sud,  tandis  qu'il  fit  une  visite  de  quelques  jours  à 
la  famille  de  Hansteen  à  Soro.  Madame  Hansteen  et  ses  sœurs  étaient  pour  Abel 
une  manifestation  de  quelque  chose  de  plus  délicat  et  plus  noble  que  la  vie  jour- 
nalière qui  l'entourait.  On  le  voit  un  peu  dans  sa  lettre  de  Berlin,  vers  la  fin  de 
son  voyage  (lettre  XXVII)  lorsque,  à  la  pensée  qu'il  va  bientôt  revoir  cette  famille, 
il  s'écrie:  „Je  suis  tout  joyeux  du  plaisir  de  les  revoir  [Madame  Frederichsen  et 
Charité]  quand  j'arriverai  à  Copenhague,  ce  qui  ne  tardera  sans  doute  pas  extrême- 
ment   J'ai  toujours  vécu  à  Copenhague  la  vie  la  plus  agréable." 

Ce  bref  séjour  à  Copenhague  fut  cependant  de  la  plus  grande  importance  pour 
Abel,  en  ceci  que  le  prof.  v.  Schmidten  lui  donna  une  lettre  de  recommandation 
pour  l'homme  dont  le  nom  est  par  la  suite  attaché  le  plus  étroitement  à  celui 
d'AsEL,  le  conseiller  privé  A.  L.  Crelle.  La  recommandation  à  celui-ci  et  à  un 
autre  mathématicien  de  Berlin,  Dirksen,  a  certainement  modifié  le  plan  de  voyage 
primitif  d'AfiEL  et,  par  voie  de  conséquence,  l'a  complètement  transformé  sous  un 
rapport.  Le  but  du  voyage  était,  comme  nous  nous  le  rappelons,  d'après  sa  demande 
de  bourse,  Gôttingen  (c.  à  d.  Gauss)  et  Paris.  Jusqu'à  quel  point  l'idée  que 
se  fit  Abel,  comme  il  apparaîtra  bientôt  dans  ses  lettres,  de  la  personne  de  Gauss 
et  particulièrement  de  son  inaccessibihté,  —  ce  qui  semble  être  devenu  chez  lui  de 
plus  en  plus  une  idée  fixe,  à  tel  point  que  malgré  le  projet  de  voyage  approuvé,  et 
par  suite  adopté  par  le  conseil  académique,  il  n'est  jamais  allé  à  Gôttingen,  — 
s'était  déjà  formée  à  Kristiania,  sans  doute  sous  l'influence  de  quelques  réflexions 
incidentes  du  prof.  Hansteen,  peut-être  corroborées  à  Copenhague,  nous  ne  le 
savons  pas  au  juste.  Berlin,  du  moins,  n'était  pas  tout  d'abord,  autant  qu'il  le 
devint,  un  des  buts  de  son  voyage.  Mais  Crelle,  dont  il  avait  déjà  lu  un  ouvrage 
à  Kristiania,  a  évidemment  exercé  sur  lui  tout  de  suite  une  attraction  sympathique, 
par  la  description  qui  lui  fut  faite  à  Copenhague  de  sa  personne  et  de  la  vivacité 
de  sa  passion  pour  les  mathématiques.    Peut-être  aussi  la  raison  la  plus  effective 


ARRIVÉE    A    HAMBOURG  39 


de  la  modification  de  son  plan  de  voyage  primitif  doit  être  attribuée  à  cette  crainte 
de  se  sentir  seul  à  l'étranger,  dont  il  a  déjà  été  parlé.  II  était  si  heureux  en 
compagnie  de  ses  compatriotes,  et  ils  allaient  à  Berlin.  Nous  pouvons  donc  facile- 
ment nous  représenter  avec  quelle  joie  il  reçut  les  recommandations  de  v.  Schmidten 
pour  Berlin,  puisque  tout  ce  qu'il  entendit  dire  de  Crelle  et  de  Dirksen  lui  donna 
un  espoir  sérieux  de  rencontrer  en  eux  des  hommes  bienveillants  et  influents,  dont 
la  fréquentation  serait  instructive  et  l'entourage  agréable.  Tout  cela  se  réalisa 
d'une  manière  qui  devait  dépasser  ses  prévisions  les  plus  intrépides.  Mais  ainsi 
commence  ce  que  le  prof.  Bjerknes  a  appelé,  d'un  mot  heureux,  le  grand  cercle 
que  son  voyage  en  réalité  finit  par  décrire  autour  de  Gauss  et  de  Gottingen.  Il  ne 
fut  jamais  donné  aux  deux  grands  mathématiciens  de  se  connaître  personnellement. 

Abel  prit  le  vapeur  pour  Liibeck  (c'était  la  première  fois  qu'il  employait  ce 
récent  moyen  de  communication),  puis  il  traversa  le  Holstein  par  des  chemins 
détestables,  et  atteignit  enfin  Hambourg,  où  il  se  retrouva  avec  ses  amis  à 
l'auberge  „Zum  grossen  vs^ilden  Mann." 

La  première  visite  d'AsEL,  qu'il  fit  en  compagnie  des  autres,  fut  pour  le  prof. 
Schumacher  (né  en  1780,  f  1850,  depuis  1810  professeur  d'astronomie  à  l'université 
de  Copenhague,  mais  depuis  1817  fixé  dans  le  Holstein,  surtout  à  Altona,  où  il 
s'occupait  de  la  mesure  du  méridien  danois;  il  avait  en  1823  fondé  les  „Astro- 
nomische  Nachrichten",  l'organe  où  Abel  et  Jacobi  devaient  se  livrer  à  leur  lutte 
célèbre).  Schumacher  reçut  Abel  avec  une  grande  bienveillance.  Comme  nous  le 
savons,  il  le  connaissait  déjà  par  son  calcul  erroné  des  oscillations  du  pendule  et 
par  son  travail  sur  l'équation  du  cinquième  degré.  Malheureusement  nous  ne 
savons  rien  de  ce  qui  s'est  dit  entre  eux,  ni  si  Schumacher,  qui  était  avec  Gauss 
en  relations  si  intimes,  a  contribué  à  affaiblir  ou  à  fortifier  la  détermination  d'ABEL, 
de  se  proposer  provisoirement  Berlin  comme  but  de  son  voyage,  et  non  Gottingen. 
Mais  Abel  a  fait  sur  lui  une  impression  absolument  favorable,  cela  est  confirmé 
par  des  propos  tenus  par.  Schumacher,  où  il  le  peint  aussi  aimable  comme  homme 
que  grand  comme  mathématicien.  De  la  durée  du  séjour  à  Hambourg  nous  ne 
savons  rien,  et  sur  le  séjour  lui-même,  d'ailleurs,  nous  ne  savons  que  ce  qu'il  dit 
dans  ses  lettres  à  Hansteen  et  à  Madame  Hansteen  (lettres  IV — V). 

Nous  ne  savons  pas  davantage  la  date  précise  de  l'arrivée  à  Berhn.  Le  pre- 
mier signe  de  vie  de  leur  groupe,  qui  ait  été  conservé,  est  une  lettre  de  Boeck  à 
Hansteen  du  25  octobre.     C'est  le  premier  compte-rendu  d'une   série  d'observations 


40  ELLING   HOLST:     INTRODUCTION   HISTORIQUE 

magnétiques,  que  l'ardent  professeur,  profitant  de  l'occasion,  avait  fait  entreprendre 
aux  jeunes  savants,  et  que  plusieurs,  d'après  une  lettre  ultérieure  d'Abel,  ont  pour- 
suivies avec  beaucoup  de  zèle  plusieurs  fois  par  jour  pendant  tout  le  voyage.*  Mais 
il  ressort  d'une  lettre  de  Boeck  que  les  boursiers  étaient  alors  déjà  assez  habitués 
à  Berlin.  Ils  s'étaient  mis  assidûment  à  l'étude.  Abel,  pour  sa  part,  était  déjà 
intime  avec  Crelle,  et  en  plein  travail.  Le  récit  par  Abel  lui-même  de  ce  qui 
s'était  passé  se  trouve  dans  l'importante  lettre  du  5  décembre,  la  première  à  Han- 
steen  (lettre  IV).  Nous  allons  raconter  brièvement  dans  un  instant  ce  que  l'on 
peut  lire  dans  cette  lettre,  et  entre  ses  lignes.  Elle  montre,  par  comparaison  avec 
les  lettres  antérieures,  un  nouvel  Abel,  joyeux  et  enthousiaste  de  son  bonheur. 

Au  moment  où  j'en  arrive  au  séjour  de  BerHn,  je  remarque  que  j'aurais  dû 
faire  depuis  longtemps  une  déclaration.  Les  renseignements  que  nous  devons  à  la 
patiente  recherche  par  Bjerknes  de  toutes  sortes  de  menus  traits  pouvant  éclairer  les 
divers  aspects  de  la  vie  d'AsEL,  complètent  ce  que  nous  apprenons  dans  ses  lettres  et 
celles  de  ses  amis.  Ces  renseignements  du  prof.  Bjerknes  sont  tellement  abondants, 
et  ont  à  tel  point  épuisé  tout  ce  qu'il  y  avait  à  glaner  dans  la  tradition  orale,  qu'il 
sera  impossible  de  le  citer  comme  source  chaque  fois.  On  peut  compter  à  peu 
près  sûrement  que  toutes  les  fois  qu'aucune  source  ou  aucune  autre  autorité  n'est 
citée,  tous  les  récits,  ainsi  que  les  réflexions  à  leur  sujet,  reposent  essentiellement 
sur  ce  qu'il  a  réuni.  La  place  dont  nous  disposons,  et  le  but  de  la  présente  biogra- 
phie ne  permettent  pas,  à  beaucoup  près,  d'en  tirer  tout  le  parti  que  l'on  pourrait 
sans  cela. 

Les  trois  amis  s'installèrent  dans  la  maison  n°  4  Am  Kupfergraben,  dans  le 
voisinage  de  la  Spree,  et  ils  s'y  réunirent  bientôt  aux  compatriotes  arrivés  avant 
eux.  Keilhau,  qui  habitait  Freiberg,  n'arriva  qu'à  Noël.  Les  autres  étaient  Tank 
et  Maschmann.  Otto  Tank,  qui  vint  les  rejoindre  après  une  visite  à  Henrik 
Steffens  à  Breslau,  était  minéralogiste  comme  Keilhau  et  MoUer.  Il  appartenait  à 
l'une   des   familles   les   plus   connues   de   la  Norvège.    Son   père   était   le   ministre 


*  Hansteen  donne  dans  le  „Magazin"  de  1828,  p.  34  sqq.  les  résultats  de  ces  recherches.  On 
lit  p.  58  :  „La  plupart  de  ces  observations  ont  été  faites  par  Keilhau,  mais  les  secondes  ont 
été  comptées  par  un  des  autres  voyageurs,  Boeck,  Abel  ou  Moller  .  .  ."  Hansteen  se  servit 
d'Abel  encore  d'une  autre  manière,  ce  dont  témoigne  un  petit  cahier,  intitulé  „Niels  Abel  (4) 
Berlin— Paris  1825—26",  11  y  traite  quelques  problèmes  de  gnomonique  pas  très  difficiles, 
que  Hansteen  l'a  prié  de  résoudre  pour  lui. 


AUGUST   LEOPOLD    CRELLE  4^ 


Carsten  Tank.  Sur  la  destinée  singulière  d'Otto  Tank  par  la  suite,  nous  renvoyons 
le  lecteur  aux  éclaircissements  du  prof.  dr.  Yngvar  Nielsen  dans  le  „  Journal  de 
W.  F.  K.  Christie,  préfet  diocésain,  mai— octobre  1815"*,  Kristiania,  1901,  p.  167. 
C'était  un  homme  aux  connaissances  variées,  et  un  esprit  certainement  vigoureux 
(t  1873  en  Amérique,  le  dernier  de  sa  famille).  Ni  Tank,  ni  C.  G.  Maschmann, 
héritier  de  la  pharmacie  „A  l'éléphant",  de  Kristiania,  camarade  d'ÀBEL  à  l'école 
de  1814  à  1819,  et  ensuite  à  l'université  (f  1848),  n'étaient  des  boursiers  officiels, 
mais,  comme  ils  étaient  à  peu  près  du  même  âge  que  les  autres,  ils  s'étaient  joints 
intimement  à  la  petite  colonie. 

La  première  course  d'ÀBEL  dans  Berlin  fut  pour  aller  voir  Grelle  et  Dirksen.  Sa 
rencontre  avec  le  premier  fut  le  commencement  de  sa  courte  période  de  bonheur. 

AuGUST  Leopold  Crelle  était  alors  un  homme  dans  la  force  de  l'âge,  étant  né 
en  1780.  Sa  personne  et  ses  services  sont  aujourd'hui  assez  oubliés,  même 
dans  son  pays,  et  les  renseignements  que  j'ai  eus  à  ma  disposition  sont  peu 
nombreux,  relativement  à  la  place  capitale  qu'il  occupe  dans  la  vie  d'Abel,  et  à 
l'importance  de  leur  action  commune  pour  les  mathématiques.  Mais  ce  que  nous 
savons  de  lui  est  de  nature  à  exciter  notre  intérêt. 

Il  avait  montré  de  très  bonne  heure  du  goût  pour  les  mathématiques,  qui 
l'attiraient  vivement,  mais  il  fut  dirigé  vers  des  études  d'architecte  et  d'ingénieur. 
Il  doit  avoir  réuni  à  un  degré  remarquable  une  grande  capacité  pratique  et  admi- 
nistrative à  de  grandes  dispositions  abstraites  pour  les  mathématiques  pures,  aussi 
bien  que  pour  les  mathématiques  appliquées  dans  toutes  sortes  de  branches,  dont  il 
s'est  efforcé  de  perfectionner  l'enseignement  en  Allemagne.  Il  exerça  peu  à  peu  dans 
toutes  ces  directions  une  activité  considérable  et  efficace.  Gomme  architecte  et 
ingénieur  pratique,  il  s'était  élevé  peu  à  peu  des  postes  inférieurs  à  une  situation 
dirigeante  dans  l'administration  prussienne,  et  il  siégeait  dans  le  comité  royal  supérieur 
des  Bâtiments  prussien  avec  le  titre  de  Geheimer  Oberbaurath.  Dans  cette  position 
il  a  donné  les  plans  et  présidé  â  l'exécution  de  plusieurs  des  constructions  de  routes 
les  plus  importantes  en  Prusse,  et  construit  un  des  premiers  chemins  de  fer  alle- 
mands. Au  milieu  de  cette  activité  pratique  il  avait  encore  trouvé  du  temps  pour 
une  production  mathématique  multiple,  et  bien  qu'il  semble  avoir  été  surtout  autodi- 
dacte comme  mathématicien,  ses  efforts  pour  compléter  la  littérature  mathématique 

*    Stiftamtmand  W.  F.  K.  Christies  Dagbog,  Mai-October  1815. 

IXiTRODUCTlON    —    6 


42  ELLING   HOLST:     INTRODUCTION    HISTORIQUE 


allemande,  tantôt  pas  ses  propres  travaux,  tantôt  par  des  traductions,  attira  telle- 
ment l'attention,  qu'il  avait  reçu  du  ministère  de  l'instruction  publique  prussien  la 
mission  officielle  de  se  consacrer  exclusivement  à  la  réalisation  de  ses  projets  dans 
ce  sens.  Ceci  était  intervenu  environ  un  an  avant  qu'ABEL  vînt  le  trouver,  circonstance 
qui  ne  doit  certainement  pas  être  négligée.  Le  travail  en  commun  se  présenta 
comme  in  statu  nascenti.  Cet  homme  de  science  et  d'initiative  avait  en  outre  le 
cœur  chaud  et  des  manières  très  affables,  il  répondait  tout  à  fait  à  l'idée  qu'ABEL 
s'en  était  faite  d'après  la  description  de  v.  Schmidten.  „Get  homme  excellent"  est 
l'expression  d'ABEL  constamment  répétée,  lorsqu'il  parle  de  lui. 

Qu'il  eût  un  regard  pénétrant  pour  découvrir  ce  que  cache  un  extérieur  modeste 
et  mesquin,  c'est  ce  qu'il  prouva  dès  leur  premier  contact.  La  rencontre  avec 
Grelle  est  le  grand  événement  de  la  vie  d'ABEL,  mais  elle  n'eut  pas  moins  d'influ- 
ence sur  celle  de  Grelle  lui-même,  et  leur  travail  en  commun  prit  une  importance 
historique.  Le  constructeur  de  routes  prussien,  le  semeur  de  connaissances  mathé- 
matiques en  Allemagne,  devint  dans  cette  rencontre  l'homme  qui,  par  son  célèbre 
journal,  fonda  une  route  royale  pour  les  mathématiques,  et  par  là,  si  oubliée  que 
soit  aujourdhui  son  action  personnelle,  un  semeur  pour  les  temps  à  venir.  Gar  ce 
fut  dans  cette  entrevue  que  furent  jetées  les  bases  du  Journal  fur  die  reine  und 
angewandte  Mathematik,  qui,  au  siècle  dernier,  jusque  longtemps  après  la  mort  de 
tous  les  deux,  a  été  pour  les  mathématiques,  comme  le  Times  pour  la  presse  quoti- 
dienne, et  les  „  Comptes  rendus^  de  l'Institut  de  France  pour  les  sciences  exactes  en 
général,  l'organe  que  tout  le  monde  devait  rechercher  pour  suivre  les  grands  courants 
de  l'époque,  et  voir  où  l'on  en  était.  * 

Si  l'on  réfléchit  à  l'abîme  qui  en  réalité  sépare  le  commencement  de  leur  con- 
versation, on  plutôt  de  leur  essai  de  conversation,  dont  Abel  rend  compte  dans  la 
lettre  à  Hansteen,  et  l'intimité  et  la  confiance  réciproque  survenues  à  la  fin  de  cette 
visite,  puisque  Grelle  avait  promis  de  lancer  le  journal,  Abel  d'y  écrire  assidûment, 
et  qu'ABEL  en  partant  pouvait  se  considérer  comme  l'hôte  bienvenu  de  la  maison, 
vraiment  quelque  chose  d'extraordinaire  avait  été  obtenu  en  peu  de  temps.  Un  des 
points  principaux  dans  cette  conversation  fut  le  petit  mémoire  d'ABEL  sur  l'équation 


*  La  grande  énergie  de  Crelle,  qui  ne  lui  permettait  pas  d'oublier  une  chose  à  laquelle  il 
s'intéressait  en  faveur  d'une  autre,  si  absorbé  qu'il  fût  par  celle-ci,  nous  est  prouvée  par 
ce  fait  remarquable,  que,  bientôt  après,  il  fonda  un  autre  journal,  ^ Journal  der  Banhunsf* ., 
qu'il  dirigea  pendant  plus  de  20  ans  (1828-51). 


ABEL    ET    CRELLE.       FONDATION   DU    JOURNAL  43 

du  cinquième  degré,  et  ce  fut  dans  cette  circonstance  qu'il  lui  servit  de  lettre 
d'introduction.  Grelle  ne  pouvait  comprendre  la  rédaction  condensée  dans  toutes 
ses  parties,  et  fit  des  objections.  „Plusieurs  autres  m'ont  dit  la  même  chose",  écrit 
Abel,  et  cela  l'amène  à  faire  un  remaniement  de  la  démonstration,  qui  est  déjà 
achevé  lorsqu'il  écrit  sa  lettre.  Par  „les  autres"  il  doit  entendre  surtout  Schumacher 
et  peut-être  Dirksen.*  Abel  fait  aussi  l'éloge  de  la  bienveillance  de  ce  dernier,  mais 
il  n^en  a  que  pour  Grelle.  Abel  est  également  enchanté  de  sa  belle  bibliothèque, 
qui  fut  entièrement  à  sa  disposition,  comme  chez  Degen,  de  sa  critique  de  la  situation 
des  mathématiques  en  Allemagne,  de  ses  efforts  et  de  ses  projets  pour  y  porter  remède, 
et  de  ses  qualités  personnelles,  mais  surtout  de  sa  simplicité  tout  aisée,  grâce  à 
laquelle  Abel,  presque  dès  le  premier  jour,  put  s'affranchir  de  ses  manières  gauches 
et  gênées,  et  le  traiter  comme  un  de  ses  vieux  amis.  Grelle  reçut  à  la  même  époque 
avec  la  même  bienveillance  un  autre  jeune  mathématicien  d'avenir,  le  géomètre 
Jacob  Steiner,  lui  aussi  penseur  extrêmement  remarquable  et  original,  le  fondateur 
en  Allemagne,  à  côté  de  Môbius  et  de  v.  Staudt,  de  la  géométrie  moderne.  D'après 
un  récit  connu  de  Geiser  dans  la  biographie  de  Steiner,  on  disait  de  Grelle,  lorsqu'il 
se  promenait  avec  Steiner  et  Abel:  „ Voilà  Adam  avec  Gain  et  Abel".  Dans  la 
lettre  de  Grelle  que  nous  possédons,  adressée  à  Paris  (lettre  XX),  celui-ci  envoie  les 
compliments  de  Steiner;  mais  nous  ne  trouvons  d'ailleurs  aucun  indice  permettant  de 
juger  dans  quelle  mesure  ils  ont  pu  sympathiser  ou  échanger  des  idées.  Pourtant 
ils  marchèrent  bientôt  côte  à  côte,  chacun,  il  est  vrai,  dans  sa  sphère,  comme 
pionniers  du  journal,  lorsque  le  journal  eut  été  réalisé. 

Grelle  avait  déjà  eu  l'idée  de  fonder  un  journal;  mais  il  est  clair  que  la 
découverte  du  génie  éblouissant  d'ABEL,  ce  jeune  étudiant  étranger  qui  surgissait 
tout  à  coup,  l'a  subitement  décidé,  et  il  s'est  aussitôt  mis  à  l'œuvre.  L'apparition 
du  journal  fut  fixée  au  1^^  janvier,  et  Grelle  offrit  de  payer  Abel  pour  ses  contri- 
butions, ce  qu'ABEL  refusa,  dans  son  enthousiasme  juvénile  pour  l'œuvre  elle-même. 

Avec  une  extrême  ardeur  il  se  mit  aussitôt  à  rédiger  sans  perdre  de  temps 
ses  projets  et  beaucoup  d'idées.  La  possibilité  de  voir  ses  mémoires  imprimés  et 
pubhés  tout  de  suite,  dès  qu'ils  seraient  achevés,  l'électrisa,  et  ce  fut  dans  la 
maison  am  Kupfergraben  un  travail  intrépide,  infatigable. 


♦  On  pourrait  bien  penser  aussi  à  la  critique  de  Gauss,  dont  parle  la  tradition,  et  que  Schu- 
maclier  aurait  transmise. 


44  ELLINQ   HOLST:     INTRODUCTION    HISTORIQUE 

Une  grave  nouvelle  de  Kristiania,  qui  devait  le  toucher  de  la  manière  la 
plus  personnelle,  ne  parait  même  pas  l'avoir  dérangé  dans  ce  travail.  Combien  elle 
a  vivement  occupé  les  amis  qui  s'intéressaient  à  lui,  cela  ressort  de  la  lettre  déjà 
citée  de  Boeck  du  25  octobre.  C'était  la  nouvelle  de  la  nomination  du  prof. 
Rasmusen  aux  fonctions  de  caissier  du  Trésor,  par  où  s'ouvrait  pour  Abel  une 
perspective  non  médiocre,  mais  malheureusement  de  courte  durée,  d'occuper  à  son 
retour  la  situation  pour  laquelle  il  était  comme  créé.  Boeck  écrit:  „Johan  Collett 
[frère  de  la  fiancée  de  Boeck]  écrit  que  Rasmusen  va  devenir  caissier  du  Trésor; 
qu'est-ce  que  va  devenir  sa  chaire;  est  ce  que  Rasmusen  va,  peut-être,  comme 
Lange,*  continuer  à  enseigner.  Peut-il  y  avoir  quelque  espoir  pour  Abel  d'occuper 
cette  situation  à  son  retour,  ou  peut-être  Holmboe  le  devancera- t-il  ?.  Ceci 
semblerait,  si  naturel  que  cela  puisse  être  à  certains  égards,  n'être  cependant  pas 
tout  à  fait  juste,  car  Abel  dépasse  Holmboe  d'une  bonne  coudée."  Nous  citons 
aussi  les  lignes  suivantes,  qui  n'apprennent,  il  est  vrai,  rien  de  plus  que  ce  que 
nous  savons  par  les  propres  lettres  d'AsEL,  mais  qui  du  moins  ont  été  les  premières 
à  faire  connaître  chez  nous  le  succès  qu'il  avait  obtenu.  „Abel  est  entré  en 
relations  familières  avec  Crelle.  Chaque  lundi  soir  il  est  chez  lui,  en  soirée 
mathématique  et  musicale  des  deux  sexes,  et  Crelle  l'apprécie  beaucoup.  Celui-ci 
veut  l'avoir  comme  collaborateur  dans  un  nouveau  Journal  mathématique,  mais  il 
vous  renseignera  lui-même  là  dessus  et  sur  d'autres  choses  au  premier  jour,  et  il 
me  prie  de  vous  envoyer,  ainsi  qu'à  Madame,  toutes  sortes  de  compliments."  Cette 
dernière  citation  montre  combien  l'amitié  entre  Abel  et  Crelle  était  vite  devenue 
intime.  Qu'elle  ait  été  également  cordiale  des  deux  parts,  on  en  a  les  preuves  les 
plus  évidentes  dans  les  termes  de  Crelle,  lorsque  de  son  côté  il  s'exprime  sur 
Abel  (lettres  XL VIII  et  LU). 

La  langue,  qui  avait  presque  été  une  difficulté  infranchissable  pour  l'entrée 
en  relations  de  Crelle  et  d'ABEL,  continua  à  lui  causer  beaucoup  d'ennuis,  et  comme 
il  était  constamment  entouré  de  compatriotes,  il  n'a  pas  dû  lui  être  facile  de  s'appro- 
prier la  langue  allemande  et  de  s'y  perfectionner.  Mais  il  fut  aidé,  outre  qu'il  avait 
évidemment  une  aptitude  naturelle  pour  les  langues,  par  ces  soirées  mathématiques 
et  musicales  du  lundi  chez  Crelle,  dont  parle  Abel,  et  il  semble  que  la  famille  de 
Crelle,  d'après  ce  qu'il  raconte  lui-même,   et  aussi  d'après  d'autres  informations  qui 

*  LoRENz  Lange,  professeur  de  droit,   fut   alors  appelé  à  la  Cour  suprême.     Cf.,    d'ailleurs,    le 
doc.  XXXVII. 


MAUVAISES    NOUVELLES    DE    KRISTIANIA  45 

proviennent  probablement  de  Boeck,  se  soit  occupée  de  lui  de  la  manière  la 
plus  gracieuse. 

Pour  la  rédaction  de  ses  travaux,  il  ne  fut  aucunement  gêné  par  l'allemand, 
car  on  sait  que  Crelle  reçut  les  mémoires  en  français,  et  les  traduisit  lui-même  pour 
le  Journal,  nouvelle  preuve  intéressante  de  l'ardeur  avec  laquelle  celui-ci  utilisa  la 
richesse  d'idées  et  la  grande  puissance  de  production  de  son  collaborateur.  D'autre 
part,  ce  ne  fut  pas  long  avant  qu'ABEL  pût  écrire  un  mémoire  en  allemand,  qui 
devait  être  imprimé  „tel  qu'il  a  été  écrit.  N'est-ce  pas  fameux",  s'écrie-t-il  tout 
radieux  dans  la  lettre  à  Holmboe  datée  de  Vienne. 

Dans  la  lettre  à  Hansteen  du  5  décembre,  il  peut  déjà  dire  qu'il  a  quatre 
mémoires  terminés,  et  dans  la  lettre  à  Holmboe  du  16  janvier  le  nombre  a 
augmenté  de  deux.  Crelle  trouva  sa  manière  d'exposer  excellente,  en  ce  qui 
concerne  la  clarté  et  la  rigueur,  mais  lui  conseilla,  pour  les  lecteurs  allemands,  de 
développer  un  peu  plus  longuement.  A  cet  égard,  Crelle  critique  Gauss  en  passant, 
et  assez  rudement,  pour  l'obscurité  de  la  rédaction  de  ses  mémoires,  et  il  les 
caractérise  —  c'est  Abel  qui  répète  l'expression  —  du  mot  „Grâuel";  il  semble 
d'ailleurs  en  général  avoir  confirmé,  ou  mieux,  renforcé  l'impression  antérieure 
d'ABEL  au  sujet  de  Gauss  et  de  son  inaccessibilité  —  si  même  ce  n'est  pas  Crelle 
lui-même  qui  a  eu  sur  ce  point  l'influence  décisive.  D'autre  part,  il  entendait  en 
même  temps  parler  de  Gauss  de  plusieurs  côtés  avec  l'admiration  la  plus  extrême, 
comme  la  quintessence  de  tout  ce  qui  s'appelait  mathématiques  en  Allemagne. 

Le  premier  volume  du  Journal  de  Crelle  comprend  7  mémoires  d'AsEL;  mais  on 
ne  peut  pas  dire  aujourd'hui  si  l'ordre  dans  lequel  Abel  les  a  terminés  correspond 
à  celui  de  leur  publication.  Il  nous  apprend  cependant  lui-même  dans  la  lettre  à 
Hansteen  qu'il  avait  achevé  avant  le  5  décembre  le  remaniement  de  sa  démonstra- 
tion de  l'impossibilité  de  résoudre  l'équation  du  cinquième  degré  au  moyen  de 
radicaux,  et  ce  mémoire  est  inséré  comme  n^  2  des  travaux  d'AsEL  dans  le  premier 
cahier  du  premier  volume  du  Journal.  Ce  cahier  ne  parut  que  peu  de  temps 
après  le  départ  d'AsEL  de  Berlin  à  la  fin  de  février,  mais  les  deux  cahiers  suivants 
parurent  assez  vite  après.  Dans  ces  cahiers  il  se  trouve  en  effet  six  travaux  de 
lui,  d'importance  diverse,  correspondant  au  nombre  qu'il  a  donné  à  Holmboe. 

Tandis  qu'ABEL  était  absorbé  dans  ces  travaux,  il  vit  au  pays  se  fermer  de 
la  manière  la  plus  fâcheuse    la   chance    qui   avait  semblé  s'ouvrir  devant  lui  par  le 


46  ELLING   HOLST:     INTRODUCTION   HISTORIQUE 

départ  de  Rasmusen;  une  décision  fut  bientôt  prise,  qui  lui  fut  contraire,  et  cela 
dès  avant  Noël.  Les  documents  officiels  à  ce  sujet  sont  donnés  plus  loin 
(doc.  XXXV— XLTV). 

Lorsque  le  professeur  Sverdrup,  le  19  novembre,  eut  fait  une  motion,  qui  fut 
acceptée,  tendant  à  proposer  au  prochancelier  de  nommer  un  „docent"  en  mathéma- 
tiques pour  le  semestre  suivant,  le  conseil  se  réunit  de  nouveau  le  3  décembre 
pour,  sur  la  demande  du  ministère  de  l'instruction  publique,  donner  son  avis  au 
sujet  des  personnes  à  nommer  à  la  fois  à  la  chaire  de  mathématiques  et  à  une 
chaire  de  droit  vacante  en  même  temps.  En  ce  qui  concerne  la  première,  le  Conseil 
invite  la  faculté  de  philosophie  à  faire  une  proposition.  Dès  le  6  décembre  la  faculté 
avait  donné  sa  réponse.  Elle  propose  Holmboe  pour  la  chaire  de  mathé- 
matiques, mais  en  même  temps  „attire  l'attention  sur  l'étudiant  N.  Abel,  comme 
un  homme  qui,  tant  par  son  talent  pour  les  mathématiques  que  par  ses  grandes 
connaissances  dans  la  science,  pourrait  entrer  en  ligne  de  compte  pour  la  nomination 
audit  poste,  mais  que  l'on  ne  pourrait  sans  dommage  pour  l'avenir  de  ses  études 
faire  revenir  maintenant  de  son  voyage  à  l'étranger,  qu'il  venait  d'entreprendre,  et 
qui  d'ailleurs  ne  paraissait  pas  pouvoir  s'adapter  à  la  capacité  des  jeunes  étudiants 
aussi  facilement  qu'un  maître  plus  exercé."  (Extrait  du  registre  des  délibérations 
du  conseil  académique  de  l'année  1825). 

Dans  une  petite  nation,  qui  suffit  à  peine  au  nécessaire,  et  qui  est  obligée 
chaque  jour  de  penser  au  lendemain,  il  est  excusable  et  compréhensible  que  ses 
hommes,  même  les  meilleurs,  dans  une  circonstance  comme  celle-ci,  aient  la  vue 
courte,  et  ne  voient  que  le  besoin  journalier  des  affaires  purement  pratiques.  Celles- 
ci  sont  la  grande  nécessité  inéluctable,  et  cela  donne  une  explication  plus  que  suffi- 
sante de  ce  fait  que,  même  des  hommes  comme  Hansteen,  le  protecteur  enthousiaste 
d'ABEL,  et  Sverdrup,  sur  qui  toute  la  nation  avait  les  yeux  fixés,  non  sans  raison, 
ont  pu  en  venir,  en  ce  moment  décisif,  à  ménager  la  dépense  d'une  manière  finale- 
ment si  coûteuse.  Ce  qu'ABEL  avait  déjà  accompli  au  pays  dès  sa  première 
période  de  tâtonnements,  dépassait  le  niveau  de  ce  que  pouvaient  concevoir  même 
ceux  qui  l'avaient  le  mieux  compris,  lui  et  la  grandeur  de  son  génie.  Ils  préférèrent 
une  habile,  honnête  et  aimable  capacité,  dont  le  talent  était  à  la  hauteur  de  leur 
propre  intelligence,  et,  avec  une  sorte  de  crainte  respectueuse  vis-à-vis  d'un  esprit 
à  la  grandeur  duquel  ils  étaient  absolument  étrangers,  ils  abandonnèrent,  non  sans 
compassion,  le  sort  d'AsEL  à  un   avenir  incertain,  dont  ils  auguraient   pourtant,  en 


LA    NOMINATION    d'hOLMBOE  47 


s'en  remettant  avec  confiance  à  sa  bonne  étoile,  tout  le  bien  possible  pour  le  pays 
et  pour  lui-même. 

Mais  cette  proposition  de  la  faculté  fut  le  chemin  de  la  croix  dans  la  vie  d'AsEL. 
Il  fut  voué  depuis  lors  à  vivre  sur  ses  propres  ressources,  pauvrement,  endetté, 
homme  que  l'on  oublie,  à  qui  l'Etat  ne  songea  que  tard,  pour  lui  donner  une  situa- 
tion inférieure,  et  dont  la  nation  n'apprit  que  peu  à  peu  à  comprendre  la  valeur, 
lorsque  nous  l'eûmes  perdu. 

Il  ne  faut  pas,  comme  nous  l'avons  vu,  se  hâter  de  condamner  l'esprit  de  la 
proposition  de  la  faculté  comme  mesquin  et  borné,  mais  simplement  nous  n'avions 
pas,  comme  société,  dépassé  ce  degré;  pour  Abel  et  pour  la  science  ce  fut  éminem- 
ment regrettable.  Du  même  point  de  vue,  nous  devons  tout  d'abord  excuser  Holmboe, 
qui  accepta  d'être  nommé;  — non  sans  hésitation,  d'après  ce  que  raconte  une  tradi- 
tion, d'ailleurs  incertaine.  A  nos  yeux,  pourtant,  il  apparait  dans  une  situation  bien 
gauche  vis-à-vis  d'AsEL.  Mais  la  modestie  de  celui-ci,  d'une  part,  son  attache- 
ment et  son  amitié  inaltérés,  de  l'autre,  et  aussi  la  piété  de  Holmboe  pour  son 
souvenir,  montrent  que  leurs  relations  réciproques  n'en  furent  aucunement  atteintes, 
bien  que  nous  puissions  voir  déjà  dans  la  seconde  lettre  de  Copenhague  en  1823,  que 
c'est  Abel  qui  est  devenu  le  maître,  et  Holmboe  l'élève.  La  reconnais- 
sance qu'a  montrée  Abel  pour  Holmboe,  l'estime  où  le  tenait  Abel  comme  maître, 
ami  et  camarade,  et  l'absolue  confiance  qui  éclate  dans  chacune  de  ses  lettres,  tous 
ces  témoignages  incontestables  d'AsEL  lui-même  doivent  nous  assurer  que  ni  Abel 
ni  nul  autre  n'a  rien  trouvé  de  mal  dans  la  décision  prise,  bien  que  les  amis  les 
plus  intimes  d'ABEL,  tels  que  Boeck,  pussent  bien  trouver  qu'il  „dépassait  Holmboe 
d'une  bonne  coudée"  ou,  comme  ses  amis  ont  lu  entre  les  lignes:  qu'il  le  dépassait 
malheureusement  trop. 

On  voit  aussi  dans  la  lettre  d'ABEL  à  Hansteen  (lettre  X),  qu'il  semble  que  l'on  se 
soit  flatté  de  l'espoir  —  vain  —  d'assurer  à  Abel  une  situation  dans  le  pays.  Dans 
son  enthousiasme  au  milieu  de  sa  production  mathématique,  et  plein  d'idées  qui  lui 
promettaient  une  longue  continuation,  il  se  réjouit  des  promesses  d'avenir  de 
Hansteen.  „Vous  m'avez  complètement  rassuré  pour  ce  qui  est  de  mon  avenir,  et 
vous  m'avez  par  là  rendu  un  vrai  service,  car  j'avais  quelques  craintes,  trop 
peut-être.  J'éprouve  une  joie  infinie  à  l'idée  de  rentrer  au  pays,  et  de  pouvoir  être 
en  mesure  de  travailler  tranquille.  J'espère  que  tout  ira  bien;  je  ne  manquerai 
pas  de  sujets  d'ici  plusieurs  années;    il    m'en    viendra   encore   pendant    le   voyage, 


48  ELLiNG  holst:    introduction  historique 

car  justement  il  me  passe  en  ce  moment  beaucoup  d'idées  par  la  tête.  La  mathé- 
matique pure  dans  son  sens  le  plus  strict  doit  être  à  l'avenir  mon  étude  exclu- 
sive." Quelles  étaient  les  perspectives  d'avenir  par  lesquelles  Hansteen  a  pu 
réconforter  Abel,  et  qui  devaient  être  comprises  dans  les  compliments  adressés 
par  l'intermédiaire  de  Boeck,  dont  Abel  le  remercie  en  même  temps,  on  ne  peut 
plus  le  préciser  avec  certitude.  Le  point  de  départ  en  est  peut  être  à  chercher  dans 
le  vœu  expressément  formulé  par  la  faculté  dans  sa  proposition,  que  l'on  ne  perde 
pas  de  vue  l'étudiant  Abel;  mais  on  ne  trouve  nulle  part  rien  de  formulé  à  ce  sujet. 
D'autre  part,  Hansteen  avait  déjà  depuis  1822,  projeté  son  grand  voyage  de  Sibérie, 
pour  lequel  il  avait  excité  le  vif  intérêt  de  Charles-Jean  (Bernadotte),  et  la  réali- 
sation de  ce  projet,  auquel  devait  s'appliquer  dès  l'année  suivante  la  forte  sub- 
vention du  storting,  était  alors  prochaine:  il  n'est  pas  tout  à  fait  invraisemblable 
que  ce  qu'il  fît  miroiter  aux  yeux  d'ABEL  fût  l'espoir^ de  quelque  suppléance 
pendant  ce  voyage.  La  forte  expression  d'ABEL  sur  „la  mathématique  pure  dans 
le  sens  le  plus  strict",  à  laquelle  il  doit  dorénavant  se  consacrer  d'une  manière 
exclusive,  n'est  pas  nécessairement  en  contradiction  absolue  avec  cette  hypothèse. 
Le  15  décembre  le  conseil  rendit  définitive  la  présentation  de  la  faculté.  Sa 
proposition  au  ministère  de  l'instruction  publique,  d'accord  avec  elle,  est  datée  du 
16.    La  nomination  de  Holmboe  s'ensuivit  le  4  février  1826. 

Abel  et  ses  amis  ne  savaient  encore  rien  à  Noël  de  la  solution  adoptée. 
L'arrivée  imprévue  de  Keilhau  avait  été  alors  une  agréable  surprise.  Il  avait 
inopinément  gagné  des  droits  d'auteur  en  faisant  réunir  quelques  courts  mémoires 
en  un  petit  volume,  et  il  en  avait  aussitôt  destiné  le  montant  à  une  visite  de  Noël 
chez  ses  amis.  La  colonie  était  au  complet,  l'humeur  était  gaie  et  parfois  mettait 
tout  en  l'air,  et  à  l'étage  au  dessus  demeurait,  —  c'est  Bjerknes  qui  l'a  découvert  — 
le  philosophe  Hegel.  Il  fit  descendre  la  bonne,  croyant  qu'il  y  avait  une 
bataille  en  dessous.  La  bonne  répondit  que  c'étaient  des  „dânische  Studenten." 
—  „Nicht  Dânen,  dit  Hegel,  es  sind  russische  Bâren." 

Mais  l'époque  de  Noël  ne  trouva  pas  Abel  inactif,  pas  plus  que  la  période 
précédente.  Bientôt  résonne  dans  ses  lettres  un  torrent  de  notes  nouvelles.  Il  a  peu 
à  peu  fait  une  série  de  remarques  sur  le  manque  de  rigueur  dans  la  base  générale 
de  l'analyse  supérieure,  ce  qui,  pendant  un  moment,  l'absorbe  tout  entier,  et  lui  fait 
faire   des   progrès    à   la  fois  en  critique   de  lui-même,   en  maturité  et  en  hardiesse. 


CRITIQUE   DES    FONDEMENTS    DES    MATHÉMATIQUES.      DÉCEPTION.  49 

L'influence  primitive  est  due  manifestement  à  la  lecture  de  Cauchy;  mais  il  semble 
que  les  forces  d'ABEL  soient  tout  à  coup  doublées,  et  il  s'acharne  à  cette  question 
aux  côtés  du  vieux  maître,  pour  poser  des  bases  nouvelles.  Il  est  possible  qu'il  lui 
soit  alors  tombé  comme  des  écailles  des  yeux  pendant  son  travail  de  Berlin  et  ses 
conversations  avec  Grelle  et  les  nombreux  jeunes  mathématiciens  avec  lesquels 
celui-ci  le  mit  en  rapport,  discussions  qui  peuvent  avoir  aiguisé  sa  critique,  mûri 
son  jugement,  et  lui  avoir  donné  confiance  en  lui-même  de  bien  des  manières.  Mais 
on  peut  penser  aussi  que  cette  révélation  est  le  résultat  d'idées  et  de  doutes  qui 
avaient  déjà  germé  en  lui  avant  le  départ,  mais  dont  alors  il  n'avait  jamais  fait 
confidence  à  Holmboe.  Quoi  qu'il  en  soit,  c'est  comme  une  éruption  qui  jaillit  dans 
ses  deux  lettres  suivantes,  un  peu  faible  encore  peut-être  dans  la  lettre  à  Holmboe 
du  16  janvier,  mais  forte  et  pleinement  consciente  dans  la  lettre  adressée  de  Dresde 
à  Hansteen  le  29  mars.  Ce  sont  des  paroles  enflammées.  Il  parle  avec  autorité. 
C'est  surtout  les  nombreuses  conclusions  hâtives  dans  la  théorie  des  séries  avec  les- 
quelles il  rompt  une  fois  pour  toutes.  C'est  une  critique  mordante,  mais  non  pure- 
ment négative,  qu'il  a  déployée  ici.  Il  est  allé  plus  loin.  Ce  qui  était  à  ses  yeux 
un  paradoxe,  le  fait  qu'une  théorie  si  insuflisante  eût  pu,  malgré  tout,  conduire  à 
tant  de  résultats  précieux  et  exacts,  le  poussa  vers  des  recherches  nouvelles  et 
profondes.  Nous  arrivons  au  troisième  des  grands  services  capitaux  qu'il  nous  a 
rendus;  celui-là  mérite  absolument  d'être  cité  à  côté  de  ses  immortels  travaux  sur 
la  théorie  des  équations  et  la  théorie  des  fonctions  elliptiques  et  supérieures. 

Comme  un  modèle  définitif,  il  expose  bientôt  après,  conséquence  immédiate  de 
ces  idées,  dans  le  mémoire  bien  connu,  devenu  classique,  qui  termine  ses  travaux 
dans  le  premier  volume  du  Journal  de  Crelle,  comment  on  doit  conduire  une 
recherche  attentive,  décisive,  rigoureuse,  en  appliquant  sa  méthode  à  la  plus  connue 
de  toutes  les  séries,  la  série  du  binôme. 

C'est  précisément  au  moment  où  le  jeune  apôtre  de  cette  nouvelle  doctrine 
rigoureuse  se  mettait  à  décrire  à  Holmboe  ses  premières  vues  enthousiastes  dans 
la  lettre  du  16  janvier,  qu'il  apprend  que  celui-ci  —  son  premier  élève  —  est  appelé 
à  la  chaire  vacante  de  Kristiania,  que  les  ponts  sont  rompus  derrière  lui,  et  que 
par  suite  la  perspective  d'une  situation  un  peu  tranquille  au  pays  lui  est  au  moins 
provisoirement  barrée. 

Mais  la  lettre  témoigne  ici,  plus  clairement  peut-être  qu'aucun  autre  document, 
qu'AfiEL  n'était   pas  seulement   grand    comme   mathématicien,   mais   éminent   aussi 

INTRODUCTION    —    7 


50  ELLiNG  holst:   introduction  historique 

comme  homme.  C'est  avec  la  cordialité  la  plus  spontanée,  l'oubli  de  soi-même  le 
plus  complet,  qu'il  adresse  à  son  ami  et  premier  maître  ses  vœux  pleins  de  joie, 
puis,  après  quelques  brèves  et  gaies  saillies,  il  continue  là  où  il  l'avait  laissée,  sa 
conférence  mathématique  à  Holmboe,  car  la  lettre  n'est  pas  autre  chose  d'un  bout 
à  l'autre. 

L'espoir  qu'avaient  eu  pour  lui  ses  amis  de  Berlin,  et  que  sans  doute  il  avait 
nourri  lui-même  en  secret,  était  déçu,  et,  à  en  juger  par  les  impressions  que 
Bjerknes  rapporte  d'après  Boeck,  après  la  gaieté  de  Noël  il  dut  y  avoir  sur  eux 
tous  comme  un  poids.  Bjerknes  raconte  qu'il  arrivait  à  Abel  de  rester  des  journées 
étendu,  isolé  dans  son  mutisme,  maussade,  complètement  inactif.  Si  on  lui  deman- 
dait ce  qu'il  avait,  il  répondait  simplement:  „Je  suis  sombre".  Dans  l'addition  de 
Boeck  à  l'article  nécrologique  de  Holmboe,  il  dit:  „Abel  ne  paraissait  avoir  que 
rarement  une  lueur  d'espoir  qu'une  situation  exempte  de  soucis  lui  serait  assurée." 
Mais  lorsqu'il  revenait  à  son  travail,  qui  était  dur,  comme  l'est  toujours  le  travail 
du  défricheur,  il  était  bientôt  heureux  de  ses  découvertes.  Et  Grelle  était  toujours 
sa  consolation.  Dans  le  petit  bout  de  lettre  du  30  janvier  à  Hansteen  (lettre  VIII), 
écrit  dans  tous  les  sens  et  joint  à  une  lettre  de  Keilhau,  il  raconte  ses  projets  de 
trouver  un  éditeur  pour  ses  „Recherches  sur  le  calcul  intégral."  Il  met  son  espoir 
en  Crelle,  et  dans  la  lettre  de  Dresde  à  Hansteen  nous  en  apprenons  davantage  à 
ce  sujet.  Ce  mémoire  ne  peut  guère  avoir  été  autre  chose  que  son  mémoire  d'inté- 
gration du  printemps  de  1823,  qu'il  avait  présenté  au  conseil,  et  qu'il  aurait,  en 
ce  cas,  emporté  en  Allemagne,  ce  qui  s'accorde  avec  l'opinion  de  Hansteen  et  de 
Rasmusen  sur  la  difficulté  de  le  faire  imprimer  en  Norvège,  et  il  faut,  si  cela  est 
juste,  que,  soit  par  son  contenu,  soit  par  son  étendue,  et  probablement  surtout 
pour  cette  dernière  raison,  il  n'ait  pas  convenu  au  Journal.  Si  ce  n'est  pas 
celui-là  dont  il  est  ici  question,  il  s'agit  en  tout  cas  d'un  mémoire  qui  convenait 
mieux  à  un  éditeur  qu'à  une  revue.  Dans  la  lettre  de  Dresde,  on  voit  qu'il  est 
réellement  entré,  par  l'intermédiaire  de  Crelle,  en  relations  avec  un  éditeur.  Le 
projet  a  commencé  à  prendre  forme.  Il  s'agit  maintenant  de  plusieurs  „mémoires 
plus  étendus"  d'ABEL,  qui  selon  un  projet  antérieur,  et,  à  ce  qu'il  semble,  ensuite  aban- 
donné, devaient  paraître  conjointement  avec  plusieurs  de  Crelle.  Abel  a  même  la 
perspective  d'„honOraires  importants";  mais  le  prudent  éditeur  désire  prendre  son  temps, 
afin  de  voir  quel  succès  obtiendrait  le  journal.  Mais  le  journal,  comme  nous  le 
verrons,   eut  à  lutter   contre   des    difficultés,  et  il  semble  que  le  projet  se  soit  peu 


NOUVEAUX   PLANS   DE   VOYAGE  51 


à  peu  évanoui  dans  l'attente.  Certainement  une  perte  à  la  fois  pour  Abel  et  pour 
les  mathématiques.  Si  les  autres  grands  mémoires  dont  il  est  ici  question  n'ont  pas 
paru  plus  tard,  en  entier  ou  par  parties,  dans  des  travaux  imprimés  ultérieurs,  il 
nous  manque  plus  que  le  travail  perdu  sur  le  calcul  intégral. 

Après  Noël,  Abel  commença  à  faire  son  plan  de  voyage.  Malgré  toute  son 
appréhension  accumulée  d'une  rencontre  personnelle  avec  Gauss,  son  intention  est 
encore,  jusqu'au  moment  de  la  lettre  à  Holmboe  du  16  janvier,  de  transférer  son 
centre  d'études  à  Gôttingen.  Mais  ce  qui  lui  est  arrivé  déjà  se  produit  encore:  il 
lui  est  trop  pénible  de  se  séparer  de  ses  compatriotes  et  de  ses  amis,  et  parmi  ces 
derniers,  Crelle  est  maintenant  un  des  plus  intimes.  Or,  comme  celui-ci  avait 
projeté  à  peu  près  à  la  même  époque  un  voyage  aux  pays  rhénans  par  Gôttingen, 
et  que  par  conséquent  Abel  aurait  été  ensuite  privé  de  sa  société,  il  résolut  de 
profiter  de  l'agréable  compagnie,  de  visiter  Gôttingen  avec  lui,  et  de  jouir  de  sa 
société  au  delà,  peut-être  même  jusqu'à  Paris.  Cependant  ce  projet  peu  à  peu  s'en 
alla  en  fumée.  Mais  avant  qu'il  eût  renoncé  à  l'espoir  d'avoir  Crelle  comme  com- 
pagnon de  voyage  vers  l'ouest,  il  reçut  une  proposition  de  passer  le  temps  d'attente 
d'une  autre,  féconde  manière.  Keilhau,  qui  avait  prolongé  son  séjour  à  Berlin 
jusque  vers  la  fin  de  février,  dut  revenir  à  Freiberg  et  à  ses  études  minéralogiques 
et  géologiques,  et  parvint  à  persuader  à  Abel  de  l'y  accompagner  et  d'y  faire  un 
court  séjour,  après  lequel  il  pourrait  revenir  à  Berlin  et  suivre  son  plan  primitif. 
En  outre,  Abel  pourrait  à  Freiberg  se  recueillir  plus  tranquillement  pour  rédiger 
un  assez  long  mémoire  projeté  pour  Crelle. 

Les  choses  ainsi  décidées,  Crelle  et  Abel  devaient  donc  se  retrouver.  Mais  de 
toute  manière,  le  séjour  de  Berlin  devait  cette  fois  bientôt  cesser.  Cette  pensée, 
d'après  tout  ce  que  nous  pouvons  deviner  et  Hre,  a  été  fort  pénible  pour  Abel. 
Mais  Crelle  n'eut  pas  moins  de  peine  à  s'y  faire.  Il  s'était  peu  à  peu  représenté, 
dans  un  avenir  prochain,  Abel  établi  à  Berlin  à  poste  fixe.  Plus  il  comprenait 
combien  Abel  se  sentait  lié  par  les  obligations  envers  son  pays  qu'entrainait  à  ses 
yeux  la  bourse  de  voyage,  plus  il  augmentait  ses  offres.  Il  voulait  faire  Abel 
directeur  du  journal,  situation  que  Crelle  s'imaginait  devoir  devenir  pécuniairement 
très  bonne.  On  ne  peut  raconter  plus  joliment  ses  offres  et  les  refus  modestes 
d'ABEL  que  ne  le  fait  Abel  lui-même  dans  la  lettre  de  Dresde.  Abel  dut  promettre 
de  prendre  bonne  note  de  la  proposition  de  Crelle,  pour  le  cas  où  sa  situation  à 
Kristiania  après  son  retour  se  trouverait  difficile,  et  Crelle  promit,  de  son  côté,  de 


ELLING   HOLST:     INTRODUCTION   HISTORIQUE 


renouveler  l'offre  n'importe  à  quel  moment.  Ce  récit  indique  aussi  certainement 
d'une  manière  indirecte  que  Crelle  était  au  courant  de  ce  qui  venait  de  se  passer  à 
Kristiania.  —  Dans  la  lettre  de  Crelle  adressée  à  Abel  à  Paris  (lettre  XX),  on  voit 
pourtant  que  le  journal  a  besoin  d'une  subvention,  que  Crelle  s'efforce  d'obtenir. 
Il  renouvelle  ses  offres  à  Abel,  mais  le  ton  n'est  plus  tout-à-fait  aussi  confiant. 

Si  l'on  excepte  les  sombres  impressions  d'ABEL  et  de  ses  amis,  causées  par  la 
nomination  de  Holmboe  au  poste  de  professeur  de  mathématiques,  ou  plutôt  peut- 
être,  même  en  y  comprenant  ces  inquiétudes,  il  n'y  a  pas  de  doute  que  ce  séjour 
de  cinq  courts  mois  à  Berlin  a  procuré  à  Abel  la  plus  forte  somme  de  bonheur  qui 
lui  fut  jamais  départie.  Cependant  les  trois  mois  suivants,  son  voyage,  avec  toutes 
ses  variations,  lui  fut  jamais  semble  aussi  avoir  été  une  époque  tout-à-fait  radieuse. 

Abel  partit  donc  avec  Keilhau  à  Freiberg,  pour,  croyait-il,  revenir  bientôt  à 
Berlin.  Mais  il  en  fut  autrement.  Son  séjour  à  Berlin  fut  fini  pour  cette  fois. 
Crelle  eut  des  empêchements,  le  voyage  aux  pays  rhénans  fut  abandonné,  et  ainsi 
tombèrent  les  projets  pleins  d'espoirs.  Abel  d'ailleurs,  lorsqu'il  en  fut  informé, 
était  déjà  tout  absorbé  par  son  nouveau  mémoire,  pour  lequel  il  avait  certainement 
à  Freiberg  une  tranquillité  autrement  grande  qu'à  Berlin,  dans  le  tumulte  d'une 
grande  ville  et  au  milieu  de  son  cercle  d'amis. 

Quel  est  au  juste  ce  mémoire,  on  ne  peut  certes  pas  l'affirmer  avec  une  certitude 
absolue,  puisque  les  travaux  d'AsEL  ne  se  trouvent  qu'exceptionnellement  datés 
jusqu'à  l'époque  de  sa  lutte  de  vitesse  avec  Jacobi.  J'ai  indiqué  déjà  qu'à  mon 
avis  c'est  probablement  le  mémoire  sur  la  série  du  binôme.  Bjerknes  pense  („Niels 
Henrik  Abel",  p.  49,  sqq)  que  c'est  le  mémoire  VI  de  l'édition  Holmboe,  XI  de 
l'édition  Sylow-Lie. 

D'après  Holmboe,  la  courte  note  (Ed.  Holmboe,  vol.  II,  p.  249,  Ed.  Sylow-Lie, 
vol.  II,  XIV)  serait  la  seule  qu'ABEL  aurait  écrite  en  allemand  pour  Crelle,  ce  qui 
a  été  décisif  pour  Sylow  et  Lie  dans  la  seconde  édition.  Mais  il  faut  observer 
d'abord  que  cette  note  n'a  que  trois  pages  in-quarto,  puisqu'elle  a  été  trouvée  seule- 
ment parmi  les  papiers  qu'il  a  laissés;*  elle  n'a  pas  été  insérée  dans  le  journal  de 


*  Dans  la  lettre  de  Holmboe  au  conseil  (doc.  XCIV),  trouvée  ces  jours-ci,  qui  contient  le 
résultat  provisoire  de  ses  recherches  dans  les  manuscrits  laissés  par  Abel,  à  l'occasion  de  la 
préparation  des  „Œuvres  cotnpïètes",  on  voit  que  ce  mémoire  n'a  pas  encore  été  trouvé. 
Holmboe  écrit  expressément  que  les  travaux  non-imprimés  sont  en  français,  à  l'exception  des 
tout  premiers,  qui  sont  en  norvégien. 


MÉMOIRE   DE    FREIBERG  53 


Crelle.  Gela  vient  probablement  de  ce  qu'elle  est  la  seule  chose  que  Holmboe  ait 
trouvée  rédigée  en  allemand  dans  les  manuscrits  non  imprimés.  Elle  ne  peut  guère, 
et  aussi  selon  l'opinion  de  Sylow,  maintenant  modifiée,  avoir  été  le  grand  mémoire 
de  Freiberg;  mais  elle  donne  une  indication,  pour  savoir  lequel  des  deux  mémoires 
précités  peut  avoir  été  celui-là.  Sur  le  mémoire  de  PVeiberg  nous  savons  expressé- 
ment qu'il  a  été  écrit  en  allemand.  C'est  précisément  celui  qui  a  été  l'occasion  de 
sa  joyeuse  exclamation:  „I1  sera  imprimé  tel  qu'il  a  été  écrit".  Or  la  petite  note 
en  allemand  traite  justement  un  sujet  analogue  au  travail  sur  la  série  du  binôme. 
Il  y  a  donc  lieu  de  croire  que  ce  sont  des  travaux  exactement  de  la  même  époque, 
et  que  le  mémoire  sur  la  série  du  binôme  est  celui  pour  lequel  il  a  été  à  Freiberg 
chercher  un  mois  de  calme.  D'ailleurs  la  série  du  binôme,  par  son  contenu,  est 
bien  au  centre  de  ce  qui  surtout,  à  cette  époque,  préoccupait  sa  pensée. 

De  la  correspondance  entre  Crelle  et  Abel  pendant  le  séjour  à  Freiberg,  il 
nous  reste  les  fragments  purement  mathématiques  dans  la  lettre  à  Crelle  du  14  mars, 
qui  montrent  une  suite  de  nouveaux  progrès  au  point  de  vue  de  la  théorie  des  équa- 
tions. La  rédaction  du  grand  mémoire  ne  l'a  donc  pas  empêché  de  continuer  l'étude 
d'autres  problèmes  importants,  parmi  la  multitude  d'idées  dont  il  parle  à  Hansteen. 
Le  surplus  de  la  lettre  à  Crelle  a  été  perdu,  et,  en  dehors  de  fragments  analogues, 
purement  mathématiques,  *  nous  ne  possédons  rien  non  plus  des  autres  lettres 
d'ABEL  dans  la  correspondance  qui  suivit  pendant  le  voyage  même,  et  qui  commença 
sans  doute  lorsque  Crelle  annonça  qu'il  ne  se  trouvait  pas  en  mesure  de  remplir  sa 
promesse  de  faire  avec  lui  le  voyage  à  Gôttingen  et  aux  pays  rhénans.  En  effet, 
comme  le  séjour  de  Berlin  se  trouva  ainsi  brusquement  terminé  pour  cette  fois,  il 
y  eut  entre  eux  un  actif  échange  de  lettres.  Dans  la  lettre  à  Holmboe  datée  de 
Vienne,  il  dit:  „J'ai  avec  Crelle  une  correspondsnce  fréquente.  J'ai  déjà  reçu  de  lui 
2  longues  lettres,  et  j'attends  la  troisième".  On  voit  d'ailleurs  au  même  endroit  que 
Crelle  n'avait  pas  encore  tout-à-fait  abandonné  l'espoir  de  pouvoir  venir  à  Paris  et 
de  s'y  retrouver  avec  Abel.    De  toutes  les  nombreuses  lettres  qu'AsEL  reçut  ainsi 


*  Ces  fragments  (lettres  IX,  XV,  XXI,  XXIX,  XXX,  XXXIX)  représentent  ce  que  Crelle  a 
trouvé  de  purement  mathématique,  après  la  mort  (J'Abel,  dans  les  lettres  qu'il  avait  reçues, 
et  qui  n'avait  pas  été  imprimé  antérieurement.  Comme  elles  sont  datées,  elles  forment,  dans 
leur  aridité,  comme  une  suite  de  pierres  milliaires  dressées  çà  et  là,  en  différents  points  de 
la  vie  d'AsEL,  dont  les  inscriptions  sont  malheureusement  illisibles  pour  qui  n'est  pas 
mathématicien. 


54  ELLiNG  holst:    introduction  historique 

de  lui,  soit  pendant  le  voyage,  soit  à  Paris,  „autant  que  j'en  ai  reçu  de  ma 
fiancée",  écrit  Abel  à  Holmboe  (lettre  XVIII),  une  seule  est  conservée,  adressée  à 
Paris  (lettre  XX). 

Si  le  projet  de  voyager  en  compagnie  de  Crelle  échoua,  par  contre  Abel  se 
joignit  à  ses  amis  norvégiens,  qui  arrivèrent  peu  à  peu,  et  l'on  partit  pour  le  sud 
au  lieu  de  l'ouest.  Ils  furent  tous  réunis  de  nouveau  à  Dresde,  sauf  Maschmann. 
Ce  voyage  d'AsEL,  partant  de  Freiberg,  par  Dresde  et  Prague  jusqu'à  Vienne,  puis 
de  là  par  Graz,  Trieste,  à  Venise  et  Vérone,  enfin  par  le  Tyrol  et  la  Suisse  jusqu'à 
Paris,  prit  un  peu  plus  de  trois  mois.  *  Ce  fut  surtout,  en  somme,  un  voyage 
d'agrément,  quoique  l'on  puisse  bien  supposer  que,  notamment  à  Vienne  où  il  avait 
des  lettres  de  recommandation  de  Crelle  pour  Littrow  et  Burg,  il  n'a  pas  négligé 
ses  mathématiques.  L'une  de  ces  lettres  de  recommandation  est  la  seule  chose  que 
nous  possédions  de  la  correspondance  reçue  pendant  le  voyage.  Lorsqu'ABEL  quitta 
Berlin,  ni  lui  ni  Crelle  ne  savaient  qu'ABEL  irait  à  Vienne.  Elle  est  pleine  des  expres- 
sions les  plus  chaleureuses,  et  Abel  l'a  reçue  soit  à  Freiberg,  soit,  au  plus  tard,  à  Dresde. 

Les  lettres  dont  nous  avons  à  parler  maintenant,  que  l'on  pourrait  appeler  ses 
lettres  de  voyage,  nous  donnent  tout  ce  que  nous  savons  de  détails  sur  ses 
aventures  et  ses  impressions.  Elles  contiennent  une  série  d'esquisses,  le  plus  sou- 
vent légères  et  rapides,  souvent  très  caractéristiques  et  nettes  des  tableaux  nouveaux 
et  constamment  changeants  de  la  nature  et  des  mœurs  qui  s'offrent  successivement 
à  ses  yeux.  Sa  faculté  d'observation  à  l'égard  des  particularités  de  la  nature  variée 
dans  les  différents  pays  qu'il  sait  rendre  à  grands  traits  d'une  manière  frappante,  et 
les  menus  traits  comiques,  sur  lesquels  il  insiste  avec  un  sens  évident  de  l'humour, 
par  exemple  dans  ses  descriptions  de  Prague  et   de  Vienne,   mais  où  l'on  remarque 


*  Comme,  dans  ce  qui  suit,  nous  avons  plutôt  extrait  ses  impressions  de  voyage  en  général, 
que  nous  ne  nous  sommes  attachés  aux  menus  faits,  et  que  par  conséquent  nous  n'avons  pas 
établi  l'itinéraire  en  détail  avec  les  dates,  nous  l'indiquerons  ici  sommairement.  Le  séjour  à 
Dresde  dure  8  jours,  lettre  à  Hansteen  du  29  mars  (lettre  X),  le  voyage  à  Prague,  2  jours 
V2»  le  séjour  à  Prague  encore  8  jours.  A  Vienne  du  14  avril  au  25  mai.  Départ  de  Graz 
le  29.  Le  voyage  de  Graz  à  Trieste,  pendant  lequel  il  visite  la  grotte  d'Adelsberg,  prend 
4  jours  72-  Dans  la  nuit  du  7  au  8  juin,  il  part  de  Trieste  (en  bateau  à  vapeur,  ce  que 
Keilhau  nous  explique),  et  il  arrive  à  Venise,  où  il  reste  deux  jours.  Le  11  au  soir  il  est  à 
Vérone,  et  le  14  à  Botzen,  Les  excursions  dans  le  Tyrol  avec  Botzen  comme  centre  prennent 
longtemps.  La  lettre  à  Holmboe  est  datée  du  25,  Ce  n'est  qu'en  juillet  qu'il  va,  par  Inns- 
brûck  et  Bodensach  à  Zurich,  où  il  est  le  5,  lettre  à  Keilhau  (lettre  XIV),  et  de  là,  vite  par 
Bâle  à  Paris,  où  il  arrive  le  10  juillet.     Le  voyage  de  Bâle  à  Paris  prit  3  jours  Va- 


INTÉRÊTS    ESTHÉTIQUES    d'aBEL  55 

en  même  temps  combien  la  grossièreté  le  choque,  se  marquent  de  plus  en  plus.  De 
temps  en  temps  son  style,  qui  d'ailleurs  est  ici,  comme  toujours,  sans  apprêt  et 
tout  simple,  devient  souple  et  coulant,  et  en  quelques  endroits  la  description  prend 
tout  à  coup  une  couleur  plus  chaude,  tellement  le  remplissent  de  joie  et  d'enthou- 
siasme les  spectacles  qu'il  raconte.  Ainsi  lorsqu'il  compare  la  Styrie  et  la  Norvège, 
ou  dans  le  passage  où  il  décrit  l'attente  de  la  première  vue  sur  l'Adriatique,  et  la 
vue  elle-même,  lorsqu'elle  s'ouvre  subitement  devant  lui.  Sans  qu'il  cite  l'ancienne 
exclamation  célèbre,  il  y  a  quelque  chose  du  „Thalatta,  thalatta!"  dans  les  quelques 
lignes  consacrées  à  cette  description.  Mais  à  la  vue  de  la  mer,  sa  pensée  se  reporte 
involontairement  aux  aspects  familiers  de  son  pays.  Il  peut  sembler  que  nous 
rencontrons  ici  un  exemple  du  passage,  rapide,  comme  on  sait,  du  sublime  au 
ridicule,  lorsque  nous  Usons  à  la  ligne  suivante  qu'il  préfère  tout  de  même  la  vue 
qu'on  a  chez  nous  de  l'Ekeberg.  Mais  pour  celui  qui  s'est  familiarisé  avec  l'ex- 
pression de  ses  sentiments  en  tant  d'endroits  de  ses  lettres,  il  n'y  a  pas  là  diminution 
de  son  enthousiasme.  Que  l'on  songe  combien  souvent  il  souffre  de  la  nostalgie, 
et  que  parfois  il  désire  franchement  voir  son  voyage  bientôt  terminé,  et  pouvoir  de 
nouveau  travailler  dans  des  conditions  tranquilles  et  familières.* 


*  En  s'occupant  à  retrouver,  si  possible,  des  lettres  (I'Abel  jusqu'ici  inconnues,  le  professeur 
Sylow  a  trouvé,  avec  l'aide  du  major  général  Keilhau,  une  piste  qui  a  été  suivie.  Et  grâce  au 
concours  obligeant  du  ministre  Wexelsen,  il  en  est  résulté  l'envoi  aux  rédacteurs  du  présent 
mémorial,  non  de  quelque  chose  d'AsEL  lui-même,  mais  d'une  petite  collection  intéressante 
de  lettres  de  Keilhau.  Elle  est  malheureusement  parvenue  trop  tard  pour  pouvoir  être 
utilisée  dans  le  texte  de  ce  récit  biographique,  mais  je  vais  tâcher,  pendant  le  travail 
d'impression,  d'y  prendre  en  hâte  quelques  faits. 

J'ai  tout  de  suite  été  frappé,  en  lisant  la  première  de  ces  lettres,  que  j'ouvris  au  hasard, 
de  rencontrer  la  description  de  la  première  vue  sur  l'Adriatique,  dans  la  descente  vers  Trieste, 
où  Keilhau,  lui  aussi,  nomme  l'Ekeberg,  non,  il  est  vrai,  à  cause  des  souvenirs  du  pays, 
mais  pour  comparer  de  combien  les  hauteurs  dominent.  Il  est  clair  qu'ils  ont  parlé  de 
l'Ekeberg.  Quelques  lignes  plus  loin.  Keilhau  raconte  une  petite  histoire  arrivée  à  Trieste  : 
„Nous  dûmes  attendre  quelques  jours  le  départ  du  bateau  à  vapeur  pour  Venise.  Notre 
argent  était  épuisé,  et  Boeck,  dont  c'était  le  tour  d'aller  toucher  chez  le  banquier,  était 
arrivé  trop  tard  à  la  caisse  un  samedi  après  midi,  en  sorte  que  le  dimanche  dut  se  passer 
sans  que  nous  ayons  rien  pour  les  dépenses  courantes.  Comme  nous  ne  voulions 
pas  emprunter  à  Rostair,  ni  faire  d'autres  histoires  pour  le  dîner  qui  était  toujours  payé  tout 
de  suite  à  la  carte,  nous  nous  arrangeâmes  ainsi:  Maller  et  Abel  prendraient  le  peu  d'argent 
qui  restait  pour  leur  potage  et  iin  maigre  repas,  et  Boeck  et  moi  nous  consacrerions  la 
journée  à  une  grande  excursion.  Au  déjeilner  nous  fourrâmes  un  peu  de  pain  dans  nos 
poches,  et  partimes  pour  notre  promenade,  qui  devait  être  minéralogique,  géognostique,  botani- 
que, magnétique,    arcliéologique."     (Lettre  datée  de  „Botzen  dans  le  Tyrol,  le  26  juin  1826.") 


56  ELLING   HOLST  :     INTRODUCTION    HISTORIQUE 

Dans  ces  lettres,  où  il  est  si  peu  question  de  sa  spécialité,  l'occasion  est  bonne 
pour  jeter  un  coup  d'œil  sur  d'autres  aspects  de  sa  personnalité,  notamment  sur  ses 
impressions  esthétiques  et  ses  goûts  extérieurs. 

Une  chose  frappe  immédiatement,  lorsque  l'on  veut  essayer  de  tracer  les  limites 
de  ce  qu'embrassait  son  esprit,  c'est  un  défaut  caractéristique,  on  serait  presque 
tenté  de  dire,  une  lacune  essentielle.  Ni  à  Berlin,  Dresde,  Vienne,  ni  dans 
l'Italie  septentrionale,  pas  davantage  plus  tard  à  Paris,  on  ne  voit  que  les 
trésors  incomparables  d'art  plastique  qui  y  sont  réunis  aient  laissé  la  moindre 
trace  d'impression  dans  ses  lettres.  Son  sens  artistique  à  cet  égard  n'avait 
reçu,  il  est  vrai,  aucun  aliment  dans  son  pays.  Et  il  en  a  été  de  lui  comme 
de  tant  d'autres  grands  génies,  dont  le  grandeur  et  la  puissance  féconde  s'alliaient 
à,  ou  même,  au  fond,  s'expliquaient  par  un  exclusivisme  qui  laisse  relativement 
stériles  les  autres  branches  de  connaissances.  Lorsque,  dans  les  temps  modernes, 
l'art  et  la  science  ont  fait  éclater  tous  les  vieux  cadres,  et  que  la  multiplicité 
des  formes  do  la  vie  est  devenue  trop  grande,  le  temps  des  encyclopédistes 
a  été  fini.  Celui  qui,  depuis  lors,  a  eu  la  faculté  de  s'étendre,  et  le  besoin  de 
se  conformer  à  la  vieille  formule  „nil  humani",  n'a  pu  en  même  temps  se 
concentrer  pour  la  création  dans  aucune  branche  particulière,  et  inversement,  qui- 
conque a  eu  en  lui  la  force  d'être  un  initiateur  pour  tous  les  temps,  ce  n'a  été  — 
soit  par  une  disposition  naturelle  primitive,  soit  par  une  pure  renonciation  —  que 
grâce  à  l'abandon  de  tout  le  reste. 

Abel  regarde  surtout  avec  un  intérêt  historique  les  palais  délabrés  de  Venise  et 
le  vénérable  amphithéâtre  de  Vérone,  et  il  n'oubhe  pas  de  noter  la  maison  de  Tite- 
Live*  à  Padoue,  et  c'est  la  seule  impression  profonde,  digne  d'être  citée,  que  cette 


*  Elle  est  également  citée  dans  les  lettres  de  voyage  de  Keilhau,  mais  à  cause  des  peintures 
et  des  objets  d'art  antiques  que  l'on  en  a  tirés.  Tandis  que  les  lettres  d'AsEt  sont  dénuées 
d'impressions  d'art  de  cette  sorte,  on  voit  que  Keilhau  a  profité  avec  une  vive  ardeur  des 
occasions  qu'il  a  eues  d'acquérir  des  connaissances  de  ce  genre,  et  notamment  dans  sa  lettre 
de  Vienne,  il  rend  compte  avec  grand  soin  d'une  série  d'études  spéciales,  par  lesquelles  il  a 
appris  les  particularités  des  diverses  écoles  de  peinture  du  temps  de  la  Renaissance,  s'est 
absorbé  dans  Albert  Durer,  etc.  Abel  admirait  Keilhau,  et  cela  principalement  à  cause  de 
ses  goûts  universels.  Cf.  sa  lettre  à  Hansteen  (lettre  X.):  „De  ma  part,  vous  ne  devez  natu- 
rellement pas  attendre  d'intéressantes  notes  de  voyage  accompagnées  de  descriptions  esthétiques. 
Je  dois  laisser  cela  à  mes  compagnons  de  voyage  mieux  doués,  spécialement  à  Keilhau." 
Abel,  par  cette  déclaration,  confirme  lui-même  certaines  des  considérations  que  j'ai  présentées 
plus  haut  dans  le  texte. 


CONCEPTIONS    ESTÉTIQUE8    d'aBEL  57 


ville  fasse  sur  lui,  „une  ville  affreusement  laide,  la  plus  laide  que  j'aie  vue",  et 
pourtant  il  a  vu  «plusieurs  églises,  etc.",  donc,  de  grands  et  nobles  chefs  d'oeuvre 
d'architecture.  Si  l'on  compare  ceci  avec  l'impression  qu'il  a  gardée  dans  sa 
description  de  la  fantastique  place  St.  Marc  à  Venise,  on  serait  tenté  de  croire 
qu'il  avait  besoin  d'être  spécialement  incité  par  quelque  chose  d'exceptionnel  pour 
que  le  grandeur  de  l'art  le  frappât.  Mais  il  semble  que  ce  soit  la  somptuosité  des 
constructions  et  la  vie  populaire  qui  le  séduisent,  et  la  vue  qu'on  a  du  sommet  du 
campanile  sur  la  ville  féerique  au  milieu  de  la  mer  avec  la  terre  ferme  au  loin,  à 
l'horizon,  est  et  reste  l'impression  dernière. 

Si  nous  nous  arrêtons  à  cette  impression  de  la  place  St.  Marc,  spectacle 
ravissant  de  couleur  et  de  vie  animée,  cela  nous  rapproche  de  la  seule  forme  d'art,  à  ce 
qu'il  semble,  qui  ait  eu  le  pouvoir  d'occuper  Abel,  l'art  scénique,  le  théâtre.  Mais  par 
contre  cette  forme  d'art  est  peu  à  peu  devenue  pour  lui  comme  un  plaisir  nécessaire. 
Ses  lettres  en  portent  constamment  témoignage.  Il  s'en  repaît.  Ses  lettres  ne  nous 
apprennent  guère  si  son  goût  est  délicat.  Peut-être  oui,  peut-être  non.  Dans  la  lettre  de 
Vienne,  on  voit  que  les  spectacles  les  moins  raffinés,  les  vrais  spectacles  burlesques  de 
banlieue,  ce  qui  amuse  sans  arrière-pensée,  avec  des  types  populaires  comiques,  non- 
seulement  ont  été  pour  lui  une  joie,  mais  ce  sont  ceux-là  dont  il  parle  en  premier, 
avec  la  pleine  intelligence  immédiate  des  caractéristiques  populaires,  et  qu'il  décrit  d'une 
manière  plus  pénétrante  que  toute  autre  chose.  Nous  savons  cependant,  par  la 
même  lettre  et  par  d'autres,  que  le  grand  théâtre  et  les  acteurs  célèbres  le  captivent 
aussi.  Des  phrases  comme  :  „Un  théâtre  hors  ligne  est  tout  de  même  un  plaisir  tout 
à  fait  exquis"  (lettre  XI),  ou,  peu  après,  avec  le  sentiment  d'un  bénéfice  purement 
pratique:  „Je  peux  dire  que  ce  que  je  sais  d'allemand,  je  l'ai  appris  aux 
théâtres  de  Berlin"  et  bien  d'autres  encore,  témoignent  non  seulement  du  plaisir 
qu'il  avait  à  y  aller,  mais  aussi  de  l'ardeur  avec  laquelle  il  saisissait  toutes  les 
occasions.  Et  les  descriptions  où  il  donne  son  impression  du  caractère  des  diverses 
nationalités  sont  liées  aussi  à  sa  fréquentation  des  théâtres.  Voyez,  par  exemple, 
ce  qu'il  raconte  du  public  à  Prague,  et  des  affiches  de  réclame,  qu'il  ne  connaissait 
pas  encore,  à  l'entrée  du  théâtre  à  Trieste. 

Abel  n'était  pas  musicien.  Il  n'avait  pas  pris  part  à  l'enseignement  du  chant  à 
l'école.  Une  anecdote  caractéristique  nous  est  parvenue  du  temps  où  il  était  étudiant. 
Un  ami  très  musicien  jouait  du  piano  pour  un  cercle  de  camarades.  Abel  suivit 
le  jeu  avec  une  attention  plus  vive  que  d'habitude.      Lorsque  le  morceau  fut  fini, 

INTRODUCTION    —    8 


58  ELLING   HOLST:     INTRODUCTION   HISTORIQUE 

l'exécutant  éprouva  cette  déception  d'apprendre  qu'ABEL  avait  été  absorbé  par  ce 
problème  mathématique  de  combinaisons:  „trouver  une  relation  entre  les  nombres 
de  fois  que  chaque  touche  est  frappée  par  chaque  doigt  du  joueur."  Et  à  propos 
des  „assemblées  mathématiques  et  musicales"  chez  Grelle,  il  convient  très  simple- 
ment qu'une  moitié  seulement  du  divertissement  l'a  intéressé.  Si  cependant  une 
tradition  s'est  conservée,  qui  le  représente  comme  chanteur  de  chansons  dans  les 
réunions  de  camarades,  on  peut  affirmer  assez  sûrement  que  ce  n'est  pas  la  partie 
musicale  qui  était  son  fort.  C'était  la  gaieté  des  paroles,  et  aussi,  certainement, 
les  effets  comiques  outrés  qu'il  savait  tirer  de  la  mélodie,  et  dont  certes  personne 
ne  s'amusait  mieux  que  lui-même. 

En  somme,  vis  à  vis  de  l'art  et  des  jouissances  d'art,  il  en  est  à  la  spontanéité 
toute  fruste.  Il  a  été  à  cet  égard,  comme  à  l'égard  de  tant  d'autres  choses  dans 
la  vie,  un  grand  enfant  aimable.  La  culture  littéraire  développée  peut  lui  avoir 
fait  défaut;  mais  ce  qui  pouvait  être  saisi  et  compris  sans  étude  approfondie  avait 
pour  lui  un  vif  attrait  et  lui  faisait  plaisir.  — 

Voilà  ce  que  l'on  peut  conclure  de  ses  lettres  et  de  tout  ce  qu'on  sait  au  sujet 
de  ses  conceptions  esthétiques.  Beaucoup  plus  rares  sont  les  expressions  par  les- 
quelles on  peut  se  représenter  jusqu'à  quel  point  il  s'était  formé  quelque  conception 
philosophique.  Il  ne  faut  sans  doute  guère  s'attacher  à  la  remarque  qu'il  fait  en 
passant  au  sujet  des  cérémonies  catholiques  à  Vienne.  L'expression  „ron  y  fait  du 
catholicisme  à  force  sans  désemparer"  ne  témoigne  pas  d'un  respect  excessif.  Mais 
dans  la  phrase  suivante:  „Le  service  divin  a  vraiment  beaucoup  de  grandeur, 
et  il  n'y  a  pas  à  s'étonner  que  la  foule  l'aime",  il  y  a  par  contre  un  senti- 
ment vif,  bien  que,  peut-être,  ce  soit  encore  le  spectacle  qui  l'a  séduit.  Il  peut 
y  avoit  Heu  de  s'attarder  davantage  à  l'exclamation  caractéristique  dans  une  des 
lettres  de  Paris  (lettre  XVIII).  Il  parle  du  cléricalisme  et  de  la  bigoterie  de  Cauchy, 
et  il  ajoute:  „Chose  bien  étrange  pour  un  mathématicien".  Et  quelques  pages 
plus  loin,  lorsqu'il  décrit  l'enterrement  de  l'acteur  Talma,  qui  alla  directement  au 
cimetière,  sans  cérémonie  préalable  à  l'église,  il  dit:  ...  „en  qualité  d'acteur  il  est 
exclu  de  la  communion  des  fidèles.  Ridicule  mais  indifférent."  On  sera  probable- 
ment le  plus  près  de  la  vérité  en  le  considérant  surtout  comme  indifférent,  de  même, 
cela  est  bien  certain,  que  la  grande  majorité  des  hommes  de  son  âge,  ce  qui  était 
un  effet  naturel  de  l'idée  qu'on  se  faisait  de  la  religion  à  cette  époque  d'intellec- 
tuahsme  un  peu  sec.     Mais  les  deux  exclamations,  moitié  étonnées,  moitié  indignées, 


CARACTÉEE   d'ABEL  59 


indiquent  en  même  temps  qu'il  était  du  moins  pleinement  conscient  de  sa  manière 
de  voir,  et  qu'il  s'y  reposait  complètement. 

Il  n'est  certes  pas  sentimental.  Ses  accès  de  sensibilité  sont  toujours  naturels, 
ils  concernent  sa  famille,  ses  amis,  le  mal  du  pays  et  l'entourage  familier.  Il 
portent  tous  la  marque  de  la  spontanéité,  on  y  sent  plutôt  une  chaleur  intérieure 
que  de  la  passion,  et  jamais  la  moindre  enflure.  A  cet  égard,  cela  fait  du  bien 
de  lire  ses  lettres.  Si  on  les  compare  avec  les  effusions  sentimentales  ou  violentes 
communes  à  cette  époque,  elles  ont  un  remarquable  cachet  moderne.  Mais  en 
outre  il  a  une  petite  pointe  gaie,  qui  lui  est  personnelle,  et  qui  tient  évidemment 
au  rôle  qui  était  le  sien,  lorsqu'il  était  dans  une  réunion  de  joyeux  camarades. 
C'est  un  jargon  comique,  qui,  avec  ses  rapprochements  de  mots  bizarres,  produit 
son  effet  encore  aujourd'hui. 

Je  ne  ferai  pas  de  citations.  De  courtes  phrases  isolées  perdraient  à  être 
séparées  de  l'ensemble.  Et  il  est  tout  aussi  inutile  d'indiquer  des  exemples.  On 
les  trouvera  épars  dans  toutes  les  lettres  écrites  à  ceux  qu'il  a  pu  compter  comme 
des  camarades.  Il  est  intéressant,  à  cet  égard,  de  voir  la  différence  qu'il  fait  entre 
Holmboe  et  Hansteen.  Dans  les  lettres  à  Holmboe,  il  cause  à  la  bonne  franquette. 
Il  lui  confie  ses  spéculations  mathématiques  les  plus  sérieuses,  puis,  brusquement, 
il  se  laisse  aller  à  ses  accès  de  gaieté,  ou  se  plaint  de  sa  détresse,  lorsqu'il  sent  le 
poids  de  la  solitude  ou  des  difficultés  financières.  Les  lettres  à  Hansteen  sont 
écrites  avec  la  distance  respectueuse  que  comportaient  leurs  relations,  et  avec  un 
tact  naturel  délicat.  Et  dans  les  lettres  à  Madame  Hansteen,  de  même  que  dans 
la  lettre  à  sa  sœur,  il  donne  avec  chaleur  libre  cours  à  d'autres  sentiments  —  la 
pensée  de  sa  mère  et  de  ses  frères,  sa  reconnaissance  envers  Madame  Hansteen  et 
sa  tendresse  pour  sa  sœur,  ce  qui,  avec  bien  d'autres  impressions,  fait  de  ses 
lettres  un  ensemble  à  la  fois  si  divers  et  si  sympathique.  Mais  nous  ven-ons 
bientôt  se  changer  cette  claire  image  d'ABEL,  qui  sera  remplacée  par  une  autre 
plus  sombre  et  plus  triste,  également  reflétée  dans  les  lettres  que  nous  avons, 
précédant  immédiatement  son  retour  au  pays,  mais  surtout  dans  celles  qui  suivirent 
ce  retour,  lorsque  les  temps  difficiles  eurent  vraiment  commencé  à  se  faire  sentir. 

Revenons  en  arrière  et  reprenons  la  suite  du  récit.  Abel,  nous  l'avons  vu,  com- 
muniqua immédiatement  à  Hansteen  et  un  peu  plus  tard  à  Holmboe  ses  impres- 
sions de  voyage  et  ses  projets  de  voyage  ultérieurs.  Ceux-ci  accueillirent  l'annonce 
de  ce  nouvel  emploi  de  son  temps  de  manière  assez  différente.     Holmboe  le  félicita 


60  ELLING   HOLST:     INTRODUCTION    HISTORIQUE 


de  tout  ce  qu'il  allait  voir,  tandis  que  Hansteen  visiblement  le  gronda.  Il  n'y  a  pas 
de  doute  que  les  deux  buts  du  voyage,  Paris  et  Gôttingen,  paraissent  à  Hansteen 
un  peu  mis  de  côté  jusque  là,  et  que  du  moins  le  voyage  dans  le  sud  lui  parait  trop 
en  contradiction  avec  le  plan  officiel  préalable.  Abel  défend  la  décision  intervenue, 
et,  moitié  repentant,  moitié  plaisantant,  à  sa  manière  juvénile  et  toute  simple,  il  mêle 
tour  à  tour  les  mathématiques  et  son  plaisir  de  regarder  autour  de  lui  et  de  rester 
avec  ses  amis  aussi  longtemps  que  possible.  Mais  au  bout  de  quelque  temps 
les  incommodités  du  voyage  le  fatiguèrent  parfois,  et  les  dépenses  le  remplirent 
d'épouvante. 

Leur  société  ne  voyagea  pas  précisément  en  groupe  compact.  De  temps  en  temps, 
on  se  sépare.  Keilhau  et  Boeck  se  mettent  ensemble  pour  une  rapide  excursion  à 
pied,  réveillant  les  vieux  souvenirs  de  semblables  promenades  en  Norvège  et  Abel 
se  joint  parfois  à  eux.  Puis  ils  se  retrouvent  tous,  quelquefois  sans  s'y  attendre 
quelquefois  en  temps  et  lieu  indiqués  d'avance.  On  peut  suivre  très  exactement  tout 
leur  itinéraire  de  Vienne  à  Botzen  (Bolzano)  dans  la  quatrième  lettre  d'ABEL,  la 
lettre  à  Holmboe  datée  de  Botzen  dans  le  Tyrol  (lettre  XIII).  A  Botzen,  comme 
plusieurs  fois  déjà,  on  fit  un  séjour  assez  long,  alors  uniquement,  il  est  vrai,  pour 
en  faire  un  centre  d'excursions  alpestres  dans  les  vallées  pittoresques  du  Tyrol. 
Grâce  à  une  découverte  fortuite,  que  fit  le  prof.  W.  C.  Brogger  en  1894,  on  peut 
suppléer  sur  un  point  aux  indications  d'AsEL.*  Brogger  arriva  à  Predazzo,  lieu 
intéressant  au  point  de  vue  géologique,  qui  est  situé  en  haut  de  la  vallée  de 
Fassa,  dans  le  voisinage  de  Botzen,  tout  à  fait  en  dehors  des  routes  de  voyageurs, 
mais  qui  a  été  depuis  1820  un  lieu  de  pèlerinage  pour  les  géologues  avides  de 
s'instruire,  à  cause  des  remarquables  formations  éruptives  de  cet  endroit.  Abel 
raconte  lui-même  (lettre  XIII)  que  ses  amis  devaient  faire  une  excursion,  mais  il  ne 
nomme  pas  ceux  qui  devaient  y  prendre  part,  il  dit  seulement:  „nous".  Brogger 
peut  en  dire  davantage.  Il  n'y  avait  alors  que  des  chemins  de  mulets  et  des 
sentes  de  montagnes.  Aujourd'hui,  comme  le  lieu  est  un  point  géologique  de 
premier  ordre,  le  gouvernement  autrichien  a  fait  établir  une  chaussée  en  zigzag 
sur  la  crête  de  la  vallée.  Il  parait  que  Keilhau,  six  ans  seulement  après  sa  décou- 
verte, était  parfaitement  au  courant  de  la  célébrité  que  l'endroit  devait  acquérir,  et 


Dr.  W.  C.  Brogger:    „Die  Eruptivgesteine  des  Kristianiagebietes  II",   Chra.  Vid.-Selsk.  Skr., 
1895,  pag.  1-2. 


SUITE   DU   VOYAGE,    PREDAZZO,    BOTZEN,    PARIS  61 

qu'ABEL  et  Boeck  l'accompagnaient  dans  cette  excursion.  Brogger  a  trouvé  leurs 
noms  dans  le  vieux  livre  des  étrangers,  fort  intéressant.  Ils  sont  d'abord  désignés 
par  une  main  étrangère  (celle  de  l'hôte?)  comme:  „2Ves  [sic!]  etudianti  da  Nor- 
vegia".  Mais  ensuite,  avec  une  autre  écriture  (celle  de  l'un  d'eux,  il  serait  intéres- 
sant de  vérifier  lequel): 

„Keilhau,  prof  essore  di  mineralogia 
Boeck,  prof  essore  di  Varie  veterinaria 
Âbél,  prof  essore  délia  geometria." 

Ils  ont  monté  en  grade.  Dans  cette  facétie  des  trois  titres  de  professeur,  ce 
qui  était  évidemment  une  réponse  à  etudianti,  qui  précède,  nous  ne  pouvons  nous 
empêcher  en  même  temps  de  lire  les  voeux  amicaux  qu'ils  formaient  les  uns  pour 
les  autres,  et  qui  furent  aisément  et  tôt  remplis  en  ce  qui  concerne  Keilhau,  après 
quelque  temps  d'attente  aussi  pour  Boeck,  tandis  qu'AsEL,  le  génie  parmi  eux,  eut 
le  sort  contre  lui.  Il  mourut  au  moment  même  oii  il  allait  être  chargé  d'une 
grande  chaire. 

A  Botzen,  il  arriva  ce  qui  s'est  produit  en  plusieurs  endroits  pendant  son  voyage, 
tel  que  nous  le  trouvons  raconté  dans  ses  lettres.  Si  on  lit  une  lettre  isolée,  on  a 
un  plan  de  voyage  bien  établi;  mais  dans  la  lettre  suivante,  ça  ne  va  plus.  Le 
plan  a  été  modifié  dans  l'intervalle.  Destinations  nouvelles.  Nouveaux  compagnons, 
ou  séparation  en  groupes.  Ainsi  son  intention  primitive  était  d'aller  de  Vérone  à 
Turin,  pour  y  visiter  le  mathématicien  Plana.  Mais  ce  ne  fut  qu'un  pieux  désir, 
soit  que  ses  amis  exclusivement  naturalistes  aient  rejeté  sa  proposition,  ou  que  ses 
ressources  pour  le  voyage,  ou  le  défaut  de  conjpagnie  dans  ce  pays  dont  il  ignorait 
si  complètement  la  langue,  l'aient  effrayé. 

A  Botzen,  le  programme  est  le  suivant:  excursions  de  montagnes,  puis  voyage 
à  grandes  journées,  droit  sur  Paris,  avec  Meller.  Dans  la  lettre  suivante  (à  Keilhau, 
lettre  XIV),  Abel  est  en  effet  parti  avec  l'un  des  camarades;  mais  il  paraît,  d'après 
la  lettre  adressée  de  Paris  à  Hansteen  (lettre  XVI)  que  ce  n'a  pas  été  Moller:  „A 
Botzen  j'ai  quitté  Moller,  Boeck  et  Keilhau;"  il  est  donc  vraisemblable  que  ce  fut 
Tank.*     Mais,  en  route  pour  Schaffhausen,  où  Abel  avait  promis  d'emporter  une 


*  L'assertion  (I'Abel,  d'après  la  lettre  à  Hansteen,  peut  paraître  contradictoire  avec  les  termes 
exprès  de  Keilhau  dans  sa  lettre  de  Botzen  déjà  citée,  où  il  dit:  „Tank,  Abel  et  Meller  nous 
ont  maintenant  quittés,  ils  sont  partis  hier  pour  Innsbrtick  pour  se  hâter  d'aller  à  Paris,  au 
moins  2  d'entre  eux.  A,  et  M."     Le  désaccord  n'est  cependant  qu'apparent.     On  arrive  à  eon- 


ELLING    HOLST:     INTRODUCTION   HISTORIQUE 


malle  pour  Keilhau,  un  désir  s'empara  des  deux  amis,  de  voir  une  dernière  fois  les 
Alpes,  et  ils  décrivirent  un  nouveau  petit  cercle  par  Zurich,  le  lac  des  quatre  can- 
tons et  le  Rigi,  laissant  à  Zurich  la  malle  de  Keilhau,  afin  de  précipiter  de  nouveau 
leur  voyage  en  allant  directement  à  Bâle.  Ceci  est  l'occasion  du  gai  billet  à 
Keilhau,  daté  du  5  juillet.  Ensuite  ce  fut  rapide.  Le  10  juillet  Abel  est  à  Paris, 
après  avoir  passé  en  voiture  trois  jours  et  demi  depuis  Bâle. 

Avec  Paris  commence  pour  Abel  une  existence  entièrement  nouvelle,  aussi 
différente  du  bonheur  laborieux  de  son  séjour  à  Berlin  que  de  l'insouciante  gaieté 
de  son  voyage.  Il  était  arrivé  au  but  véritable  de  son  voyage,  certainement  plein 
d'émotion  à  la  pensée  de  tout  ce  qui  allait  se  manifester  de  grand  et  d'inconnu,  et 
non  sans  inquiétude,  car  il  était  pour  la  première  fois  seul,  lui  que  cela  mettait 
toujours  dans  de  sombres  humeurs.  Il  s'aperçut  bientôt,  d'ailleurs,  que  les  choses 
se  passaient  ici  autrement  qu'en  Allemagne. 

Il  y  avait  alors  un  contraste  encore  plus  grand  qu'aujourd'hui,  s'il  est  possible, 
entre  les  manières  d'être  en  France  et  en  Allemagne.  L'empire  allemand,  découpé 
en  innombrables  petits  états,  avait  autant  de  centres  intellectuels,  grands  ou  petits, 
parmi  lesquels  plusieurs  des  moindres  pouvaient  se  vanter  de  noms  tout  aussi 
grands  et  célèbres  que  les  plus  importants.  Il  est  vrai  qu'ABEL  avait  passé  son 
temps  à  Berlin,  l'un  des  grands  centres;  mais  même  là,  les  relations  étaient  alors 
assez  généralement  simples,  les  grands  personnages  facilement  abordables,  et  le  saut 
n'était  pas  aussi  formidable  pour  quelqu'un  venant  de  notre  petit  pays.  En  France, 
c'était  tout  le  contraire.  Autant  l'Allemagne  était  fortement  décentralisée,  autant  ici 
la  centralisation  était  complète.  Tout  était  concentré  à  Paris,  de  même  que  dans  le 
monde  savant  de  Paris,  tout  était  concentré  dans  l'Académie  des  sciences,  et  il  y 
avait  enfin  dans  l'Académie  des  sommités  dirigeantes,  dominant  tous  les  autres  de 
haut;  revêtues  du  pouvoir  absolu  de  prononcer  des  jugements  sans  appel,  sorte  de 
fonction  discrétionnaire   dans  le   domaine   intellectuel.     L'éclat  et  la  crainte  respec- 


cilier  les  deux  renseignements,  si  l'on  réfléchit  que  Moller  n'a  fait  qu'une  partie  de  la  route, 
et  par  conséquent  a  changé  d'idée.  Abel  écrit  expressément  à  Hansteen,  dans  la  même  lettre 
(il  est  vrai  que  ce  n'est  pas  à  propos  de  cela),  que  «MoUer  va  rentrer  au  plus  vite  dans  le 
pays,  il  est  fatigué  de  voyager".  Si  on  lit  cette  lettre  attentivement,  ceci  fait  manifestement 
allusion  à  une  communication  écrite  de  Moller,  resté  en  arrière.  Il  dit  en  effet  au  même  endroit 
qu'il  attend  Keilhau  bientôt,  et  il  dit  d'autre  part  expressément  qu'il  n'a  rien  reçu  de  Boeck 
ni  de  Keilhau.    L'information  lui  vient  donc  d'une  lettre  de  MoUer. 


IMPRESSIONS    D'ABEL    A   PARIS  63 

tueuse  dont  ces  représentants  les  plus  célèbres  de  la  science  française  étaient 
entourés,  rendaient  difficile  l'accès  même  des  plus  simples  et  des  plus  bienveillants 
d'entre  eux,  sans  compter  que  leur  temps  était  toujours  précieux  et  que  par  suite  ils 
n'aimaient  guère  les  visites  de  présentation.  Et  si  à  cela  s'ajoutait,  comme  c'était 
le  cas  de  Gauchy,  le  premier  mathématicien  de  France,  une  élégante  froideur  per- 
sonnelle, qui  tenait  en  partie  à  son  catholicisme  rigoureux,  voisin  de  la  bigotterie,  en 
partie  à  son  intimité  avec  la  cour  —  il  était  un  partisan  fanatique  de  la  légitimité  — , 
l'ensemble  pouvait  prendre  l'apparence  de  l'orgueil  le   plus  raide,   le  plus  rebutant. 

11  était  d'ailleurs  aussi  impopulaire  que  la  légitimité  même  et  ses  ministres  les 
plus  détestés. 

Il  y  avait  un  second  trait  de  caractère  particulier  à  la  science  française  de  cette 
époque,  trait  qui  s'est  longtemps  conservé,  mais  s'est  considérablement  modifié  dans 
les  temps  récents.  C'était  d'être  exclusivement  française,  conséquence  de  la  force 
propre  et  de  la  puissance  créatrice  de  la  société  française,  qui  lui  avaient  permis  de 
se  suffire  à  elle-même  dans  toutes  les  branches  de  l'esprit,  mais  qui  avaient  en 
même  temps  écarté  son  attention  de  tout  ce  qui  se  faisait  d'original  en  dehors 
d'elle.  Ce  trait  frappe  Abel,  et  il  en  souffre.  Il  se  plaint  dans  la  lettre  à  Holmboe 
du  24  octobre  (lettre  XVIII)  de  ce  que  „la  seule  chose  que  le  Français  recherche 
chez  des  étrangers  est  le  coté  pratique;  personne  ne  sait  penser*  en-dehors  de 
lui.  Il  est  le  seul  qui  sache  produire  quelque  chose  de  théorique.  Telles  sont  ses 
idées,  et  dès  lors,  tu  peux  comprendre  qu'il  est  difficile  d'attirer  l'attention,  surtout 
pour  un  débutant."  Et  puis,  il  sent  évidemment  la  différence  entre  la  politesse 
française  et  la  cordialité  qu'il  a  trouvée  en  Allemagne.  On  se  souvient  malgré  soi, 
à  cause  du  contraste,  des  mots  dont  il  s'est  servi  en  parlant  de  Crelle,  lorsqu'ils 
étaient  déjà  liés  :  „Tu  ne  peux  pas  t'imaginer  l'homme  excellent  qu'il  est,  justement 
ce  qu'il  me  faut,  prévenant  sans  être  cuirassé  de  cette  effroyable  politesse  dont  se 
couvrent  bien  des  gens  d'ailleurs  fort  honnêtes."     D'après   sa  lettre  à  Hansteen  du 

12  août  (lettre  XVI)  il  a  fait  les  premières  connaissances  et  reçu  de  l'obligeance 
française  une  très  bonne  impression.  Mais  il  y  dit  déjà  qu'il  est  difficile  „de  faire 
sérieusement  connaissance  avec  les  gens.  Ce  n'est  pas  comme  en  Allemagne."  Et 
dans  la  lettre  à  Holmboe,  nous  voyons  qu'au  bout  de  trois  mois  il  n'a  gagné 
aucun  terrain.     Le  ton  est  plutôt  assez  abattu,   pour  ne  pas  dire  amer.     Il   dit,  en 

*  Souligné  ici. 


64  ELLING   HOLST:     INTRODUCTION    HISTORIQUE 

annonçant  qu'Hachette  le  présentera  dans  quelques  jours  à  plusieurs  sommités  de 
l'Académie:  „D'ailleurs  je  n'aime  pas  autant  le  Français  que  l'Allemand:  le 
Français  est  extrêmement  réservé  à  l'égard  des  étrangers.  Il  est  très  difficile 
d'arriver  à  des  relations  intimes  avec  lui.  Et  je  n'ose  espérer  y  parvenir.  Gfiacun 
travaille  à  part  sans  s'occuper  des  autres. 

Abel  s'est  donc  trouvé  passablement  isolé  après  son  arrivée.  Pendant  assez 
longtemps  le  peintre  Gorbitz  fut  sa  seule  société  norvégienne.  Il  lui  avait  rendu 
visite,  selon  le  conseil  de  Hansteen,  aussitôt  qu'il  fut  à  Paris.  Gorbitz,  dont 
l'aquarelle  fine  et  d'un  sentiment  délicat  a  conservé  les  traits  d'ABEL  d'une  manière 
qui  témoigne  de  la  sympathie  que  lui  inspira  son  nouvel  compatriote  et  ami,  fut 
aussi  celui  qui  lui  rendit  les  premiers  services  nécessaires.  Il  lui  procura  le  loge- 
ment et  le  couvert  dans  une  famille  d'ailleurs  assez  médiocre,*  d'après  la  descrip- 
tion mordante  d'ABEL  dans  une  des  dernières  lettres  (lettre  XVÏII),  et  qui  cependant 
parait  l'avoir  traité  avec  beaucoup  de  cordialité.  Le  mari,  qu'AfiEL  appelle  „un 
brigand  autodidacte  en  mathématiques,"  se  chargea  même  de  le  présenter  au 
vieux  Legendre,  et  Abel  accepta  son  offre,  bien  que  son  hôte,  d'après  tout  ce  que 
nous  pouvons  voir,  ne  fût  pas  une  référence  heureuse  et  qui  inspirât  confiance. 
Peut-être  Abel  a-t-il  perdu  quelque."  chose,  sur  le  sol  français,  de  cette  „part 
d'effronterie  nécessaire  pour  se  présenter,"  qu'il  se  vantait  dans  sa  lettre  de  Vienne 
d'avoir  acquise  peu  a  peu,  lorsqu'il  s'agit  „d'accoster  les  gens."  Mais  il  est 
aussi  possible  qu'il  n'ait  pu  éviter,  sans  blesser  cet  homme,  d'accepter  son  offre 
empressée. 

Dans  ces  conditions  déplaisantes  et  cette  solitude  qui  aurait  pu  le  déprimer, 
il  avait  toutefois  tellement  à  faire  pour  rattraper  le  temps  perdu  par  son  voyage 
prolongé,  et  pour  remplir  la  promesse  qu'il  avait  faite  à  Hansteen,  de  redoubler  de 
travail,  lorsqu'il  serait  arrivé,  que  pendant  longtemps  il  ne  s'accorda  pas  même  sa 
distraction  ordinaire,  le  théâtre. 

C'est  grand  dommage  que  tout  le  texte  ait  été  supprimé  dans  ce  qui  reste  des 
lettres  à  Grelle,  qui  nous  sont  parvenues.  On  aurait  pu  y  suivre  ses  projets  et  ses 
idées  pas  à  pas,  et  l'on  y  aurait  vu  certainement  aussi  qu'il  n'a  pas  été,  non  plus 
pendant  le  voyage,    sans   travailler  à  ses  mathématiques,   même  si   peut-être  il  n'a 


Le  mari   s'appelait  de   Cotte.      Abel    habitait  à  Paris  „Rue  Ste  Marguerite  no.  41,  Faubourg 
St.  Germain. 


LES    TRAVAUX    d'ABEL    A   PARIS  65 

pas  eu  le  temps  d'écrire,  encore  moins  de  rédiger,  quelque  chose  d'important.  Nous 
ne  pouvons  plus  tirer  de  conclusions  que  d'une  simple  phrase  dans  la  lettre  à 
Holmboe  datée  de  Vienne:  „alors  [quand  il  sera  arrivé  à  Paris]  j'achèverai  mes 
études  de  calcul  intégral,  théorie  des  fonctions  elliptiques  etc.,  que  j'ai  le 
sérieux  espoir  avec  l'aide  de  Crelle,  de  faire  imprimer  à  Berlin,  lorsque  j'y 
reviendrai."  Sans  indiquer  aucun  travail  particulier,  il  écrit  dans  la  lettre  à  Han- 
steen  du  12  août,  c'est  à  dire  au  bout  d'un  mois  de  séjour:  „J'ai  toute  une  série 
de  mémoires  prêts,  dont  les  uns  paraîtront  dans  lesdites  Annales  etc.  [Annales  de 
Gergonne],  d'autres  dans  le  „Journal  der  Mathematik"  de  Crelle,  d'autres  dans  les 
„Annalen  der  Wiener-Sternwarte"  de  Littrow,  et  enfin  quelques  uns  seront  présentés  à 
l'Institut.  —  Vous  pouvez  voir  que  je  fais  de  mon  mieux."  Et  cela,  lorsqu'il 
était  déjà  fort  avancé  dans  son  grand  „Mémoire"  avec  lequel  il  avait  l'inten- 
tion de  se  présenter  devant  l'Institut  de  France,  et  qu'il  a  cité  à  part,  tout  de  suite 
avant,  et  qui  évidemment,  au  milieu  de  tout  cela,*  est  son  travail  principal.  Et  il 
dit  à  Holmboe,  lorsque  son  célèbre  mémoire  de  Paris  —  nous  reviendrons  sur  sa 
remarquable  histoire  —  fut  achevé  et  prêt  à  être  présenté:  „J'ai  écrit  plusieurs 
autres  mémoires,  particulièrement  pour  le  Journal  de  Crelle,  dont  trois  numéros  ont 

paru.    Aussi  pour  les  Annales  de  Gergonne "      Mais  il  se  chargea  aussi  d'un 

autre  travail  encore,  d'un  genre  auquel  il  n'était  pas  habitué.  Le  Bulletin  du  baron 
de  Ferussac,  avait  déjà,  dans  la  bibliothèque  de  Crelle,  à  Berlin,  très  vivement  excité  sa 
curiosité  par  les  rapides  comptes-rendus  et  jugements  sur  les  ouvrages  et  les  mémoires 
mathématiques  nouvellement  parus,  et  il  en  avait  aussitôt  observé  l'utilité  pour 
pouvoir  se  tenir  au  courant;  il  ne  crut  pas  pouvoir  s'en  passer.  C'est  certainement 
par  un  effet  de  son  besoin  de  forcer  les  sommités  inabordables  de  l'académie  à 
faire  attention  à  ce  qu'il  a  déjà  produit  qu'il  prend  ce  détour  de  faire  des  comptes- 
rendus  dans  le  bulletin.**  Nous  savons  par  la  même  lettre  qu'il  avait  fait  la  con- 
naissance du  directeur,    Saigey.      Il  n'est  d'ailleurs  pas  invraisemblable  que  Crelle, 


*  Ou  bien  sommes-nous  peut-être  en  face  d'une  preuve  de  faiblesse  d'AsEL?  Pour  calmer 
Hansteen,  a-t-il  compté  comme  achevés  une  série  de  mémoires  qu'il  avait  seulement  dans  la 
tête  en  projet,  et  dont  plusieurs  n'ont  peut-être  jamais  été  écrits;  que  sont  devenus,  en  effet, 
tous  ces  mémoires  achevés,  avec  destinations  déterminées?  Dans  la  citation  suivante  de  la 
lettre  ù  Holmboe,  la  liste  en  est  considérablement  réduite. 

En  tout  cas,  il  n'obtint  pas  le  résultat  qu'il  avait  peut-être  en  vue.  Dans  la  lettre  de 
Legendre  à  Crelle,  que  celui-ci  cite  dans  la  lettre  XXXVII  à  Abel  (prise  dans  l'article 
nécrologique    de    Holmboe),    Legendre    parle    de    lui   et   de   Jacobi,  comme    de    „deux  jeunes 

INTRODUCTION    —    9 


66  ELLING    HOLST  :     INTRODUCTION   HISTORIQUE 

à  qui  le  bulletin  était  certainement  aussi  très  utile,  lui  ait  donné  cette  idée.  Abel 
a  rendu  compte  de  l'essentiel  de  sa  démonstration  relative  à  l'équation  du  cinquième 
degré  (insérée  dans  l'Ed.  Sylow-Lie,  vol.  I,  p.  87).  Crelle,  de  son  côté,  faisant  tout 
son  possible,  dans  la  lettre  à  Abel  qui  nous  reste  (lettre  XX),  pour  que  les  Français 
s'intéressent  à  son  journal,  l'a  visiblement  prié  aussi  d'en  rendre  compte  dans  le 
bulletin.  Quelques  mots  d'AsEL,  du  moins,  font  allusion  à  ce  fait  dans  la  lettre  à 
Holmboe,  aussitôt  après  la  mention  du  compte-rendu  de  son  propre  mémoire.  Il 
lui  est  pénible  d'avoir  à  donner  le  contenu  des  mémoires  des  autres.  „ C'est  un 
travail  diablement  ennuyeux,  quand  on  n'a  pas  soi-même  écrit  le  mémoire,  mais 
je  le  fais  à  cause  de  Crelle,  le  plus  brave  homme  que  l'on  puisse  imaginer."  Le 
compte-rendu  d'ABEL  n'est  pas  signé,  en  sorte  que,  sans  la  mention  qu'il  en  fait 
dans  cette  lettre,  on  n'aurait  pas  pu  en  soupçonner  l'existence.  Saigey  d'ailleurs  a 
lui-même  ajouté  une  note,  où  il  établit  la  comparaison  entre  les  démonstrations  de 
Ruffmi  et  d'ABEL,  également  insérée  dans  l'éd.  Sylow-Lie,  vol.  II,  p.  293.  La 
possibilité  n'est  nullement  exclue  que  bon  nombre  de  compte-rendus  soient  d'ABEL, 
cela  est  même  extrêmement  vraisemblable.  Dans  la  lettre  à  Holmboe  datée  de 
Berlin  (lettre  XXIV),  il  écrit:  „J'ai  tellement  à  faire  pour  le  Bulletin  de  Ferussac 
et  le  Journal  de  Crelle".  Depuis  le  commencement  du  Journal,  la  matière  de  chaque 
article  est  régulièrement  annoncée  dans  le  bulletin.  Ces  compte-rendus  sont  tantôt 
signés  „A.  C."  (c'est  à  dire  A.  Crelle),  tantôt  anonymes.  Parmi  ces  derniers  il 
doit  y  en  avoir  un  bon  nombre  d'ABEL.  On  peut  supposer  13  à  14  articles  de 
longueurs  diverses,  depuis  quelques  lignes  jusqu'à  trois  grandes  pages  in-octavo. 

Il  est  possible  qu'il  ait  fait  d'assez  bonne  heure  la  connaissance  de  Saigey,  bien 
que  le  nom  de  celui-ci  n'apparaisse  pas  avant  la  lettre  à  Holmboe.  Cette  hypothèse 
pourrait  expliquer  une  phrase,  un  peu  mystérieuse  autrement,  dans  la  lettre  à  Han- 
steen  :  „ J'ai  été  chez  le  Baron  de  Ferussac,  l'éditeur  du  Bulletin  etc.  Il  n'était  pas 
chez  lui.  Je  peux  y  aller  en  soirée  une  fois  par  semaine,  et  j'y  ai  l'occasion  de 
voir  toutes  les  revues  possibles,  et  les  livres  nouvellement  parus,  ce  qui  est  une  bonne 
chose  en  cette  saison,  où  toutes  les  bibliothèques  sont  fermées."  Si  Abel  a  ses 
entrées  non  seulement  dans  la  bibliothèque  de  Ferussac,  mais  aussi  aux  soirées 
hebdomadaires,  bien  qu'il  ne  se  soit  pas  personnellement   rencontré   avec   le  baron. 


savants  qui,  jusqu'à  ce  moment  [c'est  à  dire  jusqu'au  moment  où  commença  leur  rivalité  au 
sujet  des  fonctions  elliptiques]  m'étaient  inconnus.  Ni  le  compte-rendu  dans  le  bulletin  de 
Ferussac,  ni  la  présentation  par  de  Cotte  n'ont  produit  le  moindre  effet. 


LE   MÉMOIRE    DE   PARIS  67 


nous  avons  lieu  de  penser  que  la  permission  a  été  donnée  par  quelqu'un  qui  n'a 
pas  été  simplement  le  représentant  du  baron  dans  cette  occasion,  comme  aurait  pu 
l'être,  par  exemple,  la  maîtresse  de  maison,  mais  qui  l'a  surtout  apprécié  comme 
mathématicien.  Il  est  vrai  qu'il  dit  dans  la  même  lettre  qu'une  lettre  de  recommanda- 
tion de  Littrow  à  Bouvard,  directeur  de  l'Observatoire,  l'a  fait  bien  recevoir  chez 
celui-ci,  qui  lui  a  conseillé  de  se  trouver  à  l'Institut,  où  Bouvard  le  présenterait 
aux  mathématiciens  les  plus  éminents.  Mais  Abel  dit  expressément  qu'il  n'a  pas 
encore  profité  de  cette  offre.  Le  nom  de  Saigey  est  d'ailleurs  connu  dans  l'histoire 
de  la  géométrie  à  cause  de  sa  situation  dans  le  bulletin,  lorsqu'il  fut  mêlé  à  la 
querelle  entre  Poncelet  et  Gergonne. 

A  partir  du  20  août,  Abel  est  de  nouveau  pendant  quelque  temps  réuni  à 
Keilhau.  Dans  une  des  lettres  de  voyage  retrouvées,  dont  il  a  été  question,  on  voit 
que  celui-ci  devait  quitter  Bâle  le  16,  et  arriver  à  Paris  en  quatre  jours.  Par  la 
lettre  d'ABEL  à  sa  sœur,  nous  voyons  que  la  réunion  dura  jusqu'au  milieu  d'octobre. 
Keilhau  partit  le  16.  Abel  avait  le  plus  vif  désir  de  l'accompagner.  Dans  sa  lettre 
à  sa  sœur,  qu'il  envoie  précisément  par  Keilhau,  il  dit  qu'il  aurait  grand  désir  de 
rentrer  au  pays,  „et  je  voudrais  partir  aujourdhui,  si  c'était  possible;  mais  il 
faut  que  je  reste  encore  assez  longtemps".  La  perspective  du  temps  qu'il  doit 
encore  passer  à  l'étranger  lui  est  affreuse:  c'est  jusqu'au  mois  d'août  de  l'année 
suivante,  mais  il  espère  tout  de  même  pouvoir  rentrer  au  printemps.  Sombres 
pensées,  qui  lui  venaient  tout  naturellement,  puisque  son  dernier  et  son  meilleur 
ami  le  quittait,  et  qu'il  restait  dans  la  solitude  et  la  tristesse.  Toute  la  lettre  est 
pleine  de  soucis.  Il  pense  d'abord  à  sa  famille,  puis  viennent,  après  un  petit  essai 
d'écrire  sur  un  ton  un  peu  plus  gai,  sa  nostalgie  et  son  ennui  d'un  si  long  séjour 
à  l'étranger. 

Et  au  milieu  de  cette  mélancolie,  il  était  sur  le  point  d'achever  peut-être  le  plus 
célèbre  de  tous  ses  mémoires,  le  mémoire  de  Paris,  contenant  le  théorème  d'addition 
pour  la  classe  étendue  d'intégrales  qu'on  a  appelées  abéliennes.  Dès  le  9  août,  il  a 
envoyé  à  Crelle  (lettre  XV),  ce  théorème,  appliqué  à  une  classe  particulière,  moins 
élevée,  et  même  sous  cette  forme  plus  modeste,  sa  proposition  a  les  qualités  les 
plus  brillantes  de  clarté  et  d'élégance.  Il  est  inconcevable  que  Crelle  ne  l'ait  pas 
insérée  dans  le  journal,  d'autant  plus  qu'ABEL  s'est  expressément  refusé  à  laisser 
rien  publier  d'avance  du  grand  mémoire.  La  grande  portée  du  théorème  d'ABEL, 
non  moins  que  la  simplicité  frappante  avec  laquelle  il  l'expose    et  le  démontre,    ont 


68  ELLING   HOLST:     INTRODUCTION    HISTORIQUE 

rempli  tout  le  monde  de  la  plus  vive  admiration  pour  son  génie,  à  l'époque  de  sa 
publication.  Jacobi  l'appelle  „la  découverte  la  plus  importante  qui  ait  été  faite  en 
mathématiques  dans  le  siècle  où  nous  vivons"  ;  et  Legendre  lui  donne  l'épithète  célèbre 
de  monumentum  aère  perennius.  Et  pour  citer  une  déclaration  saisissante  de  notre 
temps,  voici  ce  qu'écrit  Picard  {^Traité  d'analyse"  II,  p.  393):  „Abel  a  donné  sur 
les  intégrales  de  différentielles  algébriques  une  proposition  fondamentale,  sur  laquelle 
sont  revenus  un  grand  nombre  de  géomètres.  Nous  allons,  pour  le  moment,  nous 
borner  à  la  faire  connaître,  sous  la  première  forme  que  lui  a  donnée  le  grand  géo- 
mètre norvégien  dans  son  Mémoire  célèbre  „  Sur  une  propriété  générale  d'une  classe 
très  étendue  de  fondions  transcendantes".  Sous  cette  forme  le  théorème  parait 
tout  à  fait  élémentaire,  et  il  n'y  a  peut  être  pas,  dans  l'histoire  de  la  science,  de 
proposition  aussi  importante  obtenue  à  l'aide  de  considérations  aussi  simples."  Ces 
opinions  anciennes  et  récentes  donneront  une  idée,  même  à  ceux  qui  ne  sont  pas 
mathématiciens,  de  la  valeur  et  de  l'importance  du  nouveau  mémoire. 

Il  fut  achevé  vers  la  fin  d'octobre.  Le  24,  Abel  écrit  à  Holmboe  :  „ J'ai  achevé 
un  grand  mémoire  sur  une  certaine  classe  de  fonctions  transcendantes  pour  le  pré- 
senter à  l'Institut.  Gela  aura  lieu  lundi.  Je  l'ai  montré  à  Gauchy  ;  mais  c'est  à  peine 
s'il  a  voulu  y  jeter  les  yeux.  Et  j'ose  dire  sans  me  vanter,  qu'il  est  bon."  Nous 
ne  pouvons  lire  les  Hgnes  suivantes,  toutes  simples  et  naturelles:  „Je  suis  curieux 
d'entendre  le  jugement  de  l'Institut.  Tu  en  seras  informé,  quand  le  moment  sera 
venu",  sans  une  sensation  presque  sinistre  qu'elles  sont  là  comme  dictées  par  un  amer 
pressentiment.  Abel  ne  devait  jamais  entendre  parler  de  son  mémoire,  ni  de  ce 
qu'il  était  devenu.  Holmboe  fut  informé,  en  effet,  du  jugement  de  l'Institut,  le  mo- 
ment venu,  c'est  à  dire  12  ans  après  que  les  inquiétudes  d'AsEL,  à  son  sujet  aussi 
bien  que  pour  quoi  ce  fût,  eurent  cessé  pour  toujours. 

Le  30  octobre,  Abel  remit  son  travail  à  l'Académie,*  qui  désigna  Gauchy  et 
Legendre  comme  juges,  avec  Gauchy  comme  rapporteur.  Sur  l'attitude  de  Gauchy 
à  l'égard  d'ABEL  nous  sommes  suffisamment  renseignés.  Legendre  lui  dit  quelques 
mots  bienveillants,  qui  lui  firent  du  bien:  „ Ça  prendra."  Nous  ne  trouvons  rien 
sur  la  présentation  d'ABEL  aux  sommités  de  l'Institut,  cette  présentation  qui  devait 
avoir  Heu,  nous  le  rappelons,  à  cette  occasion.     Il   avait   déjà   parlé  auparavant   à 


*  Ce  fut  Fournier  qui  présenta  son  mémoire. 


AUTRES    TRAVAUX,    NOSTALGIE  69 


Cauchy  et  à  Legendre,    mais    nous    savons   avec   quel   résultat.      Tout  cela  dut  se 
passer,  comme  de  coutume,  très  sèchement  et  brièvement. 

Cependant  Abel  poursuivit  infatigablement  son  travail,  et,  selon  son  habitude, 
comme  on  a  vu,  sur  plusieurs  choses  à  la  fois.  Dans  la  lettre  à  Holmboe  qui  vient 
d'être  citée,  il  s'est  lancé  de  nouveau  dans  ses  études  sur  la  théorie  des  équations, 
„mon  sujet  favori",  dit-il,  comme  avec  une  caresse.  Il  est  vrai  que  ce  sont  de  jolis 
résultats  qu'il  communique  à  Holmboe.  Il  aperçoit  le  moyen  de  résoudre  le  pro- 
blème général  „déterminer  la  forme  de  toutes  les  équations  algébriques  qui  peuvent 
être  résolues  algébriquement",*  et  il  a  trouvé  une  quantité  infinie  d'équations  des 
5ème^  gème^  7ème  et^.  dcgrés,  que  l'on  n'a  pas  „fïairées"  **  jusqu'à  présent.  Outre  la 
théorie  des  équations,  il  étudie  les  imaginaires,  l'un  des  sujets  principaux  de  Cauchy, 
où  Abel  trouve  qu'il  y  a  beaucoup  à  faire.  Enfin  il  mentionne  brièvement  de 
nouveau  certaines  parties  des  mathématiques,  le  calcul  intégral  et  les  séries  infinies, 
„dont  la  base  est  si  peu  établie."  Mais  il  n'a  pas  une  quiétude  d'esprit  suffisante 
pour  rédiger  complètement  quelque  chose  de  tout  cela  ici,  à  l'étranger,  et  de  nouveau 
il  regrette  que  la  bourse  soit  de  deux  ans;  „un  an  et  demi  eût  été  grandement 
assez.  J'ai  fort  le  mal  du  pays,  et  désormais  je  ne  puis  retirer  de  mon  séjour  ni  ici, 
ni  ailleurs,  tout  le  profit  qu'on  pourrait  peut-être  croire." 

Il  était  fatigué  de  son  exil,  sentait  que  but  du  voyage  était  atteint  et  aspirait 
à  travailler  ses  idées  en  paix.  Mais  quelle  sécurité  lui  offre  son  pays  à  cet  égard? 
Holmboe  a  dû  se  sentir  désagréablement  touché  par  l'exclamation  qui  suit:  „Si 
j'étais  dans  la  peau  de  KeiJhau  pour  le  professorat  !  Je  ne  suis  pas  tranquille  mais 
je  n'ai  pas  peur  non  plus;  car  si  ça  casse  d'un  côté,  ça  tiendra  bon  d'un  autre",  et 
passant  tout-à-coup  à  Holmboe  lui-même:  „Quels  appointements  as-tu",  puis  une 
boutade  plaisante,  un  peu  taquine,  comme  s'il  en  avait  trop  dit,  puis,  d'une  manière 
à  la  fois  chaleureuse  et  attristée:  „Car  mes  pensées  se  reportent  volontiers  vers  toi 
et  tout  ce  qui  te  concerne.  Je  n'ai  pas  une  telle  abondance  d'amis  que  je  courre 
risque  d'oublier  ceux  que  j'ai."  C'est  le  seul  endroit  où  Abel  est  près  de  se  dire 
évincé  par  Holmboe,  et  ce  seul  endroit  se  trouve,  il  faut  le  remarquer,  dans  une 
lettre  à  Holmboe  lui-même. 


*  Ces  mots  sont  en  français  dans  le  texte. 

**  Cité  par  Holmboe  dans  son  article  nécrologique  au  T.  VIII  du  „Magazin"  mais  il  remplace 
l'expression  si  abélienne:  „que  l'on  n'a  pas  flairées"  par  „dont  on  n'a  pas  eu  la  moindre  idée" 
Hansteen  a  fait  de  même  dans  l'Illustreret  Nyhedsblad. 


70  ELLING   HOLST:     INTRODUCTION    HISTORIQUE 


La  lettre  est  longue  et  fort  intéressante,  elle  mentionne  des  incidents  et  des 
observations  de  toutes  sortes,  et  contient  entre  autres  le  seul  passage  où  Abel  touche 
à  un  sujet  qui  frôle  la  politique,  lorsqu'il  attaque  le  régime  des  jésuites  à  Paris.  Il 
est  bien  possible  que  ce  soit  surtout  la  tyrannie  cléricale  qui  l'a  choqué.  A  la  fin, 
il  demande  à  Holmboe  de  l'aider  en  lui  prêtant  de  l'argent,  afin  de  s'assurer  le 
moyen  de  passer  par  Berlin  en  revenant  au  pays.  Il  avait  promis  à  Crelle  de 
revenir,  comme  nous  savons,  et  d'après  tout  ce  qu'il  a  raconté  sur  sa  disposition 
d'esprit  à  Paris,  il  est  facile  de  comprendre  que  c'était  précisément  son  voeu  le 
plus  cher. 

Abel  avait  justement  écrit  à  Crelle  la  veille,  et  le  1^'  novembre  il  avait  envoyé 
une  nouvelle  lettre.  Nous  n'avons  aucune  de  ces  lettres,  mais  la  réponse  cordiale, 
intime,  de  Crelle,  du  24  novembre  (lettre  XX)  nous  montre  un  fait  caractéristique 
du  tact  prudent  d'ABEL.  Au  moment  même  où,  dans  sa  lettre  à  Holmboe,  il  faisait 
tout  ce  qu'il  pouvait  pour  satisfaire  le  désir  de  Crelle,  conforme  au  sien,  de  le 
revoir,  il  a  déjà,  vis-à-vis  de  celui-ci,  dans  son  doute  d'avoir  assez  d'argent,  renoncé 
à  cette  rencontre  qu'il  souhaitait  tant.     Dès  le  début  de  la  lettre  de  Crelle,  on  Ht: 

» Mais   cela  me  fait  de  la  peine  que  vous  ne  veniez  pas  à  Berlin.     Si 

seulement  mon  projet  pour  le  journal  «e  réalisait,  je  pourrais  vous  promettre  quelques 
subsides.     Il  y  a  bien  encore  quelque  espoir,  mais  rien  n'est  encore  fait." 

Tout  d'abord,  Crelle  avait  pensé  ne  rien  communiquer  à  Abel  de  ses  projets, 
alors  un  peu  modifiés.  L'avenir  du  journal  n'apparaissait  plus  aussi  brillant  que 
ses  espérances  exagérées  le  lui  avaient  peint  avant  qu'ABEL  quittât  Berlin.  Le 
Journal,  en  réalité,  n'était  pas  suffisamment  sûr.  Mais  au  moment  même  où  Abel 
doute  de  pouvoir  revenir,  Crelle  juge  qu'il  faut  le  mettre  au  courant.  „  Peut-être 
les  espérances  que  je  fonde  sur  mon  projet  vous  causeront-elles  quelque  plaisir", 
Crelle  en  effet  s'est  adressé  au  gouvernement  prussien,  et  a  demandé  une  subvention, 
afin    que  le  journal  pût  être  mis  tout-à-fait  en  train.*     Quelques  autorités  s'étant 


*  Dans  le  huitième  volume  (art.  93)  du  bulletin  de  Férussac,  où  il  est  question  dans  son 
ensemble  du  premier  volume  terminé  du  journal,  quelques  renseignements  sont  donnés  à 
cette  occasion,  qui  proviennent  de  Crelle  lui-même.  La  publication  avait  subi  une  interruption 
de  près  de  six  mois  par  suite  d'un  désaccord  avec  les  libraires.  Alors  le  gouvernement 
prussien  était  intervenu,  et  les  fascicules  devaient  paraître  dorénavant  de  façon  régulière 
tous  les  trimestres.  Le  roi  de  Prusse  avait  reçu  avec  bienveillance  les  exemplaires  qui  lui 
avaient   été   remis,   et   avait   grandement  encouragé    Crelle.    Il   est   évident   que   c'est  à  ces 


CRELLE    ET    HUMBOLDT  71 


trouvées  éloignées  de  Berlin,  toute  décision  en  avait  été  jusqu'alors  retardée.  „Si 
ma  demande  est  accueillie,  je  pourrai  (soit  dit  entre  nous)  vous  payer  des  droits 
d'auteur;  mais  cela  reste  entre  nous,  car  je  ne  puis  en  donner  à  personne  autre 
Ce  sont  les  ressources  dont  j'ai  parlé  plus  haut."  En  revanche,  il  prie  Abel  de  se 
préoccuper  de  trouver  des  collaborateurs  français  pour  le  journal,  et  il  est  amusant 
de  voir  qu'il  semble  avoir  compris  Lejeune-Dirichlet  parmi  ceux  sur  qui  il  pouvait 
compter  à  cet  égard,  sans  se  douter  que  ce  nom  français  cachait  un  allemand  qui 
devait  être  un  jour  un  important  collaborateur  du  journal. 

Parmi  ceux  pour  qui  Abel  devait  avoir  des  lettres  de  recommandation  de 
Berlin,  il  y  avait  aussi  Alexandre  de  Humboldt.  Ces  lettres  n'étaient  pas  encore 
venues;  Crelle  en  explique  la  raison,  et  raconte:  „I1  est  en  ce  moment  à  Berlin  et 
j'ai  eu  l'occasion  de  lui  parler  de  vous  ;  vous  pouvez  penser  avec  quel  empressement. 
Cela  remplacera  peut-être  les  lettres  dans  une  certaine  mesure.  Dans  quelques 
jours  M.  de  Humboldt  retoui'nera  à  Paris.  Tâchez  de  causer  avec  lui,  et  dites- 
lui  que  je  lui  ai  parlé  de  vous Il  peut  vous  être  plus  utile,  peut- 
être,  que  personne  autre.  Si  vous  ne  pouvez  avoir  une  conversation  avec  lui, 
ce  qui  sera  très  difficile,  je  vous  enverrai  encore  les  lettres  à  lui  remettre."  Nous 
verrons  par  la  suite  que  les  efforts  de  Crelle  près  de  Humboldt  n'ont  pas  été  sans 
résultat,  et  que  celui-ci,  le  moment  venu,  fit  tout  ce  qui  dépendait  de  sa  grande 
influence,  mais  trop  tard  malheureusement,  ce  que  personne  ne  pouvait  prévoir.  La 
lettre  de  Crelle  se  termine  d'une  manière  pressante:  „ Maintenant,  je  vous  en  prie, 
veuillez  répondre  par  le  premier  courrier,  mais,  je  vous  en  prie  expressément, 
sans  affranchir.  Steiner  et  tous  les  amis  vous  saluent,  de  même  que  ma 
femme." 

La  lettre  d'ABEL  à  Holmboe  s'était  croisée  en  route  avec  une  lettre  de  celui-ci, 
et  bientôt  après  arriva  sa  réponse  empressée.  Dans  sa  lettre  suivante  (lettre  XXII), 
dont  on  ne   sait  pas  la  date,   Abel  est   tout  confus.     „Si  j'avais  su  que  tu  avais 

écrit,  je  n'aurais  pas  osé  demander  un   si  grand  sacrifice J'ai  deux 

véritables  amis,  et  je  suis  bien  obligé  de  les  importuner  malgré  moi."  Un  accès 
si  spontané  nous  amène   tout  naturellement  à  l'idée  de  passer  en  revue  la  série  de 


complications  qu'AsEL  fait  allusion,  lorsqu'il  écrit  à  Holmboe  (lettre  XXVI):  „I1  y  aura  un 
petit  arrêt  dans  la  publication  (Hansteen  sait  pourquoi)."  Il  ressort  de  là  qu'ABEL  aurait 
adressé  à  Hansteen  une  lettre,  qui  en  ce  cas  est  perdue. 


72  ELLING   HOLST:     INTRODUCTION    HISTORIQUE 

ses  amis  les  plus  intimes.  Ce  qu'AsEL  entend  par  „importuner",  c'est:  leur  confier 
même  ses  soucis.  Il  avait  beaucoup  d'amis  sincères;  mais  dans  les  lettres  nous  en 
trouvons  avant  tout  deux  qu'il  a  ainsi  „importunés",  Holmboe  et  Madame 
Hansteen.  De  la  cordialité  qui  existait  entre  lui  et  sa  fiancée,  nous  ne  savons 
rien  par  les  lettres,  autrement  que  dans  les  passages  où  il  parle  d'elle.  Dans  les 
lettres  à  Holmboe  et  à  Mme  Hansteen  (ainsi  que  dans  la  lettre  à  sa  sœur),  le  ton 
est  tout  autrement  intime  que  dans  aucune  de  celles  qui  nous  restent. 

La  lettre  contient  d'ailleurs  avant  tout,  ce  qu'il  pensait  lui-même  de  ses 
articles  dans  le  journal  de  Grelle.  Il  recommande  à  Holmboe,  outre  la  démonstra- 
tion sur  l'équation  du  cinquième  degré  sous  sa  forme  perfectionnée,  le  grand 
travail  d'intégration,  que  Bjerknes  suppose  être  le  mémoire  de  Freiberg  (v.  plus 
haut  p.  52)  ainsi  que  le  travail  sur  la  série  du  binôme.  „  J'ose  dire  que  c'est  la 
première  démonstration  parfaitement  rigoureuse  de  la  formule  du  binôme  dans  tous 
les  cas  possibles,  en  même  temps  que  d'une  quantité  d'autres  formules,  en  partie 
connues,  mais  insuffisamment  établies."  Absolument  comme  pour  les  lettres  de 
voyage,  lorsqu'il  s'agissait  de  ses  prochains  déplacements,  il  se  montre  ici  —  comme 
souvent  déjà  —  la  tête  pleine  de  projets  tout  à  fait  arrêtés  pour  ses  prochains 
mémoires.  Après  avoir  mentionné  la  note  sur  l'élimination  qu'il  a  envoyée  le 
2  novembre  comme  ballon  d'essai  aux  annales  de  Gergonne,  il  en  envoie,  à  ce  qu'il 
dit  „ces  jours-ci  ....  un  meilleur."  Il  s'agit  „du  développement  de  fonctions 
(continues  ou  discontinues)  suivant  les  cosinus  ou  sinus  d'arcs  multiples."*  Ce 
mémoire  s'est  perdu.  Une  enquête  faite  par  l'intermédiaire  de  la  légation  nor- 
végienne et  suédoise  à  Paris,  à  l'occasion  de  l'édition  projetée  des  œuvres  complètes 
par  Holmboe,  n'a  rien  révélé  des  papiers  qui,  d'après  cela,  ont  très  probablement 
été  adressés  à  Gergonne  (lettre  LI).  Sans  prendre  le  temps  de  respirer,  il  parle 
d'un  troisième  „grand  mémoire  sur  les  fonctions  elliptiques",  qu'il  envoie  „item"  à 
Gergonne.  Ici  (ou  dans  fragment  d'une  lettre  à  Grelle,  datée  du  4  décembre,  car 
on  ne  peut  savoir  laquelle  des  deux  lettres  est  la  première)  apparaît  pour  la  première 
fois  la  division  de  l'arc  de  lemniscate.  Cette  découverte  le  ravit  absolument,  et  il 
raconte  avec  une  vive  animation  les  aperçus  que  lui  a  ouverts  cette  nouvelle  position 
sur  des  problèmes  analogues.  „J'ai  découvert  du  même  coup  le  mystère  qui  enve- 
loppait la  théorie  de  Gauss  sur  la  division  du  cercle.    Je  vois  clair  comme  le  jour, 


En  partie  en  français  dans  la  lettre. 


COMMENCEMENT   DE    »RECHERCHËS«  73 

comment  il  y  est  parvenu."  Il  est  enchanté.  En  parlant  de  la  division  de  la 
lemniscate,  il  écrit:  „Tu  verras  comme  c'est  beau",  et  après  avoir  mentionné  que 
ces  problèmes  rentrent  dans  ses  études  sur  la  théorie  des  équations  *  :  „Tu  ne  peux 
pas  t'imaginer  combien  de  jolies  propositions  j'y  ai  trouvées",  La  mine  d'or  que 
furent  pour  lui  ces  découvertes  ainsi  liées  se  dévoile  peut-être  le  mieux  lorsque, 
dans  une  lettre  suivante  à  Holmboe,  datée  de  Berlin,  4  mars  1827  (lettre  XXVI)  il 
raconte  de  nouveau  la  même  chose,  presque  avec  les  mêmes  termes  d'enthousiasme 
pour  ces  nouveaux  aperçus.  En  même  temps  qu'au  point  de  vue  économique  il 
sent  la  terre  s'enfoncer  sous  lui,  et  que  de  plus  en  plus  s'effacent  les  perspectives 
pour  son  avenir,  il  a  atteint  un  horizon  scientifique  si  élevé  que  cela  le  soutient  et 
lui  fait  oubher  toutes  ses  misères. 

Ce  mémoire,  où,  comme  il  l'écrit,  „se  trouvent  beaucoup  de  choses  curieuses 
qui,  je  m'en  flatte,  vont  piquer  la  curiosité  de  plus  d'un",  est  évidemment  tout  au 
moins  un  fragment  de  son  grand  mémoire  „ Recherches  sur  les  fonctions  ellip- 
tiques", ou  un  travail  préparatoire.  Personne  ne  sait  actuellement  si  ce  travail 
destiné  à  Gergonne  a  vraiment  "été  terminé  et  envoyé.  Mais  nous  pouvons  nous 
réjouir  à  la  pensée  que  du  moins  les  résultats  ont  été  insérés  dans  le  grand 
mémoire,  qui  forme  la  matière  essentielle  du  second  et  du  troisième  volume  du 
journal  de  Crelle.  La  manière  dont  les  études  fondamentales  d'ABEL  sur  les  fonc- 
tions elliptiques,  d'une  part,  et  la  théorie  des  équations  d'autre  part,  marchent  de 
pair,  est  à  cet  endroit,  dans  la  lettre  à  Holmboe,  l'objet  d'une  joyeuse  réflexion: 
„Ge  que  je  dis  là  de  la  lemniscate  est  un  des  résultats  que  j'ai  tirés  de  mes  études 
sur  la  théorie  des  équations." 

Avec  cette  lettre  finit  ce  que  nous  savons  de  lui-même  sur  le  séjour  à  Paris. 
Sa  provision  d'argent  avait  tellement  baissé  qu'il  dut  se  sauver  le  plus  vite  possible, 
afin  d'avoir  assez  pour  arriver  à  Berlin,  et  d'autre  part  il  dut  essayer  de  tenir  bon 
le   plus  long  temps  possible,  dans   l'espoir   que   Legendre   et   Cauchy   laisseraient 


*  Dans  le  fragment  à  Crelle,  il  dit:  „Ma  théorie  des  équations,  jointe  à  la  théorie  des  nom- 
bres, m'a  conduit  à  ce  théorème",  puis  cette  phrase  très  intéressante:  J'ai  des  raisons  de 
croire  que  Gauss  y  est  aussi  parvenu."  Ceci  suppose,  en  effet,  semble-t-il,  qu'AoEL  s'imagine 
Gauss  en  possession  de  connaissances,  à  l'égard  des  fonctions  elliptiques,  d'une  étendue  que 
bien  peu  soupçonnaient  alors,  puisque  Gauss,  comme  on  sait,  avait  gardé  ces  découvertes  pour 
lui.  Cependant  Gauss,  par  sa  division  du  cercle,  avait  dans  une  certaine  mesure  soulevé  le 
voile  pour  ceux  qui  viendraient  à  lui  succéder  dans  la  même  voie,  en  déclarant  la  division  de 
la  lemniscate  accessible  par  les   mêmes  moyens. 

INTRODUCTION    —    10 


74  ELLING   HOLST  t     INTRODUCTION   HISTORIQUE 


tomber  quelque  parole  sur  son  grand  mémoire.  Mais  Noël  se  passa,  et  le  jour  de 
l'an  approchait.  L'Académie  ne  donna  pas  le  moindre  signe  de  vie,  et  lorsqu'il  lui 
resta  juste  assez  pour  pouvoir  arriver  sain  et  sauf  à  Berlin,  Abel  dut  abandonner 
le  mémoire  à  son  sort,  et  se  décider  au  départ.  Il  quitta  Paris  le  29  ou  peut-être 
le  30  décembre,  et  arriva  à  Berlin  le  10  janvier  1827.  Jusque  dans  la  dernière 
lettre  à  Holmboe,  il  a,  semble-t-il,  sérieusement  l'intention  de  rendre  visite  à  Gauss 
en  allant  à  Berlin.  Il  veut  aller  à  Gottingen  „d'abord  pour  faire  le  blocus  de  Gauss, 
s'il  n'est  pas  par  trop  fortifié  d'orgueil"  et  „je  préfère  être  maintenant  en  Alle- 
magne pour  y  apprendre  un  peu  plus  d'allemand,  ce  qui  sera  pour  moi  de  la  plus 
grande  importance  plus  tard."  Il  voudrait  bien  en  apprendre  assez  pour  pouvoir 
écrire  un  mémoire  en  allemand  aussi  bien  qu'il  le  fait  en  français.  Mais  il  ne  vint 
pas  davantage  cette  fois  à  Gottingen.  Ce  fut  alors  faute  d'argent.  Lorsqu'il  arriva 
à  Berlin,  toute  sa  fortune  s'élevait  à  14  thalers.  *  D'autre  part,  s'il  y  avait  beau- 
coup tenu,  il  aurait  bien  pu  arranger,  de  Paris,  la  remise  de  Holmboe  de  façon 
à  trouver  du  renfort  à  Gottingen.  Les  paroles  dont  il  accompagne  le  nom  de 
Gauss  continuent  à  indiquer  peu  de  désir  de  se  trouver  en  sa  présence. 

La  veille  du  jour  où  Abel  quitta  Paris,  il  avait  reçu  de  Keilhau  une  longue 
lettre  qui  a,  de  bien  des  manières,  occupé  sa  pensée,  et  éveillé  des  sentiments  assez 
mélangés.  An  sujet  de  la  situation  même  d'ABEL,  Keilhau  s'est  exprimé,  d'une 
manière  assez  rassurante,  mais  les  nombreux  témoignages  de  la  dureté  des  temps 
et  de  la  mesquinerie  déprimante  dans  le  pays,  que  citait  la  lettre,  ne  parlaient 
guère  dans  le  même  sens.  Abel  est  frappé  notamment  (lettre  XXIII,  à  Boeck, 
datée  de  Berlin  le  15  janvier  1827)  de  ce  fait  que  Keilhau,  bien  que  nommé  lecteur, 
voudrait  retourner  à  l'étranger  ...  „et  nous  qui  sommes  ici  nous  voudrions  être 
rentrés  au  pays,  c'est  bizarre",  puis,  c'est  comme  un  doute  qui  lui  vient  tout 
doucement:  „Je  crois  tout  de  même  que  l'étranger  vaut  mieux."  Boeck  n'a  pas 
non  plus  une  perspective  bien  agréable,  d'après  ce  que  Keilhau  en  augure.  „I1  te 
présage  bien  des  ennuis,  quand  tu  seras  revenu."  L'espoir  qu'il  a  fait  briller  aux- 
yeux  d'ABEL  lui-même  est  maintenant,  lorsque  celui-ci  réfléchit  davantage  à  son 
avenir  dans  le  pays,  très  assombri  par  les  nombreuses  laideurs  d'ordre  privé  qu'il 
prévoit.    Il  commence  à  sentir  sur  lui  la  pression  de  tout  ce   qui    l'attend,    même 

*  52  f.  50. 


DÉPART    d'ABEL  75 


s'il  obtient  une  situation.  C'est  sa  famille,  sa  mère  et  ses  frères,  qui  donnent 
toujours  peu  d'espérances,  dont  il  est  le  seul  soutien,  à  qui  ses  dernières  pensées 
furent  consacrées  avant  le  départ,  mais  qui  maintenant,  après  la  vie  plus  brillante 
à  l'étranger,  le  rendent  de  plus  en  plus  inquiet  sur  ce  qu'il  va  trouver  au  pays. 
„J'ai  vraiment  peur  de  l'avenir.  J'aurais  presque  envie  de  rester  pour  toujours  ici 
en  Allemagne,  ce  que  je  peux  faire  sans  difficulté." 

Le  cœur  se  serre  quand  on  voit  la  résignation  désolée  avec  laquelle,  dans  son 
doute  et  son  inquiétude  croissante,  et  dans  l'angoisse  de  ses  pressentiments  sur  ce 
qui  le  menace  au  pays,  il  ferme  les  yeux  quand  même  à  ce  qu'on  lui  promet  au 
dehors,  et  va  au  devant  de  son  sort.  C'était  vrai.  Il  pouvait  sans  difficulté  rester 
pour  toujours  en  Allemagne.  Crelle  l'assaillait.  „I1  ne  comprend  pas  ce  que  je 
veux  faire  en  Norvège,  qui  lui  parait  être  une  autre  Sibérie."  Mais  ce  qui  visible- 
ment attriste  Abel  le  plus,  en  n'acceptant  pas  l'offre  que  lui  faisait  Crelle,  était  de 
remarquer  que  Crelle  se  sentait  personnellement  froissé  de  son  refus.  Lorsque  nous 
nous  reportons  aujourd'hui  à  cet  instant  du  choix  fatal,  et  que  nous  cherchons  à 
peser  les  motifs  qui  l'ont  attiré  vers  son  pays,  alors  que  tant  de  doutes  sur  son 
avenir  et  tant  de  „laideurs"  lui  faisaient  craindre  ce  retour,  et  qu'en  même  temps 
ces  offres  de  Crelle  et  les  meilleures  conditions  pour  son  travail  auraient  du  être 
deux  raisons,  chacune  plus  que  suffisante,  pour  le  retenir,  nous  ne  pouvons  guère 
en  apercevoir  qu'un  seul.  L'idée  ne  pouvait  en  effet  lui  venir  à  l'esprit, 
comme  boursier  officiel  de  l'Etat  Norvégien,  de  ne  pas  revenir.  Le 
départ,  un  an  et  demi  auparavant,  avec  toutes  ses  promesses,  avait  été  certainement 
pour  lui  une  délivrance,  l'envolée  vers  le  jour  et  le  soleil,  et  la  pensée  du  travail 
futur  avait  eu  ce  charme,  que  ce  qui  allait  être  son  devoir  coïncidait  exactement 
avec  sa  vocation  et  l'unique  besoin  de  sa  nature  ;  d'une  manière  tout  aussi  certaine, 
il  sentait  qu'en  rapportant  au  pays  les  résultats  acquis,  il  se  conformait  à  une  nécessité, 
une  exigence  qui  pour  désagréables  qu'elles  fussent,  devaient  être  obéies.  C'était  tout 
simplement,  pour  lui,  quelque  chose  qui  ne  pouvait  pas  être  autrement.  Dans  son  désir 
de  ne  pas  quitter  ses  camarades,  il  avait  modifié  son  plan  de  voyage;  par  légèreté, 
il  avait  commis  cette  faute  de  perdre  trois  mois  et  une  grande  partie  de  sa  sub- 
vention à  voyager  dans  l'Europe  méridionale,  et  accepté  de  bonne  humeur  d'être 
grondé  pour  cela;  il  se  voyait  obligé  maintenant  —  ce  qui  était  sans  aucun  doute 
une  rupture  au  moins  aussi  grande  avec  toutes  les  conventions  —  de  négliger  Gôt- 
tingen.    Mais  que  la  fin  dernière  du  voyage  fût  Kristiania,  et  que  ce  fût   pour   sa 


76  ELLING   HOLST:     INTRODUCTION    HISTORIQUE 

patrie  qu'il  avait  amassé,  il  n'avait  pas  l'idée,  si  dur  que  cela  pût  devenir  pour  lui, 
que  l'on  pût  rien  y  changer. 

Aussi  Crelle,  homme  habile,  plein  d'expérience,  qui  aimait  en  lui  l'enfant,  et 
s'incHnait  avec  respect  devant  son  génie,  et  qui  à  la  fois  voulait  le  bien  d'ABEL  et 
désirait  pour  son  pays  le  premier  de  tous  les  jeunes  gens  d'avenir,  se  heurta  ici,  à 
son  étonnement  et  à  son  grand  regret,  contre  un  obstacle  dont  il  ne  put  venir  à 
bout.  Mais  sa  bienveillance  resta  en  réalité  aussi  grande,  et  Abel  se  rendit  comme 
auparavant  aux  assemblées  musicales.  Abel  ne  nomme  pas  plus  qu'autrefois  quels 
mathématiciens  il  y  a  rencontrés.  Pendant  son  absence  de  prés  d'une  année,  il  est 
lui-même  parvenu  à  tant  de  choses  nouvelles,  qu'aucun  de  ceux  qu'il  rencontra, 
Crelle  y  compris,  n'a  plus  guère  pu  se  mouvoir  à  sa  hauteur.  D'ailleurs  les  soirées 
du  lundi  ne  lui  ont  jamais  rapporté  aucun  butin.  Il  ne  s'enrichissait  plus  que  grâce 
à  une  activité  continuelle  et  infatigable.  Dans  la  lettre  déjà  citée  du  4  mars  à 
Holmboe  (lettre  XXVI),  il  lui  raconte  de  nouveau,  et  comme  il  a  été  dit,  presque 
dans  les  mêmes  termes  qu'à  Paris,  toutes  les  choses  nouvelles  qu'il  a  trouvées. 
„Mais,  ajoute-t-il,  ce  que  j'ai  de  plus  beau,  c'est  dans  le  théorie  des  fonctions  trans- 
cendantes en  général  et  celle  des  fonctions  elliptiques  en  particulier.  Mais  cela,  il 
faut  que  je  le  garde  jusqu'à  mon  retour  pour  te  le  faire  connaître.  Au  total  j'ai 
fait  une  masse  effrayante  de  découvertes.  Si  seulement  je  les  avais  mises  en  ordre 
et  rédigées,  car  la  plupart  ne  sont  encore  que  dans  ma  tête.  Il  n'y  a  pas  à  penser 
à  quoi  que  ce  soit  avant  que  je  me  sois  installé  convenablement  chez  nous.  Alors 
il  me  faudra  travailler  dur  comme  un  cheval  de  fiacre;  mais  avec  plaisir,  bien 
entendu."  Sans  doute,  la  „Théorie  des  fonctions  transcendantes",  mentionnée  ici, 
n'est  pas  nécessairement,  malgré  les  expressions  françaises,  le  titre  d'un  traité  nouveau 
et  spécial;  mais  je  crois  cependant  devoir  suivre  le  mathématicien  déjà  cité,  Léo 
Kœnigsberger,  dont  les  études  sur  la  chronologie  des  travaux  d'ABEL  et  de  Jacobi 
sont  du  plus  haut  mérite;  il  est  arrivé  en  effet  à  conclure  de  tout  ce  que  nous 
possédons  que  nous  sommes  ici  en  présence  de  travaux  préparatoires  à  une  exposi- 
tion plus  étendue,  différente  à  la  fois  du  mémoire  de  Paris  et  des  „ Recherches^ . 

La  situation  d'ABEL,  au  début  de  son  séjour  à  Berlin,  a  dû  d'ailleurs  être 
assez  misérable.  Nous  savons  combien  sa  provision  d'argent  avait  baissé  quand  il 
atteignit  Berlin.  Il  est  vrai  qu'il  dit  à  Boeck  dans  sa  lettre  du  16  janvier,  qu'il  a 
ramassé  quelques  sous  de  plus.  En  outre,  Boeck  lui-même  lui  redevait  un  peu 
d'argent  qu'il  lui  demande  le  plus  vite  possible  en  monnaie  prussienne. 


TRAVAUX   A   BERLIN.      MAUVAISES    NOUVELLES  77 

Mais  le  26  février,  il  renouvelle  encore  sa  requête  (lettre  XXV):  „ Aussitôt  que 
je  suis  arrivé  a  Berlin  il  y  a  plus  d'un  mois,  j'ai  écrit  au  sujet  du  peu  d'argent  qui 
me  revient  de  toi.  N'oublie  pas  de  me  l'envoyer  avant  de  quitter  Munich.  Je  ne 
suis  pas  précisément  en  fonds." 

Dans  l'intervalle,  il  s'est  vu  obligé  de  recourir  au  subside  qu'il  avait  demandé 
de  Paris  à  Holmboe,  et  que  celui-ci  avait  promis  d'envoyer  pour  l'aider  quand  il  en 
aurait  besoin:  nous  voyons  par  la  lettre  tourmentée  du  20  janvier  à  Holmboe  (lettre 
XXIV),  qu'il  était  grand  temps.  Mais  un  envoi  d'argent  de  Kristiania  à  Berlin 
par  Hambourg  n'était  pas  l'affaire  d'un  instant,  à  cette  époque,  et  le  25  février 
seulement,  Abel  avait  de  nouveau  une  somme  suffisante  à  sa  disposition:  ce  n'était 
pourtant  que  300  marks,  au  lieu  des  400  qu'il  avait  demandés.  Dans  la  lettre  du 
4  mars  (lettre  XXVI),  il  remercie  Holmboe  de  sa  bonté:  „Cela  m'a  rendu  un  grand 
service,  car  j'étais  plus  pauvre  qu'un  rat  d'église.  Maintenant  je  vais  vivre  ici 
là-dessus  aussi  longtemps  que  je  pourrai,  puis  je  filerai  vers  le  nord".  Il  était 
aussi  découragé  à  la  pensée  de  la  situation  pécuniaire  qui  l'attendait  au  pays  „ou 
j'arriverai  si  dénué,  que  je  serai  bien  obligé  de  tendre  la  main  à  la  porte  de  l'église. 
Je  ne  me  laisse  pourtant  pas  abattre;  je  suis  si  bien  habitué  à  la  misère  et  au 
dénuement.     Ça  ira  toujours". 

Cette  citation  nous  dit  mieux  que  de  longs  discours  tout  ce  qu'il  avait  souffert 
les  mois  précédents,  et  combien  il  espère  peu  de  l'avenir  en  Norvège.  Avant  la  fin 
de  son  voyage,  le  voilà  déjà  passablement  endetté!  C'est  grâce  à  un  emprunt  qu'il 
peut  séjourner  à  Berlin  les  mois  suivants,  et  rentrer  dans  son  pays,  où  l'horizon 
est  assez  sombre. 

Peu  après  le  20  février*,  il  avait  reçu  une  longue  lettre  amicale  de  Hansteen 
et  de  Madame  Hansteen  „6  pages  in-40  pleines"  qui  lui  apprit  différentes  nouvelles 
au  sujet  de  l'Université.  Mais  une  de  ces  nouvelles  va  le  préparer  au  coup  le 
plus  rude.  Hansteen  nourrit  encore,  pour  sa  part,  l'espérance  qu'AsEL,  à  son 
retour,  obtiendra  une  place  à  l'Université;  mais  il  doit  en  même  temps  avouer 
qu'on  parle  aussi  d'autre  chose.  „Mais  il  a  été  aussi  question  de  me  torturer 
pendant  une  année  dans  une  école.  Si  on  veut  faire  cela,  écrit  il  à  Boeck,  „je  ne 
marcherai  pas  plus  qu'un  âne". 


*  Nous  ne  possédons  plus  les    lettres,  et  la  date  en  est   ainsi   inconnue.      Mais  il  ressort  de  la 
lettre  XXV  qu'AsEL  les  a  reçues  à  l'époque  indiquée  ici. 


78  ELLING    HOLST:     INTRODUCTION    HISTORIQUE 


Ce  plan  est  aussi  assez  singulier,  si  nous  nous  rappelons*  qu'il  émane  des  mêmes 
personnes  qui  n'avaient  pas  osé  donner  à  Abel  la  place  de  professeur,  dans  la 
crainte  qu'il  il  ne  pût  se  faire  comprendre  des  étudiants.  Mais  en  tous  cas,  il  est 
clair  que  cette  nouvelle  de  Hansteen  doit  avoir  arraché  d'un  seul  coup  Abel  à  toutes 
les  illusions  que  ses  amis  norvégiens,  dans  leur  sympathie,  s'étaient  faites  et  lui 
avaient  communiquées. 

Son  unique  espoir,  ce  qu'il  avait  attendu  comme  un  repos  après  le  voyage, 
de  pouvoir  rédiger  tranquillement  ses  grandes  idées,  a  dès  lors  peu  de  chances  de 
devenir  une  réalité. 

On  pourrait  être  tenté  de  croire  que  cela  dépassait  absolument  l'horizon  de 
notre  société  à  cette  époque,  de  pouvoir  se  représenter  que  notre  pays  possédât  le 
terrain  et  les  conditions  nécessaires  pour  nourrir  une  plante  aussi  exotique  que 
l'était  incontestablement  le  génie  d'ABEL,  dont  les  fruits  ne  profitaient  pas  au  pays 
directement  et  de  première  main,  mais  avaient  une  importance  absolument  universelle, 
que  même  le  petit  nombre  de  ceux  qui  représentaient  sa  spécialité  étaient  loins  de 
pouvoir  apprécier.  Mais  pourtant,  cette  année  même,  le  storthing  vote  le  voyage  en 
Sibérie  de  Hansteen,  une  contribution  justement  au  travail  scientifique  universel,  ce 
qui  montre  que  l'on  a  aussi  l'oeil  ouvert  de  ce  côté.  Mais  le  parti  pris  par  les 
autorités  locales  montre  encore  mieux  combien  peu  elles  s'entendaient  à  faire  la 
balance  entre  un  génie  et  une  capacité.  Nous  n'avons  vraiment  le  droit  de  rien 
reprocher  ni  à  Hansteen  ni  à  nul  autre.  C'est  encore  un  effet  de  toute  l'imper- 
fection de  notre  époque  de  recommencement.  II  est  d'ailleurs  facile,  pour  ceux 
qui  sont  venus  plus  tard,  qui  jugent  d'après  l'issue,  d'être  sages  après  coup.  Nous 
ne  devons  pas  perdre  de  vue  que  les  contemporains  d'ABEL,  en  Norvège, 
avaient  lieu  de  considérer  sa  pénible  situation  comme  une  simple  période  de  transi- 
tion, après  laquelle  on  pourrait  de  nouveau  faire  quelque  chose  pour  lui.  Si  Abel 
n'était  pas  mort  au  moment  même  où  sa  détresse  était  au  comble,  et  où  l'horizon 
commençait  à  s'éclaircir  pour  lui  dans  son  pays,  et  surtout  au  dehors,  ce  qui  a  rendu 
d'autant  plus  frappant  le  contraste  entre  l'amertume  de  sa  condition  et  la  gloire  de 
la  carrière   qui  allait  s'ouvrir   devant   lui,  nous  aurions  eu  aussi   le  sentiment  que 


*   Abel  avait  toujours,  au  cas  où  la  situation  deviendrait  trop  mauvaise,  le  recours  de  retourner 
à  Berlin  auprès  de  Crellc. 


FIN    DU    SÉJOUR    A    BERLIN    EN    1827  79 


cette  période  était  un  épisode  sombre,  mais  passager,  analogue  à  ceux  traverses  par 
tant  d'hommes  de  génie  —  que  la  lutte  a  élevés  d'autant  plus  haut. 

Mais  la  perspective  que  lui  offrait  la  lettre  de  Hansteen  mettait  le  comble  à 
ses  tribulations.  Elle  ouvrait  un  abîme  sous  ses  pieds.  Il  n'a  plus  que  sujets 
de  tristesse  de  tous  côtés.  Et  cela  n'aura  pas  contribué  à  le  rasséréner  de  n'en- 
tendre toujours  pas  parler  du  mémoire  de  Paris.  Cela  ne  lui  sort  pas  de  l'esprit. 
Dans  la  première  lettre  à  Boeck  (15  janvier)  il  dit:  „Du  mémoire  que  j'ai  présenté 
à  l'Académie,  je  n'ai  pas  entendu  parler  avant  mon  départ",  et  dans  le  court  billet  à 
Holmboe  du  20  du  même  mois,  il  raconte  qu'il  a  longtemps  négligé  de  lui  écrire, 
attendant  de  pouvoir  lui  dire  en  même  temps  le  sort  de  son  mémoire:  „Mais  ces 
homme  lents  n'en  finissaient  pas". 

Dans  cette  triste  disposition  d'esprit,  Bedin  même  a  perdu  pour  lui  son  intérêt. 
Dans  la  première  lettre  à  Boeck,  on  trouve  la  seule  lueur  de  joie  véritable,  due  à 
son  retour  dans  cette  ville:  „Un  quart  d'heure  après  mon  arrivée  j'étais  assis  au 
Konigsstâdter,  et  j'avais  la  joie  de  voir  des  visages  de  connaissance  et  d'entendre  des 
voix  connues." 

Tout  est  maintenant  vulgaire  à  ses  yeux.  „Je  mène  une  vie  assez  ennuyeuse, 
car  elle  est  sans  variété,  étudier,  manger  et  dormir,  et  pas  grand  chose  de  plus." 

De  l'ancien  cercle  d'amis,  il  reste  encore  Maschmann.  Celui-ci  parait  avoir 
réuni  Abel  et  le  jeune  pharmacien  Monrad  de  Bergen,  qui  était  alors  à  Beriin 
avec  sa  femme  et  sa  mère.  C'étaient  des  gens  agréables.  Abel  et  Maschmann  y 
passaient  deux  soirées  par  semaine  (d'après  une  autre  lettre,  tous  les  soirs),  et  jou- 
aient aux  cartes,  distraction  à  laquelle,  comme  on  se  le  rappelle  peut-être,  Abel 
avait  toujours  trouvé  grand  plaisir.  C'est  d'ailleurs  lui  qui  gagne  aux  cartes.  „Je 
les  plume,  ce  dont  j'ai  besoin  du  reste,  et  ce  n'est  que  juste."  Il  sourit  de  cette  faible 
revanche  du  sort.    Dans  la  lettre  à  Holmboe  il  dit  brièvement  :    „Je  plume  les  gens". 

Avec  l'argent  qu'il  avait  emprunté  à  Holmboe,  Abel  avait  résolu  de  tenir  à 
Beriin  le  plus  longtemps  possible,  c'est-à-dire  environ  jusqu'au  mois  de  mai.  Alors, 
plus  que  jamais,  le  travail  fut  son  unique  consolation.  Il  ne  rend  pas  compte  de 
ce  qui  l'occupe  surtout  à  ce  moment,  il  dit  seulement  qu'il  étudie,  qu'il  travaille 
assidûment,  etc.  Nous  avons  déjà  indiqué  quels  sont  ces  travaux.  Mais  au  milieu 
même  de  ces  travaux,  de  nouvelles  contrariétés  l'arrêtent.  C'était  un  hiver  excep- 
tionnellement rigoureux  avec  quantité  de  neige  dans  Beriin;  et  Abel  tomba 
malade.     Il   est    vrai  que  la  maladie  ne  dura  pas  longtemps;    cependant   il   resta 


80  ELLING   HOLST:     INTRODUCTION    HISTORIQUE 

couché  quelques  jours.  Et  à  partir  de  ce  moment  nous  entendons  parler  encore 
assez  souvent  de  courtes  crises  de  maladie.  Il  ne  semble  pas  qu'il  ait  eu  une  forte 
constitution,  et  les  soucis  matériels  ainsi  que  le  travail  excessif  ont  tôt  fait  d'exer- 
cer leur  influence. 

Si  l'on  compare  l'humeur  et  le  ton  des  lettres  de  Berlin  pendant  ce  séjour 
avec  les  précédentes,  il  y  a  une  différence  marquée.  Il  ne  s'est  passé  qu'une  année, 
mais  elle  a  laissé  des  traces  profondes,  La  nostalgie  constante,  et  le  désir  d'avoir 
le  repos  dont  il  a  besoin  pour  son  travail  sont  toujours  exprimés;  mais  c'est  main- 
tenant sans  grande  confiance.  S'il  écrit  une  ligne  pour  dire  qu'il  préfère  être  au 
pays,  à  la  ligne  suivante  il  préfère  l'étranger,  et  bientôt  après  c'est  de  nouveau 
l'inverse.  Son  enthousiasme  pour  l'étranger  n'est  pas  bien  vif  non  plus.  Il 
écrit  à  Holmboe:  „I1  me  tarde  de  rentrer  au  pays,  car  je  ne  peux  guère  avoir 
d'avantage  à  rester  ici.  Quand  on  est  chez  soi,  on  se  fait  de  l'étranger  de  diables 
d'idées,  autres  qu'il  ne  faudrait.  Ils  ne  sont  pas  si  forts.  —  Les  gens  en  somme 
sont  mous,  mais  assez  droits  et  honnêtes.  Nulle  part  il  n'est  plus  facile  d'arriver 
qu'en  Allemagne  et  en  France,  chez  nous  c'est  10  fois  plus  difficile." 

La  dernière  lettre  que  nous  ayons  de  Berlin  est  à  Mme  Hansteen  (lettre  XXVII). 
C'est  une  réponse  à  la  longue  lettre  amicale  déjà  mentionnée  de  Mme  Hansteen, 
qu'il  avait  reçue  à  la  fin  de  février.  Le  début  manque,  en  sorte  que  nous  en 
ignorons  la  date;  mais  on  pense  qu'elle  est  de  mars.  A  la  pensée  de  revenir  dans 
la  famille  Hansteen,  quelque  chose  jaillit  de  nouveau  pour  la  première  fois  après 
longtemps  de  I'Abel  que  nous  avons  connu,  et  la  nostalgie  reprend  un  instant  son 
ancienne  expression  vive  et  sans  mélange.  „.  •  •  sentir  qu'il  m'arrive  souvent  d'aller 
chez  vous  ce  sera  véritablement  une  de  mes  meilleures  joies.  Mon  Dieu,  que  de  fois 
n'ai-je  pas  eu  envie  d'aller  vous  voir,  mais  je  n'ai  pas  osé.  Bien  des  fois  j'ai  été 
jusqu'à  la  porte,  et  je  suis  reparti,  par  crainte  de  vous  importuner;  car  c'aurait  été 
le  pis  qui  pût  m'arriver,  si  vous  aviez  été  trop  lasse  de  moi.  Très  bien,  puisque 
je  puis  m'assurer  qu'il  n'en  est  pas  ainsi."  A  la  fin  de  la  lettre,  il  y  a  des  paroles 
chaleureuses  sur  sa  sœur  Elisabeth.  „Je  suis  extrêmement  heureux  que  tout  aille 
si  bien  pour  ma  chère  sœur.  J'ai  tant  d'affection  pour  elle.  C'est  à  vous,  chère 
Madame  Hansteen,  que  sont  dûs  son  bonheur,  et  la  joie  qu'il  m'a  causé.  —  Il  faut 
que  vous  la  saluiez  le  plus  tendrement  de  ma  part  lorsque  vous  la  verrez.    Je  pense 

toujours  à  elle Mais  adieu,  ma  très  chère,  maternelle  tutrice,  et  gardez  une 

toute  petite  place  dans  votre  coeur  pour  Votre  Abel." 


COPENHAGUE,       KRISTIANIA  81 


C'est  un  soupir  de  regret  vers  la  seule  chose  qu'il  semble  maintenant  pouvoir 
se  réjouir  de  retrouver  à  son  retour.  Il  y  avait  donc  tout  de  même  encore  quelque 
chose,  au  pays  et  en  lui-même,  qui  n'avait  pas  changé. 

Combien  de  temps  les  ressources  d'AfiEL  lui  ont-elles  permis  de  prolonger  le 
séjour  de  Berlin,  nous  ne  le  savons.  A  supposer  que  le  voyage  de  Berlin  à  Copen- 
hague, par  Hambourg  et  Ltibeck,  puis  de  là  jusqu'à  Kristiania,  ait  pris  le  temps 
ordinaire,  il  peut  avoir  quitté  Berlin  vers  le  commencement  de  mai,  c'est-à-dire 
selon  son  plan,  et  avoir  encore  passé  une  huitaine  de  jours,  peut-être  un  peu  plus, 
à  Copenhague,  où  d'après  la  lettre  à  Mme  Hansteen,  il  a  eu  la  joie  de  revoir  Mme 
Friderichsen  et  Charité  Borch.  „Quand  je  pense  au  plaisir  que  vous  avez  eu,  vous 
et  Hansteen,  lorsque  Madame  Friderichsen  et  Charité  ont  été  chez  vous,  je  suis 
positivement  jaloux.  Je  dois  vous  dire  que  je  les  aime  si  cordialement  toutes  les 
deux.  Je  suis  tout  joyeux  du  plaisir  de  les  revoir  quand  j'arriverai  à  Copenhague, 
ce  qui  ne  tardera  sans  doute  pas  extrêmement". 

Mais  à  Copenhague,  il  devait  avant  tout  se  rencontrer  avec  sa  fiancée,  qui 
était  alors  à  Aalborg,  chez  une  sœur,  Mme  Koppel,  et  devait  venir  au-devant  de  lui. 

Cette  rencontre  d'ABEL  à  la  fois  avec  sa  fiancée  et  Charité  fait  penser  natu- 
rellement à  cette  tradition  conservée  dans  la  famille  Hansteen  et  déjà  citée,  d'un 
moment  où  il  aurait  hésité  dans  son  choix  entre  elles  deux.  Si  ce  fut  dans  cette 
circonstance,  sa  confession  à  Mme  Hansteen  à  ce  sujet,  et  l'énergique  intervention 
de  celle-ci  ont  dû  avoir  lieu  peu  après  son  retour. 

Dans  la  courte  lettre  en  français  qu'il  lui  adressa  le  18  août  (lettre  XXVIII) 
il  parle  de  lui-même  en  des  termes  qui  peuvent  indiquer  une  passagère  défaveur, 
en  même  temps  qu'il  parle  avec  une  chaleur  inaccoutumée  de  Mlle  Kemp,  dont  il 
attend,  semble-t-il,  une  lettre  importante.  Ceci  n'est  toutefois  qu'une  conjecture,  — 
il  n'existe  aucune  information  précise  sur  l'époque  exacte  de  cet  incident. 

Après  la  dernière  lettre  d'ABEL  datée  de  Berlin,  il  y  a  une  lacune  dans  la  suite 
des  renseignements  certains  sur  lui-même,  ses  pensées  et  son  humeur,  lacune  assez 
longue,  interrompue  seulement  par  ce  petit  billet  en  français.  Pour  l'exposition  de 
ce  qui  suit  immédiatement,  on  ne  peut  s'appuyer  que  sur  les  pièces  officielles. 

Le  20  mai,  Abel  fut  de  retour  à  Kristiania.  Il  rapportait  plus  d'expérience  des 
victoires  et  des  défaites  de  la  vie  que  la  plupart  n'en  auraient  moissonné 
pendant  la  courte  durée  de  son  absence.     Dans  son  travail,   il  avait  atteint,    en  des 

INTRODUCTION    —    11 


ELLING    HOLST:     INTRODUCTION   HISTORIQUE 


directions  très  différentes,  plus  haut  que  personne.  Et  en  même  temps,  après  avoir 
été  le  messager  plein  de  promesses  de  son  pays,  il  se  voyait  transformé  en  un 
homme  pour  qui  il  n'y  a  plus  de  place. 

Par  la  défaveur  de  l'époque  et  des  circonstances,  les  honneurs  qu'il  avait  déjà 
mérités  comme  l'un  des  maîtres  de  la  science  mathématique  n'étaient  pas  encore 
attachés  à  son  nom.  A  Paris,  son  titre  le  plus  brillant,  toujours  chez  Gauchy, 
n'était  pas  encore  lu;  en  Allemagne,  sa  renommée  se  répandait;  mais  il  avait  cru 
devoir  renoncer  à  en  tirer  profit,  et  dans  son  pays  il  n'était  encore  que  le  „studiosus 
Abel",  un  garçon  aimable,  doux,  un  peu  bizarre,  qui  était,  parait-il,  un  génie,  à  ce 
que  disaient  les  professeurs,  mais  dont  ceux-ci  ne  savaient  eux-mêmes  que  faire. 
Si  Paris  avait  été  pour  lui  une  désillusion,  Berlin  un  renoncement,  son  pays  fut 
ensuite  le  sombre  désespoir.  Que  pouvaient  même  ses  meilleurs  amis  faire  encore 
pour  lui?  Holmboe,  son  plus  intime,  et  celui  qui  le  comprenait  le  mieux,  mais  qui, 
au  point  de  vue  mathématique,  n'atteignait  pas  à  sa  cheville,  s'était  laissé  persuader 
de  prendre  le  seul  poste  de  professeur  qui  s'était  offert.  Et  Hansteen,  qui  avait  rem- 
placé Holmboe  comme  guide  et  mentor,  était  sur  le  point  d'absorber  18000  couronnes 
du  budget  de  l'état,  somme  colossale  pour  notre  situation  à  cette  époque,  et  cela 
pour  une  entreprise  purement  scientifique,  dont  le  but,  à  la  manière  dont  alors  nous 
considérions  les  choses,  ne  pouvait  guère  paraître  avantageux  au  pays  au  point  de 
vue  financier.  Il  était  difficile  de  penser  qu'on  eût  le  moyen  de  faire  encore  d'autres 
dépenses  de  cette  espèce. 

Abel  a  certainement  très  vite  jugé  la  situation.  La  seule  issue  qui  pût  lui 
être  ouverte  pour  obtenir  quelquechose,  était  de  frapper  à  la  porte  du  conseil 
académique.  Au  bout  de  quelques  jours  de  réflexion,  pendant  lesquels  il  a  certaine- 
ment làté  le  terrain  et  pris  conseil  auprès  de  ses  amis,  il  adressa  la  note  toute 
simple,  très  modeste,  du  2  juin  (doc.  XLV),  où  il  annonce  son  retour  et  remercie 
le  conseil  de  son  aide  puissante  pour  tout  ce  qu'il  a  jusqu'alors  obtenu,  et  ter- 
mine en  se  recommandant  de  nouveau  à  „sa  faveur  bienveillante".  Si  l'univer- 
sité, avant  le  départ  d'AsEL,  avait  fait  des  démarches  pour  que  la  petite  bourse 
qu'il  avait  auparavant  ne  fût  pas  supprimée,  lorsque  fut  consentie  la  bourse  de 
voyage,  elle  aurait  pu  s'épargner  ensuite  beaucoup  de  peine  et  de  soucis  qui  furent 
inutiles.  On  éprouve  une  impression  déprimante  à  lire  la  série  de  documents  (doc. 
XLVI — L)  qui  contient  l'échange  de  notes  sur  Abel  et  sa  situation  entre  les 
autorités  de  l'université  et  des  ministères. 


DIFFICULTÉS    CROISSANTES  83 


Dès  le  5  juin,  le  conseil  écrit  au  ministre  Treschow,  alors  prochancelier  de 
l'université,  l'informe  du  retour  d'AfiEL,  et  regrette  que  la  situation  financière  mette 
l'université  dans  l'impossibilité  d'offrir  à  Abel  „la  subvention  dont  il  a  besoin,  étant 
pour  le  moment  sans  situation".  Le  conseil  demande  „la  puissante  influence"  du 
prochancelier  pour  procurer  à  Abel  une  nouvelle  subvention  provisoire  sur  les  fonds 
publics,  et  rappelle  la  bourse  qu'il  avait  eue  précédemment.  La  recommandation 
du  ministre  Treschow  vient  quelques  jours  plus  tard.  La  note  est  envoyée  au 
ministère  de  l'instruction  publique,  et  de  là  au  ministère  des  finances.  Mais  là  on 
fait  la  sourde  oreille.  „En  renvoyant  la  demande  du  conseil  académique  relative 
à  une  subvention  provisoire  pour  l'étudiant  Abel  sur  le  Trésor,  reçu  avec  la  lettre 
de  l'honorable  ministère  du  13  de  ce  mois,  on  fait  savoir,  qu'il  ne  sera  plus  possible 
de  rien  donner  sur  le  Trésor  dans  le  but  indiqué." 

La  réponse,  refus  catégorique  et  froid,  ne  contient  pas  la  moindre  trace  de 
regret,  ne  donne  pas  la  moindre  lueur  d'espoir.  Nous  pouvons  nous  représenter 
avec  quelle  tristesse  le  conseil  a  dû  informer  Abel  de  ce  pénible  résultat.  Tous 
ses  membres  avaient  pour  lui  une  chaude  sympathie.  Ils  ont  eu  certainement 
l'intuition,  s'ils  ne  l'ont  pas  pleinement  compris,  qu'ils  avaient  en  lui  une  force 
inaliénable,  si  on  pouvait  le  conserver  à  l'université. 

Mais  ce  coup  frappa  d'une  manière  infiniment  plus  sensible  Abel  lui-même. 
Lorsqu'ABEL,  tout  jeune  étudiant,  avait  dû  vivre  de  la  bienfaisance  privée  des 
professeurs,  c'était  sans  doute  assez  dur;  du  moins  il  y  avait  une  grande  satisfaction 
dans  la  sollicitude  dont  l'entouraient  ses  bienfaiteurs.  Maintenant  qu'il  avait  cette 
conscience  de  sa  valeur,  qui  est  la  récompense  d'une  œuvre  importante  accomplie, 
ce  dut  lui  être  une  douleur  dont  nous  avons  peine  à  nous  faire  idée,  d'avoir  recours 
aux  emprunts  près  de  ces  amis,  ou  peut-être  à  leur  table. 

Et  la  pire  époque  de  sa  misère  coincidait  avec  les  grandes  vacances,  le  moment 
où  personne  ne  prenait  de  leçons,  où  il  n'y  avait  aucun  travail  scolaire  à  trouver. 
Les  dettes  croissaient  de  tous  les  côtés,  tant  celles  qu'il  fallait  payer  en  espèces 
sonnantes,  que  celles,  et  souvent  non  les  moins  pénibles,  qui  provenaient  de  fréquents 
services  d'amis,  acceptés  par  nécessité. 

Combien  Abel  s'est  trouvé  pressé  et  tourmenté,  on  peut  le  comprendre  à  ce 
fait  qu'après  le  froid  refus  du  ministère,  il  s'adresse  de  nouveau  dès  le  23  juillet 
au  conseil  (doc.  LI). 


ELLING    HOLST:     INTRODUCTION    HISTORIQUE 


Ce  n'est  pas  uniquement  le  besoin  d'argent  qui  le  pousse.  C'est  bien  plus  la 
pensée  de  ce  que  vont  devenir  ses  idées  mathématiques;  il  se  demande  si  elles 
vont  être  perdues,  parce  que  son  temps  sera  absorbé  par  un  travail  épuisant  et  peu 
rémunérateur  de  professeur  dans  une  école  ou  de  répétiteur,  et  si  par  suite  toute 
chance  est  évanouie  de  jouir  de  cette  tranquillité  laborieuse,  pour  laquelle  il  avait 
surtout  désiré  revenir  au  pays. 

La  lettre  a  encore  ce  caractère  de  simplicité,  de  modestie  absolue,  qui  signale 
toutes  ses  pétitions  officielles,  et  la  manière  dont  il  exprime  sa  conviction  d'être  tout- 
à-fait  apte  à  une  situation  de  professeur  à  l'université  ne  peut  pas  être  plus  simple 
et  plus  digne.  Il  en  est  de  même  de  la  façon  dant  il  parle  de  sa  pénurie,  qui  a 
duré  depuis  son  retour.  Mais  ce  qui  l'inquiète  le  plus  est  que  cela  retombera  sur 
ses  études  et  ses  travaux  de  rédaction,  et  pourra  „interrompre  une  carrière  d'auteur 
déjà  commencée  à  l'étranger,  ayant  été  notamment  collaborateur  dans  le  „Journal 
der  reinen  und  angevvandten  Mathematik"  de  Crelle,  paraissant  à  Beriin, 
dont  je  prends  la  liberté  de  joindre  les  cahiers  parus  jusqu'à  présent.  J'ose  donc 
demander  au  haut  conseil  une  subvention,  aux  conditions  que  le  conseil  trouvera 
convenables." 

Si  la  pétition  d'ABEL  est  claire,  calme,  et  pressante,  elle  a  aussi  produit  grande 
impression.  Le  conseil  fait  de  nouveau,  et  de  bonne  grâce,  tout  ce  qu'il  peut. 
Malgré  la  précédente  réponse  catégorique,  qui  semble  avoir  pour  but  de  couper 
court  à  toute  discussion  ultérieure,  ses  membres  ne  reculent  pas  devant  ce  qu'ils 
considèrent  comme  leur  devoir  impérieux  (doc.  LII),  „de  recommander  [pour  la 
seconde  fois]  cette  affaire  à  l'attention  bienveillante  du  ministère  royal  [c.  a.  d.  du 
gouvernement]."  Après  avoir,  manifestement  ému  des  renseignements  fournis  par 
Abel,  si  peu  abondants  fussent-ils,  mentionné  que  le  mérite  de  ses  travaux  est 
aussi  reconnu  à  l'étranger,  le  conseil  fait  valoir  de  nouveaux  et  puissants  motifs. 
Les  grands  encouragements  qu'ABEL  a  reçus  depuis  longtemps  de  la  part  des  pouvoirs 
publics,  lorsque  Abel  leur  consacre  son  travail  et  son  talent,  engagent  par  contre 
celui-ci,  aujourd'hui  que  sa  réussite  a  tout-à-fait  répondu  aux  espérances  „que  faisaient 
naître  son  remarquable  talent.  Il  serait  en  conséquence  peu  équitable,  maintenant 
qu'il  a  atteint  dans  sa  science  un  niveau  plus  élevé,  et  qu'il  n'a  pas  déçu  les  espé- 
rances que  l'on  fondait  sur  son  talent  remarquable,  d'en  venir  à  le  mettre  dans  la 
nécessité  d'abandonner  la  science,  afin  de  pouvoir  gagner  le  minimum  indispensable." 


SUBVENTION  NOUVELLE.   REGARD  EN  ARRIÈRE  SUR  LES  «RECHERCHES»       85 

La  subvention  provisoire  dont  il  s'agissait  ne  devait  d'ailleurs  pas  être  de 
longue  durée,  puisque  le  prochain  voyage  de  Hansteen  en  Sibérie  rendrait  bientôt 
nécessaires  les  services  d'ABEL  à  l'Université.  Le  conseil  propose  d'accorder  200  spd. 
par  an  à  dater  de  son  retour  de  l'étranger  jusqu'à  ce  qu'il  ait  un  emploi.  La 
lettre,  heureusement,  n'alla  cette  fois  que  jusqu'au  ministère  de  l'instruction  publique. 
Celui-ci  avait  suffisamment  compris  l'opinion  du  ministère  des  finances.  Il  ne 
pouvait  être  question  d'aucune  dépense  sur  le  Trésor.  Le  ministère  (doc.  LUI) 
indique  donc  ce  moyen  „d'aider  M.  Abel  au  moyen  d'une  avance  sur  la  caisse  de 
l'Université,  qui  pourra  être  remboursée  lorsque,  ainsi  que  la  lettre  du  conseil  en 
donne  l'assurance  certaine,  il  sera  fait  appel  aux  services  de  M.  Abel  à  l'Université". 

Le  moyen  du  ministère  consistait  donc  dans  une  avance  faite  à  Abel  et 
remboursable  sur  le  faible  traitement  qu'il  pouvait  espérer  comme  professeur  adjoint, 
délégué  pendant  l'absence  de  Hansteen.  On  évitait  ainsi  de  charger  le  budget 
une  fois  voté,  que  le  ministère  des  finances,  à  cette  époque  de  parcimonie,  s'était 
si  absolument  refusé  à  dépasser.  Le  conseil,  afin  d'avoir  un  point  d'appui  solide 
pour  la  résolution,  différente  de  la  proposition  du  ministère,  mais  très  réfléchie, 
qu'il  prit  alors,  demanda  (doc.  LV)  l'avis  de  la  faculté,  et  joignit  les  cahiers  du 
journal  de  Crelle  remis  par  Abel.  L'avis  de  la  faculté,  on  le  savait,  serait  le 
meilleur  en  cette  affaire.  Il  est  d'ailleurs  bref  et  bon  (doc.  LVI),  et  recom- 
mande Abel  pour  l'obtention  de  la  subvention  que  le  conseil  serait  en  mesure  de 
lui  offrir". 

Tout  cet  échange  de  notes  (doc.  LU— LVI)  a  prolongé  de  plus  de  six  semaines 
la  période  la  plus  misérable  qu'ABEL  ait  traversée;  mais  le  4  septembre  le  conseil 
informe  le  caissier  de  l'Université  que  sur  le  fonds  des  bourses  de  l'Université,  il 
est  accordé  à  Abel  200  spd.  à  titre  de  subvention  pour  une  année  à  dater  de  juillet 
(ce  mois  inclus).  Le  caissier  devait  lui  payer  là-dessus  immédiatement  une  avance  de 
100  spd.,  le  reste  par  mois.  Il  est  visible  qu  le  conseil  était  parfaitement  au  courant 
des  dettes  qui  le  pressaient.  Toutefois,  pour  les  autres  mois,  le  secours  ainsi  offert 
par  l'université  fut  de  10  spd.  —  40  couronnes  —  par  mois,  somme  dont  on  ne 
pouvait  vraiment  ni  vivre,  ni  mourir.* 


*  Et  pourtant  le  conseil  eut  ensuite  à  se  défendre.  Ayant  choisi  le  moyen  d'accorder  cette 
somme  à  titre  de  bourse,  le  conseil  a  le  droit,  dans  une  certaine  mesure,  de  repousser  le 
reproche  du  ministère  de  n'avoir  pas  fait  rembourser  par  Abel  cette  misérable  subvention 
sur    son   traitement   ultérieur   de    docent,    mais   par  contre  reçoit  des  reproches  du  ministère 


86  ELLING   HOLST:     INTRODUCTION    HISTORIQUE 


Et  encore  Abel  ne  jouit  même  pas  de  cette  subvention  toute  entière.  Elle  lui 
fut  rognée  d'avance,  au  moment  même  où  il  allait  la  toucher.  Son  père  avait 
autrefois  signé,  au  moment  où  l'on  se  cotisait  pour  l'Université  nouvellement 
instituée,  un  acte  de  donation  d'une  demi-tonne  de  grain  par  an  grevant  la 
petite  ferme  de  Lunde,  qu'il  possédait  à  Gjerstad.  Mais  rien  n'en  fut  payé,  et  le  27 
août  (doc.  LIV),  nous  voyons  Abel,  dans  l'espoir  d'être  attaché  à  l'Université,  se 
charger  de  payer  cette  dette  de  son  père,  soit  environ  26  spd.,  par  à-compte,  et 
accepter  de  l'acquitter  dorénavant  à  la  place  de  sa  mère.  Ainsi  l'Université  reprit 
d'une  main  une  partie  de  ce  qu'elle  avait  donné  de  l'autre.* 

C'est  une  chose  extraordinaire  de  voir  l'activité  infatigable  et  l'énergie  avec 
lesquelles,  à  travers  les  vicissitudes  poignantes  de  cet  été,  Abel  a  quand  même 
poursuivi  son  travail.  Un  peu  plus  de  quinze  jours  après  la  décision  définitive  du 
conseil  dans  l'affaire  de  la  bourse,  et  la  fixation  de  la  première  somme  à  toucher, 
commence  l'impression  du  premier  grand  et  important  chapitre  de  ses  „Recherches". 
Dans  ce  chef-d'œuvre  de  clarté  parfaite  et  d'exposition  classique,  les  particularités  des 
fonctions  elliptiques  apparaissaient  tout  à  coup  dans  une  lumière  entièrement 
nouvelle,  où  elles  n'avaient  été  vues  jusqu'alors  que  par  un  seul  chercheur,  Gauss, 
qui  avait  tout  gardé  pour  lui,  soit  qu'il  fût  étrangement  insensible  au  bonheur  de 
pouvoir  présenter  des  vérités  nouvelles  solidement  établies,  soit  parcequ'il  s'était 
habitué  pendant  une  suite  d'années  à  de  tels  sacrifices,  afin  de  mieux  remplir  les 
obligations  de  sa  situation. 

Les  préliminaires,  ou  du  moins  certaines  des  idées  conductrices,  de  ce  fondement 
d'une  nouvelle  théorie  des  fonctions,  peuvent  être  suivis  avec  certitude  sur  plusieurs 
points,  en  remontant  jusqu'avant  son  départ  de  Kristiania  (v.  p.  29).  Mais  pendant 
le  voyage,  avec  ses   découvertes   dans   la  théorie  des  équations,  quantité  de  sujets 


pour  avoir  abusé  du  fonds  des  bourses.  Le  conseil  reconnait  le  fait,  régularise  les  choses, 
et  l'affaire  est  classée.  Cet  épilogue  n'a  lieu,  toutefois,  que  dans  le  courant  de  l'été  de 
l'année  suivante  (doc.  LXXV-LXXXII). 
*  A  la  mort  d'AsEL  la  dette  était  couverte  pour  les  années  1813 — 27  (doc.  LXXVIII).  Il  restait 
à  payer  deux  années,  et  le  paiement  incomba  de  nouveau  à  la  mère,  qui,  le  30  juillet  1830, 
se  vit  obligée  d'adresser  au  roi  une  pétition  pour  être  exemptée,  tant  du  reste  de  l'arriéré  que 
de  toute  charge  à  l'avenir.  La  pétition  fut  appuyée  par  le  pasteur  de  paroisse  de  la  Gjerstad, 
le  conseil  académique  et  le  prochancelier  de  l'université,  et  il  y  fut  fait  droit  par  décret  royal 
du  30  octobre  de  la  même  année.  La  pétition  originale  et  les  autres  documents  ont  été 
trouvés  aux  archives  du  royaume  par  M.  Stermer. 


ABEL   NOMMÉ   SUPPLÉANT   DE   HAN8TEEN  g7 


nouveaux  l'en  ont  écarté  et  l'ont  retenu.  Cependant  il  a  fait  à  Paris  de  nouvelles 
trouvailles,  dont  il  est  lui-même  étonné,  celles  dont  il  est  si  enchanté  dans  les  deux 
lettres  à  Holmboe  (lettres  XXII  et  XXVI),  et  nous  savons  qu'il  en  entreprit  alors 
avec  une  grande  ardeur  la  rédaction,  primitivement  dans  le  but  de  gratifier  de  ce 
travail  les  annales  de  Gergonne.  Il  n'en  fut  pourtant  rien.  Evidemment  le  mémoire 
s'est  enflé.  Le  travail  a  été  continué  activement  à  Berlin,  et  j'imagine  que  la 
partie  qui  est  à  l'impression  dans  le  courant  de  septembre  n'a  été  achevée  qu'à 
Kristiania.  Kœnigsberger  fait  une  remarque  très  juste  sur  la  clarté  limpide  de  ce 
mémoire  pour  les  lecteurs  d'aujourd'hui,  par  opposition  avec  la  difficulté  qu'ont 
éprouvée  à  l'étudier  même  les  mathématiciens  les  plus  avancés,  lors  de  son  appari- 
tion. La  raison  en  est  évidemment  dans  la  nouveauté  même  des  considérations 
qui  étaient  mises  en  valeur,  et  qui  à  notre  époque,  grâce  à  ce  travail  fondamental, 
et  d'autres  travaux  d'AfiEL,  de  Jacobi  et  de  l'école  de  la  théorie  modeine  des  fonc- 
tions, appuyée  sur  eux,  sont  devenues  dans  l'intervalle  un  domaine  commun.  Le 
fait  énoncé  par  Kœnigsberger  donne  une  preuve  irréfragable  de  l'importance  de  la 
révolution  causée  par  les  nouvelles  idées  d'ABEL. 

Mais  l'activité  d'AsEL  n'était  sûrement  pas  concentrée  sur  un  travail  unique, 
pas  plus  maintenant  que  d'habitude.  Ses  études  sur  la  théorie  des  équations  avaient 
déjà  empiété,  et  plus  tard  empiétèrent  constamment  sur  ses  études  relatives  à  la 
théorie  des  fonctions,  et  sa  pénétration  de  plus  en  plus  profonde  dans  la  première 
profite  sur  des  points  innombrables  à  son  travail  dans  la  dernière,  et  donne  des 
ailes  à  ses  progrès:  il  ne  peut  donc  jamais  s'arrêter. 

Un  travail  tellement  incessant  dans  des  conditions  aussi  déprimantes  que  celles 
où  vivait  Abel  à  cette  époque,  aurait  pu  miner  une  nature  plus  vigoureuse  que  la 
sienne.  Et  nous  entendons  parier  plus  souvent  désormais  de  maladies  qui  l'arrêtent 
dans  son  travail. 

Cependant  l'Université  commençait  tout  doucement  à  s'occuper  de  la  meilleure 
marche  à  suivre  à  propos  du  prochain  départ  de  Hansteen.  Sur  la  demande  du 
ministère  de  l'instruction  publique,  le  conseil  s'adresse  le  18  septembre  (doc.  LVIII) 
à  la  faculté  de  philosophie  en  l'invitant  à  exprimer  son  avis  dans  cette  affaire,  et 
le  6  octobre,  Hansteen  adresse  au  conseil  une  communication  détaillée  dont  les 
premières  lignes  concernent  Abel  et  sont  insérées  comme  doc.  LIX.  Après  avoir 
succinctement  motivé  la  nécessité  de  la  nomination,  pour  un  an  et  demi  à  deux 
ans  que  devait  durer  son  voyage,  d'un  docent  qui  pût  se  charger  des  leçons  d'astro- 


ELLING   HOLST:     INTEODUCTION    HISTORIQUE 


nomie  pour  r„examen  philosophicum",  et  „au  cas  où  quelque  étudiant  en  minéra- 
logie se  ferait  inscrire",  il  dit  que  „M.  l'étudiant  N.  Abel"  s'est  déclaré 
disposé  à  se  charger  de  ce  travail.  Le  reste  de  la  lettre  donne  une  triste 
confirmation  de  l'étroitesse  de  notre  vie  à  cette  époque.  Elle  est  fournie  par  la 
crainte  de  Hansteen  d'avoir  à  payer  lui-même,  sur  son  médiocre  traitement  de 
professeur,  les  appointements  de  son  suppléant.  Ce  n'est  évidemment  pas  une 
pensée  de  calcul  personnel,  ni  le  désir  de  gagner  quelquechose  au  détriment  d'un 
autre,  qui  lui  dicte  sa  phrase,  mais  uniquement  cette  préoccupation  que  sa  famille 
ne  manque  pas  du  nécessaire  en  son  absence,  et  surtout  que  sa  femme,  par  suite 
d'une  interruption  dans  les  versements  nécessaires  à  la  caisse  des  veuves,  ne  puisse 
pas  se  trouver  tout-à-coup  sans  moyens  d'existence  assurés,  an  cas  où  il  succom- 
berait pendant  le  voyage.  Il  invoque  le  petit  nombre  de  précédents  qui  avaient  pu 
jusqu'alors  se  présenter  à  notre  jeune  Université,  et  l'homme  ardent,  qui  s'intéres- 
sait à  tout,  que  nous  connaissons  d'autre  part,  est  transformé  en  un  père  de  famille 
soucieux.  S'il  en  a  été  ainsi  à  cette  époque  pour  un  homme  d'une  situation  floris- 
sante, nous  pouvons  comprendre  ce  que  cela  a  dû  être  pour  la  maigre  situation 
d'ABEL,  endetté  et  presque  dénué  de  tout  moyen  d'existence. 

Le  conseil  renvoya  les  questions  de  Hansteen  à  la  faculté  (doc.  LX),  et  celle-ci 
donne  une  réponse  nette  et  claire  et  propose  de  partager  les  fonctions  de  Hansteen 
entre  Abel  et  Holmboe,  de  telle  sorte  que  le  premier  devrait  se  charger  de 
son  enseignement  à  l'université,  et  le  second  du  soin  des  instruments  et  de  la 
préparation  de  l'almanach,*  et  elle  répond  tout  bonnement  aux  inquiétudes  de 
Hansteen  „que  si  l'Etat  a  voulu  la  chose  il  a  dû  en  vouloir  aussi  les  moyens",  ce 
qui  fut  transmis  par  le  conseil,  le  10  décembre  (doc.  LXI)  an  ministère  de  l'instruc- 
tion publique,  avec  l'apostille  conforme  du  prochancelier.  On  n'ose  pourtant  pas  pro- 
poser pour  la  situation  d'ABEL  un  traitement  aussi  élevé  que  le  traitement  ordinaire 
des  docents.  Celui-ci  était  de  600  spd.,  le  conseil  n'ose  proposer  que  400.  C'était 
du  moins  pour  Abel  comme  une  première  lueur  de  jour,  bien  qu'il  ne  dût  pas 
profiter  de  ses  nouvelles  fonctions  avant  un  trimestre  exactement,  car  ce  n'est  que 
le  10  mars  de  l'année  suivante  (doc.  LXIX)  que  le  conseil  peut  l'informer  qu'il  est 
nommé,  et  l'invite  à  „s'occuper  le  plus  vite  possible  des  conférences  aux  étudiants 
qui  se  préparent  à  l'examen  philologico-philosophique". 


♦  Pour  plus  de  détails  sur  l'almanach,  v.  doc.  LXI. 


RIVALITÉ    AVEC    JACOBI 


Mais  en  attendant,  Hansteen,  quoique  son  départ  n'eût  lieu  que  le  19  mai, 
avait  tant  de  choses  à  organiser  que,  dès  le  commencement  de  l'année,  il  avait  pu 
procurer  à  Abel  un  autre  emploi,  beaucoup  moindre,  il  est  vrai:  Abel  fut  en  effet 
chargé  de  deux  des  trois  leçons  consacrées  par  semaine  par  Hansteen  à  l'école  mili- 
taire supérieure.*  Par  suite  il  était  payé  à  raison  des  deux  tiers  du  traitement  de 
Hansteen,  qui  était  de  200  spd.  C'est  un  surplus  d'un  peu  plus  de  11  spd.  (pas 
tout  à  fait  62  francs)  par  mois.  Il  put  entrer  en  fonctions  dès  la  fin  des  vacances 
de  Noël. 

Nous  avons  maintenant  suivi  la  pire  époque  d'AsEL  au  point  de  vue  pécuniaire 
jusqu'au  moment  où  l'état  le  prend  à  son  service  comme  suppléant,  et  lui  donne 
ainsi  le  peu  dont  ensuite  il  lui  fallut  vivre.  C'était  à  peine  suffisant  pour  vivre  au 
jour  le  jour. 

Nous  approchons  du  moment  où  commence  la  rivalité,  de  plus  en  plus 
discutée  pendant  le  siècle  dernier,  avec  Jacobi.  Abel  avait  publié,  sans  soupçonner 
l'existence  d'un  concurrent  dans  l'étude  des  fonctions  elliptiques,  son  mémoire  sensa- 
tionnel, la  première  partie  des  „Recherches",  dans  le  journal  de  Crelle,  en  même 
temps  que  Jacobi  perce  dans  les  „Astronomische  Nachrichten"  de  Schumacher. 
Mais  comme  les  conséquences  de  ce  fait  ne  pénètrent  la  vie  d'ABEL  qu'au  cours  du 
printemps  de  1828,  nous  avons  encore  le  temps  de  décrire  tranquillement  les  circon- 
stances dans  lesquelles  il  cherchait,  autant  que  possible,  consolation  et  calme,  et  où 
il  a  en  effet  trouvé  personnellement  satisfaction.  Justement  en  l'année  1828  com- 
mencèrent à  se  développer  chez  nous  des  relations  conscientes  dans  les  travaux 
scientifiques.  La  „Throndhjemske  Selskab"  fondée  en  1760  par  Gunnerus,  Schoning 
et  P.  F.  Suhm,  devenue  en  1767  „Det  Kongelige  Norske  Videnskabers  Selskab" 
(Société  royale  norvégienne  des  Sciences),  avait  jusqu'alors,  autant  que  possible, 
réuni  le  travail  disséminé  et  le  peu  de  capacités  savantes  que  notre  pays  pouvait 
présenter  alors,  autour  d'un  centre  dont  il  ne  faudrait  pas  déprécier  l'importance. 

La  fondation  de  l'Université  devait  nécessairement  conduire  à  un  nouvel  état  de 
choses,  et  cela  ne  manqua  pas  en  effet.  Abel  put  voir  le  début  de  ce    changement, 


•  La  troisième  heure  de  leçon  fut  confiée  au  capitaine  du  génie,  plus  tard  major-général 
Theodor  Broch,  oncle  de  0.  J.  Broch,  connu  plus  tard  comme  mathématicien,  physicien  et 
homme  d'état. 

INTRODUCTION    —    12 


90  ELLiNG  holst:    introduction  historique 

au  moment  même  où  son  mérite  fut  reconnu  par  l'ancienne  société  scientifique;  le 
temps  ancien  tendait  ainsi  la  main  au  nouveau.  A  ce  moment  seulement,  son  petit 
mémoire  d'avant  le  voyage  (p.  19)  fut  inséré  dans  les  publications  de  la  Société  de 
Throndhjem.  Il  fut  envoyé  par  Hansteen,  surtout,  je  pense,  pour  procurer  à  Abel 
un  nouveau  débouché  dans  le  pays  pour  l'impression  de  ses  nombreux  travaux, 
puisque  le  „Magazin",  de  l'avis  de  Hansteen  aussi  bien  que  d'ABEL,  ne  leur  conve- 
nait vraiment  pas.  Mais  cela  lui  valut  une  marque  de  distinction  et  le  titre  de 
membre  de  la  vieille  société  de  Gunnerus  et  de  Suhm,  qui  ne  pouvait  se  douter 
alors  que  son  nom  fût  le  plus  grand  dont  elle  pût  honorer  et  parer  son  action 
scientifique.  Il  est  possible  que  cela  ait  été  un  événement  pour  lui,  dans  notre 
société;  mais  il  n'y  a  aucun  indice  qui  montre,  soit  qu'il  ait  recherché  cette  distinc- 
tion, soit  qu'elle  ait  particulièrement  occupé  son  esprit. 

Mais  peu  après,  comme  nous  l'avons  fait  prévoir,  il  fut  témoin  de  la  fondation 
d'une  nouvelle  société  scientifique  de  forme  plus  moderne,  et  avec  des  moyens  plus 
étendus,  et  il  y  prit  part  lui-même,  quoique  pendant  un  an  seulement  et,  en  raison 
de  la  spécialité  de  son  propre  domaine,  il  en  fut  membre  avec  intérêt,  mais  non  de 
manière  active. 

Le  monde  scientifique  de  Kristiania,  dont  le  „Magazin"  était  l'organe  public, 
était  en  effet  alors  occupé  à  s'organiser,  par  besoin  de  se  réunir  et  de  sentir  une 
communauté  intellectuelle.  L'idée  d'une  semblable  association  peut  être  suivie 
jusque  dix  ans  en  arrière;  mais  les  projets  préparés  depuis  longtemps  ne  furent 
réalisés  qu'au  commencement  de  1828  dans  „Den  physiographiske  Forening",  où 
Abel  fut  admis,  le  4  février  de  la  même  année.  En  recherchant  certains  détails 
sur  le  cercle  de  savants,  jeunes  et  âgés,  qui  entouraient  Abel,  je  suis  tombé  par 
hasard  sur  un  renseignement  de  Hansteen  dans  le  8°^®  volume  du  „Magazin",  con- 
tribution intéressante  à  ce  que  nous  savons  déjà  de  la  vie  et  des  goûts  d'ABEL  au 
temps  où  il  était  à  l'école,  et  qu'il  me  faut  rapporter  ici,  les  pages  où  ceci  aurait  dû 
trouver  sa  place  étant  depuis  longtemps  imprimées.  Hansteen  raconte:  „Plusieurs 
de  nos    étudiants    distingués,    savoir  Keilhau,    Boeck,  Schenk,*   Abel,   Heiberg**  et 


*  Probablement  un  fils  du  médecin-major  J.  U.  G.  Schenck. 
**  Plus  tard  le  chirurgien  bien  connu,  professeur  Christen  Heiberg,  né  en  1799,  étudiant  en  1817, 

lecteur    à   l'université    en    1828,    fonda    en    1833    la    société  norvégienne  de  médecine  avec  le 

médecin-major  Hjort,  et  mourut  en  1872. 


»DEN    PHYSIOGRAPHISKE    FORENING»  91 

Hjort  avaient  fondé  en  1819  une  société  littéraire.  Ils  se  réunissaient  une  fois  par 
semaine,  et  lisaient  de  menus  travaux  scientifiques."  Après  avoir  ensuite  mentionné 
la  découverte  du  Jotunheim  par  Keilhau  et  Boeck  l'année  suivante,  d'une  manière 
qui  indique  clairement  l'importance  de  cette  découverte  remarquable,  à  cause  de 
l'impulsion  qu'elle  se  trouva  donner,  il  raconte  comme  une  de  ses  conséquences  les 
efforts  des  jeunes  et  ardents  chercheurs  pour  fonder  une  association  physiographique, 
„dont  le  but  serait  d'étudier  le  pays  au  point  de  vue  surtout  physique,  et  aussi 
géographique."  Ces  efforts  contribuèrent  à  faire  voter  par  le  storthing,  en  1824,  pour 
le  première  fois  sur  la  proposition  du  professeur  Sverdrup,  une  somme  annuelle 
pour  des  voyages  scientifiques  dans  le  pays,  un  des  moyens  en  réahté  les  plus 
efficaces  que  nous  ayons  encore  aujourd'hui  pour  former  de  jeunes  savants. 

Cependant,  en  raison  du  voyage  à  l'étranger  de  Keilhau  et  de  Boeck,  l'asso- 
ciation ne  commença  à  fonctionner  qu'à  partir  de  1828.  Ses  fondateurs  sont,  outre 
Keilhau  et  Boeck,  Hansteen,  le  professeur  (d'université)  Maschmann,  le  professeur 
(overlœrer)  Moller,  ainsi  que  des  historiens:  le  professeur  d'économie  politique 
Gregers  Lundh  et  le  capitaine  G.  Munthe,  qui  a  étudié  la  géographie  historique  du 
moyen-âge.  L'association  tenait  des  réunions  mensuelles  chez  les  divers  membres 
à  tour  de  rôle.  Les  conférences  traitaient  principalement  de  physique  et  d'histoire 
naturelle.  Une  des  fonctions  les  plus  importantes  qu'assuma  l'association,  fut  la 
publication  du  „Magazin",  dont  fut  déchargé  la  professeur  Hansteen,  qui  devait  y 
renoncer  à  cause  de  son  voyage.  Il  est  visible  que  les  séances  de  cette  active 
société  ont  été  très  agréables  et  distrayantes  pour  Abel;  car,  d'après  les  registres 
encore  conservés,  il  est  parmi  les  membres  les  plus  assidus.  Au  nombre  des  amis 
qu'il  y  rencontrait,  il  est  intéressant  de  noter  Jens  Johan  Hjort,  plus  tard  médecin- 
major,  un  de  ceux  qui  avaient  fait  partie  de  la  petite  société  de  1819,  et  l'un  des 
rares,  choisis  par  Keilhau  pour  contribuer  à  l'érection  du  monument  funéraire 
d'ABEL.  —  Une  autre  éminente  personnalité,  qui  a  dû  tenir  de  près  à  Abel,  mais 
dont  le  nom  ne  se  trouve  pas  parmi  les  membres  de  l'association,  est  le  professeur 
MiCHAEL  Skjelderup,  qui  contribua  aussi  au  monument.  Quelles  relations  d'amitié 
ou  de  simple  connaissance  s'établirent  entre  Abel  et  cet  homme  bienfaisant,  au 
cœur  chaud,  qui  approchait  alors  de  la  soixantaine,  je  n'ai  pas  réussi  à  l'éclaircir. 
Une  tradition  à  demi  oubliée,  dont  je  n'ose  garantir  l'exactitude,  rapporte  qu'AsEL 
fréquentait  chez  lui  presque  comme  un  enfant  de  la  maison. 


92  ELLING   HOLST:     INTRODUCTION    HISTORIQUE 

Dans  „rAssociation  physiographique"  avec  sa  composition  complexe,  où  la 
mathématique  était  la  seule  science  exacte,  et  ne  pouvait  espérer  d'exciter  l'intérêt 
de  la  plupart,  Abel  n'a  pu  que  recevoir  sans  donner.  Il  avait  du  moins  là  quel- 
ques uns  de  ses  amis  les  meilleurs,  et  qui  le  comprenaient  le  mieux,  surtout  Keilhau 
et  Boeck,  à  qui  l'amitié  et  les  sympathies  scientifiques,  d'après  les  renseignements 
cités  de  Hansteen,  l'avaient  attaché,  deux  ans  au  moins  avant  sa  sortie  de  l'école. 
Ce  fait  a  été  pour  moi  une  nouveauté  surprenante,  car  je  ne  l'ai  vu  mentionner  dans 
aucune  biographie  antérieure  de  lui,  mais  cela  jette  une  pleine  lumière  sur  l'intime 
amitié  qui  existait  entre  eux.  Je  dois  d'autant  plus  insister  sur  ce  point  que  je  me 
suis  précédemment  (p.  34)  placé  dans  une  autre  hypothèse. 

„L'association  physiographique"  était  notre  petite  „académie  des  sciences", 
au  moins  jusque  vers  1850.*  Ainsi  s'exprimaient  l'un  après  l'autre  des  membres 
comme  M.  N.  Blytt,  Michael  Sars  etc.,  en  un  mot,  les  représentants  de  la  science 
norvégienne  à  ses  débuts. 

J'ai  essayé  de  donner  une  idée  des  efforts  scientifiques  auxquels  la  jeune 
génération,  et  surtout  Keilhau  et  Boeck,  avaient  donné  le  branle,  que  Hansteen  avait 
appuyés  de  son  nom  et  de  son  ardeur  toujours  énergique,  et  auxquels  Abel  avait 
pris  part  comme  spectateur  intéressé.  Mais  soudain  il  vit  un  concurrent  envahir 
son  propre  domaine,  que  personne  jusqu'alors  n'avait  foulé.  Et  du  coup  il  fut 
arraché  à  la  fois  à  le  pensée  de  ses  difficultés  financières  et  à  ses  projets  scienti- 
fiques, et  cela  l'absorba  bien  autrement  que  la  petite  association  locale.  Alors 
commença  la  série  de  travaux  qui,  plus  qu'aucun  de  ses  travaux  antérieurs,  attira 
sur  lui  l'attention  du  monde  scientifique,  requit  toutes  ses  forces,  et  lui  mit  l'esprit 
en  feu  à  tel  point,  que  cela  contribua  certainement  à  hâter  sa  fin.  Au  cours  des 
mois  lamentables  qui  vont  de  son  retour  jusqu'au  moment  où  le  voyage  de  Hansteen 
lui  procura  un  médiocre  revenu,  le  profit  qu'il  avait  retiré  des  mathématiques  dans 


„Le  registre  de  l'association  est  conservé  au  secrétariat  de  l'Université,  mais  il  n'est  tenu 
exactement  que  jusqu'en  1848.  Nominalement  elle  a  publié  le  remplaçant  du  vieux  „Magazin", 
le  „Nyt  Magazin",  jusqu'en  1873.  Sur  le  titre,  aux  mots  „publié  par  l'association  physio- 
graphique", on  a  substitué  des  mots  :  fondé  par.  Le  surplus  de  l'activité  de  l'association,  autant 
que  l'on  peut  savoir,  s'est  peu  à  peu  réduit  à  rien  vers  1850.  En  1858  naquit  le  „Viden- 
skabsselskabet  i  Christiania"  (la  société  des  sciences  de  Kristiania),  avec  Chr.  Boeck 
comme  président 


C.    G.    J.    JACOBI  93 


le  pays  s'était  borné  à  ce  qu'il  pouvait  gagner  en  préparant  des  élèves  en  retard 
dans  les  mathématiques  élémentaires,  ou  tout  au  plus,  en  donnant  quelques  leçons 
de  trigonométrie  et  de  stéréométrie,  programme  mathématique  du  „second  examen": 
travail  que  l'on  ne  peut  qualifier  plus  exactement  que  par  l'expression  de  notre 
génial  poëte  Vinje,  disant  à  propos  d'un  autre  norvégien  que  c'est:  „atteler  le 
cheval  arabe  à  la  charrette  à  fumier";  que  l'on  se  rappelle  aussi  l'horreur  d'ABEL, 
à  Berlin,  lorsqu'il  pense  qu'il  pourrait  être  mis  à  la  torture  dans  une  école.  Nous 
pouvons  comprendre  quelle  délivrance  ce  dut  être  pour  lui,  d'entreprendre  une 
lutte  comme  celle  qui  commença  alors,  bien  que  la  révélation  d'un  concurrent 
inattendu  dans  sa  propre  théorie  des  fonctions  elliptiques  le  rendît  nerveux  au 
premier  moment,  d'autant  plus  que  les  circonstances  ne  lui  avaient  pas  permis, 
loin  de  là,  de  publier  toutes  ses  belles  découvertes.  Ce  qui  fit  bondir  Abel,  ce  fut 
que  son  rival,  le  jeune  Jacobi,  avait  fait  usage,  à  sa  stupéfaction,  de  la  même  transi- 
tion des  intégrales  de  Legendre  à  ses  propres  fonctions,  „ l'inversion",  qui  était 
le  point  de  départ  et  le  fil  conducteur  de  la  partie  de  ses  „Recherches"  nouvelle- 
ment parue,  et  qu'il  avait  ainsi  démontré  des  propositions  qu'AsEL  avait  depuis 
longtemps  découvertes,  mais  non  encore  publiées. 

Carl  Gustav  Jacob  Jacobi  était  encore  plus  jeune  qu'AsEL;  il  était  né  à 
Potsdam  en  décembre  1804.  Son  père  était  un  négociant  aisé.  Son  développement, 
sauf  la  différence  qui  était  résultée  pour  les  deux  futurs  collaborateurs  des  situations 
de  fortune,  avait  été  remarquablement  parallèle  à  celui  d'ABEL.  Jacobi  avait  aussi, 
dès  les  années  d'école,  étudié  r„Introductio"  d'Euler  en  leçons  supplémentaires,  et  il 
s'était  aussi  heurté  à  l'équation  du  cinquième  degré,  mais  sans  creuser  à  fond  la 
question,  comme  Abel.  A  l'université  de  Berlin,  ses  goûts  s'étaient  partagés  entre 
la  philologie  et  les  mathématiques,  qu'il  avait  étudiées  plutôt  dans  les  livres  qu'aux 
cours.  La  mathématique  finit  par  l'emporter  haut  la  main,  et  fut  l'objet  de  sa 
thèse  de  doctorat,  qui  déjà  témoigna  d'une  grande  originalité.  Aussitôt  après  il  se 
mit  à  faire  des  cours,  dans  lesquels  il  révéla  un  remarquable  talent  de  professeur, 
en  sorte  que  le  gouvernement  l'encouragea,  à  l'âge  de  21  ans,  à  demander  un  poste 
de  privatdocent  à  Kœnigsberg.  Lorsque  le  journal  de  Crelle  eut  commencé,  il  révéla 
ses  dons  éminents  dans  quelques  mémoires,  dont  l'un  est  au  nombre  de  ceux 
annoncés  sans  signature  dans  le  bulletin  de  Férussac,  et  il  est  bien  possible  que 
ce  soit  Abel  lui-même  qui  se   serait  alors  pour  la  première  fois  occupé  de  Jacobi 


94  ELLiNG  holst:    introduction  historique 

dans  un  bref  compte-rendu  de  l'objet  du  mémoire.  La  première  connaissance  que 
fit  Jacobi  des  fonctions  elliptiques  n'a  pas  été  sympathique.  Dans  son  discours  à  la 
mémoire  de  Jacobi,  Dirichlet  raconte  (1852),  qu'en  rendant  à  la  bibliothèque  les 
„Exercices"  de  Legendre,  il  dit  à  un  ami:  „ Jusqu'à  présent,  lorsque  j'ai  étudié  un 
ouvrage  important,  cela  m'a  toujours  conduit  à  réfléchir  moi-même,  et  j'ai  toujours 
eu  quelquechose  à  recueillir  à  mon  tour.  Cette  fois  je  suis  sorti  de  cette  lecture 
les  mains  vides,  elle  ne  m'a  pas  inspiré  la  moindre  idée  personnelle."  Dirichlet  ne 
nous  apprend  pas  combien  de  temps  se  passa  depuis  lors  jusqu'au  moment  où  Jacobi 
fit  imprimer  dans  les  „Astronomische  Nachrichten",  sans  démonstration,  l'énoncé  de 
ses  deux  théorèmes  de  transformation  sur  les  intégrales  de  Legendre.  Les  théorèmes 
parurent,  comme  il  a  été  dit,  en  même  temps  que  les  „Recherches"  d'ABEL.  Ce 
supplément  important  à  l'œuvre  accomplie  par  le  vieux  mathématicien  français  — 
qui  jusqu'à  Abel  et  Jacobi  avait  été  isolé  dans  la  question  des  intégrales  ellipti- 
ques — ,  était  si  purement  dans  sa  manière,  qu'ABEL,  en  le  lisant,  ne  parait  pas 
avoir  trouvé  qu'on  lui  eût  coupé,  comme  on  dit,  l'herbe  sous  le  pied.  Dans  les 
«Recherches",  Abel  avait,  comme  nous  savons,  jeté  des  bases  entièrement  nouvelles. 
Mais  le  message  suivant,  qu'AsEL  reçut  au  printemps  de  1828,  l'inquiéta  sur  le  sort 
de  ses  propres  découvertes,  comme  nous  allons  le  raconter. 

Abel  étant  mort  l'année  suivante,  Jacobi  se  trouva  pendant  longtemps  avoir 
la  réputation  d'un  homme,  qui,  dans  les  mêmes  proportions  que  lui,  avait 
déterré  une  part  essentielle  du  trésor  sur  lequel  le  dix-neuvième  siècle  a  vécu  en 
mathématiques.  Maintenant  que  nous  avons  un  certain  recul  de  temps,  les  com- 
patriotes de  Jacobi  eux-mêmes  donnent  le  nom  d'ABEL  aux  sommets  les  plus 
escarpés  et  aux  profils  les  plus  audacieux  de  la  région  mathématique  mouvementée 
qui  fut  alors  découverte.  Mais  Abel  mourut,  et  Jacobi,  jeune  géant  lui-même,  prit 
sur  ses  épaules  les  idées  de  tous  deux,  et  les  porta  plus  loin. 

La  situation  de  fortune  de  Jacobi  n'était  pas  comme  celle  d'AsEL.  Il  était 
sorti  d'une  famille  riche,  et  en  1827,  lorsqu'AsEL  luttait  contre  sa  pire  période, 
Jacobi,  à  23  ans,  était  professeur  à  Kœnigsberg.  En  1829  parurent  ses  „Funda- 
menta  nova",  soigneusement  rédigés:  c'était  l'ouvrage  le  plus  complet  jusqu'alors 
sur  les  fonctions  elliptiques  ;  —  à  ce  moment  Abel  luttait  avec  la  mort.  Les  projets 
d'ABEL  auraient  pourtant  conduit  à  un  travail  d'ensemble  sur  les  fonctions  elliptiques 
ayant  un  tout  autre  aspect.    Jacobi  eut  le  temps  de  réaliser  beaucoup  plus  encore  pour 


LEGENDKE    ET   JACOBI  95 


leur  tâche  commune,  pour  la  mathématique  et  son  avenir.  Il  mourut  en  1851, 
encore  dans  la  force  de  l'âge,  mais  après  une  production  qui  a  placé  à  jamais  son 
nom  parmi  les  sommités  des  mathématiques. 

Dans  le  présent  exposé,  qui  s'adresse  autant  à  la  généralité  du  public  cultivé 
dans  le  pays  même  d'AsEL  qu'à  ses  admirateurs  compétents  dans  tous  les  pays, 
on  ne  s'est  pas  proposé  d'entrer  dans  des  développements  mathématiques,  ni  au 
sujet  de  son  œuvre  en  général,  ni  spécialement  à  cette  occasion.  Je  cherche  seule- 
ment à  démêler  les  lignes  dans  la  conduite  de  sa  vie,  comme  un  commentaire  pour 
l'intelligence  de  ses  lettres.  Mais  d'autre  part  il  est  naturellement  impossible  de 
raconter  la  vie  d'ABEL  sans  s'arrêter  quelque  peu  sur  son  action  mathématique,  et 
j'éprouve  très  fortement  la  grande  difficulté  qu'il  y  a  à  ne  pas  en  dire  à  la  fois 
trop  peu  aux  uns,  les  mathématiciens,  et  trop  aux  autres,  les  lecteurs  qui  ne 
connaissent  pas  les  mathématiques.  Et  nulle  part  ce  dilemme  ne  ressort  autant 
qu'ici,  dans  la  rivalité  avec  Jacobi. 

Nous  avons  vu  que  l'apparition  des  „Recherches"  d'AsEL  marque  une  manière 
toute  nouvelle  d'envisager  la  question  des  fonctions  elliptiques,  caractérisée  par  les 
nouvelles  fonctions  elliptiques,  introduites  par  lui,  par  opposition  aux  inté- 
grales elliptiques  étudiées  par  Legendre,  et  que  le  passage  de  ces  dernières  à 
celles-là  est  désigné  par  le  mot  «inversion"  et  constitue  un  des  progrès  les  plus 
essentiels  dans  l'intelligence  des  véritables  profondeurs  du  problème  tout  entier. 
Nous  avons  noté  que,  contrairement  aux  «Recherches",  les  deux  premiers  théorèmes 
de  transformation  de  Jacobi,  énoncés  dans  démonstration,  conservaient  absolument 
l'ancien  caractère  de  la  théorie.  Legendre,  qui  fut  informé  du  plus  important  des 
deux  par  lettre  de  Jacobi,  fut  d'abord  hésitant,  puis  enchanté.  Une  correspondance 
active  et  extrêmement  intéressante  s'ensuivit  entre  lui  et  le  jeune  mathématicien  alle- 
mand, qui  cependant  fut  un  peu  embarrassé,  lorsque  Legendre  désira  une  explication 
plus  précise  de  la  manière  dont  il  était  parvenu  à  ses  deux  propositions.  Il  apparaît 
alors  peu  à  peu  qu'il  y  est  parvenu  par  une  induction  géniale,  et  ne  les  a  con- 
firmés que  par  des  exemples  particuliers,  non  par  une  démonstration  mathématique 
rigoureuse,  ce  que  Legendre  regrette  d'autant  plus  qu'il  a  déjà  communiqué  ces 
beaux  théorèmes  à  l'académie  en  novembre  comme  de  nobles  clefs  de  voûte  de 
la   théorie   édifiée   par   lui-même.     En  décembre   les   „Astronomische  Nachrichten" 


96  ELLING   HOLST  :     INTRODUCTION    HISTORIQUE 


publièrent  la  démonstration  de  Jacobi  pour  l'une  des  propositions,  et  ce  fut  cet  article 
qui,  arrivant  à  Kristiania,  effraya  tout-à-coup  Abel.  Bjerknes  présume  que,  à 
cause  des  difficultés  des  communications  postales  en  hiver,  Abel  n'a  guère  dû 
connaître    la  démonstration  de  Jacobi  avant  le  printemps. 

Ce  qui  le  frappa,  ce  fut,  comme  il  a  été  dit,  l'usage  de  l'inversion  par  Jacobi, 
et  alors  il  se  sentit  envahi  dans  son  propre  domaine.  Hansteen,  dans  une  lettre  à 
Schumacher,  a  raconté  à  sa  manière  sèche,  amusante,  qu'ABEL  „devint  tout  pâle" 
lorsque  lui,  Hansteen,  avait  „mis  sous  ses  yeux"  le  numéro  des  „Astronomische 
Nachrichten"  avec  le  mémoire  de  Jacobi.  Abel  dut,  écrit-il,  courir  chez  le  pâtissier 
et  prendre  un  petit  verre  d'eau  de  vie  „pour  maîtriser  son  émotion".  Schumacher 
communique  l'histoire  à  Gauss,  et  il  ajoute:  „Si  vous  faites  un  jour  connaître  vos 
recherches,  ça  lui  coûtera  probablement  encore  plus  cher  d'eau  de  vie."*  Quant 
aux  élégantes  formules  de  transformation,  dont  la  simple  affirmation  sans  preuve 
dans  la  première  insertion  de  Jacobi  n'avaient  pas  grandement  affecté  Abel,  il 
s'était  jusqu'alors  contenté,  dans  un  supplément,  à  son  second  envoi  des  «Recherches", 
parti  le  12  février  1828,  de  les  démontrer  comme  cas  particulier  de  ses  propres 
études  générales  sur  la  théorie  des  transformations,  qui  constituait  précisément  un 
sujet  principal  de  cette  partie  de  son  mémoire. 

Il  fut  d'autant  plus  consterné  en  voyant  le  procédé  de  démonstration  de  Jacobi. 
Ce  procédé  contenait  une  menace  imminente  qu'ABEL  fût  atteint  dans  sa  priorité 
pour  une  grande  partie  des  résultats  auxquels  il  était  parvenu,  mais  qu'il  n'avait 
pas  encore  rédigés,  encore  moins  publiés.  La  première  chose  qu'il  fit  fut  de  rédiger 
un  mémoire  entièrement  nouveau  sur  la  théorie  de  la  transformation  sous  sa  forme 
la  plus  générale,  sous  le  titre  de:  „ Solution  d'un  problème  général  concernant  la  trans- 
formation des  fonctions  elliptiques",  qu'il  envoya  le  27  mai  aux  „Astronomische 
Nachrichten"  de  Schumacher.  C'est  dans  le  lettre  d'envoi**  dont  Hansteen  accom- 
pagne le  travail  d'ABEL,  en  le  transmettant  à  Schumacher,  qu'il  donne  la  petite 
anecdote  sur  l'émotion  d'ABEL.  Hansteen  ajoute  que  la  théorie  de  la  transformation, 
sous  sa  forme   générale,   comprenant  les   propositions  de  Jacobi,  était  déjà  dans  la 


*  Schumacher  à  Gauss  (6  juin  1828). 

**  Le   mémoire   d'AsEL  est,   nous   l'avons  dit,   du  27  mai.     Or,  Hansteen  était  parti  dès  le  19. 
Hansteen  a  donc  remis  à  Abel  cette  lettre  d'envoi  avant  son  départ. 


LA   LUTTE   AVEC   JACOBI  97 


possession  cI'Abel  depuis  plusieurs  années.  Et  le  mémoire  d'AsEL  le  confirme  de 
la  manière  la  plus  évidente.  Il  commence  ainsi:  „Dans  le  n°  127  de  ce  journal, 
M.  Jacob i  démontre  un  théorème  très  élégant  relatif  à  la  transformatton  des 
fonctions  elliptiques.  Ce  théorème  est  un  cas  particulier  d'un  autre  plus  général, 
auquel  je  suis  parvenu  depuis  longtemps  sans  connaître  le  mémoire  de  M.  Jacobi 
On  en  trouve  la  démonstration  dans  un  mémoire  inséré  dans  le  journal  de  M.  Crelle, 
et  qui  a  pour  titre:  ^Recherches  sur  les  fonctions  elliptiques."  „Mais",  continue 
Abel,*  „on  peut  envisager  cette  théorie  sous  un  point  de  vue  beaucoup  plus 
général,  en  se  proposant  comme  un  problème  d'analyse  indéterminée  de  trouver 
toutes  les  transformations  possibles  d'une  fonction  elliptique  qui  peuvent  s'effectuer 
d'une  certaine  manière.  Je  suis  parvenu  à  résoudre  complètement  un  grand  nombre 
de  problèmes  de  cette  espèce.  Parmi  eux  est  le  suivant,  qui  est  d'une  grande 
importance  dans  la  théorie  des  fonctions  elliptiques  —  —  —  — ." 

En  formulant  ici  son  problême  le  plus  étendu,  où  il  supprime  sa  restriction 
précédente  de  considérer  une  certaine  fonction,  qui  joue  un  rôle  dans  la  question, 
uniquement  comme  rationnelle,  et  lui  donne  la  forme  algébrique  la  plus  générale, 
réelle  ou  imaginaire,  il  dit  que  le  problème  peut  paraître  assez  difficile  à  première 
vue  dans  une  telle  généralité;  mais  il  peut  le  ramener  au  cas  plus  simple  où  la 
fonction  est  rationnelle. 

Dans  sa  correspondance  avec  Legendre,  Jacobi  dit  du  mémoire  „ Solution"  qu'il 
est  au-dessus  de  son  éloge,  comme  il  est  au-dessus  de  ses  propres  travaux,  et 
ailleurs,  il  fait  précisément  ressortir  cette  généralisation  comme,  à  son  avis,  le 
service  le  plus  essentiel  rendu  par  Abel  dans  la  théorie  de  la  transformation. 

Abel  revint  encore  une  fois  sur  ce  sujet,  dans  les  „Astronomische  Nach- 
richten",  dans  le  supplément  :  „ Addition  au  mémoire  précédent."  Il  fut  com- 
mencé dans  l'été,  et  porte  la  date  du  25  septembre.  Il  y  résout  un  problème 
analogue,  extrêmement  général,  et  termine  :  „I1  y  a  encore  beaucoup  choses  à  dire 
sur  la  transformation  des  fonctions  elliptiques.  On  trouvera  des  développemens 
ultérieurs  sur  cette  matière,  ainsi  que  sur   la   théorie  des   fonctions  elliptiques    en 


*  Déjà  dans  le  premier  envoi  des  „Recherches"  Abel  tient  tout  prêt  l'appareil  qui  lui  permet 
dans  le  second  (12  février)  de  fonder  sa  théorie  de  la  transformation  sons  sa  première  forme. 
Cette  partie  des  „Recherches"  est  imprimée  dans  le  journal  le  26  mai,  la  veille  du  jour  où 
il  date  la  „Solution."     Les  travaux  se  succèdent  sans  interruption. 

INTRODUCTION    —    13 


98  ELLING   HOLST:     INTRODUCTION   HISTORIQUE 

général,  dans  un  mémoire  qui  va  paraître  dans  le  journal  de  M.  Crelle."  Mais  il 
en  fut  de  ceci  comme  de  plusieurs  des  vastes  projets  qui  le  hantaient  à  celte 
époque.  La  mort  arrêta  brusquement  bien  des  choses  presque  achevées,  bien 
d'autres  qui  venaient  de  jaillir,  et  beaucoup  de  belles  idées  n'allèrent  pas  au  delà 
d'une  rapide  ébauche  dans  ses  cahiers.  Et  cependant  il  acheva  en  moins  d'une 
année  qu'il  lui  restait  à  vivre,  de  grands  et  surprenants  travaux. 

La  lutte  proprement  dite  des  deux  rivaux  sur  des  principes  essentiels,  c'est-à- 
dire  la  théorie  de  la  transformation,  continue  encore  un  moment  dans  des  articles 
moins  étendus,  et  il  arrive  plus  d'une  fois,  d'après  Kœnigsberger,  que  tous  deux 
sans  le  savoir  traitent  en  même  temps  le  même  sujet  et  énoncent  les  mêmes  pro- 
positions. D'ailleurs  leur  attention  est  maintenant  attirée  de  plus  en  plus  vers 
d'autres  questions  connexes,  qui  ne  donnent  pas  lieu  à  rencontres,  et  où  leur 
rivalité  est  plutôt  un  combat  engagé  côte  à  côte  pour  la  même  grande  œuvre. 
Tous  deux  avaient,  nous  nous  le  rappelons,  entrepris  chacun  de  son  côté  de 
publier  un  ouvrage  d'ensemble  sur  la  théorie  toute  entière.  Mais  les  projets  d'ABEL 
dépassent  les  limites  des  fonctions  elliptiques  —  nous  savons  avec  quel  résultat  — 
et  Jacobi  fut,  selon  l'expression  de  Bjerknes,  l'homme  qui,  plus  que  personne,  devait 
montrer  au  monde  ce  que  c'était  qu'ABEL.  Il  avait  déjà  en  réalité  d'assez  bonne 
heure  assumé  en  partie  ce  rôle  dans  leur  lutte  de  vitesse,  vis-à-vis  du  vieux  Legendre. 
Aux  yeux  de  celui-ci,  l'inversion  abélienne  paraissait  au  commencement  un  détour 
inutile,  et  les  nouvelles  fonctions  elliptiques  ne  pouvaient  captiver  son  attention. 
Aussi  fut-il  un  peu  déçu,  lorsque  dans  la  démonstration  de  Jacobi,  la  même  qui 
émut  tellement  Abel,  il  trouva  que  Jacobi  avait  eu  recours  à  l'inversion.  C'était 
pour  lui  comme  si  la  démonstration  n'était  ipas  valable,  tant  qu'elle  n'était  pas 
obtenue  uniquement  par  les  ressources  de  sa  propre  théorie,  et  il  ne  s'y  rendit  pas 
avant  d'y  avoir  réussi.  Alors  ce  mathématicien  de  près  de  quatre-vingts  ans  fît  de 
la  théorie  de  la  transformation,  ainsi  dégagée  des  idées  abéliennes,  un  nouveau 
volume,  vrai  couronnement  de  son  travail. 

Mais  Legendre  ne  tarda  pas  à  son  tour  à  s'apercevoir  de  l'importance  d'AsEL, 
et  il  le  suivit  avec  une  admiration  croissante.  C'est  lui  qui  le  premier  a  vu  cette 
production  simultanée  d'ABEL  et  de  Jacobi  sous  l'aspect  d'une  rivalité  —  il  les 
appelle  les  deux  jeunes  athlètes  —  et  bientôt  il  se  trouva  aussi  en  correspondance 
avec   Abel.     Comme  Jacobi  parlait   constamment  de  celui-ci,  Legendre  fut  amené 


LE  THÉORÈME  d'ABEL.   LE  MÉMOIRE  DE  PARIS  99 

à  en  dire  quelques  mots  élogieux  dans  une  lettre  à  Crelle.  Et  Crelle  qui,  vers  la 
fin  du  printemps,  croit  voir  approcher  le  moment  ou  il  pourra  réussir  à  faire 
appeler  Abel  à  Berlin,  comme  on  le  verra  plus  loin,  et  à  qui  rien  ne  pouvait  faire 
plus  de  plaisir  que  de  tenir  Abel  au  courant  de  l'admiration  qui  de  plus  en  plus 
commençait  à  se  répandre  (lettres  XXXI  et  XXXVII),  cite  Legendre  dans  la  seconde 
de  ces  lettres.  Abel  fut  ainsi  encouragé  à  écrire  à  celui-ci  ;  la  lettre  (du  3  octobre) 
est  perdue.  Les  autres  sont  insérées  (lettres  XL,  XLII  et  XLIII).  A  nos  yeux, 
cela  parait  d'une  modestie  excessive,  qu'ABEL  ne  mentionne  pas  son  mémoire 
présenté  à  l'académie  de  Paris.  Legendre,  de  son  côté,  l'avait  complètement  oublié; 
il  était  toujours,  non  lu,  parmi  les  papiers  de  Gauchy. 

Dans  le  mémoire  „  Remarques  sur  quelques  propriétés  générales  d'une  certaine 
sorte  de  fonctions  transcendantes",  qui  fut  imprimé  dans  le  journal  de  Crelle  vers  la 
fin  de  1828,  Abel  avait  fait  allusion  à  son  grand  théorème  d'addition,  et  ajonté 
dans  une  note  au  bas  de  la  page:  „J'ai  présenté  un  mémoire  sur  ces  fonctions  à 
l'académie  royale  des  sciences  de  Paris  vers  la  fin  de  l'année  1826",  et  sans 
rappeler  à  Legendre  le  mémoire  lui-même,  il  lui  indique  la  phrase  dans  sa  lettre 
(lettre  XLII),  ce  que  Legendre  se  hâte  de  raconter  à  Jacobi.  Mais  cette  fois  c'est 
Legendre  qui  doit  baisser  la  tête;  car  Jacobi  est  tout  de  suite  au  fait.  Il  a  remarqué 
la  note  dans  les  „Remarques",  et  il  est  doublement  stupéfait  devant  la  grandeur 
imposante  de  la  proposition,  et  de  ce  qu'elle  a  passé  inaperçue  à  l'académie.  „QuelIe 
découverte  Abel  a  faite  dans  cette  généralisation  de  l'intégrale  d'Euler!  A-t-on 
jamais  vu  rien  de  pareil!  Mais  comment  a-t-il  pu  se  faire  que  cette  découverte, 
peut-être  la  plus  capitale  qui  ait  été  faite  au  siècle  où  nous  vivons,  après  avoir  été 
présentée  à  votre  académie  il  y  a  deux  ans,  ait  échappé  à  votre  attention  et  à  celle 
de  vos  collègues?"  La  lettre  dans  laquelle  Legendre  répond  à  cela,  et  d'où  il 
résulte  qu'il  s'est  mis  en  mouvement  pour  sauver  le  manuscrit  d'ABEL,  a  été  écrite 
deux  jours  après  la  mort  d'AsEL.  Il  ne  semble  pas  que  cette  démarche  de  Legendre 
auprès  de  Gauchy  ait  donné  de  résultat.  La  révolution  de  juillet  éclata  l'année 
suivante;  Gauchy,  qui  ne  pouvait  se  réconcilier  avec  le  nouvel  état  de  choses,  se 
retira  dans  un  exil  volontaire,  et  le  manuscrit,  dans  ces  conditions,  a  certainement 
été  de  nouveau  en  danger  d'être  oublié  ou  de  disparaître.  Cependant  on  avait 
commencé  en  Norvège  à  penser  à  une  édition  complète  des  œuvres  d'ABEL,  et  on 
avait   fait   procéder  par  l'intermédiaire  du  ministre  norvégien  et  suédois  à  Paris,  le 


100  ELLING   HOLST:     INTRODUCTION   HISTORIQUE 

comte  Lôweiihjelm,  à  des  recherches  pour  retrouver  le  mémoire  et  les  manuscrits 
peut-être  déposés  chez  Gergonne.  Ainsi  le  mémoire  de  Paris  vit  enfin  le  jour.  Il 
se  trouvait  en  effet  parmi  les  papiers  de  Cauchy.  De  Gergonne  on  n'eut  aucune 
réponse  (lettre  LI).  Mais  en  1839,  lorsque  parut  l'édition  des  „Œuvres  complètes", 
par  Hoimboe,  on  n'avait  pas  réussi  à  faire  faire  une  copie  du  mémoire  pour  l'y 
insérer,  ce  dont  Hoimboe  exprime  son  regret  dans  la  préface  du  vol.  IL  Ceci 
contribua  du  moins  à  le  faire  imprimer  dans  les  „]V!émoires  des  savants  étrangers", 
sous  la  direction  de  Libri,  en  1841.  Le  manuscrit  cependant,  comme  poursuivi  par 
une  fatalité  mystérieuse,  disparut  avant  que  fussent  lues  les  dernières  épreuves,  en 
sorte  que  l'édition  fut  gâtée  par  des  fautes  d'impression,  que  Sylow  et  Lie  ont  du 
moins  coirigées  dans  la  seconde  édition  des  „ Œuvres  complètes".  Le  manuscrit 
n'a  pas  reparu  depuis. 

Pendant  la  dernière  année  de  sa  vie,  Abel  mène  une  double  existence  bien 
curieuse.  Vis-à-vis  des  pays  étrangers,  il  est  le  grand  mathématicien  dont  la 
renommée  croissante  devient  déjà  éblouissante,  et  en  même  temps  sa  vie  dans  son 
pays  est  remplie  par  une  série  d'espérances  passagères  et  de  déceptions  amères, 
qui  se  succèdent  à  intervalles  encore  plus  rapprochés  que  précédemment.  En  même 
temps  un  grand  réconfort  lui  vint,  qui  lui  donna  repos  et  distraction,  en  lui  offrant 
une  amicale  hospitalité  pendant  les  vacances  à  Froland. 

De  cette  existence  double,  nous  avons  décrit  dans  les  pages  précédentes  sa 
grande  époque  de  lutte.  Nous  nous  attarderons  maintenant  à  la  dernière  période, 
si  douloureuse,  de  sa  vie  dans  le  pays. 

Nous  avons  vu  précédemment  que  le  „jeune  athlète",  selon  l'expression  de 
Legendre,  qui  s'affirmait  au  dehors  avec  une  telle  supériorité,  avait  montré  chez 
nous  qu'il  était  loin  d'avoir  conservé  sa  sérénité.  Et  les  dernières  lettres  que  nous 
avons  de  lui  confirment  cela  de  bien  des  manières.  Le  ton  de  ces  lettres  est  à 
l'unisson  des  accès  d'humeur  morne,  que  nous  connaissons  depuis  le  dernier  séjour  à 
Berlin,  mais  chargé,  peut-être,  de  couleurs  encore  plus  sombres,  avec  une  nuance  d'im- 
patience et  presque  d'amertume,  qui  parfois  se  manifeste  en  éclats  violents.  Ce  n'est 
pas  sans  raisons  que  son  esprit  se  tourmente.  L'ardeur  sans  repos,  qu'il  met  encore 
à  accumuler  mémoire  sur  mémoire,  tant  que  son  état  de  plus  en  plus  maladif  ne 
produit  pas  un  empêchement  passager,  et  les  informations  constamment  contradictoires 


LE    SÉJOUR   A    FROLAND  101 


par  lesquelles  Grelle  le  maintient  dans  un  état  de  tension  nerveuse,  rendent  son  étal 
d'âme  parfaitement  compréhensible.  Et  au  moment  même  où  il  aurait  dû  jouir  de 
courtes  heures  de  repos  au  milieu  des  amis  compatissants,  sympathiques,  de  Froland, 
il  fut  plus  d'une  fois  chassé  du  repos  et  de  l'idylle  par  de  nouvelles  informations 
désagréables. 

L'usine  de  Froland,  où  il  trouva  tant  de  consolation  et  de  calme,  et  finalement  une 
tombe,  faisait  partie  d'un  ensemble  d'usines  métallurgiques  alors  prospères,  non  loin  de 
la  côte,  dans  un  endroit  où  les  montagnes  contiennent  des  minerais  de  fer  superbes, 
et  les  courtes  vallées  escarpées  offrent  abondamment  la  force  de  leur  nombreuses 
cascades.  Ces  usines  avaient  une  importance  matérielle  non  seulement  pour  les 
districts  où  elles  se  trouvaient,  mais  aussi  pour  notre  pays  en  général;  et  en  outre 
elles  étaient  importantes  comme  des  pépinières  de  culture  intellectuelle  parmi  des 
familles  de  situation  indépendante,  très  instruites,  qui  à  cet  égard  étaient  souvent 
d'un  niveau  supérieur  à  la  fois  aux  classes  riches  des  villes,  dont  les  fortunes  aisé- 
ment acquises  ne  s'alliaient  pas  toujours  à  une  distinction  héréditaire,  et  à  la  plupart 
des  familles  de  fonctionnaires,  qui  malheureusement  manquaient  trop  souvent  d'indé- 
pendance pécuniaire.  Le  plus  renommé  de  ces  propriétaires  d'usines  était  Jacob 
Aall,  à  Nœs,  l'une  des  plus  nobles  figures  du  pays.  Le  bienfaiteur  d'AsEL,  Sivert 
Smith,  à  Froland,  était  moins  éminent. 

L'usine  à  fer  de  Froland  remontait  à  1763  et  en  1780  le  juge  cantonal  Hans 
Smith  s'en  était  chargé,  l'avait  fait  fonctionner  admirablement,  et  avait  acheté  cette 
propriété  considérable.  Après  sa  mort,  elle  fut  dirigée  par  sa  veuve  (f  1820),  et 
ensuite  par  le  fils,  Sivert  Nicolai  (né  en  1779,  f  185*).  Celui-ci  avait  été  étudiant, 
et  avait  obtenu  le  grade  de  examinatiis  juris  (bachelier  en  droit).  Sa  femme, 
Birgitte  Johanne  Ghristiane,  née  Roosen,  était  d'une  famille  d'Arendal,  et  sa  cousine 
germaine.  La  vie  était  animée  dans  cette  famille  hospitalière;  les  Smith  avaient 
11  enfants,  dont  l'ainée,  celle  appelée  Marie  dans  la  lettre  XXXV,  avait  22  ans 
lorsque  Abel  fut  reçu  dans  famille.  Abel  se  trouvait  bien  dans  ce  milieu.  Une 
description  aimable,  qui  provient  de  l'une  des  personnes  présentes  alors,  est  donnée 
par  Bjerknes;  elle  montre  combien  Abel  et  ses  amis  s'y  plaisaient,  et  fournit  les 
traits  rapides  que  je  mentionne  dans  ce  qui  suit. 

Nous  ne  savons  pas  avec  certitude  quand  Abel  y  passa  pour  la  première  fois 
les  vacances.    La  connaissance  avec  la  famille  Smith  et  l'entrée  de  sa  fiancée  dans 


102  ELLING   HOLST:     INTRODUCTION    HISTORIQUE 

cette  maison  datent  d'une  visite  que  son  oncle,  le  capitaine-commandant  Tuxen, 
avait  faite  chez  un  frère,  le  pharmacien  Tuxen,  à  Tvede  près  de  Tvedestrand.  Ce 
dernier  se  trouvait  à  Froland,  où  le  capitaine-commandant  alla  le  rejoindre,  et  là 
fut  réglée  la  nouvelle  situation  de  Mlle  Kemp.  Au  moment  où  Abel  allait  débuter 
dans  son  poste  à  l'école  militaire  supérieure,  le  12  janvier  1828,  il  était  absent  de  la 
ville  ;  il  n'était  probablement  pas  revenu  de  son  voyage  de  vacances,  qui  avait  peut- 
être  été  sa  première  visite  chez  ses  nouveaux  amis. 

Avant  les  vacances  d'été  étaient  arrivées  de  remarquables  nouvelles.  Crelle 
croit  —  vraisemblablement  dans  le  cours  du  mois  de  juin,  nous  n'avons  pas  sa 
lettre  —  que  tous  les  empêchements  sont  écartés  pour  la  nomination  d'ABEL  à 
Berlin.  Et  Abel  adresse,  le  21  juin,  si  nous  comprenons  bien,  sa  lettre  pleine  de 
confiance  (doc.  LXX)  au  conseil.  Elle  est  sous  forme  de  question:  peut-il  espérer 
une  nomination  définitive  à  l'université  de  Kristiania,  au  moment  où  s'ouvre  devant 
lui  la  perspective  d'une  nomination  à  l'université  de  Berlin?  On  voit  clairement 
que  la  répugnance  à  s'expatrier  est  encore  vive  en  lui;  mais  il  trouve  trop  instable 
sa  position,  telle  qu'elle  est  à  ce  moment.  Il  suppose  que  sa  situation  actuelle  de 
docent  ne  peut  pas  l'empêcher  d'accepter  l'offre  qui  lui  est  faite;  il  exprime  le 
voeu  de  pouvoir  un  jour  revenir,  et  termine  par  ces  mots  pressants:  Comme  j'ai 
été  invité  de  la  manière  la  plus  pressante  à  donner  ma  réponse  au  premier  jour, 
j'oserai  peut-être  prier  le  haut  conseil  de  traiter  cette  affaire  le  plus  vite  possible. 
Ceci  est  pour  moi  de  la  plus  haute  importance.  Le  conseil  accueillit  le  même  jour  sa 
demande,  en  transmettant  la  lettre,  par  l'intermédiaire  du  prochancelier  d'alors,  le  comte 
Wedel-Jarlsberg,  au  ministère  de  l'instruction  publique,  et  demandant  (doc.  LXXI) 
si  Abel  pouvait  espérer  une  situation  couvenable  dans  le  pays.  La  lettre  du  conseil, 
de  même  que  l'apostille  du  prochancelier  (doc  LXXII),  témoignent  de  la  plus  vive 
bienveillance  pour  Abel.  Mais  au  cours  de  la  semaine  suivante  la  brillante  perspec- 
tive s'est  fermée,  et  à  la  suite  des  lettres  précédentes  vient  la  lamentable  et 
concise  lettre  de  trois  lignes  au  ministère  de  l'instruction  publique  (doc.  LXXIII), 
où  Abel  demande  qu'on  lui  rende  le  service  de  classer  l'affaire. 

Cette  histoire,  qui  avait  débuté  d'une  manière  si  alléchante,  et  s'achevait  de 
façon  si  décourageante,  causa  beaucoup  d'ennuis  à  Abel,  en  dehors  même  de 
l'amère  déception.     Il  est  évident  que,  de  deux  lettres  de  Crelle  qui  se  sont  suivies 


LES  OFFRES  DE  BERLIN  103 


immédiatement,  la  première  a  exigé  une  réponse  rapide  à  la  question:  voulez  vous 
venir?  ce  qui  a  conduit  Abel  à  un  acte  irréfléchi,  sa  question  posée  au  conseil,  et 
l'autre  a  été  envoyée  en  hâte  ensuite,  afin  de  prévenir  quelque  démarche  prématurée, 
ou  du  moins  pour  atténuer  l'impression  de  la  première.  Mais  Abel  avait  déjà  mis 
en  mouvement  un  grand  organisme  officiel  sans  réclamer  la  discrétion,  et  les  consé- 
quences se  firent  bientôt  sentir.  Dans  „Nyeste  Skilderie  af  Christiania  og  Stock- 
holm" parut  un  article  qui  répandit  la  nouvelle  de  la  prochaine  nomination  d'AsEL 
à  Berlin,  exactement  conforme  à  la  communication  du  conseil  au  ministère.  Il 
émanait  visiblement  de  quelqu'un  de  bien  informé.  Le  malheur  était  seulement 
qu'il  mentionnait  le  premier  et  unique  stade  de  l'affaire,  au  moment  où  Abel  lui- 
même  était  obligé  de  la  laisser  en  suspens.  L'article  comprend  de  courtes  indica- 
tions sur  „ notre  jeune  savant,  'Abel,  professeur  (laerer)  de  mathématiques  à  l'Uni- 
versité", qui  à  Berlin  „s'est  conquis  une  telle  estime,  qu'il  a  reçu  ces  jours-ci,  de 
ce  centre  scientifique,  l'offre  d'une  situation  qui  fait  le  plus  grand  honneur  à  lui  et 
à  sa  patrie".  Après  un  regret  de  ne  pouvoir  lui  offrir  ici  aucune  position  plus 
digne  que  celle  qu'il  occupe  actuellement,  l'auteur  est  heureux  du  moins  qu'AsEL 
soit  ainsi  porté  à  accepter  cette  offre  honorable,  et  veut  espérer  „ qu'un  jour,  avec 
un  nom  illustre,  il  se  hâtera  de  revenir  dans  sa  patrie  aimée".  Tous  les  points 
essentiels  des  documents  y  figurent.  C'est  évidemment  l'un  de  ceux  entre  les  mains 
de  qui  les  papiers  ont  passé,  qui  n'a  par  su  résister  au  plaisir  de  répandre  la 
nouvelle.    Bonne  intention,  mais  peu  avantageuse  pour  Abel. 

La  raison  du  subit  changement  de  Berlin  lui  fut  donnée  dans  une  nouvelle  lettre 
de  Crelle  du  11  juillet,  qu'il  reçut  à  Froland  pendant  les  vacances  d'été.  Il  s'épanche 
auprès  de  Madame  Hansteen  (lettre  XXXIII).  Un  autre  était  arrivé,  comme  tombé 
du  ciel,  qui  avait  fait  valoir  ses  droits,  et  qu'il  fallait  pourvoir  avant  de  s'occuper 
d'ABEL.  Crelle,  cependant,  d'après  ce  qu'ABEL  peut  communiquer  dans  la  lettre 
suivante  à  Holmboe,  lui  a  donné  encore  un  peu  d'espoir  ;  mais  on  ne  peut  rien  dire 
de  définitif  avant  octobre.  Ce  qu'ABEL  a  surtout  sur  le  cœur,  c'est  que  Crelle  lui 
a  donné  ce  qu'il  appelle  „un  savon  "  pour  son  indiscrétion.  Crelle  a  eu  vent, 
évidemment,  de  l'adresse  prématurée  au  conseil  et  au  ministère.  Abel  n'a  pas 
raconté  la  chose  lui-même;  mais  la  nouvelle  de  l'annonce  qui  avait  déjà  paru 
dans  la  presse  pouvait  aisément  être  parvenue  en  Allemagne,  ce  qui  d'ailleurs 
n*a   causé  aucun  ennui  à  Crelle.     Abel  se  sentait  donc  poursuivi  par  cette  histoire 


104  ELLING   HOLST:     INTRODUCTION   HISTORIQUE 

de  différents  côtés,  et  il  en  est  très  malheureux;  „car  j'ai  été  ridiculisé  ici,  et  je 
peux  l'être  à  l'étranger.  Il  n'ose  pas  non  plus  se  mêler  de  démentir  l'affaire  dans 
les  journaux,  ce  qui  ne  ferait  que  prolonger  une  vilaine  affaire". 

Il  s'agit  pour  lui  de  se  défendre  par  d'autres  moyens,  et  il  prie  Mme  Hansteen  de 
dire  qu'elle  ne  sait  rien,  sinon  qu'AsEL  n'a  pas  reçu  d'offre.  Il  résulte  aussi  de  la 
lettre  qu'il  est  inquiet  des  espérances  illusoires  que  sa  famille  avait  pu  concevoir 
en  entendant  parler  de  cette  perspective  éphémère.  Et  cela  le  peine  surtout  à  cause 
de  sa  fiancée,  „elle  est  trop  bonne."  La  lettre  est  une  des  plus  tristes  qu'il  ait 
écrites,  et  la  fin  me  parait  manifester  une  âme  tourmentée,  qui  le  rend  ombrageux 
et  méfiant  vis-à-vis  de  tous.  Huit  jours  plus  tard,  dans  la  lettre  suivante  à  Holm- 
boe,  il  est  encore  sous  la  même  impression;  et  il  peut  donner  libre  cours  à  son 
humeur  en  des  expressions  bien  plus  fortes  avec  son  ami  qu'avec  Madame  Han- 
steen. Il  impose  également  à  Holmboe  la  discrétion  la  plus  absolue.  Mais,  comme 
si  souvent  déjà,  l'idée  de  ses  travaux  mathématiques  peut  soudain  dissiper  les  nuages, 
et  une  humeur  plus  gaie  éclaire  les  quelques  hgnes  où  il  annonce  la  nouvelle 
venue  de  Schumacher,  que  le  mémoire  „Solution"  a  paru  :  „Mon  exécution  de 
Jacobi  est  imprimée". 

Et  nous  apprenons  qu'en  ce  moment  même,  à  Froland,  il  rédige  le  mémoire 
„Addition". 

Il  est  facile  de  comprendre  que  dans  la  situation  pénible  où  se  trouvait  Abel, 
et  qu'il  n'a  guère  pu  confier  à  ses  aimables  hôtes,  il  a  éprouvé  le  besoin  de  s'épan- 
cher, comme  nous  le  voyons  dans  ces  deux  lettres.  Il  y  avait  encore  un  point 
douloureux,  dont  il  ne  pouvait  pas  davantage  parler  à  ses  hôtes.  Il  était  sans 
argent,  et  il  avait  en  outre  des  engagements  à  propos  de  son  frère  Thomas  (lettre 
XXXV),  tout  cela  était  trop.  —  Ces  lettres  nous  apprennent  une  chose  avec 
certitude,  c'est  que  si  Abel  a  été  en  disgrâce  près  de  Madame  Hansteen,  les 
relations  tout-à-fait  cordiales  sont  depuis  longtemps  rétablies. 

n  eût  été  fort  intéressant  de  pouvoir  préciser  de  façon  certaine  quel  peut  avoir 
été  le  mathématicien  qui,  dans  le  courant  du  mois  de  juin,  avait  tout-à-coup  détruit 
les  espérances  d'ABEL  à  Berhn.  Ce  n'a  pu  être  un  homme  très  éminent,  et  Abel 
était  fixé  là-dessus.  Il  était  arrivé  „vom  Himmel  her  gefallen"  (lettre  XXXIV), 
avait  fait  ses  „Anspruche  geltend"  (lettre  XXXIII)  —  comme  on  voit,  ce  sont  des 
citations    de   la   lettre   de   Crelle    —    et  il  fallait  le  „pourvoir",  avant  que  l'on  pût 


UN   COMPÉTITEUR    A    BERLIN.       LE    »  PRÉCIS»  105 


s'occuper  (J'Abel.  Comme  Abel  ajoute  qu'il  ne  connaît  personne  „de  ce  calibre-là", 
il  est  clair  qu'il  sait,  pour  sa  part,  que  ce  n'est  ni  Jacobi  ni  Gauss,  dont  il  est 
question.  Et  il  a,  bien  entendu,  absolument  raison,  bien  que  nous  sachions  mainte- 
nant que  Gauss  était  en  effet  sur  le  point  de  prendre  une  position  éminente  à 
Berlin.  Ce  n'est  pas  lui,  en  tout  cas,  qui  serait  venu  à  la  traverse  d'AsEL.  Cela 
serait  contredit  tant  par  les  expressions  dont  Grelle  se  sert,  que  par  l'intérêt  tou- 
jours croissant  que  Gauss  éprouvait  pour  Abel,  notamment  après  les  «Recherches", 
et  au  cours  de  toute  la  rivalité  avec  Jacobi.  Ce  fut  donc  un  autre,  et  de  moindre 
valeur,  nous  ne  savons  qui. 

Dans  la  correspondance  entre  Gauss  et  Schumacher,  justement  à  l'époque 
(lettre  du  7  septembre  de  la  même  année)  où  la  nomination  éventuelle  de  Gauss  à 
Berlin  est  projetée,  nous  trouvons  des  renseignements  très  intéressants  sur  la  vie 
universitaire  dans  cette  ville,  qui,  malgré  tout  ce  que  nous  pourrions  retrancher  à 
l'âpreté  des  expressions  et  de  toute  la  critique,  donne  en  somme  un  tableau  certaine- 
ment assez  exact  du  milieu  où  s'agite  la  décision  définitive  au  sujet  de  la  nomina- 
tion d'ABEL.  Quand  on  se  rappelle  la  franchise  confiante  qui  régnait  entre  Gauss 
et  Schumacher,  la  lettre  est  une  preuve  absolue  qu'il  ne  s'agissait  pas  dans  cette 
circonstance  d'un  choix  entre  Abel  et  Gauss;  car  le  nom  d'ABEL  serait  alors  cité 
dans  cette  curieuse  lettre.  Elle  a  été  écrite  aussitôt  après  le  retour  de  Schumacher, 
revenant  d'un  assez  long  voyage  d'été  dans  différents  observatoires  d'Allemagne,  à 
propos  de  la  triangulation  pour  l'étabhssement  de  la  carte,  et  pendant  lequel  il 
s'était  arrêté  un  bon  moment  à  Berlin.  Il  écrit:  „I1  m'a  paru  qu'en  général  on  ne 
désire  pas  votre  nomination  à  Berlin.  J'excepte,  naturellement,  M.  de  Humboldt, 
et  les  rares  qui  sont  véritablement  remarquables,  de  cette  conclusion,  qui  ne  vaut 
que  pour  la  masse  des  savants.  Chacun  de  ces  messieurs*  a  son  cercle  de  relations 
particulier,  où  il  est  considéré  comme  un  oracle,  et  personne  ne  se  soucie  de  porter 
atteinte  à  sa  propre  considération  en  faisant  place  à  un  génie  puissant  et  reconnu 
comme  tel.  Si  vous  n'étiez  pas  l'homme  que  vous  êtes,  mais  une  capacité  moyenne 
avec   quelque   réputation,    ces    messieurs    vous    recevraient  à  bras  ouverts,    chacun 


•  Il  n'est  pas  nécessaire  que  ce  soient  précisément  des  mathématiciens.  Même  en  dehors  de 
leur  domaine  ils  redoutent  les  hommes  d'un  niveau  désagréablement  (schroff)  supérieur. 
(Note  de  Schumacher). 


INTRODUCTION    —    14 


106  ELLING   HOLST:     INTRODUCTION   HISTORIQUE 

pouvant  alors  espérer  montrer  sa  propre  supériorité  sur  un  homme  célèbre,  et  ainsi 
établir  encore  plus  solidement  son  autorité  dans  les  salons.  Il  m'a  paru  également 
que  l'on  craignait  un  peu  que  vous  fassiez  sentir  aux  faibles  votre  supériorité  avec 
peu  de  ménagements;  vous  pouvez  voir  combien  peu  on  vous  connait." 

A  l'automne  de  1828,  nous  trouvons  Abel,  malgré  une  nouvelle  période  de  maladie 
assez  tenace  pendant  tout  le  mois  de  septembre  (lettre  XXXVIII),  travaillant  avec 
ardeur  à  la  rédaction  d'un  grand  ouvrage  d'ensemble  dont  il  augure  très  bien  dans 
la  lettre  à  Legendre.  A  vrai  dire  ce  travail  aurait  dû  paraitre  sous  forme  de  livre  ; 
mais,  faute  d'éditeur,  il  envoie  encore  au  journal  de  Grelle  ce  qu'il  en  a  fait,  le 
fragment  célèbre  „Précis  d'une  théorie  des  fonctions  elliptiques",  à  la  fin  duquel 
Grelle  est  malheureusement  obligé  d'ajouter:  „ Voilà  ce  qui  est  parvenu  de  ce 
mémoire  à  l'éditeur.  M.  Abel  est  mort  (le  6  avril  1829)  sans  l'avoir  terminé."  Les 
grands  principes  dont  Abel  se  propose  de  faire  usage  ici  pour  les  fonctions  ellipti- 
ques d'abord,  et  ensuite  pour  les  fonctions  supérieures,*  il  n'est  parvenu  à  les 
appliquer  dans  cette  partie  de  son  travail  qu'aux  intégrales  elliptiques.  Mais  dans 
l'ébauche  d'un  plan  de  l'ouvrage  tout  entier,  et  surtout  de  sa  suite  immédiate,  que 
renferme  en  outre  ce  fragment,  il  a  rendu  compte  de  différentes  manières  de  ses 
points  de  vue  et  des  voies  qu'il  compte  suivre;  on  ne  peut  donc  pas  dire  que  la 
suite  ait  été  tout-à-fait  perdue,  bien  que  le  détail  de  l'exposé  fasse  défaut. 

Puisque  nous  sommes  en  présence  de  l'un  des  tout  derniers  parmi  ses  immortels 
travaux,  nous  voulons  essayer,  autant  que  cela  est  possible  sans  entrer  dans  des 
détails  mathématiques,  de  caractériser  brièvement  les  particularités  qui  marquent  la 
marche  de  la  pensée  mathématique  dans  ses  œuvres.  Nous  trouvons  des  indica- 
tions à  cet  égard  dans  beaucoup  de  passages,  çà  et  là,  dans  ses  mémoires,  mais 
tout  spécialement  dans  un  développement  d'un  extrême  intérêt,  dans  un  autre  frag- 
ment magistral,  inachevé,  „Sur  la  résolution  algébrique  des  équations",  le  même 
qui  a  été  cité  à  propos  de  sa  situation  à  l'égard  de  Ruffini  (p.  27). 

Après  avoir  rappelé  que  les  équations  des  quatre  premiers  degrés  sont  résolubles 


Conformément  à  ce  qui  a  été  exposé  à  cet  égard,  je  considère,  avec  Koenigsberger,  le  ^Précis" 
comme  le  commencement  de  la  „Théorie  des  fonctions  transcendantes  etc."  en  projet  dans 
la  lettre  de  Berlin  à  Holmboe  (4  mars  1827,  lettre  XXVI).    (v.  p.  71). 


»SUR   LA   RÉSOLUTION    ALGÉBRIQUE    DES    ÉQUATIONS»  107 


(l'une  même  manière  (c'est  à  dire  an  moyen  de  radicaux),  que  les  mathématiciens 
les  plus  éminents,  comme  Lagrange,  avaient  cru,  mais  en  vain,  pouvoir  appliquer 
aussi  aux  équations  du  cinquième  degré,  il  continue  avec  une  clarté  et  une  simplicité 
incomparables:  „Cela  fit  présumer  que  la  résolution  des  équations  générales  était 
impossible  algébriquement;  mais  c'est  ce  qu'on  ne  pouvait  pas  décider,  attendu  que 
la  méthode  adoptée  n'aurait  pu  conduire  à  des  conclusions  certaines  que  dans  le 
cas  où  les  équations  étaient  résolubles.  En  effet,  on  se  proposait  de  résoudre  les 
équations,  sans  savoir  si  cela  était  possible.  Dans  ce  cas,  on  pouvait  bien  tomber 
sur  la  résolution,  quoique  cela  ne  fût  nullement  certain;  mais  si  par  malheur  la 
résolution  était  impossible,  on  aurait  pu  la  chercher  une  éternité  sans  la  trouver. 
Pour  parvenir  infailliblement  à  quelque  chose  dans  cette  matière,  il  faut  donc 
prendre  une  autre  route.  On  doit  donner  au  problème  une  forme  telle  qu'il  soit 
toujours  possible  de  le  résoudre,  ce  qu'on  peut  toujours  faire  d'un  problème  quel- 
conque. Au  lieu  de  demander  une  relation  dont  on  ne  sait  pas  si  elle  existe  ou 
non,  il  faut  demander  si  une  telle  relation  est  en  effet  possible.  Par  exemple  dans 
le  calcul  intégral,  au  lieu  de  chercher,  à  l'aide  d'une  espèce  de  tâtonnement  et  de 
divination,  à  intégrer  les  formules  différentielles,  il  faut  plutôt  chercher  s'il  est 
possible  de  les  intégrer  de  telle  ou  telle  manière. 

En  présentant  un  problème  de  cette  manière,  l'énoncé  même  contient  le  germe 
de  la  solution,  et  montre  la  route  qu'il  faut  prendre;  et  je  crois  qu'il  y  aura  peu 
de  cas  où  l'on  ne  parvient  à  des  propositions  plus  ou  moins  importantes,  dans  le 
cas  même  où  l'on  ne  saurait  répondre  complètement  à  la  question  à  cause  de  la 
complication  des  calculs.  Ce  qui  a  fait  que  cette  méthode,  qui  est  sans  contredit 
la  seule  scientifique,  parcequ'elle  est  la  seule  dont  on  sait  d'avance  qu'elle  peut 
conduire  au  but  proposé,  a  été  peu  usitée  dans  les  mathématiques,  c'est  l'extrême 
complication*  à  laquelle  elle  parait  être  assujettie  dans  la  plupart  des  problèmes, 
surtout  lorsqu'ils  ont  une  certaine  généralité;  mais  dans  beaucoup  de  cas  cette 
complication  n'est  qu'apparente  et  s'évanouira  dès  le  premier  abord.  J'ai  traité  plu- 
sieurs branches  de  l'analyse  de  cette  manière,  et  quoique  je  me  sois  souvent  proposé 
des  problèmes  qui  ont  surpassé  mes  forces,  je  suis  néanmoins  parvenu  à  un  grand 
nombre  de  résultats  généraux  qui  jettent  un  grand  jour  sur  la  nature  des  quantités 

*  Souligné  ici. 


108  ELLING   HOLST:     INTRODUCTION    HISTORIQUE 

dont  la  connaissance  forme  l'objet  des  mathématiques.  C'est  surtout  dans  le  calcul 
intégral  que  cette  méthode  est  facile  à  appliquer."  Abel  avait  à  peine  26  ans  quand 
il  écrivait  cela. 

Rien  ne  peut  mieux  rendre  compte  de  la  géniale  supériorité  d'ABEL  que  la 
clarté  pleinement  consciente  avec  laquelle  il  expose  ces  considérations  générales.  Et 
tout  les  confirme  dans  ses  œuvres.  Parmi  les  autres  particularités  dans  sa  manière 
de  poser  et  de  traiter  ses  développemeots,  j'en  signalerai  une  qui  m'a  frappé.  Ses 
deux  domaines  principaux  étaient  la  théorie  des  équations  et  la  théorie  des  fonctions, 
et  ses  progrès  dans  l'une  de  ces  deux  branches  différentes  l'ont  constamment  conduit 
à  de  nouveaux  progrès  dans  l'autre,  et  inversement;  il  y  a  aussi  une  remarquable 
ressemblance  entre  les  manières  dont  il  s'est  posé  et  a  résolu  les  principaux  pro- 
blèmes dans  chacune.  Un  trait  qui  revient  souvent  est  qu'il  résout  les  difficultés, 
lorsqu'il  est  en  face  d'un  cas  particulier,  en  se  posant  un  problème  beaucoup  plus 
élevé,  comprenant  le  précédent.  De  la  position  ainsi  franchie  sa  pensée  s'avance, 
par  les  progrès  les  plus  subtils,  jusqu'au  principe  de  classification  le  plus  naturel, 
grâce  auquel  il  ramène  tous  les  phénomènes  essentiels  au  pins  petit  nombre  possible 
de  types  fondamentaux  qu'il  n'est  plus  possible  de  transformer  les  uns  dans  les 
autres.  Puis  il  pénètre  et  expose  leurs  propriétés  avec  une  vigueur  incomparable, 
et  montre  comment  ils  se  comportent  dans  les  formes  diverses  du  système  plus 
complexe.  Il  est  impossible  de  dire  ce  qui  est  ici  le  plus  admirable,  la  puissance 
merveilleuse  avec  laquelle  il  se  soumet  la  matière  la  plus  indocile  (voyez,  par  exemple, 
ce  qu'il  a  dit  plus  haut  des  complications  qu'il  fait  disparaître),  la  sûreté  spontanée 
avec  laquelle  il  discerne  les  caractères  essentiels,  ou  la  rigueur  logique  par  laquelle 
il  sait  tout  réduire  aux  types  les  plus  simples  possibles.  A  chaque  proposition,  il 
sait  immédiatement  de  quel  côté  elle  pourra  être  généralisée  avec  le  plus  grand 
avantage,  et  chaque  principe  plus  général  ainsi  acquis  est  aussitôt  pour  lui  un  nouvel 
instrument  pour  aller  plus  loin.  Sa  richesse  d'idées,  l'étendue  de  son  regard,  la 
rigueur  du  progrès  logique  de  sa  pensée,  la  perfection  de  son  exposé,  tout  est  mer- 
veilleux. Ce  fut  grâce  à  ces  qualités  de  son  esprit,  et  aussi  au  travail  infatigable 
qui  eu  si  vite  raison  de  son  corps  peu  vigoureux,  qu'ABEL  put  élever,  depuis 
l'âge  de  22  ans  jusqu'à  moins  de  27,  des  constructions  si  solides,  des  théories 
éternelles. 


LETTRE    DE    CRELLE 


109 


Vers  le  milieu  de  septembre,  Madame  Hansteen  quitta  Kristiania  pour  se 
rendre  dans  sa  famille  à  Copenhague,  et  la  maison  Hansteen  fut  vide  et  déserte. 
Abel  avait  perdu  sa  seconde  mère,  son  amie  la  plus  intime  à  tant  d'égards.  La 
simplicité  avec  laquelle  il  pouvait  accepter  d'elle  des  services,  plus  que  de  personne 
autre,  nous  la  voyons  dans  des  témoignages  d'une  insignifiance  éloquente,  jusqu'à 
ces  petits  billets  non  datés  (lettres  XXXII  et  XXXVI),  qui  ont  été  pieusement 
conservés,  et  qui  en  réalité  racontent  encore  quelquechose  de  ses  préoccupations 
pour  son  frère,  quelquechose  de  ses  embarras  d'argent,  quelquechose  sur  ses 
dettes,  dont  il  réussit  tout  de  même  à  payer  une  partie,  ce  qu'il  lui  a  déjà  librement 
confié.  A  sa  manière  douce,  il  exprime  dans  sa  lettre  du  22  septembre  (lettre 
XXXVIII),  aussitôt  qu'il  a  quitté  son  lit  de  malade,  le  regret  que  lui  cause  le 
départ  de.  Madame  Hansteen:  „Comme  c'est  étrange,  je  ne  peux  pas  me  mettre 
dans  la  tête  que  vous  êtes  partie,  et  je  suis  souvent  sur  le  point  d'aller  chez  vous. 
Je  suis  pourtant  presque  absolument  seul". 

Et  dans  la  jolie  lettre  d'on  ne  sait  quel  jour  de  novembre  (lettre  XLI),  la 
dernière  adressée  à  elle,  que  nous  ayons  de  sa  main,  toutes  ses  pensées  amicales, 
enfantines,  viennent  comme  s'accumuler.  C'est  comme  s'il  était  assis,  encore  une 
fois,  sur  la  tabouret  à  ses  pieds,  il  raconte  toutes  ses  histoires,  grandes  et  petites, 
et  son  accès  d'orgueil  devant  la  célébrité  qui  commence  à  l'assaillir  a  quelque  chose 
du  même  caractère  qu'autrefois,  lorsqu'il  avait  entendu  Degen  faire  son  éloge.  En 
même  temps,  il  essaie  de  la  consoler  le  mieux  qu'il  peut  de  son  éloignement  de 
sa  maison.    Il  ne  la  revit  plus  jamais. 

Le  21  septembre,  Abel  avait  reçu  de  Crelle  une  nouvelle  lettre,  cette  fois  plus 
gaie  et  plus  pleine  d'espoir.  De  meilleures  chances  apparaissaient  à  nouveau,  et 
la  lettre  contenait  en  outre  des  encouragements  sur  d'autres  points.  De  cette  lettre, 
qui  était  datée  du  10  septembre,  nous  n'avons  plus  que  des  fragments  (lettre  XXXVII) 
qui  sont  reproduits  d'après  l'article  nécrologique  de  Holmboe.  Ces  fragments  disent 
combien  son  mérite  est  reconnu  des  côtés  les  plus  différents,  ce  que  Crelle  s'est  fait 
un  plaisir  de  lui  communiquer;  mais  par  la  lettre  suivante  à  Madame  Hansteen 
nous  savons  qu'elle  contenait  en  outre  l'offre  renouvelée  de  lui  payer  ce  qu'il 
enverrait  dorénavant,  à  raison  d'un  ducat  par  feuille  d'impression,  et  Abel  ne  crut 
plus  devoir  refuser.  Si  modeste  et  prudent  que  se  soit  certainement  montré  Abel 
dans  ses  lettres  à  Crelle,  il  est  impossible  que  celui-ci  n'êiit  pas  senti  la  disproportion 


110  ELLING    HOLST:     INTRODUCTION   HISTORIQUE 


qui  existait  entre  les  mérites  d'ABEL  dans  sa  science,  et  la  seule  manière  dont  on 
avait  cru  pouvoir  l'employer,  ainsi  que  le  traitement  qu'on  pouvait  lui  offrir  à 
Kristiania.  Et  de  quelque  source  que  cela  puisse  être  venu,  il  est  certain  que  cette 
disproportion  avait  commencé  à  exciter  un  étonnement  et  une  sollicitude  bien  justi- 
fiés pour  ceux  qui  n'étaient  pas  au  courant,  même  en  dehors  du  milieu  de  Crelle. 
Dans  la  correspondance  entre  Legendre  et  Jacobi,  ce  point  n'est  touché  nulle  part, 
mais  il  n'est  pas  impossible  que  Crelle,  en  parlant  d'ABEL  à  Legendre,  ne  lui  ait 
pas  caché  la  situation.  En  tout  cas  Legendre,  Poisson  et  Lacroix  ont  fait  peu  de 
temps  après  une  démarche  tout-à-fait  exceptionnelle,  en  s'adressant  au  roi  Charles-Jean 
(Bernadette),  pour  qu'on  assurât  à  Abel  une  situation  convenable  à  l'académie 
suédoise  des  sciences  à  Stockholm.  Abel  était  d'ailleurs  absolument  ignorant  de  ce 
fait,  et  le  6  décembre,  il  adresse  de  son  côté  une  pétition  au  roi  (doc.  XLII)  en  vue 
d'une  amélioration  de  sa  situation  financière  d'une  toute  autre  et  plus  modeste  sorte. 
Il  désirait  simplement  obtenir  le  traitement  ordinaire  de  docent,  600  spd.  au  lieu  de 
400,  qu'il  avait  reçus  jusqu'alors.  La  pétition  passa  par  la  filière  habituelle,  sans 
opposition  aucune,  cette  fois.  L'Université  est  extrêmement  satisfaite  de  la  manière 
dont  il  compose  et  expose  son  cours,  et  lui  donne  la  meilleure  recommandation.  Le 
9  février,  le  décret  royal  fut  signé,  accordant  la  demande.  Mais  maintenant  tous  les 
tardifs  rayons  de  soleil  tombent  sur  son  lit  de  mort  ou  sur  sa  tombe. 

Il  devait  passer  la  Noël  à  Froland;  mais  le  voyage  même  lui  donne  le  dernier 
coup.  L'hiver  était  rigoureux,  et  le  costume  de  voyage  d'ABEL  n'était  pas  des 
meilleurs.  En  arrivant  il  n'était  pas  précisément  malade,  mais  il  ne  se  sentait  pas  bien 
non  plus,  et  la  vie  de  joyeuse  sociabilité  à  l'usine,  où  il  s'était  montré  l'un  des  plus 
ardents,  souvent  l'âme  de  ce  milieu,  toujours  gai  parmi  les  gais,  et  enfant  avec  les 
plus  jeunes,  fut  brusquement  interrompue  au  bout  de  quelques  jours,  lorsqu'ABEL 
dut  tout-à-coup  s'aliter  par  suite  d'un  crachement  de  sang.  C'était  une  grave 
inflammation  des  poumons. 

Toute  la  famille  s'était  attachée  à  lui  avec  un  grand  dévouement.  A  Froland 
toutes  ses  quahtés  aimables  s'étaient  épanouies  dans  ce  milieu  de  bonté  chaleureuse; 
sa  gaieté  tantôt  tranquille,  tantôt  exubérante,  avait  parfois  gagné  toute  la  maison, 
et  jamais  on  ne  s'était  fâché  des  nombreuses  farces  quil  s'était  permises,  sûr  qu'il 
était  de  la  position  qu'il  avait  acquise  dans  ce  charmant  milieu  dans  une  famille 
distinguée.     Sa  bonté  de  cœur  et  son  caractère  enfantin  lui  avaient  depuis  longtemps 


DERNIÈRE    MALADIE  111 


conquis  tout  le  monde.  Bien  souvent  il  avait  transporté  son  papier,  sa  plume  et 
ses  profondes  spéculations  mathématiques  dans  le  cercle  même  de  la  famille,  où  les 
dames  étaient  occupées  de  de  leurs  travaux  à  la  main,  et  causaient.  Il  s'installait 
là,  „et  il  travaillait  et  écrivait  pour  diminuer  les  frais  de  poste  sur  le  papier  le  plus 
mince  et  avec  l'écriture  la  plus  fine.  Lorsqu'il  se  levait  de  son  travail,  raconte 
Bjerknes,  il  n'avait  pas  de  plus  grand  plaisir  que  de  dérober  un  mouchoir  dans 
une  poche  ou  de  fouiller  dans  une  boîte  à  ouvrage".  Alors  tout  fut  changé. 
Mais  il  les  réunit  encore  tous  autour  de  lui.  Son  lit  de  malade  fut  le  centre  de  la 
famille,  toutes  les  pensées  s'y  concentrèrent. 

Il  est  inutile  de  dire  qu'il  fut  soigné  de  la  manière  la  plus  affectueuse  et  la 
plus  attentive,  et  qu'ainsi  sur  son  Ht  de  malade  il  jouit  peut-être  pour  le  première 
fois,  non  des  joies  de  la  société  et  de  la  vie  raffinée,  mais  de  tout  l'épanchement 
d'intime  bonté  que  des  mains  douces  et  des  cœurs  affectueux,  dans  une  maison 
luxueuse,  peuvent  verser  comme  baume  et  adoucissement  sur  une  jeune  espérance 
de  vie,  brusquement  brisée.  Et  il  a  certainement  éprouvé  à  cette  époque  une  joie 
encore  plus  profonde,  en  apprenant  à  connaître  à  fond  le  cœur  de  sa  fiancée. 

Il  sembla  un  moment  qu'il  se  remettrait.  Mais  dès  le  commencement  de  janvier 
survint  une  rechute,  qui  l'amena,  comme  par  un  pressentiment  de  ce  qui  allait 
suivre,  à  chercher  à  sauver  le  joyau  de  sa  vie  et  de  son  œuvre,  le  grand  théorème 
d'addition  contenu  dans  le  mémoire  de  Paris.  Comme  pour  sauver  du  feu  ce 
brandon  fumant,  il  le  récrivit  le  6  janvier,  et  l'envoya  à  Grelle,  C'est  la  dernière 
chose  que  nous  ayons  de  sa  main,  Httéralement  son  testament  scientifique.  Comme 
nous  savons  qu'il  resta  trois  mois  sur  son  lit  de  mort,  nous  devons  croire  que  c'est 
le  jour  même  oii  il  eut  sa  rechute,  qu'il  allégea  son  cœur  de  ce  gros  souci. 

Bientôt  le  caractère  de  la  maladie  fut  évident  pour  tous,  sauf  pour  Abel  lui- 
même.     C'était  la  phtisie,  et  de  celles  qui  ne  donnent  pas  de  long  sursis. 

Il  y  a  une  étrange  douceur  dans  cette  terrible  maladie,  en  ce  que  le  malade 
continue  à  espérer  de  vivre;  il  croit,  chaque  fois  qu'un  accès  est  passé  et  qu'il  peut 
avoir  repos  et  soulagement,  qu'il  retourne  vers  la  lumière  et  la  santé,  et  qu'il 
pourra  encore  vivre  et  accomplir  beaucoup  de  choses.  A  chaque  intervalle  nouveau, 
c'était  comme  si  toutes  les  lumineuses  puissances  de  la  vie  s'étaient  unies  pour  sa 
joie  en  faisant  cet  espoir  d'avenir  aussi  resplendissant  et  beau  que  possible.  A  tout 
ce  que  son  entourage  ami  lui  offrait  de  bon,  s'ajoutèrent  une  série  de  nouvelles  du 


112  ELLING   HOLST:     INTRODUCTION   HISTORIQUE 

dehors,  pleines  de  promesses.  Dans  le  pays,  le  montant  de  son  traitement  était 
élevé,  et  il  reçut,  tant  de  Berlin  directement,  que  de  Paris  par  un  détour,  des  nou- 
velles qui  firent  battre  son  cœur  et  colorèrent  ses  joues  une  dernière  fois.  Dans 
une  lettre  que  nous  ne  possédons  plus,  mais  dont  Bjerknes  rend  compte,  Grelle  a 
de  nouveau  le  meilleur  espoir.  La  nomination  à  Berlin  peut  être  considérée  comme 
une  chose  faite.  Et  cela  lui  est  plus  tard  confirmé  par  Legendre  (lettre  XLIII)  dans 
le  post-scriptum  :  „J'ai  reçu  il  y  a  quelque  temps  une  lettre  de  M.  Humboldt,  dans 
laquelle  il  m'informe  que  le  ministre  de  l'instruction  publique  à  Berhn  est  autorisé 
par  le  roi  à  fonder  un  séminaire  pour  l'étude  des  hautes  mathématiques  et  de  la 
physique,  dans  lequel  vous  serez  appelé  comme  professeur  avec  M.  Jacobi". 

La  joie  que  tout  cela  lui  causait  fut  encore  augmentée  à  l'idée  que  sa  fiancée 
en  profiterait  aussi,  et  elle  ne  voulut  pas  l'arracher  à  ses  heureux  rêves  d'avenir, 
mais  examina,  tout  en  plaisantant,  avec  lui,  comment  ils  s'arrangeraient.  „Tu  ne 
t'appelleras  plus  madame,  ni  ma  femme,  lui  arrivait-il  de  dire  par  plaisanterie, 
d'après  le  récit  de  Bjerknes,  on  dira  Hr.  Professor  mit  seiner  Gemahlin".  Et  parmi 
ces  jeux  certainement  mêlés  de  larmes,  il  glissa  peu  à  peu,  sans  s'en  douter,  jusqu'à 
la  mort.  Il  sut  enfin  à  son  tour  que  tout  espoir  était  perdu,  et  sa  pensée  fut  alors 
surtout  préoccupée  de  faire  quelquechose  pour  elle.  Son  dernier  vœu,  nous  croyons 
qu'il  fut  transmis  par  la  famille  Smith,  fut  de  charger  son  vieil  ami  Keilhau  de 
prendre  soin  de  sa  fiancée.  Il  la  savait  ainsi  entre  des  mains  fidèles  et  pieuses, 
bien  que  Keilhau  ne  connût  pas  alors  personnellement  Mlle  Kemp.  „Elle  n'est  pas 
belle,  dit  Abel  dans  son  adieu  à  Keilhau,  elle  a  les  cheveux  roux  et  des  taches  de 
rousseur,  mais  c'est  une  femme  admirable".*  L'agonie  fut  pénible.  Crelly  ne  le 
quitta  point,  et  comme  les  autres  voulaient  partager  sa  tâche  et  l'aider  à  le  soigner, 
elle  refusa  d'accepter  leur  aide  „pour  posséder  seule  ces  instants."  Le  6  avril  à  4 
heures  de  l'après  midi,  tout  fut  fini.     Il  avait  alors  26  ans  et  8  mois. 

Deux  jours  après  la  mort,  Grelle  écrit  encore  une  dernière  lettre  à  Abel  (lettre 
XLIV).  Elle  est  rayonnante:  „Je  peux  maintenant,  mon  cher,  très-cher  ami,  vous 
donner  une  bonne  nouvelle.  Le  ministre  de  l'instruction  publique  a  décidé  de  vous 
appeler  à  Berlin,  et  de  vous  y  nommer  .  .  ."  G'est  avec  peine  que  l'on  lit  l'expres- 
sion   de   sa  joie,  sa  prière  à  Abel  de  n'annoncer  encore  la  nouvelle  à  personne,  et 


*  Finne  Grenn:    „La  famille  (I'Abel,  le  grand  mathématicien",  p.  71. 


FUNERAILLES    D'ABEL.       IMPRESSION    DANS    LE    MONDE    SAVANT  113 

sa  demande  de  répondre  immédiatement,  quand  ce  ne  serait  que  quelques  mots. 
„Soyez  heureux  et  rassurez-vous  tout-à-fait.  Vous  venez  dans  un  bon  pays,  où 
le  climat  est  meilleur,  plus  près  de  la  science  et  d'amis  sincères  qui  vous  apprécient 
et  vous  aiment."  Ces  paroles  montrent  que  Grelle  n'avait  pas  été  sans  savoir 
qu'ABEL  était  malade,  et  probablement  aussi  de  quelle  maladie,  bien  qu'il  fût  loin 
de  soupçonner  avec  quelle  effrayante  rapidité  elle  avait  accompli  son  œuvre. 

Le  lendemain  de  la  mort,  Smith  informa  Holmboe  (lettre  XL  VIT).  Cette  courte 
lettre  est  une  simple  lettre  d'affaires,  mais  l'annonce  qu'il  fit  insérer  dans  le  „Morgen- 
bladet"  montre  qu'il  était  parfaitement  au  courant  de  ce  qu'avait  été  Abel,  non 
seulement  comme  homme,  mais  aussi  comme  penseur  et  comme  savant.*  Quelques 
jours  avant  l'enterrement.  Mlle  Kemp  écrivit  à  Mme  Friderichsen,  et  la  pria 
d'informer  Mme  Hansteen  avec  tous  les  ménagements  possibles.  La  lettre,  qui 
existe  encore,  exprime  la  plus  profonde  douleur,  et  montre  qu'elle  même,  Grelly, 
éprouvait  envers  Mme  Hansteen  exactement  les  mêmes  sentiments  qui  avaient 
animé  Abel,  en  qui  elle  savait  que  Mme  Hansteen"  „a  perdu  un  fils  tendre  et  pieux, 
qui  l'aimait  infiniment".  Et  elle  lui  envoie  la  „mèche  de  cheveux  de  mon  Abel", 
qui  est  devenue,  avec  les  lettres  de  Mme  Hansteen,  la  propriété  de  sa  nièce,  Madame 
Lange,  veuve  du  ministre. 

L'enterrement  eut  lieu  au  cimetière  de  Froland  le  13  avril.  L'hiver  avait  repris 
toute  sa  rigueur  et  un  violent  tourbillon  de  neige  se  déchaînait.  Des  villages  et  de 
la  campagne  du  voisinage  on  n'en  vint  pas  moins  en  foule,  car  on  était  près  de 
la  maison  de  son  enfance,  lui  faire  un  grand  cortège  pour  lui  rendre  les  derniers 
honneurs.  Le  bruit  que  le  fils  du  pasteur  de  Gjerstad  était  devenu  quelque  chose 
de  grand  et  de  remarquable  avait  pénétré  plus  profondément  dans  le  peuple  de  cette 
région  qu'on  n'aurait  pu  le  soupçonner  et  cette  grande  manifestation  de  sympathie 
montra  combien  sa  mort  les  avait  tous  frappés.  Ainsi  ce  fut  dans  le  peuple  de  sa 
propre  province  qu'il  trouve  les  premiers  de  ses  compatriotes  qui  honorèrent  sa 
mémoire. 


*  Voici  le  texte  de  l'annonce:  „J'ai  la  douleur  de  faire  connaître  que  Niels  H.  Abel,  illustre 
et  très  estimé  pour  sa  science  mathématique,  docent  à  l'université  royale  norvégienne,  est 
mort  chez  moi  après  12  semaines  de  maladie  le  lundi  6  avril,  dans  la  27"^i""  année  de  son 
âge.  Usine  à  fer  de  Froland,  le  11  avril  1829.  Sivert  Smith."  („Mgbl."  des  19,  20,  et 
21  avril  1829) 

INTRODUCTION    —    15 


114  ELLING    HOLST:     INTRODUCTION    HISTORIQUE 

Par  Holmboe,  la  nouvelle  se  répandit  dans  le  pays  et  à  l'étranger,  et  excita 
partout  une  douleur  et  une  consternation  profondes.  Crelle,  tout  ému,  se  hâta  de 
se  rendre  au  ministère  de  l'instruction  publique  prussîen,  d'où  la  nomination  d'AsEL 
allait  être  envoyée  le  lendemain.  La  nouvelle  fit  sombrer  de  grands  et  beaux 
projets.  Et  les  articles  nécrologiques  qu'on  lit  sur  lui,  non  seulement  dans  les 
revues  scientifiques  et  dans  la  presse,  mais  aussi  dans  la  correspondance  entre  les 
grands  mathématiciens  contemporains,  témoigne  partout  de  la  vénération  qu'avait 
attachée  à  son  nom  cette  mort  soudaine,  après  qu'il  eut,  si  jeune,  créé  une 
œuvre  si  capitale. 

Le  12  mai,  Schumacher  a  informé  Gauss  de  la  mort  d'ABEL.  Le  19  Gauss 
répond:  „La  mort  d'Abel,  que  je  n'ai  pas  vue  publiée  dans  les  journaux,  est  une 
très  grande  perte  pour  la  science.  S'il  existe,  peut-être,  ou  si  l'on  imprime  quelque 
chose  sur  le  détail  de  la  vie  de  cette  tête  extrêmement  remarquable,  et  si  cela  vous 
tombe  entre  les  mains,  je  vous  prie  vivement  de  me  le  communiquer.  Je  voudrais 
bien  aussi  avoir  son  portrait,  s'il  est  possible  de  se  le  procurer.  Humboldt,  avec 
qui  j'ai  parlé  de  lui,  avait  le  désir  marqué  de  faire  tout  ce  qu'il  pourrait  pour 
l'attirer  à  Berlin. 

Le  4  juin,  Legendre  écrit  à  Jacobi.  „En  fermant  cette  lettre,  je  viens  d'appren- 
dre avec  une  profonde  douleur  que  votre  digne  M.  Abel  est  mort  à  Christiania  des 
suites  d'une  maladie  de  poitrine  dont  il  était  affecté  depuis  quelque  temps,  et  qui 
a  été  aggravée  par  les  rigueurs  de  l'hiver.  C'est  une  perte  qui  sera  vivement  sentie 
de  tous  ceux  qui  s'intéressent  aux  progrès  de  l'analyse  mathématique,  considérée 
dans  ce  qu'elle  a  de  plus  élevé.  Au  reste,  dans  le  court  espace  de  temps  qu'il  a 
vécu,  il  a  élevé  un  monument  qui  suffira  pour  rendre  sa  mémoire  durable  et  donner 
une  idée  de  ce  qu'on  aurait  pu  attendre  de  son  génie,  ni  fata  obstetissent"' .  Jacobi 
répond:  „Peu  de  jours  après  l'envoi  de  ma  dernière  lettre,  j'appris  la  triste  nouvelle 
de  la  mort  d'Abel.  Notre  gouvernement  l'avait  appelé  à  Berlin,  mais  l'appel  ne 
l'a  pas  trouvé  parmi  les  vivants.  L'espérance  que  j'avais  conçue  de  le  trouver  à 
Berlin  a  été  ainsi  cruellement  déçue.  Les  vastes  problèmes  qu'il  s'était  proposés, 
d'établir  des  critères  suffisants  et  nécessaires  pour  qu'une  équation  algébrique 
quelconque  soit  résoluble,  pour  qu'une  intégrale  quelconque  puisse  être  exprimée 
en  quantités  finies,  son  invention  admirable  de  la  propriété  générale  qui  embrasse 
toutes    les    fonctions    qui    sont    des   intégrales  de  fonctions  algébriques   quelconques 


ARTICLES    DE    CRELLE    ET    DE    HOLMBOE  115 

etc.,  etc.,  marquent  un  genre  de  questions  tout-à-fait  particulières,  et  que  personne 
avant  lui  n'avait  osé  imaginer.  Il  s'en  est  allé,  mais  il  a  laissé  un  grand 
exemple". 

Ce  fut  Crelle  qui,  dans  son  journal,  écrivit  sur  lui  les  premières  paroles  de 
souvenir  adressées  au  grand  monde  scientifique.  Il  trouve  des  expressions  éloquentes 
pour  décrire  sa  puissance  et  sa  profondeur  scientifiques:  „Tous  les  travaux  d'Abel 
portent  l'empreinte  d'une  sagacité  et  d'une  puissance  d'esprit  extraordinaires  et 
vraiment  étonnantes,  même  sans  considérer  sa  jeunesse.  Il  pénétrait  son  sujet  à 
fond  avec  une  vigueur  qui  semblait  irrésistible,  il  le  saisissait  avec  une  si  extra- 
ordinaire énergie  et  de  si  haut,  et  il  s'est  élevé  à  tel  point  au-dessus  du  niveau  de 
son  époque,  que  les  difficultés  semblaient  s'évanouir  devant  son  génie  victorieux." 
Il  raconte  l'histoire  d'AsEL  dans  son  pays,  l'espoir  que  l'on  avait  eu  de  l'attacher 
à  Berlin,  et  le  regret  du  ministre  de  l'instruction  publique  prussien  de  voir  ces  pro- 
jets anéantis  par  la  mort  d'ÂBEL.  Puis  vient  quelque  chose  de  personnel  dans 
l'article  nécrologique,  et  Crelle  trace  le  portrait  d'ÂBEL.  Il  connaît  à  fond  l'homme 
dont  les  lettres  nous  émeuvent,  il  le  voit  seulement  peut-être  à  une  distance  encore 
un  peu  plus  grande,  comme  cela  devait  être  entre  le  jeune  étudiant  norvégien  et 
le  conseiller  privé  allemand,  si  complètement  qu'ils  eussent  appris  à  s'apprécier 
mutuellement,  et  si  intimes  qu'ils  fussent  devenus.  Ce  qui  a  frappé  Crelle,  outre 
le  naturel  aimable  d'ÂBEL,  c'est  son  étonnante  modestie:  il  ne  demandait  rien  pour 
lui-même.  Nous  qui  pouvons  le  décomposer  en  tant  de  détails,  nous  devons  être 
reconnaissants  à  Crelle  d'avoir  souligné,  parmi  ses  nombreuses  particularités  per- 
sonnelles remarquables  et  intéressantes,  celle-là  surtout,  grande  et  belle,  à  laquelle 
il  consacre  le  dernier  paragraphe  de  l'article.  „I1  était  également  distingué  par  la 
pureté  et  la  noblesse  de  son  caractère,  et  par  une  rare  modestie,  qui  le  rendait 
aussi  aimable  que  son  génie  était  extraordinaire.  La  jalousie  des  mérites  d'autrui 
lui  était  chose  tout-à-fait  étrangère.  Il  était  bien  éloigné  de  cette  avidité  d'argent 
ou  de  titres,  ou  même  de  renommée,  qui  porte  souvent  à  se  servir  de  la  science 
comme  d'un  moyen  de  parvenir.  Il  estimait  trop  haut  les  vérités  qu'il  cherchait 
pour  les  vendre  à  si  bas  prix.  Il  trouvait  la  récompense  de  ses  efforts  dans  leur 
résultat  même,  il  était  presque  aussi  heureux  d'une  découverte  nouvelle,  qu'elle  eût 
été  faite  par  lui  ou  par  un  autre.  Les  moyens  de  se  faire  valoir  étaient  pour  lui 
chose   inconnue;    il  ne  faisait  rien  pour  lui-même,  mais  tout  pour  sa  chère  science. 


116  ELLING    HOLSï:     INTRODUCTION    HISTORIQUE 

Tout  ce  qui  a  été  fait  pour  lui  provient  exclusivement  de  ses  amis,  sans  la  moindre 
intervention  de  sa  part  ....  II  a  sacrifié  sa  vie  pour  la  science,  sans  songer  à  sa 
propre  conservation  ....  Gloire  à  la  mémoire  de  cet  homme  également  remarquable 
par  ses  talents  extraordinaires  et  la  pureté  de  son  caractère.  II  a  été  un  de  ces 
êtres  rares  dont  il  apparait  à  peine  un  par  siècle." 

Du  jour  même,  20  juin,  où  Crelle  écrit  ce  qui  précède,  est  aussi  daté  l'article 
nécrologique  de  Hoimboe  dans  le  „Magazin".  Celui-ci  avait  le  devoir,  incomparable- 
ment plus  difficile,  de  dire  aux  non-mathématiciens  ce  qu'ABEL  avait  été.  Il  essaye 
de  le  faire  en  reproduisant  les  opinions  de  Fuss,  Gauss,  Jacobi  et  Legendre  dans 
des  lettres  de  Crelle  à  Abel,  dont  nous  nous  trouvons  ainsi  en  possession  (lettres 
XXXI  et  XXXVII),  ainsi  que  dans  une  lettre  de  Legendre  (lettre  XLIII). 

Au  pays  aussi  le  deuil  fut  grand  dans  les  milieux  universitaires  et  parmi  les 
rares  qui  l'avaient  approché  davantage.  Mais  pour  la  plupart,  son  nom  était  inconnu, 
et  même  lorsque  les  articles  nécrologiques  eurent  répandu  sa  gloire,  on  n'eut  que  ce 
renseignement,  si  peu  explicite  pour  la  foule,  qu'il  avait  été  „un  grand  mathé- 
maticien". La  distance  entre  les  mathématiques,  telles  qu'on  se  les  représente, 
même  avec  la  meilleure  culture  générale,  et  la  profondeur  de  pensée  atteinte  par 
un  esprit  comme  Abel,  est  tellement  immense,  que  tout  point  de  comparaison  pour 
le  comprendre  fait  réellement  défaut.  Si  profondément  que  les  mathématiques  aient 
empreint  la  vie  courante,  sous  toutes  ses  formes,  par  les  innombrables  applications, 
sans  lesquelles  nous  ne  pouvons  plus  nous  la  représenter,  le  monde  de  la  pensée 
mathématique  n'en  est  pas  moins  lointain  et  étranger,  ni  la  langue  moins  incom- 
préhensible, ni  moins  hors  de  la  portée  générale  l'importance  de  l'homme  que  nous 
appelons  un  grand  mathématicien,  et  cela  d'autant  plus  que  l'homme  est  plus  grand. 

Mais  peu  à  peu  tout  le  monde  comprit  de  plus  en  plus  dans  le  pays,  sous 
l'influence  du  respect  avec  lequel  les  hommes  de  science  les  plus  célèbres  d'Europe 
saluaient  sa  mémoire,  qu'un  génie  extraordinaire  avait  disparu,  et  de  plus  en  plus, 
au  regret  de  cet  homme  se  mêla  le  sentiment  douloureux  qu'un  trésor  nous  avait 
été  confié,  que  la  misère  des  temps  nous  avait  enlevé  avant  que  nous  eussions 
compris  combien  il  était  inestimable.  Le  regret  de  l'Allemagne  qui  ne  put  adjoindre 
la  puissance  créatrice  d'AsEL  à  son  travail  le  plus  important,  et  le  grand  prix  de 
l'Académie  des  sciences  de  Paris  :  3000  francs  à  partager  également  entre  lui  et  Jacobi 


KEILHAU   ET    BOECK.       DERNIEES    HOMMAGES  117 


(lettre  L),  par  lequel,  même  après  sa  mort,  il  vint  en  aide  à  sa  famille,  furent  des 
témoignages  qui  non  seulement  durent  frapper  la  foule  dans  tout  le  pays,  mais 
aussi  révélèrent  à  beaucoup  de  nos  hommes  les  plus  instruits  un  Abel  différent  de 
celui  qu'ils  avaient  pu  s'imaginer.  Ainsi  il  fut  peu  à  peu,  après  sa  mort,  plus 
dignement  apprécié,  et  son  œuvre  est  pour  nous  vivante  aujourd'hui.  Mais  deux 
mots  douloureux  restent  sur  sa  brève  existence  comme  une  devise,  les  mots  trop 
tôt  et  trop  tard.  Il  a  poussé  trop  tôt  comme  par  un  printemps  hâtif,  il  a  été  détruit 
comme  par  la  gelée,  et  lorsqu'enfin  le  soleil  a  percé,  il  était  trop  tard;  il  s'est 
affaissé  comme  fait  le  blé  dans  un  champ  gelé,  au  moment  même  où  le  soleil  brille 
et  où  fond  le  givre  de  la  nuit. 

Le  premier  qui  montra  à  ses  compatriotes  qu'ABEL  avait  été  lésé  fut  le  prési- 
dent de  son  ancien  cercle  de  camarades  dans  l'association  physiogi-aphique, 
Kristian  Boeck,  qui  alors  dirigeait  le  „Magazin".  A  l'article  nécrologique  de  Holmboe 
dans  le  9"^®  volume  il  ajouta  une  série  de  considérations,  décrivit  avec  chaleur  les 
aspects  aimables  de  la  nature  d'AsEL,  et  posa  enfin  la  question:  son  pays  a-t-il 
fait  pour  lui  ce  qu'il  pouvait?  Il  l'adresse  à  l'Université.  Le  conseil  se  vit  obligé 
d'affirmer,  dans  une  longue  réplique  —  la  défense  dont  il  a  été  question  précédem- 
ment, p.  18,  parue  dans  le  „Morgenbladet"  du  16  décembre  1829  —  que  l'Université, 
tout  au  moins,  avait  toujours  fait  ce  qu'elle  avait  pu  pour  Abel.  Nous  avons  pu 
suivre  dans  ce  qui  précède,  avec  tous  les  détails,  si  l'on  avait  raison  de  le  dire. 
L'unique,  grande  injustice  qui  fut  commise  contre  lui  en  choisissant  à  sa  place 
Holmboe,  que  l'on  ne  considérait  certainement  pas  comme  plus  éminent  ni  plus 
capable,  mais  seulement  comme  plus  apte  à  la  chaire  de  mathématiques  vacante, 
demeure  quand  même.  Ce  fut  méconnaître  complètement  la  double  tâche  qui 
s'imposait  alors  :  la  moindre  était  de  pourvoir  à  la  chaire,  et  l'autre,  incomparablement 
plus  grande,  d'assurer  un  avenir  à  Abel. 

La  tombe  d'ABEL  avait  été  placée  dans  le  lieu  de  sépulture,  non  enclos  encore, 
de  la  famille  Smith.  Sa  fiancée  restait  toujours  dans  la  famille,  lorsque  Keilhau, 
après  mûre  délibération,  eut  pris  sa  décision  sur  la  meilleure  manière  d'exaucer  la 
prière  qu'AsEL  lui  avait  adressée  de  son  lit  de  mort,  de  prendre  soin  de  sa  fiancée. 
Par  l'intermédiaire  de  Holmboe,    qui   était    en    relations    avec   la    famille  Smith,    il 


118  ELLING    HOLST:     INTRODUCTION    HISTORIQUE 


entra  en  rapport  avec  elle,  d'après  une  tradition  de  la  famille  Holmboe,  et  ne 
dissimula  pas  son  intention,  qui  était  de  lui  proposer  de  l'épouser.  Elle  était  par- 
faitement consciente  de  ses  imperfections  extérieures,  et  ne  les  dissimula  pas  dans 
la  réponse  par  laquelle  elle  lui  permit  une  visite  personnelle  à  Froland.  Sur  l'invi- 
tation de  Smith,  Keilhau  arriva  au  commencement  de  1830.  Pendant  cette  visite 
ils  se  fiancèrent,  et  Keilhau,  comme  nous  le  voyons  par  la  lettre  à  Boeck  (lettre 
XLIX),  ne  tarda  pas  à  apprécier  ses  qualités  d'esprit.  Leur  première  tâche  com- 
mune fut  consacrée  à  Abel  et  à  sa  mémoire. 

Si  Boeck  fut  le  premier  à  se  plaindre  du  sort  fatal  qui  avait  frappé  Abel  de 
façon  si  imméritée,  ce  fut  le  second  de  ses  plus  anciens  amis,  Keilhau,  qui  pensa 
à  faire  élever  le  seul  monument  à  son  souvenir  qui  existe  encore  aujourd'hui.  Mais 
par  sa  lettre  à  Boeck  il  a  encore  élevé  un  autre  monument  qui  ne  doit  pas  être 
oublié  dans  la  biographie  d'AsEL.  Nous  avons  suivi  la  chaude  et  fidèle  amitié  qui 
avait  régné  entre  ces  trois  hommes  Abel,  Keilhau  et  Boeck,  depuis  le  temps  où 
leurs  goûts  intellectuels  s'étaient  éveillés  pour  la  première  fois  jusqu'à  la  mort 
d'ABEL.  C'est  à  cette  amitié  inviolable  que  Keilhau  dans  sa  lettre  a  consacré  un 
souvenir  d'une  chaleur  virile  et  d'une  beauté  impérissable.  La  lettre  parle  de  son 
projet  de  monument  funéraire.  Smith  lui  avait  raconté  que  lui  et  le  pharmacien 
Tuxen  avaient  pensé  à  «placer  un  petit  monument"  sur  la  tombe. 

Ceci  me  parait  être  plutôt  l'affaire  de  ceux  qui  lui  furent  moins  étrangers,  je 
veux  dire  nous,  ses  amis,  à  qui  il  appartenait  vraiment  et  qui  ne  considérerions  pas 
le  fait  de  lui  élever  une  petite  pierre  funéraire  comme  un  devoir  qu'on  remplit  en  son 
honneur,  mais  qui  éprouvons  un  véritable  désir  de  le  faire  et  y  trouverions  une 
précieuse  satisfaction.  Il  ne  veut  à  aucun  prix  d'une  souscription  publique:  „du 
moins,  dans  sa  tombe,  notre  ami  ne  mendiera  pas".  Le  monument  doit  être 
simple  et  digne,  et  s'harmoniser  avec  l'entourage  très  simple  qu'il  décrit  briève- 
ment, mais  avec  précision  et  sentiment.  Puis  il  cite  un  par  un  ceux  qu'il 
croit  devoir  être  heureux  de  s'unir  à  lui  et  à  Boeck:  Treschow,  Mme  Hansteen, 
Skjelderup,  Holmboe,  Rasmusen  et  Hjort;  „en  outre  toi  et  moi,  ce  qui  fait  déjà 
9  participants,  si  vous  ne  considérez  pas  comme  une  usurpation  de  ma  part  de  me 
réserver  deux  places."  Ceci  est  une  allusion  discrète  à  ce  qu'il  représente  aussi 
maintenant  Mlle  Kemp.  Il  ajoute:  „Si  tu  connais  quelqu'un  en-dehors  de  ceux  que 
j'ai  nommés,  que  l'on  ne  peut    pas    exclure  de  la   participation,    tu   agiras  pour  le 


LE    TOMBEAU    D  ABEL 


119 


mieux;  car  tu  m'as  bien  compris  et  de  plus  tu  auras  senti  de  quoi  il  s'agit".  Ce 
dont  il  s'agit  pour  lui  c'est  de  ne  pas  faire  entrer  dans  l'entreprise  quiconque  y 
prendrait  part  „par  des  motifs  quels  qu'ils  soient,  qui  ne  sont  pas  ceux  que 
nous  désirons". 

Chacun  sera  touché  des  sentiments  délicats  de  cette  lettre,  non  moins  que 
de  sa  gravité  chaude  et  émue. 

La  colonne  de  fonte  sans  prétention,  dans  sa  simplicité,  est  belle  et  digne. 
Elle  symbolise  pour  nous,  d'une  manière  analogue  aux  lettres  laissées  par  Abel, 
non  le  mathématicien,  mais  l'homme  simple,  aimable  et  sympathique  qu'il  fut. 


COEKESPONDANCE  D'ABEL 

COMPEENANT  SES  LETTRES  ET  CELLES  QUI 
LUI  ONT  ÉTÉ  ADRESSÉES 


CORRESPONDANCE    d'aBEL    —     1 


CORRESPONDANCE  D'ABEL 

COMPRENANT  SES  LETTRES  ET  CELLES  QUI  LUI  ONT  ÉTÉ 

ADRESSÉES 

I.    ABEL  A  HOLMBOE 

Copenhague,  le  15  juin  1823. 
Mon  cher  ami! 

Je  t'écris  tout  de  suite,  comme  je  te  l'ai  promis.  —  Il  s'agit  d'abord  de  mon 
voyage.  Le  premier  jour  nous  n'avons  pu  avancer  que  de  trois  milles.*  Le  lende- 
main nous  arrivions  à  Drôbak  où  nous  sommes  restés  deux  jours,  et  où  j'ai  été 
reçu  chez  Zwingelmayer  ^,  qui  a  trois  filles  assez  jolies.  —  Le  jour  d'après  nous 
avons  eu  bon  vent,  et  nous  sommes  sortis  du  fjord  de  Kristiania,  et  les  deux  jours 
suivants  on  a  marché  vite.  Je  suis  arrivé  à  Copenhague  vendredi,  et  je  me  suis 
aussitôt  précipité  chez  la  sœur  de  Madame  Hansteen,  Madame  Fredriksen,  où  j'ai 
été  tout  à  fait  bien  reçu.  C'est  une  femme  extrêmement  agréable,  elle  est  fort 
belle,  et  son  mari  a  quatre  enfants,  mais  elle  n'en  a  aucun  à  elle;  son  mari  est 
parti  depuis  peu  pour  les  Indes  occidentales.  —  Dans  huit  jours  envii-on  elle  s'en 
ira  chez  sa  mère  à  Sorô,  et  elle  m'a  invité  à  y  venir;  je  crois  que  j'accepterai 
l'invitation.  J'ai  été  chez  le  professeur  Thune  2.  C'est  un  homme  très  aimable  et 
bon  enfant,  mais  à  mon  avis  un  peu  pédant.  Il  m'a  reçu  avec  une  parfaite  cour- 
toisie. —  Aujourdhui  j'ai  été  chez  le  professeur  Degen,  l'homme  le  plus  drôle  que 
tu  puisses  t'imaginer;  il  m'a  fait  toutes  sortes  de  compliments,  entre  autres  qu'il 
aura  beaucoup  à  apprendre  de  moi;  ce  qui  m'a  rendu  tout  confus,  comme  tu  peux 
croire.   —  Il  a  une  jolie  bibliothèque  mathématique.  —  KreidaF  est   professeur   à 


♦  Environ  30  kilomètres. 


CORRESPONDANCE    D  ABEL 


l'école  d'Odense,  et  travaille  les  mathématiques  de  toutes  ses  forces;  ce  qui  t'inté- 
ressera certainement  autant  que  moi.  Von  Schmidten^  est  en  ce  moment  à  Berlin, 
et  on  l'attend  ici  au  premier  jour.  —  Je  n'ai  pas  encore  parlé  à  Ursin^.  Il  parait 
qu'il  n'est  pas  plus  fort  que  ça.  Il  vient  de  se  marier.  Je  n'ai  pas  encore  été 
dans  les  bibliothèques  de  cette  ville,  mais  d'après  ce  que  j'ai  entendu  dire,  elles  ne 
sont  guère  bien  pourvues  de  livres  mathématiques,  ce  qui  est  fâcheux.  —  Je  me 
trouve  extrêmement  bien  ici;  car  je  suis  logé  chez  mon  oncle  le  capitaine  Tuxen^; 
il  m'a  offert  le  gîte  ici,  tant  que  durera  mon  séjour.  Sa  famille  est  très  nom- 
breuse et  intéressante;  j'espère  que  ce  sera  fort  agréable.  —  Il  a  huit  enfants.  — 
Les  dames,  dans  cette  ville,  sont  horriblement  laides,  mais  gentilles  tout  de  même.  — 
Le  professeur  Kejser''  est  parti  d'ici  le  jour  de  mon  arrivée,  et  sera  sûrement  à 
Kristiania  quand  tu  recevras  cette  lettre.  Il  a  été  un  garçon  pas  commode.  Degen 
est  marié,  je  croyais  que  non.  Il  a  une  jolie  femme,  mais  pas  d'enfants.  —  Thune 
n'est  pas  marié.  —  J'ai  parlé  à  Chr.  Nielsen®.  Il  part  pour  Christiania  jeudi 
prochain  en  compagnie  de  Meinerts^,  et  traversera  la  Suède. 

Il  y  dans  cette  ville  beaucoup  de  fumistes.  — 

Tout  y  est  plus  mesquin  qu'à  Christiania.  — 

Henrik^^  doit  être  arrivé  maintenant;  je  te  prie  de  le  saluer  de  ma  part,  ainsi 
que  tes  autres  frères.  — 

Le  roi  n'est  pas  en  ville  en  ce  moment,  mais  en  Holstein,  avec  sa  famille. 
Les  savants  croient  ici  que  la  Norvège  est  un  vrai  pays  barbare,  et  je  fais  tout 
mon  possible  pour  les  convaincre  du  contraire.  —  J'ai  une  invitation  cet  après- 
midi,  en  sorte  que  je  n'ai  pas  le  temps  de  t'en  écrire  davantage  aujourdhui.  Je 
t'en  dirai  plus  long  bientôt. 

Compliments  à  tous  les  bons  amis. 

Ton  ami 

N.  Abel. 


IL    ABEL  A  HOLMBOE 


3 

Cher  ami  !  ^^^^  V6.064.321.219 


Copenhague  [4  août  18231] 

Prends  aussi 


les  décimales. 


Tu  dois  avoir  reçu  la  lettre  que  je  t'ai  écrite  aussitôt  arrivé.  —  Je  vais  te  faire 
part  maintenant  des  observations  que  j'ai  faites.     Les  mathématiques,   ici,  ne  sont 


CORRESPONDANCE    D  ABEL 


pas  précisément  florissantes.  J'ai  eu  beau  demander,  je  n'ai  pas  encore  pu  décou- 
vrir un  seul  étudiant  qui  soit  un  peu  solide,  et  encore  bien  moins  quelqu'un  qui 
cultive  les  math,  ex  professo.  —  Le  seul  qui  sache  des  math,  ici  est  Degen,  mais 
aussi  c'est  un  diable  d'homme.  Il  m'a  montré  plusieurs  de  ses  petits  mémoires, 
et  ils  témoignent  d'une  grande  finesse.  Je  lui  ai  aussi  montré  quelques  uns  des 
miens,  il  les  a  trouvés  bons,  il  a  surtout  été  tout  à  fait  saisi  devant  une  formule 
qui  indique  combien  un  nombre  a  de  facteurs  impairs,  et  il  ne  pouvait  comprendre 
comment  je  l'avais  trouvée.  Ce  petit  travail  traitait,  tu  te  le  rappelles,  des  fonc- 
tions inverses  des  Transcendantes  elliptiques,*  et  j'y  avais  démontré  une  chose 
impossible;  je  l'ai  prié  de  le  lire  d'un  bout  à  l'autre;  mais  il  ne  put  découvrir 
aucune  fausse  conclusion,  ni  comprendre  où  était  la  faute;  Dieu  sait  comment  je 
m'en  tirerai. 

J'ai  étudié  depuis  que  je  suis  ici  deux  ouvrages  importants.  Application  de 
Vanalyse  à  la  géométrie  par  Monge,  et  Essai  sur  la  théorie  des  nombres  par 
Legendre.  Ce  dernier  est  extrêmement  intéressant,  et  c'est  grand  dommage  qu'il 
ne  se  trouve  pas  à  Christiania.  —  Je  ne  peux  m'empêcher  de  transcrire  le  théo- 
rème suivant  qui  s'y  trouve,  et  qui  est  certes  le  plus  merveilleux  de  toutes  les 
mathématiques  : 

Théorème:  Si  y  désigne  le  nombre  des  nombres  premiers  compris  entre 
1  et  X,  on  a: 


y 


X 


log  X  —  1,08366 

Naturellement  le  logarithme  est  népérien.  — 

La  formule,  comme  on  peut  bien  le  comprendre,  n'est  qu'approximative,  mais 
elle  se  rapproche  beaucoup  de  la  vérité,  ce  que  tu  pourras  voir  d'après  le  tableau 
suivant  : 


d'après  la    ^ 

'     la  vraie 

formule: 

valeur: 

10000 

1230 

1230 

100000 

9588 

9  592 

200000 

13844 

13849 

300000 

26023 

25  998 

400000 

33854 

33861 

1000000 

78543 

78  527 

Tu  peux  t'exciter  sur  la  démon- 
stration jusqu'à  mon  retour,  alors  je  te 
communiquerai  la  démonstration  qu'on 
trouve  dans  Legendre. 


*  En  français  dans  le  texte. 


CORRESPONDANCE    D'ABEL 


Un  autre  beau  théorème  est  que  a^  _|_  «  _[_  41  est  un  nombre  premier,  si  a  est 
un  des  nombres  0,  1,  2,  3,  4  ...  .  jusqu'à  39.  —,  et  bien  d'autres.  —  Les  biblio- 
thèques ne  sont  pas  bien  pourvues  de  livres  mathématiques;  mais  elles  possèdent 
bon  nombre  de  revues  de  sociétés  savantes.  Entre  autes  les  Philosophical  trans- 
actions, où  se  trouvent  beaucoup  de  très  bonnes  choses;  en  sorte  que  les  anglais 
ne  sont  pas  aussi  mauvais  mathématiciens  que  je  l'avais  cru.  Herschel  et  Young 
sont  très  habiles.  Ivory^  est  parmi  les  meilleurs  mathématiciens  vivants  (s'il  n'est 
pas  mort).  J'ai  lu  trois  mémoires  de  v.  Schmidten,  ils  ne  sont  pas  aussi  bons  que 
j'aurais  cru;  il  reste  quand  même  un  math,  très  habile,  il  faut  dire  que  c'étaient 
ses  premiers  travaux.  — 

J'ai  lu  une  masse  de  Gruson^  (verjagen*);  c'est  un  aiïreux  rodomont;  pourtant  il 
a  démontré  que  e  est  irrationnel.  —  Croirais  tu  qu'il  a  eu  l'impudence  de  voler  un 
mémoire  de  ParsevaH  et  de  le  présenter  à  la  Société  des  Sciences  de  Berlin. 
Il  est  traduit  mot  pour  mot.  — 

En  même  temps  que  je  lis,  je  travaille  aussi  moi-même.  Ainsi  j'ai  cherché  à 
démontrer  l'impossibilité  de  résoudre  l'équation  a^  =  &«  -j-  c*»  en  nombres  entiers 
lorsque  n  est  plus  grand  que  2;  mais  je  suis  resté  en  route.  Je  n'ai  pu  aller  au 
delà  des  théorèmes  ci-joints,  qui  sont  pourtant  assez  curieux.  —  J'ai  résolu 
l'équation  suivante: 


xp{a)=  1  g){ax) . 


f{x)  dx     [x  =  k,  X  =  k') 


où  ip  et  f  sont  deux  fonctions  données,  et  où  l'on  cherche  q).  — 
En  outre  j'ai  intégré  l'expression 


x^  dx 


y  (a  — (w  +  2)  £c»«+i  +  (m  4-l)£c'"  +  2\  /^  ^  ^x -}- Sx^ -\- . . .  -\-mx'^-^  +  (w  -f  l)ic'»^ 

où  a  est  une  constante  quelconque,  ce  qu'il  faut  bien  remarquer.    Peux  tu  intégrer 
cette  expression?  —  Ce  n'est  pas  difficile.  — 

Le  l^'^  juillet,  on  a  fêté  solennellement  le  jubilé  du  Regentsen.  **  J'y  ai  été. 
On  a  bu  ferme  800  bouteilles  de  vin.  On  a  eu  deux  fois  la  Comédie.  J'y  ai  été 
les  deux  fois.    La  dernière  fois  une  pièce  a  été  sifflée.  — 


*  En  allemand  dans  le  texte. 
**  Ancien  internat  d'étudiants  à  Copenhague. 


COEEESPONDANCE    D'ABEL 


Je   rentrerai    à   la   fin    d'août,    et  je    te    montrerai   ma   moisson,   qui  est  très 
bonne.  — 

Si  tu  veux  m'honorer  de  quelques  mots,  mon  adresse  est: 
Christianshavn,  Store  Strandgade,  30. 

Tous  mes  compliments  à  tes  frères.  — 

Ton 
N.  Abel. 


Théorème  I. 
L'équation 

ftW  =  ^n  _|_  g« 

OÙ  n  est  un  nombre  premier,  est  impossible  lorsqu'une  ou  plusieurs  des   quantités 

a,b,c,      a-{-h,       a  +  c,       b  —  c,       ia,      V6 ,      Vc 
sont  des  nombres  premiers. 


Théorème  II. 
Si  l'on  a: 

on  doit  toujours  pouvoir  décomposer  a,  h,  c,  en  deux  facteurs   premiers   entre  eux, 
tels  qu'en  posant  a-=a  .d ,  h^=  ^  J)\  c  =  'y  .c  , 
on  ait: 


soit  1) 


dn  J^  y'n  _|_  c'n  ^'„  _|_  y^    _  ^.'n  ^'n  _.    ^'n  _  7/„ 

2     — '  ^= 2 '  '=-^ 


ou  2) 


a  =  ^^-'  g'^'  +  h'^  +  c'"         ;  _  ri— 1  a'»»  +  //»•  —  c'-  n»^i  a'«  +  c'"  —  J'- 

2  '   ^^ ^ ;  ^'  = 2 


CORRESPONDANCE    D  ABEL 


OU  3) 


^  ^'m  _[_  ^n-1  l'n  _|_  c'«  (j'n  _|_  ^n-1  J'«  _  c'n  ^  ç^'n  _|,  ^'n  _  ^w-1  ^m 


OU  4) 


a= 2  ;    0—  2  ;    c—  ^ 


ou  5) 


a'»  -\-  n»»-!  (6'»»  +  c'»»)  _  an_|_^n-l(5^n_c'n)  _  ^'n  _  ^w-l  (^'n  _^  ç'n) 

a  = 2 '       ~"  2  ;    c  —  2 


Théorème  III. 
Pour  que  l'équation 

a"  =  6"  +  c» 

soit  possible,  il  faut  que  a  ait  l'une  des  trois  formes  suivantes: 

ic"  +  w*»  +  2^ 
1)    a  = '—^ 

x»  -\-  y»  -\-  w^^  ^  OÙ  X,  y,  et  z  ne  doivent  pas 

^  avoir  de  facteurs  communs. 

_  a;«  -f  n»-^  {y''  +  ^) 
o)    ffl  —  2 


Théorème  IV. 
La  plus  petite  valeur  que  puisse  prendre  a  est 

5»»  _|_  3»»  _|_  2*»  [Les  nombres  5,  3,  2,  ont  été 

2  corrigés  par  Abel  en  9, 5  et  4] 


a  = 


et  la  plus  petite  valeur  que  puisse  prendre  la  plus  petite  des  grandeurs  a,  i,  c  est 


gn  3**  -|-  2"  [Comme  ci-dessus;  cependant 

ç: Abel  n'a  pas  continué  la  cor- 

^  rection  dans  ce  qui  suit] 


CORRESPONDANCE   D*AÈEL 


par  exemple,  pour  n  =  l,  la  plus  petite  valeur  que  puisse  prendre  c  est 

_  5''  — 3^  +  2^  _  78125  -  2187  +  128  _  76066 
^  2  ~  2  ""2 

ou  c  =  38033 

et  alors  on  a  a  =  40220 

l  =  40092 
mais  ces  valeurs  sont  impossibles.  — 


Cher  ami! 


m.    ABEL  A  HOLMBOE 

Copenhague,  13  sept.  1825. 


Permets  moi  de  t'écrire  en  hâte  pour  te  charger  de  commissions.  Voici  l'affaire: 
le  professeur  Thune  m'a  envoyé  à  Christiania  4  paquets  avec  des  catalogues  des 
livres  de  Degen,  pour  les  distribuer  dans  le  pays.  Maintenant  je  suis  ici,  et  il  me 
faut  bien  te  prier  de  prendre  ces  paquets  qui  doivent  être  soit  au  bureau  de  poste, 
soit  chez  mon  frère,  qui  demeure  chez  Madame  Tode,  dans  Voldgaden.  Le  port  de 
ces  paquets  est  payé,  ce  dont  tu  pourras  mieux  t'assurer  en  ouvrant  la  lettre  envoyée 
en  même  temps.  Tu  seras  peut-être  aussi  assez  aimable  pour  remplir  les  désirs 
du  professeur  Thune  à  leur  sujet,  en  l'adressant  au  professeur  Sverdrup^  pour  leur 
distribution.  Ne  m'en  veux  pas  si  je  te  charge  de  ces  commissions;  la  chose  est 
pour  moi  d'une  grande  importance,  à  cause  de  Thune.  Fais-le  le  plus  vite  que  tu 
pourras,  car  la  vente  aura  lieu  le  5  octobre.  Le  13,  je  pars  pour  Sorôe,  où  je 
rendrai  visite  à  la  mère  et  à  la  sœur  de  Madame  Hansteen;  j'y  resterai  quelques 
jours.  De  vendredi  en  huit  je  prendrai  le  vapeur  pour  Liibeck,  et  de  là  pour 
Hambourg. 

Salue  pour  moi  Madame  Hansteen  et  sa  sœur,  si  tu  vas  les  voir. 

J'enverrai  le  mémoire  par  Petersen. 

Une  autre  fois  je  t'enverrai  une  vraie  lettre. 

Ton  ami 

N.  Abel. 

CORRESPONDANCE  d'aBEL    —    2 


lO  CORRESPONDANCE   d'ABEL 


IV.    ABEL  A  HANSTEEN 

Professeur  Hansteen! 

Berlin,  5  décembre  1825. 

J'aurais  bien  pu,  et  j'aurais  dû,  peut-être,  vous  écrire  plus  tôt,  monsieur  le 
Professeur;  mais  je  désirais  d'abord  prendre  quelques  dispositions  afin  d'être  en 
mesure  de  vous  dire  quel  profit  je  tire  et  je  tirerai  de  mon  séjour  ici.  Vous  aurez 
peut-être  été  surpris  de  ce  que  je  suis  venu  d'abord  en  Allemagne;  je  l'ai  fait,  en 
partie  parcequ'il  se  trouve  que  j'y  vis  avec  des  connaissances,  et  aussi  parceque  j'y 
suis  moins  exposé  à  ne  pas  employer  mon  temps  le  mieux  possible,  puisque  je 
peux  quitter  l'Allemagne  n'importe  quand  pour  aller  à  Paris,  qui  doit  être  pour 
moi  le  lieu  le  plus  important.  —  Ici  à  Berlin  je  n'ai  pas  trouvé  grande  ressource 
dans  les  bibliothèques  publiques,  car  en  ce  qui  concerne  les  mathématiques,  elles 
sont  étonnamment  médiocres;  il  n'y  a  presque  rien  des  travaux  récents,  et  ce  qui 
s'y  trouve  est  très  incomplet.  Notre  bibliothèque,  si  j'ose  dire,  est  mieux  pourvue. 
J'ai  été  assez  heureux  pour  faire  la  connaissance  de  deux  mathématiciens  distingués: 
le  conseiller  privé  Grelle,  et  le  Professeur  Dirksen^.  v.  Schmidten  m'avait  parlé 
du  premier  comme  d'un  homme  excellent  à  tous  égards,  et  lorsque  je  suis  arrivé  à 
Berlin,  je  me  suis  rendu  chez  lui  sans  perdre  de  temps.  Ce  fut  long,  avant  que  je 
pusse  lui  faire  bien  comprendre  le  but  de  ma  visite,  et  le  résultat  semblait  devoir  être 
lamentable,  lorsque  je  pris  courage  à  sa  question  sur  ce  que  j'avais  déjà  étudié  en 
mathématiques.  Quand  je  lui  eux  cité  quelques  travaux  des  mathématiciens  les 
plus  éminents,  il  devint  tout  à  fait  empressé,  et  parut  vraiment  enchanté.  Il 
engagea  une  longue  conversation  sur  diverses  questions  difficiles  qui  n'étaient  pas 
encore  résolues,  et  nous  en  vînnes  à  parler  des  équations  de  degré  supérieur;  lorsque 
je  lui  dis  que  j'avais  démontré  l'impossibilité  de  résoudre  l'équation  générale  du 
5ème  degré,  il  ne  voulut  pas  le  croire,  et  dit  qu'il  y  ferait  des  objections.  Je  lui 
remis  donc  un  exemplaire;  mais  il  dit  qu'il  ne  pouvait  comprendre  la  raison  de 
plusieurs  de  mes  conclusions.  Plusieurs  autres  m'ont  dit  la  même  chose,  aussi  j'ai 
entrepris  une  refonte  de  ce  travail. 

Il  parla  beaucoup  aussi  du  faible  niveau  des  mathématiques  en  Allemagne,  et 
dit  que  les  connaissances  de  la  plupart  des  mathématiciens  se  réduisaient  à  un  peu 
de  géométrie,  et  à  quelque  chose  qu'ils  appelaient  Analyse,  mais  qui  n'était  rien 
d'autre  que  la  théorie  des  combinaisons.    Pourtant  il  semblait,  à  son  avis,  qu'une 


CORRESPONDANCE    D'ABEL  11 


période  plus  heureuse  pour  les  mathématiques  allait  commencer  maintenant  en 
Allemagne.  Lorsque  je  lui  exprimai  mon  étonnement  qu'il  n'existât  pas  ici  de 
Journal  de  mathématiques,  comme  en  France,  il  dit  qu'il  avait  eu  depuis  longtemps 
l'intention  d'entreprendre  un  pareil  journal,  et  qu'il  n'allait  pas  tarder  à  le  lancer. 
Tout  est  prêt  maitenant,  et  j'en  suis  très  enchanté;  car  j'ai  ainsi  où  faire  paraître 
tel  ou  tel  de  mes  petits  travaux.  —  J'en  ai  déjà  rédigé  4,  qui  doivent  prendre  place 
dans  le  premier  fascicule,  et  comme  je  les  ai  écrits  en  français,  Crelle  est  assez 
aimahle  pour  les  traduire.  Mon  peu  de  français  m'est  ainsi  bien  utile.  Crelle,  au 
sujet  de  la  forme  de  mes  articles,  m'a  dit  qu'à  son  avis  ils  sont  très  clairs  et  bien 
écrits,  ce  qui  me  fait  grand  plaisir,  car  j'ai  toujours  craint  d'avoir  de  la  peine  à 
développer  mes  idées  d'une  manière  convenable.  Mais  il  m'a  conseillé  de  m'étendre 
davantage,  surtout  ici,  en  Allemagne.  Il  m'a  aussi  offert  des  honoraires  pour  mes 
articles,  ce  sur  quoi  je  n'avais  naturellement  pas  compté,  aussi  ai-je  refusé;  pourtant 
j'ai  cru  remarquer  qu'il  aurait  préféré  me  voir  accepter.  Ce  même  Crelle  a  aussi 
une  bibliothèque  mathématique  tout  à  fait  remarquable,  dont  je  me  sers  comme  si 
elle  était  à  moi,  et  qui  m'est  très  utile,  car  elle  contient  toutes  les  choses  les  plus 
nouvelles,  qu'il  a  aussi  vite  que  possible.  Il  a  entre  autres  la  revue  publiée  à  Paris 
sous  la  direction  du  baron  de  Ferrussac,  le  „Bulletin  universel  des  sciences  et  de 
l'industrie",  qui  m'est  d'une  extrême  utilité,  car  j'y  trouve  annoncés  tous  les  livres  et 
découvertes  mathématiques.  —  Je  suis  invité  chez  Crelle  une  fois  pour  toutes  le 
lundi  soir.  Il  y  a  chez  lui  une  sorte  d'assemblée,  et  l'on  s'y  occupe  principale- 
ment de  musique,  à  quoi  malheureusement  je  ne  comprends  pas  grand  chose.  Je 
m'y  amuse  bien  tout  de  même,  car  j'y  rencontre  toujours  quelques  jeunes  mathé- 
maticiens avec  qui  je  cause.  Cela  m'exerce  aussi  à  l'allemand,  ce  dont  j'ai  grand 
besoin,  et  ce  qui  ne  va  guère  bien.  Chez  Crelle  il  y  avait  aussi  auparavant  une 
réunion  hebdomadaire  de  mathématiciens,  mais  il  a  été  obligé  de  les  interrompre, 
parcequ'il  y  avait  un  nommé  Ohm^  avec  qui  personne  ne  pouvait  s'entendre  à 
cause  de  son  effroyable  arrogance.  C'est  vraiment  une  chose  pénible  qu'un 
seul  homme  se  mette  ainsi  en  travers,  quand  il  s'agit  de  science.  C'est  extraordi- 
naire à  quel  point  les  jeunes  mathématiciens,  ici  à  Berhn,  et,  à  ce  que  j'entends 
dire,  partout  en  Allemagne,  portent  Gauss  aux  nues,  pour  ainsi  dire.  11  est  pour 
eux  la  substance  de  toute  perfection  mathématique,  mais  s'il  est  en  effet  certainement 
un  grand  génie,  il  est  tout  aussi  sûr  qu'il  rédige  mal.     Crelle   dit  que    tout  Gauss 


12  CORRESPONDANCE    d'ABEL 


écrit  est  une  horreur,*  car  c'est  tellement  obscur  qu'il  n'est  presque  pas  possible 
de  le  comprendre.  —  Gauss  travaille  maintenant  à  un  grand  ouvrage  sur  l'astro- 
nomie physique,  dont  les  trois  premières  parties  sont  prêtes  à  imprimer  (à  ce  que 
me  dit  un  de  ses  élèves  qui  est  ici,  à  Berlin).  Il  s'y  trouvera  beaucoup  de  choses 
nouvelles.  —  Lorsque  j'étais  à  Hambourg,  j'ai  rendu  visite  au  Prof  essor  Schumacher, 
qui  m'a  reçu  avec  beaucoup  d'empressement,  mais  il  ne  se  portait  pas  bien  à  ce 
moment  là.  J'y  ai  fait  aussi  connaissance  avec  T.  Clauson^,  qui  a  certainement 
des  dispositions  remarquables  pour  les  mathématiques;  mais,  autant  que  j'en  ai  pu 
juger,  il  n'avait  pas  étudié  beaucoup.  Le  Professeur  Encke*,  qui  est  maintenant 
nommé  ici  à  l'Académie  de  Berlin,  était  aussi  alors  à  Hambourg,  mais  je  ne  l'ai 
pas  vu.  Il  est  bizarre  qu'il  n'y  ait  ici,  à  Berlin,  aucune  chaire  d'astronomie.  Encke 
ne  donnera  pas  de  leçons. 

Je  vois  que  je  vais  passer  tout  l'hiver  à  Berlin,  et  je  n'ai  pas  encore  bien 
décidé  l'époque  à  laquelle  je  partirai.  A  cause  de  Crelle  et  du  Journal,  je  resterais 
volontiers  ici  aussi  longtemps  que  possible,  et,  d'après  ce  que  j'entends  dire,  il  n'y  a 
aucun  autre  endroit  en  Allemagne  qui  me  sera  plus  profitable.  Gôttingen  a,  il  est 
vrai,  une  bonne  bibliothèque,  mais  c'est  tout;  car  Gauss  y  est  le  seul  qui  sache 
quelque  chose,  et  il  est  absolument  inabordable.  Pourtant,  je  dois  aller  à  Gôttingen, 
bien  entendu.  En  somme,  je  voudrais  visiter  le  plus  d'universités  que  je  pourrai, 
car  je  dois  pouvoir  récolter  un  peu  dans  chacune.  — 

Je  vous  prie,  monsieur  le  Professeur,  de  saluer  le  Professeur  Rasmusen  et 
B.  Holmboe,  et  de  dire  à  celui-ci  que  je  lui  écrirai  bientôt  une  longue  lettre 
mathématique. 

Je  souhaite  de  tout  mon  cœur  que  vous  vous  portiez  bien,  et  je  vous  prie  de 
continuer  à  me  traiter  avec  la  bonté  que  vous  m'avez  constamment  témoignée.  Je 
m'efforcerai  de  m'en  rendre  aussi  digne  que  possible. 

Respectueusement 

N.  Abel. 

Je  n'oublierai  pas  à  l'occasion  d'envoyer  quelque  petit  article  au  Magasin,  si 
cela  peut  vous  servir. 


*  Grauel  en  allemand,  dans  le  texte. 


CORRESPONDANCE   D'ABEL  13 

V.    ABEL  A  MADAME  HANSTEEN 

Berlin  8  décembre. 
Chère  Madame  Hansleen. 

Par  ma  lettre  au  professeur  vous  pourrez  voir  où  en  sont  mes  affaires.  J'ai 
en  outre  une  prière  à  vous  adresser.  Vous  avez  toujours  été  pour  moi  si  excessive- 
ment bonne;  Dieu  vous  bénisse,  n'oubliez  pas  non  plus  mon  frère.  J'ai  tellement 
peur  que  ça  marche  mal  pour  lui.  S'il  avait  besoin  que  je  lui  donne  davantage, 
j'oserais  peut-être  vous  prier  de  lui  remettre  quelque  chose  de  plus.  Lorsque  les 
50  species  seront  épuisés,  je  m'arrangerai  pour  vous  faire  parvenir  de  l'argent, 
si  vous  voulez  encore  être  assez  bonne  pour  le  garder,  et  le  lui  donner  à  mesure, 
comme  vous  le  jugerez  à  propos.  Je  veux  espérer  tout  de  même,  avec  l'aide  de 
Dieu,  qu'il  s'efforcera  de  se  conduire  d'une  manière  convenable.  Quand  vous  le 
verrez,  je  vous  prie  de  lui  faire  mes  amitiés,  et  de  le  presser  de  m'écrire.  Il  peut 
envoyer  la  lettre  à  ma  fiancée,  qui  s'en  chargera,  ou  bien  le  mieux  est  qu'il  envoie 
la  lettre  non  affranchie.  —  Je  vous  ai  envoyé  de  Hambourg,  par  le  négociant 
Bisgaard\  un  petit  paquet  que  vous  avez  dû  recevoir.  Ma  fiancée  m'a  écrit,  il  est 
vrai,  qu'elle  n'a  pas  reçu  une  lettre  qui  y  était  incluse;  mais  comme  Mademoiselle 
Collett  en  a  reçu  une  de  Boeck  qui  a  été  envoyée  par  la  même  voie,  c'est  sans 
doute  que  l'envoi  aura  simplement  subi  un  retard.  —  Je  vis  d'ailleurs  d'une  manière 
extrêmement  calme,  et  je  suis  assez  occupé;  mais  j'ai  par  moments  une  terrible 
nostalgie,  d'autant  plus  grande  que  les  nouvelles  de  chez  nous  sont  d'une  rareté 
navrante.  —  Je  pense  que  ma  chère  sœur  va  bien.  Je  la  salue  bien  cordialement. 
Et  la  charmante,  la  toute-bonne  Charité,  je  lui  envoie  mes  souhaits  de  tout  mon 
cœur.  Portez  vous  bien,  chère  Madame  Hansteen.  Je  ne  peux  pas  en  écrire  da- 
vantage, je  suis  bien  triste. 

Adieu,  et  ne  soyez  pas  fâchée  contre  moi  ;  je  dois  vous  paraître  un  peu  bizarre. 


VI.    ABEL  A  HOLMBOE 

Le  16  janvier  1826. 
Cher  ami! 

Après   la   promesse   que  je   t'ai   faite   en  quittant  Christiania,   tu  dois  depuis 
longtemps  attendre  une  lettre  de  moi,  et  il  faut  que  je  te  prie  de  m'excuser  de  ne 


14  CORRESPONDANCE    D'ABEL 


pas  t'avoir  écrit  plus  tôt.  C'est  que  je  désirais  ne  pas  te  raconter  seulement  ce 
qui  m'est  arrivé  dès  le  début  de  ma  tournée,  mais  aussi  comment  se  dessine  mon 
voyage  dans  l'ensemble.  En  outre,  je  désirais  encore  t'informer  de  telle  ou  telle  de 
mes  recherches  sur  plusieurs  sujets  intéressants  dont  je  me  suis  occupé.  —  Je  ne 
vais  pas  te  faire  de  récit  de  mon  voyage,  qui  au  total  a  été  très  dénué  d'aventures, 
et  dont  peut-être,  d'ailleurs,  tu  auras  entendu  parler  par  le  professeur  Hansteen. 
Je  l'ai  prié  de  te  saluer  dans  la  lettre  que  je  lui  ai  écrite  il  y  a  quelque  temps.  Je 
suis  enchanté  qu'il  me  soit  arrivé  de  venir  en  Allemagne,  surtout  à  Berlin,  avant 
d'aller  à  Paris;  car,  ainsi  que  tu  l'as  peut-être  appris  par  ma  lettre  à  Hansteen,  j'ai 
fait  ici  une  merveilleuse  connaissance  dans  la  personne  du  conseiller  privé  Grelle. 
Tu  ne  peux  pas  t'imaginer  l'homme  excellent  qu'il  est;  justement  ce  qu'il  me  faut, 
prévenant  sans  être  cuirassé  de  cette  effroyable  politesse  dont  se  couvrent  bien  des 
gens,  d'ailleurs  fort  honnêtes.  Je  le  fréquente  aussi  aisément  que  toi  ou  d'autres  de 
mes  meilleures  relations.  Il  travaille  très  assidûment  les  mathématiques,  ce  qui  est 
d'autant  plus  méritoire  qu'il  a  énormément  à  faire  comme  fonctionnaire.  Il  a  publié 
dans  ces  dernières  années  plusieurs  livres  mathématiques,  qui  me  paraissent  très 
bons.  Il  m'a  fait  l'honneur  de  me  donner  la  plupart,  savoir  :  une  traduction  des 
œuvres  mathématiques  de  Lagrange,  comprenant  :  Théorie  des  fonctions  analytiques. 
Leçons  sur  les  fonctions  analytiques  et  Théorie  des  équations  numériques,  accompag- 
nées de  notes  excellentes;  j'ai  reçu  également  la  Théorie  der  analytischen  Facultâten, 
de  Crelle.  (Elle  se  trouve  à  la  bibliothèque  de  Christiania,  et  si  tu  ne  l'as  pas  lue, 
il  faut  que  tu  la  lises.  C'est  à  beaucoup  d'égards  un  livre  remarquable,  surtout 
sous  le  rapport  de  la  forme)  ;  Lehrbuch  der  Arithmetik  und  Algebra  et  Lehrbuch  der 
Elemente  der  Géométrie  3  volumes,  de  Crelle.  En  outre  je  me  suis  procuré  sa 
„Darstellung  der  Rechnung  mit  veranderlichen  Grôssen"  et  je  me  procurerai  aussi 
plusieurs  petits  mémoires  qu'il  a  fait  imprimer.  Au  printemps  j'enverrai  tous  ces 
livres  et  plusieurs  autres  en  Norvège,  et  je  les  confierai  à  ta  garde.  Naturellement 
je  ne  peux  pas  les  emporter  avec  moi.  Je  vais  chez  Crelle  toutes  les  semaines 
le  lundi  soir,  et  de  plus  nous  nous  promenons  ensemble  tous  les  vendredis  dans 
l'après-midi  pendant  quelques  heures.  Tu  peux  penser  si  l'on  s'en  donne,  des 
mathématiques,  aussi  vite  que  mon  mauvais  allemand  me  le  permet.  Je  m'y 
débrouille  tout  de  même  passablement.  Il  ne  peut  pas  se  mettre  dans  la  tête  que 
je  peux  comprendre  tout  ce  qu'on  dit,  sans  savoir  bien  parler  moi-même.  —  La 
langue  de  Berlin  n'est  d'ailleurs  pas  précisément  la  meilleure,  d'une  part  assez  dure, 


CORRESPONDANCE   d'ABEL  15 


et  d'autre  part  excessivement  molle  et  effacée.  Ainsi  on  prononce  toujours  au 
commencement  des  mots  j  pour  g,  ce  qui  est  diablement  drôle  à  entendre,  par 
exemple  0!  Jot!  que  l'on  entend  à  chaque  instant.  On  a  la  phrase  suivante  pour 
se  moquer  des  Berlinois  sous  ce  rapport:  „Eine  jute  jebratene  Jans  ist  eine  jute 
Jabe  Jottes".  Une  autre  chose  qui  produit  un  effet  bizarre  est  qu'ils  intervertissent 
mir  et  mich,  dir  et  dich  ;  et  aussi  on  dit  constamment  sind  pour  seyn.  Mon  garçon 
dit:    Wollen  Sie  so  jut  sind  mich  Jeld  zu  jeben;  ich  werde  jleich  hier  sind.  — 

Gomme  Hansteen  te  l'a  peut-être  raconté,  un  Journal  mathématique  paraitra 
ici  à  dater  du  commencement  de  l'année,  ce  dont  je  suis  bien  content,  comme  tu 
penses.  Il  ne  contiendra  certainement  pas  beaucoup  de  mauvais,  un  peu  est 
inévitable,  car  il  y  aura  probablement  beaucoup  de  gens  à  y  écrire.  Dans  chaque 
numéro  paraitront  deux  ou  trois  mémoires  de  moi,  tu  peux  y  compter,  et  je  ferai 
tous  mes  efforts  pour  produire  ce  que  je  pourrai  de  mieux,  tu  peux  m'en  croire. 
J'en  ai  déjà  terminé  6.  Il  en  paraitra  1  ou  4  dans  le  premier  numéro,^  qui 
paraitra  bientôt,  dans  un  mois  environ.  L'un  de  ces  mémoires  est  la  démonstration 
de  l'impossibihté  de  la  résolution  générale  des  équations,  que  j'ai  développée  plus 
amplement  que  je  ne  l'avais  fait  dans  le  mémoire  que  j'ai  fait  imprimer  à  Christi- 
ania. Crelle  disait  de  ce  mémoire  qu'il  était  honorable,  mais  qu'il  ne  pouvait  pas 
encore  le  comprendre  tout  à  fait.  J'ai  tant  de  peine  à  m'exprimer  d'une  manière 
claire  dans  ces  sujets  que  l'on  a  encore  si  peu  étudiés  à  ma  façon.  —  Depuis  que 
je  suis  arrivé  ici  à  Berlin,  j'ai  cherché  aussi  à  résoudre  le  problème  général  suivant: 
„Trouver  toutes  les  équations  que  l'on  peut  résoudre  algébriquement."  Je  ne  suis 
pas  encore  au  bout,  mais  autant  que  je  comprends,  ça  ira  bien  :  Tant  que  le  degré 
de  l'équation  est  un  nombre  premier,  il  n'y  a  pas  trop  de  difficulté,  mais  lorsque 
c'est  un  nombre  composé,  c'est  le  diable.  J'ai  appliqué  aux  équations  du  5^™^ 
degi-é,  et  j'ai  heureusement  résolu  le  problème  dans  ce  cas.  J'ai  trouvé  un  grand 
nombre  d'équations,  outre  celles  déjà  connues,  que  l'on  peut  résoudre.  Lorsque 
j'aurai  achevé  le  mémoire  comme  je  le  désire,  je  me  flatte  qu'il  sera  bon.  Au 
moins  c'est  quelque  chose  de  général,  et  il  y  aura  de  la  méthode,  c'est  là,  je  trouve, 
le  plus  important.  —  Un  autre  problème  dont  je  me  suis  beaucoup  occupé  est  la 
sommation  de  la  série: 

1)1  (}yi 1^ 

ces  mx  -}-  m  cos  {m  —  2)  a;  -| ^^-^ cos  {m  —  4)  a;  -j- 


16  COERESPONDANCE   d'ABEL 


Si  m  est  un  nombre  entier  positif,  la  somme  de  cette  série,  comme  tu  sais,  est 
(2  cos  xY,  mais  si  m  n'est  pas  un  nombre  entier,  il  n'en  est  plus  de  même,  à  moins 
que  X  soit  plus  petit  que  ^.  —  Il  n'y  a  aucun  problême  qui  ait  occupé  les  mathé- 
maticiens autant  que  celui-là  dans  ces  derniers  temps.  Poisson,  Poinsot,  Plana, 
Crelle,  et  une  quantité  d'autres  ont  cherché  à  le  résoudre,  et  Poinsot  est  le  premier 
qui  ait  trouvé  une  somme  exacte,  mais  son  raisonnement  est  tout  à  fait  faux,  et 
personne  encore  n'a  pu  en  venir  à  bout.  J'y  ai  réussi  avec  une  entière  rigueur. 
Un  mémoire  là-dessus  prendra  place  dans  le  Journal,  et  j'en  enverrai  bientôt  un 
autre  en  France  pour  être  inséré  dans  les  Annales  de  mathématiques  de  Ger- 
gonne.  —  J'ai  trouvé 

m 

COS  ma;  +  m  COS  (m  —  2)  o:;  +  ....  =  (2  -|-  2  cos  2  x)^.  cos  mUfc 

m 

sin  mx  -\-ms\n  (w  —  2)  a;  +  ••••  =  (2  +  2  cos  2  x)T.  sin  mkTt 

m  est  une  grandeur  comprise  entre  — 1  et  -f-oo,  A;  un  nombre  entier,  et  x  une 
grandeur  comprise  entre  {k  —  ^)7C  et  {k  -\-  ^)it.  Si  tu  fais  dans  la  seconde  égalité 
k  =  0,  tu  as  la  curieuse  formule: 

sin  mx  -\-  m  sin  [m  —  2)  ic  -| ^—-^ — —  sin  (m  —  4)  ic  -f  •  •  •  •  =  0 

pour  toutes  les  valeurs  de  x  comprises  entre  —  s"  ^t  -|-  f^-  Si  m  est  compris  entre 
—  1  et  — 00,  les  deux  séries  sont  divergentes,  et  par  suite  n'ont  aucune  somme. 
Les  séries  divergentes  sont  en  bloc  une  invention  du  diable,  et  c'est  une  honte  que 
l'on  ose  fonder  sur  elles  la  moindre  démonstration.  On  peut  en  tirer  tout  ce  qu'on 
veut  quand  on  les  emploie,  et  ce  sont  elles  qui  ont  produit  tant  d'échecs  et  tant  de 
paradoxes.     Peut-on  penser  quelque  chose  de  plus  affreux  que  de  dire  que 

0  =  1  —  2"  +  3«  —  4»»  +  etc. 

où  n  est  un  nombre  entier  positif.  Bisum  teneatis  amici.  Je  suis  devenu  pro- 
digieusement attentif  à  tout  cela;  car  si  l'on  excepte  les  cas  de  la  plus  extrême 
simplicité,  par  exemple:  les  séries  géométriques,  il  n'y  a  presque  pas,  dans  toutes 
les  mathématiques,  une  seule  série  infinie  dont  la  somme  est  déterminée  d'une 
manière  rigoureuse:  en  d'autres  termes,  ce  qu'il  y  a  de  plus  important  dans  les 
mathématiques  est  sans  fondement.  La  plupart  des  choses  sont  exactes:  cela  est 
vrai;  et  c'est  extraordinairement  surprenant.    Je  m'efforce  d'en  chercher  la  raison. 


CORRESPONDANCE    D*ABËL  17 


Sujet   excessivement   intéressant.   —   Je   ne  crois  pas  que  tu  puisses  me  présenter 
beaucoup  de  propositions  où  entrent  des  séries  infinies,  contre  la  démonstration  des- 
quelles je   ne  puisse  faire  des  objections  fondées.     Fais-le,  je  te  répondrai.     Môme 
la  formule  du  binôme  n'est  pas  encore  démontrée  rigoureusement.  — 
J'ai  trouvé  que  l'on  a 

(1  +  x)'-  =  1  4-  m  a;  +  "^  ^'^~  ^^  ic  2  +  .  .  . 

pour  toutes  les  valeurs  de  m  lorsque  x  est  plus  petit  que  1.  Si  a;  est  égal  à  +  1, 
on  a  la  même  formule  dans  le  cas  où  m  est  >  — 1,  et  seulement  alors,  mais  si 
x  =  —  l,  la  formule  n'a  pas  lieu,  à  moins  que  m  soit  positif.  Pour  toutes  les 
autres  valeurs  de  x  et  de  m  la  série  1  -\- mx  -\-  etc.  est  divergente.  La  théorème 
de  Taylor,  la  base  de  toutes  les  mathématiques  supérieures,  est  tout  aussi  mal  fondé. 
Je  n'en  ai  trouvé  qu'une  démonstration  rigoureuse,  et  elle  est  de  Gauchy  dans  son 
Résumé  des  leçons  sur  le  calcul  infinitésimal.    Il  y  démontre  que  l'on  a: 

ç>  [x -{-  a)  =  (px -]-  a  (p'x  +  ^  (p"x  + 

toutes  les  fois  que  la  série  est  convergente  (mais  on  a  bientôt  fait  de  s'en  servir 
dans  tous  les  cas).  Pour  montrer  par  un  exemple  général  {sit  venia  verbo)  combien 
on  raisonne  mal  et  combien  il  faut  être  prudent,  je  choisirai  l'exemple  suivant:  — 
J'en  étais  là  lorsque  Maschmann  est  entré,  et  comme  depuis  longtemps  je  n'ai  pas 
reçu  de  lettre  de  chez  nous,  je  me  suis  arrêté  pour  m'informer  s'il  n'en  avait  pas 
une  pour  moi  (c'est  lui  en  effet  qui  nous  les  apporte  toujours),  mais  il  n'y  avait 
rien.  Par  contre  il  avait  lui-même  reçu  une  lettre,  et  entre  autres  nouvelles,  il  a 
raconté  que  toi,  mon  ami,  tu  es  nommé  lecteur  à  la  place  de  Rasmusen.  Reçois 
mes  féhcitations  les  plus  sincères,  et  sois  assuré  qu'aucun  de  tes  amis  ne  s'en 
réjouit  autant  que  moi.  J'ai  souvent  souhaité  un  changement  dans  ta  situation,  tu 
peux  me  croire,  car  être  professeur  dans  une  école  doit  être  quelque  chose  d'affreux 
pour  quelqu'un  comme  toi,  qui  t'intéresses  tant  à  ta  science.  —  A  présent  il  va 
falloir  que  tu  t'occupes  de  trouver  une  fiancée,  n'est-ce  pas.  J'entends  dire  que  ton 
frère  le  doyen*  en  a  trouvé  une.  Je  ne  puis  nier  que  cela  m'a  vivement  frappé. 
Salue-le  bien  de  ma  part,  et  félicite  le  „ très-chaudement".**  — 

Degré  dans  la   hiérarchie   ecclésiastique  luthérienne,  au   dessus   des  prêtres  et  au  dessous  de 
J'évêque.  ^ 
**  A  m  meisten,  en  allemand,  dans  le  texte. 

CORRESPONDANCE    d'aBEL    —    3 


18  CORRESPONDANCE   D'ABEL 


Et  maintenant  je  reviens  à  mon  exemple.     Soit  une  série   infinie    quelconque 

^0  +  ^1  +  <^2  +  ^3  +  ^4  +  etc. 

tu  sais  qu'une  manière  très  courante  d'en  faire  la  sommation,  est  de  chercher  la 
somme  de: 

et  de  faire  ensuite  x  =  1  dans  le  résultat.  C'est  juste  :  mais  il  me  semble  qu'on 
ne  peut  l'accepter  sans  démonstration;  car  si  l'on  prouve  que 

Ç)  [x)  =  «Q  -f~  ^1^  +  ^2^^  -}-.... 

pour  toutes  les  valeurs  de  x  inférieures  à  1,  il  n'est  pas  dit  pour  cela  qu'il  en  soit 

de  même  lorsque  x  =  1.    Il  serait  très  possible  que  la  série  a^  -\-  a^x-{-  a^x"^  + 

s'approchât  d'une  valeur  toute  différente  de  «q  "h  ^i  "f"  ^2  4"  •  •  •  •  à  mesure  que  x 
tend  vers  1.  Cela  est  clair  dans  le  cas  général  où  la  série  a^  -f-  a^  -(-  «3  +  •  •  •  • 
est  divergente,  car  elle  n'a  alors  aucune  somme.  J'ai  démontré  que  c'est  exact 
lorsque  la  série  est  convergente.  L'exemple  suivant  montre  combien  on  peut  se 
tromper.  On  peut  démontrer  rigoureusement  que  l'on  a  pour  toutes  les  valeurs  de 
X  inférieures  à  7t 

\x  =  ûnx  —  ^  sin  2a;  +  i  sin  3a;  —  etc. 

Il  semble  que  par  suite  la  même  formule  devrait  avoir  lieu  pour  x  =  7t',  mais  cela 
donnerait  : 

7t=  sin  Tzr  —  1^  sin  Stt  +  1^  sin  ^jt  —  etc.  =  0    (absurde).  * 

On  peut  trouver  d'innombrables  exemples  de  ce  genre.  —  En  général  la  théorie 
des  séries  infinies,  jusqu'à  présent,  est  très  mal  établie.  —  On  fait  toute  espèce 
d'opérations  sur  les  séries  infinies,  comme  si  elles  étaient  finies,  mais  est-ce  permis? 
Jamais  de  la  vie.  Où  cela  est-il  démontré  que  l'on  obtient  la  dérivée  d'une  série 
infinie  en  prenant  la  dérivée  de  chaque  terme?  Il  est  facile  de  citer  des  exemples 
où  cela  n'est  pas  exact,  par  ex.: 

X  =  sm.x  —  1^  sin  2a;  -f-  i  sin  3»  —  ...  ** 


*  Abel  a  par  incurie  mis  au  premier  membre  n  au  lieu  de  ^  n. 
**     —  —  —  —  a;  au  lieu  de  ^  x. 


CORRESPONDANCE    D  ABEL 


19 


En  prenant  les  dérivées,  on  a: 

X  =  cos  X  —  cos  2ic  -|-  cos  ^x  —  etc.  '  * 

Résultat  absolument  faux,  car  cette  série  est  divergente.  —  Il  en  est  de  même  pour 
la  multiplication,  la  division,  etc.  des  séries  infinies.  —  J'ai  commencé  à  passer  en 
revue  les  règles  les  plus  importantes  qui  sont  admises  (aujourd'hui)  sous  ce  rapport, 
et  à  montrer  dans  quels  cas  elles  sont  justes  ou  non.  —  Cela  va  très  bien  et 
m'intéresse  extrêmement.  — 

Il  est  probable  que  je  resterai  ici  à  Berlin  jusqu'à  la  fin  de  févi'ier  ou  jusqu'en 
mars,  et  que  je  passerai  ensuite  par  Leipzig  et  Halle  pour  aller  à  Gôttingen  (non 
pas  pour  Gauss,  car  il  est,  parait-il,  insupportablement  orgueilleux,  mais  pour  la 
bibliothèque  qui  est,  dit-on,  magnifique). 

Vers  la  fin  de  l'été  j'irai  à  Paris.  Je  voudrais  bien  être  chez  nous,  car  j'ai 
une  terrible  nostalgie.  Et  maintenant  écris  moi  une  longue  lettre  sur 
toutes  sortes  de  choses.  Fais  le,  je  te  prie,  sitôt  ma  lettre  reçue.  — 
Demain  j'irai  à  la  Comédie  voir  Bie  schône  MuUerinn.  Adieu,  et  salue  mes  con- 
naissances. 

Ton  ami 

N.  H.  Abel. 

Si  tu  désires  quelques  livres  tu  n'as  qu'à  m'écrire,  et  je  te  les  enverrai.  Inutile 
d'envoyer  de  l'argent;  car  je  dois  à  Madame  Hansteen,  tu  n'as  donc  qu'à  le  lui 
faire  tenir.  Adieu,  et  écris  moi  bientôt.  Excuse  cette  lettre  si  compacte,  et  par 
suite  si  compacte.** 


VII.    ABEL  A  MADAME  HANSTEEN 

Berlin  16  janvier  1826. 
Excellente  Madame  Hansteen! 

Je   vous   aime  tellement,  chère    madame  Hansteen,   qu'il  faut  au  moins  que  je 
vous  adresse   quelques  courtes  lignes.    Mais  êtes  vous  bonne  aussi  pour  moi.     J'ai 


*  Abel  a  par  incurie  mis  au  premier  membre  x  au  lieu  de  ^. 

**  Le  texte  norvégien  a  deux  fois   „tykt"  (compacte),  —  la  seconde  fois  peut-être  pour  «dyrt" 
(chère). 


20  00RRE8P0NDANCE   d'ABEL 


si  peur  que  vous  ne  le  soyez  pas,  car  ce  n'ai  encore  rien  reçu  de  vous,  ce  qui  me 
serait  une  si  grande  joie.  J'ai  tout  de  même  ferme  espoir,  car  ma  fiancée  m'a 
écrit  que  vous  avez  l'intention  de  m'écrire  une  petite  lettre.  J'ai  encore  une  autre 
raison  d'espérer,  j'ai  rêvé  cette  nuit  que  j'avais  reçu  une  lettre  de  vous,  et  je  ne 
peux  m'empêcher  de  croire  que  mon  rêve  se  réalisera,  il  me  semble  que  j'étais  si 
heureux.  Hier  j'ai  vu  la  favorite  de  votre  mari,  M'^^  Seidler,  dans  Die  schône 
Miillerinn,  elle  était  charmante.  —  Lorsque  vous  écrirez  à  votre  sœur,  Madame 
Fredrichsen,  n'oubliez  pas  de  la  saluer  de  ma  part;  j'ai  depuis  longtemps  l'intention 
de  lui  écrire,  car  elle  m'y  a  autorisé;  mais  je  ne  sais  trop  si  j'oserai  le  faire.  — 
Elle  doit  être  un  peu  difficile,  et  je  me  regarde  comme  un  grand  nigaud.  Il  ne 
faut  pas  oublier  non  plus  de  saluer  votre  mère  et  Mademoiselle  Rosenstand^.  ~  Il 
me  tarde  beaucoup  d'avoir  des  nouvelles  de  Norvège.  Croiriez  vous  que  je  n'ai  pas 
eu  de  réponse  de  ma  fiancée  à  mes  deux  dernières  lettres,  j'écris  la  troisième 
aujourd'hui.  Je  suis  vraiment  un  peu  inquiet,  mais  je  veux  croire  que  la  faute  en 
est  à  la  poste.  A  Noël  j'ai  été  au  bal  chez  le  conseiller  privé  Crelle,  mais  je  n'ai 
pas  osé  danser,  bien  que  j'eusse  soigné  ma  toilette  comme  je  ne  l'avais  jamais  fait. 
Pensez,  j'étais  tout  neuf  de  la  tête  aux  pieds,  avec  double  gilet,  col  empesé  et  lunettes. 
Vous  voyez  que  je  commence  à  suivre  les  conseils  de  votre  sœur,  j'espère  que  ce  sera 
complet  quand  j'arriverai  à  Paris.  Je  voudrais  bien  y  avoir  été  et  être  rentré  au 
pays.  C'est  si  singulier  de  se  trouver  au  milieu  d'étrangers.  Dieu  sait  comment 
je  le  supporterai  lorsque  je  me  séparerai  de  mes  compatriotes.  Ce  sera  au  com- 
mencement du  printemps.  —  Saluez  Charité  bien  cordialement,  ainsi  que  ma  sœur 
et  mon  frère.  J'ai  écrit  à  mon  frère  il  y  a  trois  semaines  par  l'intermédiaire  de 
ma  fiancée.  Il  a  dû  recevoir  ma  lettre.  Je  lui  ai  fait  la  morale  du  mieux  que  j'ai 
pu.  Je  veux  espérer  que  ça  ira  bien.  Au  fond,  le  naturel  est  bon  chez  lui,  mais 
il  a  honte.  —  En  cela  je  lui  ai  ressemblé  quelque  peu,  mais  ce  ne  suis  pas  si 
raide.  —  Adieu,  excellente  Madame,  et  deux  petits  mots,  ou  je  n'oserai  plus  vous 
écrire. 

Votre  N.  Abel. 

Dans  ma  lettre  au  Professeur,  j'ai  peut-être.  Dieu  sait  que  c'est  bien  malgré 
moi,  si  je  l'ai  fait,  employé  des  expressions  qui  ne  lui  plairont  pas.  Soyez  mon 
avocat  à  ce  propos,  et  excusez  moi  le  mieux  possible. 

Portez  vous  bien  et  saluez  Charité. 


CORRESPONDANCE    d'aBEL  21 


VIII.    ABEL  A  HANSTEEN 

[Berlin  le  30  janvier  1826.] 
Vous  avez  dû  recevoir  la  lettre  que  je  vous  ai  écrite  il  y  a  quelque  temps; 
j'attends  avec  impatience  la  réponse.  Car  je  vais  quitter  Berlin  d'ici  3  semaines 
pour  aller  à  Leipzig  et  à  Freiberg  avec  Keilhau.  Je  reviendrai  ensuite  à  Berlin 
pour  faire  en  compagnie  de  Crelle  le  voyage  de  Gôttingen  et  des  bords  du  Rhin. 
A  Gôttingen  je  ne  resterai  que  peu  de  temps,  puisqu'il  n'y  a  rien  à  y  gagner. 
Gauss  est  inabordable,  et  la  bibliothèque  ne  peut  pas  être  meilleure  qu'à  Paris.  Il 
est  probable  que  Crelle  ira  aussi  à  Paris,  ce  qui  me  sera  extrêmement  agréable. 
C'est  un  homme  excellent.  Le  Journal  va  bien.  En  avril  vous  aurez  le  premier 
fascicule.  Vous  verrez  que  je  travaillerai  de  toutes  mes  forces.  —  3  a  4  articles 
de  moi  paraîtront  chaque  fois.  Si  je  puis  avoir  un  éditeur,  je  ferai  aussi  imprimer 
mes  recherches  sur  le  calcul  intégral.  Mais  ce  sera  probablement  assez  difficile, 
car  les  choses  de  ce  genre  sont  peu  demandées,  surtout  ici  en  Allemagne.  — 
Cependant  je  verrai  ce  que  je  peux  faire,  avec  l'aide  de  Crelle.  Il  m'a  donné 
l'espoir  que  cela  pourra  passer,  quand  j'aurai  d'abord  écrit  quelques  articles  dans  le 
Journal.  Aussi  je  commence  par  mes  meilleurs  mémoires.  Il  semble  que  je  ne 
manquerai  pas  de  sujets  pour  le  moment.  —  Si  seulement  je  pouvais  faire  imprimer 
tout,  mais,  de  fait,  c'est  bien  difficile.  Si  le  Journal  n'avait  pas  abouti,  ce  serait 
encore  pis.    —    Je  vous  prie  de  saluer  votre  femme  et   Charité,  et  les  prie  de  me 

garder  un  souvenir  amical. 

Votre  très  dévoué 

N.  Abel. 

J'ai   appris   par  les  lettres  de  ma  fiancée  qu'elle  a  été  à  Christiania  à  la  foire. 
Cela  me  ferait  plaisir,  si  elle  a  trouvé  grâce  à  vos  yeux.  — 


IX.    ABEL  A  CRELLE 

2.)  [Freyberg  (im  Erzgebirge)  den  14.  Mârz  1826]. 

Wenn  eine  Gleichung  des  fûnften  Grades,  deren  Coëfficienten  rationale 
Zahlen  sind,  algebraisch  auflôsbar  ist,  so  kann  man  immer  den  Wurzeln  folgende 
Gestalt  geben: 


22  CORRESPONDANCE    d'aBEL 


X  =  c  -\-  A  .  a^.  a^^.  a^.  a^  -)-  A^  .  a^^.  a^^.  a^^.  ai  -\-  A^  .  a^^.  «g^.  a*,  a^^  -\- 

-|-  A^ .  «g»,  (â.  a^^.  a^'^ 
wo 

a  =  w  +  n  VXl  +  e2)  4-  i~{h  (1  +  e2  _^  Vil  +  e2)  )  ) , 

^1  =m  — nV(ï  +  e2)_j_y"(;^(l  _|_  ^2  —  )jj\  J^  e'^))) , 

«2  =  m  +  n  Vil  +  e2)  _  y~(/i  (1  +  e^  +  V"(l  +  e^))), 

^3  =  m  —  n  V(T  +  e2)  +  y/l^h  (1  +  e^  —  Vfl  +  e^) )  ) , 

^  =  ^  +  K'a  ■\-K"o,^  +  ^'"««2  >    A,=^K-{-  K'a^  +  JS:"a3  +  K"'a^a^  , 

YI2  ==  ^  +  i:'a2  +  K"a  +  i:"'aa2  ,    ^3  =  ^  +  K'a^  +  Z"ai  +  ^^''^ittg  . 

Die  Grôssen  c,  h,  e,  m,  n,  K,  K' ,  K" ,  K"  sind  aile  rationale  Zahlen. 

Auf  dièse  Weise  lasst  sich  aber  die  Gleichung  x^  -\-  ax  -\-  h  =^  0  nicht  auf- 
lôsen,  so  lange  a  und  6  beliebige  Grôssen  sind. 

Ich  habe  âhnliche  Lehrsâtze  fiir  Gleichungen  vom  7ten,  llten,  13ten  etc.  Grade. 


X.    ABEL   A   HANSTEEN 

Dresde,  29  mars  1826. 

Très  honoré  monsieur  le  Professeur. 

Je  vous  remercie  vivement,  monsieur  le  Professeur,  de  vos  salutations  amicales 
dans  la  lettre  de  Boeck.  Vraiment  j'avais  peur  de  m'être  exprimé  dans  ma  dernière 
lettre  d'une  manière  un  peu  singulière,  et  peut-être  l'ai-je  fait.  En  général  il  faut 
que  je  vous  prie  de  passer  avec  moi  sur  bien  des  choses,  surtout  en  ce  qui  regarde 
la  forme.  —  Vous  m'avez  complètement  rassuré  pour  ce  qui  est  de  mon  avenir,  et 
vous  m'avez  par  là  rendu  un  vrai  service,  car  j'avais  quelques  craintes,  trop,  peut- 
être.  —  J'éprouve  une  joie  infinie  à  l'idée  de  rentrer  au  pays,  et  de  pouvoir  être  en 
mesure  de  travailler  tranquillement.  J'espère  que  tout  ira  bien,  je  ne  manquerai 
pas  de  sujets  d'ici  plusieurs  années,   et  il  m'en  viendra  encore  pendant  le  voyage. 


COERESPONDANCE    D'ABEL  23 


car  justement  il  me  passe  en  ce  moment  beaucoup  d'idées  par  la  tête.  La  mathé- 
matique pure  dans  son  sens  le  plus  strict  doit  être  à  l'avenir  mon  étude  exclusive. 
Je  veux  m'appliquer  de  toutes  mes  forces  à  apporter  un  peu  plus  de  clarté  dans  la 
prodigieuse  obscurité  que  l'on  trouve  incontestablement  aujourdhui  dans  l'analyse. 
Elle  manque  à  tel  point  de  plan  et  d'ensemble,  qu'il  est  vraiment  tout  à  fait  mer- 
veilleux qu'elle  puisse  être  étudiée  par  tant  de  gens,  et  le  pis  est  qu'elle  n'est  pas 
du  tout  traitée  avec  rigueur.  Il  n'y  a  que  très  peu  de  propositions,  dans  l'analyse 
supérieure,  qui  soient  démontrées  avec  une  rigueur  décisive.  Partout  on  trouve  la 
malheureuse  manière  de  conclure  du  particulier  au  général,  et  il  est  très  singulier 
qu'avec  une  pareille  méthode,  il  ne  se  trouve  malgré  tout  que  peu  de  ce  qu'on 
appelle  paradoxes.  Il  est  vraiment  très  intéressant  d'en  rechercher  la  raison.  —  A 
mon  avis  cela  provient  de  ce  que  les  fonctions  dont  l'analyse  s'est  occupée  jusqu'ici 
peuvent,  la  plupart,  être  exprimées  au  moyen  de  puissances.  Aussitôt  que  d'autres 
interviennent,  ce  qui,  il  est  vrai,  n'arrive  pas  souvent,  alors  ça  ne  va  plus,  et  de 
conclusions  fausses  découlent  une  foule  de  propositions  incorrectes  qui  s'enchaînent. 
—  J'en  ai  examiné  plusieurs,  et  j'ai  été  assez  heureux  pour  les  tirer  au  clair  [la 
plupart].  Pourvu  qu'on  emploie  une  méthode  générale,  ça  va  encore;  mais  j'ai 
dû  être  extrêmement  circonspect,  car  les  propositions  une  fois  admises  sans  démon- 
stration rigoureuse  (c'est  à  dire,  sans  démonstration)  se  sont  si  fortement  enracinées 
en  moi,  que  je  suis  à  chaque  instant  exposé  à  m'en  servir  sans  y  regarder  de  plus 
près.  Ces  menus  travaux  figureront  dans  le  Journal  publié  par  Crelle.  —  J'ai 
vraiment  fait  en  cet  homme  une  connaissance  tout-à-fait  excellente,  et  je  ne  puis 
assez  louer  mon  heureuse  étoile  qui  m'a  conduit  à  Berlin.  En  vérité,  je  suis  au 
fond  un  homme  chanceux.  Il  y  a  peu  de  gens,  il  est  vrai,  qui  s'intéressent  à  moi, 
mais  ceux-là  me  sont  infiniment  précieux,  parcequ'ils  m'ont  témoigné  une  si  extrême 
bonté.  Pourvu  que  je  réponde  en  quelque  mesure  aux  espérances  qu'ils  ont  en 
moi;  car  ce  doit  être  dur  de  voir  la  peine  qu'on  se  donne  en  faveur  de  quelqu'un 
perdue.  —  Il  faut  que  je  vous  raconte  une  offre  que  m'a  faite  Crelle  avant  mon 
départ  de  Berlin.  Il  voulait  absolument  me  persuader  de  rester  à  Berlin  pour 
toujours,  et  me  décrivait  les  avantages  que  j'en  pourrais  avoir.  Si  je  voulais,  il 
m'offrait  la  direction  du  Journal,  qui  réussit  bien,  même  pécuniairement.  Il  semblait 
vraiment  que  cela  lui  tînt  à  cœur,  mais  naturellement  je  refusai.  Cependant  je  dus 
exprimer  mon  refus  sous  une  forme  voilée,  disant  que  je  le  ferais  si  je  ne  trouvais 
pas  de  quoi  vivre  dans  mon  pays  (ce   que  je  ferais  en  effet).      Comme  conclusion, 


24  COREESPONDANCE    D'ABEL 


il  dit  qu'il  renouvellerait  son  offre  n'importe  quand  je  voudrais.  Je  ne  peux  nier 
que  cela  m'a  beaucoup  flatté,  mais  n'était-ce  pas  aussi  bien  joli?  Je  dus  au  moins 
lui  promettre  une  chose  très  formellement,  savoir,  de  revenir  à  Berlin  avant  la  fin 
de  mon  voyage  à  l'étranger,  et  je  peux  en  retirer  du  reste  le  plus  grand  profit. 
Il  m'a  donné  en  effet  promesse  tout-à-fait  sûre  de  me  procurer  un  éditeur  pour 
mes  mémoires  plus  étendus,  et  même,  croiriez  vous?  avec  des  honoraires  importants. 
Nous  avons  d'abord  examiné  entre  nous  si  nous  publierions  ensemble  de  temps  en 
temps  une  suite  de  travaux  étendus,  et  cela  devait  commencer  tout  de  suite;  mais 
après  un  plus  mûr  examen,  et  après  consultation  avec  un  libraire  à  qui  l'édition  fut 
offerte,  on  considéra  comme  le  mieux  d'attendre  jusqu'à  ce  que  le  Journal  fût  tout- 
à-fait  lancé.  Quand  je  reviendrai  à  Berlin,  j'espère  que  notre  plan  pourra  se  réaliser. 
N'est  ce  pas  magnifique?  et  n'ai-je  pas  raison  de  me  féliciter  d'être  venu  à  Berlin? 
Il  est  vrai  que  je  n'ai  rien  appris  des  autres  pendant  mon  séjour,  mais  je  n'ai  pas 
non  plus  considéré  cela  comme  le  but  véritable  de  mon  voyage.  Les  relations  doi- 
vent être  l'affaire  principale  en  vue  de  l'avenir.    N'est-ce  pas  votre  avis? 

A  Freiberg,  où  je  suis  resté  un  mois  chez  Keilhau,  j'ai  fait  la  connaissance  d'un 
jeune  mathématicien  plein  d'ardeur,  un  frère  de  Naumann\  qui  a  été  en  Norvège. 
C'est  un  homme  fort  agréable,  et  nous  nous  entendions  bien  ensemble. 

Vous  écrivez  dans  votre  lettre  à  Boeck,  que  vous  vous  demandez  ce  que  je  veux 
faire  à  Leipzig  et  aux  bords  du  Rhin,  mais  j'aimerais  savoir  ce  que  vous  direz  si  je  vous 
raconte  maintenant  que  je  vais  aller  à  Vienne  et  en  Suisse.  J'avais  d'abord  pensé 
aller  directement  de  Berlin  à  Paris,  ce  que  j'espérais  faire  en  compagnie  de  Crelle, 
mais  il  a  eu  des  empêchements,  et  j'aurais  donc  voyagé  seul.  Or  je  suis  ainsi  fait 
que  je  ne  supporte  pas  du  tout,  ou  du  moins  très  difficilement,  d'être  seul.  Je 
deviens  alors  tout  triste,  et  je  ne  suis  pas  alors  dans  la  meilleure  disposition  pour 
faire  quelque  chose.  Je  me  suis  donc  dit  que  le  mieux  était  de  partir  avec  Boeck 
etc.  pour  Vienne,  et  je  peux  aussi  justifier  cela,  ce  me  semble,  puisqu'à  Vienne  il  y 
a  Littrow,  Burg^  et  d'autres.  Ce  sont  vraiment  des  mathématiciens  distingués,  et  à 
cela  s'ajoute  que  je  ne  voyagerai  guère  qu'une  fois  dans  ma  vie.  Peut-on  me 
reprocher  de  désirer  aussi  voir  quelque  chose  de  la  vie  et  des  manières  du  sud.  Je 
peux  aussi  travailler  assez  bien  pendant  ce  voyage.  Une  fois  à  Vienne,  pour  aller 
à  Paris,  la  ligne  droite  traverse  presque  la  Suisse.  Pourquoi  n'en  verrais-je  pas 
aussi  quelque  chose?  Pardieu!  Je  ne  suis  pourtant  pas  tout-à-fait  dénué  du  sens 
des  beautés  de  la  nature.     Le  voyage  entier  me  fera  arriver  à  Paris  deux  mois  plus 


CORRESPONDANCE    d'aBEL  25 


tard,  et  cela  n'a  pas  d'importance.  Je  rattraperai  bien  cela.  Ne  croyez  vous  pas 
qu'un  tel  voyage  me  fera  du  bien? 

De  Vienne  à  Paris  je  voyagerai  probablement  en  compagnie  de  Keilhau.  Alors 
nous  nous  mettrons  furieusement  au  travail.  —  Je  pense  que  ça  ira  bien.  — 

A  Vienne  j'avais  des  lettres  de  recommandation  de  Grelle  pour  Littrow  et 
Burg.  Ma  vanité  me  pousse  à  transcrire  un  passage  de  la  lettre  à  Littrow.  Après 
avoir  parlé  du  Journal,  il  dit: 

„M.  Abel,  de  Christiania  en  Norvège,  qui  vous  remettra  cette  lettre,  est  aussi 
un  assidu  collaborateur  du  Journal,  et  non  un  de  ses  moindres  ornements.  Ce 
jeune  homme  possède  ma  haute  estime,  et  je  désire  le  recommander  aussi  à  votre 
bonté  et  votre  bienveillance  très  distinguées.  Le  haut  degré  de  distinction  comme 
mathématicien  qu'il  a  déjà  acquis  donne  à  la  science  les  espérances  les  plus 
vives."* 

Nous  resterons  à  Vienne  environ  un  mois,  et  nous  nous  séparerons  probable- 
ment deux  par  deux.  Boeck  et  Keilhau  passeront  par  Trieste  et  Venise  pour  tra- 
verser le  Tyrol  et  la  Suisse,  et  Moller  et  moi  irons  à  Paris.  —  Pour  cette  dernière 
ville  j'aurai  des  lettres  de  recommandation  du  Professeur  Dirksen,  de  Berlin,  à 
Humboldt^  et  d'autres.  Je  désirerais  y  avoir  seulement  moitié  autant  de  chance 
qu'à  Berlin,  ce  serait  parfait.  — 

Keilhau  et  Boeck  sont  sortis  aujourd'hui  de  très  bonne  heure  pour  faire 
des  expériences  avec  l'appareil  à  oscillations,  tandis  que  nous  autres  (Meller,  Tank 
et  moi)  restions  couchés.  Ils  auront  une  sérieuse  série  d'observations.  Ils  envoient 
tous  leurs  compliments. 

Nous  avons  tous  présenté  nos  devoirs  à  M.  Irgens-Bergh  ^.  Hier  soir  il  avait 
été  assez  aimable  pour  nous  envoyer  des  billets  pour  le  Casino  de  la  Noblesse, 
où  l'on  ne  danse  qu'en  escarpins,**  et  ainsi  nous  avons  été  des  nobles  ce 
soir-là.  M.  de  Keilhau,  M.  d'Abel,  etc.  Nous  y  avons  vu  les  Incroyables  du  tout 
Dresde  élégant.  Aujourd'hui  nous  avons  été  invités  à  un  diner  chez  Bergh.  Nous 
y  avons  vu  Baggesen^.  H  est  très  faible.  On  dit  que  la  bouteille  en  est  la 
cause.  —  Nous  avons  aussi  fait  la  connaissance  du  peintre  Dahl^,  de  Bergen. 
Il  partira  bientôt  pour  la  Norvège,  qu'il  ne  quittera  guère  avant  1827.   — 


*  Cette  citation  est  en  allemand  dans  le  texte. 
**  En  français  dans  le  texte. 

CORRESPONDANCE    d'aBEL    —    4 


â6  COERESPONDANCE   D'ABEL 


Vous  avez  été  assez  bon,  M.  le  Professeur,  pour  me  promettre  une  lettre 
bientôt.  Je  ne  l'ai  pas  encore  reçue,  mais  la  raison  en  est  probablement  qu'elle 
fait  quelques  détours.  Je  me  suis  arrangé  pour  que  Maschmann  me  l'envoie  à 
Vienne.  Je  serai  extrêmement  heureux  d'avoir  des  nouvelles  de  vous  et  de  ma 
seconde  mère.  — 

De  temps  en  temps  je  prendrai  la  liberté  de  vous  écrire,  non  que  je  me  flatte 
que  cela  vous  intéresse  beaucoup,  mais  parceque  j'y  trouve  moi  même  grand 
plaisir.  De  ma  part  vous  ne  devez  naturellement  pas  attendre  d'intéressantes  notes 
de  voyage  accompagnées  de  descriptions  esthétiques.  Je  dois  laisser  cela  à  mes 
compagnons  de  voyage  mieux  doués,  spécialement  à  Keilhau.  — 

Je  vous  prie  de  présenter  mes  compliments  à  Holmboe,  mais  en  même  temps 
de  lui  dire  que  ce  n'est  pas  bien  de  ne  pas  m'avoir  écrit.  Mais  peut-être  je  suis 
injuste  envers  lui,  sa  lettre  est  peut-être  en  route.  — 

Au  revoir,   M.   le   Professeur,   et  portez   vous   aussi    bien    que   je    le   souhaite. 

Votre  dévoué 

N.  H.  Abel. 

Vous  serez  peut-être  assez  bon  pour  faire  tenir  à  ma  sœur  le  billet  ci-joint. 
Mes  compliments  les  plus  respectueux  au  Professeur  Rasmusen,  mais  surtout  à 
Madame  Hansteen  et  à  Charité.  — 


XI.     ABEL  A  HOLMBOE 

Vienne,  16  avril  1826. 


Cher  ami. 


Enfin  j'ai  reçu  une  lettre  de  toi;  je  croyais  presque  que  tu  m'avais  complète- 
ment abandonné;  j'ai  eu  d'autant  plus  de  plaisir  à  la  recevoir.  Je  suis  arrivé  à 
Vienne  le  14  au  soir,  et  j'ai  reçu  ta  lettre  le  16,  envoyée  de  Berlin  par  Masch- 
mann. Tu  n'aurais  guère  pensé  que  j'irais  à  Vienne,  mais  il  m'a  semblé  que  je 
ne  devais  pas  laisser  échapper  la  bonne  occasion  qui  me  permettait  de  faire  ce 
voyage  en  compagnie  de  Boeck  et  de  Keilhau.  Et  je  voyagerai  plus  loin  encore, 
à  Trieste  et  Venise,  Vérone,  Turin  (pour  aller  voir  Plana),  puis  à  Paris.  Chemin 
faisant,  nous  ferons  quelques  petits  crochets  d'une  cinquantaine  de  milles  en  Tyrol, 
Suisse  etc.    Pourtant  le  voyage  n'est  pas  encore  tout  à  fait  décidé.     Je  l'abrégerai 


CORRESPONDANCE    d'ABEL  27 


un  peu,  pour  ma  part.  Tu  trouves  sans  doute  que  c'est  mal  de  gaspiller  tant  de 
temps  en  voyage,  mais  je  ne  crois  pas  que  cela  puisse  s'appeler  gaspiller.  Dans 
un  pareil  voyage  on  apprend  bien  des  choses  curieuses  qui  peuvent  m'être  plus 
utiles  que  si  j'étudiais  les  mathématiques  sans  reprendre  haleine.  Et  puis  tu  sais 
qu'il  me  faut  toujours  des  périodes  de  paresse,  pour  pouvoir  prendre  de  nouveau 
mon  élan  avec  des  forces  nouvelles.  Quand  j'arriverai  à  Paris,  ce  qui  aura  lieu 
vers  juillet  ou  août,  je  me  mettrai  au  travail  avec  fureur.  J'étudierai  et  j'écrirai. 
J'achèverai  mes  études  de  calcul  intégral,  la  Théorie  des  fonctions  elliptiques 
etc.,*  que  j'ai  sérieux  espoir,  avec  l'aide  de  Grelle,  de  faire  imprimer  à  Berlin 
lorsque  j'y  reviendrai,  ce  que  je  ferai  si  j'ai  assez  d'argent,  comme  je  l'espère. 
Cependant  c'est  effrayant,  quelle  masse  d'argent  s'en  va.  Il  faut  vivre  dans  des 
hôtels,  et  ça  monte  terriblement  la  dépense,  et  à  cela  s'ajoute  qu'ici,  à  Vienne,  on 
est  si  diablement  tenté  de  vivre  largement.  Le  Viennois  est  extrêmement  sensuel, 
et  aime  surtout  le  boire  et  le  manger.  L'homme  qui  nous  a  visité  nos  effets  à  la 
douane  mangeait,  bref  tout  mange.  L'autre  jour  j'ai  remarqué  quelqu'un  qui 
commençait  son  repas  en  déboutonnant  son  pantalon.  C'est  effroyable,  ce  qu'il  a 
englouti.  —  Vienne  est  une  grande  ville,  et  Berlin  n'est  rien  en  comparaison,  au 
point  de  vue  de  ce  qu'on  appelle  stâdtisch.  Une  foule  immense  dans  les  rues 
qui  sont  souvent  étroites,  de  hautes  maisons  (4,  5,  6  étages),  avec,  à  n'en  plus 
finir,  des  boutiques,  des  églises  etc. 

La  plus  haute  tour,  celle  de  St.  Etienne,  est  la  plus  haute  que  j'aie  vue.  Je 
demeure  dans  le  voisinage.  A  l'intérieur  elle  est  splendide,  et  l'on  y  fait 
du  catholicisme  à  force  sans  désemparer.  Le  service  divin  a  vraiment  beaucoup 
de  grandeur,  et  il  n'y  a  pas  à  s'étonner  que  la  foule  l'aime.  —  Il  y  a  5  théâtres  à 
Vienne,  que  je  dois  visiter  tous,  un  dans  la  ville  et  4  dans  les  faubourgs.  Parmi 
ceux-ci,  celui  qui  est  dans  Leopoldstadt  est  à  part,  et  l'on  a  occasion  d'y  étudier 
le  viennois:  car  on  n'y  représente  presque  que  des  pièces  relatives  à  Vienne,  et 
surtout  à  ses  habitants  de  la  classe  inférieure.  On  s'y  porte  en  foule.  Ce  théâtre 
s'appelle  beym  Casperl  parceque  le  rôle  comique  principal  était  autrefois  celui 
d'un  écuyer**  nommé  Casperl.  Aujourd'hui  on  voit  surtout  le  fabricant  de  para- 
pluies Staberl:  personnification  de  la  classe  des  artisans  à  Vienne.  —  Personnage 
infiniment  comique.    J'y  ai  été  une  fois  et  je  me  suis  bien  amusé.    Dans  le  public. 


*  En  français  dans  le  texte. 
**  En  allemand  dans  le  texte:    Schildknappe. 


CORRESPONDANCE    d'ABEL 


c'est  un  tumulte  formidable  d'aupplaudissements  et  de  cris  sans  discontinuer.  — 
D'ailleurs  la  plupart  des  pièces  qu'on  y  joue  sont  un  fatras  sans  fin  des  histoires 
les  plus  absurdes  et  des  caricatures  les  plus  outrées.  Mais  les  acteurs  sont  excellents. 
—  J'ai  été  encore  à  un  autre  théâtre,  le  théâtre  i.  et  r.  de  la  Cour,  qui  est 
très  grand.  On  y  donnait  une  très  bonne  pièce,  extrêmement  bien  jouée,  comme 
bien  on  pense.  Un  théâtre  hors  ligne  est  vraiment  un  plaisir  tout-à-fait  exquis 
C'est  une  chose  qui  nous  manque  absolument,  et  que  sans  doute  nous  n'aurons 
jamais.  —  Il  est  bon  d'y  aller  aussi  pour  la  langue.  On  y  entend  le  plus  pur  et 
le  meilleur.  Je  peux  dire  que  ce  que  je  sais  d'allemand,  je  l'ai  appris  aux  théâtre 
de  Berlin,  car  en  dehors  de  cela  je  n'ai  eu  que  très  peu  d'occasions  d'en  entendre. 
Maintenant  ça  va  très  bien,  et  je  peux  me  débrouiller  partout  sans  difficulté.  J'ai 
plus  peur  du  français,  mais  ça  marchera  aussi  quand  j'en  aurai  besoin.  —  On  est 
ici  très  méfiant  à  l'égard  des  étrangers,  et  l'on  vous  y  interroge  de  telle  manière 
que  cela  nous  parait  bien  bizarre.  On  a  demandé  à  Keilhau  qui  était  son  père,  et 
il  a  dû  raconter  toute  l'histoire  de  sa  vie.  —  Pour  avoir  permission  de  vivre  à 
Vienne  il  faut  fournir  caution  que  l'on  a  de  quoi  vivre. 

A  la  fin  de  février  je  suis  parti  avec  Keilhau,  par  Leipzig,  pour  Freyberg,  où 
je  suis  resté  un  mois  pour  terminer  un  mémoire  qui  doit  être  inséré  dans  le  Journal. 
Je  l'ai  écrit  en  allemand,  et  il  sera  imprimé  tel  qu'il  a  été  écrit.  (N'est  ce  pas 
fameux?)  —  J'ai  avec  Grelle  une  correspondance  fréquente.  J'ai  déjà  reçu  de  lui  2 
longues  lettres  et  j'attends  la  troisième.  Mon  voyage  avec  lui  ne  s'est  pas  arrangé, 
car  il  ne  partira  même  probablement  pas.  Pourtant  il  est  possible  que  je  le 
retrouve  à  Paris.  De  Freyberg,  je  suis  allé,  en  compagnie  de  Keilhau  et  de  Moller 
(qui  nous  avait  rejoints),  à  Dresde,  la  jolie  ville.  Nous  y  sommes  restés  8  jours, 
et  après  nous  sont  arrivés  Boeck  et  Tank,  en  sorte  que  nous  étions  5  norvégiens. 
Nous  y  avons  vu  Berg,  chez  qui  nous  avons  fait  un  repas  monstre  avec  le  peintre 
Dahl  et  Baggesen,  en  sorte  que  nous  étions  seulement  des  danois  et  des  nor- 
végiens. Ensuite  nous  nous  sommes  dirigés  plus  loin  vers  le  sud  à  trois,  Boeck,  Keilhau 
et  moi,  et  nous  sommes  arrivés  à  Prague  après  deux  jours  et  demi  de  voyage  en 
voiture.  —  Sitôt  que  l'on  a  passé  la  frontière  de  Bohême,  tout  change,  paysage, 
gens,  etc.,  etc.  Lorsque  nous  étions  sur  l'Erzgebirge  il  neigeait,  et  lorsque  nous 
fûmes  descendus  en  bas  de  la  vallée,  il  faisait  le  plus  beau  temps  du  monde  dans 
un  très  beau  pays  extraordinairement  fertile.  —  Dès  que  l'on  arrive  en  Bohême,  on 
commence  à  voir  partout  des  statues  de  saints  le  long  des  chemins,  nous  en  avons 


COERESPONDANCE    d'ABEL  29 


VU  un  grand  nombre,  parmi  lesquels  revenait  souvent  Népomucène.  Mais  auprès  de 
ces  statues  nous  avons  vu  aussi  un  grand  nombre  de  mendiants,  surtout  des 
aveugles.  Ils  restent  sur  le  chemin  toute  la  journée.  —  Le  premier  jour  nous 
avons  été  jusqu'à  Teplitz,  qui  est  connu  pour  ses  bains  chauds.  Il  y  vient 
pendant  les  mois  d'été  une  masse  énormes  de  gens  riches,  malades  et  bien  portants. 
En  quittant  Teplitz,  on  arrive  en  haut  du  Mittelgebirge,  d'où  l'on  a  une  vue  d'une 
immense  étendue  sur  la  Bohême,  qui  n'est  presque  qu'une  plaine  sans  limites,  et 
extrêmement  fertile. 

Après  un  voyage  d'un  peu  plus  d'un  jour,  nous  avons  traversé  cette  plaine 
jusqu'à  Prague,  où  nous  étions  convenus  de  rester  deux  jours  environ,  mais  nous 
y  sommes  restés  8  jours  pleins,  Boeck  ayant  trouvé  diverses  choses  d'histoire  natu- 
relle qui  l'intéressaient.  Pendant  ce  temps  j'ai  circulé  dans  la  ville,  j'ai  été  au 
théâtre,  qui  est  un  des  meilleurs  d'Allemagne  etc.  J'y  ai  vu  un  acteur  de  Munich, 
Eslair,  que  l'on  dit  être  le  plus  remarquable  de  l'Allemagne.  Je  l'ai  vu  dans  le  Tell 
de  Schiller,  j'aurais  voulu  que  tu  voies  ce  jeu!  A  Prague  j'ai  été  voir  un  certain 
David ^  professeur  d'astronomie.  C'était  un  vieux  bonhomme  maussade,  et  qui 
semblait  avoir  grand  peur  des  étrangers.  J'en  conclus  que  ses  connaissances  de- 
vaient être  fort  minces.  Il  y  a  un  autre  mathématicien  à  Prague,  Gerstner^, 
qui,  parait-il,  a  du  talent;  mais  lorsque  j'ai  entendu  qu'on  l'appelait  un  Vétéran, 
j'ai  eu  peur;  car  ce  norh  là  est  celui  qu'on  donne  ordinairement  à  ceux  qui  ont 
fait  quelque  chose  autrefois,  mais  qui  ne  sont  plus  bons  à  rien.  Et  j'ai  bien  fait 
de  ne  pas  y  aller,  car  il  parait,  d'après  ce  que  j'ai  entendu  dire  depuis,  qu'il 
ne  peut  presque  plus  ni  voir  ni  entendre.  Prague  n'est  pas  une  vilaine  ville,  et 
est  très  joliment  située.  Il  y  a  une  partie  qui  est  très  élevée,  et  que  l'on  appelle 
Hradschin,  et  d'une  tour  qui  est  dans  cette  partie  on  a  une  vue  immense.  De  là 
on  peut  voir  à  la  fois  le  Mittelgebirge,  l'Erzgebirge  et  le  Riesengebirge,  du  moins 
quand  il  fait  très  clair.  —  J'ai  été  là  haut,  mais  je  n'ai  pas  pu  voir  tout  cela  par- 
ceque  le  temps  n'était  pas  favorable.  Derrière  le  Hradschin  se  trouve  l'observatoire 
dont  s'est  servi  Tycho  Brahé.  Les  bâtiments  servent  maintenant  d'établissement 
militaire.  —  On  peut  voir  aussi  le  tombeau  de  Tycho  Brahé  dans  une  des  innombrables 
églises  de  la  ville.  —  D'ailleurs  les  manières  sont  assez  grossières  à  Prague.  Cha- 
peau sur  la  tête  au  théâtre  etc.,  et  dans  les  restaurants,  c'est  bien  vilain.  On  ne  voit 
que  d'affreuses  gens;  des  femmes  avec  de  grandes  cruches  de  bière  devant  elles  etc. 
On  boit  énormément  de  bière  dans  les  états  autrichiens  que  nous  avons  parcourus 


30  CORRESPONDANCE    d'ABEL 


jusqu'à  présent,  La  première  question  que  l'on  vous  pose  dans  tout  restaurant  est  : 
Schaaffens  Bier  Gnaaden,  mais  nous  tenons  toujours  pour  les  vins  qui  sont  très 
bons  ici,  je  trouve,  et  pas  très  chers.  Deux  bouteilles  de  bon  vin  coûtent  à  peu  près 
un  mark  norvégien  et  demi.*  Mais  on  peut  aussi  avoir  du  vin  qui  coûte  4  ducats 
la  bouteille.  —  De  Prague  nous  sommes  partis  avec  un  cocher  de  louage  qui  devait 
nous  mener  à  Vienne  pour  24  species,  ce  qui  n'est  pas  cher  pour  un  chemin  de 
40  milles.  Nous  avons  voyagé  très  confortablement  dans  une  voiture  fermée  (Glas- 
wagen).  A  quelques  milles  de  Prague  nous  étions  tout  au  bord  de  l'Elbe  et  nous 
pouvions  en  même  temps  voir  le  Riesengebirge  qui  était  couvert  de  neige.  Nous 
avions  une  chaleur  de  près  de  20  degrés,  qui  était  surtout  gênante  pour  nos  obser- 
vations magnétiques,  que  nous  faisions  principalement  deux  fois  par  jour,  à  midi  et  le 
soir.  Sur  la  route  de  Prague  à  Vienne  on  voit  une  énorme  quantité  de  villes,  et  l'on 
ne  fait  presque  pas  attention  à  certaines  d'entre  elles  qui  chez  nous  ne  passeraient 
pas  pour  négligeables.  Dans  les  auberges  où  nous  nous  sommes  arrêtés,  c'était  en 
général  bon  et  bon  marché,  mais  on  n'y  trouvait  pas,  loin  de  là,  la  propreté  de  l'Alle- 
magne du  Nord.  —  Le  pays  au  sud  de  Prague  n'est  pas  aussi  plat  que  la  partie 
nord,  mais  très  fertile.  Quand  on  arrive  au  contraire  en  Moravie,  il  prend  un  aspect 
plutôt  stérile,  et  ressemble  à  bien  des  régions  de  Norvège.  —  Mais  cela  change 
subitement  quand  on  arrive  en  Autriche.  —  C'est  le  pays  le  plus  fertile  que  j'aie 
vu,  et  si  bien  cultivé.  Il  n'y  a  pas  un  endroit  qui  ne  soit  champ  ou  vignoble.  — 
Il  nous  arrivait  souvent,  en  regardant  autour  de  nous,  de  ne  voir  qu'un  seul  champ 
à  perte  de  vue.  —  Les  prairies  sont  extrêmement  rares.  —  Après  quatre  jours  de 
voiture  nous  sommes  arrivés  à  Vienne  peu  de  temps  avant  le  coucher  du  soleil. 
De  très  loin  déjà  nous  pouvions  voir  la  pointe  de  la  la  tour  de  St.  Etienne,  qui  est 
extrêmement  haute.  Quelque  temps  après  nous  voyions  toute  la  ville  défiler  devant 
nous,  et  bientôt  nous  traversâmes  un  bras  du  Danube.  Après  avoir  subi  une  visite 
d'octroi  bénigne,  et  traversé  le  pont  Ferdinand  et  Leopoldstadt,  nous  entrâmes  dans 
la  ville,  pour  descendre  de  voiture  dans  l'hôtel  le  plus  cher  de  toute  la  ville,  qui 
s'appelle  Zimi  wilden  Mann.  —  Nous  y  sommes  encore,  mais  nous  allons  démé- 
nager aujourdhui.  Nous  avons  loué  un  appartement  pour  lequel  nous  devrons  payer 
30  fl.  par  mois,  soit  à  peu  près  15  species.  C'est  très  cher.  Vienne  en  général 
est  très  cher,  surtout  pour  des  étrangers,  naturellement.     Notre  dîner  nous  coûte  au 


*  2  f.  10.  (le  mark  est  la  cinquième  partie  d'un  speciedaler). 


CORRESPONDANCE    D'ABEL  31 


moins  V2  sp.  par  personne,  et  pourtant  ce  serait  mal  de  dire  que  nous  vivons 
luxueusement,  surtout  en  comparaison  des  Viennois  qui  mangent  énormément.  — 
L'autre  jour  nous  avons  été  chez  un  oncle  de  MoUer^  qui  demeure  dans  la  ville 
et  s'est  depuis  longtemps  converti  à  la  religion  catholique.  Il  nous  a  reçus  très 
aimablement,  et  nous  a  invités  à  dîner  chez  lui.  Il  a  presque  oublié  le  norvégien 
pour  le  parler;  mais  il  le  comprend  bien.  —  Il  est  marié  et  a  un  fils  déjà  grand. 
Nous  avons  été  aussi  chez  l'ambassadeur  suédois  et  nous  dînerons  chez  lui  demain. 
—  J'ai  des  lettres  de  recommandation  de  Grelle  pour  Littrow  et  Burg,  mais  je 
n'ai  pas  encore  été  chez  eux  :  l'un  n'est  pas  en  ville,  et  je  n'ai  pas  encore  pu  savoir 
où  trouver  l'autre  (Littrow).  Cet  après-midi  je  vais  l'aborder  „à  corps  perdu"  (comme 
on  dit).*  Il  parait  que  c'est  un  homme  très  obligeant.  Il  y  a  ici  plusieurs  jeunes 
mathématiciens  de  mérite,  entre  autres  un  qui  s'appelle  Hansteen*,  que  l'on  dit  tout  à 
fait  distingué.  J'espère  pouvoir  faire  sa  connaissance,  ainsi  que  des  autres.  Mainte- 
nant je  n'ai  plus  peur  du  tout  d'accoster  les  gens.  Au  commencement  cela  me 
paraissait  un  peu  singulier.  Mais  en  voyageant  on  acquiert  la  mesure  d'effronterie 
nécessaire  pour  se  présenter.  —  Ton  idée  d'aller  à  Paris  pendant  les  vacances  me 
serait  doublement  agréable,  si  je  pouvais  y  être  à  ce  moment-là,  mais  je  ne  crois  pas  que 
cela  arrive.    Et  puis  tu  auras  de  la  peine  à  te  rendre  libre,  avec  les  examens  etc.  — 


(Fais  lire  ma  lettre  à  Hansteen,  si  tu  veux,  entends-tu). 


Vienne,  le  20  avril  1826. 

J'ai  enfin  été  renseigné  sur  Littrow  hier.  J'ai  été  chez  lui  à  7  h.  du  matin; 
car  il  passe  presque  toute  la  journée  à  l'Observatoire. 

Il  m'a  très  bien  reçu,  a  parlé  de  toutes  sortes  de  choses,  et  m'a  invité  à  venir 
le  voir  souvent,  et  à  dîner  dimanche.  J'espère  avoir  beaucoup  de  satisfaction  de 
sa  connaissance.  C'est  un  homme  très  vif,  de  la  stature  de  Hansteen,  à  qui  il 
ressemble  beaucoup  ;  mais  on  dit  aussi  que  c'est  un  gaillard  colérique.  —  Sitôt  que 
quelque  chose  ne  lui  plait  pas,  il  jette  feu  et  flamme.  —  Il  a  fait  un  grand  éloge 
de  A.  Burg;  je  n'ai  pas  encore  vu  celui-ci,  mais  j'espère  aujourd'hui  le  rencontrer 
chez  Littrow   à  l'observatoire.  —   Il   sera   très  prochainement  nommé   professeur  à 


*  Pau  Cadaveret,  expression  allemande  traduite  en  norvégien  par   Abel.     La  parenthèse  est  en 
allemand  dans  le  texte  :   (wie  raan  so  zu  sagen  pflegt). 


CORRESPONDANCE  d'ABEL 


l'université.  Il  était  jusqu'ici  seulement  professeur  à  l'Institut  polytechnique.  Il  y 
a  encore  plusieurs  autres  jeunes  mathématiciens.  Hier  nous  avons  dîné  chez 
l'ambassadeur  suédois  le  baron  Croneberg.^  Il  n'y  avait  que  nous  trois  et  trois 
dames,  le  baron  et  sa  femme.  C'était  un  vrai  repas  viennois.  On  a  mangé 
énormément;  surtout  la  belle-mère  du  baron,  viennoise  de  naissance.  Je  ne  me 
suis  pas  négligé  non  plus,  mais  je  n'ai  guère  envie  de  recommencer.  — 

En  ce  moment  il  fait  très  froid  ici  à  Vienne,  contre  l'ordinaire;  j'ai  si  froid 
aux  doigts  que  je  peux  à  peine  écrire,  je  te  prie  donc  de  m'excuser  si  mon  écriture 
est  peu  lisible.  —  Je  ne  voudrais  pas  être  à  Vienne  pour  toujours,  le  vent  y  souffle 
toute  la  journée,  et  d'une  manière  effroyable.  Il  y  a  une  poussière  à  ne  pas  y 
tenir.  —  Aussi  une  énorme  quantité  de  gens  y  meurent  de  pneumonie.  — 

Quant  à  tes  recherches  sur  les  expressions  de  tc  et  autres  arctang.  je  n'ai  pas 
encore  vu  les  formules  que  tu  donnes.  Je  crois  que  le  tout,  présenté  d'ensemble, 
ferait  bien.  —  Quant  à  mes  mémoires,  il  vaut  mieux  certainement  ne  les  insérer 
que  rarement,  parcequ'ils  ne  sont  pas  absolument  à  leur  place  dans  le  Magazin. 
D'ailleurs  ceux  que  tu  as,  et  d'autres  encore  sont  à  ta  disposition  avec  le  plus 
grand  plaisir.  —  Ton  offre  de  m'écrire  m'est  extrêmement  précieuse.  —  Voici 
l'adresse  pour  la  prochaine  lettre: 

A  Monsieur 

Monsieur  N.  H.  Abel  de  Christiania  en  Norvège 

Addresse:    M^.  Frères  Schielin 

à 

fr  Hamburg  Venise  (Venedig). 

mais  il  faut  que  tu  écrives  tout  de  suite,  sans  quoi  je  ne  recevrai  pas  ta  lettre,  et 
écris  l'adresse  distinctement,  et  aussi  complètement  que  je  l'ai  écrite. 

Mes  salutations  extrêmement  empressées  àHansteen  et  à  Madame  Hansteen, 
et  dis  leur  que  je  n'ai  encore  reçu  aucune  lettre.  J'ai  écrit  à  Hansteen  de  Dresde. 
Prie  Madame  Hansteen  d'ajouter  quelques  lignes  pour  moi  dans  la  lettre.  Il 
faut   qu'elle   fasse  cela.  —  Je  lui  écrirai  dans  quelque  temps.  —  Porte  toi  bien,  et 

salue  mes  connaissances  que  tu  rencontreras.  — 

Ton  ami 

N.  H.  Abel. 


CORRESPONDANCE    D'ABEL  33 


XII.    ABEL  A  HANSTEEN 

Grâtz,  28  mai  1826. 
Monsieur  le  Professeur  Hansteen. 

Rien  ne  pourrait  m'être  plus  agréable,  M.  le  Professeur,  que  de  pouvoir  vous 
envoyer,  comme  je  l'ai  promis,  le  premier  fascicule,  maintenant  paru,  du  Journal 
mathématique,  mais  lorsque  j'ai  quitté  Berlin  il  n'était  pas  encore  tout  à  fait  prêt; 
je  dois  donc  vous  prier  de  m'excuser.  Quand  je  reviendrai  j'apporterai  toute 
l'histoire.*  —  L'impression  va  bien.  Le  second  fascicule  sera  bientôt  prêt,  et  le 
troisième  suivra  tout  de  suite.  Dans  le  second  fascicule  il  y  aura  toute  une  série 
de  petits  articles  de  moi,  et  dans  le  troisième  deux  grands.  J'ai  reçu  récemment 
une  lettre  de  Grelle.  Il  viendra  probablement  à  Paris,  où  je  le  rencontrerai,  ce  qui 
me  fait  grand  plaisir.  A  Vienne  j'ai  été  voir  Littrow  très  souvent,  et  j'ai  trouvé 
en  lui  un  homme  excellent.  Il  m'a  donné  une  lettre  de  recommandation  pour  le 
directeur  de  l'observatoire  de  Paris,  Bouvard^  ce  qui,  j'espère,  me  sera  d'un  très 
grand  avantage.  Littrow  m'a  demandé  quelques  articles  pour  les  Annalen  der 
Sternwarte,  et  je  profiterai  naturellement  de  cette  bonne  occasion  pour  me  produire 
un  peu.  —  Littrow  a  une  femme  fort  aimable,  avec  qui  il  a  eu  douze  enfants,  bien 
qu'elle  n'ait  encore  que  34  ans.  Elle  est  polonaise  et  prise  beaucoup,  dans  sa 
jeunesse  elle  fumait  aussi  comme  un  turc  (ainsi  s'est  exprimé  son  mari).  En 
revanche  elle  a  raconté  d'autres  jolies  histoires  sur  son  compte.  —  Littrow  vient  de 
publier  une  astronomie  populaire,  qui  me  paraît  très  bien.  Bientôt  paraîtra  une 
troisième  partie  de  son  astronomie  savante,  la  partie  physique.  J'arriverai  à  Paris 
avec  Moller  dans  six  semaines  environ.  Je  me  flatte  d'y  trouver  quelques  mots  de 
vous  ou  de  votre  femme;  car  malheureusement  je  n'ai  pas  encore  été  assez  heureux 
pour  cela.  —  Ce  sera  pour  moi  d'un  grand  encouragement,  et  plus  cher  que  je  ne 
peux  le  dire.  Quand  je  serai  à  Paris  je  vous  écrirai  quelques  lignes  sur  la  manière 
dont  j'y  serai  reçu,  en  même  temps  que  sur  une  autre  affaire  importante  pour  moi, 
mais  dont  je  n'ose  vous  importuner  encore.  —  Mes  complimens  les  respec- 
tueux à  votre  épouse  et  à  Charité.**  Votre 

Abel. 
Je  vous  prie  de  saluer  B.  Holmboe  et  ma  sœur  quand  vous  la  verrez. 


*  En  allemand  dans  le  texte. 
**  En  français  dans  le  texte. 

CORHESPONDANCE    d'aBEL    —    .5 


34  COREESPONDANCE    D'ABEL 


XIII.    ABEL  A  HOLMBOE 


Bolzano  (Botzen  dans  le  Tyrol  italien) 
le  15  juin  1826. 

Je  viens  de  recevoir  ta  lettre  datée  du  22  mai,  merci  mille  fois,  car  tu  ne  peux 
t'imaginer  combien  je  suis  heureux  d'avoir  des  nouvelles  du  pays,  et  surtout  de  toi. 
La  lettre  m'est  parvenue  ici  à  Botzen,  car  lorsque  j'étais  à  Venise  il  y  a  8  jours 
elle  n'était  pas  encore  arrivée.  Tu  peux  voir  avec  quelle  précision  je  compte  le 
temps.  Je  suis  heureux  que  mon  voyage  te  plaise  en  général,  et  je  crois  aussi  qu'il 
n'est  pas  mal  combiné.  Tu  ajoutes  que  ce  doit  être  une  vie  agréable;  je  donnerais 
beaucoup  à  présent  pour  n'avoir  pas  fait  ce  voyage,  mais  cela  t'étonnera  peut-être 
si  je  dis  que  je  suis  très  content  d'en  être  où  je  suis,  et  particulièrement  hors 
d'Italie.  Ce  que  j'ai  vu  m'a  extrêmement  intéressé,  mais  c'est  un  affreux  pays  pour 
le  voyageur.  Je  vais  rapidement  te  raconter  mon  voyage.  J'ai  quitté  Vienne  en 
compagnie  de  Moller  et  de  Tank  le  25  mai  dernier  à  10  heures  du  soir  par  la 
Eilpost  (ainsi  nommée  parcequ'elle  va  assez  vite,  mais  cependant  pas  aussi  vite 
que  les  voitures  ordinaires  en  Norvège.  Dans  l'Allemagne  du  nord  on  appelle  cette 
même  poste  Schnellpost,  ou  par  moquerie  Sneelpost^  parce  que  là  elle  se  traine 
un  peu  plus  lentement)  pour  aller  à  Grâtz,  qui  est  à  un  peu  plus  de  vingt  milles 
de  Vienne.  On  éprouve  un  sentiment  singulier  à  quitter  pour  toujours  une  ville 
si  grande  et  si  variée,  surtout  quand  on  s'y  est  beaucoup  amusé.  J'étais  de  mau- 
vaise humeur  et  j'ai  passé  une  nuit  horrible,  presque  sans  dormir,  comme  tu  peux 
penser.  Sitôt  qu'un  jour  pâle  nous  éclaira,  la  première  chose  que  je  fis  fut  d'étudier 
mes  compagnons  de  voyage,  et  après  un  certain  temps  d'examen  je  conclus  qu'il 
y  avait  dans  la  voiture,  outre  nous  trois,  2  allemands  et  3  italiens,  tous  gens  vul- 
gaires, surtout  un  Kaufmann  von  Venedig,  qui  faisait  un  vacarme  effroyable. 
Entre  Vienne  et  Grâtz  à  peu  près  à  mi-chemin,  on  passe  un  col  des  Alpes  appelé 
le  Sémering,  et  c'est  la  frontière  entre  l'Autriche  et  la  Styrie.  Le  pays  commence 
à  devenir  très  beau,  je  croyais  être  en  Norvège,  tellement  la  Styrie  y  ressemble. 
La  route  longeait  une  vallée  assez  étroite  où  coule  la  Mur,  qui  contribue  beaucoup 
à  animer  la  scène;  à  chaque  instant  un  nouveau,  bel  aspect;  mais  si  le  pays  était 
beau,  les  gens  ne  l'étaient  pas.  On  y  rencontre  partout  des  goitreux.  C'est  épou- 
vantable à  voir.     On  dit  que  cela  vient  de  l'eau.     Au  sud  de  Grâtz  cette   maladie 


CORRESPONDANCE    D  ABEL 


35 


devient  plus  rare.  —  Nous  sommes  arrivés  à  Grâtz  fatigués,  à  8  h.  du  soir,  et  sitôt 
le  repas  absorbé  nous  sommes  allés  nous  coucher.  Moller  et  moi  nous  avons  con- 
sacré la  journée  suivante  à  visiter  l'endroit  qui  est  extrêmement  beau,  on  a  surtout 
une  vue  merveilleuse  d'une  montagne  qui  est  située  juste  à  l'entrée  de  la  ville. 
Pendant  que  nous  étions  à  table,  Boeck  et  Keilhau  entrèrent;  ils  étaient  partis  de 
Vienne  à  pied  quelques  jours  avant  nous,  et  avaient  suivi  une  autre  route  où  ils 
s'étaient  amusés  énormément,  mais  avaient  été  fort  empêtrés  par  la  neige  épaisse. 
Cela  nous  fît  grand  plaisir,  car  nous  ne  savions  ce  qu'ils  étaient  devenus,  et  c'était 
un  hasard  qu'ils  arrivassent  où  nous  étions.  —  Grâtz  est  une  jolie  ville  de  40000 
habitants,  elle  a  un  beau  théâtre  neuf  où  nous  sommes  allés  tous  les  soirs,  car  nous 
allions  dire  adieu  au  théâtre  allemand,  où  nous  avions  pris  grand  plaisir.  —  Le  29 
mai  je  quittai  Grâtz  en  compagnie  de  Boeck,  Keilhau  et  Moller.  Nous  avions  engagé 
un  „Lohnkutscher"  qui  devait  nous  conduire  à  Trieste  en  4  [jours]  Va  pour  44  fl. 
(environ  21  sp.).  Nous  fîmes  un  voyage  très  agréable.  Le  pays  est  excessivement 
beau.  Champs  fertiles,  grands  fleuves  (Mur,  Save,  Drave)  et  hautes  montagnes  font 
un  bel  effet.  Par  contre  les  nuits  ne  furent  pas  aussi  agréables,  car  les  auberges 
sont  mauvaises.  Tout  est  odieusement  sale,  mais  très  bon  marché.  —  Ce  que  nous 
avons  rencontré  de  plus  remarquable  en  route,  c'est  la  célèbre  caverne  souterraine 
près  d'Adelsberg,  à  quelques  milles  de  Trieste.  Cette  cave  a  une  étendue  de 
plusieurs  milles  sous  la  montagne,  et  il  faut  24  heures  pour  arriver  jusqu'où  on 
est  parvenu  jusqu'à  présent.  Elle  s'étend  encore  plus  loin;  mais  on  est  arrêté  par 
une  fosse  profonde  et  large.  —  Nous  n'avons  fait  qu'y  pénétrer.  A  travers  la  même 
montagne  coule  une  rivière  qui  reste  cachée  aux  yeux  sur  un  espace  de  3  milles. 
Nous  avons  vu  son  entrée  et  sa  sortie.  —  Le  5'^''  jour  nous  sommes  arrivés  en 
Italie  et  nous  avons  dîné  dans  la  première  ville  italienne,  Sessana.  Les  gens  étaient 
allemands,  mais  la  nourriture  italienne,  macaroni  etc.  Nous  dûmes  nous  contenter 
d'un  repas  maigre,  parce  que  c'était  un  vendredi.  —  Le  vin  rouge  y  est  appelé  vin 
noir,  et  en  effet  ce  nom  lui  convient  assez.  Il  semblait  devoir  être  bien  fort;  mais 
il  n'est  pas  fameux.  —  Nous  n'étions  plus  très  loin  de  la  mer,  et  bientôt  nous 
approchâmes  d'un  endroit  d'où  on  peut  la  dominer.  Nous  descendîmes  de  voiture 
pour  mieux  jouir  de  la  vue.  Tout  à  coup  l'Adriatique  est  apparue  devant  nous. 
En  bas,  à  nos  pieds,  Trieste.  Dans  le  golfe  beaucoup  de  vaisseaux,  d'un  côté  nous 
voyions  la  cote  d'Istrie,  et  de  l'autre  jusqu'à  celle  de  Vénétie.  La  vue  était  certaine- 
ment très  belle,    mais  il   n'y  a  pas   à  la   comparer,    loin   de  là,    avec  celle  qu'on  a 


36  CORRESPONDANCE    D'ABEL 


d'Egeberg.*  Mais  sur  nous,  qui  avions  dû  rester  si  longtemps  loin  de  la  mer,  elle 
nous  causa  naturellement  une  impression  agréable,  d'autant  plus  que  c'était  l'Adria- 
tique que  nous  voyions.  —  Nous  descendîmes  la  côte  en  voiture,  et  nous  fûmes 
bientôt  dans  Trieste,  où  nous  entrâmes  à  VAlhergo  alVaquila  nera  (zum  schwar- 
zen  Ad  1er).  Avant  d'arriver  à  régler  nos  affaires  nous  dûmes  nous  échiner  avec 
4  langues,  le  norvégien,  l'allemand,  le  français  et  l'italien,  et  nous  nous  sommes 
servis  journellement  de  ces  4  langues  tant  que  nous  avons  été  en  Italie.  —  La 
première  chose  que  nous  fîmes  fut  d'aller  nager;  nous  eûmes  beaucoup  de  difficultés 
pour  obtenir  une  barque,  car  personne  ne  comprenait  l'allemand  ni  le  français,  et 
nos  connaissances  en  italien  étaient  extrêmement  légères.  Enfin  une  cinquième 
langue,  l'anglais,  nous  tira  d'embarras,  lorsque  nous  eûmes  la  chance  de  tomber  sur 
un  matelot  anglais:  Moller  parle  anglais.  —  Trieste  est  une  très  jolie  ville  de 
36000  habitants,  au  commerce  actif.  D'innombrables  nations  y  grouillent.  On  y 
trouve  certes  toutes  les  nations  européennes,  y  compris  les  Turcs  et  les  Grecs;  en 
outre  il  y  a  des  Arabes  et  des  Egyptiens.  —  Il  y  avait  aussi  dans  le  port  4  navires 
norvégiens  chargés  de  poisson,  deux  de  Bergen  et  deux  de  Trondhjem.  Nous  avons 
causé  avec  les  3,  et  nous  avons  emmené  l'un  des  capitaines  de  Bergen,  ainsi  qu'un 
autre  norvégien,  un  certain  Larsen^,  d'Arendal,  qui  a  été  consul  à  Gênes,  dîner 
avec  nous,  et  nous  avons  fait  grande  chère  avec  des  vins  classiques.  Profitant  du 
capitaine  de  Bergen,  j'ai  écrit  un  bout  de  lettre  au  lecteur**  Bohr^,  et  je  lui  ai 
adressé  plusieurs  livres  que  je  le  prie  de  t'envoyer.  Je  te  prie  de  les  recevoir  et 
de  les  garder  jusqu'à  mon  retour.  —  J'ai  vu  à  Trieste  la  première  comédie  italienne 
Il  dottore  e  la  morte.  En  dehors  du  théâtre  plusieurs  des  scènes  les  plus  remar- 
quables étaient  peintes,  avec  le  titre  en  lettres  de  deux  pieds.  —  Le  soir  du  7  juin, 
à  minuit,  nous  quittâmes  Trieste  tous  les  5  avec  le  vapeur  pour  aller  à  Venise. 
A  8  h.  nous  aperçûmes  les  tours,  et  peu  de  temps  après  nous  étions  à  l'ancre 
dans  l'étrange  ville.  Il  me  semble  que  je  ne  peux  pas  croire  que  j'ai  été  à  Venise. 
Nous  étions  dans  le  voisinage  de  la  célèbre  place  S.  Marc.  Nous  fûmes  immédiate- 
ment entourés  d'une  infinité  de  gondoles  qui  voulaient  toutes  gagner  quelque  chose. 
Ces  gondoles  sont  longues  et  étroites,  portent  au  milieu  une  sorte  de  petite  maison 


*  Colline  qui  domine  Christiania  à  l'est,  et  d'où  la  vue  s'étend   à  la  fois  sur  le  BundeQord  et 

le  ChristianiaQord. 
**  Bohr  était  professeur  (Overlœrer)  au  lycée  de  Bergen. 


CORRESPONDANCE    d'ABEL  37 


OÙ  l'on  s'assied,  et  sont  manœuvrées  avec  une  rame.  Nous  en  prîmes  une,  non 
sans  avoir  d'abord  fait  prix;  car  sans  cela  on  serait  volé;  à  Venise  on  est  rançonné 
de  toutes  les  manières.  Il  s'y  trouve  des  rôdeurs,  des  mendiants,  des  filous,  en 
telle  quantité,  qu'il  faut  être  constamment  sur  ses  gardes.  Nous  descendîmes  à 
l'hôtel  Europa,  qui  nous  avait  été  recommandé  comme  un  des  meilleurs,  mais  il 
était  plutôt  mauvais  et  assez  cher.  ~  Nous  louâmes  tout  de  suite  un  domestique 
pour  nous  conduire  par  la  ville  et  nous  en  montrer  les  choses  remarquables.  Nous 
prîmes  deux  gondoles  et  nous  voilà  partis;  car  de  même  que  dans  d'autres  villes  on 
va  en  voiture  ou  à  pied  dans  les  rues,  de  même  on  circule  ici  dans  les  canaux  qui 
remplacent  les  rues.  On  peut  tout  de  même  aller  aussi  partout  dans  Venise  par 
terre,  mais  comme  les  rues  sont  très  étroites  et  tortueuses,  on  préfère  aller  par  eau. 
—  Gela  donne  une  triste  impression  de  parcourir  Venise.  On  voit  partout  des  signes 
d'ancienne  magnificence  et  de  misère  actuelle.  Des  palais  magnifiques  absolument 
déserts  et  beaucoup  presque  délabrés.  Maisons  affreusement  laides  où  peut-être  une 
ou  deux  pièces  sont  habitées.  Ruines  de  monuments  tombés  et  démolis  qui  ont  été 
beaux  autrefois.  Tout  accuse  la  décadence.  On  admet  que  plus  de  la  moitié  de  la 
ville  est  déserte.  Venise  n'a  pas  plus  de  80000  habitants.  L'endroit  le  plus  remar- 
quable de  la  ville  est  la  place  S.  Marc.  C'est  une  place  extrêmement  belle,  entourée 
des  plus  beaux  bâtiments  avec  des  colonnades  interminables.  Cette  place  est  surtout 
animée  vers  le  soir  jusque  tard  dans  la  nuit.  Les  gens  se  rendent  alors  dans  les 
innombrables  cafés  qui  se  trouvent  derrière  les  colonnes.  Sur  l'un  des  côtés  j'en 
ai  complé  25  dont  plusieurs  très  grands.  De  l'autre  côté  il  y  a  des  boutiques 
splendides.  —  Sur  la  place  S.  Marc  se  dresse,  toute  seule,  une  très  haute  tour,  la 
tour  S.  Marc.  Nous  sommes  montés  tout  en  haut,  et  nous  avons  eu  de  là  une 
jolie  vue  sur  la  ville.  Elle  est  sûrement  unique  dans  son  genre,  car  ou  voit  de 
l'eau  partout,  et  aucune  terre  que  très  loin.  En  face  de  la  tour  est  la  magnifique 
église  S.  Marc,  construite  toute  en  marbre,  et  avec  l'ornementation  la  plus  splendide. 
Presque  tous  les  murs  sont  incrustés  de  mosaïque,  le  parquet  aussi  etc  .  .  .  .  Tout 
contre  se  trouve  l'ancien  palais  des  doges,  sous  le  toit  duquel  se  trouvaient  autrefois 
les  Plombs  de  Venise  connus  par  l'histoire  de  Casanova.  Ils  ont  été  détruits  par  les 
Français.  —  Je  pourrais  te  raconter  encore  beaucoup  de  choses  sur  Venise,  mais 
il  faut  que  j'abrège,  car  je  veux  aussi  écrire  à  ma  fiancée  aujourd'hui.  —  Le  10 
nous  avons  quitté  Venise  et  nous  sommes  partis  en  deux  gondoles  pour  Fussina, 
où  nous  avions  engagé    un    vetturin  qui  devait  nous  conduire  à  Padoue.     Nous  y 


38  CORRESPONDANCE    D'ABEL 


fûmes  en  peu  de  temps,  et  nous  prîmes  place  dans  une  magnifique  voiture  grande 
et  spacieuse.  Elle  roula  le  long  de  la  Brenta,  au  milieu  du  pays  le  plus  fertile  et 
le  plus  cultivé  que  l'on  puisse  imaginer.  Le  pays  tout  entier  était  plat  comme  un 
lac  et  tout  à  fait  comme  un  jardin.  Des  champs  de  blé,  des  vignobles  et  des  vergers 
à  tout  instant.  —  Après  6  heures  de  course  environ  nous  fûmes  à  Padoue,  qui  est 
une  ville  horriblement  laide,  la  plus  laide  que  j'aie  vue.  Après  avoir  visité  quelques 
églises  etc.*  et  avoir  passé  une  journée  et  une  nuit  coûteuses  dans  une  mauvaise 
auberge,  nous  nous  rendîmes  le  lendemain  à  Vincenza,**  qui  est  située  dans  un  pays 
délicieux.  Nous  y  dînâmes,  et  nous  amvâmes  le  soir  à  Vérone  après  une  course 
agréable.  —  Là  nous  avons  visité  plusieurs  choses  remarquables,  telles  qu'une  porte 
qui  remonte  au  temps  des  Romains,  un  pont  construit  par  Vitruve  sur  l'Etsch,*** 
rivière  qui  traverse  la  ville,  et  avant  tout  un  amphithéâtre  antique  immense  où 
peuvent  tenir  23  000  personnes.  —  Le  11  nous  avons  quitté  Vérone,  et  suivant  le 
cours  de  l'Etsch  dans  une  étroite  vallée  bordée  de  montagnes  extrêmement  hautes 
nous  sommes  arrivés  dans  le  Tyrol,  et  nous  sommes  parvenus  hier,  le  14,  ici  à 
Botzen.  Nous  allons  maintenant  faire  une  excursion  de  quelques  jours  dans  la 
vallée  de  Fassa,  et  alentour  dans  les  montagnes,  après  quoi  nous  partirons  à 
toute  vitesse  pour  Schaffouse  et  de  là,  Moller  et  moi,  tout  droit  pour  Paris,  où 
j'espère  me  trouver  dans  un  mois  ou  un  peu  moins.  Pour  Paris  j'ai  une  lettre  de 
recommandation  de  Littrow  auprès  de  Bouvard,  et  je  pense  que  cela  me  sera 
excessivement  utile,  car  la  lettre  est  bonne.  —  Enfin  écris  moi  tout  de  suite,  et 
autant  de  nouvelles  que  cette  fois-ci,  à  l'adresse  suivante:  M  ail  et  frères  à  Paris. 
—  J'aurais  bien  voulu  t'écrire  beaucoup  d'autres  choses,  mais  j'ai  trop  peu  de  temps, 
et  il  faut  que  je  m'arrête.  Quand  j'arriverai  à  Paris  j'en  écrirai  davantage  (lorsque 
j'aurai  reçu  ta  lettre).  Mes  salutations  tout  à  fait  empressées  à  Hansteen  et  à 
Madame  Hansteen.  Si  la  lettre  est  partie  je  pourrai  encore  l'avoir.  —  Félicite  le  de 
la  décoration.^    Il  fallait  bien  qu'il  l'eût  un  jour.  — 

Salue  mes  connaissances  que  tu  rencontreras,  et  écris  tout  de  suite,  n'est  ce  pas. 

Ton  ami 

N.  H.  Abel. 


*  Nous   avons    vu    entre    autres    la   maison  où   Tite-Live   a   demeuré,    et  qui   a   été   conservée 
jusqu'aujourd'hui. 
**  Vicence. 
***  Adige. 


CORRESPONDANCE    D'ABEL  39 


XIV.    ABEL  A  KEILHAU 

Zurich  le  15  juillet  1826 

Tu  t'étonneras  sans  doute  de  ne  pas  trouver  ta  malle  et  tes  autres  affaires  à 
Schaffhausen  ;  mais  quand  nous  sommes  arrivés  à  Bodensack  il  nous  a  paru  qu'il 
serait  plus  intéressant  de  passer  par  Zurich  pour  voir  quelque  chose  de  plus  de  la 
Suisse.    J'ai  laissé  les  affaires  en  question  à  Zurich  à  l'adresse  suivante 

zum  Schwerdt 
où  tu  pourras  les  avoir  en  donnant  ton  nom. 

Nous  avons  fait  une  excursion  délicieuse  du  côté  d'Insbrûck,  et  l'on  a * 

Nous  avons  trouvé  les  Tyrolermâdchen  fort  agréables,  et  nous  en  avons  emmené 
une  en  voiture  un  bout  de  chemin.  La  route  de  Bodensack  à  Zurich  est  aussi 
très  joHe,  mais  encombrée  d'une  masse  de  crottin  de  cheval.  —  Nous  vous  souhai- 
tons à  tous  deux  une  excursion  réussie  et  agréable.  De  Paris  je  n'oublierai  pas 
d'écrire  à  Genève  et  à  Bâle.     Adieu. 

N.  H.  Abel. 

En  hâte.     Midi  environ,  et  nous  allons  repartir  tout  de  suite. 


XV.    ABEL  A  GRELLE 
8.)  [Paris  le  9  Août  1826.] 

Ich  habe  darin  eine  allgemeine  Eigenschaft  aller  derjenigen  Functionen,  deren 
Differenzial  algebraisch  ist,  aufgestellt.  Dièse  Eigenschaft  besteht  darin,  dass  eine 
Summe  einer  beliebigen  Anzahl  Functionen  durch  eine  bestimmte  Anzahl  der 
nemlichen  Functionen  ausgedriickt  werden  kann.     Nemlich: 

^i,  oc^,  .  .  .  x^  sind  beliebige  Grôssen,  ^j  ,  z^  '  •  ■  •  *«  algebraische  Functionen  dieser 
Grôssen    und    v    eine    algebraisch-logarithmische   Function  derselben;   n  ist  eine  be- 

*  Le  mot  du  texte  norvégien  était  presque  illisible,  et  n'offre  pas  de  sens  clair. 


CORRESPONDANCE    d'ABEL 


stimmte,    von   ^u    unabhângige  Zabi.     Ist  z.  E.  9?  eine  algebraische  Function,  so  ist 
n  =  1,  wie  bekannt,  aus  Legendre's  Th:  etc.     Wenn  aber  die  Function  nicht  ellip- 
tisch   ist,    so    kennt   man    bis   jetzt  keine  Eigenschaften    derselben.     Als  einen  der 
merkwiirdigsten  Fâlle  werde  ich  folgenden  hinschreiben  : 
Wenn  man  die  Function 


(a  +  ^x) .  dx 


durch  q)  [x)  bezeichnet,  so  ist 

1.  (p  (^1)  +  (P  (^2)  +  (P{^3)=C  —  {(p  (^1)  +   90  (^.J  }  , 

wo  x^,x^,Xs  drei  wilkûrlicbe  variable  Grôssen,  C  eine  Constante  und  ?/t ,  ^2   die 
zwei  Wurzeln  der  Gleichung 

[sind.]    Die  Grôssen  c,  c,,  Cj  sind  durch  die  drei  b'neairen  Gleichungen: 

c  +  c^x^  +  Caa;?  +  a;?  =  V(a  +  «liCi  +  «2^;?  +  a^xl  +  .  .  .  +  a^i) , 

c  +  Cia:2  +  c^xl  +  ^2  =  Vr«^  +  a^x.^  +  a.^a^a  +....+  ^S) . 

c  +  c^x^  +  020^3  +  iCg  =  y(a  +  a^x^  +  a2a;3  +....+  aîg) . 
[bestimmt.]    Durch  dièse  Gleichung  1.  ist  die  ganze  Théorie  der  Function  (p{x)  gegeben, 
weil  dièse  Eigenschaft,   wie   man   beweisen  kann,   dièse   Function   vôllig  bestimmt. 


XVI.    ABEL  A  HANSTEEN 

Paris  12  août  1826. 

Me  voici  enfin  arrivé  au  foyer  de  tous  mes  vœux  mathématiques,  à  Paris.  J'y 
suis  déjà  depuis  le  10  juillet.  Vous  trouvez  que  c'est  un  peu  tard  et  que  je  n'aurais 
pas  dû  faire  le  long  détour  par  Venise.  Cher  M.  le  Professeur,  cela  me  fait  beau- 
coup de  peine  d'avoir  fait  quelque  chose  qui  n'a  pas  votre  approbation;  maintenant 


COERESPONDANCE   d'ABEL  41 


que  c'est  fait,  il  faut  que  je  me  réfugie  dans  votre  bonté,  j'espère  que  vous  avez 
assez  de  confiance  en  moi  pour  croire  qu'en  somme  j'emploirai  bien  mon  voyage. 
Certes,  je  le  ferai.  Pour  mon  excuse  je  n'ai  rien  d'autre  à  dire,  sinon  que  mon 
désir  était  grand  de  regarder  un  peu  autour  de  moi;  voyage-t-on  uniquement  pour 
étudier  ce  qui  est  étroitement  scientifique?  Après  cette  excursion  je  travaille  avec 
d'autant  plus  d'ardeur.  A  Botzen  j'ai  quitté  Moller,  Boeck  et  Keilhau,  et  je  suis 
parti  pour  Paris  le  plus  vite  possible.  D'Insbriick  j'ai  été  au  lac  de  Constance  et 
j'ai  vu  un  peu  de  la  Suisse,  me  le  reprocherez-vous?  Cela  m'a  coûté  deux  jours 
et  quelques  skillings  de  plus  que  la  ligne  droite.  J'ai  été  par  Zurich,  Zug,  le  lac 
des  quatre  cantons  et  Lucerne  à  Bâle.  J'ai  été  aussi  sur  le  Rigi,  entre  le  lac  de 
Zug  et  le  lac  des  quatre  cantons,  d'où  l'on  a  la  vue  la  plus  étendue  de  la  Suisse. 
Je  ne  regrette  vraiment  pas  ce  petit  détour.  —  De  Bâle  j'ai  été  en  3  jours  et  4 
nuits  d'un  trait  jusqu'à  Paris,  —  Pour  me  mettre  mieux  au  français,  je  me  suis 
logé  dans  une  famille  où  j'ai  tout  pour  120  francs  par  mois.  Le  mari  et  la  femme 
sont  très  aimables,  et  je  suis  bien,  sauf  que  la  chambre  est  très  mauvaise  et  que 
je  ne  mange  pas  plus  de  deux  fois  par  jour.  J'ai  eu  beaucoup  de  peine  à  trouver 
cette  installation;  et  je  ne  m'en  serais  peut-être  pas  tiré  si  par  bonheur  je  ne  m'étais 
rappelé  le  peintre  Gorbitz,^  dont  vous  avez  parlé.  Il  s'est  montré  à  mon  égard 
aussi  prévenant  et  obligeant  qu'on  peut  le  désirer.  Je  vais  le  voir  souvent.  Il  vous 
présente  ses  compliments  empressés.  II  ira  en  Norvège  l'été  prochain.  —  J'ai  été 
chez  le  directeur  de  l'observatoire,  M.  Bouvard,  et  je  lui  ai  remis  une  lettre  de  re- 
commandation de  Littrow.  Il  a  été  „très  amical",*  m'a  montré  l'observatoire,  qui 
naturellement  est  excellent,  et  s'est  offert  pour  me  présenter  aux  mathématiciens  les 
plus  remarquables  quand  je  voudrais  me  rendre  à  l'Institut.  Je  n'ai  cependant  pas 
encore  profité  de  cette  offre,  parceque  j'aimerais  d'abord  pouvoir  parler  un  peu 
français.  En  outre  je  veux  avant  tout  avoir  achevé  un  mémoire  auquel  je  travaille, 
et  que  je  veux  présenter  à  l'Institut.  Quand  il  sera  fini,  ce  qui  arrivera  bientôt, 
j'irai.  J'ai  très  bien  réussi  dans  ce  mémoire,  qui  contient  beaucoup  de  choses 
nouvelles,  et  qui  mérite,  je  crois,  d'être  remarqué.  „ C'est  la  première  ébauche 
d'une  théorie  d'une  infinité  de  fonctions  transcendantes."**  —  J'ai  l'espoir  que 
l'Académie  le  fera  imprimer  dans  les  Mémoires  des  Savants  étrangers.    Sinon,  je  le 


*  En  eJlemand  dans  le  texte;  gar  freundlich. 
**  En  français  dans  le  texte. 

CORRESPONDANCE   d'aBEL    —    G 


42  COERESPONDANCE    d'aBEL 


ferai  imprimer  moi-même,  ou  je  l'enverrai  à  Gergonne^  à  Montpellier  pour  être  inséré 
dans  les  Annales  de  mathématiques.  —  Je  lui  enverrai  bientôt  autre  chose.  J'ai 
toute  une  série  de  mémoires  prêts,  dont  les  uns  paraîtront  dans  lesdites  Annales 
etc.,  d'autres  dans  le  „Journal  der  Mathematik"  de  Grelle,  d'autres  dans  les  „Annalen 
der  Wiener-Sternwarte"  de  Littrow,  et  enfin  quelques  uns  seront  présentés  à  l'Insti- 
tut. —  Vous  pouvez  voir  que  je  fais  de  mon  mieux.  —  Du  Journal  de  Grelle  les 
trois  premiers  fascicules  ont  paru,  et  il  semble  qu'il  marche  bien,  ce  qui  me  fait 
grand  plaisir,  puisque  j'ai  une  certaine  part  dans  son  succès.  Dans  ces  trois  fasci- 
cules il  se  trouve  6  articles  de  moi,  si  je  ne  me  trompe  pas;  car  je  n'ai  encore  reçu 
que  le  premier  numéro.  Je  recevrai  bientôt  de  Grelle  les  deux  autres.  J'ai  envoyé 
le  premier  de  Trieste  à  Bohr  par  un  bateau  à  poisson  de  Bergen,  mais  il  ne  sera 
pas  de  retour  avant  longtemps.  —  J'ai  été  chez  Legendre  avec  mon  hôte,  qui  est 
un  brigand  autodidacte  en  mathématiques.  Il  était  sur  le  point  de  sortir  en  voiture, 
en  sorte  que  je  ne  lui  ai  dit  que  quelques  mots.  Il  parait  que  c'est  un  vieillard 
tout-à-fait  distingué.  Gomme  mathématicien  il  est  assez  connu.  —  Une  fois  par 
semaine  il  y  a  des  soirées  chez  lui.  Je  pense  y  être  invité.  —  J'ai  été  chez  le 
baron  de  Ferussac^  l'éditeur  du  Bulletin  etc.  Il  n'était  pas  chez  lui.  Je  peux  y 
aller  en  soirée  une  fois  par  semaine,  et  j'y  ai  l'occasion  de  voir  toutes  les  revues 
possibles  et  les  livres  nouvellement  parus,  ce  qui  est  une  bonne  chose  en  cette 
saison  où  toutes  les  bibliothèques  possibles  sont  fermées.  Je  n'ai  vu  Poisson  que 
sur  une  promenade  publique;  il  m'a  paru  très  épris  de  lui-même.  Il  parait  pourtant 
qu'il  ne  l'est  pas.  —  „ Voilà  toutes  mes  connaissances";*  mais  ce  ne  sera  pas  long 
avant  que  j'en  fasse  davantage,  maintenant  que  j'ai  mis  un  peu  en  mouvement 
ma  langue  française.  Les  Français  me  paraissent  très  difficiles  à  comprendre.  — 
J'ai  écrit  de  Botzen  à  Bernt  Holmboe.  Il  a  dû  recevoir  ma  lettre.  J'attends 
une  réponse  avec  impatience.  Je  vous  prie  de  lui  présenter  mes  compliments 
empressés.  —  Je  mène  d'ailleurs  une  vie  très  tranquille.  J'écris  toute  la  journée, 
et  je  ne  fais  que  de  temps  en  temps  un  tour  au  Jardin  du  Luxembourg  ou  au  Palais- 
Royal.  Groiriez  vous,  que  je  n'ai  pas  encore  été  à  la  Gomédie.  —  Talma  a  été 
sur  le  point  de  mourir,  mais  il  est  maintenant  hors  de  danger.  — 

Vous  avez  sans  doute  reçu  une  lettre  de  Keilhau  ou  de  Boeck.     Je  n'ai  aucune 
nouvelle   d'eux   depuis   que   nous    nous   sommes   séparés  à  Botzen;  mais  j'attends 


*  En  frtmçais  dans  le  texte. 


CORRESPONDANCE    D'ABEL  43 


Keilhau  bientôt,  et  nous  camperons  probablement  ensemble  ici  cet  hiver.  —  Moller 
rentrera  bientôt  au  pays,  il  est  fatigué  de  voyager,  et  je  ne  peux  pas  dire  autrement: 
je  commence  à  sentir  fortement  la  nostalgie.  D'autant  plus  que  Paris  ne  sera 
certainement  pas  le  séjour  le  plus  agréable:  il  y  est  si  difficile  de  faire  sérieusement 
connaissance  avec  les  gens.     Ce  n'est  pas  comme  en  Allemagne.  — 

J'ai  acheté  pas  mal  de  livres  mathématiques,  et  j'ai  pensé  à  en  acheter  davan- 
tage, surtout  des  mémoires  séparés  que  l'on  ne  peut  pas  avoir  si  l'on  n'est  pas  sur 
place;  mais  comme  cela  coûtera  assez  cher,  j'ai  pensé  à  proposer  à  Holmboe  de  les 
acheter  ensemble.  Entre  autres  il  est  nécessaire  que  j'aie  la  partie  mathématique 
du  Bulletin  de  Ferussac.  — 

Gela  me  sera  extrêmement  agréable,  M.  le  Professeur,  s'il  y  a  quelque  chose 
que  je  puisse  faire  pour  vous  ici  à  Paris.  Je  ferai  certes  de  mon  mieux.  —  Mon 
adresse  est 

M""  de  Cotte  Rue  S*®  Marguerite  No.  41  Faub.  St.  Germain. 

J'ai     l'honneur     de    présenter    mes    respects    les    plus    profonds    à 

Madame   Hansteen.*    Je    sais    que    Charité   et   Madame  Friderichsen  sont  déjà 

parties  pour  Copenhague. 

Votre  d(évoué) 

N.  H.  Abel. 
Je  vous  prie  de  saluer  ma  sœur  à  l'occasion, 


XVII.    ABEL  A  ELISABETH  ABEL 

Paris  16  octobre  1826. 

Keilhau  part  pour  rentrer  au  pays,  et  je  ne  veux  pas  négliger  cette  occasion  de 
l'écrire  quelques  lignes.  Je  pense  très  souvent  à  toi,  ma  chère  sœur,  et  je  fais 
pour  toi  des  vœux  de  bonheur.  Tu  te  trouves  bien,  n'est  ce  pas,  au  milieu  des 
gens  excellents  chez  qui  tu  es;  mais  où  en  sont  ma  mère,  mes  frères.  Je  ne  sais 
rien  sur  eux.  Il  y  a  déjà  longtemps  que  je  n'ai  écrit  à  ma  mère.  La  lettre  est 
parvenue,  je  le  sais,  mais  je  n'ai  rien  reçu  d'elle.  Où  est  *****  vit-il,  et 
comment?    Je  suis  très  inquiet  de  lui.     Lorsque  je  suis  parti,  les  choses  ne  s'annon- 


*  En  français  dans  le  texte. 


44  CORRESPONDANCE    d'ABEL 


çaient  pas  bien  pour  lui.  Dieu  sait  combien  souvent  j'ai  été  triste  à  cause  de  lui. 
Il  n'a  sans  doute  pas  beaucoup  d'affection  pour  moi;  et  cela  me  fait  beaucoup  de 
peine;  car  je  n'ai  jamais  fait  volontairement  rien  qui  puisse  lui  déplaire.  Ecoute, 
Elisabeth,  écris  moi  tout  au  long  sur  lui,  sur  ma  mère  et  mes  frères.  —  Ici  à  Paris 
ma  vie  est  assez  agréable.  Je  travaille  assidûment,  je  visite  de  temps  en  temps 
les  choses  remarquables  de  la  ville,  et  je  prends  part  aux  divertissements  qui  me 
plaisent,  mais  quand  même  je  désire  beaucoup  rentrer  au  pays,  et  voudrais  partir 
aujourd'hui  si  c'était  possible;  mais  il  faut  que  je  reste  encore  assez  longtemps.  Au 
printemps  je  rentrerai.  Il  est  vrai  que  je  devrais  rester  à  l'étranger  jusqu'en  août 
prochain,  mais  je  constate  que  je  ne  peux  pas  avoir  d'avantage  sensible  à  rester 
plus  longtemps  exilé.  Je  rentrerai  au  pays  par  mer,  ou  peut-être  par  voie  de  terre 
en  passant  par  Berlin  où  j'aimerais  aller  avant  de  rentrer,  mais  je  ne  sais  pas  si 
j'aurai  assez  d'argent.  —  De  ma  fiancée  qui  est  maintenant  à  Aalborg  chez  sa  sœur,  ^ 
je  n'ai  reçu  aucune  nouvelle  depuis  un  temps  assez  long.  Je  commence  à  en  être 
inquiet,  je  veux  quand  même  espérer  qu'elle  va  bien.  —  Elle  a  dû  écrire,  mais  la 
lettre  se  sera  perdue.  —  Gomment  va  Madame  Hansteen?  Bien  sans  doute. 
N'oublie  pas  de  lui  dire  mes  compliments  tout-à-fait  les  plus  aimables.  Et  aussi 
au  Professeur  Hansteen.  Je  lui  ai  écrit  il  y  a  quelque  temps.  Je  pense  que  tu  y 
vas  quelque  fois.  Présente  mes  compliments  les  plus  respectueux  au  ministre  et  à 
sa  femme.  —  Keilhau  a  eu  la  bonté  de  se  charger  d'un  petit  cadeau  pour  toi. 
J'aurais  voulu  le  faire  plus  beau,  mais  je  n'en  ai  pas  le  moyen.  —  H  y  a  deux 
bracelets  et  une  boucle  pour  mettre  à  un  ruban  de  taille,  et  une  petite  bague.  Ne 
refuse  pas  cela  et  pense  quelque  fois  à 

ton 
frère  dévoué 

N.  H.  Abel. 
Quand  tu  écriras  il  faut  adresser  à 

Monsieur 

N.  H.  Abel 

à  Paris. 

Rue  S*®  Marguerite  No.  41  Faubourg  St-Germain. 

La  lettre  ne  te  coûtera  rien,  du  moins  pas  plus  de  2  skillings. 

Porte  toi  bien,  ma  chère  sœur,  et  écris  sitôt  que  tu  auras  reçu  cette  lettre. 


COERESPONDANCE    d'ABEL  45 


XVIII.    ABEL  A  HOLMBOE 

Paris  24  octobre. 
Tu  t'y  entends  à  garder  le  silence,  il  faut  le  reconnaître.  Il  m'a  tant  tardé  de 
recevoir  quelques  mots  de  toi,  tu  ne  peux  pas  t'en  faire  une  idée.  La  seule  raison 
pour  que  tu  n'aies  pas  écrit  doit  être  que  tu  n'as  pas  reçu  ma  dernière  lettre  datée 
de  Botzen  (Bolzano).  Il  y  a  déjà  4  mois  et  plus  qu'elle  a  été  envoyée.  Voyons, 
mon  ami,  ne  me  cause  plus  de  déception,  et  envoie  moi  quelques  mots  qui  me  con- 
solent et  me  réconfortent  dans  ma  solitude.  Car,  bien  que  je  sois  dans  la  ville  la 
plus  bruyante  du  continent,  je  me  trouve  comme  si  j'étais  dans  un  désert.  —  Je  ne 
connais  presque  personne.  Gela  tient  à  ce  que  tout  le  monde  pendant  l'été  habite  à 
la  campagne,  et  est  par  suite  invisible.  —  Jusqu'à  présent  je  n'ai  fait  connaissance 
qu'avec  Legendre,  Cauchy  et  Hachette  ^  plus  quelques  mathématiciens  secondaires, 
mais  fort  habiles.  Monsieur  Saigey^,  directeur  du  „Bulletin  des  sciences  etc."  et  Herr 
Le-jeune  Dirichlet,^  un  prussien,  qui  l'autre  jour  est  venu  me  trouver,  me  considérant 
comme  un  compatriote.  C'est  un  mathématicien  très  sagace.  Il  a  démontré  en 
même  temps  qua  Legendre  l'impossibilité  de  résoudre  en  nombres  entiers  l'équation 
a;5  _|_  ^5  _.  2,5  gt  d'autres  jolies  choses.  —  Legendre  est  un  homme  extrêmement 
aimable,  mais  par  malheur  „ vieux  comme  les  pierres".*  Cauchy  est  fou**  et  il 
n'y  a  rien  à  faire  avec  lui,  bien  qu'il  soit  en  ce  moment  le  mathématicien  qui  sait 
comment  il  faut  traiter  les  mathématiques.  Ses  travaux  sont  excellents,  mais  il  écrit 
d'une  manière  très  confuse.  Au  commencement  je  ne  comprenais  presque 
rien  à  ce  qu'il  écrit,  maintenant  ça  va  mieux.  Il  fait  imprimer  à  présent  une  série 
de  mémoires  sous  le  titre  „Exercises  des  mathématiques".**  Je  les  achète  et 
les  lis  assidûment.  9  fascicules  ont  paru  depuis  le  commencement  de  l'année.  Cauchy 
est  extrêmement  catholique  et  bigot.  Chose  bien  étrange  pour  un  mathématicien. 
Il  est  d'ailleurs  le  seul  qui  travaille  aujourd'hui  dans  les  mathématiques  pures.  Pois- 
son, Fourier,  Ampère  etc.  etc.  ne  s'occupent  absolument  que  de  magnétisme  et 
d'autres  affaires  de  physique.  Laplace  n'écrit  plus  guère.  La  dernière  chose  qu'il 
ait  faite  était  un  supplément  à  la  „Théorie  des  probabilités".     Il  dit  que  c'est  son  fils, 


*    Steinalt,  en  allemand,  dans  le  texte. 
**  En  français  dans  le  texte. 


46 


CORRESPONDANCE    D  ABEL 


mais  en  réalité  c'est  bien  lui.  Je  l'ai  vu  souvent  à  l'Institut.  Il  à  l'air  alerte  et 
petit,  mais  il  a  le  défaut  que  le  diable  boiteux^  reproche  à  Zambullo,  c'est  à  dire  „la 
mauvaise  habitude  de  couper  la  langue  aux  gens".*  Poisson  est.  un  petit  homme 
avec  un  joli  petit  ventre.  Il  porte  son  corps  avec  dignité.  De  même  Fourier.  Lacroix 
est  effroyablement  chauve  et  remarquablement  vieux.  Lundi  je  serai  présenté  à 
la  plupart  de  ces  messieurs  par  Hachette.  D'ailleurs  je  n'aime  pas  autant  le  Français 
que  l'Allemand  :  le  Français  est  extrêmement  réservé  à  l'égard  des  étrangers.  Il  est 
très  difficile  d'arriver  à  des  relations  intimes  avec  lui.  Et  je  n'ose  espérer  y  parvenir. 
Chacun  travaille  à  part  sans  s'occuper  des  autres.  Tous  veulent  instruire  et  per- 
sonne ne  veut  apprendre.  L'égoïsme  le  plus  absolu  règne  partout.  La  seule  chose 
que  le  Français  recherche  chez  des  étrangers  est  le  côté  pratique;  personne  ne  sait 
penser  en  dehors  de  lui.  Il  est  le  seul  qui  sache  produire  quelque  chose  de  théo- 
rique. Telles  sont  ses  idées,  et  dès  lors  tu  peux  comprendre  qu'il  est  difficile  d'at- 
tirer l'attention,  surtout  pour  un  débutant.  —  J'ai  achevé  un  grand  mémoire  sur  une 
certaine  classe  de  fonctions  transcendantes  pour  le  présenter  à  l'Institut.  Cela  aura 
lieu  lundi.  Je  l'ai  montré  à  Cauchy;  mais  c'est  à  peine  s'il  a  voulu  y  jeter  les  yeux. 
Et  j'ose  dire  sans  me  vanter  qu'il  est  bon.  Je  suis  curieux  d'entendre  le  jugement 
de  l'Institut.  Tu  en  seras  informé  quand  le  moment  sera  venu.  —  J'ai  écrit  plu- 
sieurs autres  mémoires  particulièrement  pour  le  Journal  de  Crelle  dont  3  numéros 
ont  paru.  De  même  pour  les  Annales  de  Gergonne  qui  tombent  de  jour  en  jour. 
Il  devient  trop  vieux.  Il  en  est  de  lui  comme  de  v.  Zach,^  il  est  vrai  que  celui-ci 
n'a  jamais  rien  valu.  Un  résumé  de  mon  mémoire  sur  l'impossibilité  de  résoudre 
les  équations  algébriques  est  inséré  dans  le  Bulletin  de  Ferussac.  Je  l'ai  écrit  moi- 
même.  J'ai  fait  et  je  continuerai  à  faires  d'autres  articles  pour  ce  Bulletin.  —  C'est 
un  travail  diablement  ennuyeux  quand  on  n'a  pas  écrit  soi-même  le  mémoire,  mais 
je  le  fais  à  cause  de  Crelle,  le  plus  brave  homme  que  l'on  puisse  imaginer.  —  Je 
corresponds  régulièrement  avec  lui,  et  j'ai  de  lui  une  masse  de  lettres,  autant  que 
j'en  ai  reçu  de  ma  fiancée.  —  Aujourd'hui  j'ai  écrit  à  un  mathématicien,  Kulp,^  de 
Darmstadt,  qui  m'a  demandé  des  éclaircissements  sur  plusieurs  passages  de  mes 
mémoires.  Une  relation  par  correspondance.  —  Je  travaille  à  présent  à  la  théorie 
des  équations,  mon  sujet  favori,  et  je  suis  enfin  parvenu  à  ce  point  que  je  vois  le 
moyen  de  résoudre  le  problème  général   suivant.     „Déterminer  la  forme  de   toutes 


*    En  français  dans  la  texte. 


CORRESPONDANCE    d'ABEL  47 


les  équations  algébriques  qui  peuvent  être  résolues  algébriquement."*  J'en  ai  trouvé 
des  quantités  innombrables  des  5^™",  Q^"^*",  7^'^''  degrés  etc.  qu'on  n'a  pas  encore 
flairées  jusqu'à  présent.  En  même  temps  j'ai  la  solution  la  plus  directe  des  équa- 
tions de  4  premiers  degrés,  d'une  manière  qui  met  clairement  en  évidence  pourquoi 
précisément  celles-ci  peuvent  être  résolues,  et  pas  d'autres.  En  ce  qui  concerne 
l'équation  du  b^^^  degré,  j'ai  trouvé  que  si  une  telle  équation  est  résoluble  algé- 
briquement, la  racine  doit  avoir  la  forme  suivante 

a;  =  ^  +  fe  +  Vîr+  \W  +  iW 

où  B,  R',  R" ,  R'"  sont  les  4  racines  d'une  équation  du  4"^®  degré,  et  qui  peuvent 
être  exprimées  par  des  racines  carrées  seulement.  —  J'y  ai  éprouvé  des  difficultés 
pour  les  expressions  et  les  signes.  —  En  outre  je  m'occupe  des  quantités  imaginaires 
pour  lesquelles  il  y  a  beaucoup  à  faire,  du  calcul  intégral  et  surtout  de  la  théorie 
des  séries  infinies  dont  la  base  est  si  peu  établie.  —  Je  ne  pourrai  rien  en  tirer  de 
développé  avant  d'avoir  achevé  mon  voyage  à  l'étranger  et  d'être  revenu  au  calme 
chez  nous,  si  cela  arrive.  Je  regrette  d'avoir  demandé  une  bourse  de  2  ans,  un  an 
et  demi  aurait  grandement  suffi.  J'ai  fortement  la  nostalgie,  et  beaucoup  moins 
d'avantage,  à  partir  de  maintenant,  à  rester  ici  et  ailleurs,  que  l'on  ne  pourrait  peut- 
être  croire.  J'ai  pris  connaissance  de  tout  ce  qui  existe  d'important  et  d'insignifiant 
dans  les  mathématiques  pures,  et  mon  désir  est  maintenant  de  pouvoir  consacrer 
mon  temps  à  mettre  en  œuvre  ce  que  j'ai  amassé.  Il  y  a  tant  de  choses  que  j'ai 
en  projet,  mais  tant  que  je  serai  à  l'étranger,  cela  n'ira  pas  comme  il  faudrait. 
Si  j'étais  dans  la  peau  de  Keilhau  pour  le  professorat!  Je  ne  suis  pas  tranquille, 
mais  je  n'ai  pas  peur  non  plus;  car  si  ça  casse  d'un  côté,  ça  tiendra  bon  d'un 
autre.  Quels  appointements  as-tu?  Vas  tu  te  marier,  es-tu  fiancé  et  avec  qui,  il 
faut  me  répondre  à  toutes  ces  questions;  car  mes  pensées  se  reportent  souvent 
vers  toi  et  tout  ce  qui  te  concerne.  Je  n'ai  pas  une  telle  abondance  d'amis  que  je 
courre  risque  d'oublier  ceux  que  j'ai. 

Je  mène  d'ailleurs  une  existence  très  sage.  Je  travaille,  je  mange,  je  bois,  je 
dors,  et  je  vais  parfois  à  la  Comédie;  c'est  de  tout  ce  qu'on  appelle  plaisir  le  seul 
que  je  m'accorde,  mais  c'en  est  un  grand.    Je  ne  connais  pas  de  plus  grand  plaisir 


*  En  français  dans  le  texte. 


48  COERESPONDANCE   D'ABEL 


que  de  voir  une  pièce  de  Molière  oij  joue  Mlle  Mars.  Alors  je  suis  tout  à  fait  ravi; 
elle  a  40  ans,  mais  elle  joue  tout  de  même  des  rôles  très  jeunes.  Talma  le  grand 
tragédien  célèbre  est  mort  il  y  a  quelques  jours.  Le  théâtre  français  a  été  fermé 
2  soirs  à  cette  occasion,  et  les  autres  théâtres  aussi.  —  Une  foule  immense  a 
suivi  son  cercueil.  Celui-ci  a  été  porté  directement  au  cimetière  sans  passer  d'abord 
par  l'éghse,  selon  l'usage  ordinaire;  en  qualité  d'acteur  il  est  exclu  „de  la  com- 
munion des  fidelles".*  Ridicule  mais  indifférent.  Il  a  fait  élever  ses  enfants,  qui 
sont  tous  naturels,  dans  la  religion  protestante.  —  Il  eut  de  son  vivant  trois  grands 
défauts.  Il  se  laissait  entrainer  par  le  jeu,  les  femmes,  et  la  manie  de  bâtir,  les 
trois  choses  poussées  très  loin.  —  Les  acteurs  lui  font  élever  un  monument  pour 
12  000  fr.  Je  vais  aussi  de  temps  en  temps  au  Palais  royal  que  les  Parisiens  appellent 
„un  lieu  de  perdition".*  On  y  voit  en  assez  grand  nombre  „des  femmes  de  bonne 
volonté".*  Elles  ne  sont  nullement  indiscrètes.  Tout  ce  que  l'on  entend  est  „  Voulez 
vous  monter  avec  moi  mon  petit  ami;  petit  méchant".*  Naturellement,  en  ma 
qualité  de  fiancé  etc.  je  ne  les  écoute  pas  et  je  quitte  le  Palais  royal  „sans  la 
moindre  tentation".*  Il  y  en  a  beaucoup  de  fort  jolies.  —  L'autre  jour  j'ai  été  à 
un  dîner  diplomatique  chez  son  Ex.  le  comte  Lôwenhjelm,  "^  où  je  me  suis  un  petit 
peu  grisé,  ainsi  que  Keilhau,  mais  très-légèrement.  Il  est  marié  avec  une  jeune 
française.  Il  a  raconté  que  tous  les  ans  le  24  décembre  il  fait  rouler  sous  la  table 
tous  les  compatriotes.  —  Notre  „Monsieur"*  Skramstad^  est  ici  maintenant.  Il  habite 
avec  3  Suédois  un  faubourg  de  la  ville.  Il  circule,  vêtu  en  paysan  du  Hede- 
marken,  bas  de  laine  bleue  et  veste  rayée.  Je  ne  l'ai  pas  vu,  mais  on  me  l'a 
décrit.  Il  parle  suédois.  —  J'habite  ici  dans  une  famille  où  j'ai  „la  chambre  et  la 
table  et  la  blanchisseuse"*  pour  120  fr.  par  mois.  Le  mari  est  un  peu  mathé- 
maticien mais  très  bête,  et  la  femme  très  brouillonne,  de  35  ans  et  plus.  On  parle 
toujours  à  table  par  équivoques,  sur  „les  secrets  du  ménage  etc".*  L'autre  jour 
ça  a  été  si  loin  qu'une  dame  a  dit  que  l'oie  qui  était  sur  la  table  serait  trans- 
formée le  lendemain  en  un  „étron".*  —  Parler  de  pots  de  chambre  etc.  est  parmi 
les  choses  les  plus  convenables.  Je  bois  toujours  le  café  dans  „mon  petit  pot  de 
nuit".*  —  D'ailleurs  je  mange  très  bien,  mais  2  fois  par  jour  seulement.  Le  matin 
„un  déjeuner  à  la  fourchette"*  et  l'après  midi  à  5  h.  V2  un  long  dîner.  Entre  1 
bouteille  de  vin  et  1  bouteille  V2  tous  les  jours.  —  Je  suis  maintenant  absolument 


*  En  français  dans  le  texte. 


CORRESPONDANCE    d'ABEL  49 


seul,  Keilhau  étant  parti  depuis  peu  (16  octobre)  pour  rentrer  au  pays  par  mer.  Je 
l'ai  chargé  d'une  quantité  de  livres  dans  une  gi-ande  malle  rouge  adressée  à  toi,  je 
te  prie  de  me  la  garder  avec  le  contenu.  J'ai  acheté  ce  que  j'ai  pensé  que  l'on 
n'avait  pas  chez  nous.  J'en  ai  d'autres  que  j'enverrai  au  printemps.  Parmi  les 
hvres  il  y  a  le  5™^  „Tome"  de  la  „ Mécanique  céleste".  Il  est  destiné  au  Professeur 
Hansteen,  parce  que  je  sais  qu'il  a  les  4  premiers  volumes.  Tu  auras  peut-être  la 
bonté  de  le  lui  remettre  avec  tous  mes  compliments.  —  Voilà  donc  la  «Mécanique" 
achevée.  Celui  qui  a  écrit  un  pareil  livre  peut  avec  plaisir  jeter  un  regard  en 
arrière  sur  sa  vie  scientifique.  —  Legendre  a  fait  imprimer  un  remaniement  de  ses 
«Exercises",  (sic)  mais  cela  n'a  pas  encore  paru  en  librairie.  —  Les  mathématiques 
subissent  un  vilain  recul  en  France.  —  Les  Jésuites  veulent  gouverner  et  les  journaux 
sont  pleins  de  polémiques  à  propos  d'eux.  C'est  une  vermine  du  diable.  Il  y  a 
quelques  jours  un  jeune  jésuite  a  dénoncé  un  grand  nombre  d'entre  eux  et  va  encore 
en  dénoncer  300  autres.  D'après  ce  qu'il  raconte  ils  doivent  être  les  gens  les  plus 
affreux  de  la  terre.  On  a  voulu  l'assassiner  tout  récemment,  mais  il  a  échappé.  — 
J'ai  prêté  à  Keilhau  180  marcs  banco.**  —  Je  l'ai  prié  de  te  les  remettre.  Tu 
auras  la  bonté  de  les  recevoir.  Peut-être  serai-je  obligé  de  t'importuner  en  te  priant 
de  me  les  envoyer  en  une  traite  sur  Hambourg:  Encore  ceci,  rien  qu'une  humble 
question;  pourrais  tu  me  prêter  220  marcs,***  en  sorte  que  ça  ferait  400  en  tout. 
Tu  me  rendrais  un  très  grand  service.  Car  j'aurais  diablement  envie  de  passer  par 
Berlin  avant  de  rentrer  au  pays,  et  d'acheter  ici  plusieurs  choses  que  je  ne  pourrais 
avoir  chez  nous,  ou  qui  coûteraient  trois  fois  plus  cher.  Ne  te  fâche  pas  de  ma 
question,  et  réponds  y  tout  de  suite.  N'oublie  pas:  le  plus  vite  possible.  Une 
longue  lettre  avec  beaucoup  de  nouvelles.    Salue  tous  les  bons  amis  et  n'oublie   pas 

Ton  ami 

J'ai  reçu  une  lettre  de  Henrik.  —  N.  Abel. 

Ne  manque  pas  d'écrire  8  jours  au  plus  tard  après  avoir  reçu  cette  lettre,  et 
n'affranchis  pas  la  lettre.  Je  n'ai  pas  voulu  le  faire,  car  c'est  moins  cher  pour 
nous  deux  et  c'est  plus  sur.  —  „Je  vous  salue."  * 


*  En  français  dans  le  texte. 
**  Environ  225  f. 
***  Environ  275  f. 

CORRESPONDANCE    d'aBEL    —    7 


50  CORRESPONDANCE    d'ABEL 


XIX.    ABEL  A  GHR.  BOEGK 

Paris  le  1^'  Novembre  1826. 

Je  viens  de  recevoir  ta  lettre  à  Keilhau.  Elle  est  arrivée  trop  tard;  l'homme 
est  déjà  parti.  Il  s'en  est  allé  le  16  octobre  et  a  quitté  le  Havre  le  19.  Il  a  pris 
passage  pour  Arendal  où  il  est  peut-être  déjà  arrivé.  Une  V2  heure  avant  de 
quitter  Paris  il  a  reçu  ta  lettre;  mais  il  n'a  eu  le  temps  de  la  lire  qu'en  route.  Il  t'a 
écrit  quelques  lignes;  je  te  les  envoie  en  même  temps.  En  outre  il  m'a  remis  une 
lettre  pour  toi  adressée  à  Brogniart^.  —  Chez  le  ministre  suédois  il  y  a  pour  toi  deux 
lettres,  dans  l'une  desquelles,  qui  est  déjà  là  depuis  très  longtemps,  se  trouve  une 
traite  de  600  francs.  (Bohr  a  dit  cela  dans  une  lettre  à  Keilhau  qui  est  arrivée 
après  son  départ).  L'autre  jour,  étant  à  un  dîner  chez  le  Ministre,  j'ai  prié  le 
secrétaire  de  me  remettre  les  lettres  pour  te  les  envoyer,  mais  il  a  oublié  de  me 
les  donner.  Il  faut  donc  que  tu  t'adresses  à  la  légation  même,  ce  que  le  secrétaire 
préfère  de  beaucoup.  La  lettre  doit  être  adressée  au  secrétariat  de  la  légation 
suédoise-norvégienne  à  Paris.  Ne  me  donne  aucune  autorisation  de  prendre  les 
lettres,  mais  écris  toi-même.  Je  me  chargerai  de  la  lettre,  si  tu  veux,  quand  tu 
écriras.  Et  comme  la  traite  est  sur  Paris,  je  retirerai  l'argent  avec  plaisir,  si  tu 
veux  écrire  derrière  la  traite  qu'elle  doit  m'être  payée.  Je  pourrais  ensuite  déposer 
l'argent  soit  chez  Cotte ^,  soit  chez  mon  banquier,  ou  te  procurer  une  traite  sur 
Munich.  —  Tu  me  dois  75 que Keilhau,  c'est  peu  près  à  ce  qu'il  a  eu 


XX.    GRELLE  A  ABEL 

Berlin  d.  24  Novbr. 


Liebster  Freund. 


Ihre  beiden  Briefe  vom  23  8ber  und  1  Nvmber  habe  ich  erhalten  und  danke 
Ihnen  dafûr  sehr.  Dass  Sie  sich  wohl  befmden  freut  mich  sehr,  aber  dass  Sie  nicht 
nach  Berlin  kommen  wollen,  betrûbt  mich.  Kâme  doch  nur  mein  Project  mit  dem 
Journal  zu  Stande,  dann  kônnte  ich  Ihnen  sogar  einige  Geld  Mittel  verheissen.     Es 


CORRESPONDANCE    D  ABEL 


51 


ist  zwar  noch  Hoffnung  da,  aber  noch  nichts  entschieden.  Ich  wollte  Ihnen  anfangs 
nichts  eher  davon  erzahlen  bis  die  Entscheidung  erfolgt  wâre,  aber  da  es  so  lange 
dauert  will  ich  Ihnen  meinen  Plan  sagen.  Vielleicht  macht  Ihnen  schon  die  Hoff- 
nung die  ich  darauf  griinde  einiges  Vergnûgen.  Ich  habe  mich  nemlich  an  unser 
Gouvernement  gewendet  und  gebeten  der  Staat  môchte  einen  solchen  Zuschuss 
von  Geld  geben  dass  das  Unternehmen  ordentlich  in  Schwung  gebracht  werden  kônne. 
Ich  habe  nemlich  gewunscht  man  môchte  eine  bedeutende  Zabi  von  Exemplaren 
fur  die  Gymnasien  und  Schulen  kaufen.  Von  allen  den  Herrn  mit  denen  ich  dartiber 
personhch  gesprochen  habe,  ist  meine  Idée  und  mein  Wunsch  sehr  bereitwillig 
aufgenommen  worden  nur  scheint  der  Herr  Minister  des  Kultus  und  Unterrichts^  nicht 
allein  mit  dem  Antrage  beim  Kônige  herantreten  zu  woUen  und  ich  werde  noch  erst 
anderen  Herrn  dazu  ebenfalls  zu  disponiren  suchen  miissen.  Die  sind  so  eben 
verreiset,  und  daher  verzôgert  sich  die  Entscheidung.  Ich  werde  gewiss  keine  Miihe 
sparen,  doch  kann  man  freilich  nichts  bestimmtes  vorhersagen.  Wird  meine  Bitte 
genehmigt,  dann  kann  ich  (unter  uns  gesagt)  Ihnen  ein  Honorar  zahlen.  Es  bleibt 
aber  unter  uns,  denn  ich  kann  es  nicht  jedem  anderen  ebenfalls  geben.  Und  das 
sind  die  Geldmittel  von  welchen  ich  oben  sprach. 

Sollte  mein  Plan  fehlschlagen  so  werde  ich  dennoch  das  Môgliche  thun  um  den 
Journal  fortzusetzen  und  sollte  es  auch  mit  eigenen  Aufopferungen  geschehen 
miissen.  Freilich  kann  ich  dann  nicht  daran  denken  Honorare  zu  zahlen  sondern 
muss  mich  vielmehr  auf  die  Eifer  der  Wissenschaftsfreunde  verlassen.  Vor  dem 
Ende  dièses  Jahres  denke  ich  soU  es  doch  damit  zum  Beschluss  kommen.  Helfen 
Sie  nur  immer  dort  [?]  Mitarbeiter  werben,  damit  es  dann  um  so  glânzender  wird, 
wenn  meine  Absichten  rëussiren.  Erzahlen  Sie  nur  dort  dass  ich  mich  an  mein 
Gouvernement  um  Unterstiitzung  gewandt  und  die  beste  Hoffnung  hâtte  dergleichen 
zu  erhalten  wie  es  auch  wirklich  der  Fall  ist,  da  das  Preussische  Gouvernement  ftir 
die  Wissenschaften  Vieles  und  mit  Eifer  thut.  Dièses  wird  die  dortigen  Mitarbeiter 
besonders  aufmuntern.  Denn  das  Journal  selbst  erhielte  dadurch  einen  ungemein  viel 
hôheren  Ruf  wenn  die  Regierung  eines  grossen  Landes  sich  desselben  annehmen  sollte. 

Sobald  nur  Etwas  entschieden  ist  werde  ich  Sie  bitten  mir  recht  viel  von 
Ihren  Arbeiten  zu  schicken.  Sie  soUen  dann  aile  aufgenommen  werden.  Jetzt 
wird   eben   das   4te   Heft   gedruckt.     Es  enthâlt  Ihre  Abhandlung    ûber  die  Reihe 

.    ,  .   m{ni  —  i) 

1  -j-  mx  -] ^^-^ x^ .  .  . 


52  CORRESPONDANCE   d'aBEL 


Die  Bekanntschaft  mit  den  Herrn  Hachette,  Dirichlet  und  Anderen  benutzen 
Sie  doch  auch  fur  das  Journal;  denn  ich  rechne  auf  franzôsische  Mitarbeit 
ganz  vorziiglich.  Das  vierte  Heft  enthâlt  auch  von  dem  was  mir  Hrr.  Hachette 
geschickt  hat, 

Sie  erinnern  sich  vielleicht  noch  dass  man  Ihnen  hier  Briefe  fiir  Paris  ver- 
sprochen  hatte  die  Sie  aber  nicht  erhalten  haben.  Die  Ursache  des  Ausbleibens 
war  dass  Herr  Dirksen  der  sie  besorgen  wollte  sich  mehrere  Monate  lang  nicht  hier 
befand.  Die  Briefe  waren  an  Herrn  von  Humbold.  Derselbe  ist  jetzt  in  Berlin  und 
ich  habe  Gelegenheit  gehabt  ihm  auch  uber  Sie  zu  sprechen  und  Sie  kônnen 
denken  mit  welchem  Eifer.  Vielleicht  ersetzt  dies  schon  einigermassen  die  Briefe. 
Herr  von  Humbold  kehrt  in  wenigen  Tagen  nach  Paris  zuriick.  Versuchen  Sie 
doch  ihn  zu  sprechen  und  sagen  ihm  dass  ich  ihm  von  Ihnen  gesprochen  batte. 
Vielleicht  erinnert  er  sich  dessen.  Er  kann  Ihnen  nûtzlicher  sein  als  vielleicht 
irgend  ein  Anderer.  Kônnen  Sie  ihn  aber  nicht  zu  sprechen  bekommen,  was  sehr 
schwer  sein  soU,  so  will  ich  Ihnen  dann  noch  die  Briefe  zu  besorgen  suchen. 

Wenn  ich  Sie  nicht  damit  incommodirte,  so  batte  ich  wohl  eine  kleine  Bitte, 
nemlich  mir  das  Ailes  was  von  der  correspondance  sur  l'école  polytechnique 
par  Hachette  herausgekommen  ist  zu  verschaffen  und  durch  eine  Buchhandlung  zu 
iiberschicken.  Das  Buch  ist  so  wichtig  und  ich  habe  davon  nichts  noch.  Auch  ist 
es  nicht  mehr  im  Buchhandel  zu  haben.  Des  letzten  Umstandes  wegen  ist  mir  der 
Preis  unbekannt,  sonst  wurde  ich  ihn  sogleich  beifiigen.  Das  Geld  soll  aber  auf 
der  Stelle  erfolgen  sobald  ich  nur  die  Summe  kenne. 

Nun  bitte  ich,  antworten  Sie  mir  gefâlligst  mit  umgehender  Post  aber  ich 
bitte  ausdriicklich,  unfrankirt. 

Steiner  und  aile  Freunde  griissen  Sie,  so  wie  auch  meine  Frau.  Ich  bin  und 
bleibe  Ihr  aufrichtig  ergebener  Freund 

Crelle. 


XXL    ABEL  A  CRELLE 
12.)  [Paris-le  4  décembre  1826.] 

Wenn  man  eine  Curve  AMBN  beschreibt,  deren  Gleichung 

z  =  V]cos  29?), 


CORRESPONDANCE    D  ABEL 


53 


wo 


N 
so  ist  der  Bogen  AM  durch  folgenden  Ausdruck  gegeben 


r dx_ 

JvTi- 


und  hângt  aiso  von  den  elliptischen  Functionen  ab. 

Nun  habe  ich  gefunden,  dass  man  immer  die  Peripherie  AMBN  geometrisch 
(d.  h.  vermittelst  des  Lineals  und  des  Zirkels)  in  n  gleiche  Theile  theilen  kann, 
wenn  n  eine  Prinizahl  von  der  Form  2'"  -f~  1  ist,  oder  wenn 


n 


=  r  (2  +  1)  (2    +  1)  (2     +  1) . .  .  (2      +  1), 


wo  2  4"1>2  -|- 1  etc.  Primzahlen  sind.  Wie  Sie  sehen,  so  ist  dièses  Theorem 
ganz  dasselbe,  wie  das  Gaussische  fiir  den  Kreis.  Man  kann  auf  die  Weise  die 
obige  krumme  Linie  z.  E.  in  2,  3,  5,  17  etc.  gleiche  Theile  theilen.  Meine  Théorie 
der  Gleichungen,  verbunden  mit  der  Théorie  des  nombres  bat  mich  auf  dièses 
Theorem  gefûhrt.  Ich  habe  Grund  zu  glauben,  dass  Gauss  auch  daurauf 
gekommen  ist. 


XXII.    ABEL  A  HOLMBOE 

[Paris  décembre  1826]. 

Cher  ami!  Mille  remerciments  pour  tes  deux  lettres,  les  bien  venues,  et  aussi 
parceque  tu  as  été  si  exact.  Si  j'avais  su  que  tu  avais  écrit,  je  n'aurais  pas  osé 
demander  un  si  grand  sacrifice.  —  Ne  te  fâche  pas  de  ma  demande  d'argent.  J'ai 
deux  véritables  amis,  et  je  suis  bien  obligé  de  les  importuner  malgré  moi.  —  Peut- 
être  je  pourrai  l'épargner,  mais  il  est  probable  que  je  ferai  appel  à  ta  bonté.    Pas 


54  CORRESPONDANCE    d'ABEL 


tout  de  suite,  mais  quand  j'arriverai  à  Berlin.  Je  vais  en  effet  d'ici  peu  quitter 
Paris  où  je  n'ai  plus  rien  à  pêcher,  et  j'irai  tout  d'abord  à  Gôttingen  pour  faire  le 
blocus  de  Gauss  s'il  n'est  pas  trop  fortifié  d'orgueil.  Et  je  préfère  être  maintenant 
en  Allemagne  pour  y  apprendre  un  peu  plus  d'allemand,  ce  qui  sera  pour  moi  de 
la  plus  grande  importance  plus  tard.  —  Je  me  tire  d'affaire  avec  le  français  autant 
qu'il  faut  pour  écrire  un  Mémoire  et  je  voudrais  bien  pouvoir  en  faire  autant  en 
allemand.  —  Tu  écris  que  tu  as  lu  les  deux  premiers  fascicules  du  Journal  de 
Crelle.  Les  mémoires  que  j'y  ai  publiés,  „excepté"*  celui  sur  les  équations,  n'ont 
pas  grande  importance,  mais  tu  verras,  cela  viendra.  J'espère  que  tu  seras  content 
d'un  mémoire  sur  une  intégrale,  qui  se  trouve  dans  le  troisième  fascicule,  un  long 
mémoire;  mais  surtout  je  suis  content  d'un  qui  s'imprime  en  ce  moment  pour  le 
4me  fascicule,  sur  la  simple  série  1  -|-  '^^  +  *n(m — }  ^2  _|_  J'ose  dire  que  c'est 

la  première  démonstration  parfaitement  rigoureuse  de  la  formule  du  binôme  dans 
tous  les  cas  possibles,  en  même  temps  que  d'une  quantité  d'autres  formules  en 
partie  connues,  mais  insuffisamment  établies.  Dans  le  prochain  numéro  (janvier)  des 
Annales  de  Gergonne  paraîtra  un  petit  mémoire  de  moi  sur  l'élimination.  C'était  un 
essai  pour  voir  s'il  voudrait  imprimer.  J'en  enverrai  ces  jours-ci  un  meilleur  sur  le 
développement  de  fonctions  („continues  ou  discontinues)  selon  des  cos.  ou  sin.  d'arcs 
multiples."*  J'y  déinontre  une  formule  connue  que  l'on  a  jusqu'ici  démontrée 
d'une  .manière  inexacte.  Item  j'envoie  à  Gergonne  un  grand  mémoire  sur  „les 
fonctions  elliptiques"*  où  sont  exposées  beaucoup  de  choses  curieuses  qui,  je  m'en 
flatte,  vont  piquer  la  curiosité  de  plus  d'un.  Entre  autres  la  division  de  la  lemnis- 
cate.  Tu  verras  comme  c'est  beau.  —  J'ai  trouvé  que  l'on  peut  partager  la  lem- 
niscate  avec  la  règle  et  le  compas  en  â^'H-  1  parties  lorsque  ce  nombre  est  premier. 
La  division  dépend  d'une  équation  dont  le  degré  est  (2*»+ 1)^  —  1-  Mais  j'en  ai 
trouvé  la  solution  complète  par  des  radicaux  carrés.  J'ai  découvert  du  même  coup  le 
mystère  qui  enveloppait  la  théorie  de  Gauss  sur  la  division  du  cercle.  Je  vois  clair 
comme  le  jour  comment  il  y  est  parvenu.  —  Ce  que  je  dis  là  de  la  lemniscate  est 
un  des  résultats  que  j'ai  tirés  de  mes  études  sur  la  théorie  des  équations.  Tu  ne 
peux  pas  t'imaginer  combien  de  jolies  propositions  j'y  ai  trouvées,  par  ex.:  Si 
une  équation  P  =  0,  dont  le  degré  est  i^iv  où  ft  et  v  sont  des  nombres  premiers 
entre  eux,  e.st  résoluble  d'une  manière  quelconque   par  des  radicaux,   P  est  ou  bien 


*  En  français  dans  le  texte. 


COERESPONDANCE    D'ABEL  55 


„décomposable  en  i-i  facteurs  du  degré  v"*  dont  les  coefficients  dépendent  d'une 
équation  du  f-i"^^  degré,  ou  en  „v  facteurs  du  degré  ju"*  dont  les  coefficients  dépen- 
dent d'une  équation  du  degré  v. 


XXIII.    ABEL  A  GHR.  BOEGK 

Berlin  le  15  janvier  1827. 
Cher  ami  Boeck. 

Tu  seras  sans  doute  étonné  que  je  sois  déjà  à  Berlin.  Mais  je  ne  pouvais  pas 
tenir  à  Paris  plus  longtemps,  faute  d'argent.  J'ai  donc  dû  me  hâter  de  partir  au 
plus  tôt  tandis  que  j'avais  encore  de  quoi  faire  le  voyage  jusqu'ici.  Lorsque  je 
suis  arrivé  ici  il  y  a  5  jours,  ma  fortune  entière  s'élevait  à  14  thalers.  De  Backer^ 
j'en  ai  reçu  50.  Je  suis  obligé  de  te  demander  au  plus  vite  ce  que  tu  me  dois. 
Le  mieux  est  que  je  le  touche  en  monnaie  prussienne.  —  Keilhau  te  doit  peut-être 
encore  quelque  chose,  puisque  nous  avons  compté  100  speciedalers  au  lieu  de 
600  francs  qui  font  un  peu  plus.  Du  reste,  tu  sais  bien  ce  que  tu  lui  devais 
primitivement.  —  La  veille  de  mon  départ  de  Paris  (29  décembre)  j'ai  reçu  de  lui 
une  très  longue  lettre.  Il  me  prie  de  t'informer  qu'il  ne  t'a  pas  oublié,  loin  de  là, 
et  que  tu  recevras  bientôt  une  longue  lettre  de  lui.  Tu  l'as  sans  doute  déjà.  —  Il 
voudrait  retourner  à  l'étranger,  et  nous  qui  sommes  ici  voudrions  être  rentrés  au 
pays,  c'est  bizarre.  Je  crois  tout  de  même  que  l'étranger  vaut  mieux.  Quand  nous 
serons  rentrés,  nous  penserons  sûrement  comme  Keilhau.  —  Il  te  présage  bien  des 
ennuis  quand  tu  seras  revenu.  Ma  situation  sera  la  meilleure,  dit-il,  en  apparence 
peut-être,  mais  „entre  nous  soit  dit"**  je  prévois  bien  des  ennuis  d'ordre  privé. 
J'ai  vraiment  peur  de  l'avenir.  J'aurais  presque  envie  de  rester  pour  toujours  ici 
en  Allemagne,  ce  que  je  peux  faire  sans  difficulté.  Grelle  m'a  terriblement  poussé 
dans  mes  retranchements  pour  me  faire  rester  ici.  Il  est  un  peu  fâché  contre  moi 
parceque  je  refuse.  Il  ne  comprend  pas  ce  que  je  veux  faire  en  Norvège,  qui  lui 
parait  être  une  autre  Sibérie.  Maschmann  va  bien  et  t'envoie  tous  ses  compliments. 
Très  mécontent  que  tu  n'aies  pas  écrit.     Il  s'est   scandaleusement  laissé  aller   dans 


*  En  français  dans  le  texte. 
'*  Un  ter  uns  gesagt,   en  allemand,  dans  le  texte. 


56  CORRESPONDANCE    D'ABEL 


ces  dernier  temps,  dit-il.  En  mai  il  se  dirigera  vers  le  sud.  A  la  même  époque, 
c'est  vers  le  nord  que  je  me  dirigerai.  Maschmann  parle  maintenant  très  bien 
l'allemand,  ce  qui  est  bien  aussi  ton  cas.  Je  n'ai  rien  oublié,  mais  ça  ne  va  pas 
très  couramment.  Mon  voyage  de  Paris  ici  a  été  terriblement  vide.  Je  suis  parti 
de  Paris  par  la  diligence  pour  Bruxelles  par  Valenciennes.  J'ai  été  tout  le  temps 
seul  avec  une  danseuse,  non  du  grand  opéra,  mais  d'un  des  théâtres  secondaires.  — 
Dangereux  voisinage,  la  nuit.  Elle  a  dormi  dans  mes  bras,  bien  entendu,  mais 
c'est  tout.  D'ailleurs  j'ai  tenu  avec  elle  une  conversation  très  édifiante  sur 
l'instabilité  des  choses  en  ce  monde.  A  Bruxelles,  qui  est  une  très  jolie  ville,  je 
ne  suis  resté  qu'une  nuit  et  un  jour  et  j'ai  couru  tout  le  temps  par  la  ville. 
J'en  suis  parti  de  même  avec  la  diligence  pour  Aix  la  Chapelle  par  Liège. 
J'étais    en    compagnie    d'un    garçon    fort   poli   de   Francfort  sur  le  Main.     Jusqu'à 

Liège  tout  le  monde  parle  français.     A  Aix il  me  semblait   être 

comme  un  peu  plus  chez  nous.     Puis séjour  à  Cologne  sur 

le  Rhin;  ville  extrêmement  vieille  et  laide  avec  beaucoup  de  filles.  J'y  suis  resté 
un  jour  et  deux  nuits,  et  suis  parti  avec  la  Poste  pour  Cassel  par  Elberfeld  et 
Arnsberg.  Il  parait  que  cette  région  est  extraordinairement  belle,  mais  la  nuit  et 
l'hiver  m'ont  empêché  de  la  remarquer.  Entre  Elberfeld  et  Arnsberg  nous  eûmes 
le  malheur  de  passer  sur  le  corps  d'un  garçon  de  7  à  8  ans.  Il  est  resté  mort  sur 
place.  La  voiture  lui  avait  roulé  sur  le  ventre.  —  On  continua  la  route  sans  s'arrêter. 
—  A  Cassel,  qui  est  une  très  jolie  ville,  j'ai  passé  la  nuit  et  j'ai  été  à  la  Comédie. 
Le  théâtre  est  très  joli  et  on  y  jouait  bien.  —  A  Cologne  j'ai  aussi  été  au  théâtre, 
mais  [il  était]  mauvais.  De  Cassel  je  suis  parti  avec  la  voiture  de  poste  spéciale 
(Extrapost)  pour  Magdebourg  en  compagnie  d'un  négociant  qui  allait  à  Berlin  et  à 
Kônigsberg.  Nous  traversâmes  le  Harz.  Ça  doit  être  très  beau  l'été.  De  Quedlin- 
burg  à  Magdebourg,  la  route  est  la  plus  détestable  que  j'aie  suivie.  Nous  étions 
deux  dans  la  voiture  et  bien  que  nous  eussions  fait  atteler  4  chevaux,  nous 
n'avancions  qu'à  grand  peine.  A  Magdebourg  je  passai  encore  la  nuit,  et  j'en  partis 
pour  Berlin  avec  un  cocher  de  louage.  La  route  est  excellente,  mais  la  compagnie 
fut  affreuse,  un  cordonnier,  un  gantier  et  un  soldat  libéré.  Constamment  ils 
buvaient  de  l'eau  de  vie.  Je  m'ennuyais,  et  personne  n'a  été  plus  heureux  que  moi, 
lorsqu'après  deux  jours  de  voyage,  je  suis  entré  dans  Berlin  par  la  Porte  de  Pots- 
dam.  Je  suis  descendu  au  Kronprinz,  et  je  demeure  maintenant  Franzôsische 
Strasse  no.  39  au  second,  tout  près  du  Gensdarmen  Markt.    Un  quart  d'heure  après 


CORRESPONDANCE    D'ABEL  57 


mon  arrivée  en  ville  j'étais  assis  au  Kônigstâdter  et  j'avais  la  joie  de  voir  des 
visages  de  connaissance  et  d'entendre  des  voix  connues.  —  J'ai  aussi  été  une  fois 
au  Schauspielhaus.  —  Il  y  a  ici  un  pharmacien  de  Bergen,  Monrad^,  avec  sa  femme 
et  sa  mère.  Je  suis  entré  en  relation  avec  eux.  Ce  sont  des  gens  agréables.  J'ai 
l'intention  d'ailleurs  de  travailler  beaucoup  ici.  Je  n'ai  pas  entendu  parler  avant 
mon  départ  du  mémoire  que  j'ai  déposé  à  l'Académie  de  Paris. 

Pour  ce  qui  est  de  ton  séjour  à  Paris,  je  ne  peux  pas  te  recommander  la  pension 
où  j'ai  été.  —  Ou  bien  il  faudrait  que  tu  y  prennes  tes  repas;  et  tu  habiterais  un 
„ hôtel  garni"  qui  est  tout  à  côté.  —  A  Paris  demeure  un  norvégien,  Gronvold^,  qui 
se  mettra  très  volontiers  à  ton  service  à  ton  arrivée.  Son  adresse  est  Rue  Taitbout 
no.  17.  C'est  un  gentil  garçon.  Mais  ce  que  tu  peux  faire  de  mieux  est  de  descendre 
à  l'Hôtel  de  Suède  Rue  du  Bouloy  no  3,  où  ce  n'est  pas  cher.  —  Le  peintre  Gorbitz, 
de  Bergen,  qui  est  un  excellent  homme,  demeure  Rue  de  l'Université  no  84.  Chez 
lui  est  déposée  la  lettre  que  Keilhau  a  écrite  pour  toi  à  Brogniart. 

Je  t'aurais  écrit  une  lettre  plus  longue  si  je  n'en  avais  pas  tant  à  écrire.  A 
ma  fiancée  (qui  va  bien),  à  Hansteen,  Keilhau,  Bernt  Holmboe,  Moller  etc.  ce  que 
j'aurais  dû  faire  déjà  depuis  longtemps. 

J'attends  lettre  et  chèque  le  plus  vite  que  tu  pourras. 

Ton  bien  dévoué 

N.  Abel. 
Mon  adresse  est  Franzôsische  Strasse  No.  39 

deuxième  étage. 
(Pa)ris  et  quand? 


XXIV.    ABEL  A  HOLMBOE 

Berlin  le  20  janvier  1827. 
Je  te  remercie  vivement  de  tes  deux  lettres;  tu  auras  appris  sans  doute  par 
Skjelderup^  que  je  les  ai  reçues.  Certes,  j'aurais  dû  t'écrire  depuis  longtemps,  mais 
j'attendais  d'abord  la  solution  au  sujet  de  mon  mémoire  que  j'ai  déposé  à  l'Institut. 
Mais  ces  hommes  lents  n'en  finissaient  pas.  Legendre  et  Cauchy  étaient  juges. 
Cauchy  „rapporteur" *.     Legendre  a  dit   „ça  prendra".*     La-dessus  mon  voyage  de 


*  En  français  dans  le  texte. 

CORRESPONDANCE   d'aBEL    —    8 


58  CORRESPONDANCE   d'aBEL 


Berlin  m'est  arrivé  comme  la  Noël  sm-  la  bonne  femme.  —  Cette  fois-ci  encore  tu 
n'auras  pas  grand  chose  de  moi;  j'ai  si  terriblement  à  faire  pour  le  Bulletin  de 
Ferussac  et  le  Journal  de  Grelle.    A  bientôt  davantage. 

Et  maintenant  ce  que  je  voulais  surtout  —  de  l'argent.  Tu  as  été  assez  bon 
pour  me  promettre  de  m'aider.  Gomme  je  me  trouve  dans  un  embarras  du  diable, 
je  voudrais  naturellement  avoir  tout  ce  que  tu  pourras  et  le  plus  tôt  possible.  — 
Quant  à  la  remise,  le  mieux  est  que  tu  en  parles  au  professeur  Maschmann^.  Il  a 
un  commissionnaire  à  Hambourg.  Ici  son  fils  a  promis  d'en  écrire  deux  mots  à  son 
père.  C'est  bien  le  plus  commode  que  tout  soit  adressé  en  Hamburger-Banco.  — 
Ne  te  fâche  pas  si  je  t'importune  tellement,  mais  que  veux  tu  que  je  fasse,  moi 
„ pauvre  diable?"* 


XXV.    ABEL  A  CHR.  BOECK 

Berlin  26  février  1827. 

Grand  merci,  mon  cher  Boeck,  pour  les  deux  lettres,  que  j'ai  reçues  toutes  deux, 
retour  de  Paris.  Tu  as  fini  par  avoir  la  lettre  de  Hansteen.  Cela  m'a  fait  grand 
plaisir  de  la  recevoir,  et  je  te  remercie  mille  fois  de  l'avoir  envoyée.  —  J'ai  reçu  il 
y  a  quelques  jours  une  longue  lettre  de  Madame  Hansteen  et  du  professeur,  6  pages 
in-quarto  pleines;  mais  il  n'y  avait  pas  grand  chose  de  nouveau  dedans.  Car  la 
plus  grande  partie  était  entre  Madame  H.  et  moi.  La  lettre  avait  passé  par  Paris 
et  datait  du  25  janvier.  Tu  as  probablement  des  nouvelles  plus  fraiches.  Esmark^ 
devait  faire,  pour  l'anniversaire  du  roi,  un  discours  en  latin,  sur  lequel  il  avait  peiné 
considérablement.  Sommerfelt  et  Ratke^  sont  en  guerre  dans  le  Magasin.  Hansteen 
espère  que  Ratke  en  sortira  avec  les  oreilles  coupées.  Hansteen  a  été  nommé 
membre  de  deux  Sociétés  savantes,  celle  de  Copenhague  et  la  Société  Verner, 
d'Edinbourg.  Comment  il  a  été  nommé  à  celle-ci,  il  ne  le  sait,  car  il  ne  se  connait 
pas  le  moins  du  monde  en  minéraux.  Madame  H.  a  eu  un  fils,  c'est  tout.  —  Aussi- 
tôt que  je  suis  arrivé  à  Berlin  (il  y  a  plus  d'un  mois)  j'ai  écrit  au  sujet  du  peu 
d'argent  qui  me  revient  de  toi.  N'oublie  pas  de  me  l'envoyer  avant  de  quitter 
Munich.    Je  ne  suis  [pas  précisément]  en  fonds.     J'ai   reçu  hier  de  Bernt  Holmboe 


En  allemand  dans  le  texte. 


CORRESPONDANCE    D'ABEL  59 


(qui  a  été  à  Stockholm  et  à  Upsala  et  s'est  beaucoup  amusé  dans  ce  voyage) 
Mark  Banco.  C'est  tout  ce  qui  me  reste.  En  mai  je  partirai  donc  d'ici  par  nécessité 
et  sans  déplaisir.  —  Hansteen  croit  que  je  serai  nommé  à  l'Université  quand  je 
reviendrai.  Mais  il  a  été  aussi  question  de  me  torturer  pendant  une  année  dans 
une  école.  Si  on  veut  faire  cela,  je  ne  marcherai  pas  plus  qu'un  âne.  „Le  patron"  ^ 
va  bien,  s'ennuie,  et  partira  pour  le  sud  à  Pâques.  —  Le  pharmacien  Monrad  est 
ici  avec  sa  mère  (qui  souffre  des  yeux)  et  sa  femme.  Maschmann  (qui  te  salue)  et 
moi,  nous  y  allons  régulièrement  tous  les  soirs  et  nous  jouons  aux  cartes;  je  les 
plume,  ce  dont  j'ai  besoin,  du  reste,  et  ce  n'est  que  juste.  J'aurai  bien  de  tes 
nouvelles  avant  que  tu  quittes  Munich.  Si  je  peux  te  servir  à  quelque  chose 
avec  la  formule,  ce  sera  avec  plaisir. 

J'ai  un  nombre  effroyable  de  lettres  à  écrire.  En  outre  j'ai  été  malade  pendant 
quelque  temps  et  suis  resté  au  lit.  Vais  bien  maintenant.  —  Il  fait  terriblement 
froid  et  il  tombe  beaucoup  de  neige.     Nous  avons  eu  jusqu'à  18  degrés  R. 

Adieu  mon  cher  Boeck 

Ton  Abel. 


XXVI.    ABEL  A  HOLMBOE 

Berlin  le  4  mars  1827, 
Le  résultat  de  ton  dévouement,  excellent  Holmboe,  et  de  mon  bout  de  lettre, 
je  l'ai  appris  déjà  depuis  plusieurs  jours,  en  recevant  par  l'intermédiaire  de  Cordes, 
de  Hambourg,  293  B  ^  10  /?.  Mille  fois  merci  de  ta  générosité.  Cela  m'a  rendu 
un  grand  service,  car  j'étais  plus  pauvre  qu'un  rat  d'église.  Maintenant  je  vais  vivre 
ici  là-dessus  aussi  longtemps  que  je  pourrai,  puis  je  filerai  vers  le  nord.  Je  resterai 
un  moment  à  Copenhague,  où  ma  financée  viendra  me  rejoindre,  puis  au  pays,  où 
j'arriverai  si  dénué  que  je  serai  bien  obligé  de  tendre  la  main  à  la  porte  de  l'église. 
Je  ne  me  laisse  pourtant  pas  abattre;  je  suis  si  bien  habitué  à  la  misère  et  au 
dénuement.  Ça  ira  toujours.  Je  t'ai  envoyé  par  PeckeH  il  y  a  un  mois  le  3^°^® 
numéro  du  Journal  de  Crelle  et  un  peu  plus  de  la  moitié  du  quatrième,  qui  est 
achevé  maintenant.  Que  te  semble  de  mon  mémoire?  Je  me  suis  efforcé  d'être  si 
rigoureux  qu'on  ne  puisse  faire  aucune  objection  fondée.  —  Il  y  aura  un  petit  arrêt  dans 
la  publication  (Hansteen  sait  pourquoi),  puis  il  sera  probablement  imprimé  en  français. 


60  CORRESPONDANCE    d'ABEL 


J'ai  déjà  préparé  un  mémoire  considérable  où  l'on  voit  beaucoup  de  choses  curieuses 
(«Fonctions  elliptiques").*  Ainsi  j'ai  trouvé  qu'on  peut  avec  la  règle  et  le  compas 
diviser  la  circonférence  de  la  lemniscate  (équation  polaire  z  =  Vsin  2(p)  en  autant  de 
parties  égales  que  Gauss  l'a  enseigné  pour  le  cercle,  par  ex.  en  17  parties.  Pour 
la  diviser  en  m  parties  on  arrive  à  une  équation  d'un  degré  extrêmement  élevé,  du 
degré  m^  —  1  (si,  par  exemple,  m  =  17,  le  degré  =  17^—1  =  288).  Si  m  est  un 
nombre  premier  de  la  forme  2"  -|-  1»  j'ai  démontré  que  cette  équation,  dont  le  degré 
est  alors  2"  +  ^  (2"-^  -f  1)  peut-être  résolue  au  moyen  de  radicaux  carrés  seulement. 
Ceci  n'est  qu'une  conséquence  très  particulière  d'une  „foule"*  d'autres  propositions 
générales.  —  Mes  recherches  générales  sur  les  équations  m'y  ont  amené.  Dans  la 
théorie  des  équations  je  me  suis  proposé  et  j'ai  résolu  le  problême  suivant  qui  com- 
prend tous  les  autres:  Trouver  toutes  les  équations  possibles  d'un  degré  donné  qui 
sont  résolubles  algébriquement.  Je  suis  parvenu  à  beaucoup  de  jolies  propositions 
à  propos  de  cette  question  par  ex.  :  Si  une  équation  P  =  0  de  degré  fj.  v  est  réso- 
luble algébriquement,  P  doit  être  soit  un  produit  de  ^i  facteurs  de  degré  v  dont  les 
coefficients  sont  déterminés  par  une  équation  du  ^i^^'^  degré,  ou  bien  un  produit  de 
V  facteurs  de  degré  y.  dont  les  coefficients  sont  déterminés  par  une  équation  du  v^^^ 
degré.  Il  faut  toutefois  que  ^u  et  v  soient  des  nombres  premiers  entre  eux,  sans  quoi 
la  proposition  est  fausse.  Mais  ce  que  j'ai  de  plus  beau,  c'est  dans  la  «Théorie  des 
fonctions  transcendantes  en  général  et  celle  des  fonctions  elliptiques  en  particulier."* 
Mais  cela,  il  faut  que  je  le  garde  jusqu'à  mon  retour  pour  te  le  faire  connaître. 
Au  total  j'ai  fait  une  masse  effrayante  de  découvertes.  Si  seulement  je  les  avais 
mises  en  ordre  et  rédigées,  car  la  plupart  ne  sont  encore  que  dans  ma  tête.  Il  n'y 
a  pas  à  penser  à  quoi  que  ce  soit  avant  que  je  me  sois  installé  convenablement 
chez  nous.  Alors  il  me  faudra  travailler  dur  comme  un  cheval  de  fiacre;  mais  avec 
plaisir,  bien  entendu.  —  Je  mène  une  vie  assez  ennuyeuse,  car  elle  est  sans 
variété.  Etudier,  manger  et  dormir,  et  pas  grand  chose  de  plus.  Je  joue  aux  cartes 
deux  ou  trois  fois  par  semaine  chez  le  pharmacien  Monrad,  de  Bergen,  qui  est  ici 
avec  sa  mère  et  sa  femme.  Je  plume  les  gens.  Grelle  est  toujours  extrêmement 
obligeant.  J'ai  été  malade  et  suis  resté  au  ht  pendant  quelques  jours,  je  suis  remis, 
et  je  parle  allemand  mieux  que  l'an  dernier.  Maschmann  y  est  passé  maître;  il  te 
salue.     Il  a  fait  un  froid  de  chien  cet  hiver,  mais  il  semble  que  ce  soit  fini.    On  a  eu 


*    En  français  dans  le  texte. 


CORRESPONDANCE    D  ABEL 


61 


à  Munich  —  24°  R.  Boeck  part  en  avril  pour  Paris  et  sera  en  août  à  Berlin.  Il 
a  de  fortes  hémorrhoïdes  et  a  été  au  lit  par  suite  de  refroidissement.  Va  bien 
maintenant,  mais  très  affecté  de  la  mort  de  sa  mère.  —  Il  me  tarde  de  rentrer  au 
pays,  car  je  ne  peux  guère  avoir  d'avantage  à  rester  ici.  Quand  on  est  chez  soi  ou 
se  fait  de  l'étranger  de  diables  d'idées,  autres  qu'il  ne  faudrait.  Ils  ne  sont  pas  si 
forts.  —  Les  gens  en  général  sont  mous,  mais  assez  droits  et  honnêtes.  Nulle  part 
il  n'est  plus  facile  d'arriver  qu'en  Allemagne  et  en  France,  chez  nous  c'est  10  fois 
plus  difficile.  —  J'entends  dire  que  tu  as  été  à  Upsal  et  à  Stockholm.  Pourquoi 
n'es-tu  pas  venu  plutôt  à  Paris?  Il  faudra  que  j'y  retourne  une  fois  avant  de 
mourir.  —  Il  faut  que  je  te  prie  de  remettre  la  lettre  ci-incluse  au  Professeur  Han- 
steen  en  mains  propres.  J'ai  reçu  une  lettre  de  lui  il  y  a  quelques  jours,  qui  avait 
passé  par  Paris.  —  Je  ne  veux  pas  te  demander  de  m'écrire,  mais  si  tu  veux  dé- 
penser du  temps  et  de  l'argent  pour  moi  (car  on  ne  peut  pas  envoyer  sans  affran- 
chir), tu  peux  comprendre  combien  cela  me  ferait  plaisir.  Mais  il  faudrait  alors  que 
ce  soit  au  plus  tôt.  Dis  moi  quelque  chose  du  vapeur.^  Salue  les  connaissances 
et  porte  toi  bien. 

Ton  Abel. 


XXVII.    ABEL  A  MADAME  HANSTEEN 

[Berlin  mars  1827] 

....  sentir  qu'il  m'arrivera  souvent  d'aller  chez  vous.  Ce  sera  véritablement  une 
de  mes  meilleures  joies.  —  Mon  Dieu,  que  de  fois  n'ai-je  pas  eu  envie  d'aller  vous 
voir,  mais  je  n'ai  pas  osé.  Bien  des  fois  j'ai  été  jusqu'à  la  porte,  et  je  suis  reparti, 
par  crainte  de  vous  importuner;  car  c'aurait  été  le  pis  qui  pût  m'arriver,  si  vous 
aviez  été  trop  lasse  de  moi.  Très  bien,  puisque  je  puis  m'assurer  qu'il  n'en  est 
pas  ainsi.  —  Je  suis  maintenant  ici  à  Berlin,  et  j'en  suis  heureux,  car  les  Français 
ne  me  plaisent  pas.  Ce  sont  des  gens  froids  et  prosaïques.  Ils  traitent  toutes  les 
choses  possibles  de  la  même  manière.  Ils  parlent  avec  la  même  gravité  ou  la  même 
légèreté  des  sujets  les  plus  sérieux  comme  des  plus  futiles.     Aucune   intimité    chez 


62  CORRESPONDANCE   D'aBEL 


eux.  Un  Français  a  des  relations  presque  aussi  bonnes  avec  tout  le  monde.  D'affreux 
égoïstes.  S'ils  entendent  dire  qu'à  l'étranger  on  possède  quelque  chose  qu'ils 
ont  ou  qu'ils  n'ont  pas,  ils  s'étonnent  et  ils  disent  „Diable"*  et  c'est  ainsi  qu'ils 
s'étonnent  de  tout.  —  Et  puis  le  cher  sexe  féminin.  Elles  sont  si  gentilles,  si 
câlines  et  s'habillent  si  joliment,  mais  „ Voila  tout".*  La  modestie  et  la  timidité  que 
les  hommes  aiment  tant  chez  les  femmes  leur  fait  certes  grandement  défaut.  -  Les 
Français  le  disent  eux-mêmes.  Ils  disent:  „Les  étrangères  sont  plus  modestes  que 
les  Françaises".*  —  Les  Allemandes,  par  contre,  sont  certainement  à  préférer.  — 
Quand  je  pense  au  plaisir  que  vous  avez  eu,  vous  et  Hansteen,  lorsque  Madame 
Frederichsen  et  Carite  ont  été  chez  vous,  je  suis  positivement  jaloux.  Je  dois  vous 
dire  que  je  les  aime  si  cordialement  toutes  les  deux.  Je  suis  tout  joyeux  du  plaisir 
de  les  revoir  quand  j'arriverai  à  Copenhague,  ce  qui  ne  tardera  sans  doute  pas 
extrêmement.  Ma  fiancée,  qui  est  maintenant  à  Aalborg,  y  viendra  aussi.  J'ai  tou- 
jours vécu  à  Copenhague  la  vie  la  plus  agréable,  —  J'ai  reçu  une  lettre  de  Boeck 
hier.  Il  a  été  malade  pendant  quelque  temps,  d'un  refroidissement  et  encore  autre 
chose.  Va  bien  maintenant.  Sa  mère  est  morte.  Il  partira  pour  Paris  au  milieu 
d'avril  et  reviendra  au  pays  en  passant  par  Berlin.  —  Il  n'est  pas  dans  les  meilleures 
dispositions.  C'est  un  brave  garçon,  Il  écrit  qu'un  fils  de  Lôvenskjold^  est  à  Munich 
pour  épouser  une  demoiselle  Sechendorf.  — 

Je  suis  extrêmement  heureux  que  tout  aille  si  bien  pour  ma  chère  sœur.  J'ai 
tant  d'affection  pour  elle.  C'est  à  vous,  chère  Madame  Hansteen,  que  sont  dûs  son 
bonheur,  et  la  joie  qu'il  m'a  causé.  —  Il  faut  que  vous  la  saluiez  le  plus  tendre- 
ment de  ma  part  lorsque  vous  la  verrez.     Je  pense  toujours  à  elle. 

D'ailleurs  je  vis,  comme  vous  le  pensez  bien,  une  vie  extrêmement  tranquille  et 
monotone.  Tous  mes  plaisirs  extérieurs  consistent  à  aller  de  temps  en  temps  au 
théâtre,  et,  tous  les  lundis,  en  „ Assemblé"**  chez  Crelle. — 

Mais  adieu  ma  très  chère,  maternelle  tutrice,  et  gardez  une  toute  petite  place 
dans  votre  cœur  pour 

Votre 

Abel. 


•  En  français  dans  le  texte. 
'*  Sic. 


CORRESPONDANCE    D'ABEL  63 


XXVIII.    ABEL  A  MADAME  HANSTEEN* 

Christiania  le  18  d'Août  1827. 
Excusez  Madame  que  je  prend  la  liberté  de  vous  addresser  la  présente;  ayant 
quelque  chose  à  vous  dire  mais  pas  la  force  et  le  coeur  de  vous  fatiguer  par  la  vue 
de  ma  personne  insignifiante,  je  me  suis  résout  à  prendre  cette  démarche.  Voilà 
dont  il  s'agit:  Je  dois  recevoir  ce  soir  avec  la  poste  une  lettre  de  ma  future  mais 
malheureusement  je  ne  suis  pas  en  état  d'aller  la  chercher  moi-même,  étant  invité 
à  passer  le  soir  chez  Monsieur  le  Professeur  Holmboe,  chez  lequel  il  est  impossible 
de  savoir  le  moment,  quand  le  bateau  à  vapeur  arrive,  ou  d'en  être  informé.  Je 
vous  prie  donc  Madame  de  vouloir  bien  avoir  la  complaisance  de  charger  votre 
servante  de  cette  commission:  de  prendre  ma  lettre  à  la  poste  en  même  temps  qu'elle 
y  va  chercher  celle  que  vous  attendez  très-certainement  de  votre  cher  époux.  Dési- 
rant de  même,  comme  vous  pouvez  bien  vous  le  figurer,  avec  toute  la  force  de  mon 
ame  d'avoir  des  nouvelles  de  ce  que  j'aime  le  plus,  j'ose  encore  souhaiter  que  la 
domestique  aille  me  donner  la  lettre  chez  Monsieur  le  professeur  Holmboe,  demeurant 
au  second  en  face  du  théâtre,  dont  les  habitués  ont  été  rejouis  tant  de  fois  par  vos 
charmes. 

Agréez  Madame  l'assurance  de  ma  plus  parfaite  considération  avec  la  quelle 

j'ai  l'honneur 

d'être 

Votre  serviteur 

très  humble  et  très  obéissant 

N.  H.  Abel. 
A  Madame 

Madame  H.  A.  Hansteen. 


XXIX.     ABEL  A  GRELLE* 
16-)  [Christiania  mai — novembre  1827.] 


Théorème.    Si  la  somme  de  la  série  infinie 


*  Cette  lettre  est  écrite  en  français. 


64  CORRESPONDANCE    d'aBEL 


est  égale  à  zéro  pour  toutes  les  valeurs  de  x  entre  deux  limites  réelles  a  et  /?,  on 
aura  nécessairement: 

«Q  =  0,     «1=0,     «2  =  0,     «3  =:  0,  ....«,„=  0,  ...  . 

en  sorte  que  la  somme  de  la  série  s'évanouira  pour  une  valeur  quelconque  de  x. 

Problème.     En  supposant  la  série 

f[x)  =  «0  -|-  a^x  -\-  a^x"^  +  •  •  •  • 

convergente  pour  toute  valeur  positive,  moindre  que  la  quantité  positive  a;  on 
propose  de  trouver  la  limite  vers  laquelle  converge  la  valeur  de  la  fonction  f{x),  en 
faisant  converger  x  vers  la  limite  a. 

Théorème.     Si  l'équation  différentielle  séparée 

a  .dx  dy 


V(a  +  /?a;  +  ya;2  j^^^^j^ex^)       V(a  +  §y -\-  yy""  +  ày^  +  ^V^) 

où  a,  ^,  y,  (î,  «;   Cl  sont  des  quantités  réelles,   est  intégrable    algébriquement,   il  faut 
nécessairement  que  la  quantité  a  soit  un  nombre  rationnel. 

Problème.     Trouver  un  intégrale  algébrique  des  deux  équations  séparées: 

dx  .  V3 # 

V"(3  +  3a;2+;^)  "~  ^(3  —  3z/2  +î/M  ' 

dx .  V3  _  dy 


XXX.    ABEL  A   GRELLE 
17.)  [Christiania  15  novembre  1827.] 


Dagegen  habe  ich  die  Summe  folgender  Reihe  gefunden: 

CL  Q/^  0^ 

s^"  ^  '  ï-+^  "^  ^^"  ^^  •  1  +a,3  +  ®^"  ^^  •  1  -\-a^ 


CORRESPONDANCE    d'ABEL  65 


{a  und  (p  sind   willkurliche   réelle  Grôssen),   und  dergleichen.      Sie  lâsst  sich  durch 
elliptische  Functionen  ausdrûcken. 


XXXI.    EXTRAIT  D'UNE  LETTRE  DE  CRELLE  A  ABEL 

[Dans  une  lettre  à  Abel,  datée  du  18  mai  1828,  Crelle  s'exprime  ainsi:] 

On  commence  à  apprécier  de  plus  en  plus  vos  traveaux.  M.  Fuss^  m'écrit  de 
St.  Pétersbourg  qu'ils  lui  ont  causé  un  grand  plaisir.  M.  Gauss  de  Gôttingue,  que 
j'avais  prié  aussi  de  m'envoyer  quelque  chose  sur  les  fonctions  elliptiques  dont  il 
s'est  occupé,  m'a-t'on  dit,  depuis  plus  de  trente  ans,  m'écrit  les  lignes  suivantes: 
„D'autres  occupations  m'empêchent  pour  le  moment  de  rédiger  ces  recherches  ; 
M.  Abel  m'a  devancé,  au  moins  pour  le  tiers  de  ces  travaux.  Il  vient  justement  de 
s'engager  dans  la  voie  ou  j'ai  abouti  en  1798.  Je  n'ai  donc  pu  m'étonner  que  pour 
la  majeure  partie,  il  soit  arrivé  aux  mêmes  résultats.  Et  comme  d'autre  part  son 
exposition  témoigne  de  tant  de  pénétration  et  d'élégance,  je  me  vois  par  là  même 
dispensé  d'exposer  les  mêmes  questions".  Ce  jugement  de  M.  Gauss  m'a  fait  grand 
plaisir. 


XXXII.    ABEL  A  MADAME  HANSTEEN 

Oserai-je  vous  prier  d'avoir  l'obligeance  de  laisser  le  porteur  de  ce  billet  prendre 
la  plus  grande   des  deux   caisses   marquées  N.  A.,    garnie  d'un  couvercle,    qui  sont 
dans  la  chambre  de  Mlle  Kemp.     Mon  frère  Thomas  a  besoin  d'une  pareille  caisse 
pour  son  voyage.  — 
La  plus  grande 

Votre  affectionné 

N.  H.  Abel, 

CORRESPONDANCE   d'aBEL    —    9 


66  CORRESPONDANCE   D'ABEL 


XXXIII.    ABEL  A  MADAME  HANSTEEN 

Usine  à  gj^  de  Froland  le  lundi  [21  juillet]  1828. 

„Hélas"  *  —  par  ce  mot  fatal  commence  une  lettre  de  Crelle  que  j'ai  reçue  hier, 
datée  du  11  juillet,    et  je   dois  avouer  hélas*   que  la  lettre    m'a  beaucoup    abattu. 
„I1  n'en  sortira  rien".*  —  Un   autre   s'est  présenté,  comme   tombé   du  ciel,   qui  a 
fait   „valoir  ses   droits"*   et   qu'il  faut  inévitablement   caser  avant  que   l'on   pense 
à  moi.      Crelle  n'écrit  pas   qui   est  cet  autre,    et  je  ne   connais   personne   d'un  tel 
calibre.     Il  dit  qu'il  ne  va  pas  insister  en  ma  faveur  pour  le  moment,  parceque  cela 
me  ferait  plus   de  tort  que   de  bien,    Dieu  sait  pour   quelle    raison.     En  outre   „le 
ministre  de  l'instruction  publique"*  est  parti  et  ne  reviendra  pas  avant  8  semaines. 
—  Aussi  dit-il  que  l'on  ne  peut  me  donner  aucune  réponse  décisive  avant  le  mois 
d'octobre  de  cette  année.  —  Mais  sa  lettre  est  écrite  d'une  manière  si  décourageante 
que  j'ai  perdu  tout  espoir.    —   En  sorte  que  j'en  suis  au  même  „point"    qu'aupara- 
vant,   c'est  même  plutôt  pis,    car  j'ai  été  ridiculisé  ici,  et  je  peux  l'être  à  l'étranger 
(voyez  un  édifiant  morceau  dans  un  journal  publié  par  le  libraire  Schiwe:    „Nyeste 
skilderie  af  Christiania  og  Stokholm"**  no  1  page  6).     Je   ne  veux  pas  répondre, 
afin  de  ne  pas  prolonger  une  vilaine  affaire.     Ça  pourra  passer  maintenant  pour  un 
mensonge  de  journal  „et  enfin  le  temps  tue  tout".***  —  Quoi  qu'il  en  soit,  j'aurai 
peine  à  chercher  quelque   chose  de  plus  à  Christiania.     Je   préfère    travailler   dur 
avec  ce  que  j'ai  tant  que  ça  durera.  —  Mais  j'ai  appris  à  me  taire;  —  c'est  une 
bonne  chose.     Crelle  m'a  lavé  la  tête  au  sujet  de  mon  bavardage,   car  bien   que  je 
ne  lui  aie  pas  dit  ce   que  j'avais  dit,  je  peux  bien  voir  qu'il  est  „au  fait".***  —  Il 
m'invite  en  attendant  à  être  tout  à  fait  muet.  —  Ainsi  vous  n'avez  qu'à  dire  que 
vous  ne  savez  rien,    sinon    que  je  n'ai   jamais   reçu  aucune  offre.  —  Si  mon  frère 
*****  vient  vous  voir,  ne  lui  faites  rien  savoir,  afin    qu'il  ne  soit  pas  détourné  de 
chercher  une  position  de  précepteur.     Vous  n'allez  pas   me  reprocher  cela,   n'est  ce 
pas.  —  C'est  surtout  pour  ma  fiancée  que  cela  me  fait  de  la  peine.     Elle  est  trop 
bonne.  —  Sauf  une  petite  maladie   dont  j'ai  souffert  ici   les  premiers  jours,  je  me 
suis  très  bien  porté  chez   Crelly  ou  Christine,    et  je  travaille  assidûment.  —  Puis- 


*  En  allemand  dans  le  texte. 
'*  Dernier  tableau  de  Christiania  et  Stokholm. 
'*  En  français  dans  le  texte. 


CORRESPONDANCE    d'ABEL  67 


qu'enfin  j'ai  été  fait  pour  vous  importuner,  oserai-je  peut-être  vous  prier  de  faire 
toucher  au  Trésor  le  bon  ci-joint,  et,  je  vous  demande  pardon,  de  m'envoyer  là- 
dessus  10  spd.  en  un  billet,  et  de  me  garder  le  reste.  —  Si  vous  écrivez  sur  du 
papier  épais,  non  transparent,  ou  si  vous  y  placez  le  billet,  il  n'y  a  pas  besoin 
d'inscrire  à  l'extérieur  qu'il  y  a  de  l'argent  dedans.  Et  le  mieux  est  de  faire  une 
enveloppe  cachetée  et  de  placer  le  billet  de  banque  dans  un  autre  morceau  de 
papier  épais  qu'on  met  dans  l'enveloppe.  — 

Pour  que  le  garçon  qui  va  d'Arendal  ici  avec  la  lettre  ne  la  vole  pas,  le  mieux 
est  de  ne  pas  parler  d'argent  du  tout  à  l'extérieur.  —  Mais  ne  vous  fâchez  pas  si 
je  vous  cause  ce  dérangement.     J'ai  déjà  assez  de  peine.  — 

Il  n'est  sans  doute  pas  possible  que  j'aie  l'argent  avant  le  premier  courrier 
d'août?  mais  c'est  assez  tôt.  —  Crely  envoie  ses  compliments  empressés.  Elle  a 
écrit  par  le  dernier  courrier.  —  Je  me  conduis  ici  assez  bravement. 

De  la  très  belle  Madame  Hansteen  le  plus  misérable  chien. 

N.  H.  Abel. 

Comment  se  porte  votre  mari?  J'ai  vu  par  les  journaux  que  vous  avez  reçu 
une  lettre  datée  de  Petersbourg,  le  25  juin.  — 

Usine  de  Froland  par  Arendal. 


XXXIV.    ABEL  A  HOLMBOE 

Usine  h  (^  de  Froland  le  29  juillet  1828. 

M.  le  lecteur!  C'est  sans  doute  à  ton  retour  de  Copenhague  que  cette  lettre 
t'est  adressée,  mais  tu  n'as  pas  besoin  de  raconter  ce  que  je  t'écris.  —  II  s'agit  du 
voyage  à  Berlin.  Il  est  fichu,  et  moi  par  suite,  presque  autant.  —  Crelle  m'a  écrit, 
il  y  a  dimanche  8  jours  que  quelqu'un  „tombé  du  ciel"*  est  arrivé,  qui  voulait  faire 
valoir  ses  droits  at  qu'il  fallait  caser.  Dieu  sait  qui  c'est,  mais  n'importe,  l'animal 
a  pris  ma  place.    Il  écrit  d'ailleurs  que,  bien  que  ce   soit  douteux,    il   ne   faut    pas 


*  Vom  Himmel  gefallen,  en  allemand;  dans  le  texte. 


68  COREESPONDANCE    D'ABEL 


que  je  perde  tout  espoir,  et  que  ce  sera  possible  plus  tard.  En  octobre  j'aurai  une 
réponse  ferme.  —  Mais  tu  ne  le  diras  pas.  Rien  que  ceci,  que  je  n'ai  jamais  dû 
aller  et  n'irai  pas  à  Berlin,  ce  qui  est  conforme  à  la  vérité.  Cela  n'a  guère  plu  à 
Crelle  que  j'en  aie  parlé.  —  J'ai  reçu  une  lettre  de  Schumacher.  Mon  exécution  de 
Jacobi  est  imprimée.  J'en  rédige  une  autre  qui  doit  partir.  J'ai  fait  quelques  belles 
découvertes  dans  les  „transcendantes  elliptiques".*  —  Je  ne  sais  pas  si  je 
t'ai  dit  qu'il  est  arrivé  des  livres  pour  nous  chez  Messel^  etc.  — 

S'il  était  question  (ce  qui  est  vraisemblable  d'après  ce  que  m'a  dit  Hansteen) 
d'avoir  un  professeur  d'astronomie  à  l'Ecole  militaire,  dis  que  je  suis  probablement 
disposé  à  m'en  charger,  que  l'on  ne  doit  pas  s'arrêter  à  l'idée  que  je  partirai  pour 
Beriin,  mais  ceci  est  seulement  pour  toi.  —  Je  suis  obligé  de  regarder  autour  de 
moi  de  tous  les  côtés.  Tu  peux  si  tu  veux  m'écrire  quelques  mots  là-dessus.  Je 
partirai  d'ici  de  vendredi  en  quinze. 

Salue  les  connaissances.     Félicite  cette  brute  de  co-recteur^  et  porte  toi  bien. 

Tu  ne  m'en  voudras  pas  si  je  descends  chez  toi  pour  quelques  jours  à  mon 
arrivée  jusqu'à  ce  que  je  me  sois  trouvé  un  logement,  si  je  ne  paye  pas  cette 
lettre,  et  si  je  te  prie  de  te  charger  de  celle  ci-jointe. 

Ton 
N.  H.  Abel. 


XXXV.    ABEL  A  MADAME  HANSTEEN 

Usine  à  c^  de  Froland,  le  29  juillet  1828  par  Arendal. 

Encore  une  prière  que  je  vous  adresse,  excellente  Madame  Hansteen,  il  est 
possible  que  Thomas  soit  parti  sans  le  dire  à  Ibsen.  ^  Bon  Dieu,  faites  descendre 
la  bonne  et  qu'elle  demande  à  Ibsen  si  Thomas  reviendra,  et  s'il  ne  revient  pas, 
qu'elle  donne  congé  en  ajoutant  qu'il  sera  payé  après  mon  arrivée.  Je  vous  ai 
écrit  il  y  a  8  jours,  et  j'ai  inclus  un  bon  sur  le  Trésor  pour  les  appointements  du 
mois  de  juillet.  J'ose  peut-être  espérer  que  les  10  spd.  en  question  sont  envoyés. 
Je  n'arriverai  sans  doute  pas  à  Christiania  avant  le  milieu  d'août,  —  mais  ne  m'en 
voulez  pas  du  dérangement  que  je  vous  cause.     En  y  réfléchissant  bien,  j'aurais  pu, 


*  En  français  dans  le  texte. 


CORRESPONDANCE    d'ABEL  69 


il  est  vrai,  demander  à  Holmboe  de  le  faire.    Crely  envoie  ses  compliments.    Je  me 
porte  très  bien,  sauf  un  pouce  qui  me  fait  mal.  —  J'ai  reçu  en  cadeau  6  paires  de 

chaussettes  (de  Marie 2  et  Crely)  12 (de  Hanna  Preus)^  et  autre  chose 

de  Lina^.     Dieu  vous  donne  une  bonne  santé,  très  chère  madame. 

Votre 

N.   H.   A  BEL. 


XXXVI.    ABEL  A  MADAME  HANSTEEN 

Mes  meilleurs  compliments  à  la  très  belle  Madame  Hansteen.  Vous  avez  bien 
reçu  le  billet  avec  les  3  spd.?  Je  suis  pauvre  comme  un  rat  d'église,  n'ayant 
maintenant  pas  plus  de  1  sp.  60  /?  qu'il  faut  que  je  donne  comme  pourboire.  Je 
n'ai  d'ailleurs  pas  gaspillé  un  skilling.  —  Le  marchand  est  payé:  103  sp.  26  /?* 
qui  font  le  compte.  J'ai  reçu  une  lettre  de  Schumacher.  Mon  mémoire  est  imprimé 
et  est  parti  pour  Kônigsberg.  —  Si  vous  voyez  Elisabeth,  saluez  la  cordialement  de 
ma  part  et  de  la  paît  des  Treschow.  — 

Votre  ruiné. 

Vous  recevrez  bientôt  une  lettre  de  moi. 


XXXVII.    EXTRAIT  D'UNE  LETTRE  DE  CRELLE  A  ABEL 

[10  septembre  1828.] 

[Jacobi  écrit:]    M.  Abel  est  arrivé  par  une  voie  nouvelle,  à  ma  théorie  de  trans- 
formation,   où   je    l'avais    devancé    de    même    qu'il    m'a   devancé  sur  tant   d'autres 

points  — [Et  il  continue:]    Votre  journal  renferme   un  article  où  Abel  prouve 

que  notre  théorie  de  transformation  est  complète  et  définitive  Je  considère  cette 
démonstration  comme  un  des  plus  beaux  chef-d'œuvres  de  l'analyse.  [Legendre 
écrit:]    .  •  .  „Ge  que  VOUS   me  dites  du  jeune  Mr.  Abel  est  absolument  conforme  à 


*  Environ  570  f. 


70  CORRESPONDANCE   D'ABEL 


l'idée  que  je  m'étais  formée  de  ses  grands  talens  en  parcourant  le  cahier  de  votre 
journal  où  est  inséré  son  charmant  traité  sur  les  fonctions  elliptiques.  Mr.  Poisson 
m'a  fait  parvenir  l'année  passée  le  cahier  que  vous  lui  aviez  envoyé  peu  de  temps 
après  que  j'eus  reçu  communication  de  la  belle  découverte  de  Mr.  Jacobi  par  le 
journal  de  Mr.  Schumacher  et  par  une  lettre  de  l'auteur.  Ces  productions  de  deux 
jeunes  savans  qui  m'étaient  inconnus  jusqu'alors,  m'ont  donné  autant  d'admiration 
que  de  satisfaction.  Je  vis  par  là  que  sous  différens  rapports  ils  avaient  chacun 
de  son  côté  perfectionné  cette  théorie  dont  je  m'occupais  presque  exclusivement 
depuis  plusieurs  années,  et  que  les  mathématiciens  de  mon  pays  avaient  regardée 
avec  indifférence.  Les  découvertes  de  Jacobi  ont  plus  spécialement  attiré  mon 
attention,  car  elles  ont  un  rapport  plus  étroit  avec  mes  propres  recherches  et  les 
complètent  d'une  façon  très  satisfaisante.  J'ai  aussi  exposé  mon  opinion  à  ce  sujet 
dans  le  journal  de  M.  Schumacher  et  je  suis  maintenant  occupé  à  faire  imprimer  un 
supplément  à  mon  travail  qui  contiendra  la  démonstration  de  deux  théorèmes 
généraux  de  Jacobi,  ainsi  que  de  nouveaux  développements.  Je  me  propose  en 
outre  de  publier  un  autre  supplément  où  seraient  présentées  les  découvertes  de 
M.  Abel,  avec  celles  que  je  m'attends  à  voir  publiées  dans  la  suite  tant  par  M.  Abel 
que  par  M.  Jacobi  —    —    —    _    —    —    —    —    —    —    _    —    


XXXVIII.    ABEL  A  MADAME  HANSTEEN 

Christiania  le  22  septembre  1828. 

Vous  avez  certainement  été  un  peu  étonnée  (pour  ne  pas  employer  une  ex- 
pression plus  forte),  excellente  Madame  Hansteen,  de  ne  pas  me  voir  avant  votre 
départ,  mais  en  tout  cas  vous  n'avez  certes  pas  été  plus  étonnée  que  je  n'ai  été 
affligé  de  ne  pas  pouvoir  sortir.  J'ai  été  malade,  et  au  lit,  depuis  le  soir  où  vous 
avez  été  chez  Treschow,  jusqu'il  y  a  quelques  jours.  Maintenant,  Dieu  merci,  je 
vais  très-bien.  —  Comme  c'est  étrange,  je  ne  peux  pas  me  mettre  dans  la  tête  que 
vous  êtes  partie,  et  je  suis  souvent  sur  le  point  d'aller  chez  vous.  Je  suis  pour- 
tant presque  absolument  seul.  Je  vous  assure  que  je  ne  fréquente  littéralement  pas 
une  seule  personne.  —  Cependant  cela  ne  me  manquera  pas  tout  d'abord,    car  j'ai 


CORRESPONDANCE   D'ABEL  71 


horriblement  à  travailler  pour  le  Journal.  J'aurai  dorénavant  1  ducat  par  feuille 
d'impression.  Grelle  me  l'a  offert  de  lui-même.  Mais  il  n'en  sortira  naturellement 
pas  grand  chose,  et  ma  situation  gênée  m'a  fait  accepter.  —  Je  viens  de  recevoir 
hier  une  lettre  de  Crelle  où  il  dit  qu'il  y  a  toujours  espoir  que  je  puisse  venir  à 
Berlin,  et  que  bientôt  on  pourra  être  fixé  si  cela  aboutit  ou  non.  —  J'ai  à  vous 
offrir  les  compliments  de  la  petite  Grelly.  Elle  vous  envoie  par  ce  courrier  un  petit 
bonnet  fait  de  ses  mains,  qu'elle  vous  prie  de  recevoir  dans  l'état  où  il  est.  S'il 
n'est  pas  tout  à  fait  fini,  cela  vient  de  ce  qu'elle  a  dû  l'envoyer  ici  il  y  a  8  jours 
pour  que  vous  puissiez  l'avoir  avant  votre  départ.  Malheureusement  je  ne  l'ai  reçu 
que  mardi,  donc  trop  tard.  —  J'avais  encore  plusieurs  choses  dont  je  voulais  vous 
écrire,  mais  les  leçons  font  que  je  suis  obligé  de  m'arrêter. 

Mes  plus  cordiales  salutations  à  la  charmante  Madame  Frederichsen  ainsi  qu'à 
tous  les  anges. 

Toujours  avec  mes  vœux  pour  votre  bonheur 

N.  H.  Abel. 


Crelly  a  pour  vous  presque  autant  d'affection  que  moi. 


XXXIX.    ABEL  A  GRELLE* 
26.)  [Ghristiania  le  18  octobre  1828.] 

Je  prépare  dans  ce  moment  un  théorème  sur  les  fonctions  elliptiques,  où  j'ai 
considéré  la  théorie  de  ces  fonctions  sous  un  point  de  vue  très  général.  Ge  mémoire 
sera  divisé  en  deux  parties.  La  première  contiendra  la  solution  de  ce  problème 
général  : 

„Trouver  toutes  les  relations  possibles  entre  un  nombre  quelconque  de  fonctions 
elliptiques  qui  pourront  s'exprimer  par  une  équation  de  la  forme: 

1.  Aj/Zi  (Xi)+^2^2 {oc2)+...-\-A„nn {x„)  =  r-\-B^  log v^  +  B^ \ogv^ -{-... -]-BJogv,„; 

Xi,x^,  .  .  .  Xn,r,v^,V2,  ,  .  .  v„t   sont   supposés    d'être    des  fonctions   algébriques 


*  Cette  lettre  est  écrite  partie  en  français,  partie  en  allemand. 


72  CORRESPONDANCE    D'ABEL 


quelconques  d'un  certain  nombre  de  variables  indépendantes.    IT^,  TT^,  .  ■  .  ITn  désig- 
nent des  fonctions  elliptiques  quelconques,  c'est  à  dire  des  intégrales  de  la  forme: 


njy)  =  f  -=— 


Pu'dy 


-\-§^y-^Y^y''-\-à^y^^-e^y') 


où  P^  est  une  fonction  quelconque  rationnelle  de  y. 
Je  parviens  d'abord  à  ce  théorème  général: 

Théorème  I.  Si  une  équation  telle  que  (1)  a  lieu,  il  pourra  amver  l'un  de 
deux,  ou  une  quelconque  des  fonctions  n^{x^),  IT2{x^)  .  .  .  ITn{x„)  p.  ex.  IT^  {Xn) 
sera  exprimable  par  des  fonctions  algébriques  et  logarithmiques,  ou  on  doit  néces- 
sairement avoir: 

2    dx  dy 


où  a  est  une  constante,  v  différent  de  /u,  et  y  une  fonction  rationnelle 
de  ic." 

Une  relation  quelconque  entre  plusieurs  fonctions  elliptiques  entraine  ainsi 
nécessairement  une  relation  entre  deux  fonctions  de  la  première  espèce.  En  vertu 
de  ce  théorème  la  solution  du  problème  général  pourra  être  principalement  réduite 
à  celui  de  satisfaire  de  la  manière  la  plus  générale  à  l'équation  (2.).  Je  suis 
parvenu  à  la  solution  complète  de  ce  problème.  J'ai  trouvé  ce  résultat  qu'on  pourra 
satisfaire  à  (1)  d'une  infinité  de  manières,  a  sera  une  fonction  des  coefficiens 
«//»  ^uf  ...  a^,  /?,/••  .  et  entre  ceux-ci  il  doit  se  trouver  une  seule  relation, 
mais  qui  pourra  être  variée  d'une  infinité  de  manières. 

Voici  quelques-uns  des  résultats  les  plus  remarquables. 

2,    Soit  pour  abréger: 

a-{-  ^x  -\-yx^  +  àx^  +  ex*  =  R  , 

«'  +  ^'y  +  T'y'  -f  à'y'r\-  ^Y  =  R', 
cela  posé  si  l'équation 


Mê=«j 


dx 


CORRESPONDANCE    D  ABEL 


73 


a  lieu,  où  y  est  lié  à  x  par  une  équation  algébrique  /(a?,  î/)  =  0,  on  aura  toujours 

4-    j(Ao'  +  A,'y  +  .  .  .  A;yf^  ^  =  j  (^o  +  ^i^  +  •  •  •  +  A^7f)^^r, 

où  ^0»  ^1'  •  •  '  Af,  sont  des  constantes  quelconques  et  r  une  expression  algébrique 
et  logarithmique. 


3,    L'équation  (3.)  ayant  lieu  on  aura  toujours 

fdx    .    j^(     dx       1 
'jx'^      ]   x  —  e'  "^R 


_Jy_.^==r+A 
y  —  e'iB' 


où  l'un  des  paramètres  e'  et  e  est  arbitraire,  mais  l'autre  déterminé  par  l'équation 
f{e!,  é)  =  0,  ensorte  que  ces  quantités  sont  liées  entre  elles  par  la  même  équation 
que  y  et  x.    r  est  une  expression  connue. 

4.  Si  une  des  équations  (4.)  et  (5.)  a  lieu,  l'équation  (3.)  est  de  même  satisfaite 
en  déterminant  convenablement  le  coefficient  a. 

5.  Il  est  impossible  de  réduire  des  fonctions  de  la  forme  1{A  -\-  Bx  -\-  Cx'^):^ 
aux  fonctions  de  la  première  espèce  excepté  pour  quelques  valeurs  particulières  des 
coefficiens  dans  la  fonction  B. 

rff  1 

6.  Il  est  impossible  de  réduire  une  fonction  de  la  forme  J  ^zT^  '  ^  ^"^  ^^^^' 
tions  de  la  première  et  de  la  seconde  espèce,  excepté  pour  des  valeurs  particulières 
du  paramètre  e.  Ces  valeurs  de  e  sont  déterminées  par  l'équation  p'^—q'^.  R={x  —  e)'", 
où  m  est  entier. 

7.  Si  7^  =  ^  est  satisfaite  par  l'équation  algébrique  f{y,x)  =  0,  cette 
équation  sera  dans  tous  les  cas  résoluble  algébriquement,  en  sorte  qu'on 
en  pourra  tirer  la  valeur  de  l'une  des  quantités  x  et  y  en  l'autre  à  l'aide  de 
radicaux.  En  supposant  x  fonction  rationnelle  de  y,  en  sorte  que  ^  [y)  =  x,  on 
aura,  si  cette  équation  est  d'un  degré  impair: 

(ni  W2_  tlm  \ 

OÙ  J?i,  Qi,  P2>  S'a»  •  •  •  Ptny  Qm  sout  des  fonctions  entières  de  x,  telles  que 

CORRESPONDANCE   d'aBEL    —    10 


74  CORRESPONDANCE    d'aBEL 


«1,  «2,  .  .  .  «w»  étant  des  constantes.  Le  produit  des  exposans  rii,  n^,  .  .  .  n^  est  égal 
au  degré  de  l'équation 

(p{y)  =  x. 

Dans   la  seconde   partie   il  sera   question  des  fonctions  elliptiques    de  la  forme 

r        pdx 

I  "7= où   l'on   suppose   c   réelle    et   moindre    que   l'unité.     Tous    les 

J  /((l  -a;2)(l— c2ic2))  ^^  ^ 

résultats  aux  quels  je  parviens  dans  cette  seconde  partie,  et  qui  ne  sont  contenus 
dans  ceux  de  la  première  partie,  sont  déduits  de  la  considération  de  la  fonction 
inverse  de  la  première  espèce.    Je  désigne  cette  fonction  par  Xx  en  sorte  que 

,  dix 

dx 


V((l  — A2a;)(l  -cn'^x)) 


Cette  fonction  l  simplifie  beaucoup  la  théorie  des  fonctions  elliptiques  en  général. 
Elle  aura  des  propriétés  très  remarquables,  et  qui  ont  une  parfaite  analogie  avec 
celles  des  fonctions  circulaires,  mais  elles  sont  encore  plus  variées.  Les  suivantes 
sont  quelques-unes  des  plus  remarquables.    Nous  ferons  pour  abréger 


V(-(l_a;2)(l_c%2))  =  ^(c,a;);    |  =  j 


dx        Cl)        f      dx 


J{c,x)     2       J  J{b,x) 

0  0 


0Ù&==  V(l  — C2) 


1.  La  fonction  Xx  est  une  fonction  périodique  de  x.  Cette  propriété  est  la 
même  que  celle  de  sin  x,  mais  non  seulement  Xx,  encore  la  fonction  X  {x  V  —  1) 
est  une  fonction  périodique  de  x. 

2.  L'équation  Aic  =  0  a  une  infinité  de  racines  réelles  et  imaginaires,  savoir 
X  =^  mo) -j- nôj  "^ — 1,  m  et  n  étant  des  nombres  entiers  quelconques.  Les  racines 
de  l'équation  plus  générale  Xx  =  Xa  sont  a:  =  (—  l)'"a  -f-  wzw  -\-  nàJ  V —  1. 

3.  La  fonction  Xx  pourra  être  décomposé  en  une  infinité  de  facteurs,  et  en 
une  infinité  de  fractions  partielles,  p.  ex. 


+  00  +00 

—  =y   y  ■ 

Xx        ^-^m  '  ^-/n    X  -\-  mai  -f-  ^wi 


(-!)« 


Xx 


+  00  +00 

7*  2j^  ■  Zj 


(-1)" 


n    X  -\-  moj  -|-  (n  -j-  ^)  ùii 


COERESPONDANCE    d'ABEL  75 

4.  Les  propriétés  de  la  fonction  ho  sont  intinnément  liées  à  l'équation 
^2 —  ^2  i^  _  yi^  (1  _  c2^2)  :^  0 ,  où  i?  et  g-  sont  des  fonctions  entières  de  y.  En 
effet  si  l'on  désigne  par  A^j,  IB^.  .  .  XB^  les  racines  de  cette  équation,  on  aura,  en 
supposant  quelques-unes  de  ces  racines  variables: 

Const.  =  A  (±^1  ±02  ±^3  ±  •  •  •  ±^^) 

en   déterminant  convenablement   les  signes  des  quantités  B^,  B^,  B^  .  .  .  B^. 

5.  On  pourra  exprimer  X{B^  -\-  B^ -{-...  B^)  en  fonction  rationnelle  de 
XB^,  XB^,  ...XB^,J  {c,  XBi),  .  .  .  J{c,  XBfi)  quelles  que  soient  les  quantités  B^,  B^,...  B^ 

6.  Pour  que  deux  fonctions  J  ^-^  •  •  •  J  j^^  ,  où  c  et  c  sont  moindres 
que  l'unité  de  même  que  x  et  y,  puissent  être  réduites  indéfiniment  l'une  à  l'autre, 
il  faut  qu'on  ait  entre  les  fonctions  complètes  cette  relation: 


f     dx        r      dx      f     dx        r 


dx 
m  ' 


J  {c,  x) 

'0  0  ô 

où  w  et  n  sont  des  nombres  entiers  quelconques,  et  h'  =  V(l  —  c"^).  Si  cette  équa- 
tion est  satisfaite,  on  pourra  toujours  déterminer  y  algébriquement  et  même 
rationnellement  en  x  de  la  sorte  que  J  j^-^  =  a  ^  ^J  y)  '  ®^  ^^  ^^^  ^^"^  constante 
dont  la  valeur  dépend  de  celle  du  module  c. 

7.     Si   l'on   suppose   réductibles   l'une  à  l'autre  deux  fonctions  de  la  première 
espèce 

fdx  f      dy 

J{c,x)"'  ]  J{c\y)' 

où  c  est  moindre  que  l'unité  et  c  réelle  ou  imaginaire,  toutes  les  valeurs  de  c, 
propres  à  satisfaire  à  cette  condition,  seront  données  par  les  deux  formules: 

4        i_d  i_53  i_^5  4  8     li:i!.lii_'î!.LiJl..., 


où  d  =  TT   (  U  V  —  1  —V.—), 


iit  et  V  étant  des  nombres  rationnels  quelconques. 


76  CORKESPONDANCE    D'ABEL 


Il  est  à  remarquer  que  si  l'on  fait  /u  =  0,  v  =  1,  on  aura  : 


^-_l-(î      1-(Î3 


1   +^      1   +(Î3 

Ces   formules    donneront   donc   le    module  c  et  son  complément  h  en   fonctions   de 


7t. 


Je  passe  sous   silence  un  grand  nombre  d'autres  propriétés  tant  des  fonctions 
de  la  première  espèce  que  de  celles  de  la  seconde  et  de  la  troisième  espèce. 


Ich  werde  ein  Theorem  iiber  die  Gleichungen  hersetzen,  das  Sie  fur  das  Journal 
benutzen  kônnen  wenn  Sie  woUen. 

Théorème   sur  les  équations. 

Soient  x^,  x^,  .  .  .  Xn  un  nombre  quelconque  de  quantités  inconnues,  et 
(p{x^,  x^,  .  .  .  Xn)  une  fonction  entière  de  ces  quantités  du  degré  m,  m  étant  un 
nombre  premier  quelconque.  Si  l'on  pose  entre  Xi,  x^,  .  .  .  x  les  n  équations 
suivantes: 

9?  {x^,  x^,  Xs  .  , ,  x„)  =  0,     (p  [x^,  iCg,  x^  ,  .  .  Xn,  x^)  =  0; 

q>  (arg,  x^,  .  .  .  Xn,  x^,  x^)  =  0,     .  .  .  q,  [x^,  x^,  x^,  .  .  .  Xn-i)  =  0 

on  en  pourra  en  général  éliminer  les  w  —  1  quantités  et  Tune  quelconque  d'entre 
elles  X  sera  ainsi  déterminée  â  l'aide  d'une  équation  du  degré  m~.  Il  est  claii'  que 
le  premier  membre  de  cette  équation  sera  divisible  par  la  fonction  du  degré 
m:  q)  {x,  X,  X  .  .  .  x).  On  aura  donc  une  équation  en  x  du  degré  m" —  m.  —  Gela 
posé  je  dis  que  cette  équation  sera  decomposable  en  ^"""^  équations,  chaqu'ne 
du  degré  m,  et  dont  les  coefficiens  seront  déterminés  à  l'aide  d'une  équa- 
tion du  degré  ~  "^  .  En  supposant  connues  les  racines  de  cette  équation  chaqu'une 
des  équations  du  degré  m  sera  résoluble  algébriquement.  — 

Ainsi  par  ex.  si  l'on  suppose  n  =  2,  m  =  3  on  aura  en  x  une  équation  du 
degré  3^  —  3  =  6.     Cette   équation  du  sixième  degi'é  sera  par  conséquent  résoluble 


CORRESPONDANCE    D'ABEL  77 


algébriquement  car  en  vertu  du  théorème,  on  pourra  la  décomposer  en  trois  équa- 
tions du  second  degré.  Pareillement  si  l'on  cherche  les  valeurs  inégales  de  x^,x^,x^ 
propres  à  satisfaire  aux  équations 


a-\-hx^-\-  cx\  a  -{-hx^-\-  cxl  a  -}-  bx^ -\-  cx\ 

a-\-§x,        '    ^3-        cc-Y^x,    -''    ^1-        a  +  §x,    - 


on  aura  pour  déterminer  x^,x^,x^  une  équation  du  sixième  degré  mais  qui  sera 
decomposable  en  deux  équations  du  troisième  degré,  les  coefficiens  de  ces  équations 
étant  déterminés  par  une  équation  du  second  degré.  — 

Dièses  Theorem  ist  vielleicht  nicht  ohne  Interesse,  aber  das  folgende  ist  besser: 

Si  trois  racines  d'une  équation  quelconque  irréductible  d'un  degré  marqué  par  un 
nombre  premier  sont  liées  entre  elles  de  la  manière  que  l'on  pourra  exprimer 
l'une  de  ces  racines  rationellement  en  les  deux  autres,  l'équation  en  question 
sera  toujours  résoluble  à  l'aide  de  radicaux. 

und  noch  dièses  als  specieller  Fall: 

Si  deux  racines  d'une  équation  irréductible  dont  le  degré  est  un  nombre 
premier  ont  entre  elles  un  tel  rapport  qu'on  pourra  exprimer  l'une  rationellement 
en  l'autre,  cette  équation  sera  toujours  résoluble  à  l'aide  de  radicaux. 

Dièse  Théorème  gelten  nicht  wenn  der  Grad  der  Gleichung  nicht  durch  eine 
Primzahl  ausgedrûckt  ist.  Wollen  Sie  nicht  aile  drei  Théorème  aufnehmen  so 
empfehle  ich  die  beiden  letzen  (sic). 

Kônnen  Sie  so  bitte  ich  Sie  nochmals  sehr  die  in  meinem  letzen  (sic)  Briefe  sich 
befindenden  Abhandlungen  ins  vierte  Heft  beide  drucken  zu  lassen.  Es  ist  mir  sehr 
darum  zu  thun.  — 

Ich  bin  stets  der  Ihrige 

Abel. 


XL.    LEGENDRE  A  ABEL 

•Paris  le  25  octobre  1828. 

Monsieur,  j'ai    reçu  et  lu  avec    beaucoup    de  plaisir   la  lettre  fort  intéressante 

que  vous  m'avez  adressée  en  date  du  3  de  ce  mois.    Je  vous  félicite  bien  cordiale- 


78  CORRESPONDANCE    D'ABEL 


ment  des  grands  succès  que  vous  avez  obtenus  dans  vos  travaux  sur  la  théorie 
des  fonctions  elliptiques.  J'avais  déjà  connaissance  des  beaux  mémoires  que  vous 
avez  publiés  dans  les  journaux  de  M.  M.  Crelle  et  Schumacher;  les  nouveaux  détails 
que  vous  voulez  bien  me  donner  sur  la  suite  de  vos  recherches,  augmentent  encore, 
s'il  est  possible,  les  titres  que  vous  avez  acquis  à  l'estime  des  savans  et  surtout  à 
la  mienne.  En  rendant  justice,  comme  je  le  dois,  au  mérite  de  vos  découvertes,  je 
ne  puis  me  défendre  du  sentiment  d'orgueil  qui  m'associe  en  quelque  sorte  à  vos 
triomphes  et  à  ceux  de  votre  digne  émule,  M.  Jacohi,  puisque  c'est  en  grande  partie 
par  l'étude  de  mes  ouvrages  que  vous  avez  eu  occasion  l'un  et  l'autre  de  développer 
les  grands  talens  que  la  nature  vous  a  départis.  Dans  une  de  ses  dernières  lettres, 
M.  Jacohi  s'exprime  en  ces  termes  sur  votre  mémoire  imprimé  dans  le  n°  138  du 
journal  de  M.  Schumacher-. 

"Ce  n'^  contient  une  déduction  rigoureuse  des  théorèmes  de  transformation 
dont  le  défaut  s'était  fait  sentir  dans  mes  annonces  sur  le  même  objet.  Elle  est 
au-dessus  de  mes  éloges,  comme  elle  est  au-dessus  de  mes  travaux." 

Un  pareil  aveu,  exprimé  avec  tant  de  candeur,  est  aussi  honorable  pour 
M.  Jacohi  que  pour  vous.  Vous  serez  sans  doute  dignes  l'un  de  l'autre  par  la 
noblesse   de  vos  sentimens  et  par  la  justice  que  vous  vous  rendrez  réciproquement. 

Je  voudrais  bien  Monsieur,  pouvoir  vous  offrir  un  exemplaire  de  mon  traité  des 
fonctions  elliptiques  en  deux  volumes  in  4°  qui  a  paru  en  janvier  1827  et  qui  con- 
tient un  bon  nombre  de  choses  qui  ne  sont  pas  dans  les  Exerc.  d.  Gale.  int.  Mais 
la  difficulté  est  de  vous  faire  passer  cet  exemplaire  avec  sûreté.  Je  ne  vous  appren- 
drai rien  dans  cet  ouvrage;  c'est  au  contraire  sur  vous  deux.  Messieurs,  que  je 
compte  pour  l'enrichir  de  beaucoup  de  découvertes  précieuses  auxquelles  je  ne  serais 
jamais  parvenu  par  mes  propres  travaux;  car  j'ai  atteint  un  âge  où  le  travail  devient 
bien  difficile  ou  même  impossible. 

La  fin  de  votre  lettre  me  confond  par  la  généralité  que  vous  avez  su  donner 
à  vos  recherches  sur  les  fonctions  elliptiques,  et  même  sur  des  fonctions  plus  com- 
pliquées. Il  me  tarde  beaucoup  de  voir  les  méthodes  qui  vous  ont  conduit  à  de  si 
beaux  résultats;  je  ne  sais  si  je  pourrais  les  comprendre,  mais  ce  qu'il  y  a  de  sûr, 
c'est  que  je  n'ai  aucune  idée  des  moyens  que  vous  avez  pu  employer  pour  vaincre 
de  pareilles  difficultés.     Quelle  tête  que  celle  d'un  jeune  Norvégien! 

Une  partie  de  ce  que  vous  dites  sur  les  transformations  m'est  déjà  connue,  et 
se  trouve  développée  dans  mon  premier   supplément;    mais  dans  le  reste  la  sphère 


CORRESPONDANCE    D'ABEL  79 


de  vos  connaissances  est  beaucoup  plus  étendue  que  la  mienne,  et  il  me  resterait 
surtout  à  éclaircir  ce  qui  concerne  les  transformations  imaginaires,  sur  quoi  j'attends 
un  ouvrage  de  200  pag.  in  4°  que  doit  publier  M.  Jacobi  et  dont  l'impression  est 
déjà  commencée.  Peut-être  n'êtes  vous  pas  à  portée  maintenant  de  publier  un  sem- 
blable ouvrage  qui  contienne  l'ensemble  de  vos  découvertes;  il  nous  intéresserait 
beaucoup,  Monsieur.  J'espère  que  vous  nous  en  dédomagerez  par  de  nouvelles 
publications  dans  les  journaux  de  Mrs.  Crelle  et  Schumacher,  en  donnant  la  démon- 
stration de  vos  théorèmes. 

Il  y  a  un  point  intéressant  à  mes  yeux  où  vous  ne  semblez  pas  vous  accorder 
entièrement  avec  M.  Jacobi.  Dans  le  cas  où  n  est  un  nombre  premier,  M.  Jacobi 
dit  que  l'équation  modulaire  entre  ce  que  vous  appelez  Cj  et  c  est  du  degré  n  -^  \, 
et  il  donne  pag.  193  du  3  Vol.  de  M.  Crelle,  l'expression  en  série  des  n  -f- 1  racines 
dont  deux  sont  réelles  et  les  n  —  \  autres  imaginaires.  Cela  semble  s'accorder 
avec  les  résultats  connus  pour  les  cas  de  w  =  3  et  n  =  5,  où  l'équation  dont  il 
s'agit  est  du  4^«  et  du  6^^  degré.  Vous,  Monsieur,  Vous  annoncez  que  le  nombre 
des  modules  est  six  fois  plus  grand.  Il  y  aurait  donc  36  modules  c^  dans  le  cas 
de  n  =  h,  et  cependant  l'équation  modulaire  n'est  que  du  6"^®  degré.  C'est  une 
difficulté  que  je  vous  soumets  et  sur  laquelle  je  vous  demandrais  deux  mots  d'éclair- 
cissemens,  quand  vous  aurez  occasion  de  m'écrire,  ou  que  vous  pourriez  insérer 
dans  le  prochain  mémoire  que  vous  destinez  au  journal  de  M.  Crelle. 

Agréez,  Monsieur,  l'expression  de  mes  sentimens  les  plus  distingués. 

Le  Gendre. 


XLI.    ABEL  A  MADAME  HANSTEEN 

[Christiania  novembre  1828]. 

[elle  a  tout  de  même  un  peu  d'affection]  pour  moi  si  je  ne  me  trompe.  Je  n'ai 
peut-être  pas  été  tout  à  fait  envers  elle  comme  j'aurais  dû,  mais  maintenant  nous 
sommes  d'accord  et  nous  nous  entendons  bien  ensemble.  —  Je  me  suis  beaucoup 
corrigé,  et  j'espère  qu'un  jour  nous  vivrons  heureux  ensemble.  Mais  quand  cet 
heureux  moment  viendra-t-il,  je  ne  sais.  Pourvu  qu'il  ne  soit  pas  trop  éloigné. 
Cela  me  fait  de  la  peine  pour  ma  Crelly  qui  sera  obligée  de   travailler  si  dur.  — 


80  CORRESPONDANCE   d'ABEL 


Elle  vous  envoie  ses  compliments  sincères  et  désirerait  vivement  voir  quelques  lignes 
de  vous.  Vous  ne  pouvez  croire  combien  elle  en  serait  ravie,  car  elle  y  tient  beau- 
coup. —  Je  lui  ai  écrit  il  y  a  quelques  jours,  et  lui  ai  envoyé  votre  salut,  elle 
pourra  voir  que  vous  ne  l'avez  pas  oubliée.  —  Mais,  Madame  Hansteen,  ne  vous 
désolez  pas  qu'elle  ait  travaillé  pour  vous,  elle  ne  l'a  pas  fait  pour  vous  témoigner 
faiblement  qu'elle  désirait  reconnaître  votre  bonté.  Du  moins  ce  n'était  pas  la  raison 
principale.  Vous  savez  que  l'affection  bien  souvent  s'exprime  par  des  bagatelles. 
Elle  voulait  vous  témoigner  la  sienne,  et  rien  ne  pourrait  lui  faire  plus  de  plaisir 
que  de  savoir  que  cela  vous  aurait  causé  un  petit  plaissir,  si  petit  soit-il.  —  Cela 
me  fait  de  la  peine  que  vous  ne  soyez  pas  là-bas  dans  la  meilleure  humeur.  Je 
peux  comprendre  que  bien  des  choses  vous  émeuvent,  et  puis,  ce  qui  vous  inquiète 
surtout,  c'est  l'absence  de  Hansteen.  C'est  bien  naturel,  mais  pensez  combien  vous 
serez  heureuse  dans  un  temps  qui  ne  sera  pas  très  long.  On  croit  bien  facilement 
ce  que  l'on  désire,  et  vous,  chère  Madame  Hansteen,  vous  avez  toute  vraisemblance 
de  votre  côté.    Combien  n'en  ont  pas  fait  autant  et    —   —  —  — — 

l'affaire  de  Blytt^  sans  doute  ira  bien.  J'en  suis  toujours  à  400  spd.  et  je  suis  dans 
les  dettes  jusqu'au  cou,  mais  je  m'en  suis  tout  de  même  un  peu  dégagé.  En  atten- 
dant ma  précédente  hôtesse  „la  Reine"  n'a  pas  reçu  un  skilling  et  je  lui  dois  82  spd. 
—  A  la  Banque  j'ai  réussi  à  diminuer  jusqu'à  160  et  chez  le  marchand  de  drap  de  45 
à  20.  En  outre  je  dois  au  cordonnier,  au  tailleur  et  au  restaurateur,  mais  d'ailleurs 
je  n'emprunte  pas.  Mais  il  ne  faut  pas  vous  apitoyer  sur  moi  pour  cela.  Je  m'en 
tirerai  bien.  — 

En  fait  d'„histoires  de  brigands"*  je  n'ai  rien  à  vous  raconter.  Par  contre  il  est 
très  véritable  qu'un  fils  de  l'échevin  ******  est  en  prison  pour  vol,  et,  qui  pis  est, 
pour  effraction  chez  le  prof.  Bugge.  —  Il  a  pris  son  argent  et  a  cassé  un  carreau 
pour  entrer.  Dans  le  genre  comique,  je  dirai  qu'un  pasteur  s'est  fait  peindre  en 
grand  costume  avec  sa  fiancée  sur  ses  genoux.  — 

Il  faut  encore  que  je  vous  raconte  quelque  chose.  Je  me  suis  senti  récem- 
ment fort  orgueilleux  à  propos  de  quelques  lettres  que  j'ai  reçues  de  l'étranger. 
Je  vais  vous  en  citer  quelques  passages,  parceque  vous  savez  bien  que  ce  n'est  pas 
pour  faire  le   fier.     Vous  vous   rappelez   peut-être    un    mathématicien   du    nom   de 


*  Râuber  Geschichten. 


COERESPONDANCE   d'ABEL  81 


Jacobi,  qui  m'a  devancé,  et  aussi  un  mémoire  que  j'ai  envoyé  à  Schumacher  au 
printemps.  Ce  mémoire  a  eu  du  succès.  Jacobi  a  dit  dans  une  lettre  à  Crelle: 
„Je  tiens  ce  mémoire  pour  un  des  plus  beaux  chefs-d'œuvre  des  mathématiques."* 
Le  célèbre  mathématicien  Legendre,  de  Paris,  a  dit  aussi  dans  une  lettre  à  Crelle: 
Ce  que  vous  dites  Monsieur,  du  jeune  M.  Abel  s'accorde  parfaitement  avec  l'idée 
que  j'avais  conçue  de  ses  grands  talens  par  la  lecture  de  ses  beaux  travaux.**  Et 
plus  loin  „Ces  productions  de  deux  jeunes  savans  qui  m'étaient  jusque-là  inconnus 
m'ont  causé  autant  de  surprise  que  de  satisfaction"  ....  11  ajoute  ensuite  qu'il  a 
parlé  des  découvertes  que  j'ai  faites,  dans  un  supplément  qu'il  a  écrit  pour  un  de 
ses  ouvrages  sur  le  même  sujet.  —  Lorsque  j'eus  reçu  la  lettre  où  Crelle  cite  ce  qui 
précède,  je  me  suis  mis  aussitôt  au  travail  pour  écrire  à  Legendre  une  lettre  conte- 
nant plusieurs  choses  nouvelles.  Il  m'a  répondu  il  y  a  quelques  jours  par  une 
lettre  extrêmement  flatteuse.     Je  vais  en  citer  quelques  passages. 

„Je  vous  félicite  bien  cordialement  des  grands  succès  que  vous  avez  obtenus 
„dans  vos  travaux;  j'avais  déjà  connaissanse  des  beaux  mémoires,  que  vous  avez 
„pubiiés  dans  les  journaux  de  MM.  Crelle  et  Schumacher;  les  nouveaux  détails  que 
„vous  voulez  bien  me  donner  sur  la  suite  de  vos  recherches  augmente  encore,  s'il 
„est  possible,  les  titres  que  vous  avez  acquis  à  l'estime  des  savans  et  surtout  à  la 
„mienne.  En  rendant  justice  comme  je  le  dois  au  mérite  de  vos  découvertes,  je 
„ne  puis  me  défendre  du  sentiment  d'orgueil  qui  m'associe  en  quelque  sorte  à  vos 
„triomphes  et  à  ceux  de  votre  digne  Emule  M.  Jacobi,  puisque  c'est  en  grande 
„partie  par  l'étude  de  mes  ouvrages  que  vous  avez  eu  l'occasion  l'un  et  l'autre 
„de  développer  les  grands  talens  que  la  nature  vous  a  départis.  —  Ailleurs  il  dit: 
„La  fin  de  votre  lettre  me  confond  par  la  généralité  que  vous  avez  su  donner  à  vos 
«recherches;  il  me  tarde  beaucoup  de  voir  les  méthodes  qui  vous  ont  conduit  à  de  si 
„beaux  résultats;  je  ne  sais  si  je  pourrai  les  comprendre,  mais  ce  qu'il  y  a  de  sur, 
„c'est  que  je  n'ai  aucune  idée  des  moyens  que  vous  avez  pu  employer  pour  vaincre 
„de  pareilles  difficultés;  Quelle  tête  que  celle  d'un  jeune  Norvégien!"  Et  bien  d'autres 
jolies   choses.     Il  cite  aussi   quelques   mots   d'une  lettre  de   Jacobi,  adressée  à  lui, 

Jacobi  a  dit   notamment  sur  le    mémoire    que  j'ai  envoyé  à  Schumacher " 

„Elle  est  au  dessus  de  mes  éloges  comme  elle  est  au  dessus  de  mes  travaux." 


*   Ich  halte  dièse  Abhandlung  ftir  eine  der  schOnsten  Meisterwerke  der  Mathematik. 
**    Cette  citation  et  toutes  les  suivantes  sont  en  français  dans  le  texte. 

CORRESPONDANCE   d'aBEL    —    11 


82  CORRESPONDANCE    D'ABEL 


Pour  être  tout  à  fait  véridique,  j'ai  cité  ce  qui  précède  en  partie  pour  me  faire 
un  peu  valoir,  et  en  partie  parceque  je  crois  que  cela  vous  fera  plaisir,  excellente 
Madame  Hansteen,  de  voir  quel  succès  j'obtiens,  puisque  vous  prenez  tant  de  part 
à  tout  ce  qui  m'arrive.  —  Mais  il  ne  faut  pas  le  prendre  pour  une  vantardise. 

Je  vous  prie  de  présenter  mes  compliments  les  plus  sincères  à  votre  aimable 
famille,  qui  m'est  si  chère.  Je  serai  extrêmement  heureux  d'apprendre  que  vous 
vous  portez  tous  bien.  — 

Adieu  chère,  excellente  Madame  Hansteen,  et  croyez  moi  si  je  dis  que  je  suis, 
avec  le  dévouement  et  le  respect  les  plus  profonds 

votre 
Abel. 


XLII.    ABEL  A  LEGENDRE* 

Christiania  le  25  novembre  1828. 
Monsieur,  la  lettre  que  vous  avez  bien  voulu  m'addresser  en  date  du  25  Octobre 
m'a  causé  la  plus  vive  joie.  Je  compte  parmi  les  moments  les  plus  heureux  de  ma 
vie  celui  où  j'ai  vu  mes  essais  mériter  l'attention  de  l'un  des  plus  grands  géomètres 
de  nôtre  siècle.  Cela  a  porté  au  plus  haut  degré  mon  zèle  pour  mes  études. 
Je  les  continuerai  avec  ardeur,  mais  si  je  serai  assez  heureux  pour  faire  quelques 
découvertes,  je  les  attribuerai  à  Vous  plutôt  qu'à  moi,  car  certainement  je  n'aurai 
rien  fait  sans  avoir  été  guidé  par  vos  lumières.  — 

J'accepte  avec  reconnaissance  l'exemplaire  de  vôtre  traité  des  fonctions  ellip- 
tiques que  vous  voulez  bien  m'offrir.  Je  vous  prie  de  me  le  faire  passer  sous 
l'addresse  suivante: 

M.  M.  les  libraires  Messel,  Keyser  &  Co.  à  Christiania. 

L'exemplaire  doit  être  remis  à  M.  M.  Schubart  et  Heideloff,  Quai 

malaquai  No.  1  à  Paris. 

Je  m'empresserai    de  vous    donner   les   éclaircissements  que  vous   m'avez  [fait] 

l'honneur   de    me    demander.     Lorsque  je   dis    que    le    nombre    de    transformations 

différentes  correspondantes  à  un  nombre  premier  n  e[s]t  6  [n  +  1)  j'entends  par  cela 


*  Cette  lettre  est  en  français. 


CORRESPONDANCE    D  ABEL 


83 


qu'on   peut   trouver  6  (n  + 1)   valeurs  différentes  pour  le  module  c'   en   supposant 

l'équation  différentielle  ... 

dy  dx^ 

yj'JX^y'^)  (1  —  c'27/2)  ~  ^  •  V  (1  —  a;2)  (1  —  c2  x"^) 

en  mettant  pour  y  une  fonction  rationnelle  de  la  forme 

A(^  -[-  A^x  -\-  A^x^  4- .  .  .  -|-  Aa?" 
^~~  B,-{-B^x-{-B^x^-\-.  .  .  +  BnX^' 

C'est  cela  qui  a  en  effet  lieu,  mais  parmi  les  valeurs  de  c'  il  y  en  aura  un  nombre 
de  n-\-l  qui  réponde  à  la  forme  suivante  de  y: 

A^x  -\-  A^x^  +  A^x^  -f  .  .  .  +  ^n^?** 

y  ~~     1+B^X-^+B^X^^.    .    .B^-^Xn-l 

Ce  sont  ces  7^  +  1  modules  dont  parle  M.  Jacobi.  Ils  sont  en  effet  racines  d'une 
même  équation  du  degré  n-\-\.  Ces  n-{-\  valeurs  étant  supposées  connues  il 
est  facil[e]  d'avoir  les  5(/i  +  l)  autres.  En  effet  en  effet  (sic)  en  désignant  par  c' 
un  quelconque  des  modules  on  aura  encore  ceux-ci: 


1  +  vc^y    /i-v-c'\     n  +  i-c 

auquelles  (sic)  repondent  les  valeurs  suivantes  de  y: 


1 4-  y  _  c'    l±y'S  —  G' 


1  _  y  _  c'    1  +  î/'  y  _  c' 

ce  qui  est  facil[e]  de  vérifier  en  faisant  la  substitution  dans  l'équation  différentielle. 
—  Toutes  les  6(m  +  1)  valeurs  du  module  c'  sont  différentes  entre  elles  excepté 
pour  quelques  valeurs  particulières  de  c.  —  Dans  ce  qui  précède  n  est  supposé  impair 
et  plus  grand  que  l'unité.  Si  w  est  égal  à  deux  c'  aura  encore  6(n  +  1)  =  18 
valeurs  différentes.    De  ces  18  valeurs  il  y  aura  six  qui  repondent  à  une  valeur  de 

y  de  la  forme 

_  a-\-hx^ 
^~  a'-\-b'x^ 


84  CORRESPONDANCE   D'ABEL 


ce  sont: 


y^^L^l        1  ±  yi  —  C2         c_±Vc2  — 1 


II  y  en  aura  quatre  qui  repondent  à  une  valeur  de  y  de  la  forme  2/  =-  ^    ,    .    2 

X  "Y"  DOC 


c'  =  ^/  —  ^ ,     ^  ,         ;        y  =  {i  ±c)  3— -,    etc. 

Enfin  pour  les  huit  autres  modules  ?/  aura  la  forme 

A  +  Bx-}-  Cx^ 
^'  A  —  Bx-{-Cx^' 

Ces  huit  modules  sont 

1  ±  c  ±  V"27?c 

1  ±  c  +  VIT? 

J'ai  donné  des  develloppemens  plus  étendus  sur  cet  objet  dans  un  mémoire 
imprimé  dans  le  cahier  4^  Tom  II  du  journal  de  M.  Crelle.  Peut-être  vous  en 
avez  déjà  connaissance. 

Les  fonctions  elliptiques  jouissent  d'une  certaine  propriété  bien  remarquable  et 
que  je  crois  nouvelle,  savoir  si  l'on  fait  pour  abréger 


Jx=^±}/{i  —  x^)  (1  —  c^x^)  ; 

tx^  dx 


on  aura  toujours: 

w  [Xi)  +  ^(^2)  -\-  .  .  .-\-  ài{Xfi)=C 

Wq{x^)  -\-  Wo{^^)+  .  .  .  +  WoM=  C-^p, 
où  p  est  algébrique 


C0KRE8P0NDANCE    d'ABEL  85 


si  l'on  suppose  les  variables  x.^,  x^  .  .  .  Xfi  liées  entre  elles  de  la  manière  à  satis- 
faire à  une  équation  de  la  forme: 

{fxY  —  {(pxY  .  (1  —  x^)  (1  —  c^x^)  =  A,{x^  —  a;2)  {x^  —  x^) ,  ,  ,  (aj2  _ x^^); 

fx  et  cfx  étant  deux  fonctions  entières  quelconques  de  l'indéterminé  x,  mais 
dont  l'une  est  paire  et  l'autre  impaire.  Cette  propriété  me  parait  d'autant  plus 
remarquable  qu'elle  appartiendra  à  toute  fonction  trancendante  (sic) 

„,  ,        r  dx 

J  1 


(1-fJ) 


Jx 


en  supposant  {JxY  une  fonction  entière  quelconque  de  x'^.  J'en  ai  donné  la  démon- 
stration dans  un  petit  mémoire  inséré  dans  le  cahier  4®  du  Tom:  III  du  journal  de 
M.  Grelle.  —  Vous  verrez  que  rien  n'est  plus  simple  que  d'établir  cette  propriété 
générale.  Elle  m'a  été  fort  utile  dans  mes  recherches  sur  les  fonctions  elliptiques. 
En  effet  j'ai  fondé  sur  elle  toute  la  théorie  de  ces  fonctions.  —  Les  circonstances  ne 
me  permettent  point  de  publier  un  ouvrage  de  quelque  étendue  que  j'ai  composé 
depuis  peu,  car  ici  je  ne  trouverai  personne  qui  fera  l'imprimer  à  ses  frais.  C'est 
pourquoi  j'en  ai  fait  un  extrait  qui  doit  paraitre  dans  le  journal  de  M.  Crelle.  La  pre- 
mière partie,  dans  la  quelle  j'ai  considéré  les  fonctions  elliptiques  en  général  doit 
paraitre  dans  le  cahier  prochain.  Il  me  serait  infiniment  intéressant  de  savoir  votre 
jugement  sur  ma  méthode.  Je  me  suis  surtout  attaché  à  donner  de  la  généralité  à  mes 
recherches.  Je  ne  sais  si  j'ai  pu  y  réussir.  —  La  seconde  partie  qui  succédera  inces- 
sament  la  première  traitera  principalement  les  fonctions  avec  des  modules  réels  et 
moindres  que  l'unité.  C'est  surtout  la  fonction  inverse  de  la  première  espèce  qui 
est  l'objet  de  mes  recherches  dans  cette  seconde  partie.  Cette  fonction,  dont  j'ai 
démontré  quelques'unes  des  propriétés  les  plus  simples  dans  „mes  recherches  sur  les 
fonctions  elliptiques"  est  d'un  usage  infini  dans  la  théorie  des  fonctions  elliptiques 
en  général.  Elle  facilite  à  un  degré  inespéré  la  théorie  de  la  transformation.  Un 
premier  essai  sur  cet  objet  est  contenu  dans  le  mémoire  inséré  dans  le  No.  138  du 
journal  de  M.  Schumacher,  mais  je  puis  maintenant  rendre  cette  théorie  beaucoup 
plus  simple.  — 

La  théorie   des   fonctions  elliptiques    m'a  conduit  à  considérer  deux   nouvelles 
fonctions  qui  j[o]uissent  de  plusieurs  propriétés  remarquables.     Si  l'on  fait 

y  =  l{x). 


86  CORRESPONDANCE    d'ABEL 


OU 

dy 


V(l_2/2)(l_c2^2) 


X{x)  sera  la  fonction  inverse  de  la  1ère  espèce.  J'ai  trouvé  qu'on  peut  peut  (sic) 
développer  cette  fonction  de  la  manière  suivante: 

^^^       1  +  B^x^  +  B^x^  +  B^x^  +  .  .  .  ' 

où  le  numérateur  et  le  dénominateur  sont  des  séries  toujours  convergentes 
quellesque  soient  les  valeurs  de  la  variable  x  et  du  module  c,  réelles  ou  imagi- 
naires. Les  coefficiens  A-^,  A^,  .  .  .  B^,  B^  .  .  .  sont  des  fonctions  entières  de  c^. 
Si  l'on  fait 

ç)X  =  X  -{-  A^x^  -\-  A^x^  +  .  .  .  ; 

/ir  =  1  +  B,x^  +  B,x^  +  .  .  .  , 

ç'X  et  fx  sont  les  deux  fonctions  en  question.  Elle[s]  auront  la  propriété  exprimée 
par  les  deux  équations 

g){x-}-y).(p{x—  ij)  =  {(px.fvY  —  {(py  .  fxY  ; 

f{^-Vy)-f{^  —  y)  =  if^'  fyY  —  c^  (y^ .  cpyY 

où  a;  et  î/  sont  des  quantités  quelconques.  On  pourra  représenter  ces  fonctions 
de  beaucoup  de  manières,  par  exemple  on  a: 

(p\x''A=A.e<'='\^\nx.{\—^(ios%c.(i^^q^){X—'2>cos'^x.q^-\^ 
9r)[a;H=J.'.e«'«'.(e*  — e^)  (l  —  p^  .  e^^)  (l  —2^2^-2*)  (j  _^4g2x)  (1  _pi.e-2x) .... 

fU  ^j  =5.e«^'(l  —  2  cos  2ii; .  g  +  2^)  (1  —  2 cos ar .  g8  +  $6) .  •  • . 

f\^~\  =B' .  e«'«''  (1  —pe-^")  (1  -^e2x)  (1  —p5e-2x)  (1  —pSe^x) .... 


71 n 


OÙ  A,  A',  B,  B',  a,  a'  sont  des  quantités  indépendantes  de  x;  q=^e    *"     ,   p^=e 

-^  et  -g    enfin    sont   les   fonctions    complettes    correspondantes    aux    modules 

i  =  >T^:r^  et  c.  — 


CORRESPONDANCE    D'ABEL  87 


Il  y  a  outre  les  fonctions  elliptiques  deux  autres  branches  de  l'analyse  dont 
je  me  suis  beaucoup  occupé,  savoir  la  théorie  de  l'intégration  des  formules  différen- 
tielles algébriques  et  la  théorie  des  équations.  A  l'aide  d'une  méthode  particulière 
je  suis  parvenu  à  beaucoup  de  résultats  nouveaux,  qui  sont  surtout  très  généraux. 
Je  suis  parti  du  problème  suivant  dans  la  théorie  de  l'intégration: 

„Etant  proposé  un  nombre  quelconque  d'intégrales  .  .  .  jydx,  ^y^dx,  jy^dx  etc. 
où  ^,  ^1,  î/g,  .  .  .  sont  des  fonctions  algébriques  quelconques  de  x,  trouver  entre 
elles  toutes  les  relations  possibles,  qui  pourront  s'exprimer  par  des  fonctions  algé- 
briques et  logarithmiques." 

J'ai  trouvé  d'abord  qu'une  relation  quelconque  doit  avoir  la  forme  suivante: 

Ajydx-\-A^jyidx-{-A^^y^dx-{-...  =  u-j-B^\ogv^-{-B^logv^  -f- . . . . 

où  A,  A^,  A^,  .  .  .  ;  Bj^  etc.  sont  des  constantes  et  u^  Vi,  v^,  ...  des  fonctions 
algébriques  de  x.  Ce  théorème  facilite  extrêmement  la  solution  du  problème, 
mais  le  plus  important  est  le  suivant: 

„Si  une  intégrale  lydx  où  y  est  hé  à  x  par  une  équation  algébrique  quel- 
conque pourra  s'exprimer  d'une  manière  quelconque  explicitement  ou  impli- 
ci  te  ment  à  l'aide  [de]  fonctions  algébriques  et  logarithmiques  on  pourra  toujours 
supposer  : 

ly  dx  =  u  +  A^Xogv,  -\-  A^\ogv^  +  .  .  .  J^  A^  log  v,, 

où  A^,  A^,  .  .  .  sont  des  constantes  et  u,  v^,  v^,  .  .  .  v„,  des  fonctions  ratio- 
nelles  de  x  et  ?/".  — 

Par  ex  :   si  ?/  =  -=  où  r  et  R  sont  des  fonctions  rationelles  on  doit  avoir  dans 

tous  les  cas  où    ~~  est  intégrable  : 

\'^-=P  V^  +  A,  log  ff^±^^)  +  A,  log  (i2A±îim  + 

où  p,  Pi,  Pi,  .  .  .  Qi,  q^,  .  .  .  sont  des  fonctions  rationelles  de  x.  — 

J'ai  réduit  de  cette  manière  au  plus  petit  nombre  possible  les  fonctions  transcen- 
dantes contenues  dans  l'expression. . . . 


1 


7'dx 

m 


88  CORRESPONDANCE    D'ABEL 


OÙ    R  est   une    fonction   entière    et  r  une  fonction  rationelle.      J'ai  découvert  de 
même  des  propriétés  générales  de  ces  fonctions.     Savoir: 

Soit  2h'  Pif  Ih'  '  '  •  Pm-i  des  fonctions  entières  quelconques  d'une  quantité 
indéterminée  x,  et  regardons  les  coefficiens  des  puissances  de  x  dans  ces  fonctions 
comme  des  variables.  Soit  de  même  a^,  «S  a^,  .  .  .  a*"-^  les  racines  de  l'équa- 
tion a*"  =  1,  m  étant  premier  ou  non,  et  faisons 

A  -?_  wi— 1 

Cela  posé  en  formant  le  produit: 

V  sera  comme  vous  voyez  une  fonction  entière  de  x.    Maintenant  si  l'on  désigne 
par  Xi,  x^,  .  .  .  Xfi  les  racines  de  l'équation   T  ==- 0,  la  fonction  transcendante 

/•         dx 
J  {x  —  a)R"* 

où  —  <  1  et  a  une  quantité  quelconque  aura  la  propriété  suivante: 

V'(^i)  + V^(^2)  +  .  "  +  4fM 

=  C+  -^  [log  (s'o)  +  «"  log  {s\)  +  a2«  log  {s',)  +  .  .  .  +  a''«-*^"  log  [s'm-i)) 
OÙ  (7  est  une  constante  et 

-'■''>*0'l'   •   •   •        m— 1 

les  valeurs  qu'obtiendront  respectivement  les  fonctions 

-^f    ^0'    ^l>  •  '  •  ^w— 1 

en  écrivant  simplement  a  au  lieu  de  x. 

Rien  n'est  plus  facil[e]  que  la  démonstration  de  ce  théorème.  Je  la  donnerai 
dans  un  de  mes  mémoires  prochains  dans  le  journal  de  M.  Grelle.  Un  corrollaire 
bien  remarquable  du  théorème  précédent  est: 

)7-dx  .  -Il 

— ^    où  r  est  une  fonction  quelconque  entière  de  x  dont 
R^ 

le  degré  est  moindre  que  —  v  —  i   où  v  est  le    degré  de  R,  la  fonction   w  {x)    est 

telle  que 

<^(^i)  +  ^(^2)  +  •••"]"  <^{^f')  ^^  à  une  constante. 


CORRESPONDANCE    d'ABEL  89 


Si  par  ex:  m  =  2,  n  =  1,  y  =  4  on  aura  r  =  1,    donc 

^(^)=Jy^     et     w{x,)i-w{x,)-\-...  +  w{Xf.)  =  a 

C'est  le  cas  des  fonctions  elliptiques  de  la  1ère  espèce. 

Les  belles  applications  que  vous  avez  donné  des  fonctions  elliptiques  à  l'inté- 
gration des  formules  différentielles  m'ont  engagé  à  considérer  un  problème  très 
général  à  cet  égard  savoir 

Trouver  s'il  est  possible  d'exprimer  une  intégrale  de  la  forme  l  ydx  où  y  est 
une  fonction  algébrique  quelconque  par  des  fonctions  algébriques,  logarithmiques 
et  elliptiques  de  la  manière  suivante: 

J  ydx  =  fonction  algébrique  (x,  log ^i,  log  v^,  log  v^,  .  .  .  77,  [z^),  n^{z^),  n^  {z^),  .  .  .) 

^i>  ^2»  ^3»  •  •  •  '^1»  ^2»  '^3>  •  •  •  étant  des  fonctions  algébriques  de  x  les  plus  générales 
possibles,  et  77i,  U^,  etc.  désignant  des  fonctions  elliptiques  quelconques  en 
nombre  fini.  J'ai  fait  le  premier  pas  vers  la  solution  de  ce  problème  en  démontrant 
le  théorème  suivant: 

„S'il  est  possible  d'exprimer  l  y  dx  comme  on  vient  de  dire  on  pourra  toujours 
„donner  à  son  expression  la  forme  suivante: 

,,lydx^t-]-A^\o^t^-^A^\o^U-\-...^B^n,{y,)^B^n^{y^)^B^n^{y^)-\-.... 

„où  t,  t^,  t^,  .  .  .  y^,  î/g,  y^-  .  .  .  sont  toutes  des  fonctions  rationnelles  de  x  et  y, 
mais  en  conservant  à  la  fonction  y   toute  sa  généralité  j'ai   été  arrêté   là  par  des 
difficultés  qui  surpassent  mes  forces  et  que  je  ne  vaincra[i]  jamais.    Je  me  suis  donc 
contenter  (sic)    quelques  cas  particuliers,    surtout   de   celui   où    y   est  de  la   forme 
y=  où  r  et  R  sont   deux   fonctions  rationnelles  quelconques  de  x.     C'est  déjà  très 

général.    J'ai  reconnu  qu'on  pourra  mettre  l'intégrale     :;;=  sous  cette  forme: 


l7f-'^  +  --(*^  +  --(|^) 


+ 


•  ■•-{-B,n,  {y,)  +  B,  n,  {y,)  -\-  B,  n,  (y,)  +  .  .  . 

où  toutes  les  quantités  y^,  y2,  y^,  -  .  .  P,  p',  p",  .  ■  .    sont  des  fonctions  ratio- 
nelles  de  la  variable  x.  — 

J'ai  démontré  ce  théorème  dans  le  mémoire  sur  les  fonctions  elliptiques  qui  va 
être   imprimé   dans  le  journal    de    M.  Crelle.     Il  m'a  été  extr[êm]ement   utile  pour 

CORRESPONDANCE    d'aBEL    —     \-2 


90  CORRESPONDANCE    d'ABEL 


donner  la  généralité  la  plus  grande  possible  à  la  théorie  de  la  transformation. 
Savoir  j'ai  non  seulement  comparer  (sic)  entre  elles  deux  fonctions  mais  un  nombre 
quelconque  de  fonctions.     Je  suis  conduit  à  ce  résultat  remarquable: 

Si  l'on  a  entre  un  nombre  quelconque  de  fonctions  elliptiques  des  trois  espèces 
avec  les  modules  c,  c',  c",  c'",  .  .  .  une  relation  quelconque  de  la  forme 

An{x)-{-  A'  n,  [x^]  +  A"  772  {x,)  +  A'"  H,  (0^3)  +  ...  +  ^(-)  /7„  {x„)=v, 

où  x^,  x^,  x^,  .  .  .  Xn  sont  des  variables,  liées  entre  elles  par  un  nombre  quelconque 
d'équation[s]  algébriques,  et  v  une  expression  algébrique  et  logarithmique,  alors  les 
modules  c',  c",  c'",  .  .  .  doivent  être  tels  qu'on  puisse  satisfaire  aux  équations: 

dx  ,  dx'  ,,  daf' 

■  a'.  ==a".  —  =  etc. 


en  mettant  pour  x',  x",  x'"  .  .  .  des  fonctions  rationnelles  de  a;;  a',  a",  .  .  .  étant 
des  constantes.  Ce  théorème  ramène  la  théorie  générale  des  fonctions  elliptiques 
à  celle  de  la  transformation  d'une  fonction  en  une  autre.  — 

Ne  serez  pas  fâché  Monsieur  !  parceque  j'ai  osé  vous  communiquer  encore  une  fois 
quelques'unes  de  mes  découvertes.  Si  vous  me  permetterez  de  vous  écrire  je  désire- 
rais bien  de  vous  communiquer  un  bon  nombre  d'autres  tant  sur  les  fonctions 
elliptiques  et  des  fonctions  plus  générales  que  sur  la  théorie  des  équations 
algébriques.  J'ai  été  assez  heureux  pour  trouver  une  règle  sure  à  l'aide  delaquelle 
on  pourra  reconnaitre  si  une  équation  quelconque  proposée  est  résoluble  à  l'aide 
de  radicaux  ou  non.  Un  con-oUaire  de  ma  théorie  est  qu'il  est  impossible 
de  résoudre  les  équations  générales  supérieures  au  quatrième  degré.  — 

Agréez  Monsie[u]r  l'expression  de  mon  plus  profond  respect 

Votre  serviteur 

N.  H.  Abel. 

Il  me  tarde  beaucoup  de  connaitre  l'ouvrage  de  M.  Jacobi.  Il  doit  s'y  trouver 
des  choses  merveilleuses.  Certainement  M.  Jacobi  va  perfectionner  à  un  degré 
inespéré  non  seulement  la  théorie  des  fonctions  elliptiques  mais  encore  les  mathe- 
mathiques  en  général.    Je  l'estime  on  ne  peut  plus.  — 


COREESPONDANCE    d'ABEL  91 


XLIII.    LEGENDRE  A  ABEL 

Paris  le  16  janvier  1829. 

Monsieur,  j'ai  remis  à  la  maison  Schubart,  que  vous  m'avez  indiquée,  un 
exemplaire  de  mon  traité  qu'elle  s'est  chargée  de  vous  transmettre  avec  le  premier 
supplément  qui  commence  le  tome  III;  il  est  en  route  maintenant,  et  ne  tardera 
pas  à  vous  parvenir.  Je  vous  l'offre  comme  un  hommage  bien  dû  à  vos  travaux; 
ils  ajoutent  beaucoup  de  prix  aux  miens,  surtout  lorsque  j'aurai  pu  en  faire  entrer 
une  partie  dans  les  autres  supplémens  que  je  me  propose  de  publier  successivement, 
si  le  ciel  m'accorde  encore  quelques  années  d'existence.  J'ai  trouvé  dans  votre 
lettre  du  25  novembre  beaucoup  de  choses  qui  m'intéressent  au  plus  haut  degré, 
et  dont  une  partie  se  trouve  déjà  insérée  dans  le  journal  de  Mr.  Crelle.  Vous  y 
développez  d'une  manière  très  satisfaisante  et  très  générale  la  question  du  nombre 
des  modules  dans  lesquels  peut  être  transformé  un  module,  sur  laquelle  je  vous 
avais  demandé  des  éclaircissemens.  Mais  le  mémoire  imprimé  sous  le  n°  30  ayant 
pour  titre  Remarques  sur  quelques  propriétés  générales  etc.  me  paraît  surpasser  tout 
ce  que  vous  avez  publié  jusqu'à  présent  par  la  profondeur  de  l'analyse  qui  y  règne, 
ainsi  que  par  la  beauté  et  la  généralité  des  résultats.  Ce  mémoire  occupe  peu  de 
place,  mais  il  contient  un  grand  nombre  de  choses;  il  est  rédigé  en  général  avec 
beaucoup  d'élégance  et  de  concision;  s'il  eût  pu  être  plus  développé,  j'aurais  préféré 
que  vous  eussiez  suivi  un  ordre  inverse  en  finissant  par  les  cas  les  plus  généraux. 
Quoi  qu'il  en  soit  je  ne  puis  que  vous  féliciter  d'avoir  entrepris  de  vaincre  de 
pareilles  difficultés  et  surtout  d'y  avoir  si  bien  réussi  ;  car  quoique  je  n'aie  pas  pu 
me  livrer  au  travail  nécessaire  pour  vérifier  tous  vos  résultats,  d'autant  qu'un  pareil 
travail  surpasse  les  forces  d'un  vieillard  presqu'octogénaire,  cependant  je  les  ai  assez 
examinés  pour  être  persuadé  qu'ils  sont  parfaitement  exacts. 

L'article  de  votre  lettre  où  vous  me  communiquez  quelques  résultats  de  vos 
recherches  sur  le  développement  de  la  fonction  inverse  Xx  en  série,  à  l'aide  des 
deux  fonctions  (px  et  fx  dont  vous  faites  connaître  plusieurs  belles  propriétés;  cet 
article  dis-je,  a  beaucoup  de  rapport  avec  ce  que  M.  Jacohi  a  publié  sur  les  fonc- 
tions qu'il  appelle  0{q,  x),  H  [q,  x)  (voy.  le  n°  27  du  journal  de  M.  Schumacher  an 
1828),  et  qui  lui  ont  servi  à  sommer  d'une  manière  fort  élégante,  un  grand  nombre 
de  séries.     Au  moyen  de  la  fonction  6{q,  x),  M.  Jacohi  est  parvenu  à  exprimer  par 

une  formule   très  simple   la  fonction  de  troisième  espèce  f  j-. — ,„  .  -^  •  ,   ,  >     dont 
r  .  '  J  (1  —  «''  sm*  a  sin*  y)  ^f 


92  CORRESPONDANCE    d'ABEL 


le  paramètre  —  k^.s'm^  a  se  rapporte  à  la  forme  que  j'ai  appelée  logarithmique,  en 
opposition  à  l'autre  forme  cot^  a  ou  —  1  +  ^'^  sin^  a  que  j'ai  nommée  circulaire. 
Ainsi  les  fonctions  de  la  troisième  espèce  à  paramètre  logarithmique,  sont  suscep- 
tibles d'être  réduites  en  tables,  comme  les  fonctions  de  la  l""®  et  de  la  2*^®  espèce, 
puisqu'elles  ne  dépendent  que  de  la  fonction  0{q,x)  à  deux  quantités  seulement. 
Ce  résultat  de  M.  Jacohi,  me  paraît  une  découverte  majeure  dans  la  théorie  des 
fonctions  elliptiques  de  la  troisième  espèce  surtout  si  on  pouvait  en  trouver  un 
semblable  pour  les  autres  fonctions  de  cette  espèce  à  paramètre  circulaire.  M.  Jacohi 
a  avancé  que  la  chose  était  possible,  mais  quand  j'ai  voulu  faire  le  calcul,  c'est-à-dire 
supposer  a  ou  x  imaginaire  dans  la  quantité  \ .  log  ^|^~^| ,  j'ai  vu  que  j'étais 
conduit  inévitablement  à  une  fonction  de  trois  quantités.  En  effet  c'est  une  règle 
générale  dans  l'analyse  que  si  dans  une  fonction  de  plusieurs  quantités  réelles  vous 
mettez  l'imaginaire  r  (cos  0  -f  V  —  1  sin  0),  à  la  place  d'une  des  variables  ou  cont 
stantes  de  la  fonction,  votre  fonction  contiendra  un  élément  de  plus.  Le  calcul  don- 
je  viens  de  parler,  n'a  donc  pas  rempU  mon  but,  ni  celui  que  M.  Jacohi  annonçait; 
j'en  ai  pu  seulement  tirer  avec  assez  de  facihté  les  théorèmes  de  transformation,  et 
les  expressions  de  la  fonction  complète  que  j'avais  précédemment  données  dans  le 
chap.  XXIII  de  mon  traité  Tom.  I. 

Mais  de  là  naît  une  difficulté  sur  la  division  générale  des  fonctions  elliptiques. 
Admettrons-nous  cette  différence  énorme  entre  les  fonctions  de  S'"^  espèce  à  para- 
mètre logarithmique  et  les  fonctions  à  paramètre  circulaire,  savoir  que  les  premières 
peuvent  s'exprimer  par  une  fonction  de  deux  variables,  facilement  réductible  en 
table,  et  que  les  autres  ne  le  peuvent  pas?  Il  y  aurait  donc  par  le  fait  quatre 
espèces  de  fonctions  elliptiques  au  lieu  de  trois,  et  la  quatrième  serait  bien  plus 
composée  que  la  troisième.  C'est  un  point  qui  mérite  d'être  examiné  et  mis  au 
clair.     Je  le  recommande  à  votre  investigation  et  à  celle  de  M.  Jacohi. 

Vous  m'annoncez,  Monsieur,  un  très  beau  travail  sur  les  équations  algébriques, 
qui  a  pour  objet  de  donner  la  résolution  de  toute  équation  numérique  proposée, 
lorsqu'elle  peut  être  développée  en  radicaux,  et  de  déclarer  insoluble  sous  ce  rapport, 
toute  équation  qui  ne  satisferait  pas  aux  conditions  exigées;  d'où  résulte  comme 
conséquence  nécessaire  que  la  résolution  générale  des  équations  au  delà  du  quatrième 
degré,  est  impossible.  Je  vous  invite  à  publier  le  plutôt  que  vouz  pourrez,  cette 
nouvelle  théorie;  elle  vous  fera  beaucoup  d'honneur,  et  sera  généralement  regardée 
comme  la  plus  grande  découverte  qui  restait  à  faire  dans  l'analyse. 


CORRESPONDANCE    d'ABEL  93 


Adieu,  Monsieur,  vous  êtes  heureux  par  vos  succès,  dans  les  objets  de  vos 
travaux,  je  désire  que  vous  le  soyez  encore  par  une  position  sociale,  qui  vous 
permette  de  vous  livrer  tout  entier  aux  inspirations  de  votre  génie, 

Votre  dévoué  serviteur 
Le  Gendre. 

P.  S.  J'ai  reçu  il  y  a  quelque  temps  une  lettre  de  M.  Humboldt  dans  laquelle 
il  me  marque  que  le  ministre  de  l'institution  (!)  publique  à  Berlin  a  reçu  du  roi 
l'autorisation  de  former  un  séminaire  pour  l'étude  des  hautes  mathématiques  et  de 
la  physique,  dans  lequel  vous  serez  appelé  comme  professeur  avec  M.  Jacohi. 


XLIV.     CRELLE  A  ABEL 

Berlin  d.  8  April  1829. 

Nun  mein  lieber,  theurer  Freund  kann  ich  Ihnen  gute  Nachricht  geben.  Das 
Ministerium  des  Unterrichts  hat  beschlossen,  Sie  nach  Berlin  zu  berufen 
und  hier  anzustellen.  Ich  hôre  es  diesen  Augenblick  von  demjenigen  Herrn 
im  Ministerio,  in  dessen  Hânden  Ihre  Sache  ist.  Es  ist  also  daran  kein  Zweifel. 
Wie  man  Sie  anstellen  und  wieviel  man  Ihnen  geben  w^ird,  kann  ich  Ihnen  noch 
nicht  sagen,  weil  ich  es  selbst  noch  nicht  weiss.  Ich  sprach  jenen  Herrn  in  einer 
grossen  Versammlung  und  nur  im  Fluge,  daher  erfuhr  ich  fur  den  Augenblick  noch 
nichts  weiter.  So  bald  ich  etwas  nâheres  hôre,  melde  ich  es  Ihnen  sogleich.  Ich 
habe  nur  eilen  wollen,  Ihnen  zuerst  die  Hauptsache  zu  melden;  Sie  kônnen  iibri- 
gens  sicher  sein,  dass  Sie  in  guten  Hânden  sind.  Uber  Ihre  Zukunft  kônnen  Sie  jetzt 
ganz  beruhigt  sein.  Sie  sind  der  Unsrige  und  sind  in  Sicherheit.  Ich  habe  mich 
erfreut,  als  wenn  mir  das  Erwtinschte  selbst  geschehen  wâre.  Es  hat  nicht  wenig 
Mûhe  gekostet,  aber  es  ist  Gottlob!  gelungen.  Wem  Sie  vorziiglich  verpflichtet 
sind,  das  werde  ich  Ihnen  sagen,  wenn  ich  Sie  hier  sehe.  Sie  kônnen  sich  nur 
immer  zur  Reise  vorbereiten,  damit  Sie  sogleich  abreisen  wenn  Sie  die  officielle 
Aufforderung  bekommen.  Bis  dahin  aber,  ich  bitte  wiederum  sehr  dringend, 
sagen  Sie  Niemanden  von  der  gegenwârtigen  Nachricht  vor  dem 
Ereigniss  selbst.  Die  officielle  Nachricht  muss  in  sehr  Kurzem,  in  einigen 
Wochen,  nachkommen. 


94  CORRESPONDANCE    D'ABEL 


Vor  allem  machen  Sie  nun  dass  Sie  gesund  werden  und  der  Himmel  gebe 
dass  dieser  Brief  Sie  auf  der  Besserung  antreffe.  Ich  schrieb  Ihnen  zuletzt  am 
27sten  v.  M.  Ich  bitte,  antworten  Sie  mir  auf  den  gegenwârtigen  Brief  auf  der 
S  te  lie,  wenn  es  auch  nur  ein  Paar  Worte  sind.  Seien  Sie  guten  Muths  und 
beruhigen  Sie  sich  vôllig.  Sie  kommen  in  ein  gutes  Land,  in  ein  besseres  Glima, 
der  Wissenschaft  nâher  und  zu  aufrichtigen  Freunden,  die  Sie  schâtzen  und  lieben. 
Antworten  Sie  mir  ja  umgehend  und  behalten  Sie  lieb 

Ihren 

ergebensten 

Grelle. 


APPENDICE 


LETTEES  EELATIVES  A  ABEL 


LETTRES  RELATIVES  A  ABEL 


XLV.    DEGEN  A  HANSTEEN 

S.  T.    M.  le  Prof.  Hansteen  à  \ 

l'Université  de  Fred.  en  Norvège  / 

Cop.  21  mai  1821 


[Cette  partie  de  la  lettre  ne  concerne  pas  Abel.] 

Quant  à  l'habile  M.  Abel,  je  présenterai  son  mémoire  avec  plaisir  à  la  Soc. 
roy.  des  Se.  Il  montre,  même  si  le  but  n'était  pas  atteint,  un  cerveau  exceptionnel 
et  des  connaissances  rares,  surtout  à  son  âge.  Cependant  je  dois  y  ajouter  cette 
condition,  qui  est  une  prière:  que  M.  A.  envoie  une  exposition  plus  développée 
de  son  résultat,  en  même  temps  qu'un  exemple  numérique,  pris  par  ex.  sur  une 
équation  comme  celle  ci  :  x^  —  '2,x^  -j-  Sx"^  —  4a;  -]-  5  =  0.  Ce  sera,  j'en  suis  convaincu, 
un  très  nécessaire  lapis  lydius*  pour  lui-même,  car  on  sait  ce  qui  est  arrivé  à 
Meier  Hirsch  ^  avec  son  £VQr]y.a  ;  item,  comme  la  dernière  partie  du  mém.  qui  m'est 
communiqué  ne  serait  pas  très  lisible  pour  la  plupart  des  membres  de  la  Soc,  je 
dois  en  demander  une  seconde  copie.  Je  voudrais  à  ce  sujet  exprimer  le  vœu  que 
le  temps  et  la  vigueur  d'esprit  consacrés  par  un  cerveau  comme  celui  de  M.  A.  à 
un  objet  à  mes  yeux  plutôt  stérile,  soient  employés  à  un  sujet  dont  le  développement 
aura  les  conséquences  les  plus  importantes   pour   toute    l'analyse  et  son  application 


*  pierre  de  touche. 

CORRESPONDANCE   d'aBEL    —    13 


98 


LETTRES   RELATIVES    A    ABEL 


aux  recherches  mécaniques,  je  veux  dire  les  transcendantes  elliptiques.  Avec 
des  dispositions  convenables  pour  des  recherches  de  ce  genre,  un  penseur  sérieux 
ne  s'en  tiendra  certainement  pas  aux  nombreuses  et  belles  propriétés  de  ces  fonc- 
tions déjà  très  remarquables  par  elles-mêmes,  mais  il  découvrira  des  détroits  de 
Magellan  vers  de  grandes  parties  d'un  seul  et  même  immense  Océan  analytique. 
Ainsi  j'ai  découvert  il  y  a  quelque  temps  l'intégration  suivante: 

On  a  n  quantités  variables  u,  v,  x,  y,  z  .  .  .    w 

et     n  —  1    constantes   données  ...  a,  l,  c,  d   .    .  .       k 

plus  une  constante  arbitraire  ...  A 

Soit  F  une  function  de  n  —  1  quantités,  telle  que 


F{v,  x,y,g  . .  .)  =  }l  A  sin^v  sin^a?  sin^i/  sin^^' ...     ±1 


±  1 


•■  etc.  etc. 


+  lorsque  n  est  pair 
impair 


F(u,  x,y,z...)=z'^A  sin^wsin^a:  sin^y  sin^^ 

{ 

l'équation  différentielle 

F{v,x ).du-\-  F{u,x,y  .  .  .  .).dv  -\-  F{u,v,y  .  .  .).dx-{-  +. 

-\-  F  {u,  V,  X,  y  .  .  .)  .  do)  =  0  .... 

sera  satisfaite  par  l'intégrale  suivante  très  simple: 

cos.u  .  cos.v  .  cos.x  .  .  .  cos.w  +  cos.a  .  cos.6  .  cos.c  .  .  .  cos.k 
^=  F  {a,  b,  c  .  .  .  k)  .  sin  u  .  sin  V  .  sin  X  .  .  .  .  sin  (o  .  .  .  . 


(A) 


(B) 


D'où  il  suit  comme  simple  corollaire,  que  si  l'on  fait   n  =  %  u  =  ip,  v  =  w,  et 
l'unique  quantité  donnée  a  =  a,  l'équation  diff.  devient: 


F{v).  du  +  F{u).  dv  =  0 
du 


ou 


du     .     dv         _  .    , 

+  rTTT  ^  ^  . ,  c.  a.  d. 


+ 


F{u)   f   F{v) 
dv 


yi  +  ^sin^it       ii-j-Asin^v 
vous  obtenez  alors  l'intégrale  bien  connue  d'Euler: 


0 


cos.î//  .  cos.w  +  cos.a  =  sin  ip.sin  w.yi  -\-  A  sin^a. 


LETTRES  RELATIVES  A  ABEL  99 


Si  vous  comparez  ensuite  avec  ce  que  Lagrange  a  montré  dans  sa  Th.  d.  fonct.  anal, 
(p.  80,  n.  79  &  sqq),  vous  voyez  tout  de  suite  que  de  même,  des  équations  telles  que  : 

Pdu  ,  Qdv , 


ia^  §u-\-  yu^  +  ôu^  -\-  eu^        Va  +  /?v  +  yv^  -f  âv^  +  ev^ 

V  a  +  /?a;  +  yaj2  _|_  jj^^a  _|.  ^x^ 

et  d'autres  encore  plus  compliquées  doivent  pouvoir  être  intégrées,  où  non  seulement 
P,  Q,  E  .  .  .  mais  aussi  les  quantités  sous  V  dans  les  dénominateurs  sont  des 
fonctions  rationnelles  de  u,  v,  x . . .  puisque  ces  radicaux  peuvent  être  mis  sous  la 
forme  plus  simple:  ^^ -\- î]X^ -\- dxJ ,  d'où  ensuite  on  peut  obtenir  par  une  subst. 
facile  ^1  -\-  Asin'^ç),  en  sorte  qu'inversement,  de  VI  +  ^  sin^çp,  on  doit  obtenir 
par  la  subst.  inverse  i  1^ -{- r]x'^ -\- 6x^  ;  par  suite,  des  formes  plus  compliquées 
VI  +  ^  sin^^  sin^i//  sin^w  ...  on  tire  des  expressions  où  u,  v,  x,  .  .  .  se  mêlent 
entre  eux  et  donnent 

Sur  les  éq.  de  degré  supérieur  (pour  revenir  au  sujet  de  M.  A.),  on  peut  bien 
trouver  quelques  jolies  particularités,  mais  qui  ne  promettent  que  peu  de  profit  pour 
l'application.  Voici  un  exemple:  Avec  4  nombres  quelconques  on  forme  l'éq.  sui- 
vante du  6"^^  degré: 

,   ,   3a    ,    ,   3a2  +  2&    ,    ,   a  {a''  4- m    ,    ,   ac -\-  2a2&  -\- h^  —  M    , 
^^  +  ^  ^^  H f —  ^'  +  -^ — ^ — -  ^^  H j^ ^' 

_.    a  [ac  -\-h'^  —  ^d)         a^d  —  ahc  -{-  c^ „ 

+  32  ^  64  ~  " 

dont  les  racines  soient  désignées  par:  Xj  Xjj  x^^  Xjy  Xy  et  Xy^,  en  sorte  que  x  re- 
présente chacune  de  ces  6  racines.     Si  à  x»  on  fait  alors  correspondre 

_  ,  l/T_  4^xl  +  Saxi-\-%Xn  +  c] 
^"--rL  4^«+a  J' 

on  a  pour  rr„  ±  y„  douze  valeurs,  mais  elles  sont  égales  entre  elles  3  par  3,  en  sorte 


100  LETTRES  RELATIVES  A  ABEL 


qu'au  fond  il  ne  se  trouve  que  quatre  valeurs    différentes   de   la  somme  et  de  la 
différence,  c.  à.  d.  que  l'on  trouve  pour  deux  seulement  des  racines 

Xn-\-  yn=  ^     et     Xn  —  ?/„=«;    et  pour  les  autres 

Xn  +  yn  —  B      et      a;«  —  2/„  =  §. 

Vous  pouvez  vous  convaincre  par  des  vérifications  faciles  de  l'exactitude  de 
cette  proposition.  Et  si  M.  A.  peut  la  déduire  dans  sa  généralité  de  ses  recherches 
sur  les  éq.  du  6"^®  degré,  je  croirai  qu'il  a  gagné  la  partie. 

Dans  l'anal,  indét.  je  suis  parvenu  à  la  résol.  en  nombres  entiers  d'éq.  expon. 
de  la  forme: 

a*  =  a?  (mod.  w) ;  ap  +  ?*^^  +  g'a;;  a'^^x'^', 

et  en  général  a*  =  hx^  -+-  ex;  mais  je  n'ai  pas  été  plus  loin  pour  le  moment. 
Ex.  (mod  52):    Ti^^  +  eai*  =  135  _^  624rr;  ^^  =  682;  gioo  =  iqq2  etc. 

(mod.  53)  238  =  33.  352550  =  3559  ;  gaeas  =  26382  etc. 

[Viennent  ensuite  un  certain  nombre  d'exemples  numériques  et  des  calculs  sur  le  même  sujet, 
puis  est  ajouté  en  marge  de  la  lettre  :] 

Dans  ces  matières,  et  d'autres,  s'ouvre  un  vaste  champ  pour  les  méditations  de 
votre  habile  élève. 

Ua^oQia,  commise  par  mon  collègue,  malgré  sa  présence  d'esprit  habituelle, 
m'a  privé  d'une  grande  joie.  Retiré  à  ce  moment  dans  la  solitude  près  du  cimetière 
Assist.  K.  G.,*  j'ai  appris  trop  tard  votre  départ.  Gela  m'a  fait  beaucoup  de  peine, 
vous  n'en  douterez  pas.  Pourvu  que  je  ne  me  rende  pas  coupable  maintenant 
d'une  aussi  vilaine  aporie  envers  le  bon  Abel!  Car  je  me  rappelle  fort  bien  ce 
que  dit  Lucien: 

TtoXXa  (paiverai  rjfiiv  twv  evTtOQwv  à-rtoça  xai  tù)v  i^txrwv  avscpLXta? 


*  Assistentskirkegaard  (Cimetière  auxiliaire)  près  de  la  Nerregade  actuelle. 


LETTRES    RELATIVES    A    ABEL  101 


Si  ma  bonne  étoile  vous  amène    encore   à   la   ville   d'Axel,*  j'ose   espérer  que 

vous  n'oublierez  pas  un  frère  en  Apollon  qui  vous  est  dévoué  avec   la   plus  sincère 

déférence 

Votre  respectueux 

C.  F.  Degen 

demeurant  store  Kannikestrœde  no.  17,  l^""  étage. 

Je  vous  prie  de  présenter  mes  salutations   amicales    à    mes    anciens    opposants 

M.  le  Prof.  Rasmussen    (à   ma   sont,  de   thèse)    et   M.  le  Prof.  Kaiser   (à   la  vente 

de  Bugge). 

XLVI.    SCHUMACHER  A  HANSTEEN 

Abel's  Aufsatz  will  ich  nicht  abdrucken.  Er  bat  vergessen  dass  der  Mond  a  u  c  h 
den  Mittelpunct  der  Erde  anzieht,  und  dass  bier  also  nicbt  die  absolute  Anziebung 
des  Pendels  oder  Lothes  vom  Monde,  sondern  nur  die  Differenz  dieser  Anziebung 
von  der  Anziebung  des  Mittelpuncts  der  Erde  in  Betracbtung  kommt.  Dadurcb 
werden  die  von  ibm  berecbneten  Wiirkungen  60  Mal  geringer,  oder  ganz  unbe- 
deutend.  Nacb  seinen  Formeln  musste  die  Sonne  das  Lotb  um  mebrere  Minuten 
ablenken.     Also  zu  seiner  Ebre  nicbts  mebr  davon! 

Altona  1824  Aug.  2.  In  Eile 

Ibr 
Schumacher. 


XLVII.    SMITH  A  HOLMBOE 

J'ai  le  cbagrin  de  vous  annoncer  que  M.   le  docent  Niels  Abel   est  mort  hier 
cbez  moi  après  12  semaines  de  maladre. 

Respecteusement 
S.  T.  monsieur  Sivert  Smith. 

le  lecteur  Holmboe 

à  Christiania. 


*  Copenhague,  fondée  par  Absalon  („Axel")  evêque  de  Roskilde,  au  Xllème  Siècle. 


102  LETTRES  RELATIVES  A  ABEL 


XLVIII.    GRELLE  A  HOLMBOE 

Ew.  Wohlgeboren  danke  ich  ergebenst  fiir  die  leider  nur  zu  traunge  Nachricht 
von  dem  Tode  meines  hochverehrten  Freundes  Abel.  Ich  habe  die  Nachricht  zuerst 
vor  einigen  Tagen  durch  die  Giite  des  Herrn  Professer  Maschmann  erhalten. 
Herrn  Abels  Verlust  ist  unersetzlich  und  aile  die  ihn  und  sein  grosses  Talent, 
so  wie  seine  liebenswtirdige  Bescheidenheit  kannten,  sind  durch  die  Nachricht  tief 
erschûttert. 

Mit  der  Bekanntmachung  der  von  mir  Herrn  Abel  vorlâufig  gegebenen  Nach- 
richt seines  Riifs  nach  Berlin  bitte  ich  gefâlligst  noch  eine  kurze  Zeit  Anstand  zu 
geben.  Der  Ruf  ist  bis  jetzt  noch  nicht  officiel  abgegangen.  Ich  habe  Sr.  Excellenz 
den  Todesfall,  sogleich  wie  ich  das  Schreiben  des  Herrn  Maschmann  erhielt,  ange- 
zeigt  und  muss  nothwendig  noch  die  Antwort  auf  meine  Anzeige  erwarten.  Sobald 
ich  sie  erhalten  habe,  werde  ich  Ew.  Wohlgeboren  darum  Nachricht  geben  und  Sie 
dann  bitten,  auch  dort  durch  ôffentliche  Bekanntmachung  das  Andenken  Abels 
ehren  zu  helfen.  Fiir  den  Augenblick  bitte  ich  Ew.  Wohlgeboren,  Ihre  Anzeige 
gefâlligst  noch  zuriickzuhalten.  Ich  meines  Theils  werde  im  Journal  der  Mathematik 
und  sonst  in  ôffentlichen  deutschen  und  franzôsischen  Blâttern  dem  Publico  das 
Nâhere  iiber  die  grossen  Talente  und  Verdienste  des  Verstorbenen  sagen. 

Da  ich  nicht  wusste  dass  Ew.  Wohlgeboren  mit  der  Durchsicht  der  Papiere  des 
Verstorbenen  beauftragt  sind,  so  habe  ich  Herrn  Professor  Maschmann  gebeten, 
wenn  sich  in  dem  Nachlasse  noch  Mathematisches  finden  soUte,  welches  sich  zum 
Druck  eignet  oder  dazu  eingerichtet  werden  kann,  mir  dasselbe  fiir  das  Journal 
zukommen  zu  lassen.  Ich  richte  also  dièse  Bitte  jetzt  auch  an  Ew,  Wohlgeboren. 
Eine  Abhandlung  unter  der  von  Ew.  Wohlgeboren  benannten  Uberschrift,  nâmHch 
démonstration  d'une  propriété  générale  d'une  certaine  classe  des  fonctions 
transcendentes  hat  mir  Herrn  Abel  vor  einiger  Zeit  fiir  das  Journal  zugesandt 
und  sie  ist  auch  bereits  im  2ten  Hefte  des  vierten  Bandes  gedruckt.  Die  Abhand- 
lung fângt  wie  folgt  an: 

Théorème.  Soit  y  une  Fonction  de  x  qui  satisfait  à  une  équation  quelconque 
irréductible  de  la  forme 


LETTRES  RELATIVES  A  ABEL  103 


Sollte  die  Abhandlung  welche  Ew.  Wohlgeboren  noch  gefunden  haben  eine  andere 
sein,  so  bitte  ich  sehr  mir  dieselbe  gefâlligst  zukommen  lassen  zu  woUen. 

Hochachtungsvoll 

ergebenst 
Berlin  den  lOten  May  1829.  Crelle. 


XLIX.    KEILHAU  A  BOECK 

Usine  à  fer  de  Froland  le  22  fév.  [1830] 
Nous  avons  été  hier  à  l'église  de  Froland,  qui  est  à  Vé  de  milles  d'ici,  et  près 
de  laquelle  tu  sais  qu'Abel  est  enterré.  Il  est  déposé  à  un  endroit  qui  est  réservé 
pour  un  tombeau  de  famille  à  M.  Smith,  mais  n'est  pas  encore  clôturé.  On  y 
mettra  probablement  cet  été  une  grille  de  fer,  et  M.  S.  s'est  entendu  avec  le  phar- 
macien Tuchsen^  à  Arendal  pour  placer  un  petit  monument  sur  le  tombe  d'Abel. 
Ceci  me  paraît  plutôt  être  l'affaire  de  ceux  qui  lui  furent  moins  étrangers,  je  veux 
dire  nous,  ses  amis,  dont  il  faisait  vraiment  partie,  et  qui  ne  considérerions  pas 
l'acte  de  lui  élever  une  petite  pierre  de  souvenir  comme  un  devoir  que  l'on  remplit 
en  son  honneur,*  mais  qui  éprouvons  un  véritable  désir  de  le  faire,  et  y  trouverions 
une  précieuse  satisfaction.  Je  crois  qu'il  serait  facile,  surtout  en  ce  moment  où  l'on 
peut  mettre  la  main  sur  les  membres  du  storthing,  de  réunir  par  souscription  une 
somme  respectable  pour  un  monument  à  Abel.  Mais  cette  manière  de  faire  me 
parait  très  odieuse.  La  foule  s'inscrit  soit  parcequ'elle  y  est  obligée,  avec  un  soupir 
et  un  haussement  d'épaules  plus  ou  moins  dissimulé,  ou  par  des  motifs,  quels 
qu'ils  soient,  qui  ne  sont  pas  ceux  que  nous  désirons.  En  outre,  de  pareilles  sou- 
scriptions sont  le  plus  souvent  une  mendicité,  ou  considérées  comme  telles,  et,  du 
moins  dans  sa  tombe,  notre  ami  ne  mendiera  pas.  Il  ne  peut  pas  être  question 
non  plus  d'un  monument  pompeux.     L'endroit  et  l'humble  entourage,  pour  ne  parler 

*  Je  dois  cependant  faire  observer  qu'un  doit  prendre  en  considération  le  projet  de  ces  deux 
hommes,  et  qii'on  ne  pourra  peut-être  pas  les  exclure  de  la  participation.  Smith  a  en 
réalité  beaucoup  fait  pour  Abel;  je  ne  sais  pas  suffisamment  ce  que  l'autre  en  pense.  Dans 
tous  les  cas  sois  prudent  dans  tes  expressions.  Smith  a  l'intention  de  faire  bientôt  un  tour 
à  Christiania.     Le  lecteur  Holmboe  connaît  son  fils,  qui  est,  parait-il,  un  brave  garçon. 


104  LETTRES  RELATIVES  A  ABEL 


que  de  cela,  le  rendraient  malséant.  Le  cimetière,  qui  d'ailleurs,  à  l'exception  de  la 
famille  Smith,  n'abrite  pas  d'autres  morts  que  les  grossiers  habitants  de  cette  pauvre 
vallée,  entoure  la  simple  église  annexe  sur  une  colline  que  contourne  un  coude  du 
Nidelven.  Sur  les  falaises  dominant  le  fleuve  çà  et  là,  on  aperçoit  quelques  fermes 
isolées;  mais  toute  la  région  n'est  que  forêts  sauvages,  tout  à  fait  dénuée  de  cette 
impression  majestueuse  qui  est  particulière  à  nos  grandes  vallées.  Mais  notre  ami 
a,  précisément  ici,  un  lieu  de  repos  si  touchant;  rarement  il  sera  visité  par  quel- 
qu'un qui  sache  l'apprécier  à  sa  valeur,  mais  cela  arrivera  tout  de  même  parfois, 
dans  le  cours  des  années,  et  alors  ce  sera  uniquement  en  son  honneur.  Qu'un  tel 
voyageur  trouve  donc  un  signe  certain  et  inaltérable  du  lieu  de  pèlerinage;  si  ce 
signe  était  magnifique,  il  ne  serait  pas  en  harmonie  avec  les  sentiments  du  voyageur. 
Je  propose  une  colonne  commémorative  simple,  mais  aussi  massive  que  possible,  telle 
qu'on  pourrait  la  faire  faire  ici-même  pour  50  à  100  sp.,  et  je  te  nomme  les  per- 
sonnes suivantes  que  je  ferais  participer  avec  plaisir  à  la  chose  en  même  temps 
que  toi  et  moi,  et  à  qui  je  te  prie  de  t'adresser  à  ce  sujet:  le  min.  Treschow, 
Madame  Hansteen,  le  Prof.  Schjelderup,  le  lecteur  Holmboe,  le  Prof.  Rasmusen, 
Hjort;  en  outre  toi  et  moi,  ce  qui  fait  déjà  9  participants,  si  toutefois  vous  ne 
considérez  pas  comme  une  usurpation  de  ma  part  que  je  me  réserve  deux  parts. 
Si  tu  connais  quelqu'un  en  dehors  de  ceux  que  j'ai  nommés,  que  l'on  ne  peut  pas 
exclure  de  la  participation,  tu  agiras  pour  le  mieux;  car  tu  m'as  bien  compris,  et 
de  plus  tu  auras  senti  de  quoi  il  s'agit.  Mon  voyage  en  perspective  m'empêche  de 
m'occuper  de  cette  affaire  aussi  activement  que  je  désirerais.  Je  suis  obligé,  comme 
tu  vois  que  je  le  fais,  de  t'en  charger,  toi  que  je  sais  plein  de  zèle  et  d'énergie. 
Je  te  cède  donc  mes  deux  voix,  pour  autant  que  je  ne  pourrai  pas  prendre  part 
aux  délibérations  qui  interviendront  entre  les  participants.  Ma  fiancée  reste  ici 
jusqu'en  mai,  ensuite  Madame  Hansteen  ou  les  Treschow  sauront  son  adresse;  je 
suppose  que  vous  voudrez  lui  sommettre  le  plan,  et  peut-être  lui  laisser  le  choix,  si 
l'on  fait  plus  d'un  projet;  la  chère  enfant  a  du  goût.  Il  serait  bon  que  vous 
puissiez  tout  d'abord  vous  adresser  le  plus  tôt  possible  à  M.  Smith.  Avec  quel 
plaisir  je  verrais  quelques  mots  de  toi,  cher  ami  Boeck!  je  sais  que  je  t'ai  causé 
de  la  joie  depuis  que  nous  nous  sommes  vus,  et  il  en  est  de  moi  tout  autrement 
que  l'année  dernière,  à  cette  époque,  lorsque  je  t'ai  écrit  de  Berlin.  Mais  tu  ne 
m'écriras  pas  uniquement  pour  m'adresser  tes  vœux;  je  les  connais  d'avance.  Mais 
si  tu  veux  me  donner  ta  réponse  sur  la  présente  affaire,  elle  pourra  être  envoyée  d'ici 


LETTRES    RELATIVES    A    ABEL 


105 


un   mois   à   Stavanger,    en   mentionnant   que  le  destinataire  devra  aller  chercher  la 

lettre  au  bureau  de  poste. 

Ton  dévoué 

Keilhau. 


le  23.  Dans  le  Mag.  von  Abbild.  der  Guss- 
waaren  aus  der  Kônl.  Eisengieserei  in  Berlin,  nous 
avons  choisi  parmi  une  foule  de  beaux  monu- 
ments, un  dont  le  croquis  ci-joint  est  une  copie. 
Il  semble  convenir  à  tous  égards.  J'estime  qu'il 
vaut  mieux  s'en  tenir  aux  modèles  existants,  quand 
ils  viennent  de  vrais  maîtres,  que  de  se  mêler  d'en 
composer  soi-même.  M.  Smith  possède  l'ouvrage 
en  question,  en  sorte  que  si  vous  êtes  du  même 
avis  que  ma  fiancée  et  moi,  il  n'est  pas  besoin  de 
faire  aucun  dessin  du  monument,  on  peut  l'exécuter 
directement  d'après  cet  ouvrage,  où  on  le  trouve 
4'^«  livraison,  planche  VIII.  fîg.  1. 


L.    L'INSTITUT  DE  FRANCE  A  LA  FAMILLE  D'ABEL 

Institut  de  France 
Académie  Royale  de  sciences. 

Paris  le  24  juillet  1830. 

Le  secrétaire  perpétuel  de  l'Académie. 

A  la  famille  représentant  Mr.  Abél,  savant  mathématicien  de  Christiania. 

Messieurs,  je  m'empresse  de  vous  annoncer  que  l'académie  royale  des  sciences, 
dans  sa  séance  publique  du  26  du  courant,  décernera  solennellement  son  grand  prix 
de  mathématiques.  Ce  prix  de  la  valeur  de  3000  francs  a  été  partagé  entre  feu 
M.  Abel  et  M.  Jacobi,  professeur  de  mathématiques  à  Koenigsberg. 

Je  saisis  avec  empressement  cette  occasion  de  vous  témoigner.  Messieurs,  les 
vifs  regrets  que  la  perte  de  votre  illustre  parent  a  fait  éprouver  à  l'académie. 


CORRESPONDANCE    D  ABEL 


14 


106  LETTRES  RELATIVES  A  ABEL 


J'ai  l'honneur  de  vous  prévenir  que  vous  pourrez  faire  recevoir  la  somme  de 
quinze  cents  francs  au  secrétariat  de  l'Institut;  elle  sera  remise  à  la  personne 
munie  de  vos  pouvoirs,  et  autorisée  suffisamment  à  signer  la  quittance. 

Agréez,  Messieurs,  l'assurance  de  ma  considération  la  plus  distinguée. 

Arago. 

LI.    LÔWENHJELM  A  [HANSTEEN?]* 

Paris  11  avril  1832. 
M.  le  Professeur. 

J'ai  reçu  en  son  temps  la  lettre  du  5  janvier.  Le  ministère  français  a  demandé 
des  justifications  au  sujet  des  mesures  relatives  à  feu  Abel;  je  laisse  la  demande 
sans  réponse  jusqu'à  ce  qu'elle  soit  renouvelée,  et  alors  je  proposerai  que  vous 
fournissiez  par  le  ministère  norvégien  de  la  justice  une  pièce  sommaire,  justifiant 
que  tout  s'est  passé  correctement. 

Je  n'ai  pu  obtenir  de  renseignements  sur  d'autres  travaux  laissés  ici  par  le 
défunt  Abel  que  son  Mémoire  sur  les  fonctions  transcendentales.  11  a  et  étrouvé 
chez  M.  Gauchy  et  devait  être  copié  par  M.  Libri,  lorsque  celui-ci  a  été  atteint  par 
l'épidémie  régnante,  —  on  s'est  informé  auprès  de  M.  Gergonne,  mais  il  n'a  pas 
encore  répondu. 

Le  Professeur  Rudberg,  qui  rentre  maintenant  à  Stockholm,  possède  tous  les 
renseignements  que  l'on  a  pu  réunir,  et  vous  pouvez  vous  adresser  à  lui,  en  atten- 
dant que  l'affaire  soit  terminée. 

Avec  une  considération  très  distinguée,  j'ai  l'honneur  d'être, 

M.  le  Professeur, 

votre  très  humble  serv. 

G.    LôWENHJELM. 

LIL    CRELLE  A  HOLMBOE 

Berlin  den  15ten  Mai  1840. 
Ew.  Wohigeboren 

sehr  gefâlliges   Schreiben  vom  15ten  August  v.  J.  mit  den  beigefiigten  Exemplaren 
der  Werke  des  unvergleichlichen  Abel,   habe  ich  Anfangs  vorigen  Monats  erhalten. 


*  Cette  lettre  est  en  suédois. 


LETTRES    RELATIVES    A    ABEL  107 


Ew.  Wohigeboren  haben  mir  durch  dièses  kostbare  Geschenck  eine  grosse 
Fraude  gemacht,  und  ich  bitte,  dafur  meinen  verbindlichsten  Dank  anzunehmen. 
Sobald  es  die  Gelegenheit  giebt,  werde  ich  mich  beehren,  irgend  ein  literarisches 
Gegengeschenck,  ein  Zeichen  meines  Dankes,  zu  geben,  und  bitte,  mir  solches  zu 
erlauben. 

Die  Werke  des  so  friih  dahin  geschiedenen  seltenen  Mannes,  der  mich  mit 
seiner  Freundschaft  und  mit  seinem  Vertrauen  verehrte,  sind  fur  mich  ein  unschâtz- 
bares  Andenken  von  Ihm,  und  die  h'ebsten  meiner  Bûcher.  Ew.  Wohigeboren  haben 
sich  durch  die  sorgfâltige  Sammlung  und  die  Herausgabe  dieser  Schriften  in  der 
That  den  Anspruch  auf  die  Erkenntlichkeit  der  Mathematiker  aller  Lânder  erworben, 
die  Ihnen  gewiss  auch  zu  Theil  werden.  Der  Verstorbene  gedachte  Ihrer  als  seines 
Lehrers  und  Freundes  immer  mit  Achtung  und  Liebe,  und  Sie  haben  ihm  diesen 
auf  jetzt  noch  auf  zugleich  der  Dank  so  vieler  Anderen  verdienende  Weise,  ver- 
golten.  Ich  benutze  dièse  Gelegenheit  Sie  der  voUkommensten  Hochachtung  zu 
versichern  mit  welcher  ich  bin 

Ew.  Wohigeboren 

ergebenster 

Crelle. 


LUI.    WEIERSTRASS  A  SOPHUS  LIE 

Berlin  9  Dec.  1881. 
Hochgeehrter  Herr  Collège! 

Indem  ich  Ihnen  zu  der  Vollendung  der  neuen  Ausgabe  von  Abel's  Werken 
mit  aufrichtiger  Freude  Gliick  wiinsche,  spreche  ich  Ihnen  zugleich  ftir  das  mir 
iibersandte  schone  Exemplar  meinen  verbindlichsten  Dank  aus.  Das  fiir  die 
Akademie  bestimmte  Exemplar  habe  ich  derselben  gestern  iibergeben,  und  daran 
den  Antrag  gekntipft,  dass  die  Akademie  die  gegenwârtig  in  Ihren  Hânden  befind- 
lichen  Abel'schen  Manuscripte,  die  zu  dem  Zwecke  angekauft  waren,  um  vielleicht 
bei  einer  neuen  Auflage  der  Holmboe'schen  Ausgabe  dem  Herausgeber  niitzlich  zu 
werden,  nunmehr  der  Universitats-Bibliothek  zu  Christiania  als  Geschenk  anbieten 
môge,  damit  sie  mit  dem  iibrigen  Abel'schen  Nachlass  dort  aufbewahrt  werden 
môchten.     Die   Akademie   hat   meinen    Antrag   bereitwilligst  genehmigt,  und  mich 


108  LETTRES  RELATIVES  A  ABEL 


beauftragt,  Sie  davon  in  Kenntniss  zu  setzen,  mit  der  Bitte,  dass  Sie  die  Giite 
haben  môchten,  der  genannten  Bibliothek  die  in  Rede  stehenden  Papiere  zu  iiber- 
geben.     Weitere  Formalitâten  sind  nicht  erforderlich. 

Mit  vorzuglicher  Hochachtung  und  freundlichstem  Gruss 

Ihr  ergebenster 

Weierstrass. 


LIV.    WEIERSTRASS  A  SOPHUS  LIE 

Berlin,  W.  Linkstr.  33 

den  lOten  April  1882. 
Hochgeehrter  Herr  Collège! 

Da  ich  ans  Ihrem  letzten  freundiichen  Schreiben,  sowie  aus  der  vor  einiger 
Zeit  an  mich  gerichteten  Zuschrift  des  Sénats  Ihrer  Universitât  ersehe,  welch  hohen 
Werth  die  Universitât  auf  die  Erwerbung  und  Erhaltung  Abel'scher  Manuscripte 
legt,  so  beehre  ich  mich,  Ihnen  den  in  meinem  Besitz  befindlichen  Brief  Abel's 
an  Legendre  mit  der  Bitte,  denselben  in  meinem  Namen  der  Universitâtsbibliothek 
anbieten  zu  wollen,  hierbei  zu  iibersenden.  Der  Brief  ist  unzweifelhaft  von  Abel's 
Hand,  wenige  Monate  vor  seinem  Tode  geschrieben,  und  erhâlt  dadurch  ein  so 
besonderes  Interesse,  dass  Abel  darin  in  concisester  Form  eine  Ûbersicht  ûber 
einen  grossen  Theil  seiner  vs^ichtigsten  Arbeiten  giebt.  Fiir  mich  ist  dieser  Brief, 
als  ich  ihn  wâhrend  meiner  Studienzeit  aus  dem  Crelle'schen  Journal  kennen  lernte, 
von  der  allergrôssten  Bedeutung  gevrorden.  Die  von  Abel  angegebene  Darstellungs- 
form  der  von  ihm  mit  X{x)  bezeichneten  Function  unmittelbar  aus  der  dièse  Function 
definirenden  Differentialgleichung  herzuleiten,  w^ar  die  erste  wichtigere  mathema- 
tische  Aufgabe,  die  ich  mir  stellte,  und  deren  gliickliche  Lôsung  mich,  der  ich 
urspriinglich  staatswissenschaftliche  Studien  trieb,  in  meinem  siebenten  Semester 
bestimmte,  mich  ganz  der  Mathematik  zu  widmen.  Mit  der  Aufgabe  ferner,  ein 
vorgelegtes  algebraisches  Differential  durch  elliptische  Transcendenten  zu  integriren 
in  allen  Fâllen,  wo  diess  môglich  ist,  habe  ich  [mich]  ebenfalls  auf  die  durch  Abel 
erhaltene  Anregung  beschâftigt  und  habe  wenigstens  die  Principien  feststellen 
kônnen,  auf  denen  eine  solche  Intégration  beruht,  und  hoffe  darûber  noch  Nâheres 


LETTRES  RELATIVES  A  ABEL  109 


verôffentlichen  zu  kônnen.  Um  so  mehr  freue  ich  mich  der  willkommenen  Gelegen- 
heit,  dem  Danke,  zu  welchem  ich  mich  mein  ganzes  Leben  hindurch  dem  grossen 
Mathematiker  verpflichtet  gefiihlt  habe,  auch  durch  ein  âusseres  Zeichen  Ausdruck 
geben  zu  kônnen. 

Der  Brief  ist  wohi  durch  Legendre  an  Crelle  gekommen  und  in  dessen  Papiere 
liegen  geblieben;  ich  habe  ihn  von  einem  hiesigen  Antiquar,  der  ihn  beim  Verkauf 
der  Crelle'schen  Bibliothek  erstanden,  im  Jahre  1857  oder  1858  erworben,  bei 
welcher  Gelegenheit  ich  zugleich  zu  meiner  grôssten  Freude  die  Entdeckung  machte, 
dass  wenigstens  ein  Theil  der  bei  Crelle  verbliebenen  Manuscripte  von  AbePschen 
Abhandlungen  erhalten  sei,  der  dann  von  der  Akademie  erworben  wurde. 

Mit  freundlichstem  Gruss 

Ihr  hochachtungsvoU  ergebener 

Weierstrass. 


NOTES  ET  ECLAIECISSEMENTS 

SUR  LA  CORRESPONDANCE 


NOTES  ET  ÉCLAIRCISSEMENTS 

SUR  LA  CORRESPONDANCE 


Voici  pour  chacune  des  lettres  —  et  dans  la  mesure  du  possible,  —  des  indications  sur 
l'endroit  où  se  trouve  l'original,  son  apparence  extérieure,  son  écriture,  etc.,  ainsi  que  les  notes 
auxquelles  il  est  renvoyé  dans  le  texte  qui  précède. 

Pour  faciliter  l'étude  des  lettres,  nous  indiquons  les  endroits  des  biographies  d'Abel  par 
le  professeur  Bjerknes,  où  elles  se  trouvent  citées  ou  mentionnées,  dans  l'édition  norvégienne  du 
N.  H.  Abel  de  Bjerknes  par  Bj.s  ...  et  dans  l'édition  française  du  même  livre  par  Bj.  p  .  .  .  Les 
éditions  des  œuvres  d'Abel  publiées  par  Holmboe  et  Sylow-Lie  sont  représentées  par  les  abrévia- 
tions suivantes;  Oeuvres  1839  et  Oeuvres  1881. 

LETTRE  I 

Appartient  à  la  Bibliothèque  de  l'Université,  à  Kristiania.  MS  in-fol.  n°  433,  1.  Avec  les 
lettres  II,  III,  VI,  XI,  XllI,  XVIII,  XXII,  XXIV,  XXVI  et  XXXIV,  elle  constitue,  suivant  le 
catalogue  des  MS  de  la  Bibliothèque,  un  don  fait  en  1875  par  le  fils  du  professeur  Holmboe, 
M.  Jens  Holmboe,  actuellement  avocat  de  cour  d'appel  à  Kristiania. 

Ces  11  lettres  à  Holmboe  forment  une  liasse  marquée  MS  in-fol.  n°  433,  avec  numération 
courante  et  chronologique  par  le  professeur  Sylow. 

La   lettre  est  écrite  sur  les  3  premières  pages  d'une   feuille  in-4°  de  255  m/m  sur  210,  dont  la 
quatrième  page  sert,  suivant  l'usage  du  temps,   d'enveloppe  à  la  lettre.      Elle    est   fermée    par    un 
pain  à  cacheter  portant  l'empreinte  P  M  T[uxen]. 
L'adresse  est: 
S.  T. 
Hr.  Overlœrer  B.  Holmboe 
franco  Helsingborg  Christiania. 

Le  texte  est  écrit  par  lignes  assez  écartées  et  en  assez  gros  caractères,  comparativement  aux 
lettres  écrites  plus  tard.  Elle  ressemble  pourtant  beaucoup  à  celle  de  la  lettre  suivante,  repro- 
duite par  la  fac-similé  I. 

Mention  de  le  main  d'Holmboe:  payé  34  /î  de  port. 
(Bj.  s.  7;  p.  9,  10.) 

CORRESPONDANCE    d'aBEL    —     1.1 


114  NOTES    ET    ÉCLAIRCISSEMENTS    SUR   LA    CORRESPONDANCE 

1.  Zwingelmayer,  erreur  de  mémoire  pour  Zwilgmeyer.  C.  Zrvilgmeyer,  qui  avait  été  professeur 
de  langues,  etc.  à  l'école  militaire,  avait  une  petite  propriété  à  Aas  près  de  Drobak.  Parmi 
les  filles  dont  parle  Abel,  il  y  en  a  encore  une  de  vivante,  M™e  Gjerstad,  âgée  d'environ  90 
ans,  à  Freen,  paroisse  d'Aker.  „MDie  Gjerstad  se  rappelle  encore,  dit-on,  la  visite  d'Abel  à  son 
père  en  1823,  et  elle  se  souvient  de  son  étonnement  de  ce  que  son  frère  Cari  Theodor  (plus 
tard  chef  d'escadron)  parlât  si  bien  français".     (Communication  de  M.  E.  A,  Thomle.) 

2.  Erasmus  Georg  Fog  Thune,  né  1785,  f  1829.  Depuis  1818  professeur  extraordinaire  de  mathé- 
matiques à  l'université  de  Copenhague  et  depuis  1823  directeur  de  l'Observatoire  astrono- 
mique. 

3.  Aiigust  Krejdal  né  1790,  f  1829.  Etait  d'origine  norvégienne.  Avait  de  la  réputation  comme 
mathématicien,  pour  avoir,  étant  encore  à  l'école,  travaillé  les  mathématiques  supérieures.  En 
1814,  on  lui  décerna  une  médaille  d'or  pour  la  solution  d'un  problème  mathématique.  Il 
s'occupa  ensuite  davantage  de  philosophie. 

4.  Henrik  Gerner  v.  Schmidten,  né  1799,  f  1831,  d'abord  officier,  avait  gagné  en  1819  la  médaille 
d'argent  de  la  Société  danoise  des  sciences,  et  plus  tard  une  bourse  de  voyage.  Devint  en 
1825  lecteur,  en  1827  professeur  extraordinaire  de  mathématiques  à  l'université  de  Copenhague. 

5.  Georg  Frederik  Ursin,  né  1797,  f  1849  (son  père  s'appelait  Krûger.)  En  1816  il  avait  aussi 
gagné  au  concours  une  médaille  d'or  pour  la  solution  d'un  problème  de  mathématiques.  Etait 
en  1823  observateur  et  fut  nommé  en  1827  professeur  de  mathématiques  à  l'académie  des 
Beaux-Arts. 

6.  Peder  Mandrup  Tuxen,  né  1783,  f  1838,  capitaine-commandeur  dans  la  Marine,  épousa  en 
1810  la  tante  d'Abel,  Elisabeth  Marie  Simonsen  (née  à  Risor  1786,  f  1867).  Parmi  les  huit 
cousins  dont  parle  Abel,  il  en  est  un  qui  a  acquis  de  la  réputation,  mais  il  était  encore  tout 
petit  lorsqu'Abel  fréquentait  dans  la  famille  Tuxen:  c'est  Johan  Cornélius  Tuxen,  commandeur 
dans  la  marine  danoise,  né  1820,  ^  1883,  connu  comme  auteur  historique. 

7.  Jens  Jacob  Keyser,  né  1780,  "j"  1847.  Fut  depuis  1814  professeur  de  physique  et  de  chimie  à 
l'Université  de  Kristiania. 

8.  Christian  Niélsen,  né  1804,  f  1824,  sortait  du  lycée  de  Kristiania  et  devint  étudiant  en  1822. 
C'était  donc  un  camarade  de  lycée  et  un  contemporain  d'Abel.  Il  était  fils  puîné  d'un  homme 
connu,  l'agent  Jacob  Nielsen,  un  des  patriciens  de  Kristiania.  A  Copenhague,  il  fréquentait 
chez  son  oncle,  Mogens  Nielsen,  „Etatsraad",  et  inspecteur  de  la  cour. 

9.  Frederik  Wilhelm  Meinerts,  né  1798,  f  1859,  danois  de  naissance,  mais  norvégien  d'édu- 
cation et  de  résidence,  depuis  1815  lieutenant  en  second  au  régiment  d'infanterie  d'Opland, 
plus  tard  capitaine  au  corps  norvégien  des  chasseurs. 

10.  Henrik  Anker  Holmboe,  né  1798,  f  1856,  d'abord  officier,  plus  tard  maître-adjoint  aux  lycées 
de  Drammen  et  de  Fredrikshald,  avait  d'excellentes  dispositions  pour  les  mathématiques,  mais 
fut  atteint  de  bonne  heure  de  folie  mélancolique. 

LETTRE  II 

Appartient  à  la  Bibliothèque  de  l'Université,  à  Kristiania.  MS  in- fol.  n°  433,  2.  Voir  les 
éclaircissements  relatifs  à  la  lettre  I.  Ecrit  sur  deux  feuillets  in-folio  de  335  ^Im  sur  215,  dont 
l'un  forme  enveloppe  par  une  de  ses  faces.  Les  théorèmes  mentionnés  remplissent  un  feuillet  in- 
4°,  écrit  des  deux  côtés,  de  250  ^jm.  sur  215.  Cachet  de  cire  avec  la  même  empreinte  que  dans 
la  lettre  I. 


NOTES    ET    ÉCLAIRCISSEMENTS    SUR   LA    CORRESPONDANCE  115 


Adresse  : 

S.  T. 
Hr.  Bernt  Holmboe 

Overlœrer  ved  Kathedralskolen  i 
per    bontà  Christiania 

Pour  l'écriture,  nous  renvoyons  au  fac-similé  1. 

Sous   la   signature,    Holmboe  a  inscrit   l'intégration   demandée.     Sur  la  même  page  une  main 
peu  exercée  a  griffonné  quelques  calculs  d'époque  assez  récente. 

Oeuvres  1839,  T.  II.  n°  XXV,  p.  264;  1881,  T.  II,  n°  XX,  p.  254-255. 
(Bj.  s.  8;  p.  10). 

1.  Comme  le  montre  le  fac-similé,  Holmboe  a  calculé  comme  date  le  24  juin  1823.  Le  calcul  de 
Holmboe  est  erroné,  et  contredit  d'ailleurs  par  la  lettre  même,  où  Abel  dit:  Le  i^^  juillet,  on 
a  célébré  le  jubilé  du  „Regentsen". 

Bjerknes  donne  comme  date  le  3  août.  C'est  plutôt  le  4,  car  ^6064321219  =  1823,5908275 . .  . , 
et  l'année  1823  ayant  eu  365  jours,  la  fraction  décimale  représente  365  X  0,5908275  .  .  .  = 
215,652  .  .  .  jours;  en  faisant  le  compte,  on  trouve  qu'à  minuit  entre  le  3  et  le  4  août,  215  jours 
était  révolus  cette  année-là.     La  date  est  donc  le  4  août. 

2.  Parmi  les  mathématiciens  anglais  en  question,  Friedrich  Wilhdm  Herscheï,  né  en  1738,  était 
justement  mort  l'année  d'avant.  Ainsi  que  plusieurs  des  héros  astronomiques  de  ce  temps  et 
de  celui  qui  suivit  immédiatement  après,  il  était  d'abord  simple  amateur,  et  en  réalité  musicien. 
Thomas  Young,  né  1773,  f  1829,  était  médecin,  orientaliste,  naturaliste  et  mathématicien. 
James  Ivory,  né  1765,  t  1^42,  étudia  d'abord  la  théologie;  devint  en  1785  professeur  de 
mathématiques  et  de  physique  à  une  école  de  Dundee,  en  1804  au  collège  royal  militaire 
de  Marlow,  et  vécut  à  Londres  comme  particulier  depuis  1816. 

3.  Johann  Philipp  Griison,  né  1768,  f  1857,  professeur  à  l'Ecole  des  Cadets  de  Berlin,  docteur, 
conseiller  intime  de  la  cour  et  membre  de  l'académie  des  sciences  de  Berlin.  S'est  rendu 
assez  utile  par  l'activité  qu'il  déploya  dans  l'enseignement,  ainsi  que  par  de  nombreuses  tra- 
ductions. Ses  propres  ouvrages  publiés  sous  des  titres  pompeux  sont  maintenant  tout-à-fait 
oubliés.     Il  en  est  de  même,  à  ce  qu'il  parait,  du  plagiat  mentionné  par  Abel. 

4.  Marc-Antoine  Parseval-Deschènes,  mort  à  Paris,  dans  un  âge  avancé,  en  1836,  très-original 
tant  comme  homme  que  comme  mathématicien,  vivait  comme  „un  autre  Diogène",  mais  est 
maintenant  assez  oublié.  Plusieurs  de  ses  idées  ont  été  reprises  dans  des  recherches  modernes 
sur  la  théorie  des  fonctions  (voir  Jacques  Hadamard:  La  série  de  Taylor  et  son  prolongement 
analytique,  Scientia,  mai  1891,  p.  69). 

LETTRE  m 

Appartient  à  la  Bibliothèque    de    l'Université,    à   Kristiania,    MS    in-fol.  n°   433,  3.     Voir  les 
éclaircissements  sur  la  lettre  I. 

La  lettre  est  écrite  sur  les   trois    premières    pages    d'une   feuille  in-4°  de  245  "i/m  sur  205,  la 
quatrième  page  formant  enveloppe. 
Adresse  : 

S  T 
Hr.  Overlœrer  Bernt  Holmboe 
l'rc.  Friderichshavu  Christiania 


116  NOTES    ET   ÉCLAIRCISSEMENTS    SUR    LA   CORRESPONDANCE 

L'écriture  diffère  beaucoup  de  celle  des  deux  lettres  précédentes,  sans  cependant  être  encore 
aussi  condensée  qu'elle  le  fut  plus  tard.     Voir  fac-similé  IL 

Portait  d'abord  la  date  de  13  septembre,  mais  le  3  a  été  changé  en  5.  Le  texte  dit  qu'Abel 
partira  pour  Soro  „le  13",  ce  qui,  d'après  la  date  de  la  lettre,  doit  être  une  erreur  de  plume. 
Au  revers,  la  mention:  Reçue  le  21  septembre  dans  l'après-midi. 

(Bj.  s.  27,  28;  p.  39.) 
1.    Georg  (Jergen)  Sverdrup,  membre  de  la  Constituante  d'Eidsvold,  né  1772,  f  1850.     De  1805  à 

1813  professeur  de  grec  à  l'Université  de  Copenhague.  En  1813,  il  fut  nommé  à  la  même  chaire 

à  l'Université  nouvelle  de  Kristiania,    mais  l'échangea  en  1831  contre  la  chaire  de  philosophie. 

Prit  sa   retraite   de  professeur  en  1841,  et  dirigea  depuis  lors  la  Bibliothèque  de  l'Université. 

LETTRE  IV 

Appartient  à  la  Bibliothèque  de  l'Université,  à  Kristiania,  MS  in-8°  n°  1 18.  Provient  d'un  don 
fait  en  1886  par  M.  Harald  Hansteen,  directeur  des  mines  d'argent  de  Kongsberg,  fils  du  professeur 
Chr.  Hansteen,  et  comprenant  également  les  lettres  VIII,  X,  XII  et  XVI.  Ces  lettres  sont  renfer- 
nées  dans  une  enveloppe  entre  deux  cartons  et  numérotées  par  ordre  chronologique  par  le  prof. 
Sylov?.  Sur  aucun  de  ces  documents,  on  ne  trouve  d'adresse.  La  lettre  est  écrite  sur  une  feuille 
in-8°  de  205  ^/m  sur  126,  d'une  écriture  assez  dense.      (Bj.  s.  28-32;  p.  41-46). 

Imprimée  dans  r„Illustreret  Nyhedsblad",  Christiania  1862,  p.  37,  sur  communication  faite  par 
le  professor  Hansteen,  en  même  temps  que  les  lettres  VIII,  X  et  XVI. 

1.  Enno   Heeren   Dirksen,   né    1792,    f  1850,    fut   depuis    1825    professeur   de  mathématiques  à 
Berlin. 

2.  Martin  Ohm,  né  1792,  f  1862,  frère  du  célèbre  physicien,  fut  depuis  1821  privatdocent,  depuis 
1824  professeur  extraordinaire  à  l'université  de  Berlin,  professeur  à  l'académie  d'architecture,  etc. 

3.  Thomas  Clausen,  né  1801,  f  1885,  fut  attaché  en    1825  à  l'Observatoire   d'Altona,  et  travailla 
aussi  plus  tard  à  Dorpat. 

4.  Johann  Frants  Encke,  né  1791,   f  1865,    l'astronome   bien    connu,    depuis    1825    directeur  de 
l'Observatoire  de  Berlin  et  depuis  1844  professeur  d'astronomie  dans  cette  ville. 

LETTRE  V 

Appartient  ainsi  que  les  lettres  VII,  XVII,  XXVII,  XXVIII,  XXXII,  XXXIII,  XXXV,  XXXVIII 
et  XLI.  à  Madame  Thekla  Lange,  née  Bôbert,  veuve  de  l'ancien  ministre,  et  fille  de  la  sœur  d'Abel, 
Elisabeth.     C'est  un  don  de  la  fille  du  prof.  Hansteen,  MeUe  Nanna  Hansteen. 

La  lettre  est  écrite  sur  un  côté  d'une  feuille  in-8°  de  205  m/m  sur  125.  La  signature  a  été 
détachée  avec  des  ciseaux.     Au  revers,  en  gros  caractères: 

Madame  H.  A.  Hansteen. 

A  en  juger  par  cette  courte  adresse  et  par  l'aspect  de  la  lettre,  elle  doit  avoir  été  incluse  dans 
une  autre  lettre.  Comme,  étant  donné  la  cherté  du  port,  il  est  peu  probable  qu'on  ait  expédié 
de  Berlin  à  Kristiania  à  trois  jours  de  distance  deux  lettres  à  la  même  famille,  elle  a  dû  être 
incluse  dans  la  lettre  IV  au  professeur  Hansteen,  qui  est  exactement  de  même  papier  et  de  même 
format.  A  noter  aussi  le  début  de  la  lettre  V:  „Vous  verrez  par  ma  lettre  au  professeur  où  en  sont 
mes  affaires.  J'ai  en  outre  une  prière  à  vous  adresser"  . . .,  ce  qui  indique  la  simultanéité,  d'autant 
plus  que  dans  aucune  des    deux  lettres  il  n'y  a  de  compliments   pour   l'autre   époux.      A  ne  tenir 


NOTES    ET    ÉCLAIRCISSEMENTS    SUR    LA    CORRESPONDANCE  117 

compte  que  du  contenu  même,  il  est  difficile  d'assigner  à  la  lettre  IV  une  autre  date  qu'on  ne  l'a 
fait  dans  le  texte,  c.  a.  d.  le  5  décembre,  tandis  que  la  lettre  V  est  clairement  datée  du  8.  Un  exa- 
men plus  approfondi  montre  toutefois  que  la  lettre  IV  est  réellement  datée  du  5,  mais  que  sous 
le  5,  il  semble  y  avoir  eu  un  7.  N'est-il  pas  possible  que  le  chiffre  5,  qui  est  assez  mal  formé, 
vienne  de  ce  que  l'auteur  a  cherché  à  faire  un  8  de  son  7?  Dans  tous  les  cas,  il  y  a  lieu 
de  tenir  pour  assuré  que  les  lettres  IV  et  V  ont  été  expédiées  ensemble,  et  cela,  au  plus  tôt,  à 
la  date  de  la  lettre  V,  qui  est  clairement  le  8  décembre  1825.  Elles  ont  donc  dû  avoir  une  en- 
veloppe commune,  ou  être  incluses  toutes  deux  dans  une  lettre  à  un  tiers. 

On  a  d'autres  lettres  d'Abel  expédiées  à  plusieurs  personnes  différentes  sous  un  même  cou- 
vert, suivant  l'usage  d'alors,  non-seulement  dans  ces  lettres  IV  et  V  au  professeur  Hansteen  et 
à  sa  femme,  mais  aussi  aux  dates  suivantes,  où  une  lettre  à  M"^®  Hansteen  est  incluse  dans  une 
lettre  au  professeur  Holmboe,  le  16  janvier  1826  (lettres  VI  et  VII),  le  4  mars  1827  (lettres  XXVI 
et  XXVII)  et  le  29  juillet  1828  (lettres  XXXIV  et  XXXV). 

(La  lettre  V  est  publiée  in-extenso  Bj.  s.  46  ;  p.  67.) 

1.  Jens  Hartvig  Bisgaard,  né  1790,  f  1850,  négociant  à  Kristiania. 

2.  Elisabeth  Collett,  née  1806,  f  1883,  fille  du  ministre  Jonas  Collett,  cousine  de  Boeck,  qu'elle 
épousa  en  1829. 

LETTRE  VI 
Appartient  à  la  Bibl.  de  l'Université  à  Kristiania  MS  in-fol.  433,  4  —  voir  les  éclaircissements 
à  la  lettre  I.      Cette    lettre    est    d'une  écriture  très-fine  sur  une  feuille  et  demie  in-8°  de  250  "Vm 
sur  126.     Le  P.  S.:     „Si  tu  désires  avoir  des  livres  ....  si   compacte"     est  écrit  obliquement  au 
coin  supérieur  gauche  de  la  première  page. 
L'adresse  mise  sur  l'enveloppe  est: 
S.  T. 
Dem  Herrn 

Herm  Oberlehrer  Berent  Holmboe 

Christiania 
franco  Hamburg  Norwegen 

Chiffre  imprimé  dans  le  pain  à  cacheter  C  P  H  (?).  Sur  la  face  d'avant  la  lettre  est  timbrée  de 
Berlin  16  janvier,  et  au  revers  de  Hambourg  20  janvier  26. 

Oeuvres  1839  T.  II,  n°  XXV,  p.  265-268;  T.  II,  n°  XX,  p.  256-258. 
(Bj.  s.  32-34,  41,  47;  p.  46-49,  59,  60.) 

Porte  clairement  comme  date:  „le  16  janvier  1826",  mais  est  certainement  du  14.  Abel  dit 
en  effet  qu'il  verra  demain  „Die  schone  Muilerin"  (opéra-comique  de  1821,  par  Duveyrier  et 
Scribe,  musique  de  Garcia).  Dans  la  lettre  VII  (voir  aux  éclaircissements  sur  cette  lettre),  de 
la  même  date,  il  raconte  qu'il  l'a  vue  hier,  c.  a.  d.  le  15  janvier.  Il  semble  donc  que  la  date  de 
la  lettre  VI  a  été  ajoutée  plus  tard,  et  probablement  lors  de  l'envoi  de  cette  lettre. 

1.  Dans  la  lettre,  il  y  a  bien  clairement  cette  indication  singulière:  „1  ou  4."  Le  premier  fascicule 
contient  le  grand  mémoire  sur  l'impossibilité  de  résoudre  l'équation  du  5me  degré  par  radi- 
caux, et  le  second  fascicule  3  articles  assez  courts.  Ce  qu'il  y  a  de  plus  probable,  c'est  que 
Crelle  ne  savait  pas  bien  d'avance  s'il  n'insérerait  dans  le  1er  fascicule  que  le  grand  mémoire 
ou  tous  les  4  à  la  fois. 

2.  Il  s'agit  probablement  du  frère  aîné  Hans,  né  1787,  f  1844,  qui  fut  nommé  en  1825  pasteur 
à  Nitedal. 


118  NOTES    ET    ÉCLAIRCISSEMENTS    SUR    LA    CORRESPONDANCE 

LETTRE  VII 

Appartient  à  M"^'*  veuve  Lange,  voir  à  la  lettre  V. 

Elle  est  d'une  fine  écriture  sur  les  deux  côtés  d'une  demi- feuille  in-8°  de  125  ^/m  sur  105 
Le  P.  S.  est  écrit  en  travers  de  la  l^re  page.  A  certainement  été  incluse  dans  une  autre  lettre, 
attendu  qu'on  retrouve  dans  le  papier  l'empreinte  d'un  cachet  apposé  sur  un  pain  à  cacheter. 
Cette  empreinte  correspond  au  pain  à  cacheter  placé  au  milieu  de  l'enveloppe  de  la  lettre  VI,  de 
même  date,  dont  le  format  répond  bien  aux  plis  de  la  feuille  in-8°  de  la  lettre  VI  et  au  papier 
de  la  lettre  VII.  Gomme  cependant  la  lettre  VII  est  écrite  sur  les  4  pages,  il  est  probable  qu'elle 
n'a  pas  été  mise  ainsi,  toute  ouverte,  dans  la  lettre  au  professeur  Holmboe,  mais  que,  ainsi  que 
que  le  lettre  XXVII,  elle  a  été  elle-même  incluse  dans  une  lettre,  maintenant  disparue,  adressée 
au  professeur  Hansteen,  pour  qui  la  lettre  VII  ne  contient  pas  de  compliments.  Comparez  la 
phrase  suivante:  „Dans  ma  lettre  au  professeur,  j'ai "  qui  doit  se  référer  à  une  lettre  pos- 
térieure à  la  lettre  IV.  Cela  explique  aussi  pourquoi  dans  la  lettre  VI,  Abel  s'excuse  de  ce  que 
sa  lettre  „est  devenue  si  compacte." 

(Reproduite  dans  Bj.  s.  42—43;  p.  60—62.) 

1.   Henriette  Bosenstand-Goiske,   née    1806,   i"   1877,    cousine   de    Madame   Hansteen,   mariée  en 
1829  à  l'historien  Caspar  Peter  Paludan  Muller,  frère  du  poète. 


LETTRE  VIII 

Appartient  à  la  Bibliothèque  de  l'Université  à  Kristiania,  MS  in-8°  n°  118,  2,  (voir  les  éclair- 
cissements à  la  lettre  IV). 

Elle  est  écrite  en  P.  S.  à  une  lettre  de  Keilhau  au  professeur  Hansteen,  à  partir  du  bas  de 
la  3ème  page  d'une  feuille  in-4°  de  235  ^/m  sur  200,  pliée  inégalement,  de  telle  sorte  que  la  3ème 
et  la  4ème  page,  sur  lesquelles  Abel  a  écrit,  sont  plus  grandes  que  la  1ère  et  la  seconde. 

Porte  l'empreinte  d'un  pain  à  cacheter  qui  a  dû  être  apposé  sur  l'enveloppe,  ou  sur  une  lettre 
dans  laquelle  celle-ci  aura  été  incluse. 

Imprimée  dans  l„Illustreret  Nyhedsblad",  Christiania  1862,  p.  39.     Voir  les  écl.  à  la  lettre  IV. 

(Bj.  s.  47  ;  p.  68,  69,  253.) 


LETTRE  IX 

Cette  lettre  est,  ainsi  que  les  lettres  XV,  XXI,  XXIX,  XXX  et  XXXIX,  la  reproduction  d'un 
manuscrit  donné  en  1882  par  l'Académie  des  Sciences  de  Berlin  à  la  Bibl.  de  l'Université  de 
Kristiania,  et  portant  ici  la  mention  MS  in-folio  n°  592.  Voir  pour  plus  de  détails  aux  lettres 
LUI  et  LIV. 

Le  manuscrit  se  compose  de  3^  feuilles  in-fol.  de  257  ^/m.  sur  235,  écrites  des  deux  côtés,  sauf 
au  dernier  feuillet,  avec  une  marge  ayant  la  moitié  de  la  largeur  du  papier.  Il  semble  avoir 
été  utilisé  par  Crelle  lors  de  l'impression  des  „Mathematische  Bruchstûcke  ans  Herrn  N.  H. 
Abels  Briefen"  dans  le  journal  de  Crelle  T.  5,  p.  336-343,  Berlin  1830,  où  ces  lettres,  sauf  la 
lettre  XXIX  (voir  les  éclaircissements  relatifs  à  cette  lettre)  sont  reproduites  sons  les  mêmes 
nos  qiie  dans  le  manuscrit. 

L'écriture  n'est  pas  celle  d'Abel,  dont  l'original,  pour  la  fin  de  la  lettre  XXXIX,  est  repro- 
duit en  fac-similé  dans  le  journal  de  Crelle,  T.  XXV,  1843. 


NOTES    ET   ÉCLAIRCISSEMENTS    SUR    LA    CORRESPONDANCE  119 

Le  manuscrit  est  probablement  une  copie  que  Crelle  a  fait  prendre  des  lettres  originales 
d'Abel.  Cela  est  d'autant  plus  probable  que  les  numéros  placés  en  tête  des  fragments,  les  dates 
placées  au  bas,  et  les  initiales  N.  H.  devant  le  nom  d'Abel  sont  de  l'écriture  de  Crelle.  Il  semble 
aussi  que  les  corrections  qui  ont  été  faites  l'aient  été  par  lui. 

Un  intérêt  particulier  s'attache  aux  n»»  ajoutés  à  gauche  et  en  haut  de  chaque  lettre.  Ils 
sont  biffés  dans  la  copie,  probablement  par  Crelle,  et  semblent  se  rapporter  à  un  classement 
chronologique  exécuté  par  lui  sur  les  lettres  originales  qu'il  tenait  d'Abel. 

Si  cela  est  correct,  la  présente  lettre  (du  14  mars  1826)  est  la  2èmo  qu'il  ait  reçue  et  la  lettre 
XXXIX  (du  28  octobre  1828),  la  26ème. 

La  première  lettre  est  donc  aussi  problablement  écrite  de  Freiberg. 

Ayant  admis  que  le  copiste  s'est  tenu  littéralement  aux  originaux  d'Abel,  nous  avons  repro- 
duit aussi  exactement  que  possible  le  manuscrit  considéré,  sans  avoir  égard  aux  corrections 
opérées.     Ceci  explique  les  divergences  que  l'on  peut  trouver  d'avec  les  reproductions  antérieurse 

Imprimée  dans  le  Journal  de  Crelle,  T.  V,  p.  336,  Berlin  1830;  Oeuvres  1839  T.  II,  n°  XXIII 
p.  253;  Oeuvres  1881  T.  U,  n°  XXII,  p.  266. 

(Bj.  s.  52;  p.  76.) 

LETTRE  X 

Appartient  à  la  Bibliothèque  de  l'Université,  à  Kristiania,  MS  in-8°  n°  118,  3,  voir  les  éclair- 
cissements à  la  lettre  IV. 

Cette  lettre  est  d'une  écriture  fine  sur  une  feuille  et  demie  in-8°  de  205  m/m  sur  125, 

Imprimée  dans  l'Illustreret  Nyhedsblad,  Christiania,  1862,  p.  41,  sur  communication  du  profes- 
seur Hansteen.     Oeuvres  1881  T.  II  n°  XXI,  p.  263—265. 

(Bj.  s.  35,  reproduite  p.  64—68;  p.  50,  51,  et  96—101.) 

1.  Cari  Friederich  Naumann,  minéralogiste,  né  1797,  f  1873,  fit  en  1821—1822  son  voyage 
scientifique  bien  connu  en  Norvège.  Son  frère  Constantin  August,  né  1800,  f  1852,  fut  depuis 
1827  professeur  de  mathématiques  à  l'académie  minière  de  Freiberg. 

2.  Joseph  Johann  v.  lAttrow,  né  1781,  f  1840,  étudia  d'abord  le  droit,  la  médecine  et  la  théologie, 
plus  tard  les  mathématiques  et  l'astronomie.  Après  avoir  professé  à  Cracovie,  puis  à  Kazan, 
il  fut  à  partir  de  1818  directeur  de  l'Observatoire  de  Vienne. 

Adam,  Ritter  v.  Burg,  né  1797,  f  1882,  fut  de  1820  à  1828  assistant,   plus   tard  professeur 
à  l'Institut  Polytechnique  de  Vienne,  et  directeur  de  cet  établissement. 

3.  Friederich  Heinrich  Alexander  v.  Humboldt,  né  1769,  f  1859.  accompagna  le  prince  Guillaume 
de  Prusse  en  1808  dans  sa  mission  diplomatique  à  Paris,  où  il  se  fixa  jusqu'en  1827,  et  où  il 
rédigea  et  publia  son  célèbre  ouvrage  sur  ses  voyages  en  Amérique.  En  1827,  il  retourna  à 
Berlin,  où  pendant  les  dernières  années  de  la  vie  d'Abel,  il  appuya  énergiquement  les  efforts 
faits  par  Crelle  pour  faire  appeler  Abel  à  Bedin  comme  professeur.  On  n'a  pas  de  preuve 
certaine  qu'il  ait  fait  la  connaissance  personnelle  d'Abel. 

4.  Mathias  Friis  v.  Irgens-Bergh,  diplomate  et  chambellan,  né  1786,  f  1828,  fils  du  pasteur  bien 
connu  de  Ringsaker,  Gerhard  Gunnerus  Bergh.  Devient  en  1815  secrétaire  de  légation  et 
plus  tard  chargé  d'affaires  (de  Danemark)  à  Dresde,  avec  le  titre  de  conseiller  intime  de 
légation. 

5.  Le  poète  danois  Jens  Immanuel  Baggesen,  né  1764,  f  1826.  Sa  santé  était  alors  ruinée;  il 
avait  eu  de  grands  chagrins  et  éprouvé  de  grandes  déceptions,  et  était  en  route  pour  le  Dane- 
mark.     U  mourut  peu  après  à  Hambourg,  avant  d'être  arrivé  chez  lui. 


120  NOTES    ET   ÉCLAIRCISSEMENTS    SUR   LA    CORRESPONDANCE 


6.   Johan  Kristian  Klausen  Dahl,   né  1788,  f  1857.    Depuis  1821  professeur  à  l'Académie    des 
Beaux  Arts  de  Dresde. 

LETTRE  XI 

Appartient  à  la  Bibliothèque  de  l'Université,  à  Kristiania,  MS  in-fol.  n°  433,  5.  Voir  les 
éclaircissements  à  la  lettre  I. 

Est  écrite  sur  une  feuille  in-8°  de  210  ^/-m.  sur  130,  d'abord  complètement  remplie,  puis  sur- 
chargée en  travers  dans  l'ordre  suivant:  p.  1,  p.  4,  p.  2,  p.  3.  La  suite,  qui  est  du  20  avril,  est 
écrite  sur  une  feuille  volante  de  130  m/m  sur  105,  avec  la  fin  de  la  lettre  en  travers  d'une  des 
pages.     A  l'intérieur  de  l'enveloppe,  on  lit  de  la  main  d'Abel: 

„Frauenhofer  est  très-malade  et  probablement  mort."     (Le  célèbre  physicien  Joseph  v.  Fraun- 
hofer  mourut  à  Munich  le  7  juin  1826.) 
Adresse  : 

Sr.  Wohlgeboren 
Dem  Herrn  Bemt  Holmboe 
Lector  der  Mathematik 
ûber  Hamburg  zu  Christiania  Norwegen. 

Timbre  postal  à  l'avers:  Vienne,  au  revers  Berlin,  30  Avril,  Stralsund  4  Mai.  Mention  par 
Holmboe:     Reçue  le  13  Mai. 

Cachet  à  la  cire,  aux  initiales  B  M  K[eilhau]. 

Oeuvres  1881,  T.  II,  p.  305. 

(Bj.  s.  48-49;  p.  71,  158,  253,  254-258,  260). 

1.  AloîfS  David,  né  1757,  f  18^6,  professeur  d'astronomie  et  directeur  de  l'Observatoire  de 
Prague. 

2.  Frants  Joseph  v.  Gerstner,  né  1756,  f  1832,  fut  nommé  en  1789  professeur  de  mathématiques 
supérieures  à  l'Université  de  Prague,  et  prit  sa  retraite  en  1823. 

3.  Jacob  Nicolai  Moller,  né  à  Gjerpen  (Norvège)  1777,  f  à  Louvain  1862,  passa  en  1793  son 
examen  artium,  avec  la  note  très-bien,  devint  licencié  en  droit,  mais  voua  la  majeure  partie  de 
son  intérêt  à  la  philosophie  et  aux  sciences  naturelles.  Il  voyagea  avec  bourse  de  l'Etat  pour 
étudier  la  minéralogie  et  la  géologie,  mais  il  ne  revint  pas.  En  1804,  il  se  convertit  au 
catholicisme,  et  épousa  la  même  année  Charlotte  Elisabeth  Alborti,  de  Hambourg,  soeur  de 
la  femme  du  poète  Ludwig  Tieck.  En  1835,  il  fut  nommé  professeur  honoraire  à  l'université 
catholique  de  Louvain. 

4.  Hansteen.  Nous  n'avons  pas  réussi  à  identifier  ce  personnage.  Peut-être  Abel  a-t-il  par 
distraction  écrit  un  autre  nom  que  celui  auquel  il  pensait. 

5.  Cari  Johan  Didrik  Ulrik  Croneborg,  noble  suédois,  né  1769,  t  1854,  devint  en  1824  secré- 
taire de  légation  de  Norvège  et  de  Suède  à  Saint-Pétersbourg  et  l'année  suivante  chargé 
d'affaires  â  Vienne;  fut  nommé  en  1836  maréchal  de  la  cour.  N'était  d'ailleurs  pas  baron, 
mais  sa  femme,  qu'il  épousa  en  1825,  était  la  baronne  Barbara  v.  GeymûUer.  Sa  belle-mère, 
dont  il  est  question  dans  la  lettre,  était  Barbara,  née  v.  Schmidt. 

LETTRE  XII 

Appartient    à   la  Bibliothèque    de  l'Université,    à    Kristiania,    MS    in-8°   n°    118,   4.     Voir  les 
éclaircissements  à  la  lettre  IV. 


NOTES    ET    ÉCLAIRCISSEMENTS    SUR   LA    CORRESPONDANCE  12l 


Ecrite  sur  un  morceau  de  papier  de  125  m/m  sur  105. 
(Bj.  p.  259.) 

1.  Alexis  Bouvard,  né  1767,  f  18i3,  devint  en  1793  élève  et  en  1795  astronome  à  l'Observatoire 
de  Paris.  Exécuta  toutes  les  recherches  de  détail  et  les  calculs  astronomiques  pour  Laplace 
lorsque  celui-ci  rédigea  sa  Mécanique  Céleste.  Emit  la  théorie  que  les  perturbations  de  la 
planète  Uranus  étaient  dues  à  une  planète  inconnue. 

LETTRE  XIII 
Appartient   à   la  Bibliothèque   de    l'Université,    à    Kristiania,    MS  in-fol.  n°   433,  6.     Voir  les 
éclaircissements,  lettre  I. 

Est   écrite    très-fin   sur    une   feuille  in-4°   de    250    m/^    sur    250,    dont    la   4me     page    forme 
enveloppe. 

Adresse  : 

Sr.  Wohlgoboren 
Dem  Herrn  Bernt  Holmboe 

Lector  der  Mathematik  an  der  Universitet  zu 
fo.  an  die  Granze  Christiania 

ûber  Hamburg  Norwegen 

Timbre  de  la  poste  à  l'avers:  Bolzano,  au  revers:  Berlin  28  juin,  Stralsund  29  juin. 
Le  cachet  laisse   voir   un   haut-fourneau,    au-dessus   les    initiales    N  B  M[0ller]    et    au-dessous 
la  devise:     „Bene  qui  caluit  Bene  vixit." 
(Bj.  in  extenso  p.  261—267). 

1.  sneel,  plat-allemand  pour  schnell.  Il  est  probable  que  dans  le  jargon  des  camarades  on  aura 
équivoque  sur  la  ressemblance  de  ce  mot  avec  le  mot  norvégien  snegl  (colimaçon). 

2.  Lars  Jacobsen  Larsson,  né  1784,  f  à  Venise  184G.  Eut  de  1805  à  1814  droit  de  bourgeoisie 
maritime  ù  Arendal,  puis  se  fixa  en  Italie,  à  Livourne  puis  à  Venise,  où  il  fut  courtier  et  pen- 
dant un  certain  temps  gérant  du  vice-consulat  de  Danemark.  On  n'a  pu  découvrir  que,  comme 
le  dit  Abel,  il  ait  été  antérieurement  consul  à  Gènes. 

3.  Christian  Frederik  Gottfried  Bohr,  né  1773,  *j'  1832,  était  danois  de  naissance,  mais  s'établit 
en  Norvège  en  1790;  était  dans  l'enseignement  et  s'occupait  de  musique;  en  1806  il  fonda  à 
Bergen,  avec  Lyder  Sagen,  une  école  „réelle"  (realschule).  A  partir  de  1825,  il  fut  professeur 
(overlœrer)  au  lycée  de  Bergen.     Il  jouissait  d'une  certaine  considération  comme  naturaliste. 

4.  Hansteen  avait  en  1826  été  nommé  chevalier  de  l'Ordre  de  l'Etoile  du  Nord. 

LETTRE  XIV 
Autant  qu'on  sache,  et  de  même  que  pour  les  lettres  XL VII,  XLVIII,  XLIX  et  LU,  on  n'a  de 
cette    lettre    qu'une    copie    prise    il  y  a  plus    de  20  ans  par  le  dr.  Elling  Holst  pour  le  professeur 
Bjerknes  à  l'occasion  de  sa  biographie  d'Abel.     La  lettre  était  très-endommagée. 
Adresse  : 

Sr.  Wohigeboren 
Dem  Herrn  M.  B.  Keilhau 
Aus  Norwegen  dermalen  zu 
poste  restante  Schaffhausen 

Timbre  de  la  poste  de  Zurich. 

CORRESPONDANCE    d'aBEL    —     16 


122  NOTES    ET    ÉCLAIRCISSEMENTS    SUR   LA    CORRESPONDANCE 


A  droite  et  en  bas  de  l'enveloppe,  une  main  étrangère  avait  ajouté:     July  1820. 
L'adresse    „zum   Schwerdt"    dans  le  texte  même  était  écrite  au  crayon  et  en  grosses  lettres, 
probablement  plus  tard  que  le  reste. 

La  description  de  la  lettre  est  reproduite  d'après  les  notes  du  dr.  Holst. 


LETTRE  XV 

Appartient  à  la  Bibliothèque  de  l'Université,  à  Kristiania,  MS  in-fol.  no  592;  voir  les  notes 
relatives  à  la  lettre  IX. 

D'après  le  n°   placé  en  haut  et  à  gauche,  ce  serait  la  Sème  lettre  que  Crelle  a  reçue  d'Abel. 

Imprimée  dans  le  journal  de  Crelle,  T.  5,  1830,  comme  n°  II  des  „BruchstOcke"  p.  337. 
Oeuvres  1839  T.  II  n°  XXIII,  p.  253-254;  1881  T.  II,  no  XXII,  p.  267. 


LETTRE  XVI 

Appartient  à  la  Bibliothèque  de  l'Université,  à  Kristiania,  MS  in-8°  n°  118,  5;  voir  les  notes 
à  la  lettre  IV. 

Ecrite  sur  une  feuille  in-8°  de  215  m/m  sur  130. 

Communiquée  par  le  professeur  Hansteen  dans  l'„Illustreret  Nyhedsblad",  Christiania 
1862,  p.  42. 

(Bj.  p.  269-270.) 

1.  Johann  Gorhits,  né  à  Bergen  en  1782,  f  1853,  fit  ses  études  comme  portraitiste  à  Paris,  où 
ne  fut  pas  sans  réputation.  Fut  à  côté  de  J.  Chr.  Dalil  le  plus  considérable  des  pointres  norvé- 
giens avant  Tidemand  et  Gude,  et  exécuta  après  son  retour  en  Norvège  une  série  d'excellents 
portraits  des  personnages  connus  du  pays;  fut  aussi  un  bon  peintre  de  paysages.  Son  oeuvre 
se  distingue  par  des  traits  caractéristiques  de  délicatesse  et  d'amabilité. 

2.  Joseph  Dues  Gergonne,  né  1771,  f  1859,  fut  d'abord  officier,  puis  professeur  de  mathémati- 
ques, d'abord  à  Nîmes,  puis  à  la  faculté  des  sciences  de  Montpellier.  Publia  de  1810  à  1831 
ses  „Annales  de  Mathématiques  pures  et  appliquées",  en  21  volumes  in-4°. 

3.  André-Mienne-Just-Paschal-Joseph-François  d'Audébard,  baron  de  Ferussac,  né  1786,  f  1836, 
Lieutenant-colonel  de  l'armée  française,  naturaliste,  géographe  et  statisticien.  Publia  de  1823 
à  1830  le  «Bulletin  Universel  des  Sciences  et  de  l'Industrie",  en  16  volumes  formant  8 
sections,  dont  la  première  comprend  les  mathématiques,  l'astronomie,  la  physique  et  la  chimie. 


LETTRE  XVII 

Appartient  à  Mme  veuve  Lange.     Voir  les  éclaircissements  relatifs  à  la  leilre  V. 
Est    écrite    sur   les    deux    côtés    d'une   demi-feuille  in-4°  de  255  ^/m  sur  205,  avec  enveloppe 
séparée. 

Adresse  : 

A  (Monsieur)  Demoiselle 
(Monsieur)  Elisabeth  Abel 

chez  M.  Treschow  cons.  d'état  etc. 
par  bonté.  à  Christiania 


NOTES    ET   ÉCLAIRCISSEMENTS    SUR   LA    CORRRSPONDANCE  123 

Le  mot  Monsieur  qui  revient  deux  fois  dans  l'adresse,  et  qui  est  mis  ici  entre  parenthèse, 
a  été  écrit,  puis  rayé  par  Abel.  L'aspect  différent  des  mots  suivants  donne  lieu  de  croire  que 
l'enveloppe  avait  d'abord  un  autre  destinataire. 

(Bj.  p.  303-304). 

La  phrase  finale  reproduite  ici  est  maintenant  barrée  à  l'encre. 

i.   Louise  Fredrikke  Koppd,  née  Kemp,  née  1798,  f  1853,  mariée  à  Nathan  Bendix  Koppel,  médecin 
à  Aalborg. 


LETTRE  XVIII 

Appartient   à   la   Bibliothèque    de   l'Université,  à  Kristiania,  MS    in-fol.  n»    433,    7.     Voir  les 
notes  à  la  lettre  I. 

Ecrite  sur  une  feuille  et  demie  in-8°  de  220  m/m  sur  130. 
Adresse  de  l'enveloppe: 
Monsieur 

Monsieur  Bernt  Holmboe 
Professeur  des  Mathématiques  à  l'université 

de  Christiania 

par  Hambourg 
Au  revers  de  l'enveloppe  le  timbre  de  la  poste:     Hamburg  2  novembre. 
Porte  la  mention:     Reçue  le  13  novembre. 

Œuvres  1881  T.  II,  n°  XX,  p.  259—261  :  citée  par  Holmboe  dans  une  note  de  son  article  nécro- 
logique dans  le  „Magazin  for  Naturvidenskaberne"  T.  9  1828  p.  349. 
(Bj.  p.  270,  273,  290-293,  306-308,  310,  320). 

1.  Jean  Nicolas  Pierre  Hachette,  né  1769,  t  1834,  fut  depuis  1810  professeur  à  la  Sorbonne 
et  plus  tard  à  l'Ecole  Normale  Supérieure;  membre  de  l'Institut  en  1831.  Il  avait  été  nommé 
à  l'Institut  dès  1823,  mais  en  raison  de  sa  liaison  avec  Monge  et  de  ses  idées  républicaines, 
son  élection  n'avait  alors  pas  été  sanctionnée. 

2.  Jacques  Frédéric  Saigey,  né  1797,  f  1871,  homme  de  lettres  et  fabricant  d'instruments  de 
précision  à  Paris^  écrivit  un  certain  nombre  d'ouvrages  de  mathématiques  et  de  physique  et 
rédigea  de  1825  à  1829  le  Bulletin  de  Ferussac. 

3.  Pierre  Gustave  Lejeune-Dirichlet,  né  1805,  f  1859,  mathématicien  allemand  distingué,  vint  à 
Paris  à  l'âge  de  17  ans,  y  étudia  les  mathématiques  pendant  plusieurs  années  et  fit  connaissance 
intime  avec  les  plus  grands  mathématiciens  français.  A  la  recommandation  de  Fourier,  il  fut 
en  1827  nommé  docent  à  Breslau,  devint  en  1839  professeur  ordinaire  à  Berlin  et  après  la 
mort  de  Gauss  en  1855,  professeur  de  mathématiques  à  Gôttingen.  Est  connu  pour  ses 
recherches  fondamentales  sur  plusieurs  branches  des  mathématiques,  principalement  sur  la 
théorie  des  séries  trigonométriqiies  et  sur  la  théorie  des  nombres. 

4.  Dans  le  célèbre  roman  de  Lesage,  Le  diable  boiteux. 

5.  Frans  Xaver  von  Zach,  né  1754,  t  1832,  géodésien  et  astronome,  publia  des  revues  scienti- 
fiques, entre  autres  la  Correspondance  astronomique,  géographique  et  hydraulique.  Gènes 
1816—25. 

6.  Edmund  Jacob  KiUp,  né  1801,  depuis  1827  professeur  à  la  „Real-  und  hôhere  Gewerbeschule" 
à  Darmstadt  et  depuis  1848,  son  directeur. 


124  NOTES    ET    ÉCLAIRCISSEMENTS    SUR   LA    CORRESPONDANCE 


7.  Gmtaf  Cari  Frcdrik,  baron  et  comte  LOwenhjelm,  né  1771,  f  1856,  de  1818  à  1856  envoyé  de 
Norvège  et  Suède  à  Paris,  pair  du  royaume  de  Suède,  inspecteur-général  etc;  marié  en  1826 
à  Cléonice  Iphigénie  de  Baguet,  née  1798,  f  1853. 

8.  Hans  Skramstad,  né  à  Toten  1796,  t  1839,  musicien.    Résidait  à   Paris  pour  son  instruction. 

LETTRE  XIX 

Appartient,  ainsi  que  les  lettres  XXIII  et  XXV,  à  la  Société  royale  des  Sciences,  à  Trond- 
hjem,  qui  les  a  acquises  avec  la  collection  de  manuscrits  de  M.  Thorvald  Boeck,  fils  du  destina- 
taire. Elle  est  actuellement  sur  une  feuille  volante  dans  le  cartonnage  auquel  est  fixée  la  lettre 
XXIII. 

Ecrite  sur  un  côté  d'un  feuillet  in-4°  de  225  ^/m  sur  115  déchiré  par  en  bas  et  réduit  à  une 
longueur  de  190  m/m.  Etait  ployée  et  munie  d'un  pain  à  cacheter.  Ecriture  un  peu  plus  grosse 
que  de  coutume. 

Adresse  incomplète 

à  Monsieur  \ 

Monsieur  G.  B.  B  | 

à  ^ 

Mun  s 

port  payé  sous  l'addresse  de  \  (Bj.  p.  326). 

1.  Alexandre  Brongniart,  né  1770,  f  1847,  géologue,  directeur  de  la  Manufacture  de  Sèvres, 
professeur  de  minéralogie  au  Muséum  et  membre  de  l'Institut,  avait  voyagé  en  Norvège,  où 
il  fut  un  des  premiers  à  étudier  les  fossiles  siluriens  et  les  blocs  erratiques. 

2.  Chez  qui  Abel  était  logé,  voir  à  la  fin  de  la  lettre  XVI. 

LETTRE  XX 

Appartient  à  la  Bibliothèque  de  l'Université,  à  Kristiania,  MS  in-4°,  n°  922,  1.  Etait  d'abord, 
comme  la  lettre  XLVIII,  jointe  aux  lettres  d'Abel  à  Holmboe,  sous  la  signature  MS  in-fol.  n°  433, 
et  a  probablement  suivi  ces  dernières  dans  le  don  fait  par  l'avocat  J.  Holmboe. 

La  lettre  porte  au  revers  le  timbre  postal  français:  3  déc.  1826. 
1.   Karl,  baron  v.   Stein  sum  Altenstein,  né  1770,  f  1840,  ministre  des  cultes  en  Prusse  de  1817 
à    1838.      A   bien    mérité   des  institutions   scolaires  de  la  Prusse:    c'est  ainsi    qu'il  introduisit 
l'obligation   scolaire,  fonda  l'université    de    Bonn,  et   s'attacha  tout   spécialement  à  appeler  des 
maîtres  éminents  aux  chaires  universitaires. 

LETTRE  XXI 

Copie  appartenant  à  la  Bibliothèque  de  l'Université  à  Kristiania  MS  in-  fol.  n°  592,  voir  les 
éclaircissements  sur  la  lettre  IX. 

D'après    le    n°    inscrit  puis  barré  sur  la  copie,  cette  lettre  serait  la  12ème  que  Crelle  a  reçue 
d'Abel.     Dans   la   lettre  XX,    Crelle  mentionne  deux  lettres  reçues  antérieurement,  des  23  octobre 
et  1er  novembre.     On  peut  ainsi  classer  comme  suit  ces  diverses  lettres,  toutes  de  1826: 
Nos  de  Crelle  8     (9)  (10)  (11)  12 

Dates  9  août  —        23  oct.        1er  nov.        4  déc. 

N°  dans  la  publication  actuelle      IX     —  —  —  XXI 


NOTES    ET    ÉCLAIRCISSEMENTS    SUR   LA    CORRESPONDANCE 


125 


Comparez  avec  le  dire  de  la  lettre  XVIII:  „Je  corresponds  régulièrement  avec  lui  [Crelle]  et 
j'ai  de  lui  une  masse  de  lettres  autant  que  j'en  ai  reçu  de  ma  fiancée." 

La  lettre  est  imprimée  dans  le  Journal  de  Crelle  T.  5  1830,  p.  337,  sous  le  n°  III  des  „Bruch- 
stûcke".    Oeuvres  1881  T.  II,  n°  XXII,  p.  268. 

LETTRE  XXII 

Appartient  à  la  Bibliothèque  de  l'Université  à  Kristiania,  MS  in-fol.  n°  433,  8;  voir  les 
éclaircissements  relatifs  à  la  lettre  I. 

Ecrit  sur  un  côté  d'un  feuillet  simple  in-fol.  de  250  ^/m  sur  210.  Sans  adresse,  signature, 
ni    date.      Addition    de    la    main    d'Holmboe:    décembre  1826.     Comme,   d'habitude,  Holmboe  écrit 

expressément:     Regu  le ,  et  que  lui  même  dans  les  Œuvres,  1839,  T.  II,  p.  271,  date  cette 

lettre  de:  Paris  le  ...  .  décembre  1826,  la  mention  ci-dessus  doit  se  rapporter  à  la  date  d'envoi. 
D'après  son  contenu,  cette  lettre  doit  être  à  peu  près  de  même  date  que  la  lettre  XXI  à  Crelle, 
du  4  décembre  1826. 

Oeuvres  1839  T.  II,  no  XXV,  p.  271;  1881  T.  II,  no  XX,  p.  261-262.  l 

(Bj.  p.  314-317). 


LETTRE  XXIII 

Appartient  à  la  Société  des  Sciences  de  Trondhjem  (Collection  Thorv.  Boeck),  voir  les  éclaire, 
à  la  lettre  XIX.  Elle  est  écrite  des  deux  côtés  d'une  feuille  in-4°  de  255  m/m  sur  215,  avec  une  marge 
de  55   m/m,   où  sur   la  première  page,  C.  G.  Maschmann  a  écrit  en  long  quelques  lignes  à  Boeck. 

(Bj.  s.  71;  p.  107,  323-328). 

1.  Probablement  Hans  Backer,  né  1778,  t  1854,  riche  négociant  de  Holmestrand. 

2.  Georg  Herman  Monrad,  né  1793,  f  1828.  Propriétaire  depuis  1813  de  la  pharmacie  du  Lion 
(Loveapotheket)  à  Bergen  ;  marié  en  1821  à  Maren  Berentine  Nicolayscn.  La  mère  de  Monrad 
était  née  Oppenheim,  d'une  famille  juive  établie  en  Danemark. 

3.  Brede    Mûller    Gronvold,   né    1800,   f    1880,   était   lors   de    sa   mort    caissier    de    la  maison 
Ronneberg  à  Aalesund.     Avait  étudié  en     France,  étant  jeune,  pour  devenir  négociant. 


LETTRE  XXIV 

Appartient   à   la    Bibliothèque    de    l'Université,  à    Kristiania,    MS   in-fol.  n°  433,   9;  voir    les 
éclaircissements  à  la  lettre  I. 

Ecrite   sur   du   papier   de    130  ^/m  sur  85,  a  été  pliée  et  fermée  avec  deux  pains  à  cacheter 
bleus.    A  dû  être  incluse  dans  une  autre  lettre. 
Adresse  : 

Sr.  Hoivelbaarenhed 

Herrn  Herrn  Bernt  Holmboe 
Lector. 
(Bj.  s.  68;  p.  102,  319,  328). 
1.    Michaél  Skjelderup,  né  1787,  f  1852,  fut  de  1805  à  1813  professeur  extraordinaire  en  médecine 
à  l'Université    de  Copenhague,   puis    en    même    qualité  à  celle   de  Kristiania.     Jouissait  d'une 
grande   considération    pour   sa   grande   capacité,    et   quoique    bègue,    était   considéré   comme 


126  NOTES    ET   ÉCLAIRCISSEMENTS    SUR   LA    CORRESPONDANCE 


l'homme  le  plus  spirituel  du  Kristiania.     Il   témoigna  la    plus   grande    bienveillance  à  Abel,  et 
fut  l'un  des  huit  intimes  qui  lui  élevèrent  un  monument  dans  le  cimetière  de  Froland. 
2.   Hans  Henrich  Maschmann,  né  1775,  t  1860.    Propriétaire  depuis   1797  de   la   pharmacie  de 
l'Eléphant,  à  Kristiania,  et  depuis  1808  professeur  titulaire. 


LETTRE  XXV 

Appartient  à   la  Société  des  Sciences  de  Trondhjem;  voir  les  éclaircissements   relatifs   à   la 
lettre  XIX. 

Ecrite  sur  un  côté  d'un  feuillet  in4°  de  230  ^/m  sur  210.    Fixée  maintenant  dans  un  carton- 
nage in-4°. 

Adresse  : 

Sr.  Wohlgeboren 
Dem  Herrn,  Herrn  C.  B.  Boeck 

aus  Norv?egen 
jetz  zu  Mûnchen 
fr.  Addressiren  Herrn  Strasburger 

Timbre  postal:    Berlin  26  Febr. 
(Bj.  s.  71,  p.  107,  330,  331.) 

t.  Jms  Esmarh,  né  en  Danemark  1763,  f  1839.  Fut  attaché  à  la  Norvège  depuis  1797  comme 
minéralogiste  scientifique,  avec  poste  à  Kongsberg,  Depuis  1814,  il  fut  professeur  d'exploita- 
tion des  mines  à  l'Université  de  Kristiania. 

2.  Soren  Christian  Sommerféldt,  né  1794,  f  1838,  remplissait  des  fonctions  ecclésiastiques,  mais 
s'est  fait  beaucoup  de  nom  comme  botaniste. 

Jens  Eathke,  né  1769,  f  1855,  fut  de  1799  à  1810  professeur  (overlaerer)  au  lycée  de  Kri- 
stiania, de  1810  à  1813  professeur  de  zoologie  à  l'Université  de  Copenhague,  puis  d'histoire 
naturelle  à  celle  de  Kristiania. 

3.  Comme  ce  qui  est  raconté  ici  du  „Patron"  (Basen)  répond  bien  à  ce  que  la  lettre  XXIII 
raconte  de  Maschmann,  c'est  lui  sans  doute  qui  se  trouve  désigné  par  ce  sobriquet  amical; 
cependant,  son  nom  se  trouve  mentionné  aussitôt  après,  comme  s'il  n'avait  pas  encore  été 
question  de  lui. 

LETTRE  XXVI 

Appartient   à   la  Bibliothèque    de  l'Université,    à  Kristiania,   MS  in-fol.   n°  4S3,  10;  voir    les 
éclaircissements  sur  la  lettre  I. 

Ecrite  d'une  fine  écriture,  d'un  côté  d'un  feuillet  in-4°  plié,  de  255  °»/in  sur  210. 
Adresse: 

Sr.  Wohlgeboren 
Dem  Herrn  Herrn  Bernt  Holmboe 

Professor  der  Mathematik 
fr.  Hamburg  zu  Christiania  in  Norwegen 

Timbre  postal  à  l'avers:    Berlin  4  Mart. 

au  revers:    Hamburg  6  Mart.  27. 


NOTES    ET   ÉCLAIRCISSEMENTS    SUR    LA    CORRESPONDANCE  127 

Oeuvres.  1839,  T.  II  n°  XXV,  p.  272;  1881  T.  II,  n°  XX,  p.  262. 
(Bj.  p.  330,  334-337.) 

1.  Frants  Peckd,  né  à  Copenhague  1798,  f  1868,  était  cousin  de  Chr.  Boeck.  Devint  en  1825 
licencié  en  médecine  à  l'Université  de  Kristiania,  et  entreprit,  à  l'automne  de  la  même  année, 
un  voyage  scientifique  à  l'étranger,  entre  autres  à  Copenhague  et  Berlin.  Finit  par  être 
médecin  provincial  de  la  préfecture  de  Buskerud,  mais  donna  sa  démission  en  1857,  et  fut 
depuis  directeur  des  postes  à  Kongsvinger. 

2.  L'Etat  venait  de  se  procurer  ses  deux  premiers  bateaux  à  vapeur,  dont  l'un,  le  „Prins  Cari", 
faisait  le  service  entre  Kristiania  et  Copenhague. 


LETTRE  XXVII 

Appartient  à  M^^  veuve  Lange;  voir  les  éclaircissements  sur  la  lettre  V. 

Est  écrite  sur  un  quart  de  feuille,  de  127  ^/m  sur  105,  du  même  papier,  facile  à  recounnaître 
à  son  filigrane,  que  la  lettre  XXVI.  Est  actuellement  en  deux  morceaux.  La  marque  •//•  inscrite 
en  haut  et  à  gauche  semble  indiquer  que  le  commencement  de  cette  lettre  était  écrit  sur  un  autre 
morceau  de  papier  analogue.  Ils  ont  été  ensuite  plies  ensemble  en  un  billet  ouvert,  ayant 
105  nx/ni  sur  40,  avec  l'adresse:  Mme  Hansteen.  La  lettre  XXVI  du  4  mars,  adressés  au 
professeur  Holmboe  (pliée  à  la  dimension  de  135  ^/m  sur  88),  demande  expressément  à  Holmboe 
de  remettre  de  sa  main  au  professeur  Hansteen  une  lettre  renfermée  dans  la  première,  et  il  est 
probable  que  le  billet  à  Mme  Hansteen  était  à  son  tour  inclus  dans  une  lettre  à  Hansteen.  Ceci 
s'accorde  bien  avec  le  fait  que  les  lettres  XXVI  et  XXVll  contiennent  toutes  deux  les  mêmes  nou- 
velles au  sujet  de  Boeck  et  celui  qu'aucune  de  ces  deux  lettres  ne  contient  les  compliments  habi- 
tuels pour  l'autre  destinataire.  On  peut  donc  à  bon  droit  fixer  la  date  d'envoi  de  la  présente 
au  4  mars  1827,  de  même  que  pour  la  lettre  XXVI. 
(Bj.  p.  338,  339). 

1.  Severin  Henrik  Ernst  Lavenskjold,  né  1803,  t  1867,  fils  du  statholder  Severin  L.  Etait 
officier  de  cavalerie  et  épousa  à  Munich  en  1827  la  baronne  Francisca  Veronica  Johanne 
Joséphine  (Fanny)  de  Seckendorf-Aberdar,  née  1807,  t  1873;  ils  occupèrent  tous  les  deux  des 
situations  élevées  à  la  cour,  où  lui-même  devint  chef  de  la  Cour  et  sa  femme  grande-maîtresse 
de  la  maison  de  la  reine  Joséphine. 


LETTRE  XXVIII 

Appartient  à  Mme  veuve  Lange;  voir  les  éclaircissements  sur  la  lettre  V. 

Est  écrite  sur  un  petit  feuillet  in-4°,  de  195  m/m  sur  160. 

Etait  pliée  de  telle  sorte  que  l'on  ne  voit  guère  du  dehors  que  la  signature  et  l'adresse.  A 
peut-être  été  envoyée  sans  cachet  par  occasion  [et  aura  peut-être  été  pour  cette  raison  écrite  en 
français  (?)J. 


LETTRE  XXIX 

Appartient  à  la  Bibliothèque  de  l'Université,  à  Kristiania,  MS  in-fol.  592;  voir  les  éclaircisse- 
ments concernant  la  lettre  IX. 


128  NOTES    ET   ÉCLAIRCISSEMENTS    SUR   LA    CORRESPONDANCE 

Dans  le  manuscrit  cité  en  cet  endroit,  le  présent  fragment  a  été  bâtonné,  et  Crelle  n'y  a 
mis  ni  n°  ni  date.  La  raison  en  est  sans  doute  que  ce  fragment  a  été  publié  antérieurement  dans 
le  Journal  de  Crelle  (T.  2,  1827  p.  286  tandis  que  les  autres  fragments  contenus  dans  le  manu- 
scrit ont  été  imprimés  ensemble  au  T.  5,  1830.  Le  fragment  porte  en  haut  et  à  gauche  le  n°  16, 
et  doit,  d'après  nos  présomptions  sur  le  sens  de  ces  numéros,  avoir  été  écrit  entre  le  n°  12  (lettre 
XXI t,  date  de  Paris,  4  déc.  1826,  et  le  n°  17  (lettre  XXX)  daté  de  Kristiania  15  nov.  1827,  et  plus 
près  de  cette  dernière  date.  Voir  les  éclaircissements  à  la  lettre  XX.I.  La  lettre  serait  donc 
probablement  de  Kristiania,  où  Abel  rentra  le  20  mai  1827.  (Voir  d'ailleurs  Bj.  s.  99—102; 
p.  157-167.) 

Oeuvres  1881  T.  I,  n°  XXIX  p.  618. 


LETTRE  XXX 

Appartient  à  la  Bibliothèque  de  l'Université,  à  Kristiania,  MS  in-fol.  n°  592;  voir  éclaircisse- 
ments sur  la  lettre  IX.  D'après  son  n°,  c'est  probablement  la  il^cae  des  lettres  que  Crelle  a 
reçues  d'Abel. 

Imprimée  au  Journal  de  Crelle  T.  V  1830,  p.  33  sous  les  n°  IV  des  „BruchstQcke". 

Oeuvres  1839  T.  II  n°  XXIII,  p.  25i,  1881  T.  II  n°  XXII,  p.  268. 


LETTRE  XXXI 

Ce  fragment  est  traduit  du  texte  norvégien  publié  par  le  professeur  Holmboe  dans  le  „Magazin 
for  Naturvidenskaberne"  1829  T.  9  p.  342— 343  dans  sa  Nécrologie  d'Abel,  institulée:  „Kort  Frem- 
stilling  af  Niels  Henrik  Abels  Liv  og  videnskabelige  Virksorahed"  (p.  334—354).  Ce  texte  était 
lui  même  traduit  de  l'allemand,  mais  l'original  en  est  perdu.  A  aussi  été  déjà  reproduit  en  français 
par  Holmboe  dans  sa  „Nolice  sur  la  vie  de  l'auteur"  (Oeuvres  1839,  T.  I  p.  VII). 

1.  Paul  Heinrich  von  Fuss,  né  1797,  f  1855,  depuis  1823  membre  de  l'académie  des  sciences  de 
St.  Pétersbourg.  Son  père,  Nicolaus  von  Fiiss,  était,  comme  on  le  sait,  le  bon  ami  et  le 
collaborateur  d'Euler. 


LETTRE  XXXII 

Appartient  à  M^^  veuve  Lange;  voir  les  éclaircissements  sur  la  lettre  V. 

Est  écrite  sur  un  côté  d'un  demi-feuillet  in-fol.  de  205  m/m  sur  165,  plié  en  forme  de  triangle, 
comme  on  le  faisait  alors  pour  les  billets.  Après  avoir  été  déjà  fermé  avec  un  pain  à  cacheter 
rouge,  le  billet  a  été  rouvert,  probablement  pour  changer  „mindste"  en  „st0rsle",  et  puis  replié 
dans  l'autre  sens,  fermé  de  nouveau  et  muni  de  l'adresse  suivante,  à  côté  de  premier  pain  à 
cacheter  : 

Fru  Hansteen 

i  Pilestrsedet. 

D'après  la  forme  de  l'adresse  et  l'expression  „le  porteur",  ce  billet  devait  être  écrit  de  Kristiania. 
D'après  ce  qu'Abel  dit  de  son  frère  Thomas  dans  la  lettre  XXXV,  écrite  à  Froland,  29  juillet  1828, 
c'a  sans  doute  été  immédiatement  avant  son  départ  pour  cette  localité  en  juillet. 


NOTES   ET   ÉCLAIRCISSEMENTS   SUH  LA   CORRESPONDANCE  129 

LETTRE  XXXIII 

Appartient  à  Mr"«  veuve  Lange;  voir  les  éclaircissements  relatifs  à  la  lettre  V. 
Est  écrite  sur  un  feuillet  in-4°  de  244  ^/m  sur  205. 

D'après  la  lettre  XXXV,   celle-ci    est  écrite  8  jours  avant  le  29  juillet   1828.    Le  21  juillet 
1828  était  un  lundi,  ([ue  la  présente  lettre  indique  comme  date. 


LETTRE  XXXIV 

Appartient  à  la  Bibliothèque    de    l'Université,  à  Kristiania,   MS  in-fol.  n°  433,   11.     Voir  les 
éclaircissements  à  la  lettre  I. 

Est  écrit  au  recto  d'un  feuillet  in-4°  de  245  ^/m  sur  205.     Le  verso  forme  enveloppe. 
Adresse  : 

S.  T. 
Hr.  Lector  Bemt  Holmboe 

Christiania 

1.  John  Andréas  MesseU,  né  en  1789,  f  1850,  lecteur  en  1824,  puis  professeur,  avait  avec  son 
cousin  F.  W.  Keyser,  bibliothécaire  de  l'Université,  fondé  la  maison  de  librairie  Messel, 
Keyser  &  Cie,  Kristiania   (voir    lettre  XLII.) 

2.  Johan  Andréas  Aubert,  né  1800,  t  1832,  fut  dès  1817  attaché  au  lycée  de  Kristiania,  où  il 
monta  rapidement  en  grade.  Les  félicitations  se  rapportent  à  sa  nomination  comme  co-recteur 
(conrector)  qui  avait  eu  lieu  le  2  juillet  de  la  même  année.  Il  était  philologue,  et  s'intéressait 
vivement  aux  choses  de  l'enseignement. 


LETTRE  XXXV 

Appartient  à  M«ie  veuve  Lange;  voir  les  éclaircissements  relatifs  à,  la  lettre  V. 

Est  écrite  au  recto  d'un  morceau  de  205  ^/m  sur  98,  du  même  papier  que  la  lettre  XXXIV. 

La  signature  est  minuscule. 

Pas  d'adresse,  et  le  papier  est  plié  de  façon  inégale  de  façon  à  répondre  aux  plis  de  la  lettre 
XXXIV  de  même  date,  dans  laquelle  celle-ci  a  dû  certainement  être  incluse.  Voir  le  P.  S.  de  la 
lettre  XXXIV  „je  te  prie  de  le  charger  de  celle  ci-jointe." 

1.  Lars  Moller  Ibsen,  né  1760,  t  1846  a  composé  la  musique  des  deux  airs  nationaux  bien  connus: 
„Hvor  herligt  er  mit  Fodeland"  et  „Mens  Nordhavet  bruser".  A  l'époque  d'Abel  il  était 
négociant,  mais  sacrifia  plus  tard  de  façon  moins  restreinte  à  ses  goûts  musicaux. 

2.  La  fille  aînée  du  maître  de  forges  Smith  se  nommait  Magdaîene  Marie  Hedevig,  née  1806, 
t   1886,    mariée    en   1834   au   pasteur  d'Aastrup  (île  de  Falster),  Antonin  Heineth. 

3.  Hanna  Preiiss  est  peut  être  d'après  M.  A.  E.  Thomle,  Johanne  Marie  Preus,  née  Nissen,  née 
en  1793.  Son  mari  Hans  Henrik  Preus  fut,  de  1823  à  1831,  pasteur  de  Dybvaag,  non-loin 
de  Froland. 

4.  Lina  est  Nicoline  Smith,  sœur  cadette  de  Magdaîene,  née  1809,  et  morte  sans  alliance  chez 
son  oncle  et  beau-frère  Nicolai  Michael  Smith,  gardien-chef  du  phare  d'Utsire. 

CORHESPONDANCE   d'aBEL   —    17 


130  NOTES    ET    ÉCLAIRCISSEMENTS    SUR   LA   CORRESPONDANCE 

LETTRE  XXXVI 

Appartient  à  M^e  veuve  Lange;  voir  les  notes  se  rapportant  à  la  lettre  V. 

La   lettre   est   écrite  sur  un  fragment  d'enveloppe  de  150  ^/m  sur  125,  avec  les  restes  d'une 
adresse  (pas  de  la  écriture  d'Abel): 
}  essorinde  Hansteen 
]        i  Christiania 

La  longueur  des  lignes  se  règle  sur  la  déchirure  du  papier. 

D'après  l'apparence  extérieure,  Bjerknes  peut  avoir  des  raisons  pour  dire  qu'on  ne  sait  à  qui 
la  lettre  est  adressée,  mais  comme  elle  fait  partie  de  la  collection,  appartenant  à  M^^  veuve 
Lange,  des  lettres  d'Abel  à  Mme  Hansteen,  et  que  d'un  autre  côté,  comme  style  et  comme  contenu, 
elle  s'accorde  si  bien  avec  celles-ci,  nous  n'avons  éprouvé  aucune  hésitation  quant  à  la  personne 
à  qui  elles  sont  adressées.  „Mon  mémoire  est  imprimé  .  .  .  ."  se  réfère  à  la  „Soltition  .  .  .  ." 
(voir  Holst,  Introduction  historique,  p.  96)  dont  il  est  question  dans  la  lettre  XXXIV,  et  il  semble 
que  celle-ci  ait  été  écrite  très-peu  après,  à  Froland,  en  août  1828;  d'après  la  lettre  XXXIV, 
du  29  juillet,  Abel  comptait  partir  de  là  le  vendredi  15  août. 

(Bj.  s.  116;  p.  218.) 

LETTRE  XXXVII 

Est  traduite  de  l'article  nécrologique  (en  norvégien)  de  Holmboe  dans  le  „Magazin  for  Natur- 
videnskaberne"  T.  9,  1829  p.  343—344,  cf.  Oeuvres  1839  T.  I  p.  VIII  (voir  aussi  les  éclaircissements 
relatifs  à  la  lettre  XXXI). 

LETTRE  XXXVIII 

Appartient  à  Mme  veuve  Lange;  voir  aux  éclaircissements  relatifs  à  la  lettre  V. 
Est   écrite   au    1er  recto   d'une   feuille   in-4°  de  250  m/m  sur  205,  pliée  et  fermée  d'un  pain  à 
cacheter. 

Adresse: 

S.  T. 
Fru  Professorinde  Hansteen 

Adresse  Fru  Friederichsen 
frco.  Kjobenhavn 

Hermed  en  lille  Pap-^ske  Gammel  Torv  No.  6. 

mœrket:  H.  A.  H. 
(Ci-joint  une  petite  boîte  en  carton, 
marquée  H.  A.  H.). 
Sur  le  côté  du  cachet,  on  lit  à  l'intérieur:     Le  pain  trop  noir. 

Le  cachet  laisse  voir  une  tête  de  Minerve,  la  même  qui  se  trouve  au  cachet  de  la  lettre  XVIII, 
de  Paris,  du  24  octobre  1826,  et  qu'on  retrouve  aussi  sur  la  lettre  XIX,  du  même  endroit,  datée 
du  1er  novembre  1826,  ainsi  que  sur  la  lettre  XXXIV  du  29  juillet  1828,  datée  de  Froland.  Le 
cachet  a  donc  dû  être  celui  d'Abel  après  son  séjour  à  Paris.  —  C'est  ce  cachet  qui  est  reproduit 
en  vignette  au  titre  du  présent  ouvrage. 
(Bj.  p.  234.) 


NOTES    ET   ÉCLAIRCISSEMENTS    SUR   LA    CORRESPONDANCE  131 

LETTRE  XXXIX 

Appartient  à  la  Bibliothèque  de  l'Université,  à  Kristiania,  MS  in-fol.  n°  592;  voir  les  éclaircisse- 
ments sur  la  lettre  IX. 

D'après  son  numéro,  cette  lettre  semble  devoir  être  la  26ème  que  Crelle  a  reçue  d'Abel. 

Elle  est  imprimée  ici,  d'après  la  copie  en  question,  jusqu'aux  mots  :  „Ich  werde  ein  Theorem  .  .  ." 
Le  reste  est  d'après  le  fac-similé  de  la  lettre  d'Abel  que  l'on  trouve  dans  le  journal  de  Crelle, 
T.  25,  et  qui  s'accorde  bien  avec  la  copie  en  ce  qui  concerne  le  texte  français. 

Imprimée  antérieurement  dans  le  journal  de  Crelle  T.  5,  1830  p.  34,  sous  le  N°  V,  1  &  2, 
des  «Bruchstûcke".    Oeuvres  1839  T.  II,  n°  XXIII,  p.  254—255;  1881  T.  II,  n°  XXII,  p.  269-270. 


LETTRE  XL 

Reproduite  ainsi  qu'une  autre  lettre  écrite  plus  tard  par  Legendre  (lettre  XLIII)  d'après  l'article 
nécrologique  de  Holmboe  dans  le  „Magazin  f.  N."  T.  9  1829,  p.  344—347.  Cfr.  éclaircissements 
sur  les  lettres  de  Crelle  à  Abel,  lettres  XXXI  et  XXXVII  (Bj.  p.  223). 


LETTRE  XLI 

Appartient  à  M'^^  veuve  Lange;  voir  les  éclaircissements  sur  la  lettre  V. 

Ecrite  sur  une  feuille  in-4°  de  240  ni/m  sur  200,  où  la  4ème  page  sert  d'enveloppe,  fermée  par 
un  pain  à  cacheter.  Au  premier  feuillet,  il  manque  environ  140  ^/m  sur  200,  comprenant  le 
commencement  et  la  date.  Ce  commencement  n'y  était  plus  lorsque  la  lettre  est  parvenue  dans 
les  mains  de  M^^  veuve  Lange. 

La  lettre,  mentionnant  celle  de  Legendre  du  25  oct.  1828  (lettre  XL),  doit  avoir  été  écrite  à 
Kristiania  dans  le  courant  de  novembre  1828.  L'adresse  de  M^ae  Hansteen  à  Copenhague  est  la 
même  que  lors  de  la  lettre  XXXVIII  du  22  sept.  1828. 

(Bj.  p.  219,  222,  223.) 

1.  Matthias  Numsen  Blytt,  né  1789,  f  1862,  étudia  d'abord  le  droit  avec  une  subvention  du  roi 
Charles  Jean,  mais  en  même  temps  aussi  l'histoire  naturelle,  et  surtout  la  botanique  où  il 
acquit  beaucoup  de  célébrité.  La  communication  d'Abel  se  rapporte  à  sa  nomination  au  poste 
de  lecteur  à  l'Université,  en  date  du  29  novembre  1828. 


LETTRE  XLII 

Appartient  à  la  Bibliothèque  de  l'Université,  à  Kristiania,  MS  in-4°  n°  921.  Don  fait  en  1882 
par  le  professeur  K.  Th.  Weierstrass  de  Berlin;  voir  les  éclaircissements  se  rapportant  à  la 
lettre  LIV. 

Est  écrite  sur  une  feuille  in4°  de  270  m/m  sur  275.  Elle  porte  la  mention  :  Reçue  le  10 
décembre. 

Reproduite  d'après  l'original  d'Abel,  voir  fac-similé  VI. 

Imprimée  antérieurement  au  Journal  de  Crelle,  T.  6,  Berlin  1830,  p.  336—343,  sous  le  titre: 
Fernere  Bruchstûcke  aus  Herrn  N.  H.  Abels  Briefen. 

Oeuvres  1839  T.  II,  n°  XXIV,  p.  256-263;  1881  T.  II,  n°  XXUI,  p.  271-279. 

(Bj.  p.  224-225.) 


132  NOTES    ET   ÉCLAIRCISSEMENTS    SUR   LA    CORRESPONDANCE 


LETTRE  XLIII 

Reproduite   d'après   Oeuvres   1839  T.  I,  IX— XL    Traduite  en  norvégien  dans  l'article  nécro- 
logique par  Holmboe  dans  le  „Magazin  for  Nat."  T.  9  1829,  p.  347—349. 


LETTRE  XLIV 

Appartient  à  la  Bibliothèque  de  l'Université,  à  Kristiania,  MS  in-4°  n°  922  ;  voir  les  éclaircisse- 
ments de  la  lettre  XX. 

D'après  les  timbres  de  la  poste,  elle  passa  à  Berlin  le  9  et  à  Hambourg  le  14  avril. 

LETTRE  XLV 

Appartient,    ainsi   que   la   lettre   XL VI   à  l'Observatoire  de  Kristiania,  dans  la  collection  des 
papiers  d'Hansteen. 

1.  Meier  Hirsch,  né  en  1765,  f  1851,  était  professeur  libre  de  mathématiques  à  Berlin.  Publia 
en  1809  une  collection  de  problèmes,  où  il  crut  avoir  trouvé  la  solution  générale  des  équations 
de  tous  les  degrés.  C'est  à  cela  que  fait  sans  doute  allusion  son  archimédique  ^Ev^rjxa.  Il 
découvrit  aussitôt  après  son  erreur,  peut-être  à  l'aide  d'un  „lapis  lydius"  (pierre  de  touche) 
comme  celui  recommandé  par  Degen.     Fut  plut  tard  atteint  d'aliénation  mentale. 

2.  Lucien,  Halcyon  3.  (On  se  croit  sans  issue,  et  la  route  est  facile;  on  se  croit  sans  ressource, 
et  la  ressource  est  là.) 

(Bj.  s.  5;  p.  5.) 


LETTRE  XLVI 
Appartient  comme  la  précédente  à  l'observatoire  de  Kristiania. 
(Bj.  s.  12;  p.  16.) 

LETTRE  XLVII 
On  ne  la  connait  que  par  la  transcription  due  au  dr.  Holst;  voir  les  éclaircissements  sur  la 
lettre  XIV. 

La  lettre  était  cachetée  de  cire  noire  avec  le  cachet  de  la  forge  de  Froland. 

LETTRE  XLVIII 
On   ne   la   connait   que   par   la   copie   due   au  dr.  Holst.     Voir  aux  éclaircissements  sur  la 
lettre  XIV. 

LETTRE  XLIX 

On  ne  la  connait  maintenant  que  par  la  copie  prise  par  le  dr.  Holst;  voir  les  éclaircissements 
relatifs  à  la  lettre  XIV. 

Elle  est  datée  des  22  et  23  février  sans  indication  d'année,  mais  elle  doit  être  rattachée  à 
l'année   1830,   attendu   que   M^Ue  Kemp   y  est  nommée  comme  fiancée  à  Keilhau.    Ainsi  qu'on  le 


NOTES    ET    ÉCLAIRCISSEMENTS    SUR    LA    CORRESPONDANCE  133 


voit  par  la  lettre  de  M^Ue  Kemp  à  M«»o  Hansteen  en  date  du  26  janvier  1830  (appartenant  à 
Mme  veuve  Lange)  les  fiançailles  eurent  lieu  en  effet  le  jour  de  son  26ème  anniversaire,  c'est-à-dire 
le  25  janvier  1830,  et  d'après  une  remarque  ajoutée  sur  la  même  lettre  (ptir  M^^  Hansteen)  le 
mariage  eut  lieu  le  2  novembre  de  la  même  année. 

1.  Ole  Tennesen  Tuxen,  né  1788,  "j*  1851,  pharmacien  à  Arendal,  frère  du  capitaine-commandant 
P.  M.  Tuxen  à  Copenhague  (oncle  d'Abel  —  voir  lettre  I,  note  6)  Il  épousa  en  secondes 
noces  en  1826  MeUo  Antonette  Kittel. 


LETTRE  L 

Reproduite  d'après  Oeuvres  1839  T.  I  p.  XIV. 
(Bj.  p.  247,  321.) 

LETTRE  LI 
Appartient  à  M.  le  professeur  C.  A.  Bjerknes. 

LETTRE  LU 

On   ne   la   connait  que   par   la  transcription  due  au  dr.  Holst:  voir  les  éclaircissements  à  la 
lettre  XIV. 

Mention:   Reçue  le  2  juin  1840. 

LETTRE  LUI 
Appartient  à  M'^^  Lie,  veuve  du  professeur  Sophus  Lie. 

LETTRE  LIV 

Appartient  à  la  Bibliothèque  de  l'Université,  à  Kristiania,  MS  in-8°  n°  190. 
Don  de  feu  le  professeur  Sophus  Lie. 


134  NOTES   ET   ÉCLAIRCISSEMENTS    SUR   LA    CORRESPONDANCE 


RÉSUMÉ 


Cette  correspondance  comprend  en  tout  38  lettres  d'Abel,  conservées  en  tout  ou  en  partie,  et 
allant  du  15  juin  1823  au  25  novembre  1828.  Il  y  en  a  11  à  Holmboe,  10  à  Mme  Hansteen,  6  à 
Crelle,  5  à  Hansteen,  3  à  Boeck,  1  à  Elisabeth  Abel,  1  à  Keilhau  et  1  à  Legendre.  On  a  en  outre 
inséré  6  lettres  adressées  à  Abel,  4  par  Crelle  et  2  par  Legendre,  puis  comme  appendice  10  lettres 
relatives  à  Abel,  et  intéressantes  pour  sa  biographie. 

Les  deux  plus  anciennes  des  lettres  d'Abel  sont  à  Holmboe  et  datent  de  son  premier  séjour 
à  Copenhague  en  1823.  Les  24  suivantes,  c.a.d.  la  grande  masse,  remontent  au  grand  voyage 
de  1825  à  1827,  et  sont  principalement  adressées  à  Holmboe,  à  Mme  Hansteen,  à  Crelle  et  à  Boeck. 
De  plus  il  y  en  a  3  de  la  fin  de  1827,  datées  de  Kristiania,  et  9  de  la  dernière  moitié  de  1828, 
principalement  à  Mme  Hansteen.  Les  lettres  que  l'on  a  conservées  ne  fournissent  donc  aucun 
renseignement  sur  sa  vie  depuis  1823  jusqu'en  septembre  1825.  Les  trois  allant  du  mois  d'avril 
1827  au  mois  de  juin  1828  ne  fournissent  rien  non-plus  sur  la  personne  d'Abel.  Ce  qui  nous 
reste  maintenant,  ce  n'est  donc  en  somme  que  les  lettres  de  voyage  de  1823  et  de  1825  (sep- 
tembre) à  1827  (mars),  et  un  tout  petit  nombre,  8  (dont  5  à  Mme  Hansteen),  provenant  de  sa  der- 
nière année  d'existence,  pendant  quelques  mois  de  la  dernière  moitié  de  1828,  et  écrites  soit  de 
Kristiania,  soit  de  Froland. 

Sur  les  lettres  (plus  de  26)  qu'Abel  doit  avoir  écrites  à  Crelle,  on  ne  connait  plus  que  6 
fragments  mathématiques.  Les  nos  inscrits  par  Crelle  semblent  seulement  nous  indiquer  que  ce 
sont,  dans  cette  correspondance,  les  numéros  2,  8,  12,  16,  17  et  26.  D'après  les  renseignements 
que  l'on  trouve  disséminés  dans  les  diJBférentes  lettres,  on  a  pu  chercher  à  reconstituer  par  divination 
la  série  complète  comme  suit: 

N°  1  et  n°  2  (lettre  IX)  de  Freiberg,  fin  de  février  ou  commencement  de  mars,  et  14  mars 
1826.  Aussitôt  arrivé  à  Vienne,  Abel  dit  (lettre  XI  du  16  avril)  qu'il  a  reçu  deux  longues  lettres 
de  Crelle,  probablement  en  réponse  aux  nos  1  et  2,  écrites  par  Abel  après  qu'il  eut  quitté  Crelle 
à  Berlin  pour  se  rendre  à  Freiberg  et  „il  attend  la  troisième",  probablement  en  réponse  à  un  n°  3 
écrit  entre  le  14  mars  et  le  16  avril,  peut-être  pendant  les  8  jours  de  séjour  à  Dresde,  vers  le 
29  mars. 

Il  est  probable,  dans  tous  les  cas,  qu'un  n°  4  doit  avoir  été  écrit  pendant  les  5  semaines  du 
séjour  à  Vienne  (14  avril— 25  mai).  Lors  de  l'envoi  du  n°  8  (lettre  XV),  écrit  de  Paris  le  9  août, 
Abel  avait  déjà  séjourné  un  mois  à  Paris,  et  il  parait  donc  naturel  d'attribuer  à  Paris  un  n°  7, 
écrit  en  juillet;  les  nos  5  et  6  remonteraient  alors  au  voyage  de  Vienne  à  Paris  (25  mai — 10  juillet), 
ou  bien  sont  à  partager  entre  ces  deux  villes.  Le  n°  9  vient  alors  après  le  9  août,  le  n°  10, 
le  23  octobre,  le  n°  11,  le  premier  novembre,  et  le  n°  12  (lettre  XXI)  le  4  décembre  1826,  tous 
écrits  à  Paris  (voir  les  éclaircissements  relatifs  à  la  lettre  XXI).  Depuis  le  4  décembre  jusqu'au 
départ  (29  décembre)  Abel  a  probablement  dû  expédier  de  Paris  une  lettre  n°  13  pour  annoncer 
son  arrivée  à  Berlin.  On  peut  admettre  que  le  n°  14  aura  été  écrit  en  mai  1827  après  la  rentrée 
à  Kristiania,  le  n°  15  et  le  n°  16  (ce  dernier  conservé  en  partie,  lettre  XXIX)  datent  alors 
naturellement  de  Kristiania,  été  et  automne  1827,  ainsi  que  le  n°  17  (lettre  XXX)  du  15 
novembre  1827. 


NOTES    ET   ÉCLAIRCISSEMENTS    SUR   LA    CORRESPONDANCE  135 

Les  8  lettres  suivantes  (nos  18  à  25)  appartienraient  à  la  période  s'étendant  du  15  novembre 
1827  au  18  octobre  1828,  date  du  n°  26  (lettre  XXXIX)  et  auraient  été  écrites  de  Kristiania,  ou, 
pendant  les  vacances,  de  Froland.  Une  d'elles  doit  être  du  29  mars  1828.  (Voir  L.  Sylow,  Etudes, 
et  découvertes,  p.  4). 

Pendant  ces  11  mois,  on  peut  voir  que  Crelle  a  écrit  à  Abel  pour  le  moins  les  18  mai 
(lettre  XXXI)  11  juillet,  (voir  lettre  XXXIII)  et  10  septembre  1828,  (voir  lettre  XXX VII)  ;  de  plus, 
d'après  le  document  LXX,  il  en  a  aussi  écrit  une  en  juin.  Ceci,  de  même  que  le  numérotage  des 
lettres  d'Abel  à  Crelle,  semble  indiquer  que  cette  correspondance  a  été  à  peu  près  mensuelle. 
A  son  avant-dernière  lettre  à  Abel,  datée  du  27  mars  1829  (voir  lettre  XLIV),  Crelle  dit  lui- 
même  qu'il  n'a  pas  encore  eu  de  réponse,  le  jour  (8  avril)  où  il  envoie  sa  dernière  lettre,  écrite 
ainsi  deux  jours  après  la  mort  d'Abel.  Il  est  assez  probable  qu'Abel  aura  encore  écrit  quelques 
lettres  à  Crelle  après  celle  du  18  octobre  1828,  qui  nous  est  conservée. 

Il  serait  excessivement  important,  pour  mieux  comprendre  la  vie  et  la  personne  d'Abel,  de 
pouvoir  retrouver  ces  lettres  à  Crelle,  qui  doivent  en  grande  partie  remonter  à  des  époques  pour 
lesquelles  manquent  complètement  les  lettres  d'Abel  à  ses  amis  de  Norvège. 


TEXTE  OEIGINAL  DES  LETTRES 


ÉCRITES  PAR  ABEL  EN  NORVEGIEN 


TEXTE    ORIGINAL   DES   LETTRES   d'aBEL    —    1 


TEXTE  ORIGINAL  DES  LETTRES 

ÉCRITES  PAR  ABEL  EN  NORVÉGIEN 

I.    ABEL  A  HOLMBOE 

Kjobenhavn  den  15  Juni  1823. 
Min  kjœre  Ven! 

Efter  Lofte  skriver  jeg  til  [Dig]  ojenblikkelig.  —  Det  ferste  angaaer  min  Reise. 
Den  forste  Dag  forcerede  vi  blot  tre  Miil.  Den  anden  Dag  kom  vi  til  Drobak 
hvor  vi  laae  to  Dage,  og  hvor  jeg  var  i  Selskab  hos  Zvingelmayer,  der  bar  tre 
ret  smukke  Dottre.  —  Dagen  derpaa  fik  vi  god  Vind,  saa  vi  kom  ud  af  Gbristiania 
Fiorden,  og  de  to  folgende  Dage  gik  det  hurtigt.  Jeg  kom  til  Kjobenbavn  i  Fredags, 
og  forcerede  oienblikkelig  til  Fru  Hansteens  Soster,  Fru  Fredriksen,  hvor  jeg  blev 
sœrdeles  vel  modtaget.  Det  er  en  overmaade  hyggelig  Kone;  hun  er  meget  smuk, 
og  bar  fire  Stedboren  men  ingen  selv;  hendes  Mand  er  reist  til  Vestindien  for  kort 
Tid  siden.  —  Om  en  otte  Dags  Tid  reiser  hun  til  Soroe  til  sin  Moder,  og  hun  liar 
bedet  mig  komme  derud;  Jeg  bar  tœnkt  at  modtage  Indbydelsen.  Jeg  bar  vœret 
hos  Prof:  Thune,  en  overmaade  godlidende  og  snild  Mand  men  efter  mine  Tanker 
noget  pedantisk.  Han  modtog  mig  paa  den  hofligste  Maade.  —  I  Dag  bar  jeg 
vœret  hos  Prof:  Degen;  den  pussigste  Mand  Du  kan  forestille  Dig;  han  sagde  mig 
mange  Complimenter  iblant  andet  at  han  vil  lœre  meget  af  mig;  hvilket  jeg  blev 
meget  undseelig  over,  som  Du  let  kan  tœnke.  —  Han  bar  et  nydelig  mathematisk 
Bibliothek.  —  Kreidal  er  Lœrer  ved  Odense  Skole,  og  studerer  af  al  Magt  Mathe- 
matik;  hvilket  vist  vil  interessere  Dig  ligesaa  meget  som  mig.  v.  Schmidten  er 
nu  i  Berlin  og  ventes  bertil  med  det  ferste.  —  Ursin  bar  jeg  endnu  ikke  tait  med. 


4  TEXTE    ORIGINAL    DES    LETTRES    ÉCRITES    PAR   ABEL   EN    NORVÉGIEN 

Han  skal  ikke  vaere  synderlig  stiv.  Han  er  nylig  gift.  Jeg  har  endnu  ikke  vaeret 
paa  Bibliothekerne  her  i  Byen  men  de  skal  efter  hvad  jeg  har  hart  ikke  vœre 
synderlig  forsynet  med  mathematiske  Beger,  hvilket  er  en  slem  Ting.  —  Jeg  har 
faaet  det  overordentlig  godt  her  i  Byen;  da  jeg  logerer  hos  min  Onkel  Gapitain 
Tuxen;  de  har  tilbudet  mig  frit  Ophold  saa  laenge  jeg  vil  opholde  mig  her.  Hans 
Familie  er  meget  vidtloftig  og  intéressant;  saa  jeg  haaber  at  faae  det  meget  for- 
neielig.  —  Han  har  otte  Bern.  —  Damerne  her  i  Byen  er  umaadelig  stygge  men 
dog  nette.  —  Prof:  Kejser  reiste  herfra  samme  Dag  jeg  kom,  og  er  vel  allerede  i 
Christiania  naar  du  faaer  dette  Brev.  Det  har  vœret  en  droi  Karl.  Degen  er  gift, 
hvilket  jeg  ikke  havde  taenkt.  Han  har  en  smuk  Kone  men  ingen  Born.  —  Thune 
er  ugift.  —  Jeg  har  tait  med  Chr:  Nilsen.  Han  reiser  til  Christiania  nœste 
Thorsdag  i  Folge  med  Meinerts  igjennem  Sverrig. 

Her  ère  mange  Vindmagere  her  i  Byen.  — 

Alting  er  ringere  her  end  i  Christiania.  — 

Henrik  er  vel  kommen  til  Byen  nu;  jeg  beder  hilse  ham  meget,  ligesaavel  som 
dine  andre  Brodre.  —  Kongen  er  ikke  i  Byen  nu  men  i  Holsteen  med  sin  Familie. 

Videnskabs  Maend  her  troe  at  der  er  et  reent  Barbarie  i  Norge,  og  jeg  gjor 
mig  al  Umage  for  at  overtyde  dem  om  det  modsatte.  —  Jeg  er  buden  ud  i  Efter- 
middag  saa  at  jeg  ikke  har  Tid  til  at  skrive  mère  dennegang.  Du  skal  med  det 
forste  hore  mère  fra  mig.  — 

Hils  aile  gode  Venner. 

Din  Ven 

N:  Abel. 


IL    ABEL  A  HOLMBOE 


Kjobenhavn  [4  août  1823] 

Tag  Decimal- 
braken  med. 


Gode  Ven!  Aar  V6.064.321. 219 

Du  har  vel  faaet  mit  Brev  som  jeg  skrev  Dig  til  strax  jeg  var  kommen.  — 
Jeg  vil  nu  videre  mœlde  Dig  hvad  Observationer  jeg  har  gjort.  Mathematiken 
florerer  just  ikke  her.  Jeg  har  endnu  ikke  faaet  opsnuset  nogen  blant  Studenterne 
som  er  noget  stive,   og  langt  mindre  nogen  som  ex  professo  dyrker  Math:.  —  Den 


TEXTE    ORIGINAL    DES    LETTRES    ÉCRITES    PAR   ABEL   EN   NORVÉGIEN 


eneste  som  kan  Math:  her  er  Degen,  men  han  er  ogsaa  en  Djœvels  Karl.  Han 
har  viist  mig  flere  af  sine  Smaaarbeider  og  de  robe  en  stor  Finesse.  Jeg  har  ogsaa 
viist  ham  nogle  af  mine  han  syntes  godt  om  dem  isœr  blev  han  ganske  indtagen 
i  en  Formel  som  angav  hvormange  ulige  Factorer  et  Tal  har,  hvilken  han  ikke  kunne 
begribe  hvorledes  jeg  havde  fundet  Den  lille  Afhandling  som  Du  erindrer  handlede 
om  de  omvendte  Functioner  af  Transcendantes  elliptiqves,  og  hvori  jeg  havde  beviist 
noget  umueligt  har  jeg  bedet  ham  lœse  igjennem;  men  han  kunde  ikke  opdage 
nogen  Feilslutning,  eller  begribe  hvori  Feilen  stak;  Gud  veed  hvorledes  jeg  skal 
komme  ud  deraf.  — 

Jeg  har  i  denne  Tid  studeret  to  vigtige  Vœrker  nemlig  Application  de  l'analyse 
à  la  géométrie  par  Monge  og  Essai  sur  la  théorie  des  nombres  par  Legendre.  Det 
sidste  er  umaadeligt  intéressant  og  det  er  stor  Skade  at  det  ikke  skal  fmdes  i 
Christiania.  —  Folgende  Theorem  som  fmdes  der  og  som  vistnok  er  det  mserk- 
vaerdigste  i  hele  Mathematiken  kan  jeg  [ikke]  afholde  mig  fra  at  afskrive: 

Theorem:    H  vis  y  betegner  det  An  tal  Primtal  som  fmdes  mellem  1  og  ;r  saa  er 


y  = 


log  X  —  1,08366 


Logarithmen  er  naturligviis  hyperbolisk.  — 

Formelen   er  som   man  let  kan  tœnke  kun  approximatorisk,   men  kommer  dog 
Sandheden  meget  naer,  hvilket  Du  kan  see  af  folgende  Tabel 


Beviset  for  denne  Formel  kan  Du 
agitere  dig  paa  til  jeg  kommer  hjem, 
saa  skal  jeg  meddele  dig  det  Beviis 
som  fîndes  hos  Legendre. 


Et  andet  smukt  Theorem  er  at  a^-\-a-\-  41  er  et  Primtal  naar  a  er  et  af 
Tallene  0,  1,  2,  3,  4  ....  til  39.  —,  og  mange  andre.  —  Bibliothekerne  ère  ikke 
godt  forsynede  med  mathematiske  Boger;  men  de  besidde  en  god  Deel  Videnskabers 
Selskabs  Skrifter.  I  blandt  andre  Philosophical  transactions,  hvori  fmdes  mange 
meget  gode  Sager;   saa   at  Engellœnderne   ikke   ère   saa  daarlige   i  Mathematiken 


<c 

efter 

^  den  sande 

Formel: 

Vserdi  : 

10000 

1230 

1230 

100000 

9588 

9  592 

200000 

13844 

13849 

300000 

26023 

25  998 

400000 

33854 

33861 

1000000 

78543 

78  527 

6  TEXTE    ORIGINAL    DES    LETTRES    ÉCRITES    PAR   ABEL    EN    NORVÉGIEN 

som  jeg  havde  tœnkt.  Herschel  og  Young  ère  meget  flinke.  Ivory  er  blandt  de 
bedste  nulevende  Math:  (hvis  han  ikke  er  dod).  Jeg  har  laest  tre  Afhandlinger  af 
V.  Schmidten,  de  ère  ikke  saa  gode  som  jeg  havde  tœnkt;  dog  bhver  han  altid  en 
sœrdeles  flink  Math:,  det  var  rigtig  nok  ogsaa  hans  ferste  Arbeider.  — 

Jeg  har  lœst  en  Maengde  af  Gruson  (verjagen),  det  er  en  gruelig  Trompeter; 
dog  har  han  beviist  at  e  er  irrational.  —  Du  kan  tœnke  at  han  har  havt  den 
Uforskammenhed  at  stjœle  en  Afhandhng  fra  Parseval  og  indlevere  til  det  BerUnske 
Videnskabers  Selskab.    Den  er  oversat  Ord  til  an  det.  — 

Foruden  at  jeg  lœser  arbeider  jeg  ogsaa  selv.  Saaledes  har  jeg  S0gt  at  bevise 
UmuHgheden  af  Ligningen  a"  =  6*»  -|-  c"  i  hele  Tal  naar  n  er  storre  end  2  ;  men 
jeg  har  jeg  vaeret  hseldet.  Jeg  har  ikke  kommet  videre  end  til  indlagte  Theoremer, 
som  ère  snorrige  nok.  —  Folgende  Ligning: 


\p{a)  =    (p{ax) . 


f{x)  dx     [x  =  k,  X  =  k') 


har  jeg  oplost,  hvor  tp  og  f  ère  to  givne  Functioner  og  hvor  (p  soges.  — 
Endvidere  har  jeg  integreret  folgende  Udtryk 


X*"  dx 


l/ /a  —  [m  +  2)  x"^  +  ^  +  [m  + 1)  a;"'  +  ^\  (l  +  2a;  +  3a;2  +  . . .  +  m  x*^-^  +  (m  -f  \)xA 

hvor  a  er  en  hvilkensomhelst  constant  Storrelse,  hvilket  er  vel  at  mœrke.     Kan  Du 
integrere  dette  Udtryk?  —  Det  er  ikke  vanskelig.  — 

Den  Iste  Julii  hoitidehgholdtes  Regentsens  Jubilœum.  Jeg  var  med.  Der  blev 
drukket  tappert  800  Flasker  Viin.  Her  har  vaeret  to  Gange  Comodie.  Jeg  var  der 
begge  Gange.     Den  sidste  Gang  blev  et  Stykke  udpebet.  — 

Jeg  kommer  hjem  i  Slutningen  af  August,  og  skal  da  meddele  Dig  min  Host 
som  er  ganske  god.  — 

Hvis  Du  vil  beaere  mig  med  et  Par  Ord  saa  er  min  Adresse 
Ghristianshavn  Store  Strandgade  No.  30. 

Hils  dine  Brodre  meget  fra  mig.  — 

Din 
N.  Abel. 


TEXTE    ORIGINAL   DES    LETTRES    ÉCRITES    PAR    ABEL    EN    NORVÉGIEN 


Theoiem  I. 

Ligningen 

a"  =  6"  +  c« 

hvor  V  er  et  Primtal  er  iimiielig  naar  een  eller  flere  af  Storrelserne: 

m m m 

a,b,c,      a-^h,       ft  +  c,       b  —  c,       ia,      ib ,      Vc 
ère  Primtal. 

Theoreni  IL 
Hvis  m  an  har 

a«  =  6"  +  c" 

saa  maa  man  altid    kunne   oplose  a,  5,  c  i  to  Fadorer  der  ère  indbyrdes  Primtal 
saaledes  at  hvis  man  sœtter  a  =  a  .a,  b  =  §  .b' ,  c=^y  .c  , 
man  da  har: 

enten  1) 

a;n  _|_  })'n  _|_  c'«  _  a'«  -f  6'^  —  c"  _  a "  -|-  <^'"  —  ^'" 

a  = 2 ;  b—  ^  '  ^—  2 

eller  2) 

a  = 2  '     "  —  2  ;    ^'  —  2 

eller  3) 

^'«  _|_  n"--  6'«  +  0'"  .  _  a'"  -1-  ^?n-l  yn  _t!n  _  g  "  -f  c'"  —  tZ"-^  y*» 

a  = 2  ;    b  —  2  ;    6-  —  ^ 

eller  4) 

a  — 2  '    ^  ~  2  ;    ^*  —  2 

eller  5) 

_  a'"  4-  n«-^  (i'*»  -|-  c'")         _  a"-f-n"-^(y»  — c")  _  g'"  —  '/i*'-^  (y»  -}-  c  ") 

a  —  2  ;    b  —  ^  ;    c  —  ^ 


8  TEXTE    ORIGINAL    DES    LETTRES    ÉCRITES    PAR    ABEL    EN    NORVÉGIEN 


Theorem  III. 
For  at  Ligningen 

a«  =  Jw  -)-  c*» 
skal  vœre  muelig  maa  a  hâve  een  af  folgende  tre  Former 
1)     ^^^-  +  r+^ 

^)    a  =  ^"  +  y"  +  n»-^  ^  hvor  x  o^  ij  o^  z  ingen  faelleds 

'  2 


Factorer  maa  hâve. 


^J     «— 2 


Theorem  IV. 
Den  mindste  Vœrdie  a  kan  hâve  er 

5n  _1_  Qn     1     On 

^  =  1^  "    n^  -^  [Les  nombres  5,  3,  2,  ont  été 

Jt  corrigés  par  Abel  en  9, 5  et  4] 

og  den  mindste  Vaerdie  den  mindste  af  Storrelserne  a,  h,  c  kan  hâve  er 

5"  —  o"  -}~  -^^  [Comme  ci-dessus;  cependant 

2  Abel  n'a  pas  continué  la  cor- 

rection dans  ce  qui  suit] 

f.  Ex.  naar  n=^l  saa  er  den  mindste  Vœrdie  c  kan  hâve 

e  —  5^  —  3^  +  2^  _  78125  -  2187  +  128      76066 
2  2  ~~T~ 

eller  c  =  38033 

og  i  dette  Tilfaelde  er  a  =  40220 

h  =  40092 

men  disse  Vœrdier  ère  umueHge.  — 


TEXTE    ORIGINAL   DES    LETTRES    ECRITES    PAR   ABEL   EN    NORVÉGIEN  9 

m.    ABEL  A  HOLMBOE 

Kjebenhavn  den  15de  Sept:  1825. 
Gode  Ven! 

Tillad  at  jeg  skriver  Dig  til  i  en  Hast  for  at  bebyrde  Dig  med  Forretninger. 
Sagen  er  denne:  Fra  Prof:  Thune  er  bleven  sendt  til  Christiania  4  Pakker  med 
Gataloger  over  Degens  Boger  til  mig,  for  at  uddeles  til  Folk  i  Landet.  Nu  er  jeg 
her  og  maa  derfor  bede  Dig  at  faae  fat  paa  samme  Pakker  der  enten  maae  vaere 
paa  Postcontoiret  eller  hos  min  Broder,  der  boer  hos  Fru  Tode  i  Voldgaden. 
Portoen  for  disse  Pakker  er  betalt,  hvilket  Du  nœrmere  vil  kunne  see  ved  at  aabne 
det  medfolgende  Brev.  Du  vil  maaskee  ogsaa  vœre  saa  god  at  opfylde  Prof:  Thunes 
0nsker  angaaende  disse  Pakker  ved  at  henvende  Dig  til  Professor  Sverdrup 
angaaende  deres  Uddeling.  Du  maa  ikke  blive  vred  for  at  jeg  paabyrder  Dig  disse 
Commissioner;  det  er  mig  saa  over  maade  magtpaaliggende  for  Thunes  Skyld. 
Gjor  det  saa  snart  Du  kan  thi  Auctionen  skal  vœre  den  5te  October.  Den  13 
reiser  jeg  til  Soree  for  at  besoge  Fru  Hansteens  Moder  og  Soster;  og  der  bliver 
jeg  et  Par  Dage.  Paa  Frcdag  otte  Dage  skal  jeg  reise  med  Dampskibet  til  Liibek 
og  derfra  til  Hambourg. 

Hils  endelig  Fru  Hansteen  og  hendes  Soster  hvis  du  kommer  der  op. 

Afhandlingen  skal  jeg  sende  med  Petersen. 

En  anden  gang  skal  Du  faae  et  ordentligere  Brev  fra  mig. 

Din  Ven 

N.  Abel. 


IV.    ABEL  A  HANSTEEN 

Professor  Hansteen! 

Berlin  den  5te  December  1825. 

Vel  kunde  og  burde  jeg  vel  maaskee  for  hâve  skrevet  Dem  til  Hr.  Professor; 
men  jeg  onskede  forst  at  vœre  kommet  i  Orden  med  et  og  andet  saa  jeg  kunde 
hâve  Anledning  til  at  fortœlle  hvorledes  jeg  har  og  vil  hâve  Nytte  af  mit  Ophold 
her.    De  har  maaskee  forundret  Dem  over  hvorfor  jeg  forst  reiste  til  Tyskiand;  men 

TEXTE    ORIGINAL    DES    LETTRES    UABEL    —    2 


10  TEXTE    ORIGINAL    DES    LETTRES    ÉCRITES    PAR    ABEL    EN    NORVÉGIEN 


dette  gjorde  jeg  deels  fordi  jeg  da  kom  til  at  levé  sammen  med  Bekjendtere  deels 
fordi  jeg  da  var  mindre  udsat  for  ikke  at  anvende  Tiden  paa  den  bedste  Maade,  da  jeg 
kan  forlade  Tyskland  hvad  0jeblik  det  skal  vœre  for  at  reise  til  Paris,  som  bor  vœre 
det  vigtigste  Sted  for  mig.  —  Her  i  Berlin  bar  jeg  just  ikke  gjort  betydelig  Fangst 
med  Hensyn  til  offentlige  Bibliotheker,  thi  i  mathematisk  Henseende  ère  disse  over- 
ordentlig  daarlige;  der  findes  nœsten  intet  af  det  nyere  og  det  der  er  [er]  saare 
ufuldstœndig.  Vort  Bibliothek  er  om  jeg  maa  sige  det  bedre  forsynt.  Derimod  er 
jeg  i  en  anden  Henseende  overmaade  vel  fornoiet  med  mit  Ophold  her  i  Berlin. 
Jeg  bar  nemlig  vœret  saa  heldig  at  gjore  Bekjendtskab  med  et  Par  fortrœffelige 
Matbematikere  nemlig  Geheimrath  Grelle  og  Prof  essor  Dirksen.  Den  forste  liavde 
V.  Scbmidten  beskrevet  mig  som  en  meget  fortraeffelig  Mand  i  aile  Henseender,  og 
da  jeg  kom  til  Berlin  begav  jeg  mig  derfor  saa  hastig  som  muelig  til  bam.  Det 
varede  lœnge  forend  jeg  kunde  gjore  bam  forstaaelig  bvad  egentlig  Hensigten  af 
mit  Besog  var  og  det  saa  ud  til  at  ville  faae  en  bedrovelig  Ende,  da  jeg  fik  Mod 
i  det  ban  spurgte  bvad  jeg  allerede  bavde  lœst  i  Mathematiken.  Da  jeg  bavde 
nœvnt  bam  et  Par  af  de  fortrinligste  Matbematikeres  Skrifter  blev  ban  sœrdeles 
forekommende  og  som  det  lod  til  virkelig  glad.  Han  indlod  sig  i  en  vidtloftig  Sam- 
tale  med  mig  om  mange  forskjellige  vanskelige  Sager  som  endnu  ikke  vare  afgjorte, 
og  da  jeg  i  det  vi  kom  til  at  taie  om  de  boiere  Ligninger  sagde  bam  at  jeg  bavde 
beviist  Umueligbeden  af  at  oplese  dem  af  5te  Grad  almindeligen  vilde  ban  ikke 
troe  det  og  sagde  ban  vilde  opponere  derimod.  Jeg  overleverede  bam  derfor  et 
Exemplar;  men  han  sagde  at  ban  ikke  kunde  indsee  Grunden  til  flere  af  mine  Slut- 
ninger.  Det  samme  bar  flere  andre  sagt  og  jeg  bar  derfor  foretaget  en  Omarbeidelse 
deraf.  —  Han  talte  ogsaa  meget  om  Matbematikens  slette  Tilstand  i  Tyskland  og 
sagde  at  de  fleste  Matbematikeres  Kundskaber  reducerte  sig  til  en  Smule  Géométrie 
og  noget  de  kaldte  Analysis  men  som  ikke  var  andet  end  Gombinations-Lsere.  Dog 
lod  det  til  meente  ban  at  fra  nu  af  vilde  der  begynde  en  hœldigere  Période  for 
Matbematiken  ber  i  Tyskland.  Da  jeg  yttrede  min  Forundring  over  at  der  ikke 
ber  existerte  en  Journal  for  Matbematiken  ligesom  i  Frankrig,  sagde  ban  at  ban 
lœnge  bavde  bavt  i  Sinde  at  ville  paatage  sig  Redactionen  af  en  saadan  og  vilde 
ogsaa  med  det  ferste  see  at  sœtte  det  i  Udovelse.  Nu  er  den  bragt  i  Stand  og  det 
til  min  store  Glœde;  thi  da  bar  jeg  et  Sted  hvor  jeg  kan  faae  en  eller  anden  af 
mine  smaae  Frembringelser  trykt.  Jeg  bar  allerede  udarbeidet  4,  som  komme  til 
at  staae  i  det  ferste  Hefte  og  da  de  ère  skrevne  paa  Fransk  saa  er  Grelle  saa  galant 


TEXTE  ORIGINAL  DES  LETTRES  ÉCRITES  PAR  ABEL  EN  NORVÉGIEN         11 

at  oversœtte  dem.  Min  Smule  Fransk  kommer  mig  saaledes  godt  til  Nytte.  Crelle 
yttrede  cm  Formen  i  mine  Afhandlinger  at  han  syntes  de  vare  meget  tydelig  og 
godt  skrevne  hvilket  glœder  mig  sœrdeles,  da  jeg  altid  har  vaeret  bange  for  at  jeg 
vilde  hâve  vanskelig  at  udvikle  mine  Tanker  paa  en  ordentlig  Maade.  Dog  raadede 
han  mig  til  at  vœre  lidt  vidtleftigere  isaer  her  i  Tyskland.  Han  tilbod  mig  ogsaa 
Honorar  for  mine  Afhandlinger,  hvilket  jeg  naturligviis  ikke  havde  gjort  Regning 
paa  og  som  jeg  ogsaa  frabad  mig;  dog  syntes  jeg  at  maerke  paa  ham  at  han  helst 
onskede  at  jeg  skulde  tage  derimod.  Den  samme  Crelle  har  ogsaa  et  aldeles  for- 
traeffeligt  mathematisk  Bibliothek,  som  jeg  benytter  som  mit  eget  og  som  jeg  har 
sœrdeles  Nytte  af  da  det  indeholder  ait  det  nyeste,  som  han  faaer  saa  snart  det 
er  mueligt.  Han  har  iblandt  andet  det  i  Paris  under  Baron  Ferrusac's  Bestyrelse 
udgivne  Skrift  „Bulletin  universel  des  sciences  et  de  l'industrie",  hvilket  er  af  ud- 
mœrket  Nytte  for  mig,  da  jeg  deri  finder  annonceret  aile  Boger  og  Opdagelser  i 
Mathematiken.  —  Til  Crelle  er  jeg  een  gang  for  aile  indbuden  hver  Mandags  Aften. 
Der  er  da  hos  ham  en  Slags  Assemblé  og  en  Hovedbeskjaeftigelse  er  Musik,  som 
jeg  desvœrre  ikke  forstaaer  mig  noget  paa.  Dog  moerer  jeg  mig  godt,  thi  jeg  trœffer 
der  bestandig  et  Par  unge  Mathematikere  som  jeg  underholder  mig  med.  Saaledes 
har  jeg  da  ogsaa  0velse  i  det  Tydske,  som  jeg  hoihgen  traenger  til,  og  som  det 
just  ikke  gaaer  meget  godt  med.  Hos  Crelle  var  for  ogsaa  een  Gang  om  Ugen  en 
Samling  af  Mathematikere  men  han  var  nodt  til  at  ophore  dermed  da  der  var  een 
ved  Navn  Ohm,  som  ingen  kunde  komme  ud  af  det  med  formedelst  hans  skraek- 
kelige  Arrogance.  Det  er  tilforladelig  tungt  at  en  enkelt  Mand  saaledes  lœgger 
Hindringer  i  Veien  for  Videnskabelighed.  Det  er  over  al  Maade  hvor  de  unge 
Mathematikere  her  i  Berlin  og  som  jeg  horer  over  ait  i  Tyskland  Hgesom  forguder 
Gauss.  Han  er  for  dem  Indbegrebet  af  al  mathematisk  Fortrœffelighed,  men  lad 
vœre  at  han  vist  nok  er  et  stort  Génie  saa  er  det  ligesaa  vist  at  han  er  [!]  et  slet 
Foredrag.  Crelle  siger  at  ait  hvad  Gauss  skriver  er  Grâuel,  da  det  er  saa  dunkelt 
at  det  nœsten  ikke  er  mueligt  at  forstaae  det.  —  Gauss  arbeider  nu  paa  et  stort 
Vœrk  over  den  physiske  Astronomie  hvoraf  de  tre  forste  Dele  ère  fœrdige  til  Pressen 
(saaledes  fortalte  en  af  hans  Disciple  mig  som  er  her  i  Berlin).  Der  skal  deri  findes 
mange  nye  Ting.  —  Da  jeg  var  i  Hamburg  besogte  jeg  Professer  Schumacher, 
som  modtog  mig  meget  forekommende,  men  han  var  dengang  ikke  ret  frisk.  Der 
gjorde  jeg  ogsaa  Bekjendtskab  med  T.  Clauson,  som  vistnok  har  fortrœffelige  Anlœg 
til  Mathematik;    men    han  havde  saavidt  jeg  kunde  mœrke  ikke  megen   Lœsning. 


12  TEXTE    ORIGINAL    DES    LETTRES    li:CRITES    PAR    ABEL   EN    NORVÉGIEN 


Prof:  Encke,  som  nu  er  ansat  lier  i  Berlin  ved  Academiet  var  ogsaa  dengang  i 
Hamburg  men  jeg  saae  ham  ikke.  Det  er  besynderligt  at  her  i  Berlin  ingen 
Professer  er  ansat  i  Astronomie.     Encke  skal  ingen  Forelœsninger  holde.  — 

Mit  Vinterquarteer  kommer  jeg  til  at  holde  her  i  Berlin  og  jeg  er  endnu  ikke 
ganske  enig  med  mig  selv  naar  jeg  skal  reise  herfra.  For  Crelles  og  Journalens 
Skyld  vilde  jeg  gjerne  vaere  her  saalœnge  som  muelig  og  eftersom  jeg  horer  er  der 
vel  intet  andet  Sted  i  Tyskland  som  vil  vœre  mig  gavnligere.  Gôttingen  har  rigtig- 
nok  et  godt  Bibliothek,  men  det  er  ogsaa  det  eneste;  thi  Gauss  som  er  den  eneste 
der  der  kan  noget,  er  aldeles  ikke  tilgjaengelig.  Dog  til  Gôttingen  maae  jeg  det 
forstaaer  sig.  I  det  Hele  har  jeg  tœnkt  at  besoge  saa  mange  Universiteter  som 
muelig;  thi  jeg  maa  dog  kunne  hoste  lidt  paa  hvert  Sted.  — 

Jeg  beder  Hr.  Professoren  hilse  Professor  Rasmusen  og  B.  Holmboe  og  sige 
den  sidste  at  jeg  snart  skriver  ham  et  langt  mathematisk  Brev  til.  — 

Jeg  onsker  af  ganske  Hjerte  at  De  maa  levé  vel  og  beder  Dem  fremdeles  at 
behandle  mig  med  den  Godhed  som  De  bestandig  har  gjort.  Jeg  vil  bestraebe  mig 
for  saa  meget  som  muelig  at  gjore  mig  den  vœrdig. 

iErb: 

N.  H.  Abel. 

Ved  Leilighed  skal  jeg  ikke  glemme  at  fremsende  et  og  andet  lille  Stykke  til 
Magazinet,  om  De  kan  benytte  det. 


V.    ABEL  A  MADAME  HANSTEEN 

Berlin  den  8de  December. 
Kjœre  Fru  Hansteen! 

Af  mit  Brev  til  Professoren  vil  De  kunne  see  hvorledes  det  gaaer  mig.  Til 
Dem  har  jeg  desforuden  en  Bon.  De  har  altid  gjort  mig  saa  overmaade  meget 
godt;  Gud  velsigne  Dem  glem  heller  ikke  min  Broder.  Jeg  er  saa  bange  at  det  skal 
gaae  ham  galt.  Skulde  han  behove  mère  af  mig  end  han  har  saa  tor  jeg  kanskee 
bede  Dem  lade  ham  faae  lidt  endnu.  Naar  de  50  Specier  ère  forbi  skal  jeg  gjore 
Anstalt  til  at  De  faaer  mère;  om  De  fremdeles  vil  bevise  mig  den  Godhed  at  hâve 
dem  i  Forvaring,  og  levere  ham  eftersom  De  synes  det  er  passende.     Jeg  vil  med 


TEXTE  ORIGINAL  DES  LETTRES  ÉCRITES  PAR  ABEL  EN  NORVÉGIEN  13 

Guds  Hjaelp  haabe  at  han  dog  strœber  at  opfore  sig  ordentlig.  Naar  De  seer  ham 
beder  jeg  Dem  hilse  ham  meget  og  paalœgge  ham  at  skrive  mig  til.  Han  kan 
sende  Brevet  til  min  Kjaereste,  saa  besorger  hun  det  nok,  eller  det  bedste  er  vel  at 
han  sender  det  ufrankeret.  —  Fra  Hamburg  sendte  jeg  Dem  en  lille  Pakke  med 
Kjobmand  Bisgaard,  som  De  vel  bar  faaet.  Min  Kjœreste  bar  rigtignok  skrevet 
mig  til  at  hun  ikke  havde  faaet  et  deri  indesluttet  Brev  ;  men  da  Froken  Collett  har 
faaet  et  fra  Boeck  som  blev  sendt  med  samme  Leilighed,  saa  maa  det  vel  blot  vœre 
kommen  temmelig  seent  frem.  —  Jeg  lever  ellers  overmaade  rolig  og  er  temmelig 
fïittig;  men  har  imellemstunder  en  forfœrdelig  Hjemvee,  som  foroges  derved  at  jeg 
saa  saare  sjœlden  borer  noget  hjemmefra.  —  Min  kjœre  Soster  lever  vel  godt.  Hun 
bilses  overmaade.  —  Og  den  sodé  eiegode  Charité  onsker  jeg  af  ganske  Hjerte  at 
levé  vel.  Lev  vel  kjaere  Fru  Hansteen.  Jeg  kan  ikke  skrive  mère,  jeg  er  virkelig 
melancholsk. 

Adieu  og  vaer  ikke  vred  paa  mig;  jeg  maa  vel  forekomme  Dem  lidt  underlig. 


VI.    ABEL  A  HOLMBOE 

Den  16de  Januar  1826. 
Kjœre  Ven! 

Efter  mit  Lofte  til  Dig  da  jeg  reiste  fra  Christiania  har  du  vel  allerede  for  lœnge 
siden  ventet  Brev  fra  mig,  og  jeg  maa  derfor  bede  Dig  om  Undskyldning  for  at  Du 
ikke  faaer  det  forend  nu.  Aarsagen  er  at  jeg  onskede  ikke  aliène  at  fortœlle  Dig 
hvorledes  det  er  gaat  mig  i  min  forste  Udflugt  men  ogsaa  hvorledes  det  i  det  Hele 
tegner  sig  med  min  Udenlandsreise.  Tillige  onskede  jeg  ogsaa  at  meddele  Dig  et 
og  andet  af  mine  Undersogelser  over  fïere  intéressante  Materier  med  hvilke  jeg  har 
beskjœftiget  mig.  —  Jeg  vil  ikke  underholde  Dig  med  Beskrivelser  over  min  Reise, 
som  i  det  Hele  har  vaeret  meget  mager  paa  Fata  og  om  hvilken  Du  desuden 
maaskee  har  bort  noget  af  Prof:  Hansteen.  Jeg  bad  ham  hilse  Dig  i  det  Brev  jeg 
for  nogen  Tid  siden  skrev  ham  til.  Overmaade  vel  fomoiet  er  jeg  fordi  jeg  kom  til 
at  reise  til  Tyskland  og  navnligen  til  Berlin  forend  jeg  kom  til  Paris;  thi  som  Du 
maaskee  har  erfaret  af  mit  Brev  til  Hansteen  har  jeg  her  gjort  et  fortrœffeligt 
Bekjendtskab  med  Geheimrath  Crelle.     Du  kan  aidrig  troe  hvilken  udmœrket  Mand 


14  TEXTE    ORIGINAL    DES    LETTRES    ÉCRITES    PAR    ABEL    EN   NORVÉGIEN 

det  er;  netop  som  jeg  ensker  mig,  forekommende  uden  at  vaere  belagt  med  denne 
afskraekkende  Hoflighed,  som  mange  forresten  hœderlige  Folk  opvarte  med.  Jeg 
omgaaes  ham  ligesaa  ligefrem  som  med  Dig  og  andre  af  mine  bedste  Bekjendtere. 
Han  er  overmaade  flittig  i  Mathematiken  hvilket  er  saa  meget  des  haederligere, 
som  han  som  Embedsmand  har  saerdeles  mange  Forretninger.  I  de  sidste  Aar  bar 
han  udgivet  flere  mathematiske  Boger,  som  forekomme  mig  meget  gode.  Han  har 
forœret  mig  de  fleste  af  dem  nemlig:  en  Oversaettelse  af  Lagranges  mathematiske 
Vaerker  indeholdende  Théorie  des  fonctions  analytiques.  Leçons  sur  les  fonctions 
analytiques  og  Théorie  des  équations  numériques  ledsagede  med  fortraeffelige  An- 
maerkninger;  videre  har  jeg  faaet  Crelles  Théorie  der  analytischen  Facultâten  (Denne 
findes  paa  Bibliotheket  i  Christiania  og  har  Du  ikke  laest  den  saa  maa  Du  endelig 
gjore  det.  Det  er  en  i  mange  Henseender  fortraeffelig  Bog  isaer  fra  Formens  Side); 
Crelles  Lehrbuch  der  Arithmetik  und  Algebra  og  Lehrbuch  der  Elemente  der  Géo- 
métrie 3  Bind.  Desuden  har  jeg  anskaffet  mig  bans  „Darstellung  der  Rechnung 
mit  verânderlichen  Grôssen"  og  vil  endnu  anskaffe  mig  flere  smaa  Afhandlinger  som 
han  har  ladet  trykke.  Aile  disse  Boger  og  flere  andre  sender  jeg  hjem  til  Foraaret, 
og  vil  jeg  da  anbefale  dem  til  Din  Varetœgt.  Jeg  kan  naturligviis  ikke  fore  dem 
med  mig.  Hos  Crelle  er  jeg  hver  Mandags  Aften,  og  desuden  spadserer  vi  sammen 
hver  Fredag  Middag  en  Par  Timers  Tid.  Det  gaaer  da  les  paa  mathematiske  Sager 
kan  Du  troe  og  saa  hurtig  som  min  utyske  Tunge  vil  tillade  det.  Dog  hugger  jeg 
mig  igjennem  saa  taalelig.  Han  kan  ikke  faae  i  sit  Hoved  at  jeg  kan  forstaae  Alt 
hvad  man  taler  og  dog  ikke  rigtig  taie  selv.  —  Det  Berlinske  Sprog  er  ellers  ikke 
just  det  bedste,  i  hvis  Henseende  temmelig  haardt  og  i  andre  Henseender  umaadelig 
blodt  og  flaut.  Saaledes  saettes  overalt  i  Begyndelsen  af  Ordene  j  istedet  for  g  som 
klinger  fordernt  underlig,  f.  Ex.  0!  Jot!,  hvilket  man  borer  hvert  0jeblik.  Man  har 
folgende  Udtryk  for  at  gjore  Nar  af  Berlinerne  i  denne  Henseende:  „Eine  jute 
jebratene  Jans  ist  eine  jute  Jabe  Jottes."  En  anden  Ting  som  ogsaa  gjor  en 
underlig  Effect  er  at  de  blander  mir  og  mich;  dir  og  dich  om  hverandre;  ligesaa 
siger  man  her  bestandig  sind  istedet  for  seyn.  Min  Oppasser  siger:  WoUen  Sie  so 
jut  sind  mich  Jeld  zu  jeben;  ich  werde  jleich  hier  sipd.  — 

Som  maaskee  Hansteen  bar  fortalt  Dig  kommer  her  fra  dette  Aars  Begyndelse 
ud  en  Mathematisk  Journal,  som  Du  kan  troe  jeg  glaeder  mig  meget  over.  Den  skal 
sikkert  ikke  kom[me]  til  at  indeholde  meget  slet,  noget  er  uundgaaeUgt,  da  mange 
Folk  formodentlig  kommer  til  at  skrive  deri.    Af  mig  kommer  der  i  hvert  Hefte  en 


TEXTE  ORIGINAL  DES  LETTRES  ÉCRITES  PAR  ABEL  EN  NORVÉGIEN  15 


Par  Afhandlinger,  det  kan  Du  forlade  Dig  paa,  og  at  jeg  vil  bestraebe  mig  for  at 
producere  det  bedste  jeg  kan,  det  kan  Du  vel  troe.  Jeg  har  allerede  udarbeidet  6. 
Af  disse  komme  1  eller  4  til  at  staae  i  forste  Hefte,  der  med  det  forste  kommer  ud 
omtrent  om  en  Maaned.  Den  ene  af  disse  Afhandlinger  er  Beviis  for  Umuligheden 
af  Ligningers  Oplosning  i  Almindelighed,  som  jeg  har  udarbeidet  vidtloftigere  end 
jeg  havde  gjort  det,  i  den  Afhandling  jeg  lod  trykke  i  Christiania.  Crelle  sagde  om 
denne  Afhandling  at  den  var  œrefuld,  men  han  kunde  endnu  ikke  ganske  fatte  den. 
Det  falder  mig  saa  vanskelig  at  udtrykke  mig  ganske  forstaaelig  i  denne  Materie, 
som  endnu  efter  min  Maade,  er  saa  hdt  arbeidet  i.  —  Siden  jeg  kom  her  til  Berlin 
har  jeg  ogsaa  sogt  at  oplose  folgende  alm:  Problem  „At  finde  aile  de  Ligninger 
som  lade  sig  oplose  algebraisk."  Jeg  er  endnu  ikke  ganske  faerdig,  men  saavidt  jeg 
kan  forstaae  vil  det  gaae  godt.  Saalaenge  Ligningens  Grad  er  et  Primtal  har  det 
ikke  saa  megen  Vanskelighed,  men  naar  den  er  et  sammensat  Tal  er  Pokker  les. 
Jeg  har  gjort  Anvendelse  paa  Ligninger  af  5te  Grad  og  har  lykkelig  lost  Problemet 
for  dette  Tilfaeldet.  Jeg  har  fundet  en  stor  Mœngde  Ligninger  for  uden  de  hidentil 
bekjendte,  som  lade  sig  lose.  Naar  jeg  faaer  Afhandlingen  faerdig  som  jeg  onsker 
smigrer  jeg  mig  med  at  den  skal  blive  god.  Det  er  dog  noget  almindelig,  og 
Méthode  skal  der  blive  i  den,  og  dette  synes  mig  at  vaere  det  vigtigste.  —  Et  andet 
Problem,  som  jeg  har  meget  beskjaeftiget  mig  med  er  Summationen  af  Raekken: 

cos  mx  -f-  m  cos  [m  —  ^)  x  -\ ^^-^ cos  (m  —  4t)  x  -\- 


Naar  m  er  et  heelt  positivt  Tal  er  Summen  af  denne  Rœkke  som  Du  veed 
(2  cos  ic)"*  men  naar  m  ikke  er  et  heelt  Tal  saa  er  dette  ikke  lœnger  Tilfaeldet 
undtagen  naar  x  er  mindre  end  ^  •  —  Det  er  ikke  noget  Problem  som  har  beskjaef- 
tiget Mathematikerne  i  senere  Tider  saa  meget  som  dette.  Poisson,  Poinsot,  Plana, 
Crelle  og  en  uhyre  Mœngde  andre  har  segt  at  lose  det,  og  Poinsot  er  den  forste 
som  har  fundet  en  rigtig  Sum,  men  hans  Raisonnement  er  ganske  falsk,  og  endnu 
har  ingen  kundet  komme  til  Ende  dermed.  Jeg  er  lykkeligviis  ganske  straengt 
kommen  dertil.  En  Afhandling  derover  kommer  til  at  staae  i  Journalen  og  en 
anden  sender  jeg  med  det  forste  til  Frankerig  for  at  indrykkes  i  Gergonnes  Annales 
de  Mathématiques.  —  Jeg  har  fundet 

m 

COS  mx  -\-  m  cos  (m  —  2)  .r  +  ••••  =  (2  +  2  cos  2  xp.  cos  mkrt 

m 

sin  mx  -{- m  sin  {m  —  2)  ic  +  •  •  •  •  =  (2  +  2  ces  2  x)Y.  sin  mkTt 


16  TEXTE    ORIGINAL    DES    LETTRES    ÉCRITES    PAR   ABEL   EN    NORVÉGIEN 

m  er  en  Storrelse  comprise  entre  —  1  et  +  oo ,  h  ei  heelt  Tal  og  x  en  Sterrelse 
comprise  entre  {k  —  ^)  jt  et  {k  -\-  ^)  n.  Ssetter  du  i  den  anden  Saetning  It  =  0  saa 
har  du  folgende  courieuse  Formel  : 

sin  mx  -\-  ms\n[m  —  '2)  x  -\ ^^-^ sin  (m  —  4)  x  -f  .  .  ,  .  =  0 

for  aile  Vœrdier  af  x  som  ère  comprises  entre  —  -^  ei  -\-  -^.  Naar  m  er  compris 
entre  —  1  et  —  oo  saa  er  begge  Raekkerne  divergente  og  hâve  altsaa  ingen  Su  m. 
Divergente  Raekker  ère  i  det  Hele  noget  Fandensskab,  og  det  er  en  Skam  at  man 
vover  at  grunde  nogen  Démonstration  derpaa.  Man  kan  faae  frem  hvad  man  vil 
naar  man  bruger  dem,  og  det  er  dem  som  har  gjort  saa  megen  Ulykke  og  saa 
mange  Paradoxer.     Kan  der  taenkes  noget  skr8ekkelige[re]  end  at  sige  at 

0  =  1  —  2"  +  3"  —  4»  +  etc. 

hvor  n  er  et  heelt  positivt  Tal.  Risum  teneatis  amici.  Jeg  har  i  det  hele  faaet 
0jnene  op  paa  en  meget  forbausende  Maneer;  thi  naar  man  [undtager]  de  aller- 
simpleste  Tilfœlde  for  Ex:  de  geometriske  Rœkker,  saa  gives  der  i  hele  Mathe- 
matiken  nœsten  ikke  en  eneste  uendelig  Rœkke,  hvis  Sum  er  bestemt  paa  en  strœng 
Maade:  med  andre  Ord  det  vigtigste  af  Mathematiken  staaer  uden  Begrundelse. 
Det  meeste  er  rigtigt;  det  er  sandt,  og  det  er  overordentlig  forunderligt.  Jeg 
bestraeber  mig  for  at  soge  Grunden  dertil.  En  overmaade  intéressant  Opgave.  — 
Jeg  troer  ikke  Du  skal  kunne  fremsaette  for  mig  mange  Sœtninger  hvori  der  fore- 
kommer  uendelige  Rœkker,  imod  hvis  Beviis  jeg  ikke  skal  kunne  gjore  grundede 
Indvendinger.  Gjor  det,  saa  vil  jeg  svare  Dig.  —  Selv  Binominial  [!]-Formelen  er 
endnu  ikke  straengt  beviist.  —  Jeg  har  fundet  at  man  har 

[\  -\-  xY"  ^  \  -\-  m  x  ■] ^-^ x^  -\-  .  .  . 

for  aile  Vœrdier  af  m  naar  x  er  mindre  end  1.  Naar  x  er  lig  +  1  har  man  den 
samme  Formel  i  det  Tilfœlde  at  m  er  >  —  1  men  ikke  ellers,  og  naar  x  =  —  1 
finder  ikke  Formelen  Sted  undtagen  naar  m  er  positiv.  For  aile  andre  Vœrdier  af 
X  og  m  er  Rœkken  1  +  mx  -\-  etc.  divergent.  Det  Taylorske  Theorem,  Grundlaget 
for  hele  den  hoiere  Mathematik  er  ligesaa  slet  begrundet.  Kun  eet  eneste  strœngt 
Beviis  har  jeg  fundet  og  det  er  af  Gauchy  i  hans  Résumé  des  leçons  sur  le  calcul 
infinitésimal.     Han  viser  der  at  man  har: 


TEXTE  ORIGINAL  DES  LETTRES  ÉCRITES  PAR  ABEL  EN  NORVÉGIEN  l7 

q){^-\-ù)  =  (px-\-a(px-\--^  (p"x  +  .  .  .  . 

saa  ofte  Rœkken  er  convergente,  (men  man  bruger  den  rask  vœk  i  aile  Tilfaelde). 
For  at  vise  ved  et  alm:  Exempel  (sit  venia  verbo)  hvor  slet  man  raisonner[er]  og 
hvor  forsigtig  man  maa  vaere  vil  jeg  vœlge  folgende  Exempel  :  —  Saa  langt  var  jeg 
kommen  da  Maschmann  kom  ind  af  Doren  og  da  jeg  leenge  har  manglet  Brev 
hjemme  fra  saa  standsede  jeg  for  at  hore  efter  om  han  ikke  havde  noget  til  mig 
(Han  er  nemlig  vor  constante  Brevdrager)  men  der  var  ikke  noget.  Derimod  havde 
han  selv  faaet  Brev  og  blandt  andre  Nyheder  fortalte  han  ogsaa  at  Du  min  Ven 
var  indstillet  til  at  blive  Lector  i  Rasmusens  Sted.  Modtag  min  oprig[tig]ste  Gratu- 
lation,  og  vaer  forsikkret  om  at  ingen  af  dine  Venner  glaeder  sig  saameget  derover 
som  jeg.  Du  kan  troe  at  jeg  ofte  har  ensket  en  Forandring  i  din  Stilling;  thi  at 
vaere  Lœrer  ved  en  Skole  maae  dog  vaere  noget  forskraekkeligt  for  En,  der  som  Du 
interesserer  sig  saameget  for  sin  Videnskab.  —  Nu  maa  Du  sandelig  ogsaa  see  at 
faae  Dig  en  Kjaereste  ikke  sandt.  Jeg  horer  at  Din  Broder  Provsten  har  faaet  sig 
Een.  Jeg  kan  ikke  nœgte  det  frapperede  mig  meget.  —  Hils  ham  meget  fra  mig  og 
gratuleer  ham  am  meisten.  —  Nu  til  mit  Exempel  igjen.     Lad 

Œq  -\-  a^  +  ^2  +  ^3  +  ^4  +  etc. 
vaere  en  hvilkensomhelst  uendelig  Raekke  saa  veed  Du  at  en  meget  brugelig  Maade 
at  summere  denne  Raekke  paa  er  at  soge  Summen  af  folgende: 

og  siden  saette  x  =  \  i  Resultatet.  Dette  er  vel  rigtigt;  men  mig  synes  at  man 
ikke  kan  antage  det  uden  Beviis,  thi  fordi  man  beviser  at 

q)  [x)  =:  a^  -f-  a-^x  -\-  Œc^x"^  +  •  •  •  • 

for  aile  Vaerdier  af  x  som  er  mindre  end  1,  saa  er  det  ikke  derfor  sagt  at  det 
samme  finder  Sted  for  x  =  \.  Det  var  meget  mueligt  at  Raekken  a^  +  «j  a:  + 
ttj  a;2  4-  .  .  .  .  naermer  sig  en  ganske  anden  Storrelse  end  «o  +  ^i  +  ^2  +  •  •  •  • 
naar  x  naermer  sig  mère  og  mère  til  1.    Dette  er  klart  i  det  almindelige  Tilfaelde 

naar  Rœkken  a^ -\-  a^  -\-  a^ -\- er  divergent  thi  da  har  den  ingen  Sum.    Jeg 

har  beviist  at  det  er  rigtigt  naar  Rœkken  er  convergerende.  Folgende  Exempel 
viser  hvor  man  kan  bedrage  sig.  Det  kan  strœngt  bevises  og  man  har  for  aile 
Vœrdier  af  x  som  ère  mindre  end  7c 

TEXTE    ORIGmAL    DES    LETTRES    d'aBEL    —    3 


18  TEXTE    ORIGINAL    DES    LETTRES    ÉCRITES   PAR   ABEL   EN    NORVÉGIEN 

^  a?  =  sin  a;  —  ^  sm2x  -\-  ^  sin  Sx  —  etc. 

Deraf  synes  at  felge  at  den  samme  Formel  skulde  finde  Sted  for  x  =  7t;  men  da 
vilde  man  faae  ud 

7t  =  sin  TT  —  ^  sin  Stt  +  -|-  sin  S/r  —  etc.  =  0    (absurd). 

Man  kan  finde  utallige  saadanne  Exempler.  — 

I  det  Hele  Ttieorien  af  de  uendelig[e]  Raekker  er  hidentil  meget  slet  begrundet. 
—  Man  anvender  aile  Operationer  paa  uendelige  Raekker  som  om  de  vare  endelige, 
men  er  dette  tilladt.  Vel  neppe.  —  Hvor  staaer  det  beviist  at  man  faaer  Dfife- 
rentialet  af  en  uendelig  Raekke  ved  at  diff erentiere  hvert  Led  ?  Det  er  let  at  anfore 
Exempler  hvor  dette  ikke  er  rigtigt,  f.  Ex.: 

a?  =  sin  rr  —  ^  sin  2a;  -[-  i  sin  ce  —  ... 

Differenlieres  saa  faaer  man 

X  =  cos  X  —  cos  2x  -\-  cos  Sx  —  etc. 

Résultat,  ganske  falsk,  thi  denne  Rœkke  er  divergent.  —  Det  samme  gjaelder  om 
Multiplication,  Division  etc.  af  uendelige  Raekker.  —  Jeg  har  begyndt  at  gjennemgaae 
de  vigtigste  Régler  som  ère  gjaeldende  (nu)  i  denne  Henseende,  og  vise  i  hvilke 
Tilfœlde  de  ère  rigtige  eller  ikke.  —  Det  gaaer  ganske  godt  og  interesserer  mig 
umaadelig.  — 

Jeg  kommer  formodentlig  til  at  blive  her  i  Berlin  til  Enden  af  Februar  eller 
Marts,  og  reiser  da  over  Leipzig  og  Halle  til  Gôttingen  (ikke  for  Gauss  Skyld,  thi 
han  skal  vœre  utaalelig  stolt  men  for  Bibliothekets  Skyld  som  skal  vœre  for- 
traeffeligt).  I  Slutningen  af  Sommeren  gaaer  jeg  til  Paris.  Jeg  vilde  onske  at 
jeg  var  hjemme,  thi  jeg  Isenges  forskraekkelig.  Skriv  mig  nu  endelig  et  langt 
Brev  til  om  Alskens  Ting.  Gjor  det  endelig  saasnart  Du  har  faaet  mit 
Brev.  —  I  Morgen  skal  jeg  paa  Comodie  og  see  Die  schône  Miillerinn.     Farvel  og 

hils  mine  Bekjendtere. 

Din  Ven 

IN.  H.  Abel. 


TEXTE  ORIGINAL  DES  LETTRES  ÉCRITES  PAR  ABEL  EN  NORVÉGIEN  19 


Vil  Du  have  nogle  Boger  saa  kan  Du  blot  skrive  mig  til,  saa  vil  jeg  sende  Dig 
dem.  Du  behover  ikke  at  sende  Penge;  thi  jeg  skylder  Fru  Hansteen,  og  saaledes 
kan  Du  lade  hende  faae  dem.  Adieu  og  skriv  mig  endelig  snart  til.  Undskyld  at 
dette  Brev  bliver  saa  tykt  og  derfor  saa  tykt  [dyrt?]. 


VIL    ABEL  A  MADAME  HANSTEEN 

Berlin  den  16de  Januar  1826. 
Bedste  Fru  Hansteen! 

Jeg  holder  saa  meget  af  Dem  kjaere  Fru  Hansteen  at  jeg  i  det  mindste  maa 
sende  Dem  et  Par  smaa  Linier.  Men  er  De  ogsaa  blid  mod  mig.  Jeg  er  saa  bange 
for  at  De  ikke  skal  vœre  det,  thi  jeg  bar  endnu  ikke  hort  noget  fra  dem,  og  det 
vilde  glœde  mig  saa  inderligt.  Dog  bar  jeg  sikkert  Haab,  thi  min  Kjaereste  skrev 
mig  til  at  De  havde  i  Sinde  at  beœre  mig  med  et  Hlle  Brev.  Jeg  bar  ogsaa  en 
anden  Grund  til  at  haabe,  thi  jeg  dromte  i  Nat  at  jeg  havde  faaet  Brev  fra  Dem, 
og  kan  jeg  aldrig  andet  troe  end  at  min  Drom  maa  gaae  i  Opfyldelse,  jeg  synes  jeg 
var  saa  sœrdeles  glad.  I  Gaar  saa  jeg  Deres  Mands  Favorit  M*^"^  Seidler  i  „Die 
schône  Mullerinn"  og  hun  var  rigtig  sod.  —  Naar  De  skriver  til  Deres  Sester  Fru 
Fredrichsen  saa  glem  ikke  at  hilse  hende  fra  mig;  jeg  bar  lœnge  havt  i  Sinde  at 
skrive  hende  til  thi  hun  gav  mig  Lov  dertil;  men  jeg  veed  ikke  rigtig  om  jeg  tor  til. 
—  Hun  er  vist  noget  vanskelig  og  jeg  anseer  mig  sandelig  for  en  stor  Trompeter. 
Deres  Moder  maa  De  ogsaa  ikke  glemme  at  hilse  samt  Froken  Rosenstand.  — 
Jeg  lœnges  meget  efter  [at]  bore  noget  fra  Norge.  De  kan  tœnke  jeg  bar  ikke  faaet 
Svar  fra  min  Kjaereste  paa  mine  to  sidste  Brev,  i  Dag  skriver  jeg  det  tredie.  Jeg  er 
sandelig  lidt  bekymret,  men  jeg  skylder  dog  Skylden  paa  Posten,  I  Juulen  var  jeg 
paa  Bal  bos  Geheimrath  Crelle  men  jeg  torde  ikke  danse,  omendskjondt  jeg  havde 
gjort  mig  saa  pyntet,  som  jeg  aldrig  bar  vaeret  for.  Tœnk  Dem  nye  fra  Top  til 
Taae  med  Undervest  og  stivt  Halstorklœde  samt  Briller.  De  seer  jeg  begynder  at 
tage  efter  Deres  Sosters  Formaninger  jeg  haaber  at  blive  complet  naar  jeg  kommer 
til  Paris.  Gid  jeg  havde  vœret  der  og  var  bjemme  igjen.  Det  er  dog  saa  underligt 
at   vaere  imellem  Fremmede.     Gud  veed  bvorledes  jeg   vil   holde  ud  naar  jeg  skal 


20  TEXTE    ORIGINAL    DES    LETTRES    ÉCRITES    PAR   ABEL   EN    NORVÉGIEN 

skilles  fra  mine  Landsmœnd.  Det  bliver  i  Forstningen  af  Vaaren.  —  Hils  eiidelig 
Charité  saa  meget  og  min  Soster  og  Broder.  Jeg  skrev  ham  for  3  Uger  siden  til 
igjennem  min  Kjaereste.  Han  har  vel  faaet  mit  Brev.  Jeg  formante  ham  deri 
saa  godt  jeg  kunde.  Jeg  vil  haabe  det  bedste.  Der  er  vel  i  Grunden  et  godt 
Naturel  hos  ham,  men  han  skammer  sig.  —  Deri  har  jeg  vœret  ham  noget  lig, 
men  jeg  er  ikke  saa  stiv.  — 

Adieu  bedste  Frue,  og  et  Par  smaa  Ord,  ellers  ter  jeg  ikke  mère  skrive  Dem  til. 

Deres  N.  Abel. 

I  mit  Brev  til  Professoren  har  jeg  maaskee,  det  veed  Gud  mod  min  Villie  hvis 
saa  er,  kommet  til  at  bruge  Udtryk  som  han  ikke  vil  synes  om.    Vaer  De  min  Tals- 
mand  i  saa  Henseende  og  undskyld  mig  paa  det  bedste. 
Lev  vel  og  hils  Charité. 


VIII.    ABEL  A  HANSTEEN 

[Berlin  le  30  janvier.] 
Mit  Brev  som  jeg  skrev  Dem  til  for  nogen  Tid  siden  har  de  vel  faaet;  jeg 
venter  med  Laengsel  Svar  derpaa  med  det  forste,  thi  jeg  kommer  til  at  forlade 
Berlin  om  en  3  Ugers  Tid,  for  at  reise  til  Leipzig  og  Freiberg  med  Keilhau.  Siden 
reiser  jeg  tilbage  til  Berlin  for  i  Folge  med  Grelle  at  tage  Touren  til  Gôttingen  og 
Rhin-Egnene.  I  Gôttingen  bliver  jeg  kun  kort  da  der  ikke  er  noget  at  hole.  Gauss 
er  utilgjœngelig  og  Bibliotheket  kan  ikke  vœre  bedre  end  i  Paris.  Det  er  rimeligt 
at  Crelle  ogsaa  reiser  til  Paris,  hvilket  vilde  vaere  mig  overmaade  kjœrt.  Det  er  en 
ganske  fortraeffelig  Mand.  Med  Journalen  gaaer  det  godt.  I  April  skal  De  faae 
forste  Hefte.  De  skal  see  at  jeg  skal  arbeide  af  aile  Krsefter.  —  3—4  Afhandlinger 
ville  komme  hvergang  af  mig.  Kan  jeg  faae  en  Forlaegger  onskede  jeg  ogsaa  at 
lade  trykke  mine  Undersogelser  over  Integralregningen,  men  det  vil  blive  formo- 
dentlig  temmelig  vanskelig,  da  saadanne  Ting  isaer  her  i  Tydskland  er  lidet  begjœr- 
lige.  —  Imidlertid  faaer  jeg  see  hvad  jeg  ved  Crelles  Hjaelp  kan  gjore.  Han  har 
givet  mig  Haab  at  det  nok  vil  glide  naar  jeg  har  forst  skrevet  et  og  andet  i 
Journalen.  Jeg  begynder  derfor  med  mine  bedste  Afhandlinger.  Det  lader  til  at 
jeg  ikke  vil  komme  til  at  mangle  Emner  for  det  Forste.  —  Gid  jeg  blot  kunde  faa 
Alt  trykt  men  som  sagt  det  er  [en]  vanskelig  Sag.     Var  ikke  Journalen  kommen  i 


TEXTE  OEIGINAL  DES  LETTRES  ÉCRITES  PAR  ABEL  EN  NORVÉGIEN  21 


Stand  havde  det  vaeret  endnu  siemmere.  —  Jeg  beder  Dem  meget  hilse  Deres  Kone 
og  Charité  med  Ben  om  venskabelig  Erindring. 

Deres  forbindtligste 

N.  Abel. 

Af  min  Kjœrestes  Brev  har  jeg  seet  ai  hun  har  vœret  i  Christiania  i  Markedet. 
Det  skulde  vœre  mig  kjaert  om  hun  har  fundet  Naade  for  Deres  0jne. 


X.    ABEL  A  HANSTEEN 

Dresden  den  29de  Marts  1826. 
Hochzuehrender  Herr  Professer! 

Mange  Tak  Hrr.  Professer  for  Deres  venskabelige  Hilsener  til  mig  i  Boecks 
Brev.  Jeg  var  sandelig  bange  for  at  jeg  i  mit  sidste  Brev  til  Dem  kunde  hâve 
udtrykt  mig  noget  underlig,  og  kanskee  har  jeg  ogsaa  gjort  det.  I  det  Hele  maa  jeg 
bede  Dem  see  igjennem  Fingre  med  mig  i  mange  Henseender  isœr  hvad  det  Formelle 
angaaer,  —  De  har  fuldkommen  beroliget  mig  i  Henseende  til  min  Fremtid  og  saa- 
ledes  gjort  mig  en  sand  Velgjerning  thi  jeg  var  noget  bange,  dog  maaskee  for  meget.  — 
Jeg  glaeder  mig  uendelig  til  at  komme  hjem  igjen  og  kunne  faae  Anledning  til  at 
arbeide  i  Rolighed.  Jeg  haaber  det  skal  komme  til  at  gaae  godt,  Materialier  kommer 
jeg  ikke  til  at  mangle  for  flere  Aar;  flere  faaer  jeg  vel  paa  Reisen,  thi  netop 
i  denne  Tid  gaaer  der  mange  Ideer  omkring  i  Hovedet  paa  mig.  Den  rené 
Mathematik  i  sin  reneste  Betydning  maa  bhve  ganske  mit  Studium  for  Fremtiden. 
Aile  mine  Krsefter  vil  jeg  anvende  paa  at  bringe  noget  mère  Lys  i  det  uhyre  Morke 
som  der  uimodsigelig  nu  fîndes  i  An  al  y  s  en.  Den  mangler  saa  ganske  al  Plan  og 
System,  saaat  det  virkelig  er  hoist  forunderlig  at  den  kan  studeres  af  saa  mange 
og  nu  det  vaerste  at  den  aldeles  ikke  er  strœng  behandlet.  Der  gives  yderst  faae 
Saetninger  i  den  hoiere  Analyse  som  ère  bevisede  med  overbevisende  Strœnghed. 
Overalt  finder  man  den  ulykkelige  Maade  at  slutte  fra  det  Specielle  til  det  Alminde- 
lige,  og  yderst  maerkvœrdigt  er  det  at  der  efter  en  saadan  Fremgangsmaade  dog  kuns 
findes  faae  af  de  saakaldte  Paradoxer.  Det  er  virkelig  meget  intéressant  at  eftersoge 
Grunden  hertil.  —  Efter  mine  Tanker  ligger  den  deri  at  de  Funclioner  som  Analysen 
hidentil  har  beskjœftiget  sig  med  mestendels  lade  sig  udtrykke  ved  Potentser.  —  Saa- 
snart  der  komme  andre  imellem  hvilket  rigtig  nok  ikke  ofte  er  Tilfœldet  saa  gaaer 


22  TEXTE    ORIGINAL   DES    LETTRES    ÉCRITES    PAR    ABEL    EN    NORVÉGIEN 

det  gjerne  ikke  godt  og  af  falske  Slutninger  opstaae  da  en  Mœngde  med  hinanden 
forbundne  urigtige  Ssetninger.  —  Jeg  har  gjennemgaaet  flere  af  disse  og  har  vaeret 
saa  heldig  at  komme  paa  det  René  dermed.  Naar  man  blot  gaaer  almindelig 
tilvaerks  saa  gaaer  det  nok;  men  jeg  har  maattet  vœre  saerdeles  forsigtig,  thi  de 
engang  uden  straengt  Beviis  (o:  uden  Beviis)  antagne  Saetninger  hâve  slaaet  saa 
dybe  Rodder  hos  mig  at  jeg  hvert  0jeblik  staaer  Fare  for  at  bruge  dem  uden  noiere 
Prevelse.  Disse  smaa  Arbeider  komme  til  at  staae  i  den  af  Crelle  udgivne  Jour- 
nal. —  I  denne  Mand  har  jeg  sandelig  gjort  et  ganske  fortrœffehg  Bekjendtskab  og 
jeg  kan  ikke  noksom  prise  min  lykkelig[e]  Stjerne  som  bragte  mig  til  Berlin.  Jeg  er 
dog  virkelig  i  Grunden  et  haeldigt  Menneske.  Faae  gives  der  rigtig  nok  som  inter- 
essere  sig  for  mig  men  disse  Faae  ère  mig  uendelig  dyrebare,  fordi  De  hâve  beviist 
mig  saa  sœrdeles  megen  Godhed.  Kun  at  jeg  nogenlunde  maatte  svare  til  de  For- 
ventninger  som  de  hâve  i  Henseende  til  mig;  thi  haardt  maa  det  vœre  naar  man 
seer  sin  velmeente  Moje  paa  En  spildt.  — 

Jeg  maa  dog  fortaelle  Dem  et  Tilbud  som  Crelle  gjorde  mig  forend  jeg  reiste 
fra  Berlin.  Han  vilde  endelig  overtale  mig  til  at  blive  i  Berlin  for  bestandig  og 
skiidrede  mig  de  Fordele  jeg  deraf  kunde  bave.  Hvis  jeg  vilde  saa  tiibed  han  mig 
Udgivelsen  af  Journalen,  som  nok  kommer  til  [at]  staae  sig  godt  ogsaa  i  okonomisk 
Henseende.  Det  lod  virkelig  som  om  det  var  ham  meget  magtpaaliggende,  men  jeg 
gav  naturligviis  Afslag.  Dog  maatte  jeg  indklaede  det  under  den  Form  at  jeg  vilde 
gj0re  det  hvis  jeg  ikke  kunde  faae  noget  at  levé  af  hjemme  hvilket  jeg  ogsaa 
vilde.  Til  Slutning  sagde  han  at  han  vilde  gjentage  sit  Tilbud  hvad  0jeblik  jeg 
selv  vilde.  Jeg  kan  ikke  negte  at  dette  smigrede  mig  meget,  men  var  det  ikke 
ogsaa  ganske  net?  En  Ting  maatte  jeg  dog  love  ham  ganske  bestemt  nemlig  at 
komme  tilbage  til  Berlin  forend  jeg  endte  min  Udenlandsreise,  og  dette  kan  jeg  da 
ogsaa  hâve  den  storste  Gavn  af.  Han  har  nemlig  lovet  mig  ganske  sikkert  at 
skaffe  mig  en  Forlaegger  til  mine  storre  Afhandlinger  og  det  tœnk  engang  med 
klsekkeligt  Honorar.  Forst  blev  det  overlagt  imellem  os  at  vi  i  Forening  skulde  af 
og  til  udgive  en  Samling  af  storre  Arbeider  og  dette  skulde  tage  sin  Begyndelse 
strax;  men  ved  neiere  Overveielse  og  efter  Raadslagning  med  en  Boghandler  som 
Forlaget  blev  tilbudet  blev  det  anseet  for  bedre  at  bie  indtil  Journalen  forst  var 
kommen  rigtig  i  Gang.  Naar  jeg  kommer  til  Berlin  igjen  haaber  jeg  at  vor  Plan 
vil  kunne  realiseres.  Er  det  ikke  prœgtigt?  og  har  jeg  ikke  Aarsag  til  at  glœde 
mig    over   min    Reise   til  Berlin?    Jeg  har  vel  ikke  lœrt  noget  af  andre  paa  denne 


TEXTE    ORIGINAL    DES    LETTRES    ÉCRITES    PAR   ABEL    EN    NORVÉGIEN 


Tour  men  dette  har  jeg  heller  ikke  anseet  for  den  egentlige  Hensigt  af  min  Reise. 
Bekjendtskaber  bor  vel  blive  Hovedsagen  for  Fremtidens  Skyld.  Er  ikke  De  af 
samme  Mening? 

I  Freyberg  hvor  jeg  opholdt  mig  en  Maaned  hos  Keilhau  har  jeg  gjort 
Bekjendtskab  med  en  ung  ivrig  Mathematiker  nemlig  en  Broder  af  Naumann  som 
var  i  Norge.     Det  er  et  meget  hyggeligt  Menneske  og  vi  harmonerte  godt.  — 

De  skriver  i  Deres  Brev  til  Boeck  hvad  mon  jeg  vil  i  Leipzig  og  Rhin-Egnene; 
men  jeg  gad  vide  hvad  De  siger  naar  jeg  nu  fortaeller  dem  at  jeg  reiser  tii  Wien  og 
Schweitz.  Forst  havde  jeg  taenkt  at  reise  hge  fra  BerUn  til  Paris,  paa  hvilken  [Reise] 
jeg  havde  Haab  at  Felge  med  Crelle.  Men  nu  fik  han  Forhindringer  og  jeg  havde 
altsaa  kommet  til  at  reise  aliène.  Nu  er  jeg  engang  saaledes  beskaffen  at  jeg  aldeles 
ikke  eller  dog  yderst  vanskelig  kan  vaere  aliène.  Jeg  bliver  da  ganske  melancholsk 
og  da  er  jeg  ikke  just  i  den  bedste  Stemning  for  at  kunne  bestille  noget.  Jeg 
tœnkte  da  det  er  bedst  Du  reiser  med  Boeck  etc.  til  Wien  og  det  kan  jeg  da  ogsaa 
forsvare  synes  mig  thi  i  Wien  er  Littrow,  Burg  og  flere.  Det  er  jo  virkelig 
udmœrkede  Mathematikere  og  hertil  komraer  da  at  jeg  ikke  kommer  til  at  reise 
mère  end  engang  i  mit  Liv.  Kan  man  da  fortaenke  mig  i  at  jeg  ensker  ogsaa 
at  see  lidt  af  Sydens  Liv  og  Fœrden.  Paa  min  Reise  kan  jeg  jo  arbeide  temmelig 
brav.  Er  jeg  nu  engang  i  Wien  og  jeg  skal  derfra  til  Paris  saa  gaaer  jo  den  lige 
Vei  nœsten  igjennem  Schweitz.  Hvorfor  skulde  jeg  da  ikke  ogsaa  see  lidt  deraf? 
Herre  Gud!  Jeg  er  dog  ikke  uden  al  Sands  for  Naturens  Skjonheder.  Den  hele 
Reise  vil  gJ0re  at  jeg  kommer  to  Maaneder  senere  til  Paris  end  ellers  og  det  gjer 
da  ikke  noget.  Jeg  skal  nok  hente  det  ind  igjen.  Troer  de  ikke  at  jeg  vil  hâve 
godt  af  en  saadan  Reise? 

Fra  Wien  til  Paris  kommer  jeg  formodentlig  til  at  reise  i  Folge  med  Meller, 
og  Vinteren  der  kommer  jeg  til  at  tilbringe  i  Selskab  med  Keilhau.  Vi  slaae  os 
da  ganske  forskrœkkehg  paa  Arbeide.  —  Jeg  tœnker  det  skal  gaae  godt.  — 

Til  Wien  har  jeg  faaet  Anbefalingsbreve  med  fra  Crelle  til  Littrow  og  Burg. 
Min  Forfœngelighed  driver  mig  til  at  afskrive  en  Passage  af  Brevet  til  Littrow. 
Efterat  bave  tait  om  Journalen  siger  han: 

„Herr  Abel  aus  Christiania  in  Norwegen  der  Ihnen  dièses  Schreiben  (iberbringen 
wird  ist  ebenfalls  ein  eifriger  Mitarbeiter  an  dem  Journal  und  keine  seiner  geringsten 
Zierden.  Dieser  junge  Mann  besitzt  meine  ganze  Hochachtung  und  ich  wOnsche 
ihn  auch  Ew.  Hochwohlgebohren  Gute  und  Wohlwollen  empfohlen  zu  wissen.    Der 


24  TEXTE    OEIGINAL   DES    LETTRES    ÉCRITES    PAR   ABEL   EN    NORVÉGIEN 

hohe    Grad  von  Auszeichnung  als  Mathematiker,  den  er  schon  jetzt  errungen  giebt 
der  Wissenschaft  die  erfreulichsten  Hoffnungen." 

I  Wien  blive  vi  omirent  en  Maaned  og  saa  dele  vi  os  formodentlig  i  to.  Det 
ene  Partie  (Boeck  Keilhau)  gaae  over  Triest,  Venedig  igjennem  Tyrol  Schweitz  og 
Moller  og  jeg  til  Paris.  Til  sidstnœvnte  Sted  faaer  jeg  Anbefalingsbreve  af 
Prof  essor  Dirksen  i  Berlin  til  Humboldt  og  FI  ère.  Jeg  vilde  onske  at  jeg  da  maatte 
vaere  kun  halvt  saa  heldig  som  i  Berlin  saa  vilde  det  vœre  deiligt.  — 

Keilhau  og  Boeck  bave  i  Dag  vaeret  ude  at  observere  med  Svingningsapparatet, 
meget  tidlig  medens  vi  andre  (Meller  Tank  og  jeg)  laae.  De  kommer  til  at  faae 
en  anstaendig  Raekke  af  Observationer.     De  hilse  meget.  — 

Vi  bave  aile  gjort  vor  Opvartning  hos  Hr.  Irgens-Bergh.  I  Gaaer  Aftes  var  ban 
saa  galant  at  meddele  os  Billetter  til  det  adelige  Casino,  où  l'on  ne  danse  qu'en 
escarpins,  og  vi  vare  saaledes  for  den  Aften  Adelsmaend  M^  de  Keilbau,  M*".  d'Abel 
etc.  Vi  saa  der  bêle  Dresdens  Incroyable  med  Elégance.  I  Dag  Middag  vare  vi  budne 
til  Middagsselskab  bos  Bergh  vi  saae  der  Baggesen.  —  Han  er  meget  svag.  Man 
siger  at  Flasken  er  Skyld  deri.  —  Maleren  Dabi  fra  Bergen  bave  vi  ogsaa  gjort 
Bekjendskab  med.  Han  reiser  med  det  forste  til  Norge,  som  han  nok  ikke  forlader 
ferend  1827. 

De  bar  vaeret  saa  god  Hr.  Professor  at  love  mig  Brev  med  det  Forste.  Endnu 
har  jeg  ikke  faaet  men  Aarsagen  ligger  formodentlig  deri  at  det  gjor  forskjellige 
Omveie.  Jeg  bar  gjort  Anstalter  til  at  Maschmann  sender  mig  det  til  Wien.  Jeg 
glœder  mig  saerdeles  til  at  bore  noget  fra  Dem  og  min  anden  Moder.  — 

Fra  Tid  til  anden  vil  jeg  tage  mig  den  Fribed  at  skrive  Dem  til  ikke  fordi  jeg 
ter  smigre  mig  at  De  vil  bave  nogen  videre  Interesse  deraf  men  fordi  jeg  selv 
finder  en  stor  Fornoielse  deri.  Af  mig  maa  De  naturligviis  ingen  intéressante  Reise- 
iagttagelser  vente  ledsagede  af  œstetiske  Beskrivelser.  Det  maa  jeg  overlade  til 
mine  mère  begavede  Reisecompagnons  in  specie  Keilbau.  — 

Jeg  beder  dem  bilse  Holmboe  meget  men  tillige  sige  bam  at  det  ikke  var  peent 
at  han  ei  har  skrevet  mig  til.  Dog  maaskee  gjor  jeg  bam  Uret.  Hans  Brev  kan 
kanskee  vœre  underveis. 

Farvel  Hr.  Professor  og  lev  altid  saa  godt  som  jeg  onsker  det. 

Deres  forbundne 

N.  H.  Abel. 


TEXTE  ORIGINAL  DES  LETTRES  ÉCRITES  PAR  ABEL  EN  NORVÉGIEN         25 

Indlagte  Seddel  til  min  Soster  vil  De  maaskee  vœre  af  den  Godhed  at  lade  hende 
tilstille.  Min  œrbedigste  Hilsen  til  Professer  Rasmusen,  men  dog  forst  og  fremst  til 
Fru  Hansteen  og  Charité.  — 


Gode  Ven. 


XL    ABEL  A  HOLMBOE 

Wien  den  16de  April  1826. 


Endelig  fik  jeg  da  Brev  fra  Dig,  jeg  havde  nœsten  troet  at  Du  reent  havde 
slaaet  Haanden  af  mig;  des  kjœrere  var  det  mig  at  modtage  det.  Den  14de  om 
Aftenen  kom  jeg  til  Wien  og  den  16de  fik  jeg  dit  Brev  som  blev  skikket  mig  af 
Maschmann  fra  Berlin.  Du  havde  vel  ikke  troet  at  jeg  skulde  komme  til  Wien,  men 
jeg  syntes  at  jeg  ikke  burde  lade  den  gode  Leilighed  gaae  forbi  da  jeg  nemlig  kunde 
komme  til  at  reise  i  Folge  med  Boeck  og  Keilhau,  Ja  jeg  reiser  endnu  videre 
nemlig  over  Triest  og  Venedig  Verona  Turin  (for  at  besoge  Plana)  og  saa  til  Paris. 
Paa  denne  Vei  gjore  vi  nogle  smaae  Afstikkere  af  en  50  Miil  ind  i  Tyrol,  Schvv^eitz 
etc.  Dog  Reisen  er  endnu  ikke  ganske  bestemt.  Jeg  i  det  mindste  gjor  den  vel 
noget  kortere.  Du  synes  vel  det  er  fœlt  at  jeg  soler  bort  saa  meget  Tid  paa  at 
reise;  men  jeg  troer  ikke  at  det  kan  kaldes  at  sole  den  bort.  Man  lœrer  mange 
rare  Sager  paa  en  saadan  Reise  som  jeg  kan  hâve  mère  Nytte  ai  end  om  jeg  i  et 
vœk  studerede  Mathematik.  Desuden  maa  jeg  altid  hâve  som  Du  veed  enkelte 
Dovenskabs  Perioder,  for  at  kunne  kile  paa  igjen  med  fornyet  Kraft.  Naar  jeg 
kommer  til  Paris  hvilket  omirent  vil  skee  i  Juli  eller  August  saa  begynder  jeg  at 
arbeide  noget  ganske  skrœkkeligt.  Lœser  og  skriver.  Jeg  skal  da  u[d]arbeide  mine 
Litegralsager,  Théorie  des  fonctions  elliptiques  etc.,  hvilket  jeg  ait  bar  grundet  Haab 
om  ved  Crelle[s]  Hjaelp  at  faae  trykt  i  Berlin  naar  jeg  kommer  der  tilbage  hvilket 
jeg  gjor  dersom  Mynten  strœkker  til,  hvilket  jeg  vil  haabe.  Der  gaaer  ellers  en 
skrœkkende  Hob  Penge  til.  Man  maa  boe  paa  Hotels  og  det  draer  frygtelig,  og  saa 
kommer  dertil  at  her  i  Wien  er  en  saa  aller  Helvedes  god  Anledning  til  at  levé  tykt. 
Wieneren  er  sœrdeles  sandselig  og  gjor  isœr  meget  af  Mad  og  Drikke.  Den  Mand 
som  visiterede  os  spiiste,  kort  ait  spiser.  Forleden  lagde  jeg  Mœrke  til  En  som 
begyndte  sit  Maaltid  med  al  kimppe  op  sine  Buxer.     Han  lagde  skrœksomt  i  sig.  — 

TEXTE    OKIUINAL    DES    LETTRES    d'aBEL    —    4 


26  TEXTE    ORIGINAL   DES    LETTRES    ÉCRITES   PAR   ABEL   EN   NORVÉGIEN 

Wien  er  en  stor  Stad  og  Berlin  forsvinder  ganske  mod  den  at  sige  i  hvad  man 
kalder  stâdtisch.  En  uendelig  Vrimmel  paa  Gaderne,  som  til  Deels  ère  trange  hoie 
Huse  (5,  6,  7  Etager)  og  en  uendelig  med  Butiker,  Kirker  etc.  Det  heieste  Taarn 
St.  Stefans  er  det  hoieste  jeg  har  seet.  Jeg  boer  i  Naerheden.  Inden  i  er  den 
meget  pragtfuld  og  der  traelles  da  med  Catholicisme  i  et  Vaek.  Den  Gudstjeneste 
har  virkelig  meget  hoitideligt  ved  sig,  og  det  er  ikke  at  undres  over  om  Maengden 
gjor  af  den.  —  Wien  har  5  Théâtre  som  jeg  da  maae  besoge  aile  sammen,  2  in 
der  Stadt  og  3  i  Forstœderne.  Blandt  disse  udmœrker  sig  et  som  er  i  Leopold- 
stadt,  og  hvor  man  har  Anledning  til  at  studere  Wieneren;  thi  her  opfores  naesten 
blot  saadanne  Stykker  som  har  Hensyn  til  Wien,  isœr  dens  Indvaanere  af  den 
lavere  Classe.  Det  er  overordentlig  staerkt  besogt.  Dette  Theater  kaldes  beym 
Gasperi,  fordi  den  staaende  komiske  Rolle  deri  var  en  Schildknappes  ved  Navn 
Gasperi.  Nu  seer  man  oftere  Paraplymageren  Staberl  o  :  den  personifîcerede  Haand- 
vœrksland  i  Wien.  —  En  uendelig  komisk  Person.  Jeg  har  vœret  der  engang  og 
moret  mig  godt.  Publicum  er  noget  ganske  forskrœkkelig  urolig,  klapper  og  skriger 
i  et  Vœk.  —  Ellers  ère  de  fleste  Stykker  som  spilles  der  et  uendelig  Sammenvaev 
af  de  urimeligste  Ting  og  meest  outrerede  Caricaturer.  Men  Spillerne  ère  for- 
traeffelige.  —  Jeg  har  ogsaa  vaeret  paa  et  andet  Theater  nemlig  det  K.  K.  Hoftheater 
som  er  meget  stort.  Der  blev  givet  et  meget  Godt  Stykke,  og  som  man  vel  kan 
taenke  sig  udfort  overmaade  godt.  Et  udmaerket  Theater  er  dog  en  ganske 
udmœrket  Nydelse.  Det  er  noget  som  vi  ganske  mangle  og  vel  ikke  nogensinde 
vil  faae.  —  For  Sprogets  Skyld  er  det  ogsaa  godt  at  gaae  der.  Man  horer  der  det 
reneste  og  bedste.  Jeg  kan  sige  at  den  Tydsk  jeg  kan  har  jeg  laert  paa  Theatrene 
i  Berlin;  thi  jeg  har  ellers  havt  meget  liden  Anledning  til  at  bore  det.  Nu  gaaer 
det  ganske  godt,  og  jeg  kan  slaae  mig  overalt  igjennem  uden  Gène.  Jeg  frygter 
mère  for  Fransken  dog  det  gaaer  vel  ogsaa  naar  jeg  engang  kommer  der  hvor  det 
behoves.  —  Man  er  her  meget  opmœrksomme  paa  Fremmede  og  man  bliver 
examineret  saaledes  at  det  falder  noget  underlig  for  os.  Keilhau  blev  spurgt  om, 
hvem  hans  Fader  var,  og  maatte  fortselle  sin  hele  Levneds  Historié.  —  For  at  faae 
Lov  til  at  vœre  i  Wien  maa  man  skaffe  Caution  for  at  man  har  nok  at  levé  af.  — 
I  Slutningen  af  Februar  reiste  jeg  i  Folge  med  Keilhau  over  Leipzig  til  Freyberg 
hvor  jeg  forblev  en  Maaned  for  at  udarbeide  en  Afhandling,  som  skulde  indrykkes 
i  Journalen.  Jeg  skrev  den  selv  paa  Tysk  og  den  bliver  trykt  som  den  er  skrevet. 
(Er   det   ikke    kjaekt).    —  Jeg   corresponderer   idelig  med   Crelle.     Jeg  har  allerede 


TEXTE  ORIGINAL  DES  LETTRES  ÉCRITES  PAR  ABEL  EN  NORVÉGIEN         27 

faaet  2  lange  Brève  fra  ham  og  venter  det  tredje.  Jeg  kom  ikke  til  at  reise 
sammen  med  ham,  thi  det  bliver  nok  ikke  noget  af  med  hans  Reise.  Dog  mulig 
at  jeg  traeffer  ham  i  Paris.  Fra  Freyberg  reiste  jeg  i  Folge  med  Keilhau  og  Moller 
(som  var  kommen  efter)  til  Dresden,  denne  Smagstad.  Der  var  vi  i  8  Dage  og  efter 
os  kom  Boeck  og  Tank  saa  at  vi  vare  5  Nordmœnd  sammen.  Vi  saa  der  Bergh 
(hos  hvem  vi  aad  en  masse  i  Selskab  med  Maleren  Dal  og  Baggesen  saa  lunde 
at  vi  vare  lutter  Danske  og  Norske.  Tre  af  os  Boeck  Keilhau  og  jeg  droge  da 
lœnger  mod  Syden  og  kom  efter  en  Kjorsel  i  Ghareth  af  2V2  Dag  til  Prag.  — 
Strax  man  kommer  over  den  bohmiske  Grœndse  forandrer  ait  sig,  Land,  Folk  etc.  etc. 
Da  vi  vare  paa  Erzgebirge  sneede  det  og  da  vi  kom  ned  i  Dalen  nedenfor,  var  det 
det  deiligste  Veir  af  Verden,  og  en  sœrdeles  skjon  overordentlig  frugtbar  Egn.  — 
Saasnart  man  kommer  ind  i  Bôhmen  begynder  man  over  ait  at  see  Helgenbilleder 
langs  Veiene,  vi  saae  en  stor  M8en[g]de,  hvorunder  isœr  Nepomuk  ofte  forekom.  Men 
ved  siden  af  disse  Stotter  saae  vi  ogsaa  en  stor  Maengde  Bettlere  isœr  blinde.  De 
ligge  paa  Landeveien  den  hele  Dag.  —  Den  forste  Dag  kom  vi  til  Tôplitz,  som  er 
bekjendt  for  sine  varme  Bade.  Her  kommer  i  Sommermaanederne  en  uhyre 
Maengde  rige  syge  og  friske  Mennesker.  Naar  man  reiser  fra  Tôplitz  kommer  man 
over  Mittelgebirge  og  fra  disse  bar  man  en  umaadelig  viid  Udsigt  over  Bôhmen 
som  er  nœsten  een  uendelig  Slette,  og  i  det  Hele  sœrdeles  frugtbar. 

Efter  en  Tour  af  noget  over  en  Dag  kom  vi  over  denne  Slette  til  Prag,  hvor 
vi  havde  bestemt  at  vœre  et  Par  Dage,  men  vi  blev  der  hele  8,  da  Boeck  der  fandt 
adskillige  naturhistoriske  Ting  som  interesserede  ham.  Jeg  gik  imidlertid  omkring 
i  Byen,  besogte  Theatret,  som  er  et  af  de  bedre  i  Tyskland  etc.  Jeg  saae  der 
en  Skuespiller  fra  Milnchen,  Eslair,  som  man  siger  skal  vœre  den  fortrinligste 
i  Tyskland.  Jeg  saae  ham  i  Schillers  Tell  som  Wilhelm  Tell,  der  skulde  Du  seet 
Spil!  I  Prag  bes0gte  jeg  en  Prof  essor  Astronomiœ  David.  Det  var  en  gammel 
Knark,  og  det  lod  som  han  var  raed  for  Fremmede.  Jeg  slutter  deraf  at  hans 
Kundskaber  maatte  vœre  meget  tynde.  I  Prag  lever  en  anden  Mathematiker 
Gerstner,  der  skal  vœre  meget  brav,  men  da  jeg  horte  at  man  kaldte  ham  en 
Vétéran  blev  jeg  bange;  thi  det  Navn  faaer  gjerne  saadanne  som  engang  har  gjort 
noget,  men  som  nu  ikke  duer  mère.  Det  var  ogsaa  godt  at  jeg  ikke  gik;  thi  han 
skal  som  jeg  siden  har  hort  nœsten  hverken  kunne  see  eller  hore.  Prag  er  ingen 
styg  Bye  og  ligger  ganske  smukt.  En  Deel  af  den  som  ligger  meget  boit  kaldes 
Hradschin   og  i  et  Taarn   som   staaer  der  har  man  en  forfœrdelig  Udsigt.     Man 


28  TEXTE    ORIGINAL    DES    LETTRES    ÉCRITES    PAR    ABEL    EN    NORVÉGIEN 

kan  derfra  baade  see  Mittelgebirge,  Erzgebirge  og  Riesengebirge,  at  sige  naar  det 
er  meget  klart  —  Jeg  var  deroppe  men  kunde  ikke  see  disse  Ting  da  Veiret  ikke 
var  favorabelt.  Bag  Hradschin  befinder  sig  det  Observatorium  som  Tycho  Brahe 
betjente  sig  af,  Bygningen  bruges  nu  til  en  militair  Indretning.  —  Tycho  Brahes 
Gravsted  er  ogsaa  at  see  i  en  af  Byens  utallige  Kirker.  —  Ellers  lader  det  til 
at  Tonen  i  Prag  er  temmelig  raa.  Hatten  paa  i  Skuespilhuset  etc.  og  paa  Spise- 
qvarterer  gaaer  det  ikke'peent  til.  Man  seer  den  ene  faele  Fant  efter  den  anden; 
Fruentimmer  med  store  01krus  foran  sig  etc.  01drikkingen  er  sœrdeles  stœrk  i  de 
esterigske  Stater  som  vi  hidentil  bar  vœret  i.  Det  ferste  Sporgsmaal  man  faaer 
paa  et  offentlig  Sted  er:  Schaaffens  Bier  Gnaaden;  men  vi  holder  os  altid  til 
Vinene,  som  her  efter  min  Smag  er  meget  gode,  og  ikke  meget  dyre.  To  Flasker 
god  Viin  koster  omtrent  halvanden  Mark  Norsk.  Men  man  kan  ogsaa  faa  Viin 
som  koster  4  Ducater  Flasken.  —  Fra  Prag  reiste  vi  med  en  Lohnkutscher,  som 
skulde  bringe  os  til  Wien  for  omtrent  24  Specier  hvilket  ikke  er  dyrt  da  Veien  er 
neesten  40  Miil.  Vi  kjorte  saerdeles  magelig  i  en  lukt  Vogn  (Glaswagen).  Da  vi 
vare  komne  nogle  Miil  fra  Prag  vare  vi  tœt  ved  Elben  og  kunde  paa  samme  Tid 
see  Riesengebirge,  som  var  bedaekkede  med  Snee.  Vi  havde  en  Varme  af  nœsten 
20  Grader,  som  isaer  generede  os  ved  vore  magnetiske  Observationer,  som  vi  det 
meeste  foretoge  hver  Dag  to  Gange,  Middag  og  Aften.  Paa  Veien  fra  Prag  til 
Wien  seer  man  en  uhyre  Mœngde  Byer,  og  saadanne  som  hos  [os]  vilde  blive 
anseede  for  ikke  saa  ubetydelige,  laegger  man  her  nœsten  ikke  Maerke  til.  I  de 
Vœrtshuse  vi  kom  til  at  opholde  os  i  var  det  i  Alm:  godt  og  billigt,  dog  fandt 
man  langt  fra  ikke  den  Reenlighed,  som  i  Nordtyskland.  —  Landet  Syden  for  Prag 
er  ikke  saa  fladt  som  den  nordlige  Deel,  men  meget  frugtbart.  Naar  man  derimod 
kommer  ind  i  Mâhren  faaer  det  et  temmelig  sterilt  Udseende,  og  ligner  mange 
Tragter  i  Norge.  —  Men  med  Eet  forandrer  det  sig  naar  man  kommer  ind  i 
0sterig.  —  Det  er  det  frugtbareste  Land  jeg  har  [seet]  og  saa  godt  dyrket. 
Der  er  ikke  en  Plet  uden  den  jo  enten  er  Ager  eller  Viinland.  —  Det  var  ofte 
Tilfaeldet  at  vi  rundt  omkring  os  saa  langt  vi  kunde  0ine  ikke  saae  andet  end  een 
Ager.  —  Grœsmark  finder  man  yderlig  sjselden.  —  Efter  en  Kjorsel  af  4  Dage  kom 
vi  til  Wien  kort  for  Solen  gik  ned.  AUerede  meget  langt  borte  kunde  vi  see 
Spidsen  af  St.  Stefans  Taarn,  som  er  umaadelig  hoit.  Nogen  Tid  derefter  saa 
vi  hele  Staden  passere  Revue,  og  varede  ikke  (sic)  for  vi  passerede  en  Arm  af 
Donau.     Efter   at  bave   undergaaet   en    lemfœldig    Visitation    kjorede    vi    igjennem 


TEXTE  ORIGINAL  DES  LETTRES  ÉCRITES  PAR  ABEL  EN  NORVÉGIEN         29 

Leopoldstadt  over  Ferdinands-Brticke  ind  i  Staden  og  stege  af  i  det  dyreste  Hotel 
i  hele  Byen,  kaldet  Zum  wilden  Mann.  —  Endnu  ère  vi  her  men  skal  flytte  i  Dag. 
Vi  hâve  leiet  et  Privât  Logie,  hvorfor  vi  skulle  betale  30  fl.  om  Maaneden  omtrent 
15  Specier.  Det  er  meget  dyrt.  Wien  er  i  er  Hele  meget  dyrt  isœr  naturligviis  for 
Fremmede.  Vor  Middogsmad  koster  os  i  det  mindste  V2  Sp.  pro  persona,  og  dog 
er  det  Synd  at  sige  at  vi  levé  overdaadig,  isœr  i  Forhold  til  Wieneren,  som  œder 
utiyre.  —  Forleden  Dag  vare  vi  hos  en  Oncle  af  Moller,  som  er  bosat  her  i  Byen 
og  er  gaaet  over  til  den  catholske  Religion  for  Isenge  siden.  Han  tog  meget  artig 
imod  os  og  vi  blevne  (sic)  indbudne  til  at  spise  hos  ham.  Han  har  nœsten  ganske 
glemt  at  taie  Norsk  ;  men  han  forstaaer  det  godt.  —  Han  er  gift  og  har  en  voxen 
Son.  Hos  den  svenske  Gesandt  har  vi  ogsaa  vaeret  og  skal  œde  hos  ham  i 
Morgen.  —  Til  Littrow  og  Burg  har  jeg  AnbefaHngsbreve  fra  Crelle  men  jeg 
har  endnu  ikke  vœret  hos.  Den  ene  er  ikke  i  Byen  og  den  anden  (Littrow) 
har  jeg  endnu  ikke  kunnet  faae  opspurgt.  I  Eftermiddag  gaaer  jeg  ham  paa 
Cadaveret  (wie  man  so  zu  sagen  pflegt).  Det  skal  vaere  en  meget  forekommende 
Mand.  Her  ère  flere  unge  gode  Mathematikere,  blandt  andre  een  som  heder 
Hansteen,  som  skal  vœre  ganske  udmœrket.  Jeg  haaber  at  kunne  gjore  hans 
Bekjendtskab,  saavel  som  de  ovriges.  Nu  er  jeg  slet  ikke  rœd  for  at  gaae  paa 
Folk.  I  Forstningen  var  det  lidt  curiost.  Men  naar  man  reiser  faaer  man  den 
nodvendige  Portion  Uforskammenhed  til  at  producere  sig.  —  Din  Ide  at  reise  til 
Paris  i  Ferierne  vilde  vœre  mig  dobbelt  kjœr  hvis  jeg  kunde  komme  der  til  den 
Tid  men  det  bliver  det  vel  ikke  noget  af.  —  Du  vil  vel  ogsaa  hâve  vanskelig  for 
at  kunne  rive  dig  l0s  formedelst  Examina  etc.  — 

(Lad  Hansteen  lœse  mit  Brev,  hvis  Du  vil  horer  Du). 

Wien  den  20de  April  1826. 

I  Gaaer  fîk  jeg  endelig  opspurgt  Littrow.  Jeg  var  hos  ham  Kl:  7  om  Morgenen; 
thi  han  ligger  nœsten  hele  Dagen  paa  Observatoriet.  Han  tog  meget  godt  imod 
mig,  talede  om  adskillige  Ting,  og  indbed  mig  til  at  besoge  ham  ofte,  samt  til 
Middag  paa  Sondag.  Jeg  haaber  at  komme  til  at  hâve  megen  Satisfaction  ai  hans 
Bekjendtskab.  Det  er  en  meget  levende  Mand  af  Hansteens  Statur,  hvem  han 
meget  ligner;  men  han  skal  tillige  vœre  en  hidsig  Knegt.  —  Naar  noget  er  ham 
imod  saa  er  han  strax  i  Fyr  og  Flamme.  —  A.  Burg  roste  han  meget;  denne 
har  jeg    endnu    ikke  seet,   men  i  Dag   haaber  jeg   at  trœffe  ham  hos  Littrow  paa 


30  TEXTE    ORIGINAL    DES    LETTRES    ÉCRITES    PAR    ABEL    EN    NORVÉGIEN 

Sternwarten.   —  Han  bliver  med   det  ferste  Professer.    Hidtil  var  han  blot  Ajunct 
ved  det  polytechniske  Institut.     Her  er  endnu  flere  andre  unge  Mathematikere. 

I  Gaaer  Middag  aad  vi  hos  den  svenske  Gesandt,  Baron  Groneberg.  Der  var 
ikke  flere  end  os  tre  og  tre  Fruentinimer,  Baronen  og  bans  Fru.  Det  var  et  aegte 
Wiener  Maaitid.  Man  spiiste  uhyre,  isaer  Baronens  Svigermoder  eine  geborne 
Wienerinn.  Jeg  forsomte  mig  heller  ikke,  nien  jeg  bar  just  ikke  Lyst  til  at  gjore 
det  om  igjen.  — 

Paa  denne  Tid  er  ber  i  Wien  mod  Saedvane  meget  koldt,  jeg  fryser  saa  paa 
Fingrene  at  jeg  nœsten  ikke  kan  skrive,  jeg  beder  derfor  undskylde  om  min  Skrift 
er  noget  ulaeselig.  —  Jeg  onskede  ikke  at  vœre  i  Wien  for  bestandig.  Det  blaeser 
hele  Dagen,  og  det  noget  ganske  forfaerdelig.  Der  er  en  Stov  saa  man  neppe  kan 
holde  ud.  —  Derfor  doer  her  ogsaa  en  uhyre  Mœngde  af  Lungebetaendelse.  — 

Hvad  Dine  Undersogelser  angaaende  Udtrykkene  for  ■it  og  andre  Arct:  angaaer 
saa  bar  jeg  endnu  ikke  seet  de  Formler  du  anforer.  Jeg  troer  det  Hele  i  Sammen- 
hœng  vilde  tage  sig  godt  ud.  —  Hvad  mine  Afbandhnger  angaaer  saa  er  det  vist- 
nok  bedst  at  man  kun  benytter  dem  sparsomt,  fordi  de  dog  ikke  saa  egentUg  borer 
hjemme  i  Magazinet.  Eilers  ère  de  Du  bar  og  mère  til  med  allerstorste  Fornoielse 
til    Tjeneste.  — 

Dit   Tilbud    at   skrive    mig  til  er  mig  saerdeles  kjsert.  —  Det  naeste  Brev  maa 

Du  give  folgende  Addresse: 

A  Monsieur 

Monsieur  N.  H.  Abel  de  Christiania  en  Norvège 

Addresse:    M^.  Frères  Schiehn 

à 

fr  Hamburg  Venise  (Venedig). 

men  du  maa  skrive  strax  tbi  eilers  faaer  jeg  ikke  Brevet,  og  skriv  endelig  Addressen 
tydelig  og  saa  fuldstaendig  som  jeg  bar  skrevet  den.  — 

Hils  endelig  Hansteen  og  Fru  Hansteen  saerdeles  meget  og  siig  at  jeg  endnu 
ikke  bar  erholdt  noget  Brev.  Jeg  skrev  Hansteen  til  fra  Dresden.  Bed 
Fru  Hansteen  laegge  en  Par  Linier  til  mig  ind  i  dit  Brev.  Hun  maa  endelig  gjore 
det.  —  Om  noget  Tid  skriver  jeg  bende  til.  — 

Lev  forresten  vel  og  hils  mine  Bekjendtere,  som  du  trœffer  paa.  — 

Din  Ven 

N.  H.  Abel. 


TEXTE  ORIGINAL  DES  LETTRES  ÉCRITES  PAR  ABEL  EN  NORVÉGIEN  31 

XII.    ABEL  A  HANSTEEN 

Grâtz  den  28de  May  1826. 
Hr.  Professor  Hansteen. 

Intet  skulde  hâve  vaeret  mig  kjaerere  Hr.  Professor  end  at  kunne  efter  Lof  te  sendet 
Dem  det  nu  udkomne  forsle  Hefte  af  den  mathematiske  Journal  men  da  jeg  reiste 
fra  Berlin  var  det  endnu  ikke  ganske  faerdig;  jeg  maa  derfor  bede  Dem  undskylde 
mig.  JNaar  jeg  kommer  hjem  bringer  jeg  die  ganze  Geschichte.  —  Det  gaaer  godt 
med  Trykningen.  Det  andet  Hefte  er  med  det  aller  forste  fœrdig  og  det  tredie  Hefte 
kommer  strax  ovenpaa.  I  det  andet  Hefte  kommer  en  heel  Del  smaa  Afhandlinger 
af  mig  og  i  det  tredie  to  store.  Jeg  bar  nylig  havt  Brev  fra  Grelle.  Han  kommer 
formodentlig  til  Paris  bvor  jeg  da  vil  traeffe  ham,  hvilket  meget  glœder  mig. 
I  Wien  bar  jeg  besogt  Littrow  meget  ofte  og  i  bam  fundet  en  ganske  fortrœffelig 
Mand.  Han  bar  givet  mig  et  Anbefalings-Brev  til  Paris  til  Directoren  for  Observa- 
toriet  daselbst  Bouvard,  som  jeg  baaber  skal  vœre  til  overmaade  megen  Gavn. 
Littrow  bar  bedet  mig  om  en  og  anden  Opsats  til  Annalen  der  Sternwarte  og  jeg  vil 
da  naturligviis  benytte  mig  af  denne  gode  Leiligbed  til  at  producere  mig  en  Smule.  — 
Littrow  bar  en  meget  byggelig  Kone  med  bvem  ban,  omendskjondt  bun  kun  er  34 
Aar,  bar  bavt  12  Born.  Hun  er  en  Polak  og  snuser  stœrkt;  i  sin[e]  yngre  Dage  bar 
hun  ogsaa  roget  som  en  Tyrk  (saaledes  udtrykte  bendes  Mand  sig).  Hun  fortalte  til 
Gjendgjaeld  andre  smukke  Historier  om  bam.  —  Littrow  bar  netop  nu  udgivet  en 
populair  Astronomie,  som  jeg  synes  meget  godt  om.  Med  det  Forste  kommer  en 
tredie  Deel  af  bans  straenge  Astronomie,  den  pbysiske  Deel.  Til  Paris  kommer  jeg 
og  Moller  om  omirent  6  Uger.  Da  smigrer  jeg  mig  med  et  Par  Ord  fra  Dem  eller 
Deres  Kone;  tbi  desvœrre  endnu  bar  jeg  ikke  vœret  saa  lykkelig.  —  Det  vil  vaere 
mig  en  betydelig  Opmunlring  og  jeg  kan  ikke  sige  bvor  kjœrl.  Naar  jeg  kommer 
til  Paris  skriver  jeg  Dem  et  Par  Linier  til  angaaende  min  Optagelse  der  samt  om 
en  anden  mig  vigtig  Sag  men  som  jeg  ikke  tor  bebyrde  Dem  med  endnu.  — 

Mes  complimens  les  respectueux  à  votre  épouse  et  à  Cbarite. 

Deres 
Abel. 

Jeg  beder  Dem  bilse  B.  Holmboe  og  min  Soster  naar  De  seer  bende. 


32  TEXTE    ORIGINAL   DES    LETTRES   ÉCRITES   PAR   ABEL   EN   NORVÉGIEN 

XIII.    ABEL  A  HOLMBOE 

Bolzano  (Botzen  i  det  italienske  Tyrol) 
den  15de  Juni  1826. 

I  dette  0jeblik  modtog  jeg  dit  Brev  dateret  den  22de  Mai,  og  tusind  Tak  skal 
Du  hâve  derfor  thi  du  kan  ikke  troe  hvor  det  glœder  mig  at  hère  noget  fra 
Hjemmet  og  isœr  fra  Dig.  Jeg  har  faaet  Brevet  her  i  Botzen  thi  da  jeg  var  i 
Venedig  for  8  Dage  siden  var  det  endnu  ikke  ankommet.  Du  kan  see  hvor  noi- 
agtig  jeg  beregner  Tiden.  Det  glœder  mig  at  Du  synes  om  min  Reise  i  det  Hele 
og  jeg  troer  ogsaa  at  den  ikke  er  saa  ilde  anlagt.  Du  laegger  til  det  maa  vaere  et 
lykkeligt  Liv;  nu  jeg  vilde  for  meget  godt  ikke  hâve  gjort  denne  Reise,  men  du 
vil  maaske  forundre  dig  naar  jeg  siger  at  jeg  er  meget  glad  ved  at  vaere  kommen 
saavidt  og  nom.  ud  af  Italien.  Det  jeg  har  seet  har  interesseret  mig  uendelig  men 
det  er  et  fœlt  Land  at  reise  i.  Jeg  vil  i  Korthed  fortaelle  Dig  min  Reise.  Wien 
forlod  jeg  i  Folge  med  Moller  og  Tank  den  25  f.  M.  Klk:  10  om  Aftenen  med  den 
saakaldte  Eilpost  (saaiedes  kaldet  fordi  den  gaaer  temmelig  hurtig,  dog  ikke  saa 
som  man  alm:  kjorer  i  Norge.  I  Nordtyskland  kaldes  en  saadan  Post  Sch[nJellpost 
eller  til  Spot  Sneelpost,  fordi  den  der  drager  sig  noget  langsommere)  forât  reise  til 
Grâtz  som  ligger  nogle  og  tyve  Miil  fra  Wien.  Det  er  en  underlig  Folelse  at  for- 
lade  en  saa  stor  og  mangfoldig  Bye  for  evig  isaer  et  Sted  hvor  man  har  forneiet 
sig  meget.  Jeg  var  i  slet  Humeur  og  tilbragte  en  fatal  Nat  naesten  sovnlos  som 
Du  vel  kan  tœnke.  Da  vi  igjen  skimtede  Dagen  var  det  forste  jeg  gjorde  at 
observere  mit  Reiseselskab  og  efter  nogen  Studering  fandt  jeg  da  ud  at  foruden  os 
tre  befandtes  der  i  Vognen  2  Tydskere  og  3  Italienere  allesammen  faele  Karle  isœr 
en  „Kaufmann  von  Venedig"  som  holdt  en  skrœkkelig  Qvalm.  —  Imellem  Wien  og 
Grât^  omtrent  halvveis  passerer  man  et  Alpepas  Simmering  kaldet  og  findes  her 
Grœndsen  mellem  Oesterrig  og  Steiermark.  Her  begynder  Egnen  at  blive  meget 
smuk,  jeg  troede  at  vœre  i  Norge,  saamegen  Lighed  har  Steiermark  dermed.  Veien 
gik  igjennem  en  temmelig  trang  Dal  hvorigjennem  Floden  Mur  lober,  der  meget 
bidrog  til  at  oplive  Scenen,  hvert  0jeblik  en  nye  smuk  Situation;  men  var  Landet 
smukt  saa  var  Folkene  det  ikke.  Overalt  moder  man  Folk  som  er  belagte  med 
Krop.  Det  seer  skrœkkelig  œkkelt  ud.  Man  siger  det  kommer  af  Vandet.  Syden 
for  Grâtz  finder  man  denne  Sygdom  sjeldnere.  —  Klk.  8  om  Aftenen  kom  vi  trœtte 


TEXTE  ORIGINAL  DES  LETTRES  ÉCRITES  PAR  ABEL  EN  NORVÉGIEN         33 

til  Grâtz,  og  efter  indtaget  Maaltid  gik  det  til  Sengs.  Dagen  derpaa  anvendte  jeg 
og  Meller  til  at  besee  Egnen  som  er  overordentlig  sniuk,  isaer  har  man  en  for- 
tryllende  Udsigt  fra  et  Bjserg  som  ligger  lige  ind  paa  Byen.  Just  som  vi  sad  og 
spiiste  Middag  traadte  Boeck  og  Keilhau  ind  af  Doren,  som  var  gaaet  til  Fods 
(ikke  Doren)  fra  Wien  nogle  Dage  ferend  vi  reiste  vaek  og  gjort  en  anden  Vei,  hvor 
de  havde  moret  sig  kostelig  men  vœret  besvœret  af  megen  Snee.  Det  fornoiede  os 
meget  thi  vi  vidste  ikke  hvad  der  var  blevet  af  dem  og  det  var  en  Hendelse  at  de 
kom  der  hvor  vi  vare.  —  Grâtz  er  en  smuk  Bye  med  40,000  Indbyggere,  har  et 
peent  nyt  Theater  som  vi  hver  Aften  besogte  da  vi  nu  skulde  tage  Afsked  med  det 
tydske  Theater,  som  havde  skaffet  os  meget  Nydelse.  —  Den  29de  Mai  forlod  jeg 
Grâtz  i  Folge  med  Boeck,  Keilhau  og  Meller.  Vi  havde  leiet  en  Lohnkutscher, 
som  skulde  fore  os  til  Triest  i  4V2  [Dage]  for  44  fl.  (omtrent  21  Sp.).  Vi  gjorde 
en  meget  behagelig  Reise.  Egnen  er  saare  skjon.  Frugtbare  Marker,  store  Floder 
(Mur,  Sau,  Drau)  og  hoie  Bjaerge  gjore  en  god  Effect.  Natten  tilbragte  vi 
derimod  ikke  saa  behagelig;  thi  Vaertshusene  ère  slette.  Alting  er  saa  svinsk, 
dog  meget  billig.  —  Det  mœrkvœrdigste  vi  saae  paa  Veien  var  den  bekjendte  under- 
jordiske  Gang  ved  Adelsberg,  nogle  Miil  fra  Triest.  Denne  Hule  straekker  sig  flere 
Miile  ind  i  Fjeldet  og  man  behover  24  Timer  for  at  komme  saa  langt  som  man 
hidentil  er  kommen.  Den  straekker  sig  endnu  lœnger  men  der  hindres  man  af  et 
dybt  og  bredt  Hul.  —  Vi  var  kun  et  lille  Stykke  inde.  Igjennem  det  samme  Bjaerg 
lober  en  Flod  som  gaaer  i  en  Strœkning  af  3  Miil  skjult  for  Folks  0jne.  Vi  saae 
den  baade  lobe  ind  og  komme  ud.  —  Den  5te  Dag  kom  vi  ind  i  Italien  og  spiiste 
Middag  i  den  forste  italienske  Bye  Sessana.  Folkene  var  Tyske  men  Maden 
Italiensk  Macaroni  etc.  Vi  maatte  lade  os  noie  med  Fastespise  da  det  den  Dag 
var  Fredag.  —  Rod  Viin  kaldes  her  sort  Viin,  og  det  Navn  kan  den  ogsaa  naesten 
fortiene.  Den  saae  drabelig  ud;  men  er  ikke  noget  videre  god.  —  Vi  vare  nu  ikke 
meget  langt  fra  Havet  og  snart  vare  vi  nser  et  Sted  hvor  man  med  eet  kan  oversee 
det.  Vi  stege  ud  af  Vognen  for  desbedre  at  nyde  Scenen.  Forend  vi  vidste  det 
laae  paa  engang  Adria  for  os.  Dybt  under  os  Triest.  I  Bugten  mange  Skibe,  paa 
den  ene  Side  saae  vi  Istriens  Kyst  paa  den  anden  henover  til  det  Venetianske. 
Udsigten  var  unœgtelig  sœrdeles  smuk,  dog  langt  fra  ikke  kan  den  sammenlignes 
med  den  fra  Egeberg.  Men  paa  os  som  saalœnge  havde  maattet  undvaere  Havet 
maatte  den  naturligviis  gjore  et  behageligt  Indtryk,  saameget  mère  som  det  var 
Adria  vi  saae.  —  Vi  ruUede    nu    ned  ad   Bakken  og  snart  vare  vi  i  Triest  hvor 

TEXl'E    ORIGINAL    DES    LETTRES    u'aBEL    —    5 


â4  TEXTE    ORIGINAL   DES    LETTRES    ÉCRITES   PAR    ABEL   EN    NORVÉGIEN 

vi  toge  ind  i  Albergo  alV  Aquila  nero  (zum  schwarzen  Adier).  Forend  vi  kunde 
faae  vore  Sager  ret  i  Orden  maatte  vi  plundre  med  4  Sprog,  Norsk,  Tysk,  Fransk 
og  Italiensk  og  disse  4  Sprog  hâve  vi  daglig  brugt  saalœnge  vi  vare  [i]  Italien.  — 
Det  forste  vi  gjorde  var  at  gaae  ud  at  svomme;  forât  faae  en  Baad  havde  vi  mange 
Omstœndigheder  da  ingen  forstod  Tysk  eller  Fransk  og  vi  kun  saare  fiint 
Italiensk.  Omsider  hjalp  et  femte  Sprog  nemlig  Engelsk  os  ud  af  vor  Forlegenhed 
da  vi  hœldigviis  stodte  paa  en  engelsk  Matros  og  Meller  taler  Engelsk.  —  Triest  er 
en  meget  sniuk  Bye  med  36,000  Indbyggere  og  frisk  Handel.  Der  vrimler  af 
utallige  Nationer.  Man  fînder  vel  aile  Europaeiske,  Tyrker  og  Grœker  iberegnede; 
desuden  Araber  og  iEgypter.  —  I  Havnen  laae  ogsaa  4  norske  Skibe  med  Fisk, 
to  fra  Bergen  og  to  fra  Trondhjem.  Vi  talede  med  de  3  og  den  ene  Bergenser 
samt  en  anden  Normand  en  Larsen  fra  Arendal  som  har  vœret  Consul  i  Genua 
havde  vi  hos  os  til  Middag  hvor  vi  levede  hoit  med  classiske  Vine.  Med  den 
Bergensiske  Skipper  skrev  jeg  en  liden  Lap  til  Lector  Bohr  og  sendte  ham  en  Dee 
Boger  som  jeg  bad  ham  sende  til  Dig.  Jeg  beder  Dig  tage  imod  dem  og  bevare 
dem  til  jeg  kommer  hjem.  —  I  Triest  saae  jeg  den  forste  italienske  Comoedie 
„I1  dottore  e  la  morte".  Udenfor  Theatret  stod  flere  af  de  mœrkvœrdigste  Scener 
afmalede  og  Titelen  med  alnelange  Bogstaver.  —  Den  7de  Juni  om  Aftenen  Kl.  12 
forlode  vi  aile  5  Triest  med  Dampbaaden  for  at  gaae  til  Venedig.  Klk:  8  skimtede 
vi  Taarnene  og  ikke  laenge  efter  laae  vi  for  Anker  i  den  underlige  Bye.  Jeg  synes 
ikke  at  ville  troe  at  jeg  var  i  Venedig.  Vi  laae  i  Nœrheden  af  den  beromte  Marcus- 
platz.  Vi  bleve  strax  omringede  af  en  uendelig  Mœngde  Gondoler  som  aile  vilde 
fortjene  noget.  Disse  Gondoler  ère  lange  og  smale  hâve  ligesom  et  lille  Huus  paa 
Midten  hvori  man  sidder  og  blive  forede  med  een  Aare.  —  Vi  toge  en  af  disse  dog 
efter  forst  at  hâve  accorderet;  thi  ellers  bliver  man  snydt;  ait  gaaer  i  Venedig  ud 
paa  Prellerey.  Der  findes  en  saa  uendelig  Maengde  Dagdrivere  Tiggere  og 
Kjœltringer  at  man  bestandig  maa  tage  sig  i  Agt.  Vi  toge  ind  i  Hotellet  Evropa, 
som  var  anbefalet  os  som  eet  af  de  bedste,  men  det  var  daarligt  nok  og  temmeligt 
dyrt.  —  Vi  toge  os  strax  en  Leietiener  som  skulde  fore  os  omkring  i  Byen  for  at 
see  dens  Maerkvœrdigheder.  Vi  leiede  to  Gondoler  og  begave  os  paa  Veien;  thi 
ligesom  man  i  andre  Byer  kjorer  eller  gaaer  i  Gadeiiie  saaledes  farer  man  her 
igjennem  Canaler,  som  traeder  i  Stedet  for  Gader.  Dog  kan  man  ogsaa  komme 
overalt  i  Venedig  tillands  men  da  Gaderne  ère  meget  trange  og  krogede  saa  fore- 
trœkker   man    Gangen    tilvands.    —    Det  er  et  melancholsk  Syn  at  drage  igjennem 


TEXTE  ORIGINAL  DES  LETTRES  ÉCRITES  PAR  ABEL  EN  NORVÉGIEN  35 


Venedig.  Overalt  seer  man  Mœiker  paa  ganimel  Pragt  og  nœrvœrende  Elendig- 
heder.  Prœgtige  Paladser  ganske  ede,  og  mange  nœsten  forfaldne.  Fœle  stygge 
Huse  hvori  maaske  et  eller  to  Vserelser  ère  beboede.  Ruiner  af  nedfaldne  og  ned- 
levne  Bygninger,  der  engang  bave  vœret  skjonne.  Alt  vidner  om  Forfald.  Man  régner 
at  over  Halvparten  af  Byen  ligger  ode.  Venedig  bar  ikke  mère  end  80,000  Indbyg- 
gere.  Det  m8erkv[œrd]igste  Sted  i  Byen  er  Marcuspladsen.  Det  er  en  overordentlig 
skjon  Plads  omringet  af  de  skjonneste  Bygninger  med  uendelig[e]  Gollonnader. 
Denne  Plads  er  isaer  levende  om  Aftenen  til  langt  ud  paa  Natten.  Folket  besoger 
da  de  utallige  Caffebuse  som  fîndes  under  Collonner.  Paa  den  ene  Side  talte  jeg  25 
hvoraf  flere  ère  meget  store.  Paa  den  anden  Side  ère  pragtfiilde  Boutiqver.  —  Paa 
Markuspladsen  staaer  et  eenligt  meget  boit  Taarn,  Ma[r]custaarnet.  Vi  vare  aller- 
0verst  og  bavde  derfra  en  deilig  Udsigt  over  Byen.  Den  er  vist  nok  den  eneste  i  sit 
Slags  tbi  overalt  seer  man  Vand  og  intet  Land  uden  meget  langt  borte.  Ligeover  for 
Taarnet  ligger  den  prœgtige  Marcus  Kirke  opfort  ganske  af  Marmor  og  med  de 
pragtfuldeste   Forziringer.     Nœsten   aile   Vœgge   ère   indlagte    med   Mozaik,  Gulvet 

ogsaa  etc. Vœg  i  Vœg  dermed  findes  det  fordums  dogelige  Palais  under  bvis 

Tag  de  af  Casanovas  Historié  bekjendte  Blykamre  i  Venedig  forben  befandtes.  De 
ère  nu  odelagte  af  de  franske.  —  Jeg  kunde  fortœlle  Dig  endnu  meget  om  Venedig 
men  jeg  maa  fatte  mig  kort  da  jeg  endnu  i  Dag  skal  skrive  til  min  Kjœreste.  — 
Den  lOde  forlode  vi  Venedig  og  begave  os  i  to  Gondoler  til  Fussina,  bvor  vi  bavde 
bestilt  os  en  Veturin,  som  skulde  fore  os  til  Padua.  Vi  vare  efter  kort  Tid  der  og 
befandt  os  nu  i  en  fortrœffelig  stor  Rummelig  Vogn.  Vi  kjorede  langs  Floden 
Brenta  og  gjennem  det  frugtbareste  og  meest  dyrkede  Land  man  kan  taenke  sig. 
Det  bêle  Land  var  saa  fladt  som  et  Vand  og  ganske  som  en  Hâve.  Agre  Viin  og 
Frugttrœer  paa  bver  Plet.  —  Efter  en  Fart  af  omtrent  6  Timer  vare  vi  i  Padua,  som 
er  en  skraekkelig  styg  Bye,  den  styggeste  jeg  bar  seet.  Efter  at  bave  beseet  nogle 
Kirker  etc.*  og  tilbragt  en  dyr  Dag  og  Nat  der  i  et  slet  Vœrtsbuus  droge  vi  Dagen 
efter  til  Vincenza,  som  ligger  i  en  ganske  fortryllende  Egn.  Her  spiiste  vi  til 
Middag  og  kom  om  Aftenen  efter  en  bebagelig  Fart  til  Verona.  —  Vi  besaae  ber 
flere  Mœrkvœrdigbeder  Ex:  en  Port  som  var  fra  Romernes  Tider  en  Broe  bygget  af 
Vitruvius  over  Floden  Estcb  der  lober  tvœrt  igjennem  Byen,  og  fremfor  Alt  en  (sic) 
umaadelig   stort   Ampbitbeater   fra  Oldtiden  der  rummer  23000  Mennesker.  —  Den 

*  Vi  saae   blandt  andet  det  Huus  som  Titus   Livius  havde  boet   [i]   og   som  er  vedligeholdt 
indtil  nu. 


36  TEXTE    ORIGINAL    DES    LETTRES    ÉCRITES    PAR   ABEL    EN    NORVÉGIEN 


12te  forlode  vi  Verona  og  reiste  nu  langs  Floden  Etsch  igjennem  en  trang  Dal  ind- 
graendset  af  umaadelig  hoie  Fjelde  ind  i  Tyrol  og  kom  i  Gaaer  den  14de  her  til  Botzen. 
Vi  ville  nu  gjere  i  nogle  Dage  en  Tour  til  Fassa-Dalen  og  omkring  i  Fjeldegnene, 
hvorpaa  vi  reise  i  al  Fart  til  Schafhausen  og  Moller  og  jeg  derfra  lige  til  Paris, 
hvor  jeg  haaber  at  indtraeffe  om  en  Maaned  aller  noget  mindre.  Til  Paris  har  jeg 
faaet  Anbefalingsbrev  fra  Littrow  til  Bouvard  og  dette  taenker  jeg  skal  hjœlpe  mig 
ganske  fortrœffeligt,  thi  godt  er  det.  —  Skriv  mig  nu  endelig  til  strax  og  ligesaa 
mange  Nyhedersomdenne  Gang  underfolgendeAddresse:  Mallet  Frères  à  Paris.  — 
Jeg  havde  gjerne  onsket  at  skrive  Dig  mange  andre  Ting  men  Tiden  er  for  kort 
og  jeg  maa  altsaa  slutte.  Naar  jeg  kommer  til  Paris  skaJ  jeg  gjere  det  bedre  (naar 
jeg  har  faaet  dit  Brev).  ~  Hils  Hansteen  og  Fru  Hansteen  saerdeles  meget.  Er  Brevet 
underveis  skal  jeg  nok  faae  det.  —  Gratuleer  ham  med  Ordenen.  Den  maatte  da 
endelig  komme  engang.  — 

Hils  mine  Bekjendte  som  Du  traeffer  paa  og  skriv  endelig  strax. 

Din  Ven 

N.  H.  Abel. 


XIV.    ABEL  A  KEILHAU 

Zurich  5te  Juli  1826. 

Formodentlig  vil  Du  forundre  Dig  over  ikke  at  finde  Din  Koffer  og  ovrige 
Toler  i  Schaffhausen  ;  men  da  vi  kom  til  Bodensack  saa  syntes  vi  det  vilde  vœre 
interessantere  at  gaa  over  Zurich  for  at  faa  se  lidt  mère  af  Schweitz.  Jeg  har 
ladet  de  omtalte  Sager  staa  i  Zurich  med  folgende  Addresse 

zum  Schwerdt 
hvor  Du  vil  kunne  faa  dem,  naar  Du  melder  dit  Navn. 

Over  Insbruck  har  vi  gjort  en  fortraeffelig  Tour  og  Spinneriet  har  havt  sin 
Gang.  Vi  har  fundet  die  Tyroler  Mâdchen  meget  hyggelige,  havt  en  med  i  Vognen 
et  Stykke.  Veien  fra  Bodensack  til  Zurich  er  ogsaa  meget  smuk  men  opfyldt  med 
en  Maengde  Mokkakoker.  —  Vi  onske  Eder  begge  en  lykkelig  og  forneielig  Tour. 
Fra  Paris  skal  jeg  ikke  glemme  at  skrive  til  Genf  og  Basel.     Adieu 

N.  H.  Abel. 

I  Hast.     Middagsstunden  da  der  strax  reises  videre.   — 


TEXTE  ORIGINAL  DES  LETTRES  ÉCRITES  PAR  ABEL  EN  NORVÉGIEN         37 


XVI.    ABEL  A  HANSTEEN 

Paris  den  12te  August  1826. 

Endlig  er  jeg  da  kommen  til  Focus  for  aile  mine  mathematiske  0nsker,  til 
Paris.  Jeg  har  allerede  vseret  her  siden  den  lOde  Juli.  De  synes  nok  det  var 
temmelig  silde  og  at  jeg  ikke  burde  hâve  gjort  den  Lange  Omvei  over  Venedig.  Kjaere 
Hr.  Professor  det  gjor  mig  overmaade  ondt  at  hâve  gjort  noget  som  ikke  har  deres 
Bifald;  nu  da  det  er  gjort  maa  jeg  tage  min  Tilflugt  til  deres  Godhed;  jeg  haaber 
de  har  den  Tillid  til  mig  at  De  troer  jeg  i  det  Hele  vil  anvende  min  Reise  vel. 
Det  skal  jeg  vist.  Til  min  Undskyldning  har  jeg  ikke  andet  at  sige  end  at  min 
Lyst  til  at  see  mig  lidt  om  var  stor  og  reiser  man  da  blot  for  at  studere  det  streng 
Videnskabelige?  Efter  denne  Tour  arbeider  jeg  med  des  mère  Iver.  I  Botzen  for- 
lod  jeg  Moller,  Boeck  og  Keilhau  og  reiste  saa  gesvind  som  muelig  til  Paris.  I 
Innsbruck  var  jeg,  ved  Bodensoen  og  at  jeg  saa  en  Smule  af  Schweitz,  Vil  De  for- 
tœnke  mig  det.  Det  kostede  mig  to  Dage  og  nogle  faae  Skillinger  mère  end  den 
lige  Vei  vilde  hâve  gjort.  Jeg  gik  over  Zurich,  Zug,  Vierwaldstâdter  Soen,  Lucern  til 
Basel.  Paa  Mont  Rigi,  mellem  Zuger  Soen  og  Wierwaldstâdter-Soen  (sic),  hvorfra 
man  har  den  videste  Udsigt  i  Schweitz  var  jeg  ogsaa.  Jeg  angrer  sandelig  ikke  paa 
den  lille  Omvei.  —  Fra  Basel  gik  jeg  i  3  Dage  og  4  Nœtter  i  et  Vœk  lige  til  Paris.  — 
For  des  bedre  at  komme  efter  det  Franske  har  jeg  logeret  mig  ind  i  en  Familie 
hvor  jeg  har  ait  for  120  francs  om  Maaneden.  Mand  og  Kone  ère  meget  fore- 
kommende  og  jeg  har  det  godt  undtaget  at  Vœrelset  er  meget  slet  og  jeg  ikke 
spiser  mère  end  to  Gange  om  Dagen.  Jeg  havde  meget  Bryderie  for  at  finde  dette 
Sted;  og  skulle  maaskee  ikke  vœre  kommen  ud  deraf,  hvis  jeg  ikke  til  Lykke  havde 
erindret  mig  Maleren  Gorbitz,  som  de  har  tait  om.  Han  har  viist  sig  saa  velvillig 
og  hjœlpsom  mod  mig  som  man  nogensinde  kunde  forlange.  Jeg  besoger  ham 
ofte.  Han  hilser  dem  meget.  Han  kommer  nok  til  Norge  til  nseste  Sommer.  — 
Hos  Directeuren  for  Observatoriet  M.  Bouvard  har  jeg  vaeret  hos  (sic)  og  overleveret 
ham  et  Anbefalingsbrev  fra  Littrow.  Han  var  gar  freundlich,  viiste  mig  Observatoriet, 
som  naturligviis  er  udmœrket,  og  tilbod  sig  at  forestille  mig  for  de  fortrinligste  Ma- 
thematikere  naar  jeg  vilde  indfinde  mig  i  Institutet.  Dette  Tilbud  har  jeg  dog  endnu 
ikke  benyttet  mig  af,  da  jeg  gjerne  vilde  kunne  taie  en  Smule  Fransk  forst.  Desuden 
vil  jeg  ferst  og  fremst  bave  en  Afhandling  fserdig  som  jeg  arbeider  paa  og  som 
jeg   vil   forelsegge  Institutet.     Naar  denne,  hvilket  snart  skeer,   er  fserdig  gaaer  jeg 


38  TEXTE    ORIGINAL    DES    LETTRES    ÉCRITES    PAR    ABEL   EN    NORVÉGIEN 

derhen.  Denne  Afhandling  er  lykkets  mig  sœrdeles  godt,  og  indeholder  meget  nyt 
og  som  jeg  troer  vaerdig  Opmaerksomhed.  C'est  la  première  ébauche  d'une  théorie 
d'une  infinité  de  fonctions  transcendantes.  —  Jeg  har  det  Haab  at  Accademiet  vil 
lade  den  trykke  i  Mémoires  des  savants  étrangers.  H  vis  ikke  lader  jeg  den  enten 
trykke  selv  eller  sender  den  til  Gergonne  i  Montpellier  for  at  indrykkes  i  Annales 
de  Mathématiques.  —  Jeg  sender  ham  noget  andet  med  det  ferste.  Jeg  har  en 
heel  Deel  Afhandlinger  fœrdig,  hvoraf  nogle  kommer  i  ovenbemeldte  Annales  etc., 
nogle  i  Crelles  „Journal  der  Mathematik",  nogle  i  Littrows  „Annalen  der  Wiener- 
Sternwarte"  og  endelig  nogle  indleveres  til  Institutet.  —  De  seer  saaledes  at  jeg  gjor 
mit  Bedste.  —  Af  Crelles  Journal  er  udkommen  de  tre  forste  Hefter  og  det  lader 
til  at  gaae  godt  med  den,  hvilket  meget  glseder  mig  da  jeg  har  en  Slags  Deel  i 
dens  Opkomst.  I  disse  tre  Hefter  findes  6  Afhandlinger  af  mig  om  jeg  ikke 
bedrager  mig;  thi  jeg  har  endnu  ikke  faaet  mère  end  det  forste  Hefte.  De  to  andre 
faar  jeg  med  det  forste  fia  Crelle.  Det  ferste  Hefte  har  jeg  sendt  Bohr  fra  Triest 
med  en  Bergensisk  Fiskemand,  men  han  kommer  vel  ikke  hjem  paa  Laenge.  — 
Hos  Legendre  har  jeg  vœret  med  min  Vœrt,  som  er  en  halv  studeret  Rover  i 
Mathematiken.  Han  stod  just  fœrdig  til  at  kjore  ud  saa  at  jeg  kun  talede  et  Par 
Ord  med  ham.  Det  skal  vœre  en  ganske  fortrœffelig  gammel  Mand.  Som 
Mathematiker  er  han  noksom  bekjendt.  —  Engang  om  Ugen  er  der  Soirées 
hos  ham.  Jeg  tœnker  jeg  skal  faae  Adgang  der.  —  Hos  Baron  Fer  rus  ac 
Udgiveren  af  Bulletin  etc.  har  jeg  vœret.  Han  var  ikke  hjemme.  Der  kan  jeg 
gaae  hen  i  Soirées  en  Gang  om  Ugen  og  har  Anledning  til  at  faae  fat  paa 
aile  mulige  Tidsskrifter  og  nye  udkomne  Boger,  hvilket  er  en  god  Ting  i  denne 
Tid  da  aile  nmelige  BibUotheker  ère  lukkede.  Poisson  har  jeg  kun  seet  paa  en 
offentlig  Promenade;  han  forekom  mig  meget  indtaget  af  sig  selv.  Dog  skal  han 
ikke  vœre  det.  —  Voilà  toutes  mes  connaissances;  Men  det  skal  ikke  vare  lœnge 
forend  jeg  gjore  (sic)  flere,  nu  da  jeg  har  faaet  min  franske  Tunge  lidt  i  Bevœgelse. 
Franskmœndene  forekommer  mig  meget  vanskelig  at  forstaae.  —  Bernt  Holmboe 
skrev  jeg  til  fra  Botzen.  Han  har  dog  vel  faaet  mit  Brev.  Jeg  venter  stœrkt 
Svar.  Jeg  beder  Dem  hilse  ham  meget.  —  EUers  lever  jeg  meget  rolig.  Skriver 
hele  Dagen  og  gjor  kun  imellem  en  lille  Tour  til  Jardin  du  Luxembourg  eller  au 
Palais  royal.  De  kan  tœnke  jeg  har  endnu  ikke  vœret  paa  Comédie.  Talma  har 
vœret  nœr  Deden;  men  er  nu  uden  Fare.  — 


TEXTE  ORIGINAL  DES  LETTRES  ÉCRITES  PAR  ABEL  EN  NORVÉGIEN  39 

Fra  Keilhau  el.  Boeck  har  De  vel  havt  Brev.  Jeg  har  intet  hort  fra  dem  siden 
vi  skildtes  ad  i  Botzen;  men  jeg  venter  Keilhau  med  det  forste  og  vi  komnie  da  for- 
modentlig  lil  at  canipere  sammen  her  i  Paris  i  Vinter.  —  Moller  reiser  med  det  ferste 
hjem,  han  er  nu  traet  af  at  reise,  og  jeg  kan  heller  ikke  sige  andet  end  at  jeg 
begynder  stœrkt  at  laenges,  isœr  bliver  vist  ikke  Paris  det  behageligste  Opholdsted, 
da  det  er  saa  vanskeligt  at  gjore  ordentlig  Bekjendtskab  med  Folk.  Det  er  dog 
ikke  som  i  Tyskland.  — 

Jeg  har  kjobt  flere  nye  mathematiske  Beger  og  har  tœnkt  at  kjobe  flere  isaer 
enkelte  Afhandlinger,  som  man  ikke  kan  faae  uden  man  er  paa  Stedet;  men  da  det 
vil  koste  en  Deel  Penge  har  jeg  tœnkt  at  foreslaae  Holmboe  at  kjobe  i  Compagnie 
med  mig.  Iblandt  andet  maa  jeg  nodvendig  hâve  den  mathematiske  Afdeling  af 
Ferussacs  Bulletin.  — 

Det  skal  vœre  mig  overmaade  kjœrt  Hr.  Professor  6m  det  var  noget  jeg  kunde 
udrette  for  Dem  her  i  Paris.    Jeg  skal  vist  gjore  mit  bedste.  Min  Addresse  er: 

Mr.  de  Cotte  Rue  S*«  Marguerite  No.  41  faub:  St-Germain. 

J'ai  l'honneur  de  présenter  mes  respects  les  plus  profonds  à  Madame  Hansteen. 
Jeg  veed  at  Charité  og  Fru  Friderichsen  ère  allerede  reist  til  Kjobenhavn. 

Deres 

f. 


N.  H.  Abel. 


Min  Soster  beder  jeg  Dem  ved  Leilighed  at  hilse  nieget. 


XVII.    ABEL  A  ELISABETH  ABEL 

Paris  den  16de  October  1826. 

Ved  den  Leilighed  som  jeg  har  nu  da  Keilhau  reiser  hjem  vil  jeg  ikke  for- 
somme  at  tilskrive  dig  et  Par  Linier.  Meget  ofte  tœnker  jeg  paa  Dig  kjœre  Soster 
og  onsker  dig  altid  Lykke.  Du  lever  vel  ikke  sandt  blandt  de  fortrseffelige  Mennesker 
Du  er  hos;  men  hvorledes  gaaer  det  min  Moder,  mine  Brodre.  Intet  veed  jeg  om 
dem.  Det  er  allerede  lœnge  siden  jeg  skrev  min  Moder  til.  Brevet  er  kommet 
frem  det  veed  jeg,  men  jeg  har  intet  hort  fra  hende.     Hvor  er  *****  lever  han  og 


40  TEXTE    ORIGINAL   DES    LETTRES   ÉCRITES   PAR    ABEL   EN   NORVÉGIEN 

hvorledes.  Jeg  er  meget  bekymret  for  ham.  Da  jeg  reiste  bort  tegnede  det  ikke 
godt  med  ham.  Gud  veed  hvor  mange  Gange  jeg  har  vœret  bedrevet  for  hans 
Skyld.  For  mig  har  han  nok  ikke  meget  tilovers;  og  det  gjor  mig  meget  ondt;  thi 
med  min  Villie  har  jeg  aldrig  gjort  ham  Noget  imod.  Hor  Elisabeth  skriv  mig 
endelig  til  fuldstœndig  om  ham  og  min  Moder  og  ovrige  Sodskende.  —  Her  i  Paris 
lever  jeg  ganske  fornoielig.  Studerer  flittig  og  beseer  af  og  til  Byens  Mœrkvœrdig- 
heder  og  tager  Deel  i  de  Forneielser  som  behage  mig,  men  dog  lœnges  jeg  meget  efter 
at  komme  hjem  og  reiste  gjerne  i  Dag  om  det  var  muelig;  men  jeg  maa  endnu  bie 
en  temmelig  lang  Tid.  Til  Vaaren  kommer  jeg  hjem.  Jeg  skulde  rigtig  nok  blive 
udenlands  til  naeste  August  men  jeg  mœrker  at  jeg  ingen  synderlig  Nytte  kan  hâve 
af  at  vœre  udenlandsk  lœngere.  Jeg  reiser  da  hjem  til  Soes  eller  muligens  til 
Lands  over  Berlin  hvor  jeg  gjerne  vilde  hen  ferend  jeg  kommer  hjem  ;  men  jeg  veed 
ikke  [om]  Pengene  strœkke  til.  —  Fra  min  Kjœreste,  som  nu  er  i  Aalborg  hos  sin 
Soster  har  jeg  ikke  hert  noget  paa  temmelig  langt  Tidsrum.  Jeg  begynder  allerede 
at  blive  bekymret  men  jeg  vil  dog  haabe  at  hun  lever  vel.  —  Hun  har  vel  skrevet, 
men  Brevet  maa  vœre  gaaet  tabt.  —  Hvorledes  lever  Fru  Hansteen?  Hun  lever 
dog  vel.  Glem  endehg  ikke  at  hilse  hende  paa  det  aller  forbindtligste.  Iligemaade 
Professor  Hansteen.  Jeg  skrev  ham  til  for  nogen  Tid  siden.  Du  kommer  vel 
sommetider  derhen.  Statsraaden  og  Statsraadinden  maa  du  formelde  min  aerbodigste 
Respect.  —  Keilhau  har  vœret  saa  god  at  medtage  til  Dig  en  lille  Forœring.  Jeg 
havde  ensket  at  kunne  gjore  den  storre,  men  Jeg  har  ikke  Leilighed  dertil.  —  Den 
bestaaer  i  et  Par  Armbaand  og  en  Spœnde  til  at  sœtte  i  et  Baand  om  Livet;  samt 
en  lille  Ring.  —  Forsmaa  det  ikke  og  tœnk  undertiden  paa  din 

hengivne  Broder 

N.  H.  Abel. 

Naar  du  skriver  maa  du  skrive  udenpaa  Brevet 

Monsieur 

N.  H.  Abel 

à  Paris. 
Rue  S*^  Marguerite  No.  41  faubourg  St-Germain. 

Brevet  koster  dig  ingen  Ting  idetmindste  ikke  mère  end  2  Skilling. 

Lev  vel  min  elskede  Soster  og  skriv  nu  endehg  strax  Du  faaer  dette  Brev.  — 


TEXTE  ORIGINAL  DES  LETTRES  ÉCRITES  PAR  ABEL  EN  NORVÉGIEN         41 

XVIII.    ABEL  A  HOLMBOE 

Paris  24  October. 

Du  er  en  meget  tapper  Mand  til  at  holde  Tausheden,  det  maa  man  lade  Dig. 
Jeg  har  ventet  saa  saart  eîter  nogle  Ord  fra  Dig  at  Du  ikke  kan  gjere  Dig  Begreb 
derom.  Den  eneste  Grand  til  at  du  ikke  har  skrevet  maa  vaere  at  du  ikke  har 
faaet  mit  sidste  Brev  som  var  dateret  Botzen  (Bolzano).  Det  er  allerede  over  4  Maa- 
neder  og  mère  siden  samme  afsendtes.  Lad  mig  nu  see  min  Ven  at  Du  ikke  skuffer 
mig  men  sender  mig  et  Par  Ord  til  Trest  og  Opmuntring  i  min  Eensomhed.  Thi 
omendskJ0ndt  jeg  er  i  den  meest  larmende  Stad  i  Continenten,  saa  er  jeg  dog 
som  jeg  var  i  en  0rk.  —  Jeg  kjender  naesten  ingen.  Aarsagen  er  at  hele  Verden 
beboer  om  Sommeren  Landet  og  er  saaledes  usynlig.  —  Indtil  dette  0jeblik  har  jeg 
kun  gjort  Bekjendtskab  med  Legendre,  Cauchy  og  Hachette  samt  et  Par  mindre 
Mathematikere  men  ret  flinke  Monsieur  Sai g e y,.  Rédacteur  af  Bulletin  des  sciences 
etc.  og  Herrn  Le-jeune  Dirichlet  en  Preusser,  som  forleden  Dag  kom  op  til  mig  da 
han  ansaae  mig  for  sin  Landsmand.  Det  er  en  meget  skarpsindig  Mathematiker. 
Han  har  i  Forening  med  Legendre  beviist  Umueligheden  af  at  oplose  i  hele  Tal 
Ligningen  x^  -\-  y^  =  z^  og  andre  smukke  Ting.  —  Legendre  er  en  overmaade 
forekommende  Mand  men  ulykkeligviis  steinalt.  Cauchy  er  fou,  og  der  er  ingen 
Udkomme  med  ham,  omendskjondt  han  er  den  Mathematiker  som  for  nœrvœrende 
Tid  veed  hvorledes  Mathematiken  skal  behandles.  Hans  Sager  ère  fortraeffelige  men 
han  skriver  meget  utydelig.  I  Forstningen  forstod  jeg  naesten  ikke  et  Gran  af  hans 
Arbeider  nu  gaaer  det  bedre.  Han  lader  nu  trykke  en  Raekke  Afhandlinger  under 
Titel  Exercises  des  Mathématiques.  Jeg  kjeber  og  lœser  dem  flittig.  9  Hefter 
ère  udkomne  fra  dette  Aars  Begyndelse.  Cauchy  er  umaadelig  catholsk  og  bigott. 
En  saare  forunderlig  Ting  for  en  Mathematiker.  Han  er  ellers  den  eneste  som  nu 
arbeider  i  den  rené  Mathematik.  Poisson,  Fourier,  Ampère  etc.  etc.  beskjœftige  sig 
udelukkende  med  Magnétisme  og  andre  physiske  Sager.  Laplace  skriver  vel  ikke 
mère.  Det  sidste  var  et  Tillœg  til  Théorie  des  Probabilités.  Han  selv  siger  det  er 
hans  Son  nien  egentlig  er  det  vel  ham  selv.  Jeg  har  seet  ham  ofte  i  Institutet. 
Han  seer  rask  og  liden  ud  men  har  den  samme  Feil  som  Haltefanden  beskylder 
Zambullo  for  nemlig  la  mauvaise  habitude  de  couper  la  langue  aux  gens.  Poisson 
er  en  kort  Mand  med  en  pœn  hlle  Mave.  Han  forer  sit  Legeme  med  Vaerdighed. 
I  ligemaade  Fourier.    Lacroix  er  frygtelig  skaldet  og  udmœrket  gammel.     Paa  Mandag 

TEXTE    ORIGINAL    DES    LETTRES    d'aBEL    —    6 


42  TEXTE    ORIGINAL    DES    LETTRES    ÉCRITES    PAR    ABEL   EN    NORVÉGIEN 

skal  jeg  forestilles  for  flere  af  disse  Herrer  af  Hachette.  Ellers  synes  jeg  ikke  saa 
godt  om  Franskmanden  som  Tyskeren.  Franskmanden  er  umaadelig  tilbageholden 
mod  Fremmede.  Det  er  meget  vanskelig  at  komme  i  noiere  Bekjendtskab  med 
ham.  Og  jeg  ter  ikke  gJ0re  Regning  paa  saadant.  Enhver  arbeider  for  sig  selv 
uden  at  bryde  sig  om  andre.  Aile  ville  belaere  og  ingen  vil  laere.  Den  meest 
absolute  Egoisme  herser  (sic)  overalt.  Det  eneste  Franskmanden  sogei-  hos  fremmede 
er  det  Practiske;  Ingen  kan  tsenke  uden  ham.  Han  er  den  eneste  som  kan  frem- 
bringe  noget  theoretisk.  Saaledes  er  bans  Tanker  og  derfor  kan  du  vel  begribe  at 
[det]  er  vanskelig  at  blive  lagt  Maerke  til  isaer  for  en  Begynder.  —  En  stor  Afhandling 
over  en  vis  Classe  transcendante  Functioner  bar  jeg  udarbeidet  for  at  prœsentere 
den  for  Institutet.  Jeg  gjor  det  paa  Mandag.  Cauchy  viiste  jeg  den;  men  ban 
vilde  neppe  kaste  0jnene  paa  den.  Og  jeg  tor  uden  Bram  sige  at  den  er  god. 
Jeg  er  nysgjerrig  efter  at  bore  Institutets  Dom.  Den  skal  blive  Dig  meddeelt  i  sin 
Tid.  —  Flere  andre  Afhandlinger  bar  jeg  skrevet  i  specie  for  Crelles  Journal  hvoraf 
3  Hefter  ère  udkomne.  Iligemaade  for  Gergonnes  Annaler,  hvilke  tabe  sig  Dag  for 
Dag.  Han  bliver  for  gammel.  Det  er  med  ham  som  med  v.  Zacb,  men  denne  bar 
rigtig  nok  aldrig  duet  noget.  Et  Udtog  af  min  Afhandling  over  Unmeligheden  af  at 
oplose  algebraiske  Ligninger  er  indrykket  i  Fer  us  sa  es  Bulletin.  Jeg  bar  selv 
skrevet  det.  Jeg  bar  gjort  og  skal  fremdeles  gjore  andre  Artikler  for  samme  Bulletin. 
—  Det  er  rigtig  et  fordomt  kjedelig  Arbeide  naar  man  ikke  selv  bar  skrevet  Afband- 
lingen,  men  jeg  gjor  det  for  Crelles  Skyld,  den  honetteste  Mand  man  kan  fore- 
stille  sig.  —  Jeg  corresponderer  jaevnlig  med  ham,  og  bar  en  Maengde  Brève  fra 
ham;  ligesaa  mange  som  jeg  bar  faaet  fra  min  Kjaereste.  —  I  Dag  bar  jeg  skrevet 
til  en  Matbematiker  Kulp  i  Darmstadt,  som  bar  forlangt  dilucidationes  over  nogle 
Steder  i  mine  Afhandlinger.  Altsaa  et  skriftligt  Bekjendtskab.  —  Jeg  arbeider  nu 
paa  Ligningernes  Théorie,  mit  Yndhngstbema  og  er  endelig  kommen  saa  vidt  at 
jeg  seer  Udvei  til  at  lose  felgende  alm:  Problem.  Déterminer  la  forme  de  toutes  les 
équation[s]  algébriques  qui  peuvent  être  résolues  algébriquement.  Jeg  har  fundet  en 
uendelig  Maengde  af  5te,  6te,  7de  etc.  Grad  som  man  ikke  har  lugtet  indtil  nu. 
Med  samme  har  jeg  den  directeste  Oplosning  af  Ligninger  af  de  4  forste  Grad  med 
tydelig  Indsigt  i  hvorfor  disse  netop  lade  sig  lose  og  ingen  andre.  —  Med  Hensyn 
til  Ligninger  af  5te  Grad  har  jeg  faaet  at  naar  en  saadan  Ligning  lader  sig  lèse 
algebraisk  maa  Roden  bave  folgende  Form: 


TEXTE    ORIGINAL    DES   LETTRES    ÉCRITES    PAR   ABEL   EN    NORVÉGIEN  43 


hvor  R,  B',  B",  B'"  ère  de  4  Rodder  af  en  Ligning  af  4de  Grad,  og  som  lade 
sig  udtrykke  blot  ved  Hjelp  af  Qvadratrodder.  —  Det  har  vœret  mig  en  vanskelig 
Opgave  med  Hensyn  til  Udtryk  og  Tegn.  —  Endvidere  befatter  jeg  mig  med  de 
imaginaire  Ston-elser  i  hvilke  der  er  meget  at  gjere;  Integralregningen  og  isaer  de 
uendelige  Rœkkers  Théorie  som  staaer  paa  saa  yderlig  svage  Fodder.  —  Noget 
ordentlig  kan  jeg  ikke  vente  at  faae  ud  af  dette  forend  jeg  faaer  endt  min  Uden- 
iandsreise  og  kommer  i  Rolighed  hjemme  hvis  saadant  skeer.  Jeg  angrer  paa 
at  jeg  sogte  om  Stipendium  for  2  Aar  halvandet  havde  vaeret  rundelig  nok.  Jeg 
har  stœrk  Hjemvee  og  ikke  saamegen  Nytte  efter  denne  Dag  af  mit  Ophold  her  og 
andensteds  som  man  maaske  kunde  troe.  Jeg  har  gjort  mig  bekjendt  med  ait  det 
vigtige  og  uvigtige  i  den  rené  Mathematik  som  existerer,  og  stunder  nu  mit  0nske 
til  ganske  at  kunne  opoffre  min  Tid  for  at  bearbeide  hvad  jeg  har  samiet.  Der  er 
saa  mange  Ting  jeg  har  fore,  men  saalsenge  jeg  er  udenlands  vil  det  ikke  gaae  som 
det  skulde.  Naar  jeg  var  i  Keilhaus  Klaeder  med  Hensyn  til  Lectoratet.  Jeg  er  jo 
ikke  vis,  men  jeg  er  dog  heller  ikke  bange;  thi  brister  det  etsteds  saa  bœrer  det  et 
andet  Steds.  Hvor  stor  Gage  har  Du.  Vil  du  gifte  dig,  er  du  forlovet  og  med 
hvem,  saadanne  Sporgsmaale  maa  du  besvare  mig;  thi  jeg  beskjœftiger  gjerne  mine 
Tanker  med  dig  og  hvad  til  Dig  henhorer.  Jeg  har  ikke  en  saa  udmœrket  Over- 
fïedighed  af  Venner  saa  jeg  skulde  staae  Fare  for  at  glemme  dem  jeg  har.  — 

Jeg  lever  ellers  et  saare  dydigt  Liv.  Studerer,  spiser,  drikker  sover  og  gaaer 
iblandt  paa  Comeedie,  som  er  den  eneste  saakaldet  Fornoielse  jeg  nyder,  men  den 
er  ogsaa  stor.  Jeg  veed  ingen  storre  Fornoielse  end  end  (sic)  at  see  et  Stykke  af 
Molière  hvori  M^®  Mars  spiller.  Jeg  er  virkelig  ganske  henrykt;  Hun  er  40  Aar  men 
spiller  dog  meget  unge  RoUer.  —  Talma  den  bekjendte  store  Tragiker  er  dod  for 
nogle  Dage  siden.  Theater  français  blev  i  denne  Anledning  lukket  2  Aftener  og  aile 
de  ovrige  Théâtre  med.  —  En  uhyre  Mœngde  Mennesker  fulgte  bans  Liig.  Det  blev 
bragt  lige  til  Kirkegaarden  uden  forst  at  komme  til  Kirken  som  ellers  er  Brug, 
men  som  Skuespiller  er  han  udelukt  de  la  communion  des  fidelles.  Latterlig  men 
ligegyldig.  Han  har  ladet  sine  Bern,  som  aile  ère  uœgte,  opdrage  i  den  protestan- 
tiske  Religion.  —  Han  havde  i  levende  Live  tre  store  Feil.  Han  var  nemlig  hen- 
given  til  Spil    Qvindfolk   og  Byggesyge   i  hoi  Grad  aile  tre  Ting.    —    Skuespillerne 


44  TEXTE    ORIGINAL    DES    LETTRES    ÉCRITES    PAR    ABEL    EN    NORVÉGIEN 

ved  Theater  français  lade  ham  oprette  et  Minde  for  12000  fr.  Palais  royal  som 
Pariserne  kalder  un  lieu  de  perdition  besoger  jeg  ogsaa  undertiden.  Des  femmes 
de  bonne  volonté  seer  man  i  temmelig  Maengde.  De  ère  aldeles  ikke  paatraengende. 
Det  eneste  man  herer  er  Voulez  vous  monter  avec  ami  mon  petit  ami;  petit 
méchant.  Jeg  naturligviis  som  forlovet  etc.  horer  ikke  paa  dem  og  forlader  Palais 
royal  sans  la  moindre  tentation.  Mange  af  dem  ère  meget  smukke.  —  Forleden 
Dag  indtog  jeg  et  diplomatisk  Maaltid  (en  Diner)  hos  bans  Ex:  Grev  Lôwenbielm, 
hvor  jeg  i  Forening  med  Keilhau  blev  paa  en  lille  bitte  Pisk,  men  saare  fiin.  Han 
er  gift  med  en  ung  fransk  Dame.  Han  fortalte  at  han  hvert  Aar  den  24  December 
drikker  aile  Landsmœnd  under  Bordet.  —  Vor  Monsieur  Skramstad  er  her  nu.  Han 
boer  sammen  med  3  Svensker  i  en  Udkant  af  Byen.  Gaaer  klœd  som  en  Hede- 
marking  med  blaae  Uldhoser  og  randet  Vest.  Jeg  har  ikke  seet  ham,  men  bar  det 
efter  Beskrivelsen.  Han  taler  Svensk.  —  Jeg  boer  her  hos  en  Familie  hvor  jeg 
har  la  chambre  et  la  table  et  la  blanchiseuse  for  120  fr.  om  Maaneden.  Manden 
er  en  Smule  Mathematiker  men  meget  dum  og  Konen  en  Vildbasse  paa  35  Aar  og 
mère.  Man  taler  ved  Bordet  altid  i  Tvetydigheder,  om  les  secrets  du  ménage  etc. 
Forleden  Dag  gik  det  saavidt  at  en  Dame  sagde  at  den  Gaas  som  var  [paa]  Bordet 
i  Morgen  var  forvandlet  til  en  étronc.  —  At  taie  om  Natpotter  etc.  er  af  det 
anstœndigste.  Jeg  drikker  altid  Gaffé  af  mon  petit  pot  de  nuit.  —  Jeg  œder  ellers 
ret  godt;  men  kun  2  Gange.  Om  Formiddagen  un  déjeuner  à  la  fourchette  og  om 
Eftermiddagen  Klok:  5V2  en  lang  Diner.  1  til  IV2  Flaske  Viin  hver  Dag.  —  Jeg 
er  nu  blankenborg  aliène,  da  Keilhau  for  kort  Tid  siden  (den  16de  October)  reiste 
hjem  til  Soes.  Med  ham  har  jeg  sendt  en  heel  Deel  Boger  i  en  stor  red  Coffer, 
addresseret  til  dig;  jeg  beder  dig  tage  samme  med  Inventarium  i  Forvaring.  Jeg 
har  kjobt  hvad  jeg  troede  man  ikke  havde  hjemme.  Flere  har  jeg  her  som  jeg 
sender  til  Vaaren.  Iblandt  Bogerne  er  femte  Tome  af  Mécanique  céleste. 
Den  er  bestemt  for  Professor  Hansteen,  da  jeg  veed  han  har  de  4  forste  Bind.  Du 
er  maaske  saa  god  at  overlevere  den  med  mange  Hilsener.  —  Mécanique  er  saa- 
ledes  fœrdig.  Den  som  har  skrevet  en  saadan  Bog  kan  med  Fornoielse  see  tilbage 
paa  sit  videnskabelige  Liv.  —  Legendre  har  ladet  trykke  en  Omarbeidelse  af  sine 
Exercises  men  den  er  endnu  ikke  kommen  i  Boghandlingen.  —  Mathematiken  gaaer 
stygt  tilbage  i  Frankerig.  —  Jesuiterne  ville  regjere  og  de  offentlige  Blad  ère  fulde 
af  Stridigheder  i  Anledning  af  dem.  Det  er  noget  Satans  Pak.  For  faae  Dage 
siden  har  en  ung  Jesuit   denonceret  en  stor  Maengde  af  dem  og  vil  endnu  gjore 


TEXTE  ORIGINAL  DES  LETTRES  ÉCRITES  PAR  ABEL  EN  NORVÉGIEN         45 


det  med  300  andre.     Efter  hans  Beskrivelse  maa  de  vaere  de  afskyeligste  Mennesker 

paa  Jorden.     Man   har   ganske    nylig  vildet  myrde  ham,  men  han   undgik  det.  — 

Keilhau   har  jeg   laant   180  Mark  Banco.   —  Jeg  har  bedet  ham  deponere  samme 

hos  dig.    Du  er  vel  saa   god   at  tage  imod  dem.     Maaskee  bliver  jeg  nodt  til  at 

umage   dig  med  at  skaffe  mig  en  Vexel  for  dem  paa  Hamborg.     Og  endnii  et  men 

kuns  et  beskedent  Sporgsmaal:    kunde  Du  vel  laane  mig  220  Mark  saaledes  at  det 

i  ait  blev  400.     Du  vilde  bevise  mig  en  udmœrket  stor  Tjeneste.     Thi  jeg  vilde  saa 

forbandet  gjerne  til  BerUn   forend  jeg  kommer  hjem,    samt   kjebe  et  og  andet  her, 

som  jeg  enten  ikke  kan  faae  hjemme  eller  som  der  koster  det  3  dobbelte.    Tag  ikke 

mit  Sporgsmaal  ilde  op  og  svar  mig  derpaa  med  det  allerforste.    Endeligglem 

det  ikke  saasnart  mulig.     Et  langt  Brev  med  mange  Nyheder.     Hils  aile  gode 

Venner  og  glem  ikke 

Din  Ven 

Fra  Henrik  har  jeg  faaet  Brev.  —  N.  Abel. 

Skriv  nu  endelig  i  det  allerseneste  8  Dage  efter  dette  Brevs  Modtagelse  og 
frankeer  ikke  Brevet.  Jeg  har  ikke  villet  gjere  det  thi  det  koster  mindre  for  os 
begge  og  gaaer  sikkrere.  —  Je  vous  salue. 


XIX.    ABEL  A  CHR.  BOECK 

Paris  le  1  Novembre  1826. 

I  dette  0jeblik  modtog  jeg  dit  Brev  til  Keilhau.  Samme  kom  for  seent;  thi 
Manden  er  allerede  afreist.  Han  foer  afsted  den  16de  October  og  forlod  Havre  den 
19de.  Han  gik  med  et  Skib  til  Arendal,  hvor  han  maaskee  allerede  er  ankommen. 
En  Va  Time  forend  han  for[lod]  Paris  fik  han  dit  Brev;  men  han  fik  ikke  Tid  at 
laese  det  forend  paa  Veien.  Han  skrev  dig  nogle  Linier  til;  De  sendes  Dig  herved. 
Iligemaade  har  han  hos  mig  nedlagt  et  Brev  for  Dig  til  Brogniart.  —  Hos  den 
svenske  Minister  ligger  tvende  Brève  for  Dig,  i  hvilket  der  i  det  ene  som  allerede 
har  vœret  her  overmaade  lœnge  findes  en  Vœxel  stor  600  Frank.  (Dette  skrev 
Boch  (?)  i  et  Brev  til  Keilhau  som  er  indlobet  efter  Dennes  Afreise).  Forleden  Dag 
da  jeg  var  i  Diner  hos  Ministeren  bad  jeg  Sekretairen  overlade  mig  Brevene  for 
at  besorge  dem   til  Dig,   men  han  glemte  at  lade   mig  faae  dem.    Du  maa  derfor 


46  TEXTE    ORIGINAL    DES    LETTRES    ÉCRITES    PAR   ABEL    EN    NORVÉGIEN 


henvende  Dig  til  Legationen  selv  (hvilket  Sekretairen  helst  onsker).  Brevet  maa 
stiiles  til  Secreteriatet  for  den  Svensk-Norske  Légation  i  Paris.  Giv  mig  ingen 
Fuldmagt  til  at  faae  Brevene  men  skriv  selv.  Jeg  skal,  hvis  du  vil,  besorge  Brevet 
naar  du  vil  sende  det  til  mig.  —  Da  nu  Vœxelen  er  paa  Paris  saa  skal  jeg  med 
For[n0ielse]  haeve  Pengene  for  Dig  naar  Du  vil  skrive  bagpaa  Vœxelen  at  den 
skal  betales  til  mi[g.  Jeg]  kunde  da  nedlaegge  Pengene  her  enten  hos  Cottes  eller 
hos  min  Banqvier  eller  skaffe  dig  en  Vœxel  paa  Munchen.  —  Af  dig  bar  jeg  tilgode 
75 som  .    .   .  Keilbau,  saameget  fik  ban  nemlig  omtrent 


XXII.    ABEL  A  HOLMBOE 

[Paris  December  1826.] 
Kjœre  Ven!  Mange  tusinde  Tak  for  dine  tvende  kjœrkomne  Brève,  item  fordi 
du  var  saa  punctiig.  Havde  jeg  vidst  at  Du  havde  skrevet  saa  havde  jeg  ikke 
tordet  forlange  saamegen  Opoffrelse.  —  Tak  (sic)  mit  Pengeforlangende  ikke  ilde  op. 
Jeg  bar  to  egentlige  Venner  og  jeg  er  saaledes  nodt  til  at  plage  dem  mod  min 
Villie.  —  Mubgens  at  jeg  kan  spare  Dig;  men  det  er  sandsynlig  at  [jeg]  kommer 
til  at  reclamere  din  Godbed.  Dog  ikke  endnu  men  naar  jeg  kommer  til  Berlin. 
Jeg  forlader  nemlig  om  kort  Tid  Paris  bvor  jeg  ikke  bar  mère  at  fîske  og  gaaer 
til  Gôttingen  for  det  forste  for  at  bloquere  Gauss,  hvis  ban  ikke  er  altfor  stœrkt 
befsestet  af  Overmod.  Og  jeg  vil  nu  bellere  vœre  i  Tyskland  for  at  laere  noget  mère 
tydsk,  som  vil  blive  mig  af  storste  Vigtighed  i  Fremtiden.  —  Fransk  rsedder  jeg 
mig  ud  af  saavidt  jeg  bebover  for  at  skrive  en  Mémoire  og  det  samme  vilde  jeg 
gjerne  kunne  gjore  i  Tysk.  —  Som  du  skriver  bar  du  lœst  de  to  forste  Hefter  af 
Crelles  Journal.  Mine  Afbandlinger  deri,  excepté  den  om  Ligninger,  bar  kun  Hdet 
at  betyde,  men  du  skal  see,  det  kommer  nok.  Jeg  haaber  Du  vil  vaere  forneiet 
med  en  over  et  Intégral  som  findes  i  tredie  Hefte,  en  lang  en;  men  isœr  er  jeg 
fornoiet  med  en  som  bliver  trykt  i  dette  0jeblik  i  4de  Hefte  over  den  simple 
Rœkke  i  -^  mx  -\-  "*  ^"^~  x"^  -{-...  .  Jeg  tor  sige  at  det  er  det  forste  fuldkommen 
strœnge  Beviis  for  Binominalformelen  i  aile  mulige  Tilfœlde  samt  for  en  stor 
Maengde   andre   iildeels    bekjendte   men    svagt  begrundede  Fermier.     I  naeste  Hefte 


TEXTE  OKIGINAL  DES  LETTRES  ÉCRITES  PAR  ABEL  EN  NORVÉGIEN  47 

(Januar)  af  Gergonnes  Analer  kommer  en  lille  Mémoire  af  mig  over  Elimination. 
Det  var  en  Prove  for  at  see  om  han  vilde  trykke.  1  disse  Dage  sender  jeg  en 
bedre  over  Udvikling  af  Functioner  (continues  ou  discontinues)  selon  des  cos:  ou 
sin:  d'arcs  multiples.  Jeg  beviser  der  en  bekjendt  Formel  som  man  hidentil  har 
beviist  skjodeslost.  Item  sender  jeg  Gergonne  en  stor  Mémoire  over  les  fonctions 
elliptiques  hvori  forekommer  mange  snurrige  Ting;  som  jeg  smigrer  mig  ved  vil 
piquere  En  og  anden.  Iblandt  andet  om  Deelning  af  Lemniscat-Buer.  Du  skal  see 
hvor  det  er  pœnt.  —  Jeg  har  fundet  at  man  kan  deele  ved  Hjaelp  af  Lineal  og 
Passer  Lemniscaten  i  2^  -f-  1  Dele  naar  dette  Tal  er  et  Primtal.  Deelningen 
afhœnger  af  en  Ligning  hvis  Grad  er  (2**  -\-  1)^  —  1.  Men  jeg  har  fundet  dens 
fuldstœndige  Lesning  ved  Qvadratrodtegn.  Jeg  er  ved  samme  Anledning  kommen 
efter  den  Mysterie  som  har  hvilet  over  Gauss  Théorie  af  Cirkelens  Deelning.  Jeg 
seer  klart  som  Dagen  hvorlunde  han  har  faaet  det.  —  Dette  som  jeg  her  omtaler 
om  Lemniscaten  er  en  af  de  Frugter  jeg  har  havt  af  mine  Bestreebelser  for  Lig- 
ningernes  Théorie.  Du  kan  aldrig  troe  hvormange  deilige  Saetninger  jeg  har  fundet 
deri,  f.  E. :  Dersom  en  Ligning  P  =  0  hvis  Grad  er  ft.v  hvor  (.i  og  v  ère  in d- 
byrdes  Primtal  lader  sig  lose  paa  nogen  som  helst  Maade  ved  Rodtegn  saa  er 
P  enten  decomposable  en  f^i  facteurs  du  degré  v  hvis  Coefficienter  afhœnge  af  een 
Ligning  af  ^'^'  Grad  eller  i  v  facteurs  du  degré  ft,  hvis  Coefficienter  afhœnge  af  een 
Ligning  af  v^  Grad. 


XXIIL    ABEL  A  GHR.  BOECK 

Berlin  15de  Januar  1827. 
Bedste  Ven  Boeck. 

Formodentlig   vil  Du    blive   forundret  over  at  see  mig  saasnart  i  Berlin.    Men 

jeg  kunde  ikke  holde  lœngere  ud  i  Paris  af  Mangel  paa  Penge.     Jeg  maatte  derfor 

skynde  mig  at  komme  afsted  jo  fer  jo    heller   imedens  jeg  havde  saameget  at  jeg 

endnu  kunde  gjore  Reisen  herhen.    Da  jeg   kom  hid  for  5  Dage  siden  bestod  min 

hele  Formue  i  14  Thaler.      Af  Backer  har  jeg   faaet  50.     Hvad  Du  skylder  mig 

maatte  jeg  udbede  mig  med  det  allerforste.     Det  er  bedst  jeg  faaer  det  i  Preusisk 

Gourant.  —  Keilhau  faaer  muligens  endnu  noget  tilgode  af  dig  eftersom  vi  regnede 

100  Selvspecier  istedet  for  600  francs  som  er  noget  mère.     Du  veed  vel  ellers  hvad 


48  TEXTE    ORIGINAL   DES    LETTRES   ÉCRITES    PAR   ABEL   EN   NORVÉGIEN 

Du  oprindeligviis  skylder  ham.  —  Dagen  for  jeg  forlod  Paris  (29de  December)  fik 
jeg  et  meget  langt  Brev  fra  ham.  Han  beder  mig  melde  dig  at  langt  fra  i  mindste 
Maade  at  bave  glemt  Dig  skal  Du  med  det  ferste  faae  et  langt  Brev  fra  ham.  Du 
bar  det  formodentlig  allerede.  —  Han  onsker  sig  igjen  tilbage  i  Udlandet,  og  vi 
som  ère  her  onske  os  bjemme  igjen  besynderhg  nok.  Jeg  troer  dog  Udlandet  bliver 
det  bedste.  Naar  vi  komme  bjem  gaaer  det  os  vist  ligesom  Keilhau.  —  Han  spaaer 
Dig  meget  Leit  at  rore  i  naar  Du  kommer  hjem.  Min  Stilling  bliver  den  bedste 
siger  han,  offentlig  maaskee  men  unter  uns  gesagt  seer  jeg  privât  mange  Fœlheder 
i  mode.  Jeg  gruer  virkelig  for  Fremtiden.  Jeg  kunde  nœsten  hâve  Lyst  til  at  blive 
for  bestandig  her  i  Tyskland,  som  jeg  uden  Vanskelighed  kan.  Grelle  har  bombar- 
deret  mig  forskrsekkelig  for  at  faae  mig  til  at  blive  her.  —  Han  er  en  Snmle  stodt 
paa  mig  fordi  jeg  siger  nei.  Han  forstaaer  ikke  hvad  jeg  vil  gjere  i  Norge  som 
synes  ham  at  vaere  et  andet  Sibérien.  Maschmann  lever  godt  og  hilser  meget. 
Er  vred  fordi  du  ikke  har  skrevet.  Han  har  kedet  sig  ugudelig  siger  han  i  den 
sidste  Tid.  Det  baerer  syd  over  med  ham  til  Mai.  Til  samme  Tid  vil  det  vel 
bœre  Nord  over  med  mig.  Maschmann  taler  nu  meget  godt  Tysk,  hvad  vel  ogsaa 
er  Tilfaeldet  med  Dig.  Jeg  har  ikke  glemt  noget  men  det  gaaer  dog  ikke  meget 
flydende.  —  Min  Reise  fra  Paris  hertil  var  forfœrdelig  mager.  Jeg  reiste  fra  Paris 
med  Diligencen  til  Briissel  over  Valenciennes.  Jeg  var  denne  Vei  aliène  med  en 
Danserinde  ikke  af  den  store  Opéra  men  af  et  af  de  mindste  Théâtre.  —  Et  farligt 
Naboeskab  om  Natten.  Hun  sov  i  mine  Arme,  forstaaer  sig,  men  det  var  ait. 
Ellers  holdt  jeg  meget  opbyggelige  Samtaler  med  hende,  over  Verdens  forgjœngelige 
Ting.  I  Briissel  som  er  en  meget  smuk  Stad  var  jeg  kun  en  Nat  og  Dag  og 
rendte  hele  Tiden  om  i  Byen.  Jeg  foer  derpaa  ligeledes  med  Diligencen  til  Achen 
igjen[nem]  Liittich.     Havde  til  Selskab  en  pyntelig  Fyr  fra  Francfurt  am  M[ain]. 

Indtil   Lûttich  taler   hele  Verden   Fransk.     I  Achen syntes  ligesom 

mère  at  vœre  hjemme.     Da Ophold  til  Coin  am  Rhein;    en 

umaadelig  gammel  og  styg  Bye  med  mange  H****,  Blev  der  1  Dag  og  to  Nœtter 
og  reiste  saa  med  Posten  til  Gassel  over  Elberfeld  og  Arnsberg.  Denne  Egn  skal 
vœre  overordentlig  smuk,  men  Natten  og  Vinteren  forhindrede  mig  fra  at  bemœrke 
det.  —  Imellem  Elberfeld  og  Arnsberg  havde  vi  den  Ulykke  at  Vognen  overkjerte 
en  Dreng  paa  7—8  Aar.  Han  laae  dod  paa  Pladsen.  Vognen  gik  over  Maven.  — 
Man  fortsatte  sin  Vei  uden  at  standse.  —  I  Gassel,  som  er  en  meget  smuk  Bye 
blev  jeg  Natten  over  og  var  paa  Gomodie.     Theatret  er  meget  smukt  og  der  spil- 


TEXTE    ORIGINAL    DES    LETTRES    ÉCRITES    PAR    ABEL    EN   NORVÉGIEN  49 

ledes  godt,  —  I  Coin  var  jeg  ogsaa  paa  Theatret,  men  daarligt.  Fra  Cassel  reiste  [jeg] 
med  Extrapost  til  Magdeburg  i  Folge  med  en  Kaufmann  som  skulde  til  Berlin  og 
Kônigsberg.  Over  Hartzen  kom  vi.  Der  maa  vaere  meget  smukt  om  Sommeren. 
Ifra  Qvedlinburg  til  Magdeburg  er  den  skjœndigste  Vei  jeg  bar  reist.  Vi  vare  to  i 
Vognen  og  omendskjondt  vi  havde  ladet  forspaende  4  Heste  kom  vi  med  nod  og 
Neppe  frem.  I  Magdeburg  var  jeg  atter  Natten  over  og  foer  derpaa  med  en  Lobn- 
kutscher  til  Berlin.  Veien  er  fortrœffelig,  men  Selskabet  var  skjaendigt  en  Skomager, 
Handskemager,  og  udtjent  Soldat.  Idelig  drak  de  Brœndeviin.  Jeg  kjedede  mig  og 
ingen  var  gladere  end  da  jeg  efter  en  Fart  af  to  Dage  foer  ind  af  Potsdammer 
Tbor  i  Berlin.  Jeg  tog  ind  i  Kronprinzen  og  boer  nu  Franzôsische  Strasse 
No.  39  im  zweiten  Stock  tœt  ved  Gens  d'armen  Markt.  Et  Qvarteer  efter  jeg  var 
kommen  til  Byen  sad  jeg  paa  Kônigstâdteren  og  glœdede  mig  ved  at  see  bekjendte 
Ansigter  og  bore  bekjendte  Stemmer.  —  Jeg  bar  ogsaa  engang  vaeret  paa  Scbauspiel- 
baus.  —  En  Apotbeker  Monrad  fra  Bergen  er  her  med  Kone  og  Moder.  Jeg  bar 
gjort  Bekjendtskab  med  dem.  Det  ère  byggelige  Folk.  Jeg  kommer  ellers  til  at 
blive  meget  flittig  ber.  —  Den  AfbandHng  jeg  indleverede  til  Academiet  i  Paris 
herte  jeg  ikke  noget  om  for  min  Afreise.  — 

Angaaende  dit  Opbold  i  Paris  saa  kan  jeg  ikke  anbefale  Dig  den  Pension  jeg 
var  i.  —  Det  maatte  da  vœre  at  du  tog  din  Spise  der;  og  logerede  i  et  Hôtel  garni 
som  er  tœt  ved.  —  I  Paris  opbolder  sig  en  Normand,  Gronvold,  som  vil  med  megen 
Fornoielse  vœre  dig  bebjœlpelig  ved  din  Ankomst.  Hans  Addresse  er:  Rue  Taît- 
bout  No.  17.  Det  er  en  ung  bonet  Fyr.  Ellers  gjor  du  bedst  at  tage  ind  i 
Hôtel  de  Suède  Rue  du  Bouloy  No.  3,  bvor  det  ikke  er  dyrt.  —  Maleren 
Gerbitz  fra  Bergen  som  er  meget  bœderlig  Karl  boer  Rue  de  l'université  No.  84. 
Hos  bam   er  nedlagt  dit  Brev   som  Keilbau    bar  skrevet  for  Dig    til    Brogniart. 

Jeg  skulde  bave  skrevet  dig  et  lœngere  Brev  til  hvis  jeg  ikke  bavde  saa  mange 
at  skrive.  Til  min  Kjœreste  (som  lever  vel)  til  Hansteen,  Keilbau,  Bernt  Holmboe, 
MoUer  etc.  hvilket  jeg  allerede  skulde  bave  gjort  for  lang  Tid  siden. 

Jeg  venter  Brev  og  Anviisning  saa  snart  det  er  Dig  muelig.  — 

Din  meget  hengivne 

N.  Abel. 
Min  Addresse  er  Franzôsiscbe  Strasse  No.  39. 

zweiten  Stock. 
ris  og  naar? 

TEXTE    ORIGINAL    DES    LETTRES    d'aBEL    —    7 


50  TEXTE    ORIGINAL    DES    LETTRES    ÉCRITES    PAR   ABEL    EN    NORVÉGIEN 

XXIV.    ABEL  A  HOLMBOE 

Berlin  den  20  Januar  1827. 

Mange  Tak  for  dine  tvende  Brève  som  du  formodentlig  igjennem  Skjelderup  har 
laaet  vide  at  jeg  har  faaet.  Jeg  burde  rigtignok  hâve  skrevet  Dig  til  forlaenge  siden, 
men  forst  ventede  jeg  paa  Enden  af  min  Afhandling  som  jeg  indieverede  til  Insti- 
tuten.  Men  det  blev  aldrig  fœrdig  fra  disse  langsomme  Mœnd.  Legendre  og  Gauchy 
vare  Censorer.  Cauchy  Rapporteur.  Legendre  sagde  ça  prendra.  Og  da  kom 
Berliner  Reisen  over  mig  som  Juleaften  paa  Kjaerringa.  —  Selv  dennegang  faaer 
Du  ikke  meget  fra  mig;  jeg  har  saa  fordomt  meget  at  bestille  for  Ferrusac's  Bulletin 
og  Grelles  Journal.  Med  det  forste  faaer  Du  mère.  Men  nu  hvad  jeg  egentlig 
vilde  —  Penge.  Du  har  vaeret  saa  god  at  love  at  hjœlpe  mig.  Da  jeg  er  i  en 
Helveds  Knibe  saa  onskede  jeg  naturligviis  saa  meget  som  du  kan,  og  saa  snart 
som  muelig.  —  Angaaende  Remissen  saa  bliver  det  det  bedste  at  du  taler  til 
Professor  Maschmann  [som]  har  en  Commissionair  i  Hamborg.  Hans  Son  her  har 
lovet  at  [skrive]  et  Par  Ord  derom  til  sin  Fader.  Det  er  vel  greiest  at  ait  bhver 
stilet  i  Hamburger-Banco.  —  Bliv  ikke  vred  fordi  jeg  umager  Dig  saa  meget,  men 
hvad  skal  jeg  armer  Teufel  gjore? 


XXV.    ABEL  A  GHR.  BOEGK 

Berlin  26  Februar  1827. 
Mange  Tak  kjaere  Boeck  for  de  tilsendte  to  Brève,  som  jeg  begge  har  modtaget 
over  Paris.  Saa  fik  du  da  endelig  Hansteens  Brev.  Det  var  mig  meget  kjœrt  at 
modtage  det  og  skal  Du  bave  mange  Tak  for  at  Du  sendt[e]  det.  —  For  et  Par  Dage 
siden  fik  jeg  et  langt  Brev  fra  Fru  Hansteen  og  Professoren  paa  6  fulde  Qvartsider; 
men  der  var  ikke  stort  Nyt  i  det.  Da  det  meeste  var  mellem  Fruen  og  mig. 
Brevet  var  gaaet  over  Paris  og  skrevet  den  25  Januar.  Formodentlig  har  Du  fer- 
skere  Efterretninger.  Esmark  skulde  paa  Kongens  Fodselsdag  holde  en  latinsk  Taie, 
over  hvilken  han  havde  svedet  betydelig.  Sommerfelt  og  Ratke  fore  Krig  i  Maga- 
zinet.  Hansteen  haaber  at  Ratke  kommer  derfra  med  beklippede  0ren.  Hansteen 
er  bleven  Medlem  af  to  laerde  Selskaber;  nemlig  af  det  kjobenhavnske  og  af  det 
Vernerske  i  Edinburg.  Hvorledes  han  er  kommen  til  det  sidste  veed  han  ikke  da 
han  ikke  forstaaer  sig  det  mindste  paa  Stene.  —  Fruen  har  faaet  en  Son.   Det  er  ait.  — 


TEXTE  ORIGINAL  DES  LETTRES  ÉCRITES  PAR  ABEL  EN  NORVÉGIEN  51 


Strax  jeg  var  kommen  til  Berlin  (for  over  en  Maaned  siden)  skrev  jeg  til  [dig]  angaaende 
de  faae  Penge  jeg  skal  hâve  af  dig.  Glem  ikke  at  sende  mig  dem  for  du  forlader 
Mtinchen.  Jeg  [er  just]  ikke  ved  Muffen.  Jeg  fik  i  Gaaer  fra  Bernt  Holmboe  (som 
har  vœret  i  Stockholm  og  Upsala,  og  paa  denne  Tour  moret  sig  meget)  sendendes 
293  Mark  Banco.  Dette  er  det  eneste  jeg  har  igjen  nu.  I  May  reiser  jeg  altsaa 
herfra  af  Nod,  og  uden  Uly^t.  —  Hansteen  troer  at  jeg  bliver  ansat  ved  Universi- 
tetet,  naar  jeg  kommer  hjem,  men  der  har  ogsaa  vœret  tait  om  at  seigpine  mig  et 
Aars  Tid  ved  en  Skole.  Vil  man  det  sidste  sœtter  jeg  mig  reent  paa  Bagbenene. 
Basen  lever  vel,  kjeder  sig  og  reiser  sydefter  til  Paaske.  —  Apotheker  Monrad  er 
her  med  Moder  (som  har  0iensvaghed)  og  Kone.  Der  ère  Maschmann  (som  hilser) 
og  jeg  regelmeessig  hver  eneste  Aften  og  spiller  Vira;  jeg  snyder  dem,  hvilket  jeg 
ogsaa  trœnger  til  og  som  er  billigt.  Jeg  faaer  dog  hore  fra  Dig  forend  du  forlader 
Mûnchen.    Kan  jeg  tjene  Dig   noget  med  Formelen  saa  med  Fornoielse.  — 

Jeg  har  forskrœkkelig  mange  Brève  at  skrive.  Item  har  jeg  vœret  syg  nogen 
Tid,  lagt  til  Sengs.  Er  nu  atter  brav.  —  Her  er  forfœrdelig  koldt  og  falder  megen 
Snee.    Vi  har  havt  indtil  18  Grader  R. 

Adieu  min  kjœre  Boeck 

Din  Abel. 


XXVI.    ABEL  A  HOLMBOE 

Berlin  den  4de  Marts  1827. 

Felgen  af  din  Hœderlighed,  beste  Holmboe,  og  min  lille  Lap  har  jeg  allerede 
for  flere  Dage  siden  erfaret  ved  at  modtage  igjennem  Cordes  i  Hamburg  293  B|. 
10  /?.  Mange  Tak  skal  Du  bave  for  denne  Din  Godhed.  Mig  skede  en  betydelig 
Velgjœrning  derved,  da  jeg  var  fattigere  end  en  Kirkerotte.  Nu  lever  jeg  her  saa- 
lœnge  jeg  kan  deraf  her,  og  saa  stryger  jeg  afsted  nordefter.  En  Stund  bliver 
jeg  i  Kjobenhavn,  hvor  min  Kjœreste  kommer  hen  og  saa  hjem  hvor  jeg  kommer 
saa  tom  at  jeg  nok  bliver  nodt  til  at  sœtte  Bœkken  uden  for  Kirkedoren.  Dog 
jeg  lader  mig  ikke  forbloffe;  thi  jeg  er  saa  skikkelig  vaut  til  Elendighed  og 
Jammerlighed.  Det  gaaer  vel.  Med  Peckel  sendte  jeg  dig  for  en  Maaneds  Tid  siden 
det  3die  Hefte  af  Crelles  Journal  og  lidt  over  Halvparten  af  det  fjerde;  som  nu  er 
fœrdig.     Hvad   synes  Du  om   min    Afhandling  deri?     Jeg  har  s0gt    at   vœre    saa 


TEXTE    ORIGINAL   DES    LETTRES   ÉCRITES    PAR   ABEL   EN    NORVÉGIEN 


strœng  saa  at  ingen  grundede  Indvendinger  kan  gjeres.  —  Der  bliver  nu  en  lille 
Stands  i  Udgivelsen  (Grunden  ved  Hansteen)  og  saa  kommer  den  nok  til  at  blive 
trykt  paa  Fransk.  Jeg  har  allerede  praepareret  en  betydelig  Afhandling  hvor  der 
forekommer  mange  snurrige  Ting  (Fonctions  elliptiques).  Saaledes  har  jeg  fundet 
at  [man]  med  Lineal  og  Passer  kan  dele  Omridsen  af  Lemniscaten  (Polar- 
ligning:  ^  =  Vsin  290)  i  det  samme  Antal  ligestore  Dele  som  Gauss  har  Isert  om 
Cirkelen,  f.  E.  i  17  Dele.  For  at  dele  den  i  m  Dele  steder  man  paa  en  Ligning  af 
en  uhyre  hoi  Grad  nemlig  m^  —  1  (naar  f.  E:  m  =  11,  er  Graden  =  17^  —  1  =  288). 
Naar  m  er  et  Primtal  af  Formen  2«+l  har  jeg  beviist  at  denne  Ligning  hvis 
Grad  da  bliver  2«^i  .  (2«-i  +  1)  lader  sig  oplose  blot  ved  Hjœlp  af  Qvadratrod- 
tegn  Dette  er  kun  en  meget  speciell  Folge  og  en  foule  af  andre  almindeligere 
Saetninger.  —  Mine  almindelige  Undersogelser  over  Ligninger  har  bragt  mig  hertil. 
I  Ligningernes  Théorie  har  jeg  foresat  mig  og  lost  folgende  Problem  som  indeholder 
aile  andre  i  sig:  At  finde  aile  muelige  Ligninger  af  en  bestemt  Grad,  som  lade  sig 
oplose  algebraisk:  Mange  deilige  Saetninger  er  jeg  kommen  til  i  den  Anledning 
f.  Ex.:  Naar  en  Ligning  af  ^m.v  Grad  P  =  0  er  aufïôsbar  algebraisk  saa  maa  P 
enten  vœre  et  Product  af  v  Factorer  af  fi  Grad  hvis  Coefficienter  lade  sig  bestemme 
ved  en  Ligning  af  ^de  Grad  eller  P  maa  vœre  et  Product  af  v  Factorer  af  [i  Grad 
hvis  Coefficienter  lade  sig  bestemme  ved  en  Ligning  af  vàe  Grad.  Dog  maa  y.  ei  v 
vœre  indbyrdes  Primtal,  thi  ellers  er  Sœtningen  falsk.  Men  det  allerpœneste  har  [jeg] 
i  Théorie  des  fonctions  transcendantes  en  général  et  celle  des  fonctions  elliptiques 
en  particulier.  Men  det  maa  jeg  hjemme  (sic)  til  jeg  kommer  hjem  med  at  gjore  dig 
bekjendt.  I  det  Hele  har  jeg  gjort  en  skjœndig  Mœngde  Opdagelser.  Naar  jeg  blot 
havde  dem  ordnet  og  sammenskrevet,  thi  de  fleste  ère  ikke  komne  lœngere  end  i 
Hovedet.  Der  er  ikke  at  tœnke  paa  noget  for  jeg  kommer  i  honet  Orden  hjemme. 
Da  kommer  jeg  til  at  trœle  som  en  Vogngamp;  men  naturligviis  med  Fornoielse.  — 
Jeg  forer  et  temmelig  kjedeligt  Liv,  thi  der  er  ingen  Afvexlinger  deri.  Studere,  œde, 
og  sove  og  forresten  intet  stort.  Jeg  filer  ellers  et  Par  Gange  om  Ugen  hos  Apotheker 
Monrad  fra  Bergen,  som  ligger  her  med  Moder  og  Hustroe.  Jeg  snyder  de  Kaale. 
Crelle  er  en  yderst  fremdeles  pyntelig  Mand  og  jeg  besoger  ham  tit.  Jeg  har  vœret 
syg  og  sengeliggende  nogle  Dage,  er  atter  brav,  og  taler  bedre  tysk  end  i  Fjor. 
Maschmann  er  en  reen  Hund  deri,  som  hilser.  Vinteren  var  hundekold  men  nu 
lader  ligesom  han  er  forbi.  I  Munchen  har  man  havt  —  24°  R.  Boeck  reiser  i 
April    til  Paris    og  vil  vœre  i  Berlin  i  August.     Han  har  stœrke  Hœmorrhoider  og 


TEXTE  ORIGINAL  DES  LETTRES  ÉCRITES  PAR  ABEL  EN  NORVÉGIEN         53 

vœret  til  Sengs  af  Forkjolelse.  Er  nu  frisk,  men  bedrovet  over  sin  Moders  Dod.  — 
Jeg  lœnges  efter  at  komme  hjem  da  jeg  ikke  mère  kan  hâve  synderlig  Nytte  af 
at  vaere  her.  Naar  nian  er  hjemme  gjor  man  sig  fordomt  andre  Begreber  om 
Udlandet  end  man  burde.  De  ère  ikke  saa  frake.  —  Verden  er  i  det  Hele  flau, 
men  temmelig  ligefrem  og  aerlig.  Ingensteds  er  lettere  med  at  komme  frem  end  i 
Tyskland  og  Frankrig,  hos  os  er  det  10  Gange  vœrre.  —  Jeg  horer  du  var  i  Upsala 
og  Stockholm.  Hvorfor  kom  du  ikke  heller  til  Paris?  Der  maa  jeg  endnu  engang 
hen  for  jeg  doer.  —  Indlagte  Brev  maa  jeg  bede  jeg  (sic)  besorge  til  Professor  Hansteen 
egenhœndig.  Jeg  fik  Brev  fra  ham  for  nogle  Dage  siden  over  Paris.  —  Jeg  vil 
ikke  bede  dig  om  at  skrive  mig  til,  men  vil  du  spendere  Tid  og  Postpenge  paa 
mig  (thi  man  kan  jo  ikke  sende  ufrankeret)  saa  kan  du  vel  begribe  hvor  kjœrt  det 
vil  vaere  mig.  Dog  maatte  det  i  saafald  vœre  med  det  allerforste.  Meld  mig  da 
noget  om  Dampen.    Hils  Bekjendtere  og  lev  vel 

Din  Abel. 


XXVII.    ABEL  A  MADAME  HANSTEEN 

.  [Berlin  Marts  1827.] 

.  .  .  kjende  paa  mig  at  jeg  kommer  til  at  besege  dem  ofte.  Den  vil  sandelig 
blive  een  af  mine  bedste  Nydelser.  —  Herre  Gud  hvormange  Gange  har  jeg  ikke 
onsket  at  gaae  til  dem  men  ikke  turdet?  Mange  Gange  har  jeg  vœret  ved  Deren 
og  vendt  om  igjen  af  Frygt  for  at  falde  Dem  til  Besvœr;  thi  det  var  nu  det  Vaerste 
som  kunde  hâve  hœndt  mig,  at  de  skulde  blive  altfor  ked  af  mig.  Meget  vel,  at 
jeg  tor  vœre  vis  paa  at  det  ikke  er  saa.  —  Jeg  er  nu  her  i  Berlin,  og  er  glad 
derved,  thi  Franskmanden  behager  mig  ikke.  Det  er  dog  nogle  kolde  prosaiske 
Mennesker.  Aile  mulige  Ting  behandler  de  paa  samme  Maade.  Med  Hge 
Vigtighed  eller  Uvigtighed  taler  de  om  de  alvorligste  som  om  de  letsindigste 
Gjenstande.  Ingen  Fortrolighed  hos  Dem.  En  Franskmand  er  nœsten  Hge  godt 
bekjendt  med  aile  Mennesker.  Uhyre  Egoister.  Naar  de  horer  at  Udlandet  besidder 
noget,  de  har  eller  som  de  ikke  har  saa  forundre  de  sig  og  sige  Diable,  og 
saaledes   komme  de  til  at  forundre  sig  over  ait.    —    Og   nu   det  kjœre  Qvindekjon. 


54  TEXTE    ORIGINAL   DES    LETTRES    ÉCRITES    PAR    ABEL    EN    NORVÉGIEN 

De  ère  saa  nette,  saa  indsmigrende  og  klœder  sig  saa  peent  men  Voila  tout.  Den 
Beskedenhed  og  Undseelse  som  Mandfolkene  saa  gjerne  seer  hos  Fruentimeret 
mangler  de  i  det  Hele  vistnok  meget  af.  —  Det  siger  Franskmanden  selv.  De 
siger.  Les  étrangères  sont  plus  modestes  que  les  françaises.  —  De  tydske  derimod  ère 
sikkerlig  at  foretraekke.  —  Naar  jeg  tœnker  paa  den  Fornoielse  som  De  og 
Hansteen  hâve  havt,  da  Fru  Frederichsen  og  Carite  vare  hos  dem  bliver  jeg 
ordentlig  misundelig.  De  maa  vide  jeg  holder  saa'  hjertelig  af  dem  begge  to. 
Jeg  glœder  mig  inderlig  til  den  Fornoielse  at  see  dem  igjen  naar  jeg  kommer  til 
Kjobenhavn,  som  vel  vil  ikke  vare  saa  forskrœkkelig  lœnge.  Min  Kjœreste,  som 
nu  er  i  Aalborg  kommer  da  ogsaa  did.  I  Kjobenhavn  bar  jeg  altid  levet  det 
behageligste  Liv.  —  Fra  Boeck  fik  jeg  Brev  i  Gaaer.  Han  bar  vœret  syg  i  nogen 
Tid  af  Forkjolelse  og  anden  Svagbed.  Er  nu  frisk.  Hans  Moder  er  dod.  Han 
reiser  til  Paris  midt  i  April  og  reiser  bjem  over  Berlin  igjen.  —  Han  er  ikke  i  det 
bedste  Humeur.  Det  er  en  haederlig  Karl.  —  Han  skriver  at  en  Son  af  Lowenskjold 
er  i  Mûnchen  for  at  gif  te  sig  med  en  Freken  Secbendorf.  — 

Det  er  mig  yderst  kjaert  at  det  gaaer  min  elskede  Soster  saa  godt.  Jeg  bolder 
saa  inderlig  af  bende.  Sin  Lykke  og  den  Glaede  jeg  bar  deraf  skyldes  dem 
kjaere  Fru  Hansteen.  —  De  maa  endelig  bilse  bende  fra  mig  paa  det  kjœrligste 
naar  De  seer  bende.     Jeg  erindrer  mig  bende  altid.  — 

Ellers  lever  jeg  som  de  vel  kan  tœnke  et  sœrdeles  stille  og  eensformigt  Liv. 
Min  bêle  ydre  Fornoielse  bestaaer  i  en  og  anden  Gang  at  besoge  Tbeatrene  og 
hver  Mandag  at  vaere  i  Assemblé  hos  Crelle.  — 

Nu  —  adieu  min  allerkjaereste  moderlige  Formaner  og  hav  en  lille  bitte  Plads 

i  Hjertet  for 

Deres  Abel. 


XXXIL    ABEL  A  MADAME  HANSTEEN 

Torde   jeg    udbede    mig    den    Artighed    at    De    vilde  lade  Overbringeren  beraf 
faae  den   storste*  af  de  to  Casser  maerket  N.  A.  som  staaer  paa  Jomfru  Kemps 
Vœrelse  med  Laag  til.    Min  Broder  Thomas  trsenger  til  saadan  en  paa  sin  Reise.  — 
Den  storste  Forbindtligst 

N.  H.  Abel. 


*  Ce  mot  est  une  correction  faiie  par  Abel:   Il  y  avait  d'abord  „mindste". 


TEXTE  ORIGINAL  DES  LETTRES  ÉCRITES  PAR  ABEL  EN  NORVÉGIEN         55 

XXXIII.    ABEL  A  MADAME  HANSTEEN 

Frolands  c^  Vœrk  den  [21  Juli]  Mandag  1828. 

„Leider"  —  med  dette  Uheldsvangre  Ord  begynder  et  Brev  som  jeg  fik  fra 
Grelle  i  Gaaer  dateret  den  Ute  Juli,  og  leider  maa  jeg  tilstaae  at  Brevet  meget  har 
nedslaaet  mig.  Es  wird  nichts  daraus.  —  Der  er  kommen  en  anden  ligesom 
falden  fra  Himmelen,  som  har  gjort  sine  Ansprilche  geltend,  og  som  uundgaaelig 
maa  forsorges  forend  der  tœnkes  paa  mig.  Hvem  denne  anden  er  skriver  ikke 
Grelle,  og  jeg  kjender  ingen  af  den  Galiber.  —  Han  siger  at  han  ikke  for  0jeblikket 
vil  drive  paa  for  mig,  fordi  det  vilde  skade  mig  mère  end  gavne  Gud  veed  af 
hvad  Grund.  Desuden  er  der  Minister  des  Unterrichts  reist  bort  og  kommer  ikke 
tilbage  forend  8  Uger  fra  Dato.  —  Derfor  siger  han  kan  der  ikke  gives  mig  noget 
afgjorende  Svar  forend  i  October  Maaned  dette  Aar.  —  Men  hans  Brev  er  saa  mis- 
trostende  skrevet  saa  at  jeg  har  opgivet  ait  Haab.  —  Hvor  lunde  jeg  altsaa  er  paa 
samme  Point  som  for,  dog  noget  vaerre,  thi  prostitueret  er  jeg  blevet  her  og  kan 
blive  det  udenlands  (see  et  opbyggeligt  Stykke  i  et  Blad  udgivet  af  Boghandler 
Schiwe:  „Nyeste  Skilderie  af  Ghristiania  og  Stokholm"  No.  1.  Side  6).  Jeg  vil 
ikke  sige  det  imod  for  ikke  mère  at  rippe  op  i  en  skiden  Sag.  Nu  kan  det  gaae 
for  en  Avislogn,  et  enfin  le  temps  tue  tout.  —  Det  gaae  som  det  vil,  I  Ghristiania 
S0ger  jeg  vanskelig  om  noget  mère.  Jeg  vil  for  trœlle  igjennem  med  det  jeg  har 
saalœnge  det  varer.  —  Men  jeg  har  lœrt  og  holde  Kjœften;  —  det  er  een  god  Ting. 
Grelle  giver  mig  en  god  Nsese  for  min  Aabenmundethed,  thi  ihvor  vel  jeg  ikke  har 
sagt  ham  hvad  jeg  har  sagt  saa  kan  jeg  mœrke  at  han  nok  er  au  fait.  —  Han 
paalœgger  mig  imidiertid  at  tie  ganske  stille.  —  Altsaa  kan  De  blot  sige  at  de  intet 
veed,  uden  at  jeg  ingensinde  har  faaet  noget  Tilbud.  —  Skulde  min  Broder  ***** 
komme  til  dem,  saa  lad  ham  intet  vide  for  at  han  ikke  skal  af  bol  des  fra  at  soge 
en  Huuslaerer  Post.  Dette  fortœnker  de  mig  dog  ikke  i.  —  Det  smerter  mig 
aller  meest  for  min  Faestemoe.  Hun  er  altfor  god.  —  Naar  undtages  en  HUe  Sygdom 
jeg  har  vœret  undergivet  et  Par  af  mine  forste  Dage  her  har  jeg  levet  meget  vel 
hos  Grelly  eller  Ghristine,  og  arbeider  ret  flittig.  —  Siden  jeg  nu  engang  er  skabt  til  at 
plage  dem  saa  turde  jeg  maaskee  bede  Dem  at  sende  niedfolgende  Anviisning,  hœve 
paa  Zahlcassen,  og  deraf  uden  Fortrydelse  sende  mig  10  Spd.  i  een  Lap  og  gjemme 
Resten  for  mig.  —  Naar  De  skriver  paa  tykt  uigjennemsigtig  Papiir  eller  laegger 
Sœddelen  i  saadant  behoves  ikke  at  sœttes  uden  paa  at  Penge  er  deri.    Aller- 


56  TEXTE    ORIGINAL    DES    LETTRES    ÉCRITES    PAR    ABEL    EN    NORVÉGIEN 


bedst  at  De  gjor  en  Envelloppe  med  Lak  og  laegger  Penge-Seddelen  inden  i  et 
andet  Stykke  tykt  Papiir  inden  i  den.  —  For  at  ikke  Gutten  som  gaaer  fra  Arendal 
og  hid  med  Brevet  skal  stjaele  er  det  bedst  slet  ikke  uden  paa  at  taie  om  Penge. 
—  Men  bliv  nu  ikke  vred  paa  mig  fordi  jeg  umager  dem.  Jeg  aergrer  mig  nok 
alligevel.  — 

Pengene  kan  vel  umuelig  faaes  til  mig  ferend  den  forste  Postdag  i  August? 
men  det  er  ogsaa  tidsnok.  —  Grely  hilser  sœrdeles.  Hun  skrev  sidste  Postdag.  — 
Jeg  opforer  mig  her  taalelig  mandig.  — 

Skjonneste  Fru  Hansteens  allerusleste  Krœe 

N.  H.  Abel. 

Hvordan  lever  Manden?  Jeg  har  seet  af  Aviserne  at  De  fik  Brev  dateret 
Petersborg  den  25de  Juni.  — 

Frolands  Vœrk  p.  Arendal. 


XXXIV.    ABEL  A  HOLMBOE 

Frolands  o^  Vœrk  den  29de  Juli  1828. 

Hr.  Lector!  Formodentlig  tilbage  kommen  fra  Kjobenhavn  skrives  Du  til,  men 
behover  ikke  at  taie  om  hvad  jeg  skriver.  —  Nemlig  angaaende  Berlinertouren. 
Er  gaaet  Fanden  i  Vold  og  er  jeg  saaledes  lige  nœr.  —  Crelle  skrev  mig  til  i  Sondag 
8tte  Dage  siden  at  der  var  kommet  [en  anden]  vom  Himmel  her  geîallen  som  vilde 
gjore  sine  Fordringer  gjœldende  og  som  maatte  forsorges.  Gud  veed  hvem  det  er, 
men  ligemeget,  mig  har  han  stukket  ud  det  Sviin.  Han  skriver  ellers  at  ihvorvel 
det  seer  mislig  ud  skal  jeg  dog  ikke  opgive  ait  Haab  da  det  er  muelig  siden.  I 
October  skal  jeg  faae  bestemt  Svar.  —  Men  dette  siger  Du  ikke.  Kun  at  jeg 
aldrig  har  skullet  eller  skal  til  Berlin  overeensstemmende  med  Sandheden.  Crelle 
har  ikke  meget  godt  syntes  om  at  jeg  har  snakket  derom.  —  Fra  Schumacher  har 
jeg  faaet  Brev.  Min  Dodelse  af  Jacobi  er  trykt.  Jeg  skriver  paa  en  ditto  som  skal 
bort.  Jeg  har  gjort  et  par  skjenne  Opdagelser  i  transcendantes  elliptiques.  —  Jeg 
veed  ikke  om  jeg  sagde  Dig  at  der  var  ankommet  Boger  til  os  hos  Messel  etc.  — 

Skulde  der  (hvilket  er  rimeligt  efter  hvad  Hansteen  sagde  til  mig)  bhve  taie 
om  at  faae  en  Laerer  i  Astronomie  ved  Krigsskolen  saa  siig  at  jeg   formodentlig  er 


TEXTE    ORIGINAL   DES    LETTRES   ï^CRITES    PAR   ABEL   EN    NORVÉGIEN  57 

villig  at  paatage  mig  samme,  at  man  ikke  skal  staae  i  den  Formening  at  jeg 
skal  til  Berlin  men  dette  er  blet  privât  til  Dig.  —  Jeg  maa  vœre  om  mig  paa  aile 
Kanter.  Du  kan  hvis  Du  vil  skrive  mig  et  Par  Ord  herom.  Jeg  reiser  herfra  paa 
Fredag  14  Dage  til. 

Hils  Bekjendtere.     Gratuleer  det  Gonrectoralske  Udyr,  og  lev  vel. 

Du  tager   ikke   fortrydelig   op   at  jeg  tager  et  Par  Dage  ind  til  Dig  ved   min 

Ankomst  indtil  jeg  faaer  mig  et  Logie,  at  jeg  ikke  betaler  Brevet  og  at  jeg  beder 

Dig  besorge  indlagte. 

Din 

N.  H.  Abel. 


XXXV.  ABEL  A  MADAME  HANSTEEN 

Frolands  o^  Vaerk  den  29de  Juli  1828  p.  Arendal. 

Endnu  en  Bon  til  Dem  bedste  Fru  Hansteen!  det  er  mueligt  at  Thomas  er  reist 
uden  at  sige  det  til  Ibsen.  Gud  velsigne  lad  Pigen  gaae  ned  og  sporge  Ibsen  om 
Thomas  lœnger  kommer  og  hvis  han  ikke  gjor  det  da  at  lade  hende  sige  op  med 
Tilfoiende  at  han  skal  bUve  betalt  efter  at  jeg  er  kommen.  Jeg  skrev  dem  til  for 
8  Dage  siden  og  lagde  hos  en  Anviisning  paa  Zahlcassen  for  Juli  Maaneds  Gage. 
Jeg  ter  maaskee  vente  sendt  de  omtalte  10  Spd.  Jeg  kommer  rimeHgviis  ikke  til 
Christiania  forend  midt  i  August.  —  Bliv  endelig  ikke  fortrydelig  fordi  jeg  umager 
dem.  Naar  jeg  rigtig  betaenker  mig  kunde  jeg  rigtig  nok  bave  bedet  Holmboe  om 
at  gjore  det.  —  Grely  hilser  meget.  Jeg  lever  meget  vel  naar  undtages  en  vaerk- 
bruden  Tommelfinger.  —  Jeg  har  faaet  i  Forœring  6  Par  Stromper  (af  Marie  og 
Crely)  12  L  .  .  .  .  skrsemmer  (af  Hanne  Preus)  og  noget  andet  af  Lina.  Gud 
lade  Dem  levé  vel  kjaereste  Frue. 

Deres  N.  H.  Abel. 

XXXVI.    ABEL  A  MADAME  HANSTEEN 

[Froland,  août  1828.] 
Hilses  meget  den  skjonneste  Fru  Hansteen  fra  mig. 

De  fîk  vel  Lappen  med  de  3de  Spd.?  —  Jeg  er  fattig  som  en  Kirkerotte  da  jeg 
nu    ikke   har   mère   end   1   Sp.  60  /?   hvilke  jeg  maa  give  i  Drikkepenge.     Jeg  har 

TEXTE   ORIGINAL  DES   LETTRES   d'aBEL    —    8 


58  TEXTE    ORIGINAL    DES    LETTRES    ÉCRITES    PAR    ABEL    EN    NORVÉGIEN 


ellers  ikke  odet  en  Skilling.    Kjobmanden  er  betalt.    103  Sp.  26  /?  som  var  ait.    Jeg 

har  faaet  Brev  fra  Schumacher.     Min    Aufsatz  er  trykt  og  har  reist  til  Konigsberg. 

—  Seer  De  Elisabeth  saa  hils  hjertelig  hende  og  Treschows.  — 

Deres  edelagte 
De  faaer  snart  Brev  fra  mig. 


XXXVm.    ABEL  A  MADAME  HANSTEEN 

Christiania  den  22  September  1828. 

De  var  vistnok  noget  forundret  (for  ikke  at  bruge  et  straengere  Udtryk)  bedste 

Fru  Hansteen  ved  ikke   at  see  mig  forend  de  reiste,  men  i  al  Fald  forundrede  De 

dem    vist   ikke  mère  end  jeg  graemmede  mig  over  ikke  at  kunne  komme  ud.     Jeg 

var  syg  og  sengeliggende   ligefra  den  Aften   de    var  hos  Treschow  og  indtil  for  et 

Par  Dage   siden.    Nu  er  jeg  Gud  skee  Tak  meget  vel.   —  Det  er  saa  besynderlig, 

jeg  kan  ikke  faae  i  mit  [Hoved]  at  De   er  reist  og  er  mangen  Gang  i  Begreb  med 

at  gaae  til  dem.     Jeg  er  dog  nu  naesten  vel  eensom.     Jeg  forsikkrer  Dem  at  jeg  i 

egentligste   Forstand   ikke   omgaaes  et   eneste    Menneske.   —    Imidlertid  vil  jeg  for 

det  ferste  intet  Savn  foie  da  jeg  har  saa  gruelig  meget  at  bestille  for  Journalen. 

Jeg  skal  herefter  hâve  1   Ducat  for  hvert  trykt  Ark.     Grelle  har  selv  tilbuden  mig 

det.     Men    det   bliver  da  naturligviis  ikke  stort  af  det,  og  mine  trange  Kaar  har 

gjort   at  jeg    tog   derimod.    —    Nylig  i   Gaaer   fik  jeg  Brev  fra    Grelle   hvori  han 

siger  at  der  fremdeles  er  Haab  for  at  jeg  kan   komme   til  Berlin  og  at  det  snart 

vil    kunne    lade   sig   afgjore    om   der   kan   blive  noget   af  eller  ikke.    —    Fra   lille 

Grelly  skal  jeg  hilse  Dem  meget.     Hun  sender  dem  herved  en  lille  Kappe  af  hendes 

Hœnders  Gjerninger,  som  hun  beder  dem   tage  imod  i  den  Stand  den  er.     At  den 

ikke  er  ganske  fœrdig  kommer  deraf  at  hun  maatte  sende  den  herhen  for  8  Dage 

siden   for   at   de   kunde   faae   den    forend  Deres  Afreise.     Ulykkeligviis  fik  jeg  den 

forst  Tirsdag  og  altsaa  for  silde.    —    Jeg  havde  nok  et  og  andet  at  skrive  om  men 

Forelœsningerne  gJ0re  at  jeg  nodes  til  at  slutte. 

Min  hjerteligste  Hilsen  til  den  sodeste  Fru  Friderichsen    samt  aile  Engler.     — 

Med  bestandig  0nske  for  Deres  Vel 

N.  H.  Abel. 

Grelly  holder  naesten  ligesaa  meget  af  dem  som  jeg.  — 


TEXTE  ORIGINAL  DES  LETTRES  ÉCRITES  PAR  ABEL  EN  NORVÉGIEN         59 

XLI.    ABEL  A  MADAME  HANSTEEN 

[Christiania,  novembre  1828.] 

Smule  af  mig  om  jeg  ikke  tager  feil.  Jeg  har  kanskee  ikke  saa  ganske  vœret 
mod  hende  som  jeg  [burde,]  men  nu  er  vi  nieget  enige  og  konimen  paa  det  rené 
med  hinanden.  —  Jeg  har  rettet  mig  betydelig  og  vil  haabe  at  vi  eengang  skulde 
levé  lykkelig  sammen.  Men  naar  det  lykkeh'ge  Tidspunct  kommer  det  veed  jeg 
ikke.  At  det  blot  ikke  maatte  vœre  for  langt  borte.  Jeg  har  ondt  af  min  Crelly 
at  hun  skal  vœre  nodsaget  til  at  trœlle  saaledes.  —  Hun  hilser  Dem  inderlig 
og  onskede  saa  gjerne  at  see  et  Par'Linier  fra  Dem.  De  kan  ikke  troe  hvor  det 
vilde  opmuntre  hende,  men  hun  saetter  saa  stor  Priis  derpaa,  —  Jeg  skrev  hende 
til  for  et  Par  Dage  siden  og  sendte  hende  Deres  Hilsen,  saa  at  hun  kan  see  at  De 
ikke  har  glemt  hende.  —  Men  Fru  Hansteen  lad  det  ikke  gjore  Dem  ondt  at 
hun  har  arbeidet  for  Deres  Skyld.  Hun  gjorde  det  ikke  for  paa  en  svag  Maade  at 
vise  at  hun  onskede  at  gjengjelde  deres  Godhed.  Idetmindste  var  ikke  det 
Hovedaarsagen.  De  veed  at  Kjœrlighed  mangen  Gang  udtaler  sig  i  Ubetydeligheder. 
Hun  vilde  vise  dem  sin,  og  intet  vilde  Glœde  hende  mère  end  at  vide  at  det  havde 
foraarsaget  dem  en  HUe  nok  saa  lille  Glœde.  —  At  De  ikke  er  i  det  bedste 
Humeur  der  nede  gjor  ondt.  Jeg  kan  begribe  at  mange  Ting  maa  stromme  ind 
paa  deres  Folelser,  og  nu  det  som  isœr  œngster  Dem  det  er  da  Hansteens 
Fravœrelse.  Det  er  heel  naturlig,  men  tœnk  dem  hvor  lykkelig  De  vil  vœre  om 
ikke  saa  meget  lang  Tid.  Man  troer  dog  saa  gjerne  det  man  onsker,  og  De  kjœre 
Fru  Hansteen  har  jo  al  Sandsynlighed  paa  Deres  Side.  Hvor  mange  har  ikke 
gjort  lignende  og    —    —     —    —    —    —    —    —     —     —     —    —     —    

Blytt  Sag  gaaer  det  nok  godt  med.  Jeg  staaer  fremdeles  paa  400,  og  er  i  Gjœld  op  til 
0rene  men  jeg  har  dog  arbeidet  mig  lidt  af  den.  Imidlertid  har  ikke  min  forrige 
Vœrtinde  Dronningen  faaet  en  Skilling  og  til  hende  skylder  jeg  82  Spd.  —  Banken 
har  ;jeg  arbeidet  ned  til  160  og  Klœdehandleren  fra  45  til  20.  Ellers  skylder  jeg 
Skomager  og  Skrœdder  og  Spisevœrt,  men  laaner  ellers  ikke.  Men  dette  skal  De 
nu  ikke  ynke  mig  for.     Jeg  kommer  vel  ud  af  det.  — 

Af  Râuber  Geschichter  veed  jeg  ingen  at  fortœlle  Dem.    Derimod  henhorer  til 
Sandhedens    Rige   at  en    Sen  af   Raadmand  ******  sidder  arresteret  for  Tyverie 


60  TEXTE    ORIGINAL    DES    LETTRES    ÉCRITES    PAR   ABEL   EN    NORVÉGIEN 

og  hvad  vaerre  er  for  Indbrud  lios  Prof:  Bugge.  —  Han  tog  hans  Solv  og  slog  ud 
en  Rude  for  at  komme  ind.  Til  Latterligheder  horer  at  en  Praest  har  ladet  sig  maie 
i  fuld  Ornât  med  sin  Kjœreste  paa  Skjedet.  — 

Endnu  maa  jeg  fortœlle  noget,  Jeg  er  nemlig  i  den  senere  Tid  bleven  bety- 
delig  hovmodig  i  Anledning  af  et  Par  Brève  som  jeg  har  faaet  fra  Udlandet.  Jeg 
vil  anfore  for  Dem  et  Par  Steder,  da  de  nok  veed  jeg  ikke  gjor  det  for  at  vaere 
krye.  De  erindrer  Dem  maaskee  en  Mathematiker  ved  Navn  Jacobi  som  kom  mig 
i  Forkjobet,  og  ligeledes  en  Afhandling  som  jeg  i  Foraaret  sendte  til  Schumacher. 
Denne  Afhandling  har  gjort  Lykke.  Jacobi  har  sagt  i  et  Brev  til  Crelle  „Ich  halte 
dièse  Abhandlung  fiir  einen  (sic)  der  schônsten  Meisterwerke  der  Mathematik."  Den 
beromte  Mathematiker  Legendre  i  Paris  har  sagt  ogsaa  i  et  Brev  til  Crelle:  „Ce 
que  vous  dites  Monsieur  de  jeune  M.  Abel  s'accorde  parfaitement  avec  l'idée,  que 
j'avais  conçue  de  ses  grands  talens  par  la  lecture  de  ces  beaux  travaux."  Og  videre 
„Ces  productions  de  deux  jeunes  savans  qui  m'étaient  jusque  là  inconnus  m'ont 
causé  autant  de  surprise  que  de  satisfaction"  ...  Og  saa  foier  han  til  at  han  har 
omtalt  de  Opdagelser  jeg  har  gjort  i  et  Supplément  som  han  har  gjort  til  eet  af 
sine  Vaerker  over  den  samme  Gjenstand.  —  Da  jeg  havde  faaet  det  Brev  hvori 
Crelle  anferer  ovenstaaende  satte  jeg  mig  strax  i  Arbeide  med  et  Brev  til  Legendre, 
som  indeholdt  et  og  andet  Nyt.  Han  har  svaret  mig  for  et  Par  Dage  siden  i  et 
yderst  smigi-ende  Brev.     Jeg  vil  anfore  et  Par  Steder. 

„Je  vous  félicite  bien  cordialement  des  grands  succès  que  vous  avez  obtenus 
„dans  vos  travaux;  j'avais  déjà  connaissance  des  beaux  mémoires  que  vous  avez 
„publiés  dans  les  journaux  de  M.  M.  Crelle  et  Schumacher;  les  nouveaux  détails 
„que  vous  voulez  bien  me  donner  sur  la  suite  de  vos  recherches  augmentent 
„encore,  s'il  est  possible  les  titres  que  vous  avez  acquis  à  l'estime  des  savans  et 
„surtout  à  la  mienne.  En  rendant  justice  comme  je  le  dois  au  mérite  de  vos 
«découvertes,  je  ne  puis  me  défendre  du  sentiment  d'orgueil  qui  m'associe  en 
«quelque  sorte  à  vos  triomphes  et  à  ceux  de  vôtre  digne  Emule  M.  Jacobi, 
«puisque  c'est  en  grande  partie  par  l'étude  de  mes  ouvrages  que  vous  avez  eu 
«l'occasion  l'un  et  l'autre  de  développer  les  grands  talens  que  la  nature  vous  a 
«départis.  —  Paa  et  andet  Sted  siger  han  «La  fin  de  votre  lettre  me  confond  par 
«la" généralité  que  vous  avez  su  donner  à  vos  recherches;  il  me  tarde  beaucoup  de 
«voir  les  méthodes  qui  vous  ont  conduit  à  de  si  beaux  résultats;  je  ne  sais  si  je 
«pourrai  les  comprendre,  mais  ce  qu'il  y  a  de  sur,  c'est  que  je  n'ai  aucune  idée  des 


TEXTE    ORIGINAL    DES    LETTRES   ÉCRITES    PAR   ABEL   EN    NORVÉGIEN  61 

„moyens  que  vous  avez  pu  employer  pour  vaincre  de  pareilles  difficultés;  Quelle 
„tête  que  celle  d'un  jeune  Norvégien!  Og  mange  andre  smukke  Ting.  Han 
anferer   ogsaa   et    Par   Ord   af   et  Brev  fra  Jacobi  til  ham,  nemlig  Jacobi  bar  sagt 

om   den  Afhandling  som  jeg  sendte  til  Scbumacher „Elle  est  au  dessus  de 

„mes  éloges  comme  elle  est  au  dessus  de  mes  travaux." 

For  at  sige  den  rené  Sandbed  saa  bar  jeg  anfort  ovenstaaende  deels  for  at 
gjere  mig  en  Smule  til,  deels  fordi  jeg  troer  at  det  vil  glaede  Dem  bedste  Fru 
Hansteen  at  see  den  Fremgang  jeg  bar,  da  De  tager  saa  megen  Deel  i  mit  Vee  og 
Vel.    —    Altsaa  maa  De  ikke  ansee  det  for  Skryderie.    — 

Til  Deres  elskvœrdige  og  for  mig  meget  dyrebare  Familie  bedes  min  inderligste 
Hilsen  aflagt.    Det  vil  altid  glaede  mig  saerdeles  at  bore  at  De  aile  levé  vel.  — 

Farvel  kjœre  bedste  Fru  Hansteen  og  troe  mig  naar  jeg  siger  Dem  at  jeg  med 
den  inderligste  Hengivenbed  og  Heiagtelse  er 

Deres 

Abel. 


DOCUMENTS 


DOCUMENTS    —    1 


DOCUMENTS 

I.     EXAMEN  ARTIUM 
NiELS  Henrik  Abel:  Août  1821. 

Langue  materifelle ;     ....  3 

Latin 3 

Composition  latine 3 

Grec 3 

Allemand 3 

Français 2 

Religion 3 

Histoire 4 

Géographie 2 

Arithmétique 1 

Géométrie 1 

Moyenne                                                                       Haud  illaud.  * 


n.     ABEL  AU  CONSEIL  ACADEMIQUE** 

[Février  1822] 
Comme  j'ai  un  frère  qui  se  destine  aux  études  universitaires,  mais  que  l'assistance 
qu'il  peut  obtenir  n'est  pas  suffisante  pour  son  entretien  ici  à  Christiania,  je  me  permets 
de  prier  le  haut  conseil  de  me  permettre  de  prendre  mon  frère  chez  moi,  dans  ma 
chambre  de  la  Fondation  universitaire.***  Mon  camarade  de  chambre  ne  s'y  oppose 
nullement,  comme  il  le  certifie  de  sa  main. 

Respectueusement 
NiELS  H.  Abel 

*  Voyez  la  note  p.  19  de  l'Introduction  historique. 
•*  „Collegium  academicum". 
***  Ancien  internat,  analogue  au  „Regentsen"  de  Copenhague. 


DOCUMENTS 


A    la    demande    de    mon    camarade    de    chambre    M.  Abel,  je   certifie   que  je  ne 
m'oppose  nullement  à  ce  que  son  frère  habite  notre  chambre  commune 


Respectueusement 

Jens  Schmidt 


Au 
haut  conseil  académique. 


m.     EXAMEN  PHILOSOPHICUM 
NiELS  Henkik  Abel  Juin  1822. 

Philosophie    (théorique 2 

V  pratique 2 

Latin 3 

Grec 3 

Histoire 3 

Mathématiques 1 

Astronomie 2 

i  pour  les  démonstrations  mathématiques  1 
Physique  i 

l  pour  la  partie  expérimentale  ....  3 

Histoire  naturelle 3 


Moyenne  Haud  illaud. 


IV.     EXTRAIT  DU  REGISTRE  DES  DÉLIBÉRATIONS  DU  CONSEIL  ACADÉMIQUE 
ll^^ie  séance,  le  22  mars  1823. 

Le  professeur  Hansteen  s'est  présenté  au  conseil,  et  a  communiqué  un  manuscrit 
de  l'étudiant  Abel,  contenant  un  mémoire  dont  l'objet  est  de  donner  un  exposé 
général  de  la  possibilité  d'intégrer  toutes  sortes  de  différentielles,  et  il  a  demandé 
dans  quelle  mesure  l'Université  pourrait  trouver  convenable  de  subvenir  à  l'impression 
de  ce  travail. 

Le  manuscrit  a  été  remis  aux  professeurs  Rasmusen  et  Hansteen,  qui  ont  été 
chargés  d'exprimer  en  commun  leur  avis  sur  la  valeur  du  travail,  et  de  proposer  la 
manière  dont  on  pourrait  le  plus  utilement  subvenir  à  l'impression,  s'il  le  mérite. 


DOCUMENTS 


V.     ABEL  AU  CONSEIL  ACADÉMIQUE 

Le  soussigné  prend  la  liberté  d'informer  le  haut  Conseil  qu'il  se  propose  d'entre- 
prendre pendant  les  vacances  d'été  un  voyage  à  Copenhague.  Mon  but  est  à  la  fois 
de  rendre  visite  aux  membres  de  ma  famille  qui  y  sont  domiciliés,  et  d'étendre  mes 
connaissances  mathématiques  autant  que  le  temps  et  les  circonstances  me  le  permettront. 
Le  voyage  durera  environ  2  mois,  en  sorte  que  je  pense  revenir  vers  le  milieu  d'août 

Respectueusement 

Chr.  2  Juin  1823.  N.  H.  Abel 

Au  haut  conseil  académique! 


VI.     DÉCLARATION  DES  PROF.  RASMUSEN  ET  HANSTEEN 

Au  conseil  académique. 

Nous  avons  le  plaisir,  conformément  à  l'invitation  de  l'honorable  conseil,  de 
dire  si,  à  notre  avis  l'étudiant  Abel  doit  être  recommandé  pour  une  subvention  qui 
lui  permettrait  de  publier  à  frais  publics  le  mémoire  ci-joint,  écrit  par  lui  en  français, 
sur  l'intégration  de  formules  différentielles. 

Dans  ce  mémoire  est  exposée,  pour  toutes  les  formes  principales  de  formules 
différentielles,  la  manière  dont  leur  intégration  peut  être  effectuée,  et  cette  exposition, 
qui  est  différente  de  ceUe  qui  se  trouve  dans  les  ouvrages  de  nous  connus,  relatifs 
au  calcul  intégral,  montre  à  la  fois  que  l'auteur  a  des  dispositions  exceptionnelles 
pour  les  sciences  mathématiques,  et  qu'il  est  familier  avec  les  méthodes  employées 
par  les  savants  modernes  dans  l'étude  des  sujets  de  mathématique  abstraite.  Le 
mémoire  mérite  d'être  répandu;  mais  nous  ne  croyons  pas  pouvoir  conseiller  de  le 
publier  à  part,  parceque  l'on  ne  pourrait  pas  s'attendre  à  ce  que  la  vente  couvre  d'ici 
longtemps  les  frais  de  l'impression,  et  surtout  parceque  nous  pensons  que  le  but 
de  sa  publication  sera  le  plus  sûrement  atteint,  lorsqu'il  pourra  être  inséré  dans  les 
publications  de  quelque  Société  scientifique,  l'objet  de  ces  recueils  étant  précisément 
de  recevoir  des  vues  scientifiques  nouvelles,  dont  l'exposition  suppose  des  lecteurs 
d'une  compétence  exceptionnelle,  et  qui,  par  suite,  ne  peuvent  faire  espérer  une  vente 
considérable. 

Au  lieu  de  recommander  l'étudiant  Abel  pour  une  subvention  à  l'impression  du 
mémoire,  nous  considérons  absolument  comme  un  devoir  de  recommander  ce  jeune 
homme,  à  qui  il  n'y  a  rien  à  reprocher  au  point  de  vue  moral,  pour  une  subvention 
qui  lui  permette  de  continuer  à  cultiver  une  science  où  bien  peu,  à  son  âge,  ont 
fait  des  progrès  aussi  remarquables  que  ceux  dont  il  a  donné  des  preuves.    Le  conseil 


6  DOCUMENTS 


sait  qu'il  ne  possède  rien,  et  que  c'est  dans  des  conditions  très  précaires,  et  uniquement 
grâce  aux  souscriptions  mensuelles  de  quelques  uns,  qu'il  a  pu  vivre  depuis  son  entrée  à 
l'Université.  Maintenant  il  lui  faut  une  subvention  plus  importante,  afin  qu'il 
acquière  à  son  pays  l'honneur  que  ses  dons  et  ses  progrès  permettent  d'espérer  d'un 
tel  savant.  Nous  présumons  qu'un  séjour  à  l'étranger  dans  les  villes  où  se  trouvent 
les  mathématiciens  les  plus  éminents  contribuera  de  la  manière  la  plus  heureuse  à 
son  éducation  scientifique.  A  Paris  il  trouvera  probablement  l'occasion  de  faire 
insérer  son  travail  sur  l'intégration  dans  les  Mémoires  de  l'Institut  national  [de 
France],  ainsi  publié  sous  la  forme  qui  lui  convient,  et  nous  croyons  que  ce  sera  le 
moyen  le  plus  rapide  de  le  faire  connaître. 

Quant  au  montant  de  la  subvention  pour  laquelle  nous  le  recommandons  de  la 
manière  la  plus  vive,  nous  nous  permettons  respectueusement  de  formuler  la  propo- 
sition suivante: 

a)  20  species  par  mois  depuis  le  1^^  janvier  1824  jusqu'au  moment  où  il  pourra 
entreprendre  un  voyage  à  l'étranger. 

b)  150  sp.  pour  son  équipement  un  mois  avant  son  départ. 

c)  50  sp.  d'argent  par  mois  pendant  son  séjour  à  l'étranger,  qui  ne  devra  pas 
durer  plus  de  18  mois. 

d)  30  sp.  par  mois  pendant  les  6  premiers  mois  après  son  retour,  si  dans 
l'intervalle  il  n'obtient  pas  un  emploi  auquel  est  attaché  un  traitement  plus 
élevé. 

Si  l'honorable  conseil  reconnaît,  ce  dont  nous  ne  doutons  pas,  que  c'est  un 
devoir  pour  les  directeurs  de  l'Université,  lorsqu'ils  rencontrent  de  rares  dispositions 
naturelles,  comme  spécialement  créées  pour  une  science  ou  une  autre,  de  contribuer 
résolument  à  leur  épanouissement,  nous  sommes  convaincus  que  le  conseil  recom- 
mandera l'étudiant  Niels  Henrik  Abel  pour  la  subvention  proposée,  puisque  nous 
savons   que   l'Université  ne  peut  pas  l'aider  sur  ses  propres  ressources. 

Christiania,  le  19  décembre  1823 

T.  H.  Rasmusen  -  Chr.  Hansteen 


VII.    LE  CONSEIL  ACADÉMIQUE  AU  MINISTÈRE  DE  L'INSTRUCTION  PUBLIQUE 

L'étudiant  N.  H.  Abel,  qui  déjà,  comme  élève  à  l'école  cathédrale  de  Christiania, 
a  attiré  l'attention  par  de  rares  dispositions  pour  les  mathématiques,  et  par  l'avance- 
ment, merveilleux  à  son  âge,  que  dès  cette  époque  il  manifesta  dans  cette  science, 
est  entré  en  1820  [sic]  à  l'Université  de  Norvège,  où,  après  avoir  passé  l'Ex.  artium, 


DOCUMENTS 


il  a  été  reçu  étudiant,  et  où  il  a  depuis  subi  avec  succès  l'examen  de  philosophie. 
Ses  progrès  remarquables  dans  l'étude  à  laquelle  la  nature  semble  l'avoir  éminemment 
destiné,  lui  acquirent  dès  les  premiers  temps  de  son  séjour  à  l'Université  des  protec- 
teurs parmi  les  professeurs,  lesquels,  en  raison  de  sa  situation  précaire,  bientôt  encore 
empiréc  par  suite  de  la  mort  de  son  père,  survenue  plus  tard,  se  sont  jusqu'à  présent 
cotisés  pour  conserver  à  la  science  ces  rares  dispositions,  attention  dont  son  assiduité 
au  travail  et  ses  bonnes  mœurs  le  rendaient  d'autant  plus  digne.  Mais  comme  cette 
aide  ne  pourrait  être  tout-à-fait  suffisante  pour  un  jeune  homme  absolument  dénué 
de  ressources,  le  conseil  académique  soussigné  a  cru  remplir  un  devoir,  tant  envers 
l'Etat  qu'envers  lui,  en  lui  attribuant  en  septembre  1821  une  des  places  vacantes  à 
la  Fondation  universitaire.  C'est  là  que  depuis,  avec  son  assiduité  toute  particulière, 
il  a  suivi  les  cours  de  philosophie,  en  même  temps  qu'il  a  poursuivi  son  travail,  avec 
le  plus  grand  succès,  dans  sa  science  principale  —  ce  dont,  outre  plusieurs  moindres 
travaux  publiés  par  lui  dans  le  Magasin  pour  les  sciences  physiques  et  naturelles, 
son  mémoire  déposé  »sur  l'intégration  de  formules  différentielles  «  donne  surtout  une 
preuve  suffisante. 

Ce  mémoire  —  rédigé  en  français  —  qu'il  a  remis  à  l'Université  en  reconnaissance 
de  l'aide  qui  lui  était  offerte,  et  comme  une  preuve  qu'elle  était  dignement  employée, 
a  été  examiné,  sur  l'invitation  du  conseil,  par  MM.  les  professeurs  Rasmusen  et 
Hansteen,  qui  plus  tard,  dans  une  communication  au  conseil,  se  sont  exprimés  ainsi: 
»ce  mémoire  expose,  pour  toutes  les  formes  principales  de  formules  différentielles,  la 
manière  dont  leur  intégration  peut  être  effectuée,  et  cette  exposition,  qui  est  différente 
de  celle  qui  se  trouve  dans  les  ouvrages  de  nous  connus,  relatifs  au  calcul  intégral, 
montre  à  la  fois  que  l'auteur  a  des  dispositions  exceptionnelles  pour  les  sciences 
mathématiques,  et  qu'il  est  familier  avec  les  méthodes  employées  par  les  savants 
modernes  dans  l'étude  des  sujets  de  mathématique  abstraite.* 

Ces  professeurs  d'université  ont  alors  —  considérant  que  c'est  un  devoir  pour 
les  directeurs  de  l'Université,  lorsqu'ils  rencontrent  de  rares  dispositions  naturelles, 
comme  spécialement  créées  pour  une  science  ou  une  autre,  de  contribuer  résolument 
à  leur  épanouissement  —  invité  le  conseil  à  recommander  l'étudiant  Abel  pour  une 
subvention  publique  qu'ils  ont  proposée,  et  que  l'Université  n'a  pas  le  moyen  de  lui 
attribuer  sur  ses  propres  ressources. 

Le  conseil  académique,  qui  a  eu  longtemps  le  désir  de  pouvoir  contribuer  à  faire 
obtenir  à  ce  jeune  homme  d'avenir  une  subvention  suffisante  pour  le  mettre  en 
mesure  de  parfaire  son  éducation  scientifique,  et  d'acpuérir  à  son  pays  l'honneur  que 
ses  dons  et  ses  progrès  permettent  si  bien  d'espérer,  a  cru  faire  à  cette  invitation 
le  meilleur  accueil  posible  en  transmettant  respectueusement  au  ministère  le  mémoire 
de  l'étudiant  Abel,  et  en  proposant  humblement  qu'il  reçoive  par  grâce  royale  une 
subvention  publique  convenable. 


8  DOCUMENTS 


Le  conseil  se  permet  à  ce  sujet  d'exprimer  l'avis  qu'un  séjour  convenable  à 
l'étranger  dans  les  villes  où  se  trouvent  les  mathématiciens  les  plus  éminents  de 
notre  temps,  peut-être  principalement  à  Paris,  serait  probablement  fort  utile  pour 
son  développement  à  venir,  et  l'on  croit  en  conséquence  devoir  humblement  proposer 
l'étudiant  Abel  pour  une  bourse  de  voyage  de  50  species  d'argent  par  mois,  ce  qui 
est  considéré  comme  suffisant  pour  atteindre  pleinement  le  but.  Le  conseil  estime 
donc  qu'il  est  désirable  que  ce  voyage  puisse  être  entrepris  vers  le  mois  de  mai 
prochain,  ou  au  commencement  de  l'été. 

Comme,  en  attendant,  sa  pauvreté  lui  interdit  d'employer  jusqu'au  voyage  les 
ressources  nécessaires  pour  achever  dans  une  tranquillité  convenable  sa  préparation 
à  un  pareil  voyage  scientifique,  le  conseil  se  permet  en  outre  de  proposer  humble- 
ment qu'à  partir  du  l^'^  janvier  de  l'année  présente,  jusqu'au  moment  où  l'étudiant 
Abel  pourra  entreprendre  un  voyage  à  l'étranger,  une  pension  mensuelle  de  20  spd. 
lui  soit  gracieusement  accordée, 

et  enfin,  toujours  gracieusement,  une  somme  de  150  spec.  norvégiens  pour  son 
équipement  un  mois  avant  son  départ,  car  sa  situation  précaire  et  la  modicité  de 
l'aide  pécuniaire  dont  il  a  joui  jusqu'à  présent  lui  interdisent  absolument,  sans  un 
tel  supplément  extraordinaire,  de  se  procurer  même  les  choses  les  plus  nécessaires 
dont  il  aura  besoin  à  cet  égard. 

Si  le  ministère  royal  accueille  favorablement  cotte  proposition,  et  par  son  puissant 
et  influent  appui  obtient  pour  l'étudiant  Abel  la  grâce  royale  proposée,  le  conseil 
académique  ose  compter  avec  certitude  qu'on  aura  ainsi  gagné  un  homme  éminent 
pour  la  science,  une  gloire  pour  la  patrie,  et  un  citoyen  qui  par  une  capacité  excep- 
tionnelle dans  sa  spécialité,  compensera  largement  un  jour  l'aide  qui  a  dû  mainte- 
nant lui  être  accordée. 

Au  conseil  académique;  Christiania  le  11  janvier  1824, 
Skjelderup        Rathke        s,  Rasmusen        Platou        Lange        Stenersen 


Lundh 


Vm.     LE  MINISTÈRE  DE  L'INSTRUCTION  PUBLIQUE  AU  MINISTÈRE 

DES  FINANCES 

Au    sujet    de   la   lettre  ci-jointe,  avec  pièces  annexes,  du  conseil   académique,    où 
l'on    recommande    l'étudiant   Abel   pour  l'obtention   d'une   bourse  et  d'une  subvention 
passagère    sur    le    Trésor    en    vue    d'un  voyage  à  l'étranger  dans  un  but  scientifique, 
l'honorable  ministère  est  prié  de  communiquer  son  avis  bienveillant. 
Christiania  le  26  janvier  1824. 

Treschow 

P.  Holst 


DOCUMENTS 


IX.     LE  MINISTÈRE  DES  FINANCES  AU  MINISTÈRE  DE  L'INSTRUCTION 

PUBLIQUE 

Au  sujet  de  la  lettre  de  l'honorable  ministère  du  26  de  ce  mois,  et  en  renvoyant 
les  pièces  annexes  y-jointes,  il  est  répondu:  que  le  mieux  semble  à  ce  ministère  que 
l'étudiant  Abel,  avant  d'être  recommandé  pour  l'obtention  d'une  bourse  de  voyage, 
comme  le  conseil  académique  l'a  proposé  en  raison  de  ses  rares  dispositions  pour  les 
études  mathématiques,  reçoive  une  subvention  convenable  sur  le  Trésor,  par  ex.  200 
spd.  par  an  pendant  quelques  années,  pour  qu'il  puisse  ainsi  se  mettre  en  mesure  de 
se  perfectionner  en  restant  ici,  à  l'Université,  dans  les  langues  et  autres  connaissances 
auxiliaires,  lesquelles,  vu  son  jeune  âge,  on  peut  supposer  qu'il  ne  possède  pas  autant 
qu'il  pourrait  paraître  désirable,  afin  qu'il  puisse  tirer  du  séjour  projeté  près  des 
universités  étrangères  tout  le  profit  possible  pour  son  étude  principale,  si  la  subven- 
tion proposée  à  cet  effet  devait  plus  tard  lui  être  gracieusement  accordée. 

En  tant  que  l'honorable  département  est  d'accord  sur  ce  point,  on  ne  voit  du 
côté  des  Finances  aucun  empêchement  à  ce  qu'il  soit  proposé  pour  l'obtention  d'une 
pareille  subvention  extraordinaire  sur  le  Trésor. 

Christiania  le  11  févr.  1824 

JONAS    COLLETT 


Rye 


X.     LE  MINISTÈRE  DE  L'INSTRUCTION  PUBLIQUE  AU   CONSEIL  ACADÉMIQUE 

Au  sujet  de  la  lettre  bienveillante  de  l'honorable  conseil  du  10  du  mois  dernier, 
relative  à  une  bourse  de  voyage  pour  l'étudiant  Niels  Hendrich  [sic]  Abel,  le  minis- 
tère prie  le  conseil  d'examiner  s'il  ne  vaudrait  pas  mieux,  avant  qu'une  pareille 
bourse  lui  fût  consentie,  lui  accorder  une  subvention  convenable  sur  le  Trésor  pendant 
quelques  années,  pour  qu'il  puisse  ainsi  se  mettre  en  mesure  de  se  perfectionner  à 
l'Université  dans  les  langues  et  autres  sciences  auxiliaires  que,  vu  son  jeune  âge,  on 
peut  supposer  qu'il  ne  possède  pas  autant  qu'il  serait  désirable,  afin  qu'il  puisse  tirer 
du  séjour  projeté  dans  les  universités  étrangères  tout  le  profit  possible  pour  son 
étude  principale. 

Christiania,  le  19  février  1824 

Treschow 


P.  Holst 

DOCUMENTS    —    2 


10  DOCUMENTS 


XI.     LE  CONSEIL  ACADEMIQUE  AU  MINISTÈRE  DE  L'INSTRUCTION  PUBLIQUE 

En  réponse  respectueuse  à  la  lettre  du  ministère  royal  du  19  de  ce  mois,  sur 
le  point  de  savoir  s'il  ne  vaudrait  pas  mieux  que  l'étudiant  en  mathématiques  N.  H. 
Abel,  avant  qu'une  bourse  de  voyage  lui  fût  accordée,  restât  d'abord  quelques  années 
ici  à  l'Université,  avec  une  subvention  convenable  sur  le  Trésor,  pour  se  perfectionner 
dans  les  langues  et  autres  sciences  auxiliaires,  dans  lesquelles,  eu  égard  à  son  âge, 
il  n'est  pas  à  présumer  qu'il  ait  fait  tous  les  progrès  voulus  —  le  conseil  académique 
a  l'honneur  de  déclarer  :  que  l'étudiant  Abel,  bien  qu'il  ait  fait  de  bonnes  études 
classiques,  ne  consacrerait  cependant  pas  sans  utilité,  à  notre  avis,  une  année  de 
plus  ici  à  l'Université,  à  poursuivre  son  éducation  scientifique,  et  peut-être  surtout 
à  une  étude  plus  approfondie  des  langues  savantes;  et  le  conseil  se  permet  en 
conséquence  de  recommander  respectueusement  ledit  étudiant  pour  que  lui  soit  con- 
sentie, avec  l'appui  bienveillant  et  influent  du  ministère  royal,  la  subvention  néces- 
saire au  séjour  désiré  à  l'Université. 

Au  conseil  académique;  Christiania  le  23  février  1824 

Skjeldebup        Rathke        s.  Rasmusen        Platou        Lange        Stenersen 


Lundh 


Xn.     PROPOSITION  DU  MINISTÈRE  DE  L'INSTRUCTION  PUBLIQUE 

[2  mars  1824] 
Le  Conseil  académique  de  l'Université  norvégienne  a  présenté  une  demande  de 
bourse  de  voyage  de  50  'spd.  d'argent  par  mois  pendant  18  mois  en  faveur  de 
l'étudiant  Abel,  qui  a,  tant  à  l'école  que  depuis  qu'il  est  devenu  étudiant,  manifesté 
de  rares  dispositions  mathématiques.  Comme  preuve  de  son  zèle  et  de  ses  remar- 
quables dispositions  pour  les  Mathématiques,  le  Conseil  a  joint  à  la  demande  un 
travail  de  lui,  en  français,  sur  l'Intégration  de  formules  difEérentielles,  mémoire  dans 
lequel,  selon  le  jugement  des  professeurs  Rasmusen  et  Hansteen,  est  exposée,  pour  toutes 
les  formes  principales  de  formules  différentielles,  la  manière  dont  leur  intégration  peut 
être  effectuée,  exposition  qui  est  nouvelle,  et  témoigne  de  sa  connaissance  des  auteurs 
récents  dans  la  science.  Le  ministère  des  finances,  dont  l'avis  a  été  demandé,  a 
estimé  qu'il  était  essentiel  que  l'étudiant  Abel,  avant  d'être  recommandé  pour  l'obten- 
tion d'une  bourse  de  voyage,  reçût  une  subvention  convenable  sur  le  Trésor,  telle  que 
200  spd.  par  an,  pendant  quelques  années,  pour  qu'il  puisse  ainsi  se  mettre  en 
mesure  de  se  perfectionner  ici  à  l'Université  dans  les  langues  et  autres  sciences 
auxiliaires,  que,  vu  son  jeune  âge,  on  peut  supposer  qu'il  ne  possède  pas  autant  qu'il 


DOCUMENTS  H 


pourrait  sembler  désirable,  afin  qu'il  puisse  tirer  de  son  séjour  dans  les  Universités 
étrangères  tout  le  profit  possible  pour  son  étude  principale.  Le  conseil  a  déclaré  de 
même,  dans  une  communication  ultérieure,  que  l'étudiant  Abel,  bien  qu'il  ait  fait  de 
bonnes  études  classiques,  ne  consacrerait  cependant  pas  sans  utilité  une  année  de 
plus  ici  à  l'Université,  à  poursuivre  son  éducation  scientifique.  Le  ministère  doit 
absolument  adopter  l'avis  émis  par  le  ministère  des  finances,  et  eu  égard  aux 
heureuses  dispositions  alléguées  de  l'étudiant  Abel,  et  à  l'espoir  qu'il  fait  naître,  qu'il 
fera  honneur  à  la  patrie  par  sa  science,  il  est  proposé  respectueusement: 

qu'une  subvention  annuelle  de  200  speciedaler  soit  accordée  à  l'étudiant 
Abel  pendant  deux  ans  pour  la  continuation  de  ses  études  ici  à  l'Université, 
afin  d'étudier  en  particulier  les  langues  savantes  et  autres  sciences  auxiliaires 
importantes  pour  son  étude  principale,  les  mathématiques. 


Xin.    LE  SECRÉTARLiT  D'ÉTAT  'AU  MINISTERE  DE  L'INSTRUCTION  PUBLIQUE 

Le  29  du  mois  dernier  il   a  plu  à  Sa  Majesjté  Royale  d'approuver  gracieusement 
l'humble  proposition  du  gouvernement  du  5  du  mois  dernier. 

»qu'il  est  gracieusement  accordé  à  l'étudiant  Niels  Henrich  Abel,  pour  une 
durée  de  2  ans,  une  subvention  annuelle  de  200  spd.,  pour  la  continuation 
de  ses  études  à  l'Université  norvégienne,  afin  d'étudier  en  particulier  les 
langues  savantes  et  autres  sciences  utiles  pour  son  étude  principale,  les 
mathématiques  « . 
Ceci  est  communiqué,  en  même  temps  que  sont  renvoyées  les  pièces  relatives  à 
l'affaire. 

Christiania  le  6  avril  1824 

J.   H.   VOGT 


XIV.    LE  MINISTÈRE  DE  L'INSTRUCTION  PUBLIQUE  AU  CONSEIL  ACADEMIQUE* 

Le  29  du  mois  dernier,  il  a  plu  à  Sa  Majesté  le  Roi  de  décréter  gracieusement: 
»qu'une  subvention  annuelle  de  200  speciedaler  est  gracieusement  accordée  à  l'étudiant 
Niels  Henrich  Abel  pendant  2  ans,  pour  la  continuation  de  ses  études  à  l'Université 
norvégienne,  afin  d'étudier  en  particulier  les  langues  savantes  et  autres  sciences 
auxiliaires  importantes  pour  son  étude  principale,  les  mathématiques.  « 

♦  Le  ministère  de  l'instruction  publique  adressa  le  même  jour  une  note  au  ministère  des  finances,  le  priant 
de  faire  le  nécessaire  pour  que  la  bourse  d'Abel  lui  soit  payée  par  le  Trésor. 


12  DOCUMENTS 


Ceci   est  communiqué   à    titre    d'avis    et    pour  être  porté   à  la   connaissance   de 
M.  l'étudiant  Abel. 

Christiania,  le  12  avril  1824 

Tkeschow 


P.  Holst 


XV.     LE  CONSEIL  ACADÉMIQUE  A  ABEL 

[17  avril  1824] 
Le  29  du  mois  dernier,  il  a  plu  à  Sa  Majesté  le  Roi  de  décréter  gracieusement: 
qu'une  subvention  annuelle  de  200  speciedaler  vous  est  gracieusement  accordée 
pendant  2  ans  pour  la  continuation  de  vos  études  à  l'université  norvégienne,  afin 
d'étudier  en  particulier  les  langues  savantes  et  autres  sciences  auxiliaires  importantes 
pour  votre  étude  principale,  les  mathématiques,  ce  qui  vous  est  communiqué  par  la 
présente,  à  titre  d'avis. 


XVI.     ABEL  AU  CONSEIL  ACADÉMIQUE 

J'ai  reçu  avec  une  joie  et  une  reconnaissance  très  vives  l'avis  qui  m'a  été 
transmis  par  le  conseil,  qu'une  bourse  m'a  été  accordée;  mais  comme  je  ne  sais  où 
ni  comment  je  toucherai  cette  bourse,  je  prends  la  liberté  de  m'adresser  au  haut 
conseil  pour  être  renseigné  à  ce  sujet.  — 

Respectueusement 
Christiania,  le  P'  mai  1824  N.  H.  Abel 

Au 
conseil  académique. 


XVn.     PETITION  AU  ROI 

Christiania,  le  1®'  juillet  1825  Au  Roi! 

L'étudiant  Niels  Henrik  Abel  demande  Dès  mes  premières  années  d'école  j'ai 

humblement    une    bourse    de    voyage    de  étudié     les    mathématiques     avec    grand 

600  species  d'argent  par  an  pour  étudier  plaisir,  et  j'ai  continué   cette    étude   pen- 

pendant  deux  ans  les    sciences  mathéma-  dant  les  deux  premières   années   que   j'ai 

tiques  dans  les  Universités  de  Paris  et  de  passées   à  l'Université.     Mes  progrès  non 

Gottingen,  sans  succès  ont  amené  le  conseil  acadé- 


DOCUMENTS  13 


niique  à  me  recommander  pour  la  subvention  qu'il  a  plu  gracieusement  à  Votre 
Majesté  de  m'accordor  sur  le  Trésor,  pour  que  je  puisse  continuer  mes  études  à 
l'Université  norvégienne,  et  en  môme  temps  cultiver  davantage  les  langues  savantes. 
Depuis  lors  j'ai,  du  mieux  que  j'ai  pu,  conjointement  aux  sciences  mathématiques, 
étudié  les  langues  anciennes  et  modernes,  parmi  ces  dernières  principalement  le 
français.  Après  m'être  ainsi  efforcé,  grâce  aux  ressources  actuelles,  dans  le  pays,  de 
me  rapprocher  du  but  assigné,  il  me  serait  extrêmement  utile,  par  un  séjour  à 
l'étranger  près  de  plusieurs  universités,  surtout  à  Paris,  où  il  se  trouve  aujourd,  hui 
tant  de  mathématiciens  éminents,  d'apprendre  à  connaître  les  productions  les  plus 
récentes  de  la  science,  et  de  profiter  des  indications  des  hommes  qui  l'ont  portée  de 
notre  temps  à  une  si  grande  hauteur.  J'ose  donc,  en  raison  de  ce  qui  précède,  et 
des  attestations  ci-jointes  de  mes  supérieurs,  prier  très  humblement  Votre  Majesté 
qu'il  me  soit  accordé  gracieusement  une  bourse  de  voyage  de  600  species  d'argent 
par  an,  pour  continuer  pendant  deux  ans,  à  Paris  et  à  Gottingen,  à  cultiver  les 
sciences  mathématiques. 


Très  humblement 
N.  H.  Abel 


XVm.     RECOMMANDATION  DE  HANSTEEN 

Très  humble  déclaration. 

L'étudiant  Nils  Henrik  Abel,  qui  est  entré  à  l'Université  en  1821,  a  montré  dès 
ses  premiers  débuts  des  dispositions  si  remarquables  pour  les  sciences  mathématiques, 
que  plusieurs  professeurs  de  l'Université,  considérant  sa  situation  besoigneuse,  ont 
pris  plaisir  à  contribuer  en  se  cotisant,  à  lui  offrir  la  possibilité,  par  une  prolongation 
de  séjour  à  l'Université,  de  poursuivre  l'étude  d'une  science  pour  laquelle  la  nature 
lui  a  donné  une  si  incontestable  vocation.  Pendant  le  temps  qu'il  a  ainsi,  et  surtout 
grâce  à  la  subvention  de  Votre  Majesté,  passé  à  l'Université,  il  a,  dans  plusieurs 
mémoires  publiés  dans  le  »  Magasin  pour  les  sciences  physiques  et  naturelles  «  qui  est 
édité  ici,  et  plus  encore  par  un  travail  plus  important,  non  encore  imprimé,  relatif 
à  un  perfectionnement  de  méthode  dans  le  calcul  intégral,  donné  des  preuves  d'une 
ardeur  et  d'une  puissance  de  travail  rares,  en  même  temps  que  de  capacités  excep- 
tionnelles. —  Son  caractère  et  sa  moralité  méritent  un  éloge  égal,  ce  dont  j'ai  eu 
occasion  de  me  convaincre  par  mes  relations  personnelles  avec  lui.  Comme  quelques 
indications  des  hommes  les  plus  éminents  dans  une  science  ont  souvent  plus 
d'influence  que  la  lecture  prolongée  des  livres,  je  crois  qu'un  séjour  de  deux  ans 
parmi  les  mathématiciens  les  plus  éminents  de  notre  temps  serait  pour  M.  le  candidat 
Abel  extrêmement  profitable,   et  que  la  patrie,   dans   ces  conditions,   aura  l'espoir    le 


14 


DOCUMENTS 


plus  fondé  de  gagner  en  lui  un  savant  dont  elle  aura  honneur  et  profit.  En  consé- 
quence j'ose  trè  humblement  recommander  la  pétition  de  M.  le  candidat  Abel  à  la 
très  gracieuse  bienveillance  de  Votre  Majesté. 

Christiania  le  1"  juillet  1825 


Très  humblement 

Christ.  Hansteen 


XIX.     RECOMMANDATION  DE  RASMUSEN 

L'étudiant  N.  H.  Abel,  à  qui,  en  considération  de  ses  remarquables  progrès  en 
mathématiques,  a  été  gracieusement  consentie  une  bourse  extraordinaire  de  200  species 
sur  le  Trésor  pour  la  continuation  de  ses  études  ici  à  l'Université,  demande  mainte- 
nant, par  la  fréquentation  d'hommes  qui  sont  célèbres  comme  autorités  dans  les 
mathématiques,  et  en  se  servant  des  bibliothèques  qui  ont  des  collections  excellentes 
de  livres  mathématiques,  à  poursuivre  ses  études  à  l'étranger.  Il  demande  à  cet 
effet  qu'on  lui  accorde  sur  le  Trésor  600  species  d'argent  par  an  pendant  2  ans. 
Comme  l'étudiant  Abel  a  pour  les  sciences  mathématiques  des  dispositions  naturelles 
excellentes,  et  qu'il  travaille  dans  les  parties  les  plus  abstraites  de  la  mathématique 
avec  une  ardeur  exceptionnellement  soutenue,  je  le  considère  comme  extrêmement 
digne  de  la  subvention  demandée.  Rarement  on  peut  se  promettre  de  jeunes  étudiants 
autant  que  de  l'étudiant  Abel,  qui  sans  doute  se  fera  un  jour  avantageusement  con- 
naître en  Europe  par  des  recherches  dans  les  mathématiques  théoriques.  C'est  donc 
avec  le  plus  grand  plaisir  que  je  me  rends  au  désir  de  l'étudiant  Abel,  et  que  je  me 
permets  humblement  de  recommander  que  sa  demande  lui  soit  gracieusement  accordée. 
Christiania  le  pr  juillet  1825 

Humblement 

RASMUSEN 


XX.     LETTRE  D'ABEL  AU  CONSEIL  ACADÉMIQUE,  JOINTE  A  LA  PRECEDENTE 

Le  soussigné  prend  la  liberté  d'adresser  au  haut  conseil  une  pétition  à  Sa 
Majesté  le  Roi  pour  une  bourse  de  voyage,  avec  le  désir  très  respectueux  d'obtenir  la 
puissante  recommandation  du  conseil.  Une  fois  déjà  le  haut  conseil  a  appuyé  une 
pareille  pétition,  et  comme  depuis  lors,  par  l'étude  des  langues  anciennes  et  modernes, 
en  même  temps  que  des  sciences  mathématiques,  je  me  suis  particulièrement  efforcé 
d'acquérir  les  connaissances  qui  peuvent  me  mettre  en  mesure   de   profiter  utilement 


DOCUMENTS  15 


d'un  séjour  à  l'étranger,  j'ose  peut-être   me  flatter  que   le    conseil   me   recommandera 
cette  fois  encore. 

Christiania  le  2  juillet  1825 

Respectueusement 

NiELS  Hënrik  Abel 


XXI.     APOSTILLE  DU  CONSEIL  ACADÉMIQUE  SUR  LA  PÉTITION 

D'ABEL  AU  ROI 

D'accord  avec  les  déclarations  ci-jointes  et  très   pressantes   des   deux  professeurs 
de  mathématiques   de  l'Université,  le  conseil  se  permet  de  recommander  très  humble- 
ment le  pétition  du  solliciteur  à  une  gracieuse  approbation.  — 
Christiania,  au  Conseil  académique,  le  2  juin  1825 

Très  humblement 
Hersleb         Lange         Platou         Rathke         Thulstrup 


XXn.     LE  CONSEIL  ACADEMIQUE  AU  PROCHANCELIER  DE  L'UNIVERSITE 

Au  prochancelier  de  l'Université, 
M.  le  ministre  Treschow 

Commandeur  et  Chevalier  etc. 
Le  conseil  recommande   respectueusement   à  votre  sollicitude  bienveillante  la  très 
humble  pétition  ci-incluse  de  l'étudiant  Niels  Henrik  Abel  pour  une  bourse  de  voyage 
de   600   species  d'argent   par  an,  afin  d'étudier  pendant  deux  ans  les  sciences  mathé- 
matiques dans  les  universités  de  Paris  et  de  Gottingen. 
Au  conseil  académique;  Christiania  le  4  juillet  1825 

Hersleb  Lange  Platou  S.  Rasmusen  Rathke 


Honoratus  Bonnevie 


XXni.     APOSTILLE  DU  PROCHANCELIER 

Cette  affaire  est  recommandée  au  ministère  de  l'instruction  publique  et  des  cultes 
du  gouvernement  royal  norvégien,  en  vue  de  provoquer  un  gracieux  décret. 

Christiania  le  8  juillet  1825 

respectueusement 

Treschow 


16  DOCUMENTS 


XXIV.     LE  MINISTÈRE  DE  L'INSTRUCTION  PUBLIQUE  AU  CONSEIL 

ACADÉMIQUE 

Par  la  voie  du  prochancelier  de  l'université,  le  ministère  a  reçu  une  très  humble 
pétition  de  Niels  Henrich  Abel,  avec  la  recommandation  de  l'honorable  conseil,  pour 
une  bourse  de  voyage  de  600  spdl.  par  an,  afin  d'étudier  pendant  deux  ans  les 
sciences  mathématiques  aux  universités  de  Paris  et  de  Gottingen.  Avant  que  le 
ministère  se  trouve  en  état  de  faire  un  rapport  sur  cette  pétition,  comme  ni  celle-ci, 
ni  les  explications  présentées  ne  renferment  quelque  chose  là-dessus,  il  demande 
qu'il  lui  soit  communiqué  les  renseignements  plus  détaillés  par  l'honorable  conseil, 
sur  le  point  de  savoir  si  l'Université  peut  prendre  à  sa  charge  les  frais  d'une  pareille 
bourse  de  voyage,  et  si  le  conseil  ne  pense  pas  que  l'on  pourrait  diminuer  le  montant 
de  la  bourse,  puisque  les  études  du  pétitionnaire  ne  rendent  pas  nécessaires  des 
voyages  étendus,  mais  exigent  seulement  son  séjour  dans  deux  villes  déterminées. 
Christiania  le  12  juillet  1825 

P.    C.    HOLST  

P.  Holst 


XXV.     LE  CONSEIL  ACADÉMIQUE  AU  MINISTÈRE  DE  L'INSTRUCTION 

PUBLIQUE 

Le  ministère  royal  a  demandé  au  conseil  par  lettre  du  12  de  ce  mois  des 
renseignements  plus  détaillés  sur  la  très  humble  pétition  de  l'étudiant  Niels  Henrik 
Abel,  x^our  une  bourse  de  600  species  d'argent  par  an  pendant  deux  ans,  afin 
d'étudier    les    sciences  mathématiques    dans   les  universités  de  Paris  et  de  Gottingen. 

En  conséquence,  le  conseil  a  l'honneur  de  déclarer  respectueusement  que  l'Uni- 
versité n'a  aucunement  le  moyen,  sur  les  ressources  qui  lui  sont  attribuées,  de  faire 
les  frais  d'une  pareille  bourse;  aussi  se  permet-on  de  déclarer  que  le  conseil, 
considérant  ce  qui  a  été  accordé  au  professeur  de  langues  orientales  Holmboe,  n'a 
pas  cru  devoir  proposer  l'étudiant  Abel  pour  une  bourse  inférieure  à  celle  spécifiée 
plus  haut,  alors  que  son  manque  absolu  de  fortune  et  de  ressources  privées  le  mettra 
probablement  dans  l'impossibilité  de  s'en  tirer  avec  une  moindre  somme,  puisque  non 
seulement  il  a  besoin  d'aide  pour  vivre  et  séjourner  à  l'étranger,  mais  aussi  pour 
s'équiper   et   pour   acheter  nombre  d'ouvrages  coûteux  indispensables  pour  ses  études. 

Au  conseil  académique;  Christiania  le  19  juillet  1825 

Lange        Platou        S.  Rasmusen        Rathke        Thulstrup        Hersleb 

Lundh 


DOCUMENTS  17 


XXVI.     LE  MINISTÈRE  DE  L'INSTRUCTION  PUBLIQUE  AU  MINISTÈRE 

DES  FINANCES 

Par  décret  gracieux  du  29  mars  de  l'an  dernier,  il  a  été  accordé  à  l'étudiant  Niels 
H.  Abel,  pour  deux  ans,  une  subvention  annuelle  sur  le  Trésor  de  200  spd.  pour  la 
continuation  de  ses  études  ici  à  l'université,  afin  qu'il  se  prépare  à  pouvoir  visiter 
utilement  les  universités  étrangères.  Maintenant  le  ministère  a  reçu  de  lui  une 
pétition  pour  une  bourse  de  voyage  de  600  species  d'argent  par  an  pour  séjourner 
pendant  deux  ans,  dans  le  but  précité,  aux  universités  de  Paris  et  de  Gottingen. 
En  transmettant  cette  pétition  avec  pièces  annexes,  et  les  renseignements  fournis  à 
son  sujet  par  le  conseil  académique,  le  ministère  est  prié  de  donner  son  avis,  et 
de  dire  si  une  pareille  bourse  pourrait  lui  être  accordée  sur  le  Trésor. 
Christiania  le  juillet  1825 

P.    C.    HOLST 


P.  Holst 


XXVII.     LE  MINISTÈRE  DES  FINANCES  AU  MINISTÈRE  DE  L'INSTRUCTION 

PUBLIQUE 

Rien  ne  s'oppose,  du  côté  de  ce  ministère,  à  ce  que  l'étudiant  Niels  Henrik 
Abel  reçoive  sur  le  Trésor  une  bourse  de  voyage  de  600  species  d'argent  par  an 
pendant  deux  ans,  du  1^^  juillet  1825  jusqu'au  1"  juillet  1827,  pour  étudier  les 
sciences  mathématiques  à  Paris  et  à  Gottingen,  pourvu  cependant  que  la  subvention 
de  200  spd.  par  an  sur  le  Trésor,  qui  lui  a  été  attribuée  par  décret  royal  gracieux 
du  29  mars  de  l'année  dernière,  cesse  à  dater  du  l^^^  juillet  de  cette  année;  ceci  est 
adressé  en  réponse  à  la  lettre  de  l'honorable  ministère  du  29  du  mois  dernier.  — 

Les  pièces  annexes  transmises  sont  renvoyées  sous  ce  pli. 
Christiania  le  3  août  1825. 

JONAS    COLLETT 


Rye 


XXVni.     PROPOSITION  DU  MINISTÈRE  DE  L'INSTRUCTION  PUBLIQUE 

[5  août  1825] 

L'étudiant  Niels  Henrik  Abel    a  été,  par    décret  gracieux    du  29  mars  de  l'année 

dernière,  gratifié  pour  une  durée  de  deux  ans  d'une  subvention  annuelle  de  200  spd. 

pour  la  continuation  de  ses  études  ici  à  l'Université,  afin   d'étudier  en  particulier  les 

DOCUMENTS    —    3 


18  DOCUAfENTS 


langues  vivantes*  et  autres  sciences  importantes  pour  son  étude  principale,  les 
mathématiques,  pour  lesquelles  il  a  fait  preuve  d'un  rare  talent.  Ledit  étudiant 
Abel  a  présenté  une  humble  pétition  pour  une  bourse  de  voyage  de  600  species 
d'argent,  afin  d'étudier  pendant  deux  ans  les  sciences  mathématiques  aux  universités 
de  Paris  et  de  Gottingen.  Les  professeurs  Rasmusen  et  Hansteen  portent  témoignage 
qu'il  a  un  talent  remarquable  pour  les  mathématiques,  science  dans  laquelle  il  a,  au 
dire  de  ce  dernier,  écrit  plusieurs  mémoires  reçus  depuis  dans  le  Magasin  des  sciences 
physiques,  et  rédigé  un  travail  d'une  plus  grande  étendue  sur  une  amélioration  de 
méthode  dans  le  calcul  intégral,  travaux  qui  témoignent  d'une  ardeur  et  d'une 
puissance  de  travail  rares,  autant  que  de  capacités  exceptionnelles.  Le  professeur 
Hansteen  a  aussi  parlé  avec  éloge  de  sa  moralité  et  de  son  caractère.  La  pétition 
est  appuyée  tant  par  les  professeurs  précités  que  par  le  conseil  académique,  qui  l'a 
transmise  par  la  voie  du  prochancelier  de  l'Université.  Le  ministère  des  finances,  du 
commerce  et  des  douanes,  dont  l'avis  a  été  demandé,  a  déclaré  qu'il  n'a  aucune 
opposition  à  faire  à  ce  qu'il  soit  accordé  sur  le  Trésor  600  spd.  pendant  deux 
ans,  du  1^'  juillet  1825  jusqu'au  P"^  juillet  1827,  pourvu  que  la  subvention  déjà 
consentie  cesse  à  dater  du  1®'  juillet  dernier.  Considérant  les  témoigtiages  ci-dessus 
en  faveur  du  pétitionnaire,  ce  ministère  ne  peut  que  présumer  également  que  la 
demande  doit  être  gracieusement  accordée,  mais  que  la  bourse,  à  son  avis,  afin 
qu'aucune  partie  du  temps  de  séjour  près  des  universités  étrangères  ne  soit  perdue, 
doit  être  comptée  depuis  le  moment  où  il  partira  en  voyage,  et  qu'en  attendant  il 
devra  jouir  de  la  subvention  annuelle  qui  lui  a  été  accordée  par  décret  gracieux  du 
29  mars  de  l'année  dernière. 

Il  est  donc  proposé  très  humblement: 

qu'il  soit  accordé  gracieusement  à  l'étudiant  Niels  Henrik  Abel  sur  le  Trésor 
une  bourse  de  voyage  de  600  species  d'argent  par  an  pendant  deux  ans  pour 
étudier  les  sciences  mathématiques  dans  les  universités  de  Paris  et  de 
Gottingen,  bourse  qui  sera  comptée  depuis  le  jour  où  il  partira  en  voyage; 
et  qu'il  jouisse  jusqu'à  ce  moment  de  la  bourse  qui  lui  a  été  accordée  par 
décret  gracieux  du  29  mars  de  l'année  dernière.  — 


XXIX.     ABEL  AU  MINISTRE  P.  C.  HOLST 

Je  prends  la  liberté  d'adresser  à  M.  le  ministre  le  plan  projeté  pour  mon  voyage 
à  l'étranger,  que  vous  m'avez  chargé    de    rédiger.     Il    est    très    possible    que    la   con- 


On  avait  d'abord  écrit  ^savantes",  qui  a  été  ensuite  remplacé  par  nvivantes". 


DOCUMENTS  19 


naissance    de    la    situation    plus    précise   rende   nécessaires  quelques  changements;  je 
crois  pourtant  que  dans  l'ensemble  il  faudra  le  suivre. 
Christiania  le  7  août  1825 

Respectueusement 
S.  T.  N.  H.  Abel 

M.  le  ministre  P.  C.  Holst. 


XXX.     LE  SECRÉTARIAT  D'ÉTAT  AU  MINISTÈRE  DE  L'INSTRUCTION  PUBLIQUE 

Le  27  du  mois  dernier  il  a  plu  à  Sa  Majesté  d'approuver  gracieusement  la  propo- 
sition du  gouvernement  du  9  juillet  dernier: 

»  Qu'il  soit  gracieusement  accordé  à  l'étudiant  Niels  Henrik  Abel  sur  le  Trésor 
une  bourse  de  voyage  de  600  species  d'argent  par  an  pendant  2  ans  pour 
étudier  les  sciences  mathématiques  dans  les  universités  de  Paris  et  de  Got- 
tingen,  laquelle  bourse  sera  comptée  du  jour  où  il  partira  en  voyage,  et  qu'il 
jouisse  jusqu'à  ce  moment  de  la  subvention  de  200  spd.  par  an  pendant  2 
ans  qui  lui  a  été  accordée  par  décret  gracieux  du  29  mars  de  l'année  der- 
nière. « 
Ce  qui  est  communiqué,  en  môme  temps  que  sont  renvoyées  les  pièces  de 
l'afEaire. 

Christiania,  le  5  septembre  1825 

J.  H.  VOGT 

Bernhoft 


XXXI.     LE  MINISTÈRE  DE  L'INSTRUCTION  PUBLIQUE  A  ABEL* 

Le  27  du  mois  dernier  il  a  plu  à  Sa  Majesté  le  Roi  de  vous  accorder  gracieuse- 
ment sur  le  Trésor,  pour  2  ans,  une  bourse  de  voyage  de  600  species  d'argent,  pour 
étudier  les  sciences  mathématiques  dans  les  Universités  de  Paris  et  de  Gottingen, 
laquelle  bourse  sera  comptée  du  jour  où  vous  partirez  en  voyage,  en  sorte  que  vous 
jouirez  jusqu'à  ce  moment  de  la  subvention  de  200  spd,  par  an  pendant  2  ans  qui 
vous  a  été  accordée  par  décret  gracieux  du  29  mars  de  l'année  dernière.  Ceci  vous 
est  communiqué  à  titre  de  renseignement.  Les  certificats  dont  vous  avez  été  l'objet 
vous  sont  renvoyés  en  même  temps. 

Christiania  le  6  septembre  1825 

P.  C.  Holst 

P.  Holst 


*  Une  lettre  a  été  adressée  également  au  ministère  des  finances. 


20  DOCUMENTS 


XXXII.     ABEL  AU  CONSEIL  ACADEMIQUE 

En  raison  de  mon  prochain  voyage  à  l'étranger,  je  prends  la  liberté  d'in- 
former le  haut  conseil  que  je  quitte  la  place  que  j'ai  occupée  jusqu'à  présent  à  la 
Fondation  universitaire. 

Respectueusement 
Christiania  le  6  septembre  1825 

N.  H.  Abel 

Au  haut  conseil  universitaire! 


XXXni.     LE  MINISTÈRE  DE  L'INSTRUCTION  PUBLIQUE  AU  CONSEIL 

ACADÉMIQUE 

Le  27  du  mois  dernier,  il  a  plu  à  S.  Maj.  le  Roi  d'accorder  à  l'étudiant  Niels 
Henrich  Abel  sur  le  Trésor  une  bourse  de  voyage  de  600  species  d'argent  pendant 
2  ans  pour  étudier  les  sciences  mathématiques  dans  les  universités  de  Paris  et  de 
Gottingen,  bourse  qui  sera  comptée  depuis  le  jour  où  il  partira  en  voyage,  et  il 
jouira  jusqu'à  ce  moment  de  la  subvention  de  200  spd.  par  an  pendant  2  ans  qui 
lui  a  été  accordée  par  décret  gracieux  du  29  mars  de  l'année  dernière.  En  informant 
le  conseil  de  ce  gracieux  décret,  le  ministère  ne  saurait  manquer  de  transmettre  un 
projet  rédigé  par  l'étudiant  Abel  pour  le  voyage  qu'il  entreprend,  et  d'inviter  l'hono- 
rable conseil  à  exprimer  officiellement  son  avis  à  ce  sujet. 

Christiania  le  8  septembre  1825 

P.    C.    HOLST  

P.  Holst 


XXXIV.     EXTRAIT  DU  REGISTRE  DES  DÉLIBÉRATIONS  DU  CONSEIL 

ACADÉMIQUE 

41ème  Séance,  le  10  Septembre  1825. 

Le  ministère  de  l'instruction  publique  informe  que  Sa  Majesté  a  accordé  le  27 
août  à  l'étud.  Niels  Henrik  Abel  [  —  —  —  etc  ]. 

Nota.  Le  projet  du  plan  de  voyage  a  été  remis  au  Professeur  Rasmusen  pour 
l'étudier.  * 


*  Malgré  des  reoherclies  minutieuses  il  a  été  impossible  de  trouver  d'autres  traces  de  ce  plan  de  voyage. 


DOCUMENTS  21 


XXXV.     LE  CONSEIL  ACADÉMIQUE  AU  PROCHANCELIER  DE  l'UNIVERSlTE 

Au  Prochancelier  de  l'Université 

le  ministre  Comte  Treschow 

Commandeur  de  l'ordre  de  l'Etoile  du  Nord  etc. 

Le  Professeur  Rasmussen  quittant  l'Université,  le  poste  de  professeur  de  mathé- 
matiques est  devenu  vacant.  M.  le  Professeur  a  depuis  sa  nomination  au  poste  de 
caissier  général  continué  à  faire  les  cours  dans  cette  science,  mais  cela  finira  avec 
le  présent  semestre.  Le  conseil  considère  donc  de  son  devoir  de  vous  prier 
de  faire  en  sorte  que  ledit  poste  de  professeur  soit  rempli  assez  tôt  pour  que  les 
cours  ordinaires  puissent  être  faits  pendant  le  prochain  semestre  universitaire;  et 
l'on  se  permet  aussi  respectueusement  de  recommander  que  cette  affaire  soit  réglée 
le  plus  rapidement  possible,  en  raison  du  peu  de  temps  qui  reste  à  courir,  car  les 
cours  doivent  commencer  au  milieu  du  mois  de  janvier  prochain,  et  un  »docent<!: 
nouvellement  nommé  aura  sans  doute  besoin  de  quelque  temps  pou.r  se  préparer  au 
cours  qu'il  se  proposera  de  développer. 

Au  conseil  académique;  Christiania  le  19  novembre  1825. 
Thulstrup       Rathke       Stenersen       Steenbuch       g.  Sverdrup      Jac.  Keyser 


Honoratus  Bonnevie 


XXXVI.     LETTRE  D'ENVOI  DU  PROCHANCELIER 

Le  conseil  académique,  dans  la  note  ci-jointe  du  19  novembre,  fait  observer 
qu'il  est  nécessaire  qu'un  professeur  de  mathématiques  soit  nommé  le  plus  tôt  possible 
à  l'Université  à  la  place  du  Professeur  Rasmusen,  qui,  à  la  fin  de  l'année,  cessera 
de  faire  les  cours  prescrits.  Comme  le  conseil,  cette  fois  encore,  n'a  pas  indiqué 
comment  il  pense  que  la  nomination  aura  lieu  dans  les  meilleures  conditions,  et 
comme,  en  ce  qui  concerne  cette  sorte  de  fonctions,  il  n'est  ni  pratique,  ni  peut-être 
utile  de  les  déclarer  vacants,  selon  la  manière  ordinaire,  je  soumets  à  cette  occasion 
à  la  judicieuse  appréciation  du  ministère  royal,  si  le  mieux  n'est  pas  que,  aussitôt 
que  se  produisent  de  semblables  vacances,  l'avis  du  conseil  soit  aussitôt  demandé 
sur  la  question  de  savoir  si  l'on  doit  et  peut  y  pourvoir  immédiatement  avec  quelque 
personne  connue,  savante  et  capable,  ou  bien,  selon  les  circonstances,  avec  quelqu'un 
qui  en  serait  provisoirement  chargé.  Je  ne  doute  pas  que,  dans  le  cas  actuel,  le 
ministère  royal,   aussi  bien  que   le  conseil,  si  son  avis  lui  est  demandé,  ne  reçoivent 


22  DOCUMENTS 


les  meilleurs  avis  à  ce  sujet  des  Professeurs  Rasmusen  et  Hansteen,  qui  sont  certes 
parfaitement  informes  de  la  science  et  des  talents  des  personnes  qui  pourraient  à 
cette  occasion  entrer  surtout  en  ligne  de  compte. 

Mellemteien  le  25  novembre  1825  Tkeschow 


XXXVn.     LE  MINISTÈRE  DE  L'INSTRUCTION  PUBLIQUE  AU  CONSEIL 

ACADÉMIQUE 

L'honorable  conseil  a,  par  lettres  au  prochancelier  du  31  du  mois  dernier  et  du 
19  de  ce  mois,  adressé  une  demande  de  nomination  de  2  nouveaux  professeurs, 
1  de  droit  et  1  de  mathématiques  à  l'Université,  à  l'occasion  du  départ  des 
Professeurs  Rasmussen  et  Lange  .  A  ce  sujet,  le  ministère  prie  le  conseil  de  vouloir 
bien  donner  son  avis  sur  les  personnes  qu'il  estime  aptes  à  remplir  ces  fonctions,  et 
dire  si  elles  devraient  être  nommées  à  titre  de  docent,  lecteur  ou  professeur,  ou 
encore,  si  elles  devraient  n'être  pourvues  de  l'une  de  ces  qualités  que  d'une  façon 
provisoire.  A  cette  occasion,  le  ministère  doit  prier  également  l'honorable  conseil,  lors- 
que des  vacances  se  produisent  parmi  les  emplois  de  professeurs  de  l'Université,  de 
présenter  une  note  sur  la  nécessité  de  pourvoir  au  poste  vacant,  et  sur  la  personne 
qu'il  estime  particulièrement  apte  à  la  remplir. 
Christiania,  le  28  Novembre  1825. 

DiRIKS 

P.  Holst 


XXXVIII.     LE  CONSEIL  ACADEMIQUE  A  LA  FACULTE  DE  PHILOSOPHIE 

[5  décembre  1825] 

En  vertu  d'une  invitation  du  ministère  des  cultes  et  de  l'instruction  publique  du 

gouvernement    royal    norvégien,    à   faire  une  proposition  pour  la  nomination  au  poste 

vacant    de    professeur    de   mathématiques,   le    conseil   se  permet   de   prier  l'honorable 

faculté  de  communiquer  son  avis  à  ce  sujet. 


XXXIX.     AVIS  DE  LA  FACULTÉ 

Au 
conseil  académique  de  l'Université  norvégienne. 

Au  sujet  de   la  note  de  l'honorable  conseil,    invitant  la  faculté  à  proposer   un 
homme  capable  de  remplir  le  poste  de  professeur  de   mathématiques  vacant  à  l'Uni- 


DOCUMENTS 


versité,  on  prend  la  liberté  de  déclarer  que  l'on  connaît  deux  hommes  que  leurs 
connaissances  rendent  parfaitement  dignes  d'occuper  ledit  poste:  Bernt  M,  Holmboe, 
professeur  (Overlaerer)  à  l'école  cathédrale  de  Christiania,  et  Niels  Abel,  étudiant. 

Le  premier  a,  pendant  8  ans,  comme  professeur  de  mathématiques  à  l'école 
cathédrale,  manifesté  d'excellentes  aptitudes,  et  en  outre  montré  par  des  écrits  publiés, 
qu'il  possède  des  connaissances  étendues  et  approfondies  en  mathématiques,  et  de 
plus,  ayant  depuis  10  ans  servi  de  secrétaire  à  M.  le  professeur  Hansteen,  il  est 
particulièrement  connu  de  l'Université  comme  extrêmement  capable  et  digne  de  son 
poste. 

De  même  on  a  eu  occasion  d'apprendre  à  connaître  le  rare  talent  de  l'étudiant 
Abel  pour  les  mathématiques  et  ses  grands  progrès  dans  cette  science,  tant  par  ses 
5  années  d'études  à  l'Université,  que  par  ses  mémoires  publiés.  On  doit  seulement 
faire  observer  qu'il  est  en  ce  moment  en  voyage  à  l'étranger,  qu'il  n'est  parti  que 
l'été  dernier,  et  qu'on  ne  pourrait  le  faire  revenir  sans  inconvénient  pour  l'avenir 
de  ses  études,  et  l'on  pense  aussi  que,  tel  qu'on  le  connaît  il  ne  pourrait  pas 
s'adapter  aussi  aisément  à  la  capacité  des  jeunes  étudiants,  et  que  par  suite  il  ne 
pourrait  pas  enseigner  les  éléments  des  mathématiques  aussi  efficacement,  ce  qui  est 
lo  chose  principale  dans  ledit  poste  de  professeur,  qu'un  maître  plus  exercé;  par 
contre  on  le  considère  comme  spécialement  désigné  pour  remplir  un  poste  de  profes- 
seur de  mathématiques  supérieures,  que  l'on  pourrait  peut-être  espérer,  plus  tard, 
voir  créer  à  l'Université. 

Pour  ces  raisons,  on  croit  devoir,  pour  la  nomination  à  ce  poste,  recommander 
en  première  ligne  le  professeur  [Overlaerer]  Holmboe;  on  considère  en  même  temps 
comme  un  devoir  de  faire  observer  combien  il  est  important,  aussi  bien  pour  les 
sciences  en  général,  que  pour  notre  Université  en  particulier,  que  l'on  ne  perde  pas 
de  vue  l'étudiant  Abel. 

Christiania,  à  la  Faculté  de  philosophie,*  le  6  décembre  1825 

G.    SVERDRUP 

J.  C.  Holmboe 

XL.     LE  CONSEIL  ACADÉMIQUE  AU  PROCHANCELIER  DE  L'UNIVERSITÉ 
Au  prochancelier  de  l'Université 
M.  le  ministre  Treschow 

Commandeur  et  chevalier  etc 
Comme  suite  à  l'invitation  du  ministère  des    Cultes   et   de   l'instruction   publique 
du  gouvernement  royal  norvégien,  en  date  du  28  du  mois  dernier,  à  faire  une  propo- 

*  Le  compte-rendu  de  cette  séance   dans  le  registre   des   délibérations   do   la  faculté  de  phQosophie.  est 
signé:    G.  Sverdrup,  Jac.  Keyser,  liathke,  C.  A.  Holmboe  ot  Bugge. 


â4  Documents 


sition  pour  la  nomination  au  poste  vacant  de  professeur  de  mathématiques  à  l'Uni- 
versité, le  conseil  a  l'honneur,  conformément  à  l'avis  donné  par  la  Faculté  de  philo- 
sophie, d'attirer  l'attention  sur  deux  hommes,  que  leurs  connaissances  [ iden- 
tique à  la  proposition  de  la  faculté.] 

Conseil  académique;  Christiania  le  16  décembre  1825 
Thulstrup  Rathke  Stenersen  g.  Sverdrup  Jac.  Keyser 


Honoratus  Bonnevie 


XLI.     APOSTILLE  DU  PROCHANCELIER 

Je  dois  absolument  approuver  la  proposition  de  la  faculté,  relativement  à  la 
nomination  au  poste  de  professeur  de  mathématiques  à  l'Université,  et  je  la  recom- 
mande en  conséquence,  afin  qu'elle  aboutisse  à  un  gracieux  décret  conforme. 

Mellemteien  le  22  décembre  1825 

Treschow 


XLn.     PROPOSITION  DU  MINISTÈRE  DE  L'INSTRUCTION  PUBLIQUE 

[6  janvier  1826J 

Par  la  gracieuse  nomination  du  professeur  Rasmussen  au  poste  de  caissier  du 
Trésor,  l'unique  poste  de  professeur  de  mathématiques  pures  à  l'Université  est  devenu 
vacant,  et  le  conseil  académique  a  demandé  que  ce  poste  fût  pourvu  le  plus  vite 
possible  d'un  titulaire.  Il  a  proposé  la  nomination  du  professeur  (overlaerer)  à  l'école 
cathédrale  de  Christiania  Bernt  Holmboe,  qui  a  pendant  8  ans,  comme  professeur  de 
mathématiques,  manifesté  d'excellentes  aptitudes,  et  en  outre  montré  par  des  écrits 
publiés,  qu'il  possède  des  connaissances  étendues  et  approfondies  en  mathématiques,  et 
qui,  de  plus,  ayant  depuis  10  ans  servi  de  secrétaire  au  professeur  Hansteen,  est  parti- 
culièrement connu  de  l'Université  comme  extrêmement  capable  et  digne  de  son  poste. 
Le  conseil  a  cité  en  même  temps  l'étudiant  Abel,  qui  est  maintenant  en  voyage  à 
l'étranger,  comme  un  mathématicien  extrêmement  capable;  mais  il  ne  croit  pas  que 
celui-ci  doive  être  nommé  pour  le  moment,  parceque  son  voyage  scientifique  serait 
interrompu,  et  parce  qu'il  n'a  pas  le  don  de  s'adapter  facilement  à  la  capacité  des 
jeunes  étudiants.  Conformément  à  cette  proposition,  à  laquelle  le  prochancelier  de 
l'Université  adhère  absolument,  il  est  humblement  proposé: 

que    le    professeur   (overlserer)    à  l'école    cathédrale   de    Christiania    Bernt   M. 

Holmboe  soit  gracieusement  nommé  lecteur  en  mathématiques  à  l'Université, 

avec  rang  parmi  les  lecteurs  après  le  lecteur  Messel. 


DOCUMENTS 


25 


XTJTT.     LE  SECRETARIAT  D'ETAT  AU  MINISTÈRE  DE  L'INSTRUCTION 

Le  4  courant  il  a  plu  à  Sa  Majesté  d'approuver  la  proposition  du  gouvernement 
du  10  janvier  de  cette  année  que: 

»Le   professeur   (overlserer)  à    l'école   classique    de    Christiania,   Bernt  Michael 
Holmboe,  soit  gracieusement  nommé  lecteur  de  mathématiques  à  l'Université, 
avec  le  traitement  déterminé  pour  les  lecteurs,  et  en  outre  qu'il  prenne  place 
parmi  les  lecteurs  après  le  lecteur  MesseU 
ce   dont  avis,   en   même  temps  que  sont  renvoyées  les  pièces  de  l'affaire,  en  ajoutant 
que  le   brevet   gracieusement   préparé   est   déposé   chez   le   caissier    des   redevances  où 
il  pourra  être  retiré  moyennant  une  redevance  que  le  ministère  précisera. 
Christiania  le  14  février  1826 

Platou 

Bernhoft 


XLIV.     LE  MINISTÈRE  DE  L'INSTRUCTION  PUBLIQUE  AU  CONSEIL 

ACADÉMIQUE* 

Le  4  de  ce  mois  il  a  plu  à  Sa  Majesté  le  Roi  de  nommer  gracieusement  le 
professeur  (overlserer)  à  l'école  cathédrale  de  Christiania  Bernt  Michael  Holmboe 
lecteur  en  mathématiques  à  l'Université,  avec  les  appointements  ordinaires  des 
lecteurs,  en  sorte  qu'il  prendra  rang  parmi  les  lecteurs  après  le  lecteur  Messel.  — 

Ceci   est  transmis   à  titre  d'information,  et  pour  être  porté  à  la  connaissance  de 
l'intéressé,    avec    l'observation    que    le    brevet   gracieusement   préparé  pour  le  Lecteur 
Holmboe  est  déposé  chez  le  caissier  des  redevances  du  gouvernement  pour  être  retiré 
contre  paiement  d'un  droit  de  21  spdl:  — 
Christiania  le  15  février  1826 

DiRIKS 

P.  Holst 
An 
Conseil  académique 


XLV.     ABEL  AU  CONSEIL  ACADEMIQUE 

Comme  le  conseil  académique  par  sa  [puissante  recommandation  de  ma  pétition 
à  Sa  Majesté  le  Roi  demandant  une  subvention  pour  \Tn  voyage  à  l'étranger  afin  de 
continuer  à  cultiver  les  sciences  mathématiques,  a  fortement  contribué  à  la  réalisation 


*  Pareille  lettre  fut  aussi  adressée  an  procliaucelier,  au  lycée  de  Kristiania  et  au  ministère  des  finances. 
DOCUMENTS    —    4 


26  bOCUMENTâ 


de  mon  désir,  je  considère  comme  mon  devoir  d'informer  l'honorable  conseil  que  je 
suis  maintenant  de  retour,  après  m'être  efforcé  du  mieux  que  j'ai  pu  d'atteindre  le 
but  assigné  au  voyage.  En  exprimant  ma  respectueuse  reconnaissance  pour  la  part 
prise  par  le  conseil  à  l'obtention  de  ce  résultat,  je  me  recommande  de  nouveau  à  la 
faveur  bienveillante  du  conseil. 

Respectueusement 
Christiania  le  2  juin  1827  Niels  Henrik  Abel 

Au 
Conseil  académique. 


XLVI.     LE  CONSEIL  ACADÉMIQUE  AU  PROCHANCELIER  DE  L'UNIVERSITÉ 

Au 
prochancelier  de  l'Université 
M.  le  ministre  Treschow, 

Commandeur  et  chevalier  etc 

Le  candidat  en  philosophie  Niels  Henrik  Abel,  à  qui  par  gracieux  décret  royal  du 
27  août  1825  a  été  accordée  une  bourse  de  voyage  de  600  spd.  par  an  pendant 
deux  ans,  pour  étudier  les  sciences  mathématiques  aux  universités  de  Gottingen  et 
de  Paris,  a  par  lettre  du  2  de  ce  mois  informé  le  conseil  qu'il  est  maintenant  de 
retour,  après  avoir  accompli  son  voyage  à  l'étranger. 

Le  conseil  a  considéré  comme  son  devoir  de  vous  en  rendre  compte  et,  regrettant 
que  la  situation  financière  de  l'Université  la  mette  dans  l'impossibilité  absolue  d'offrir 
à  M.  Abel  la  subvention  dont  il  a  besoin,  étant  pour  le  moment  sans  situation,  on 
ne  peut  faire  autre  chose  que  de  le  recommander  le  plus  chaudement,  afin  qu'il  soit 
pris  en  considération  pour  une  subvention  provisoire  par  les  pouvoirs  publics,  comme 
un  homme  qu'il  importe,  vu  son  talent  exceptionnel  reconnu  dans  sa  science,  de 
conserver  pour  sa  patrie,  et  spécialement  pour  l'Université.  Le  conseil  se  permet  en 
conséquence  de  vous  prier  d'exercer  votre  puissante  influence  dans  ce  sens,  et  rappelle 
en  même  temps  que  M.  Abel  a  déjà  depuis  longtemps  été  trouvé  digne  de  l'attention 
spéciale  des  pouvoirs  publics,  et  que  notamment,  par  gracieux  décret  royal  du  29 
mars  1824,  rendu  sur  la  proposition  du  conseil  au  ministère  des  cultes  et  de 
l'instruction  publique  du  11  janvier  de  la  même  année,  il  lui  fut  accordé  une  subven- 
tion annuelle  (qu'il  a  touchée  jusqu'au  moment  de  son  voyage  à  l'étranger)  de  200 
spd.    pour  la   continuation  de  ses  études  à  l'Université,  et  pour,  en  outre,  étudier  les 


DOCUMENTS  27 


langues  savantes  et  autres  sciences  importantes  pour  son  étude  principale,  les  mathé- 
matiques. 

Christiania,  en  conseil  académique,  5  juin  1827 

Jac.  Keyser  Steenbloch  Bugge  Stenersen  Hjelm 

n.  s0ren8sen 


Honoratus  Bonnevie 


XL VII.     APOSTILLE  DU  PROCHANCELIER  DE  L'UNIVERSITE 

De  même  que  Sa  Majesté  royale,  sur  l'humble  proposition  favorable  de  son 
gouvernement  norvégien,  a  gracieusement  accordé  au.  pétitionnaire  une  subvention 
pour  la  continuation  de  ses  études,  tant  à  l'étranger  qu'ici,  je  ne  doute  pas  non  plus 
qu'une  semblable  subvention,  avec  l'appui  influent  dudit  haut  gouvernement  lui  sera 
encore  gracieusement  accordée,  jusqu'au  moment  où  il  sera  nommé  d'une  manière 
convenable  à  quelque  fonction  afin  que  les  fruits,  tant  de  son  extraordinaire  talent 
pour  les  mathématiques  supérieures,  que  des  dépenses  déjà  faites  à  cet  égard,  ne 
soient  pas  perdus  pour  le  pays. 
Mellemt0ien,  8  juin  1827 

Tbeschow 


XLVm.     LE  MINISTÈRE  DE  L'INSTRUCTION  PUBLIQUE  AU  MINISTÈRE 

DES  FINANCES 

Au  sujet  de  la  demande  ci-jointe  du  conseil  académique,  recommandée  par  le 
prochancelier  de  l'Université,  et  tendant  à  faire  attribuer  une  subvention  provisoire 
convenable  sur  le  Trésor  à  l'étudiant  Abel,  de  retour  après  son  voyage  scientifique  à 
l'étranger  et  maintenant  sans  position,  attendu  que  la  situation  financière  de  l'Uni- 
versité la  met  dans  l'impossibilité  de  lui  offrir  aucun  soutien,  nous  vous  prions, 
avant  d'examiner  l'affaire,  de  nous  donner  votre  avis.  — 

Christiania  le  13  juin  1827. 

DiRIKS 

P.  Holst 


DOCUMENTS 


XLIX.     LE  MINISTÈRE  DES  FINANCES  AU  MINISTÈRE  DE  L'INSTRUCTION 

PUBLIQUE 

En  renvoyant  la  demande  du  conseil  académique  relative  à  une  subvention 
provisoire  pour  l'étudiant  Abel  sur  le  Trésor,  reçue  avec  la  lettre  de  l'honorable 
ministère  du  13  de  ce  mois,  on  fait  savoir  qu'il  ne  sera  pas  possible  de  rien  donner 
sur  le  Trésor  dans  le  but  indiqué. 

Christiania  le  20  juin  1827 

JONAS    COLLETT 


Rye 


L.     LE  MINISTÈRE  DE  L'INSTRUCTION  PUBLIQUE   AU  CONSEIL  ACADÉMIQUE 

Après  pourparlers  avec  le  ministère  royal  des  finances,  du  commerce  et  des 
douanes  au  sujet  de  la  demande  reçue  du  conseil  académique  relativement  à  une 
subvention  provisoire  sur  le  Trésor  pour  l'étudiant  Abel,  on  a  été  informé  par  ledit 
ministère  qu'il  ne  pourra  être  rien  donné  sur  le  Trésor  dans  le  but  indiqué.  Dans 
ces  conditions,  ce  ministère  ne  se  voit  pas  en  mesure  pour  le  moment  de  provoquer 
aucune  subvention  en  faveur  de  M.  Abel,  ce  dont  information  est  donnée  par  la 
présente.  — 

Christiania  le  3  juillet  1827. 

DiRIKS 


P.  Holst 


LI.     ABEL  AU  CONSEIL  ACADÉMIQUE 

Déjà  depuis  longtemps  j'avais  l'idée,  en  me  consacrant  tout  à  fait  à  l'étude  des 
mathématiques,  de  me  rendre  digne  un  jour  d'être  nommé  professeur  à  l'université. 
J'ose  peut-être  me  flatter,  maintenant  que  j'ai  terminé  mon  voyage  à  l'étranger, 
d'avoir  acquis  des  connaissances  qui  peuvent  être  considérées  comme  suffisantes  à 
cet  effet,  et  que  par  conséquent,  lorsque  les  circonstances  le  permettront,  j'obtiendrai 
une  situation  à  l'Université.  Mais  jusque-là,  en  supposant  qu'une  telle  situation 
pourra  m'échoir,  je  suis  absolument  sans  ressources  pour  me  procurer  même  les 
choses  les  plus  nécessaires,  et  il  en  a  été  ainsi  depuis  mon  retour.  Pour  pouvoir 
vivre,  je  vais  me  voir  obligé  d'abandonner  complètement  mes  études,  ce  qui  me 
serait  excessivement  douloureux,  maintenant  précisément  que  j'espérais  pouvoir  rédiger 


DOCUMENTS  29 


plusieurs  travaux  mathématiques  commencés,  grands  et  petits.  Cela  me  ferait  d'autant 
plus  de  tort  que  je  serais  alors  obligé  d'interrompre  une  carrière  d'auteur  déjà 
commencée  à  l'étranger,  ayant  été  notamment  collaborateur  dans  le  «Journal  der 
reinen  und  angewandten  Mathematik«,  de  Crelle,  paraissant  à  Berlin,  dont  je  prends 
la  liberté  de  joindre  les  cahiers  parus  jusqu'à  présent. 

J'ose    donc    demander    au    haut    Conseil    une   subvention,    aux   conditions  que  le 
conseil  trouvera  convenables. 

Respectueusement 
Christiania  le  23  juillet  1827  Niels  Henrik  Abel 


Au  haut  conseil  académique! 


LU.     LE  CONSEIL  ACADÉMIQUE  AU  MINISTÈRE  DE  L'INSTRUCTION  PUBLIQUE 

Le  candidat  en  philosophie  Niels  Henrik  Abel  expose  au  conseil  dans  la  lettre 
ci-jointe  du  23  de  ce  mois,  qu'il  s'est  entièrement  consacré,  dans  l'espoir  de  devenir 
un  jour  professeur  à  l'université,  à  l'étude  des  mathématiques,  —  qu'il  est  en 
ce  moment  absolument  sans  ressources  pour  se  procurer  même  les  choses  les  plus 
nécessaires,  et  qu'il  en  a  été  ainsi  depuis  son  retour  de  l'étranger,  —  et  que,  pour 
pouvoir  vivre,  il  se  verrait  obligé  d'abandonner  presque  complètement  ses  travaux,  et 
d'interrompre  plusieurs  mémoires  mathématiques  commencés,  comprenant  entre  autres 
sa  part  de  collaboration  dans  le  »  Journal  der  reinen  und  angewandten  Mathematik 
von  Crelle >,  paraissant  à  Berlin,  dont  il  a  annexé  les  cahiers   parus   jusqu'à   présent. 

Il  demande  en  conséquence  une  subvention,  sous  telles  conditions  que  l'on 
trouvera  convenables. 

Bien  que  le  ministère  royal,  par  lettre  du  3  de  ce  mois,  au  sujet  de  la  proposi- 
tion du  conseil  adressée  par  la  voie  du  prochancelier  le  5  du  mois  dernier,  ait  informé 
le  conseil  que  le  ministère,  après  avoir  pris  l'avis  du  ministère  dos  finances,  ne  se 
trouvait  pas  en  mesure,  pour  le  moment,  de  faire  accorder  aucune  subvention  à 
M.  Abel,  le  conseil  n'en  considère  pas  moins  comme  son  devoir  de  recommander  de 
nouveau  cette  affaire  à  l'attention  bienveillante  du  ministère  royal. 

Le  conseil  se  permet  d'estimer  superflu  de  s'étendre  plus  longuement  qu'on  ne 
l'a  fait  souvent  déjà,  sur  le  talent  exceptionnel  de  M.  Abel  dans  sa  science.  Les 
mérites  de  sa  production  sont  déjà  reconnus  non  seulement  dans  son  pays,  mais 
aussi  à  l'étranger.  Le  conseil  se  permet  seulement  ici  de  présenter  cette  observa- 
tion, que  M.  Abel  a  déjà  depuis  longtemps  reçu  de  tels  encouragements  de  la  part 
des  pouvoirs  publics  à  continuer  dans  la  voie  où  il  était  entré,  qu'il  semble  avoir 
acquis    par    là    un   droit  à  la  continuation  de  leur  appui,  de  même  qu'il  se  considère 


30  DOCUMENTS 


certainement  en  retour  comme  obligé  à  consacrer  avant  tout  à  sa  patrie  son  zèle  et 
son  talent.  Il  serait  en  conséquence  peu  équitable,  maintenant  qu'il  a  atteint  dans 
sa  science  un  niveau  plus  élevé,  et  qu'il  n'a  pas  déçu  les  espérances  que  l'on  fondait 
sur  son  talent  remarquable,  d'en  venir  à  le  mettre  dans  la  nécessité  d'abandonner  la 
science,  afin  de  pouvoir  gagner  le  minimum  indispensable.  Il  est  probable  que  la 
subvention  sur  le  Trésor,  dont  il  peut-être  ici  question,  ne  sera  pas  nécessaire 
pendant  bien  longtemps,  puisqu'il  y  a  lieu  de  prévoir  dès  maintenant,  à  l'occasion 
du  prochain  voyage  du  professeur  Hansteen  en  Sibérie,  que  l'on  fera  appel  aux 
services  de  M.  Abel  à  l'Université. 

En  conséquence,  le  conseil  demande  que,  conformément  à  ce  qui  fut  accordé  par 
gracieux  décret  royal  du  29  mars  1824,  le  cand.  en  phil.  Niels  Henrik  Abel  soit 
pourvu  d'une  subvention  annuelle  sur  le  Trésor  de  200  spd.,  comptée  depuis  son 
retour  de  l'étranger,  jusqu'à  ce  qu'il  ait  une  situation. 

Christiania,  au  Conseil  académique  31  juillet  1827 

Jac.  Keyser  Steenbloch  Bugge  Stenersen  h.  S0RENSSEN 


Honoratus  Bonnevie 


LUI.     LE  MINISTÈRE  DE  L'INSTRUCTION  PUBLIQUE  AU  CONSEIL 

ACADÉMIQUE 

L'honorable  conseil  a,  par  lettre  du  31  du  mois  dernier,  demandé  que,  confor- 
mément à  ce  qui  fut  accordé  par  gracieux  décret  royal  du  24  mars  1824,  le  cand. 
en  phil.  Niels  Henrik  Abel  soit  pourvu  d'une  subvention  annuelle  sur  le  Trésor  de 
200  spd.,  comptée  depuis  son  retour  de  l'étranger,  jusqu'à  ce  qu'il  ait  une  situation. 
A  ce  sujet  le  ministère  doit  rappeler  conformément  à  sa  lettre  du  3  du  mois  dernier, 
qu'à  l'égard  d'une  semblable  dépense  sur  le  Trésor,  aucune  somme  ne  figure  au 
budget,  et  qu'il  ne  se  trouve  pas  en  mesure  de  provoquer  aucune  subvention  en 
faveur  de  M.  Abel,  le  ministère  propose  donc  à  l'honorable  conseil  d'aider  M.  Abel 
au  moyen  d'une  avance  sur  la  caisse  de  l'Université,  qui  pourra  être  remboursée 
lorsque,  ainsi  que  la  lettre  du  conseil  en  donne  l'assurance  certaine,  il  sera  fait 
appel  aux  services  de  M.  Abel  à  l'université.  Les  pièces  annexes  à  ladite  lettre 
sont  renvoyées  sous  ce  pli. 

Christiania  le  18  août  1827 

DlBIKS 

Messell 

Commis  principal. 


DOCUMENTS  31 


LIV.     LE  CAISSIER  DE  L'UNIVERSITE  MANDALL  AU  CONSEIL  ACADEMIQUE 

Christiania  le  27  août  1827 

Feu  le  prêtre  de  paroisse  à  Gjerrestad  Seren  G.  Abel  a  par  acte  enregistré  grevé 
la  propriété  de  Lunde,  qu'il  possédait  à  Gjerrestad,  d'une  rente  foncière  annuelle  d'une 
demi  tonneau  de  grain  en  faveur  de  l'université  norvégienne.  —  Cette  maison  est 
encore  possédée  et  habitée  par  la  veuve,  qui  serait  dans  une  situation  des  plus 
précaires.  — 

Sur  le  droit  susdit,  il  reste  encore  dû  environ  26  spd.,  de  laquelle  somme  le 
fils,  M.  l'étudiant  N.  H.  Abel,  dans  l'attente  d'une  situation  à  l'Université,  m'a  promis 
oralement  de  se  charger,  lors  qu'il  aurait  les  moyens  d'en  solder  le  montant  par 
à-compte. 

Je  me  permets  donc  de  soumettre  la  conclusion  de  cette  affaire  à  l'appréciation 
du  haut  conseil. 

Très  respectueusement 

Mandall 


LV.     LE  CONSEIL  ACADEMIQUE  A  LA  FACULTE  DE  PHILOSOPHIE 

[27  août  1827] 

Au  sujet  de  la  demande  ci-jointe,  du  23  du  mois  dernier,  du  candidat  en 
philosophie  Niels  Henrik  Abel,  en  vue  d'obtenir  une  subvention,  dans  telles  conditions 
que  le  conseil  trouvera  convenables,  le  conseil  prie  l'honorable  faculté  de  donner  son 
avis,  et  l'on  joint  en  même  temps  les  cahiers,  adressés  par  M.  Abel,  du  Journal  der 
reinen  und  angewandten  Mathematik  von  Crelle. 


LVI.     AVIS  DE  LA  FACULTE 

Au 

conseil  académique 

En  réponse  à  l'invitation  de  l'honorable  conseil  par  lettre  du  27  dernier  à  donner 
un  avis  au  sujet  d'une  demande  de  l'étudiant  Abel  en  vue  d'obtenir  une  subvention 
de  l'Université,  afin  d'être  mis  en  mesure  de  continuer  ses  travaux  mathématiques, 
la  Faculté  s'empresse  de  déclarer  :  que  M.  Abel,  en  même  temps  qu'il  est  connu,  non- 
seulement  dans  le  pays,  mais  aussi  à  l'étranger,  comme  un  génie  mathématique  dont 
il  y  a  les  plus  grandes  chances  d'espérer  que,  si  une  situation  convenable  lui  est  faite. 


DOCUMENTS 


il  contribuera  grandement  au  progrès  de  la  science,  est  en  outre  également  connu  de 
la  plupart  des  membres  de  la  Faculté  comme  un  jeune  homme  qui  à  sa  misère  unit 
toutes  les  autres  qualités  qui  le  rendent  digne  de  la  subvention  que  le  conseil  serait 
en  mesure  de  lui  offrir. 

Christiania  le  30  août  1827 

Jac.  Keyser 


J.  Messell 


LVn.     LE  CONSEIL  ACADÉMIQUE  AU  CAISSIER  DE  L'UNIVERSITÉ,    MANDALL 

[4  septembre  1827] 
Le  conseil  a  accordé  an  candidat   en  philosophie   Niels  Henrik  Abel  une  subven- 
tion sur  la  Caisse  des  bourses  de  l'Université  pour  un  an,  à  dater  de  juillet  de  cette 
année,  montant  à  200  spd. 

Sur  cette  somme,  M.  le  caissier  voudra  bien  payer  à  M.  Abel  immédiatement, 
une  avance  de  100  spdl.,  et  les  autres  100  spdl.,  mensuellement,  en  sorte  que  main- 
tenant, 2  mois  du  temps  que  courra  cette  bourse  étant  écoulés,  il  lui  revient  116 
spdl.  80  /?. 


LVIII.     LE  CONSEIL  ACADÉMIQUE  A  LA  FACULTÉ  DE  PHILOSOPHIE* 

[18  septembre  1827] 
En  informant  le  conseil  que,  sur  le  budget  pour  les  trois  années  du  1®'  juillet 
1827  au  30  juin  1830  sont  inscrits  1500  spd.  par  an,  soit,  en  tout,  4500  spd.  pour 
le  Professeur  Hansteen  en  Sibérie,  le  ministère  de  l'instruction  publique  et  des  cultes 
a  invité  le  Conseil  à  formiiler  des  propositions  pour  dire  comment  et  par  qui  seront 
remplies  les  fonctions  du  Professeur  Hansteen  à  l'Université,  y  compris  la  publication 
de  l'almanach,  pendant  son  absence,  et  à  donner  en  outre  un  rapport  sur  l'augmen- 
tation de  dépenses  que  l'on  pourra  supposer  devoir  en  résulter  pour  la  caisse  de 
l'Université. 

Sur  cette  affaire  le  conseil  invite  l'honorable  faculté  à  donner  son  avis. 


*  La  note  du  ministère  de  rinstniction  publiqvte  an   conseil,  du    G  septembre,   dont  il   est  ici  question,  n'a 
pas  été  insérée,  parcequ'elle  ne  contient  rien  de  plus,  intéressant  Abel,  que  ce  qui  est  ici  mentionné. 


DOCUMENTS  33 


LIX.     LE  PROFESSEUR  HANSTEEN  AU  CONSEIL  ACADEMIQUE 

Comme  je  partirai  pour  mon  voyage  en  Sibérie  vers  le  commencement  de  mars  de 
l'année  prochaine,  il  sera  nécessaire  que  dès  le  commencement  de  1828  soit  nommé 
un  docent  qui  puisse  se  charger  de  mes  conférences  à  l'Université  pendant  mon 
absence,  laquelle  durera  probablement  1  an  ^/2  à  2  ans.  Les  conférences  qui 
seront  exigées  pour  le  moment  sont  seulement  un  aperçu  de  l'astronomie  théorique 
pour  les  étudiants  qui  désirent  passer  l'examen  de  philosophie,  et,  au  cas  ou 
quelque  étudiant  en  minéralogie  s'inscrirait,  un  exposé  des  propositions  les  plus  im- 
portantes de  la  mécanique,  M.  l'étudiant  Abel  a  déclaré  qu'il  était  disposé  à  se 
charger  de  ces  conférences.  —  —  — * 

6  oct.  1827  Respectueusement 

Chb.  Hansteen 


LX.     LE  CONSEIL  ACADEMIQUE  A  LA  FACULTE  DE  PHILOSOPHIE 

[10  octobre  1827] 

Comme  suite  à  la  lettre  du  conseil  à  l'honorable  faculté,  du  18  du  mois  dern., 
on  ne  veut  pas  manquer  de  transmettre  la  lettre  ci-jointe  du  professeur  Hansteen, 
du  6  courant,  où  sont  traitées  les  deux  questions  soumises  à  l'avis  de  l'honorable 
faculté,  savoir:  par  qui  seront  remplies  les  fonctions  du  professeur  Hansteen  pendant 
son  prochain  voyage  en  Sibérie,  et  quels  fonds  supporteront  les  frais  de  l'institution 
d'un  docent  provisoire. 


LXI.    LE  CONSEIL  ACADÉMIQUE  AU  MINISTÈRE  DE  L'INSTRUCTION  PUBLIQUE 
AVEC  APOSTILLE  DU  PROCHANCELIER* 

Le  conseil  a,  par  lettre  du  ministère  royal  du  6  septembre  dernier,  été  invité  à 
faire  des  propositions  sur  la  question  de  savoir  comment  et  par  qui  seront  remplies 
les  fonctions  du  professeur  Hansteen  à  l'université,  y  compris  la  publication  de 
l'almanach,  pendant  son  absence  pour  le  voyage  projeté  en  Sibérie,  et  à  donner  en 
outre  son  avis  sur  l'augmentation  de  dépenses  que  l'on  pourra  supposer  devoir  en 
résulter  pour  la  caisse  de  l'université. 


•  La  suite  de  la  lettre  ne  concerne  pas  Abel. 

*  L'avis  de  la  Faculté  (du  26  octobre),  n'a  pas  été  inséré,  parcequil  est  reproduit  dans  le  présent  document, 
et  que  l'on  n'en  pas  trouvé  l'original. 

OOCUHEJHTS    —    5 


34  DOCUMENTS 


La  Faculté  de  philosophie,  dont  le  Conseil  a  cru  devoir  connaître  l'opinion  dans 
cette  affaire,  a  déclaré  qu'elle  ne  connaît  personne  autre  à  recommander  pour  remplir 
les  fonctions  du  professeur  Hansteen,  que  M.  le  candidat  en  philosophie  N.  H.  Abel, 
qui  est  supposé  devoir  le  faire  d'autant  plus  facilement  que  la  préparation  de  l'alma- 
nach  a  déjà  été  effectuée  par  M.  le  professeur  pour  3  années  d'avance.  La  Faculté 
pense  cependant  que  la  transmission  desdites  fonctions  à  M,  Abel  devrait  être  sou- 
mise à  cette  condition  que  M.  le  lecteur  Holmboe,  qui  y  consent,  assume  la  respon- 
sabilité des  instruments  astronomiques,  dans  la  mesure  où  leur  usage  pourrait  être 
trouvé  nécessaire.  Quant  à  la  dépense  pour  l'institution  provisoire  d'un  docent, 
la  Faculté  a  exprimé  l'opinion  qu'aucune  sorte  de  frais,  à  propos  du  voyage  en 
Sibérie  de  M.  le  professeur  Hansteen,  ne  doit  être  à  la  charge  de  l'Université, 
puisque  c'est  une  affaire  d'Etat,  et  il  doit  être  considéré  comme  absolument  hors  de 
doute  que  si  l'Etat  a  voulu  la  chose,  il  a  dû  en  vouloir  aussi  les  moyens. 

Le  conseil  doit  s'en  tenir  absolument  à  la  proposition  et  à  l'avis  de  la  Faculté, 
et  n'a  qu'à  ajouter,  qu'il  considère  un  traitement  de  400  spd.  par  an  comme  une 
rémunération  convenable  pour  M.  Abel,  en  même  temps  qu'il  s'empresse  de  joindre 
les  observations  fournies  par  M.  le  professeur  Hansteen  le  6  octobre  dernier,  relatives 
à  la  présente  affaire. 

Christiania,  au  conseil  académique,   10  déc.   1827. 

Jac.  Keyser         Bugge  N.  S0ren8sen  Stenersen  C.  a.  Holmboe 

Steenbuch 


Honoratus   Bonnevie 


Je  suis  absolument  d'accord  sur  cette  question  avec  le  conseil,  et  ne  peux  par 
suite  que  proposer  la  déclaration  et  la  proposition  ci-dessus  à  une  gracieuse  appro- 
bation. 

Treschow 


LXn.     HANSTEEN  A  L'ECOLE  SUPERIEURE  MILITAIRE 

Comme,  en  raison  de  mon  très  prochain  départ,  je  ne  peux  pas  continuer  l'année 
prochaine  mes  leçons  à  l'Ecole  supérieure  militaire,  j'ai  parlé,  sur  l'invitation  de 
M.  le  général  Aubert,  à  M.  Abel  ainsi  qu'à  M.  le  capitaine  du  génie  Broch,  et  je  me 
suis  assuré  que  ces  deux  messieurs  sont  disposés,  au  cas  où  la  direction  le  désirerait, 
à  se  charger  de  mes  leçons.  M.  Abel  exposera  les  sciences  mécaniques,  et  si  on  le 
demande,  aussi  la  partie  théorique  de  l'astronomie  et  les  méthodes  de  calcul.  Mais 
comme  M.  le  général  Aubert  a  été  d'avis  qu'il  y  aurait  avantage  à  ce  que  celui  qui 
ferait  le  cours  d'astronomie  puisse  aussi  donner  quelques  explications    sur  la  pratique 


DOCUMENTS  ^ 


de    l'usage    des    instruments,    et    à  cet   égard  proposé   M.   le  capitaine  Broch,  celui-ci 

a  déclaré  qu'il  était  disposé,    soit  à  faire  le  cours  d'astronomie  tout   entier,  soit  à  en 

exposer  la  partie  pratique.      Ces    deux  messieurs    sont   donc  disposés  à  se  charger  de 

mes    leçons,  moyennant    les    appointements    qui    me    sont    attribués,  lesquels  iils  ont 

trouvé    convenable    de    se    partager    proportionnellement    au    nombre    des   leçons    que 

chacun  d'eux  aura  à  faire. 

14  déc.   1827  Respectueusement 

Chr.  Hansteen 
A 

la  Direction  de  l'Ecole  supérieure  militaire 


LXm.     EXTRAIT  DU  REGISTRE  DES  DELIBERATIONS  DE  LA  DIRECTION 
DE  L'ÉCOLE  SUPÉRIEURE  MILITAIRE 


[Comité  de  direction,  15  décembre  1827] 


S°  Il  est  produit  une  lettre  du  professeur  Hansteen,  relative  à  la  suppléance  du 
professeur,  pendant  son  absence  pour  le  prochain  voyage  scientifique  en  Sibérie. 

Après  que  le  professeur,  le  5  octob.  dern.,  eut  annoncé  qu'il  ne  pourrait  pas 
continuer  ses  leçons  à  l'Ecole  supérieure  militaire  au  delà  de  la  fin  de  cette  année, 
la  direction  a  chargé  le  general-major  Avheri  de  s'entendre  avec  le  professeur 
sur  les  hommes  auxquels  on  pourrait  provisoirement  confier  en  toute  sécurité,  le 
cours  de  mathématiques  appliquées.  On  s'est  bientôt  aperçu  qu'il  ne  se  trouvait  ici 
pour  le  moment  personne  qui  fût  complètement  capable  de  faire  le  cours  théorique, 
et  qui  eût  en  même  temps  les  connaissances  et  l'expérience  suffisantes  pour  donner 
les  explications  nécessaires  sur  la  pratique  de  l'usage  des  instruments. 

Après  mûr  examen,  on  a  pensé  que  l'étudiant  Ahel  et  le  capitaine  du  génie 
Broch  sont  les  hommes  auxquels  il  faut  s'adresser. 

Dans  la  lettre  en  question,  datée  d'hier,  le  professeur  Hansteen  informe  mainte- 
nant qu'il  a  parlé  avec  ces  messieurs,  et  qu'il  s'est  assuré  qu'ils  sont  disposés  à  se 
charger  de  ses  leçons,  de  telle  sorte  que  l'étudiant  Abel  exposerait  les  sciences 
mécaniques,  et  le  capitaine  Broch  l'astronomie,  en  même  temps  qu'il  donnerait  les 
indications  pour  la  pratique  des  instruments.  —  Ce  partage  étant  absolument  con- 
forme aux  désirs  de  la  direction,  il  a  été  adopté,  et  l' officier-inspecteur  a  été  chargé 
d'inviter  l'étudiant  Ahél  et  le  capitaine  Broch  à  se  rendre  à  la  réunion  du  12  janvier 
prochain,  où  tous  les  professeurs  sont  également  invités 

Schilling  Aubert  Feed.  Kaltenborn 

RoU 


36  DOCUMENTS 


LXIV.     LE  MINISTÈRE  DE  L'INSTRUCTION  PUBLIQUE  AU  MINISTÈRE 

DES  FINANCES 

Au  sujet  de  la  proposition  ci-jointe  faite  par  le  conseil  académique,  que  le 
candidat  en  philosophie  N.  H.  Abel  soit  chargé  de  remplir  les  fonctions  du  professeur 
Hansteen  à  l'Université  pendant  l'absence  de  celui-ci  pour  le  voyage  projeté  en 
Sibérie,  ce  ministère,  en  raison  de  ce  que  le  conseil  a  exprimé  l'avis  qu'aucune  sorte  de 
dépense  ne  doit  être  à  la  charge  de  l'Université  à  l'occasion  du  voyage  en  Sibérie 
de  M.  le  Professeur  Hansteen,  qui  est  une  affaire  d'Etat,  prie  l'honorable  ministère 
de  donner  son  avis  bienveillant  sur  la  question  de  savoir  s'il  y  a  quelque  empêche- 
ment à  ce  que  la  rémunération  proposée  de  400  spd.  par  an  pour  M.  Abel  soit  payée 
sur  le  Trésor. 

Christiania  le  17  décembre  1827 

DiEIKS 


P.  Holst 


LXV.    LE  MINISTÈRE  DES  FINANCES   AU  MINISTÈRE  DE  L'INSTRUCTION 

PUBLIQUE 

En  renvoyant  la  proposition  du  conseil  académique,  reçue  avec  la  lettre  de 
l'honorable  ministère  du  17  de  ce  mois,  tendant  à  ce  que  le  candidat  en  philosophie 
N.  H.  Abel  soit  chargé  de  remplir  les  fonctions  du  professeur  Hansteen  à  l'Université 
pendant  l'absence  de  celui-ci  pour  le  voyage  projeté  en  Sibérie,  il  est  communiqué, 
en  ce  qui  concerne  la  rémunération  qu'il  y  a  lieu  d'accorder  audit  N,  A.  Abel,  que, 
vu  les  circonstances,  ce  ministère  n'a  aucune  opposition  à  faire  à  ce  que  l'honorable 
ministère  prépare  un  décret  pour  que  la  rémunération  de  400  spd.  par  an  proposée 
par  le  conseil  soit  payée  sur  le  Trésor,  sans  tomber  à  la  charge  du  budget  uni- 
versitaire. 

Christiania,  le  22  décembre  1827, 

JONAS    COLLETT 

Rye 


LXVI.     PROPOSITION  DU  MINISTÈRE  DE  L'INSTRUCTION  PUBLIQUE 

[4  janvier  1828] 

Le  professeur  Hansteen  ayant  fait  savoir  qu'il  se  proposait  d'entreprendre  son 
voyage  en  Sibérie  au  commencement  du  mois  de  mars  prochain,  et  qu'il  serait  absent 
pendant    1^/2   à   2  ans,  le  ministère  a  invité  le  conseil  académique  à  faire  des  propo- 


DOCUMENTS 


37 


sitions,  et  à  dire  comment  et  par  qui  les  fonctions  du  professeur  Hansteen  pourraient 
être  remplies  pendant  son  absence.  D'accord  avec  la  déclaration  de  la  Faculté  de 
philosophie,  le  conseil  a  fait  savoir  qu'il  ne  connait  personne  autre  à  recommander 
pour  remplir  les  fonctions  du  professeur  —  qui  consistent  à  enseigner  l'astronomie 
théorique  aux  étudiants  qui  doivent  passer  l'examen  de  philosophie,  et,  s'il  se  présen- 
tait quelque  étudiant  en  minéralogie,  à  faire  des  leçons  sur  les  propositions  les  plus 
importantes  de  la  mécanique,  —  que  le  candidat  en  philosophie  N.  H.  Abel,  qui  est 
supposé  devoir  le  faire  d'autant  plus  facilement  que  la  préparation  de  l'almanach 
a  été  effectuée  par  le  Professeur  Hansteen  pour  3  ans,  mais  pense  qu'il  faut  ajouter 
cette  condition,  que  le  lecteur  Holmboe,  qui  y  consent,  assume  la  responsabilité  des 
instruments  astronomiques,  dans  la  mesure  où  leur  usage  pourrait  être  itrouvé 
nécessaire.  Le  conseil,  d'accord  avec  la  Faculté,  pense  également  qu'à  M.  Abel,  en 
qualité  de  docent  provisoire,  doivent  être  attribués  des  appointements  de  400  spd.  par  an, 
et  que  cette  dépense  ne  doit  pas  regarder  l'université,  le  voyage  du  prof.  Hansteen 
devant  être  considéré  comme  une  affaire  d'Etat,  ce  contre  quoi  le  ministère  royal  des 
finances,  du  commerce  et  des  douanes,  dont  l'avis  a  été  demandé  sur  ce  point,  n'a  eu 
aucune  opposition  à  faire. 

Comme  ce  ministère  croit  devoir  absolument  adopter  la  proposition    et  l'avis  du 
conseil,  il  est  humblement  proposé: 

que  pendant  l'absence  du  professeur  Hansteen  pour  un  voyage  scientifique  en 
Sibérie,  l'étudiant  N.  H.  Abel  soit  nommé  docent  à  l'Université  pour  y 
remplir  les  fonctions  dudit  professeur,  avec  des  appointements  annuels  de 
400  spd.,  qui  seront  payés  par  le  Trésor,  et  qtie  le  conseil  académique  est 
autorisé  à  prendre  des  mesures  pour  la  conservation  des  instruments  astro- 
nomiques pendant  l'absence  du  professeur  Hansteen. 


LXVn.   LE  SECRETARIAT  D'ETAT  AU  MINISTÈRE  DE  L'INSTRUCTION  PUBLIQUE 

Le  8  du  mois  dern.,  il  a  été  humblement  proposé  à  Sa  Majesté  par  le  gouverne- 
ment norvégien: 

»Que  pendant  l'absence  du  professeur  Hansteen  pour  un  voyage  scientifique 
en  Sibérie,  le  candidat  en  philosophie  N.  H.  Abel  soit  nommé  docent  à  l'Uni- 
versité pour  remplir  les  fonctions  incombant  audit  professeur  à  l'Université, 
avec  un  traitement  annuel  de  400  spd.,  qui  sera  payé  par  le  Trésor;  et  que 
le  conseil  académique  soit  chargé  de  prendre  des  mesures  pour  la  conser- 
vation des  instruments  astronomiques  pendant  l'absence  du  professeur 
Hansteen.  « 


38  DOCUMENTS 


A  ce  sujet  il  a  plu  à  Sa  Majesté,  le  16  courant,  de  décréter: 
»La  proposition  du  gouvernement  norvégien  est  approuvée.  « 

Dont  communication  en   même  temps  que  sont  renvoyées  les   pièces    de   l'affaire. 
Christiania,  le  23  février  1828 

Platou 


Bernhoft 


LXVm.     LE  MINISTÈRE  DE  L'INSTRUCTION  PUBLIQUE  AU  CONSEIL 

ACADÉMIQUE* 

[5  mars  1828] 

Le  16  du  mois  dernier  il  a  plu  à  S.  Mté  de  nommer  le  cand.  en  phil.  Niels 
Henrik  Abel,  pendant  l'absence  du  professeur  Hansteen  pour  un  voyage  scientique 
en  Sibérie,  docent  à  l'Université,  pour  y  remplir  les  fonctions  dudit  professeur, 
avec  des  appointements  annuels  de  400  spd.,  qui  seront  payés  par  le  Trésor,  et  de 
charger  en  outre  l'honorable  conseil  de  prendre  des  mesures  pour  la  conservation 
des  instruments  astronomiques  pendant  l'absence  du  professeur  Hansteen. 

Ceci  est  communiqué  à  titre  de  notification  et  pour  être  porté  à  la  connaissance 
des  intéressés,  en  ajoutant  que  ce  grac.  décr.  est  directement  communiqué  à  M.  Abel. 


LXIX.     LE  CONSEIL  ACADEMIQUE  A  ABEL 

[10  mars  1828] 

Le  16  du  mois  dernier  il  a  plu  à  Sa  Majesté  le  Roi  de  vous  nommer,  pendant 
l'absence  du  professeur  Hansteen  pour  un  voyage  scientifique  en  Sibérie,  docent  à 
l'Université,  pour  remplir  les  fonctions  dont  ledit  professeur  est  chargé  à  l'Université, 
avec  des  appointements  annuels  de  400  spd.,  qui  seront  payés  par  le  Trésor.  En 
vous  faisant  cette  communication,  le  conseil  ne  doit  pas  manquer  en  même  temps 
de  vous  inviter  à  vous  occuper  le  plus  vite  possible  des  conférences  aux  étudiants 
qui  se  préparent  à  l'examen  philologico-philosophique. 

LXX.     ABEL  AU  CONSEIL  ACADÉMIQUE 

Comme  en  ce  moment  s'ouvre  devant  moi  la  perspective  d'une  nomination  à 
l'étranger,  savoir,  à  l'université  de  Berlin,  je  prends  la  liberté,  à  ce  propos,  de 
m'adresser    au    haut  conseil,  afin   de   savoir  par   lui  si  je  peux  obtenir  une  situation 


*  H  fat  écrit  en  même  temps  par  le  ministère  de  l'instruction  au  prochancelier,  au  ministère  des  finances 
et  à  Abel. 


DOCUMENTS  39 


stable  ici.  C'est  certainement  mon  désir  le  plus  intime  de  passer  ma  vie  dans  mon 
pays,  si  cela  est  possible  d'une  manière  qui  puisse  me  suffire;  sinon,  je  ne  crois  pas 
devoir  refuser  un  moyen  d'assurer  mon  avenir,  qui  m'apparait  ici  très  précaire.  Si 
une  situation  stable  ne  pouvait  pas  m'être  assurée  maintenant,  j'oserais  bien  supposer 
que  ma  nomination  à  l'Université  ne  pourrait  pas  être  un  empêchement  à  ce  que  je 
cherche  à  obtenir  une  situation  à  Berlin.  Si  plus  tard  une  carrière  sûre  s'ouvre  ici 
pour  moi,  il  n'y  aura  certes  de  ma  part  aucune  opposition  à  ce  que  je  revienne,  si 
j'ose  encore  nourrir  cet  espoir.  Comme  j'ai  été  invité  de  la  manière  la  plus  pressante 
à  donner  ma  réponse  au  premier  jour,  j'oserai  peut-être  prier  le  haut  conseil  de 
traiter  cette  affaire  le  plus  vite  possible.  Ceci  est  pour  moi  de  la  plus  haute 
importance. 

Respectueusement 

N.  Abel 
Au 

Conseil  académique! 


LXXI.     LE  CONSEIL  ACADÉMIQUE  AU  PROCHANCELIER  DE  L'UNIVERSITÉ 

Au 

Prochancelier  de  l'Université' 

M.  le  ministre  comte  Wedel-Jarlsberg, 

Chevalier  et  commandeur  des  ordres  de  Sa  Majesté,  etc. 

Le  candidat  en  philosophie  et  docent  délégué  Niels  Henrik  Abel  a  réclamé 
par  la  lettre  ci-jointe  au  conseil,  parvenue  aujourdhui,  la  déclaration  du  conseil 
sur  la  question  de  savoir  s'il  peut  obtenir  une  situation  fixe  ici  à  l'Université,  afin 
de  pouvoir  prendre  une  décision  à  l'égard  d'une  situation  en  perspective  à  l'université 
de  Berlin. 

Le  conseil  a  le  regret  de  ne  pouvoir  pour  le  moment  faire  aucune  proposition  de 
situation  fixe  pour  ce  jeune  homme  très  distingué,  ce  qui  permettrait  de  le  conserver 
à  l'Université  et  au  pays.  Le  conseil  n'en  a  pas  moins  considéré  comme  un  devoir 
de  soumettre  l'affaire  en  haut  lieu,  laissant  respectueusement  apprécier  s'il  n'y  aurait 
pas  sujet,  de  la  part  des  pouvoirs  publics,  d'offrir  à  M.  Abel  une  position  qui  réponde 
à  ses  mérites  déjà  reconnus  dans  le  monde  savant  et  à  ses  perspectives  d'avancement 
dans  une  université  étrangère,  oti  sans  doute,  après  un  court  stage  comme  »privat 
docent«  il  obtiendra  une  chaire  de  professeur. 

Le  conseil  doit  de  plus  faire  observer  que  sa  situation  actuelle  comme  docent 
à  notre  Université  pendant  le   voyage   à   l'étranger    du   professeur    Hansteen   ne   peut 


40  DOCUMENTS 


pas,  à  notre  avis,  lui  être  un  obstacle,  s'il  se  décide  à  accepter  la  position  en  question 
à  l'université  de  Berlin.  Il  y  aura  d'ailleurs  moyen  de  parer  au  vide  que  laissera 
son  départ,  le  lecteur  Holmboe  s'étant  déclaré  disposé,  dans  ce  cas,  à  se  charger  de 
ses  fonctions. 

Christiania,  au  Conseil  académique  21  juin  1828 
Stenersen        Holmboe        Rathke        Lundh        F,  Holst        Jac.  Keyser 


Honoratus    Bonnevie 


LXXn.     LE  PROCHANCELIER  DE  L'UNIVERSITÉ  AU  MINISTÈRE  DE 
L'INSTRUCTION  PUBLIQUE 

J'ai  l'honneur  d'adresser  une  lettre  du  conseil  académique  ^du  21  courant 
accompagnée  d'une  demande  du  candidat  en  philosophie  et  docent  délégué  Abel  — 
où  à  l'occasion  d'une  offre  avantageuse  reçue  de  Berlin,  il  prie  qu'une  résolution  soit 
prise  pour  savoir  s'il  peut  espérer  maintenant  une  situation  convenable  à  l'Université 
—  et  je  dois  déclarer  que  je  partage  le  désir  du  conseil  académique,  ^que  l'on  puisse 
conserver  ce  jeune  homme  très  distingué;  mais  comme  je  n'en  aperçois^pas  pour 
l'instant  la  possibilité,  je  n'ose  faire  à  ce  sujet  aucune  proposition,  et  je  suis  par 
suite  obligé  de  me  consoler  avec  cet  espoir,  que  l'on  pourra  dans  ^  l'avenir ^'avoir 
occasion  de  faire  revenir  M.  Abel. 

Je  prie  donc  respectueusement  le  ministère  royal  de  me  communiquer  le  plus 
vite  possible  son  avis,  si,  contre  toute  présomption,  il  trouvait  le  moyen  de  faire  à 
M.  Abel  une  offre  convenable. 

Christiania  le  24  juin  1828 

H.  Wedel-Jarlsberg 


LXXIII.     ABEL  AU  MINISTÈRE  DE  L'INSTRUCTION  PUBLIQUE 

Je  désire  que  soit  mise  de  côté  jusqu'à    nouvel   ordre   l'affaire    mentionnée    dans 

ma  lettre  au  conseil   académique   du  [21  juin  1828],  qui  a  été   adressée    au   ministère 

royal. 

respectueusement 

Christiania  le  30  juin  1828  N.  H.  Abel 

docent  délégué 

Au 

Ministère  de  l'instruction  publique  et  des  cultes 
du  Gouvernement  Royal  Norvégien 


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LXXIV.     EXTRAIT  DU  JOURNAL  DU  BUREAU  A  DU  MINISTERE  DE 
L'INSTRUCTION  PUBLIQUE,  30  JUIN  1828 

1004.  Abel,  docent  délégué,  demande  que  l'affaire  au  sujet  d'une  nomination  dé- 
finitive traitée  dans  sa  lettre  au  conseil  académique  du  (NB.  :  sans  date),  soit  renvoyée 
jusqu'à  nouvel  ordre. 

Décision:     Accordé  et  classé. 


LXXV.     LE  MINISTÈRE  DE  L'INSTRUCTION  PUBLIQUE  AU  CONSEIL 

ACADÉMIQUE 

Au  sujet  d'une  lettre  de  l'honorable  conseil,  du  31  juillet  de  l'année  dern.,  où 
il  était  demandé  que,  conformément  à  ce  qui  avait  été  accordé  par  gracieux  décret 
royal  du  29  mars  1884,  fût  consentie  au  candidat  en  philosophie  Niels  Henrich  Abel 
une  subvention  annuelle  sur  le  Trésor  de  200  spd.,  comptée  depuis  son  retour  de 
l'étranger,  jusqu'à  ce  qu'il  occupât  une  situation,  le  ministère,  par  lettre  du  18  août 
suivant,  a  suggéré  au  conseil  de  venir  en  aide  à  M.  Abel  au  moyen  d'une  avance  de 
200  spd.  sur  la  caisse  de  l'Université,  laquelle  devait  être  récupérée  lorsque  l'Uni- 
versité aurait  recours  à  ses  services.  Comme  il  est  à  la  connaissance  du  ministère 
que  l'avance  susdite  a  été  payée  à  M.  Abel,  mais  que  depuis  sa  nomination  comme 
docent  délégué  à  l'Université,  elle  n'a  été  récupérée  ni  en  entier,  ni  partiellement, 
l'honorable  conseil  est  invité  à  vouloir  bien  prendre  les  mesures  pour  que  la  dite 
avance,  par  une  retenue  convenable  sur  les  appointements  de  M.  Abel,  fasse  retour 
à  l'Université.  — 

Christiania  le  5  juillet  1828. 

DiRIKS 


P.  Holst 


LXXVI.     LE  CONSEIL  ACADEMIQUE  AU  MINISTERE  DE  L'INSTRUCTION 

PUBLIQUE 

Le  ministère  royal  a,  par  lettre  du  5  courant,  invité  le  conseil  à  prendre  des 
mesures  pour  que  la  subvention  accordée  l'année  dernière  sur  la  caisse  de  l'Uni- 
versité au  candidat  en  philosophie  N.  H.  Abel,  fasse  retour  à  l'Université  au  moyen 
d'une  retenue  convenable  sur  ses  appointements  de  docent  délégué.  A  ce  sujet  le 
conseil  s'empresse  d'informer  que  la  subvention  en  question  a  été  accordée  à  M,  Abel, 
non  à  titre  d'avance,  mais  de  bourse.    Le  conseil  n'a  pas  jugé  convenable  de  stipuler 

DOCUMENTS    —    6 


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DOCUMENTS 


aucun  remboursement,  vu  les  espérances  lointaines  qu'avait  M.  Abel  d'obtenir  une 
situation  fixe;  car  c'est  seulement  au  cas  où  il  aurait  une  telle  situation  que  le  conseil 
pourrait  trouver  juste  de  la  part  de  l'Université  de  penser  à  un  remboursement  que 
sa  situation  actuelle,  aussi  bien  que  toute  situation  provisoire,  lui  permettrait  sans 
aucun  doute  très  difficilement  d'effectuer.  — 

Christiania,  au  conseil  académique  14  juillet  1828 

Jac.  Keyser      Rathke       C.  A.  Holmboe      Steenbloch      F.  Holst      Stenersen 


Honoratus  Bonnevie 


LXXVn.     LE  SECRÉTAIRE  DE  L'UNIVERSITÉ  AU   CAISSIER  DE   L'UNIVERSITÉ 

MANDALL 

Le  conseil  académique  a  donné  ordre  au  caissier  de  l'Université  le  4  Septembre 
de  l'année  dernière  de  payer  au  candidat  en  philosophie  N.  H.  Abel  une  bourse  de 
200  spd.  par  à-compte. 

M.  Abel  a-t-il  touché  toute  la  bourse,  ou,  dans  le  cas  contraire,  combien?  Ce 
renseignement  est  demandé  pour  servir  dans  la  délibération  d'une  affaire  à  la  réunion 
du  conseil  de  demain. 

Secrétariat  de  l'Université  le  18  juillet  1828 

Honoratus  Bonnevie 


LXXVin.     LE  CAISSIER  DE  L'UNIVERSITÉ  MANDALL  AU  SECRÉTAIRE 

DE  L'UNIVERSITÉ 

M.  Abel  a  déjà  touché  à  la  caisse  de  l'Université  la  totalité  de  la  bourse  en 
question  —  il  faut  toutefois  observer  que  lorsqu'il  en  a  reçu  le  reliquat,  il  a  payé 
24  Spd.  21  /?,  surplus  de  la  rente  foncière  due  par  feu  son  père  pour  les  années 
1813  à  1827,  inclusivement. 

Même  date. 

H.  W.  Mandall 


LXXIX.     LE  MINISTERE  DE  L'INSTRUCTION  PUBLIQUE  AU  CONSEIL 

ACADÉMIQUE 

Au  sujet  de  l'invitation  du  ministère  à  l'honorable  conseil  de  prendre  des 
mesures  pour  que  l'avance  de  200  spd.  payée  l'année  passée  sur  la  caisse  de 
l'Université  à  l'étudiant  en  philologie  [1]  M.  Abel  soit  remboursée  à  celle-ci,  le  conseil 


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a,  par  lettre  du  14  cour,  répondu  qu'il  n'a  pas  accordé  la  subvention  en  question  à 
M.  Abel  à  titre  d'avance,  mais  de  bourse.  Le  ministère,  ne  pouvant  penser  que  le 
conseil  a  le  pouvoir  de  disposer  de  la  sorte  des  ressources  de  l'Université  sans  une 
décision  plus  haute,  invite  le  conseil  à  demander,  par  l'intermédiaire  du  prochancelier, 
un  décret  en  haut  lieu  pour  que  la  subvention  en  question  soit  payée  par  la  caisse 
de  l'Université  à  titre  de  bourse.  — 
Christiania  le  22  juillet  1828 

DlKIKS 

P.  HolBt 


LXXX.     LE  CONSEIL  ACADÉMIQUE  AU  CHANCELIER  DE  L'UNIVERSITÉ 

Lorsque  le  ministère  de  l'instruction  publique  et  des  cultes,  par  lettre  du  18 
août  de  l'année  dern.,  eut  suggéré  au  conseil  de  venir  en  aide  au  candidat  en 
philosophie  N.  H,  Abel  par  une  avance  de  200  spd.  sur  la  caisse  de  l'Université, 
contre  remboursement  lorsque  l'Université  aurait  recours  à  ses  services,  le  conseil 
accorda  ladite  somme  à  M.  Abel  à  titre  de  bourse.  A  ce  sujet  le  ministère  a  fait 
connaître,  par  lettre  du  22  cour.,  qu'il  ne  pense  pas  que  le  conseil  ait  le  pouvoir  de 
disposer  de  la  sorte  des  ressources  de  l'Université  sans  une  décision  plus  haute,  et 
en  conséquence  a  invité  le  conseil  à  demander,  par  l'intermédiaire  du  prochancelier,  un 
décret  en  haut  lieu,  pour  que  la  subvention  en  question  soit  payée  par  la  caisse  de 
l'université  à  titre  de  bourse. 

On  se  permet  à  cet  égard  d'alléguer  ce  qui  suit: 

Le  conseil  estime  n'avoir  pas  dépassé  les  limites  de  ses  pouvoirs,  mais  avoir 
agi  conformément  aux  prescriptions  de  la  fondation  de  l'Université,  6^°^®  chapitre, 
en  ordonnant,  après  avoir  pris  l'avis  de  la  faculté  de  philosophie,  ledit  paiement 
sur  la  caisse  de  l'Université.  Il  est  vrai  qu'aucune  somme  n'a  été  spécialement 
attribuée  par  le  storthing  à  des  bourses  pour  des  étudiants  pauvres.  Mais  il  faut 
observer  sur  ce  point  que  le  storthing,  à  quelques  exceptions  près,  ne  s'est  pas 
occupé  non  plus  de  rien  préciser  relativement  aux  nombreux  autres  articles  particuliers 
de  dépense,  en  dehors  des  traitements,  et  a  seulement  mis  en  compte,  en  bloc,  la 
subvention  à  l'Université  par  la  caisse  de  l'Etat.  Du  moment  que  cette  somme, 
conjointement  aux  autres  ressources  de  l'Université,  est  employée  à  ces  différents 
objets,  en  ayant  égard  à  toutes  les  circonstances,  et  en  tenant  le  compte  qu'il 
convient  des  moyens  dont  l'Université  dispose  dans  leur  ensemble,  on  pense  qu'aucune 
faute  n'a  été  commise. 

On  voudra  bien  se  rappeler  que  dans  les  projets  présentés  par  le  conseil  pour 
les  derniers  budgets  de  l'Université,  une  somme  annuelle  de  1200  spd.  a  été  attribuée, 


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parmi  les  articles  particuliers  de  dépenses,  à  des  bourses.  En  raison  de  la  diminution 
considérable  de  la  subvention  demandée,  le  conseil  n'a  par  contre,  pas  trouvé  prudent, 
ces  dernières  années,  d'inscrire  aucune  somme  déterminée  pour  être  distribuée  annuelle- 
ment, et  s'est  restreint  à  l'entretien  de  la  Fondation  universitaire  et  à  un  petit 
nombre  de  secours  dans  des  circonstances  exceptionnelles,  parmi  lesquelles  on  peut 
citer  le  traitement  médical  gratuit  pour  quelques  étudiants,  et  plusieurs  bourses  très 
insignifiantes,  sans  compter  la  subvention  en  question  au  candidat  Abel.  Mais  à  ces 
quelques  secours  —  pour  lesquels  on  n'a  pas  perdu  de  vue  le  rapport  entre  la 
subvention  demandée  par  l'Université  et  celle  accordée  par  le  storthing  —  le  Conseil 
s'est  considéré  comme  tout  aussi  autorisé  qu'il  se  serait  trouvé  fondé  à  disposer  de 
la  somme  proposée  tout  entière,  au  cas  où  le  storthing  aurait  accordé  la  subvention 
chaque  fois  proposée.  Que  la  bourse  accordée  à  Abel  soit  plus  forte  que  ce  que  l'on 
a  généralement  coutume  de  donner,  cela  ne  doit  pas,  à  notre  avis,  entrer  en  considéra- 
tion, lorsqu'on  discute  le  droit  du  conseil  en  cette  occurrence,  puisque  rien  n'est 
prescrit  relativement  à  l'importance  des  bourses. 

En  conséquence  de  ce  qui  précède,  il  y  a  lieu  de  penser  que  la  bourse  du  candidat 

en  philos.  Abel,  décrétée  l'année  dernière  par  le  conseil,  doit  être  maintenue,  sans  qu'il 

soit   besoin   de  décision    supérieure,    et   l'on   demande   qu'on  veuille  bien  présenter  au 

Ministère  de  l'instruction  publique  et  des  cultes  les  présentés  observations  dû  conseil. 

Christiania  au  conseil  académique  28  juillet  1828 

Jac.  Keysee        C.  Holmboe        Thulstrup        Steenbloch 


Honoratus  Bonnevie 


LXXXI.     LE  PROCHANCELIER  DE  L'UNIVERSITÉ  AU  MINISTÈRE  DE 
L'INSTRUCTION  PUBLIQUE 

Dans  la  lettre  ci-jointe  au  prochancelier  de  l'Université,  le  conseil  académique  a 
exprimé  l'avis  que  la  bourse  du  candidat  en  philosophie  Abel,  décrétée  l'année  dernière 
par  le  conseil  pourrait  être  soumise  au  ministère  sans  qu'une  décision  supérieure 
soit  nécessaire. 

Il  me  sera  permis  dans  cette  affaire  de  joindre  mes  vœux  à  ceux  du  conseil 
académique. 

Christiania  le  21  août  1828. 

Respectueusement 
Rathke 

en  l'absence  du  procliancelier 


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LXXXII.     EXTRAIT  DU  JOURNAL  DU  BUREAU  A  DU  MINISTÈRE  DE 
L'INSTRUCTION  PUBLIQUE,  22  AOÛT  1828 

1337.  Le  chancelier  de  l'Université  transmet  les  explications  du  conseil  tendant 
à  ce  que  les  sommes  payées  à  l'étudiant  Abel  par  décision  de  l'année  dernière  soient 
maintenues  sans  qu'il  soit  besoin  d'une  décision  supérieure. 

Est  proposé  à  approbation.  Résolution:  Est  classé  comme  une  chose  dont  il 
sera  délibéré  lors  de  l'apurement  des  comptes  de  l'Université.  Classé, 


LXXXni.     PETITION  AU  ROI 


Christiania  le  6  décembre  1828. 
Le  docent  délégué  Niels  Henrik  Abel 
demande  humblement  que  son  traitement 
pour  remplir  les  fonctions  du  professeur 
Hansteen  à  l'Univertité  soit  gracieusement 
fixé  à  600  spd.  par  an  à  partir  du  P^ 
janvier  1829. 


AU  ROI. 
Par  décret  gracieux  du  16  février  de 
cette  année,  j'ai  été  nommé,  pendant 
l'absence  du  professeur  Hansteen  pour 
un  voyage  scientifique  en  Sibérie,  docent 
à  l'Université  chargé  des  fonctions  du- 
dit  professeur  avec  un  traitement  annuel 
de  400  spd.  Bien  que  ces  appointements 
fussent  inférieurs  à  ce  qui  avait  été 
attribué  aux  autres  docents  nommés  à 
l'Université,  j'ai  dû  cependant,  vu  ma 
situation  financière,  considérer  comme  une 
bonne  fortune  d'obtenir  n'importe  quelle 
position  compatible  avec  mes  études,  qui 
me  procurât  les  ressources  strictement 
nécessaires,  et  d'ailleurs  j'ai  trouvé  au 
moins  peu  convenable,  tant  que  je  n'avais 
pas  donné  des  preuves  de  mon  aptitude 
à  l'enseignement,  de  demander  aucune 
augmentation  du  traitement  gracieuse- 
ment fixé.  Depuis  que  j'ai  fait  le  cours 
d'astronomie  à  l'Université,  j'ai,  d'une 
part,  été  à  même  de  me  rendre  compte 
jusqu'à  quel  point  le  temps  que  j'y 
consacre  peut  être  considéré  comme 
suffisamment  rétribué,  et  d'autre  part  les 


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DOCUMENTS 


directeurs  de  l'Université  ont  eu  occasion  de  juger  si  je  suis  à  la  hauteur  de  l'emploi 
qui  m'est  confié. 

J'ose  donc  humblement  espérer  que  ma  prière  ne  sera  pas  considérée  comme 
déplacée  ou  impertinente,  si  je  demande  humblement  à  être  placé,  à  partir  du 
1^^  janvier  de  l'année  prochaine,  dans  les  mêmes  conditions  que  les  autres  docents 
de  l'Université,  et  qu'il  me  soit  par  suite  gracieusement  attribué  un  traitement  annuel 
de  600  spd. 

Humblement 

NiELS  Heneik  Abel 


LXXXIV.     LE  CONSEIL  ACADÉMIQUE  AU  PROCHANCELIER 

En  adressant,  pour  être  transmise,  l'humble  pétition  ci-jointe  du  cand.  en  philos, 
et  docent  délégué  en  astronomie  Niels  Henrik  Abel,  en  vue  d'une  augmentation  annu- 
elle de  200  spdlr.  a  son  traitement  de  docent  à  partir  du  l^^  janviar  1829,  le  conseil 
déclare  :  attendu  que  M.  Abel  est  obligé  de  faire  tous  les  cours  dont  M.  le  professeur 
Hansteen  est  chargé,  et  qu'il  a  maintenant  fait  preuve,  pendant  le  second  semestre, 
de  son  aptitude  pour  le  poste  qui  lui  est  confié  —  qu'il  ne  peut  que  reconnaître,  qu'en 
bonne  justice  et  équité,  M.  Abel  doit  jouir  de  l'augmentation  de  revenus  qu'il  demande 
humblement. 

Christiania  au  conseil  académique  10  decbr.  1828 

RATHKE        F.   HOLST        HeRSLEB        p.   M0LLER        Steenbloch 


Honoratus  Bonnevie 


LXXXV.     APOSTILLE  DU  PROCHANCELIER  DE  L'UNIVERSITÉ 

M'en  référant  à  la  déclaration   ci-dessus    du   conseil,    j'insiste    humblement   pour 
que  la  demande  du  docent  Abel  lui  soit  gracieusement  accordée.  — 

Résidence  épiscopale  d'Oslo,  16  déc.   1828 

C.    S0RENSSEN 
En  l'absence  du  prochancelier 


Honoratus  Bonnevie 


DOCUMENTS 


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LXXXVI.     LE  MINISTERE  DE  L'INSTRUCTION  PUBLIQUE  AU  MINISTERE 

DES  FINANCES 

Le  docent  délégué  en  astronomie  à  l'Université  N.  H.  Abel  a  humblement 
demandé  que  le  traitement  qui  lui  est  attribué  à  ce  titre  soit  à  partir  du  1^^  janvier 
1829  augmenté  de  200  spd.  par  an,  et  ainsi  fixé  à  600  spd.  Comme  son  traitement 
est  payé  par  le  Trésor,  on  vient  demander,  avant  de  poursuivre  l'alïaire,  l'avis  de 
l'honorable  ministère,  sur  la  question  de  savoir  si  l'augmentation  demandée  doi 
lui  être  accordée.  La  pétition,  en  même  temps  que  les  déclarations  du  conseil 
académique  et  du  prochancelier,  sont  ci-annexées.  — 

Christiania,  le  24  décembre  1828 

DiEIKS 


P.  Holst 


LXXXVn.     LE  MINISTÈRE  DES  FINANCES  AU  MINISTÈRE  DE  L'INSTRUCTION 

PUBLIQUE 

En  renvoyant  l'humble  pétition  du  'docent  en  astronomie  Niels  Henrik  Abel,  reçue 
avec  la  lettre  de  l'honorable  ministère  du  24  courant,  demandant  que  le  traitement 
qui  lui  est  attribué  à  ce  titre  sur  le  Trésor  soit,  à  partir  du  l'^''  janvier  1829,  aug- 
menté de  200  spd.  par  an,  et  ainsi  fixé  à  600  spd.,  il  est  donné  avis  que,  vu  les 
circonstances,  ce  ministère  n'a  aucune  objection  à  faire,  pour  sa  part,  à  ce  qu'un 
décret  royal  soit  préparé  pour  que  ce  dernier  traitement  soit  à  l'avenir  attribué  à 
M.  Abel,  tant  que,  en  l'absence  du  professeur  Hansteen,  il  remplira  les  fonctions  de 
celui-ci  à  l'Université. 

Christiania,  le  31  décembre  1828 

JONAS   COLLETT 


Kierulf 


LXXXVm.     PROPOSITION  DU  MINISTEREpE  L'INSTRUCTION  PUBLIQUE 

[16  janvier  1829] 

Niels  Henrik  Abel,  qui  par  gracieux  décret  de  l'année  dernière  a  été  provisoire- 
ment nommé,  pendant  l'absence  du  professeur  Hansteen  pour  un  voyage  sicentifique 
en  Sibérie,  docent  à  l'université  pour  y  remplir  les  fonctions  dudit  professeur  contre 
un  traitement  annuel  de  400  spd.,    a   maintenant    adressé  une   très    humble  pétition, 


48  DOCtfMENTS 


afin  que  ce  traitement  soit  porté,  à  dater  du  commencement  de  la  présente  année, 
à  600  spd.  par  an,  appointements  attribués  aux  autres  docents  de  l'université,  dans 
les  conditions  desquels  il  croit  avoir  mérité  d'être  placé.  —  Le  conseil  académique, 
considérant  que  le  docent  Abel  est  obligé  de  se  charger  de  tous  les  cours  incombant 
au  professeur  Hansteen  comme  professeur  à  l'Université,  et  qu'il  a  maintenant  pen- 
dant 2  semestres  manifesté  son  aptitude  au  poste  qui  lui  est  confié,  a  exprimé  l'avis 
qu'il  est  juste  et  convenable  qu'il  jouisse  de  l'amélioration  demandée,  pour  laquelle  il 
est  aussi  recommandé  par  le  prochancelier.  —  Comme  le  ministère  royal  des  finances, 
dont  l'avis  a  été  pris  en  même  temps,  n'a  rien  eu  à  objecter,  en  ce  qui  concerne  le 
Trésor,  qui  paye  le  traitement,  contre  l'attribution  à  l'avenir  du  traitement  demandé 
au  solliciteur,  tant  que,  en  l'absence  du  professeur  Hansteen,  il  en  remplit  les  fonc- 
tions, le  ministère,  vu  ces  circonstances,  propose  humblement: 

Que  le  traitement  attribué  par  décret  gracieux  du  16  février  de  l'année  der- 
nière au  docent  provisoire  en  astronomie  Niels  Henrik  Abel  soit,  à  partir 
du  1^'  janvier  de  cette  année,  fixé  à  600  spd.  par  an,  tant  que,  en  l'absence 
du  professeur  Hansteen  pour  un  voyage  scientifique  à  l'étranger,  il  remplit 
les  fonctions  de  celui-ci  à  l'Université. 


LXXXIX.     LE  SECRÉTARIAT  D'ETAT  AU  MINISTERE  DE  L'INSTRUCTION 

PUBLIQUE 

Le  9  courant  il  a  plu  à  Sa  Majesté  d'approuver  la  proposition  du   gouvernement 
norvégien  du  20  janv.  dernier,  portant: 

Que  le  traitement  attribué  par  gracieux  décret  du  16  février  de  l'année  der- 
nière au  docent  délégué  en  astronomie  à  l'Université  Niels  Henrik  Abel,  est 
fixé,  à  partir  du  1®'"  janvier  de  la  présente  année,  à  600  spd.  par  an,  tant 
que,  pendant  l'absence  du  professeur  Hansteen  pour  un  voyage  en  Sibérie,  il 
remplira  les  fouctions  de  celui-ci  à  l'Université. 

Dont  communication,  en  même  temps  que  sont  renvoyées   les   pièces   de  l'affaire. 

Christiania,  le  18  février  1829 

Platou  

Bernhof  t 


XC.    LE  MINISTÈRE  DE  L'INSTRUCTION  PUBLIQUE  AU  CONSEIL  ACADÉMIQUE 

Le  9  courant  il  a  plu  à  Sa  Majesté  le  Roi  de  décréter: 

Que  le  traitement  attribué    au  docent  délégué  en  astronomie  à  l'Université   Niels 
H.  Abel  par  gracieux  décret  du  16  février  de  l'année   dernière,   est   fixé  à   600   spdr. 


DOCUMENTS  49 


par  an,  à  partir  du  1®"^  janvier  de  l'année  courante,  tant  que,  en  l'absence  du  profes- 
seur Hansteen  pour  un  voyage  en  Sibérie,  il  remplira  les  fonctions  de  celui-ci  à 
l'Université,  ce  qui  est  communiqué  à  titre  de  renseignement  et  pour  être  porté  à  la 
connaissance  de  l'intéressé. 

Christiania  19  février  1829. 

DiEIKS 


Bonnevie 


XCI.     LE  LECTEUR  B.  HOLMBOE  AU  CONSEIL  ACADÉMIQUE 

Le  docent  Abel,   qui    depuis   le   commencement   des   récentes  vacances  de  Noël  a 
séjourné    à  l'usine   à  fer    de   Froland   près   d'Arendal,  ayant  fait   une  longue  maladie, 
et    étant    encore    si    malade    qu'il    faudra    sans  doute  beaucoup  de  temps  avant  qu'il 
puisse  revenir  faire  ses  cours,  il  m'a  prié  d'en   informer  le  conseil  académique.  — 
Christiania  le  21  février  1829 

Respectueusement 

B.    HOLMBOE 


XCn.     LE  MÉDECIN  CANTONAL  M0LLER  AU  CONSEIL  ACADÉMIQUE 

Sur  l'invitation  de  M.  le  docent  Abel,  et  comme  son  médecin,  le  soussigné 
s'empresse  d'informer  le  haut  conseil  académique  en  son  nom  —  car  il  n'est  pas 
capable  d'écrire  lui-même  —  que  peu  après  son  arrivée  à  l'usine  à  fer  de  Froland, 
il  a  été  pris  d'une  forte  congestion  pulmonaire  et  de  grands  crachements  de  sang  qui 
ont  cessé  au  bout  de  peu  de  temps,  mais  qui  pourtant,  à  cause  d'une  toux  chronique 
persistante  et  de  sa  grande  faiblesse,  l'ont  jusqu'ici  empêché  de  quitter  le  lit,  qu'il  doit 
encore  garder:  il  ne  peut  d'ailleurs  pas  non  plus  supporter  d'être  soumis  au  moindre 
changement  de  température.  —  Le  plus  inquiétant  est  que  sa  toux  sèche  chronique 
avec  sensation  de  piqûre  dans  la  poitrine  fait  présumer  avec  grande  vraisem- 
blance qu'il  souffre  de  tubercules  cachés  dans  les  poumons  et  la  trachée,  pouvant 
facilement  amener  une  phtisie  consécutive,  ce  qui  semble  encore  plus  probable,  étant 
donnée  sa  constitution.  —  Dans  cet  état  fâcheux  de  la  santé  de  M.  le  docent  Abel, 
il  est  de  la  plus  grande  vraisemblance  qu'il  ne  pourra  pas  retourner  à  Christiania 
avant  le  printemps,  et  que  par  suite  il  ne  pourra  pas  remplir  les  fonctions  dont  il 
est  chargé,  même  au  cas  où  l'issue  de  sa  maladie  serait  la  plus  favorable.  

DOCUMENTS    —    7 


50  DOCUMENTS 


L'amélioration  de  son  état  et  sa  guérison  complète,  que  l'on  espérait  jusqu'ici, 
l'ont  empêché  jusqu'ici  d'informer  le  haut  conseil  académique,  ce  qui  sans  cela  aurait 
déjà  été  fait. 

Arendal  le  21  février  1829 


A.    C.     M0LLER 
Médecin  cantonal. 


XCm.     LE  CONSEIL  ACADÉMIQUE  A  ABEL 

[27  février  1829] 
Le  min.  roy.  de  l'instr.  pub.  et  des  cultes  a  annoncé  au  conseil  que  le  9  cour, 
il  a  plu  à  S.  Mté  le  Roi  de  fixer  à  600  spdl.  par  an,  à  partir  du  P"^  janvier,  le 
traitement  qui  vous  a  été  attribué  par  grac.  décret  du  16  févr.  de  l'ann.  dern., 
tant  que,  en  l'absence  du  professeur  Hansteen  pour  un  voyage  en  Sibérie,  vous 
remplirez  les  fonctions  de  celui-ci  à  l'Université. 


XCIV.     HOLMBOE  AU  CONSEIL  ACADÉMIQUE 

Au  [Opsloe  le  22  décembre  1836] 

Conseil  académique. 

Il  y  a  quelques  années,  la  Faculté  de  philosophie  toute  entière  a  pensé  que 
l'Université  'devrait  se  charger  de  réunir  et  de  publier  les  travaux  d'Abel,  mais  n'a 
pas  pris  tout  de  suite  de  mesures  pour  la  réalisation  de  l'affaire.  Tout  en  recon- 
naissant que  c'était  surtout  à  moi,  en  qualité  de  docent  en  mathématiques  pures, 
qu'il  appartenait  d'agir  à  cet  égard,  je  connaissais  aussi  la  difficulté  de  ce  travail. 
J'avais  bien  lu  à  cette  époque  les  mémoires  d'Abel;  mais  en  beaucoup  d'endroits  ils 
m'étaient  incompréhensibles,  ce  qui  s'explique  principalement  par  la  quantité  de 
fautes  d'impression,  dont  plusieurs  d'entre  eux  fourmillent  à  ce  point,  que  peu  de 
pages  en  sont  exemptes.  Parmi  ces  fautes,  plusieurs  des  plus  frappantes  étaient  bien 
corrigées  dans  les  errata,  mais  la  plupart,  et  parmi  elles  les  plus  décevantes,  restent 
sans  correction.  La  raison  de  cette  quantité  de  fautes  d'impression,  outre  la  difficulté 
universellement  reconnue  d'éviter,  même  avec  la  plus  grande  attention,  les  fautes 
d'impression  dans  un  ouvrage  mathématique  de  quelque  étendue,  est  principalement 
dans  cette  cironstance,  manifeste  en  quelques  endroits,  que  le  Directeur  du  Journal 
où  la  plupart  des  mémoires  d'Abel  ont  été  insérés,  étant  surchargé  d'une  foule  d'autres 
occupations,  n'a    pas    pu  trouver  le  temps  nécessaire  pour  comprendre  toujours  Abel, 


DOCUMENTS  51 


ce  qui  paraîtra  d'autant  plus  naturel,  que  même  Legendre  et  Oauss  ont  dû  déclarer 
qu'ils  ne  pouvaient  saisir  Abel  tout  de  suite.  Revoir  les  mémoires  d'Abel  m'a  donc 
coûté  beaucoup  de  temps  et  de  peine.  J'ai  cependant  achevé  maintenant  ce  travail, 
et  j'ose  penser  qu'aucune  faute  d'impression  ou  de  rédaction  n'aura  guère  pu  échapper 
à  mon  attention,  car  j'ai  partout  compris  l'auteur.  Puisque  je  crois  ainsi  être  en 
possession  de  cette  condition  essentielle  pour  celui  qui  doit  réunir  et  publier  les 
travaux  d'un  grand  mathématicien,  je  me  permets  de  m'adresser  à  l'honorable  conseil, 
et  de  lui  offrir  de  me  charger  de  la  publication  des  travaux  d'Abel,  comprenant  les 
mémoires  imprimés,  et  aussi  plusieurs  mémoires  très  remarquables,  non  imprimés,  qui  se 
trouvent  dans  les  manuscrits  qu'il  a  laissés.  Je  n'ai  pas  encore  terminé  l'examen 
de  ces  derniers.  Plusieurs  de  ces  manuscrits  étaient  parfaitement  en  ordre  lorsque 
je  les  ai  reçus;  mais  dans  toute  une  liasse  de  feuilles  détachées  réunies  pêle-mêle, 
j'ai  eu  la  chance  de  me  retrouver  et  de  rétablir  plusieurs  mémoires  complets,  et  j'ai 
l'espoir  d'en  trouver  encore  d'autres.  Je  me  suis  adressé  au  libraire  Dahl,  à  l'im- 
primeur Orondahl  et  à  Madame  Lehman,  pour  savoir  les  conditions  aujsquelles  ils 
pourraient  se  charger  de  l'impression  des  œuvres  d'Abel.  Je  me  permets  d'envoyer 
ci-incluses  les  conditions  indiquées  par  Dahl  et  Grondahl.  Madame  Lehman  a 
déclaré  qu'elle  n'ose  pas  entreprendre  ce  travail.  Les  mémoires  imprimés  d'Abel  sont 
insérés  dans  le  Journal  filr  die  reine  und  angewandte  Mathematik,  de  Crelle,  sauf 
un  dans  les  Astronomische  Nachrichten  de  Schumacher,  et  quelques-uns  de  ses 
premiers  travaux  dans  le  »Magazin  for  Naturvidenskaberne«.  Ils  font  en  tout  50 
feuilles  ou  400  pages  in-4°.  Combien  de  feuilles  pourront  faire  ses  mémoires  non 
inprimés,  il  m'est  impossible  de  le  déterminer,  ne  sachant  pas  encore,  ainsi  que  je 
l'ai  fait  observer  ci-dessus,  ce  que  je  serai  en  mesure  de  publier  de  ces  manuscrits. 
Je  considère  cependant  comme  probable  que  je  pourrai  en  publier  au  moins  10  feuilles. 
La  plupart  de  ses  mémoires  imprimés  ont  été  écrits  en  français,  et  quelques  uns  en 
allemand,  ces  derniers  faisant  15  feuilles.  Ceux  qui  n'ont  pas  été  imprimés  sont 
écrits  en  français,  si  l'on  excepte  quelques-uns  de  ses  premiers  travaux,  qui  sont  en 
norvégien,  et  qu'il  conviendra  sans  doute  de  traduire  en  français.  Au  surplus  le  plus 
commode  sera  de  publier  les  mémoires  dans  la  langue  où  l'auteur  les  a  écrits.  Le 
professeur  Messel  a  obligeamment  promis  son  concours  pour  corriger  la  langue.  — 
Convaincu  que  l'honorable  conseil  fera  son  possible  pour  réaliser  cette  oeuvre,  je 
remplis  ce  que  j'ai  considéré  comme  mon  devoir  de  faire  à  cet  égard. 

Respectueusement 

B.    HOLMBOE 


52  DOCUMENTS 


XCV.     HOLMBOE  AU  MINISTÈRE  DE  L'INSTRUCTION  PUBLIQUE 

Au 
Ministère  royal 

de  l'instruction  publique  et  des  cultes. 

Lorsque,    à  la  fin  de  l'année  1836,  je  me  suis  adressé  au  conseil  académique   en 
offrant    de    me    charger   de  faire  une  édition  complète  des  travaux  mathématiques  — 
tant   imprimés    que   manuscrits   —  laissés  par  feu  Nils  Abel,  j'ai  dit  que  ses  travaux 
imprimés   faisaient   50   feuilles.      Combien    de    ses   manuscrits  non  imprimés  je  serais 
en    mesure    de    publier,    il    ne    m'était    pas    alors    possible    de    le    déterminer,    soit 
parcequ'alors    je    n'avais    pas   encore   examiné  tous  ses  papiers,  soit  parceque    ceux-ci 
se    composent  en  grande  partie  de  feuilles  détachées  de  dimensions  très  variables,  et 
qu'il    m'était    par    suite    impossible    de   juger    combien   il   en  faudrait  pour  faire  une 
feuille   d'impression.      J'ai   donc   seulement  déclaré  que  je  publierais  probablement  au 
moins    10   feuilles.      Le   Conseil  a  supposé  en  conséquence  que  le  tout  ne  dépasserait 
pas    70    feuilles    et  a  estimé,  dans  cette  hypothèse,"  que  les  frais  de  la  publication  ne 
dépasseraient  pas   1650    spd.     Cette    somme,  d'après  le  gracieux  décret  de  sa  Majesté 
du    10   juin    1837,  a  donc  été  désignée  comme  limite  de  ce  qui  doit  être  payé  par  le 
fonds  de  subventions  du  ministère  de  l'enseignement  pour  la  publication  de  l'ouvrage. 
Or,    maintenant    que  j'ai   mis  en  ordre  et  recopié  tous  les  manuscrits  d'Abel,  où  j'ai 
pu  trouver  une  suite,  je  puis  dire  assez  exactement  que  cela  fera  30  feuilles  imprimées, 
en   sorte  que  la  somme  ci-dessus  rapportée  ne  sera  pas  suffisante  pour  la  publication 
totale.      Ces    mémoires    non    imprimés    ne    le    cèdent    pas    comme    valeur    et   intérêt 
scientifique  aux  mémoires  imprimés  qui  ont  valu  à  l'auteur  l'admiration  de  l'Europe, 
mais    peuvent    aussi    bien    qu'eux    être    parfaitement    comparés    aux    plus    brillantes 
découvertes    des    plus    grands   mathématiciens.     En  revoyant  les  travaux  d'Abel,  il  a 
été    nécessaire    que    je    mette    en    note    bon    nombre    de    développements,    et    que  je 
démontre    beaucoup    de   propositions  que  l'auteur  a  énoncées   sans    démonstration,   ou 
dont  la  démonstration  est  indiquée  si  brièvement  qu'elle  est  impossible  à  comprendre 
pour    beaucoup    de    lecteurs,    et    difficile   pour  presque  tous.     Je  désirais  faire  suivre 
l'ouvrage    d'un    résumé    de    ces    développements,    afin    qu'il   fût  mis  à  la  portée  d'un 
grand    nombre   de  lecteurs,   pour  qui,  sans  ces  notes  et  développements  explicatifs,  il 
aurait  presque  été  illisible.     Ces  notes  ne  feront  pas  plus  de  20  feuilles,  en  sorte  que 
l'ouvrage,  avec  ce  supplément,  ne  dépassera  certainement  pas  100  feuilles.     Pour  ces 
raisons,  j'ose  m'adresser  au  haut  ministère,  et  demander  que  les  mesures  soient  prises 
pour    que    le    maximum    de    la    somme    qui    sera    payée    par   le  fonds  de  subvention 
pour  l'avancement  de  la  science  pour  la  publication  de  l'ouvrage  soit  porté  à  2360  spd. 
A  cette  occasion,  qu'il  me  soit  également  permis  de  demander  au  haut  ministère  que 
10  exemplaires  de  l'ouvrage  soient  mis  à  ma  disposition,  pour  être  remis  à  des  savants, 


DOCUMENTS  53 


particulièrement    à    ceux    qui,    par    des    comptes-rendus,    pourraient   contribuer  à  son 
écoulement. 

Il  y  a  encore  à  ce  sujet  une  autre  question  sur  laquelle  je  prie  très  respectueuse- 
ment le  haut  ministère  de  donner  son  avis.     Parmi  les  mémoires  d'Abel  non  imprimés 
s'en  trouve  un  qui  a  pour  titre:     „ Mémoire  sur  une  propriété  générale  d'une  classe 
très  étendue  de  fonctions  transcendantes" ,  qu'il  a  présenté  à  l'Institut  de  France  vers 
la   fin   de  1826  pendant  son  séjour  à  Paris.     De  ce  mémoire  on  ne  trouve,  parmi  les 
papiers    d'Abel,   qu'un   fragment.      De  Berlin,  où  il  se  rendit  après  avoir  quitté  Paris, 
il   m'a  écrit  qu'il  avait  présenté  ce  mémoire  à  l'Institiit,  que  peu  avant  son  départ  il 
avait    été    décidé    qu'il   en    serait  rendu  compte  à  l'Institut  par  Legendre  et  Cauchy, 
qu'il  avait  vivement  désiré  connaître  le  jugement  de  l'Institut,  mais  qu'il  n'avait  rien 
entendu    dire.      »Ce   serait  dommage,  ajoute-t-il,  s'il  s'était  égaré;  car  j'ose  dire,  sans 
me  vanter,  qu'il  était  bon.»    Déjà,   il  y  a  plus  de  4  ans,  lorsqu'il  a  été  question  dans 
la  Faculté  de  philosophie  de  réunir  et  de  publier  les  oeuvres  d'Abel,  le  prof.  Hansteen 
a  écrit  à  Arago,  et  l'a  prié  de  faire  faire  une  copie  du  dit  mémoire,  mais  n'a  jamais 
reçu  aucune  réponse  à  sa  lettre.     Dans  l'été  de  l'année  dernière  j'ai  prié  l'orientaliste 
Mohn,   qui   était   alors    à   Christiania,    d'où  il    devait  partir  pour  Paris,    de  s'adresser 
à    Arago    et    de    l'inviter    à    faire   faire  une  copie  du  mémoire.     Mohn  le  promit,  et 
après    son    arrivée    à    Paris   il   a  réussi,  après  plusieurs  tentatives  infructueuses,  à  se 
rencontrer  avec  Arago.     Arago  déclara  qu'il  savait  que  le  mémoire  avait  été  présenté 
à  l'Institut,   et   que   de   là  il   avait  été  envoyé  à  l'Imprimerie  royale,  où  il  pensait  — 
bien    qu'il    sût    qu'il    y    avait  beaucoup   de   désordre  dans  cette  imprimerie,  en   sorte 
qu'il    ne  serait    peut-être  pas  très  facile  de  trouver  le  mémoire  —  que  Mohn  pourrait 
en  faire  faire  une  copie.      Mohn  m'a  informé  de  cela  à  la  fin  de  l'année  dernière,  en 
déclarant    pu'il    n'épargnerait    aucune  peine  pour  mettre  la  main  sur  le  mémoire.     Il 
n'y    a    cependant   pas  réussi;  car  il  a  écrit  il  y  a  quelque  temps  que  tous  ses  efforts 
à  cet  égard  ont  été  inutiles,    et  qu'il  était  maintenant  convaincu  qu'il  était  impossible 
d'obtenir  le   mémoire   à  moins  de  faire  agir  l'ambassadeur.     Afin  de  ne  rien  négliger 
de  ce  qui  est  en  mon  pouvoir  pour  rendre  l'édition  des  travaux  d'Abel  aussi  complète 
que    possible,    je    me    suis   permis  très  respectueusement  d'informer  le  haut  ministère 
de   ce  qui  précède,  et  je  dois  remettre  à  l'appréciation  du  haut  ministère  la  question 
de  savoir  si  dans  cette  affaire  il  y  a  encore    quelquechose  à  faire  ou  non,  et  dans  le 
premier   cas,   je   demande   l'aide    du   haut  ministère   pour   être   mis   en  possession  du 
mémoire  en  question. 

Opsloe  le  8  octobre  1838 

Humblement 


B.    M.    HOLMBOE 


54  DOCUMENTS 


XCVI.     LE  SECRETARIAT  D'ETAT  AU  MINISTERE  DE  L'INSTRUCTION 

PUBLIQUE 

A  la  date  du  19  octobre    de  cette    année   le   gouvernement    norvégien  a  proposé 
respectueusement  à  S.  M.  le  Roi: 

3.  Que  S,  M.  veuille  bien,  par  la  légation  de  Norvège  et  de  Suède  à  Paris  tâcher 
d'obtenir  la  remise  soit  en  original,  soit  en  copie  d'un  Mémoire  rédigé  par 
feu  Abel  en  1826  et  remis  par  lui  a  l'Institut  Royal  de  France,  sous  le  titre 
suivant:  Mémoire  sur  une  propriété  générale  d'une  classe  très-étendue  de 
fonctions  transcendantes. 

Sur  quoi  S.  M.  a  daigné  décréter  à  la  date  du  5  de  ce  mois: 

»La  proposition  du  gouvernement  norvégien  est  approuvée,  et  en  ce  qui  con- 
cerne son  3^"^®  point,  elle  devra  être  communiquée  au  ministre  d'état  des  Af- 
faires Etrangères.  « 

Dont  communication  officielle,  avec  remise  des  pièces  annexes. 

Christiania  le  12  novembre  1838 

SCHOUBOE 


ÉCLAIRCISSEMENTS 

SUR  LES  DOCUMENTS 


ECLAIRCISSEMENTS  SUR  LES  DOCUMENTS 


PAR 

CARL  ST0RMER 


La  collection  de  documents  qui  précède  est  tout  ce  que  j'ai  trouvé  par  deux  mois  de  recher- 
ches après  le  mémoire  perdu  d'Abel  Sur  l'Intégration  des  formules  différentielles  (voir  doc.  IV, 
VI— XVI  et  XVIU,  Introduction  historique  par  E.  Holst  p.  21,  25,  et  Ahél,  ses  études  et  ses 
découvertes  par  L.  Sylow,  p.  58). 

Je  n'ai  pas  encore  réussi  à  atteindre  le  but  principal  de  mes  recherches,  qui  était  de  retrouver 
ce  mémoire,  mais  les  documents  que  j'ai  trouvés  m'ont  mis  sur  quelques  pistes  que  j'espère  bien 
avoir  plus  tard  le  temps  de  poursuivre. 

Comme  les  documents  donnent  certaines  indications  nouvelles  sur  ce  mémoire  d'Abel,  et  en 
même  temps  sur  les  manuscrits  laissés  par  lui,  comme,  de  plus,  ils  mettent  en  lumière  la  façon, 
qui  a  été  très-discutée,  dont  les  institutions  publiques  se  sont  comportées  vis-à-vis  de  lui,  nous 
les  publions  in  extenso.  Pour  plus  de  continuité,  nous  en  avons  imprimé  la  plupart,  quoique 
plusieurs  d'entre  eux  ne  soient  que  des  actes  de  pure  forme  n'offrant  aucun    intérêt  spécial. 

Les  reproductions  des  documents  ont  autant  que  possible,  été  collationnées  avec  soin;  toute- 
fois les  noms  des  institutions  dans  les  suscriptions  et  les  souscriptions  ont  été  supprimés,  à 
moins  qu'ils  n'offrissent  quelquechose  de  caractéristique. 

Parmi  les  documents  originaux,  j'en  ai  trouvé  17  au  secrétariat  de  l'Université,  32  aux 
archives  du  royaume,  17  dans  les  bureaux  du  ministère  des  cultes,  Store  Strandgade,  et  2  dans 
les  archives  de  l'école  supérieure  de  guerre.  Pour  abréger,  j'indiquerai  les  deux  premières  de 
ces  sources,  dans  ce  qui  va  suivre,  par  les  initiales  US  et  RA. 

En  outre  les  marques  URF,  KD  et  FD  représenteront  l'Université  (conseil  académique), 
le  ministère  de  l'instruction  publique  et  des  cultes  (bureau  A),  et  le  ministère  des  finances 
(bureau  C).  Les  journaux  et  copies  de  lettres  de  ces  diverses  institutions  sont  indiqués  par  les 
lettres  j  et  k,  ajoutées  aux  marques  ci-dessus  ;  les  procès-verbaux  et  le  journal  de  KD  par  KDr 
et  le  procès-verbal  des  séances  de  URF  par  URFf.  Les  nos  de  journalisation  seront  indiqués 
par  jn. 

Dans  ce  qui  va  suivre,  je  vais  rendre  compte  des  différents  documents,  de  la  source  à  laquelle 
ils  sont  empruntés,  des  citations  dont  ils  ont  déjà  été  l'objet  etc.  Dans  ces  notes  les  biographies 
d'Abel  par  Bjerknes  en  norvégien  et  en  français  seront  citées  sous  la  même  forme  que  dans  les 
éclaircissements  relatifs  aux  lettres. 

DOCUMENTS    —    8 


&8  ÉCLAIRCISSEMENTS    SUR   LES    DOCUMENTS 


I.  On  n'a  pas  le  document  original,  La  copie  est  tirée  d'un  vieux  registre  des  notes  données 
à  l'examen  artium,  appartenant  à  US.  Les  lignes  ondulées  mises  sous  le  chiffre  1  pour 
l'arithmétique  et  la  géométrie  constituent  la  vieille  note  „1  avec  serpent"  qu'on  donnait 
alors  comme  une  distinction  tout-à-fait  spéciale.     (Bj.  s.  3;  Bj.  p.  3.) 

II.     L'original   a    été    trouvé    à    US,    URFj    pour    février     1822.      Le   23    février    y    est    noté 
comme  date. 

61 
URFjn    févr.  1822- 

III.  L'original  manque.  Extrait  d'un  vieux  registre  de  notes  sur  l'examen  philosophicum 
appartenant  à  US.  Sur  la  note  de  mathématiques  voir  les  éclaircissements  concernant  le 
doc.  I.    La  note  de  physique  est  double,  ce  qui  n'était  pas  l'usage.    (Bj.  s.  4;  Bj.  p.  4.) 

IV.  Extrait  de  URFf  pour  1823,  appartenant  à  US.  Ce  document  a  son  intérêt  en  ce  qu'il  fixe 
la  date  de  rédaction  du  mémoire  d'Abel  au  moins  9  mois  plus  tôt  qu'on  ne  le  faisait 
jusqu'ici.  (Voir  Bj.  s.  7,  11;  Bj.  p.  8,  14,  ainsi  que  Sylow-Lie,  Oeuvres  compl.  1881,  T.  II, 
p.  288.) 

224 
V.    L'original  se  trouve  à  US,  URFj  pour  juin  1823.     URF  jn  ■:— = — TfiM  ' 

La  signature  d'Abel  apposée  à  ce  document  est  reproduite  en  fac-similé  sous  le  portrait 
d'Abel  en  tête  du  volume. 

VI.    L'original  se  trouve  à  US,  URFj  pour  décembre  1823.    Le  document  est  écrit  avec  beau- 

541 

coup  de  soin  par  le  prof.  Hansteen  sur  une  grande  feuille  in-folio.      URF  jn  'tt-t — îq5q' 

43  A.  1824 

VII.    Original  RA,  FDj  pour  janvier  1824,  avec  le  document  VIII.     KD  in  -. -■ t^  • 

°  '        •>  ^        ->  >  J     janvier  13 

(Bj.  s.  7,  11;  Bj.  p.  8,  14.) 

Il  ressort  du  présent  document  que  le  mémoire  d'Abel  fui  envoyé  au  ministère  de 
l'instruction  publique. 

263  G 
VIII.    Voir  les  renseignements  donnés  sur  le  doc.  Vil.    FDjn     \aQA.   ' 

IX.  Après  avoir  vainement  recherché  les  documents  originaux  dans  les  fonds  de  RA,  j'eus 
l'idée  de  faire  une  recherche  parmi  les  documents  se  rapportant  à  la  publication  des 
œuvres  d'Abel,  documents  qui  dans  KDj  comprennent  plus  de  90  numéros  allant  de  1837 
aux  années  1880.  Mon  investigation  systématique,  que  je  n'ai  pas  encore  terminée, 
m'amena  à  m'adresser  à  la  division  de  l'enseignement  au  ministère  de  l'instruction 
publique.  Store  Strandgade.  Là  je  trouvai  un  gros  dossier  marqué  „Oeuvres  d'Abel"  et 
contenant  une  masse  de  documents  concernant  cette  affaire.  A  ma  grande  joie,  je 
découvris  dans  ce  paquet  une  enveloppe  marquée  Subvention  sur  la  Caisse  de  l'Etat  à 
N.  H.  Abél  et  dans  cette  enveloppe,  les  originaux  des  documents  IX,  XI,  Xlll,  XVII, 
XVlll,  XIX,  XXI,  XXII,  XXIII,  XXV,  XXVII,  XXIX,  XXX  et  XXXl. 


ÉCLAIRCISSEMENTS    SUR   LES    DOCUMENTS  59 


D'après    le    présent  document,   il    semble   que   le  mémoire,  au  cas  où  il  a  été  remis  à 

,r^  .     160  A 
FD,  a  dû  être  retourné  à  KD.     KD  jn  ~J^~  ' 

X.  L'original  de  ce  document,  ainsi  que  ceux  des  documents  XIV,  XLV,  LI,  LXXV,  LXXVII, 
LXXVIII  et  LXXIX  a  été  trouvé  à  US,  URFj  pour  décembre  1829  :  ils  servirent  probable- 
ment alors  au  Secrétaire  de  l'Université  pour  la  rédaction  de  l'article  écrit  par  le  conseil 
académique  pour  sa  défense  dans  le  „Morgenbladei"  du  16  décembre  1829  (v.  Intr.,  p.  117.) 

84 
URF  jn      févr  1824     *     ^^J'  ^-  ^^  '  ^J"  P'  ^^^ 

XI.    Voir  les  éclaircissements  se  rapportant   au   doc.  X.      KD  jn     ^g^^      2o  tevr. 
(Bj.  s.  11;  Bj.  p.  15.) 

XII.    Reproduction  du  KD  r  pour  1824,  RA.    Le  document  porte  dans  le  registre  le  n°  79. 

XIII.  Voir  au  doc.  IX.     Si  le  mémoire  d'Abel  a   été   envoyé  à  Stockholm  avec  la  proposition, 

428  A 
il  résulte  de  ce  document  qu'il    fut   retourné    à    KD.     KD  jn     ^g^^      10  avril. 

XIV.  Voir  au  doc.  X.    Ni  dans  les  archives  du  KD  ni  de  l'U,  je  n'ai  rien  trouvé  indiquant  que 

176 
le  Mémoire  d'Abel  ait  à  cette  occasion  été  livré  par  KD.     KD  jn    ^^^    ^g,^  ■ 

(Bj.  s.  11  ;  Bj.  p.  15.) 

A  ce  moment  comme  dans  les  cas  précédents,  on  perd  la  dernière  trace  de  l'existence 
du  mémoire  au  KD. 

XV.    L'original  manque.     Le  présent  document  est  emprunté  au  URFk  pour  1824. 

197 

XVI.  L'original  a  été  trouvé  à  l'US,  URFj  pour  mai  1824.  URF  jn  jj^j   ^g<^- 

XVII.  Voir  les  éclaircissements  relatifs  au  doc.  IX.  Comme  le  texte  l'indique,  la  pétition  est 
écrite  sur  deux  colonnes  et  sur  papier  timbré.  En  haut,  le  n°  36055.  A  part  cela  le 
document  a  les  caractères  habituels  des  papiers  timbrés  d'alors.  Etait  joint  comme 
annexe  avec  les  doc.  XVIII  et  XIX  aux  doc.  XX,  XXII  et  XXVI. 

Lorsque  le  professeur  Bjerknes  écrivit  sa  biographie  d'Abel,  on  ne  connaissait  que  le 
brouillon,  qui  diffère  çà  et  là  de  l'original.     (Bj.  s.  19;  Bj.  p.  27.) 

XVIII.  Voir  les  éclaircissements  sur  les  documents  IX  et  XVII.  On  n'en  connaissait  auparavant 
que  le  brouillon,  écrit  sur  la  même  feuille  que  le  brouillon  XVII.  Ce  brouillon  diffère 
çà  et  là  de  l'original.    (Bj.  s.  20;  Bj.  p.  28.) 

XIX-    Voir  les  éclaircissements  aux  doe.  IX  et  XVII. 

339 
XX.    L'original  a  été  trouvé  à  l'US,  URFj  pour  juillet  1825.     URF  jn  j^nï^0825* 

XXI.    Ecrit  sur  la  Sème  page  de  l'original  du  doc.  XVU. 


60  ÉCLAIRCISSEMENTS    SUR   LES    DOCUMENTS 

1012  A 
XXII.     Voir  les  éclaircissements  au  doc.  IX.    KD  jn       ^g^r    • 

XXIII.  Ecrit  sur  le  document  précédent. 

351-b 

XXIV.  Original  US,  URFj  pour  juillet  1825.     UHF  jn    j^^et  1825' 

1057  A 
XXV.     Voir  les   éclaircissements   au  doc.  IX.      KD  jn      iqqk    ' 

1812  C 
XXVI.    Original  RA,  FD  j  pour  juillet  1825.     FD  jn  ^335-  • 

1108  A 
XXVII.    Voir  les  éclaircissements  au   doc.   IX.     KD  jn      ^o^c    • 

XXVIII.    Reproduction  du  KDr  pour  1825,  RA.     Dans  KDr,  le  document  porte  le  n°  307. 

XXIX.  Voir  les  éclaircissements  se  rapportant  au  doc.  IX.  C'est  une  lettre  ordinaire  n'ayant 
reçu  aucun  n°  courant  de  journal.  Devrait  peut-être  trouver  place  parmi  les  lettres 
d'Abel;  mais  c'est  pour  la  continuité  que  nous  l'avons  insérée  ici. 

Adresse  : 

Hoivelbaarne 

Hr.  Statsraad  P.  C.  Holst 

Commandeur  af  Nordstjemen  m.  m. 
Christiania 

1258  A 

XXX.  Voir  les  éclaircissements  sur  le  doc.  IX.     KD  jn  — Tcfë"  " 

XXXI.  Voir  les  éclaircissements  sur  le  doc.  IX.  La  lettre  originale  trouvée  par  moi  a  été 
rédigée,  mais  l'absence  de  plis  semble  indiquer  qu'elle  n'a  pas  été  expédiée.  Dans  KD  k, 
la  même  lettre  est  cependant  copiée. 

XXXII.  Original    trouvé   à  l'US.,  URFj    pour    septembre    1825.      L'original    était    fermé    par    un 

cachet    à   la    cire,  aux    initiales    BF.      Dans    URFf,    lors    de  la  délibération    sur    cette 
matière,  la  conclusion  du  procès-verbal   est:      „La  vacance  du  poste  sera  affichée    dans 

463 
le  courant  de  ce  mois."    URF  jn    g     .i     -.ggc  • 

464 

XXXIII.  Original  US,  URF  j  pour  sept.  1825.   URF  jn  Se  tbr  1825  ' 

XXXIV.  Extrait  de  URFf  pour  1825,  appartenant  à  l'US. 

XXXV.  Original  trouvé  au  RA.  Avec  les  originaux  des  doc.  XXXVI,  XL,  XLI  et  XLIII  dans 
le  KD  j  pour  mars  1826.  Comme  les  originaux  de  ces  documents  n'étaient  pas  à  leur 
place  (février  1826),  je  fus  longtemps  à  les  trouver.  Le  document  a  été  joint  comme 
annexe  au  suivant. 

XXXVI.     Voir  les  éclaircissements  relatifs  au  doc.  XXXV.     KD  jn     .g^-     25  novembre. 


ÉCLAIRCISSEMENTS    SUR   LES    DOCUMENTS  61 

640 

XXXVII.  Original  US,  URFj  pour  novembre  1825.    URF  jn  1^^71825  '    ^^J"  ^-  ^'  ^J"  P'  ^^'^ 

XXXVIII.  L'original  manque.     Le  document   est  une  reproduction  d'après  URF  k  pour  1825,  (US). 
(Bj.  s.  35;  Bj.  p.  52.) 

XXXIX.  L'original  de  ce  document,  qui  eut  pour  Abel  des  suites  si  fatales,  a  été  trouvé  à  l'US, 

dans  URFj  pour  décembre  1825.     URF  jn  pecbr  1825'     ^^î'^'  ^'  ^J' P*  ^^^ 

1907  A 
XL.    Voir  les  éclaircissements  relatifs  au  doc.  XXXV.     KD  jn     -.ga^     22  décembre. 

(Bj.  s.  36;  Bj.  p.  52-53.) 
XLI.    Ecrit  sur  le  document  précédent. 

XLII.    Reproduit  d'après  KD  r  1826  (RA).    Le  document  porte  dans  KD  r  le  n°  5. 

240  A 
XLIII.    Voir  les  éclaircissements  sur  le  doc.  XXXV.     KD  jn  ~TcS^* 

102 
XLIV.     Original  trouvé  à  l'US,  URFj  pour  février  1826.   URF  jn  p^yrier   1826  * 

XLV.    Voir  les  éclaircissements  se  rapportant  au  doc.  X.    La   lettre    était  fermée  d'un  cachet 

,.  .   .  .  .342 

à  la  cire,  où  on  lit  les  initiales  B  H  (probablement  Bernt  Holmboe).    URF  jn  j   •     jg^n  • 

(Bj.  s.  72;  Bj.  p.  107.) 

XLVI.    Original  trouvé  dans  RA,  KD  j  pour  juin  1827,  avec  l'original  des  documents  XLVII  et 

831  A 
XLIX.     KD  jn  -^327"  juin  8.    (Bj.  s.  72;  Bj.  p.  107.) 

XLVII.    Ecrit  sur  le  document  précédent. 

1554  G 


XL VIII.    Original  trouvé  au  RA,  FD  j  pour  juin  1827.     FD  jn 


1827 


XLIX.    Voir  les  éclaircissements  relatifs  au  doc.  XLVI.     KD  jn     .pç^„     juin  25. 

424 
L.     Original  trouvé  à  US,  URFj  pour  juillet  1827.    URFjn  "-^iHet  1827  '    (Bj.  s.  72;  Bj.  p.  107.) 

451 
LI.    Voir  les  éclaircissements  relatifs  au  doc.  X.    URFjn      •  -n  .  ^oaT  • 

"'        juillet  1827 

1209  A 
LII.    L'original  a  été  trouvé  au  RA,  dans  KDj  pour  juillet  1827.    KD  jn     ^r.gn     3  août. 

(Bj.s.  72;Bj.p.  108.) 

491 
LUI.     L'original  a  été  trouvé  à  l'US,  dans  le  URFj  pour  août  1827.     URFjn  *1~Ï82T~* 

548 
LIV.    De  même,  URFj  pour  août  1827.     URFjn       g^  ^  ^g^^    - 

LV.    L'original   manque.     Le   présent   document  est  reproduit   d'après   le   URFk  pour  1827 
à  l'US. 


ÉCLAIRCISSEMENTS    SUR   LES    DOCUMENTS 


552 


LVI.    L'original  a  été  trouvé  à  l'US,  dans  le  URFj  pour  août  1827.    URF  jn  . 

LVII.    L'original  manque.    Le  présent  document  est  reproduit  dans  l'URF  k  pour  1827,  à  l'US. 

LVIIL    L'original   manque.     Le   présent   document   est   reproduit  d'après  le  URFk  pour  1827, 
à  l'US. 

LIX.    L'original  a  été  trouvé   au   RA,   joint   aux   originaux    des   doc.     LXI,   LXV  et   LXVII, 
dans  le  KDj  pour  décembre  1827.    URFjn  ""ôTlsâT"' 

LX.    L'original  manque.    Reproduit  d'après  le  URFk  pour  1827,  à  TUS. 

LXL     Voir  les  éclaircissements  relatifs  au  doc.  LIX.    KD  in    —rEm — ^cr^n 
/x^.        ..^^.  •'         Iz  déc.  loz7 

(Bj.s.  115;  Bj.p.  217.) 

LXII.     Grâce  à  la  bienveillance  du  lieutenant-colonel  0.  Hjort,  j'ai  obtenu  l'accès   des  archives 
de    l'Ecole    supérieure    de    guerre.      L'original    du   présent   doc.    a  été  trouvé  parmi  les 

-,        .  ,.  65 

pièces  journalisées  pour  1827.     Il  porte  le  numéro  de  journal  MH 


1827 
(Bj.  s.  115;  Bj.  p.  217.) 

LXIII.     Voir  au  n°  précédent.     Le  présent    document   est    extrait    du  registre  des  séances  de  la 
direction  de  l'Ecole  supérieure  de  guerre  pour  1827.     (Bj.s.  115;  Bj.p.  217.) 


3361  C 

27     ■ 


LXIV.    L'original  a  été  trouvé  au  RA,  dans  le  FDj  pour  décembre  1827.    FD  jn 

1957  A 
LXV.     Voir  les  éclaircissements  relatifs  au  doc.  LIX.    KD  jn       .ç,an      24  déc. 

LXVI.    Reproduction  empruntée  au  KD  r  pour  1828,  RA.     Cette  proposition  porte  dans  le  KD  r 
le  n°  8. 

314  A 
LXVII.    Voir  les  éclaircissements  au  sujet  du  u°  LIX.    KDjn    âa~ci Tqôq' 

LXVIII.     L'original  manque.     Le  présent  document  est  reproduit  d'après  le  KD  k  pour  1828,  RA. 

LXIX.     L'original  manque.     Le  présent  document  est  reproduit  d'après  le  URF  k.  pour  1828,  US. 
(Bj.s.  115;  Bj.p.  217.) 

LXX.    J'ai  trouvé  l'original  du  présent  document  avec  celui  des  doc.    LXXI,  LXXII  et  LXXIII 
au  RA,  parmi  les   pièces   classées   du    KD  pour   l'année    1828.    Ce    document   porte    les 

394  965  A 

deux   numéros    suivants:     URF    •   -^  ^g^     et    KD        ^8        J"^"^  '^^^ 

(Bj.s.  117;  Bj.p.  220.) 

LXXI.    Voir    au    n°    précédent.     Le  document   porte   le    n°   de  journal    de    la  prochancellerie 
P.  C.  E.  n°  53.    (Bj.  s.  127;  Bj.p.  220.) 


ÉCLAIRCISSEMENTS    SUR   LES    DOCUMENTS  63 

9fi5  A 
LXXII.    Voir  au  n°  LXX.     KD  jn  -^g-  25  juin. 

LXXIII.     Voir  au    n°  LXX.    Ainsi    qu'il    est    indiqué    dans    le   texte,  Abel    a   laissé  une  place 

1004  A 
ouverte  pour  la    date.    KD  jn        "ïëôsT    30  juin, 

LXXIV.     Reproduit  d'après    KDJ  pour  1828,  RA. 

417 
LXXV.    Voir  les  éclaircissements  relatifs  au  doc.  X.    URFjn      •  •..  .  ^oao' 

LXXVI.    J'ai  trouvé  l'original  avec  ceux  des  doc.  LXXX  et  LXXXI  au  RA,  parmi  les  documents 

classés  du   KD  pour    l'année    1828.    KD  jn     "loSô"     16  juillet. 

LXXVII.     Voir  les  éclaircissements  relatifs  au  doc.  X.     Sans  numéro  de  journal. 

LXXVIII.    Est  écrit  sur  le  document  précédent. 

452 
LXXIX.     Voir  les  éclaircissements  relatifs  au  doc.  X.    URF  jn  t  -ii  t  ^oôq  '    avec  l'addition 

.      ^         ad  979,  1004a,  1020 
suivante  :    1829 * 

LXXX.     Voir  les  éclaircissements   au  n°  LXXVI,     Ce  document  n'avait  pas  de  n°  de  journal, 
lorsque  je  le  trouvai.     A  évidemment  servi  d'annexé  au  suivant. 

1337  A 
LXXXI,     Voir  les  éclaircissements   au  n°  LXXVI.     KD  jn       ^o^r,-     22  août. 

LXXXII.    Reproduit  d'après  KDJ  (RA). 

LXXXUI.  L'original  a  été  trouvé  par  moi  au  RA,  dans  le  KDj  pour  juillet  1829,  avec  les  nos 
LXXXIV,  LXXXV,  LXXXVIl,  LXXXIX,  XCI  et  l'avis  du  secrétariat  d'état  en  date 
du  22  juillet  1829,  annonçant  que  Holmboe  est  chargé  du  cours  d'Abel.  La  pétition 
est  écrite  sur  deux  colonnes  sur  papier  timbré.  Porte  le  n°  41486  et  a  servi 
d'annexé  aux  doc.  LXXXIV  et  LXXXVI. 

2029  A 
LXXXIV.     Voir  les  éclaircissements  au  n°  précédent,  KD  jn  ift  d  '  -b    1828  (^J"  ^-  ^^^''  ^J-  P-  222.) 

LXXXV,     Ecrit  sur  le  précédent, 

3827  C 
LXXXVL     Original  trouvé  au  RA,  dans  le  FDj  pour  décembre  1828,    FDjn    — oq— ' 

1829' 
LXXXVIII.    Reproduit  d'après  KD  r  (RA.)    Le  document  porte  dans  le  KD  r  le  n°  8. 

248 


LXXXVIL    Voir  les  éclaircissements  au  doc.  LXXXIII.    KD  in  ?r^ ■ — 

•'     z  Janvier 


LXXXIX.    Voir  pour  les  éclaircissements  au  n°  LXXXIII.   KD  in  jb-fh — 

••     18  l-evr. 


1829 


64  ÉCLAIRCISSEMENTS    SUR   LES    DOCUMENTS 

123 
XC.    L'original  a  été  trouvé  à  l'US,  dans  l'URFj  pour  février  1829.   URF  jn     p^yr  1829 — 

126 
XCI.    Voir  pour  les  éclaircissements  au  doc.  LXXXIII.    URF  jn  p ,       ^g^g  * 

136 
XCII.    L'original  a  été  trouvé  à  l'US,  dans  URFj  pour  juillet  1829.     URF  jn  ^^^^^829" 

XGIII.    L'original  manque.     Le  présent  document  est  reproduit  d'après  le  URF  k  pour  1829, 

(US.) 

XCIV.  J'ai  trouvé  l'original  de  ce  document,  ainsi  que  des  deux  suivants  dans  une  liasse 
marquée  „Abels  vœrker"  au  bureau  de  l'enseignement  du  Ministère  de  l'instruction 
publique  et  des  cultes.  Voir  pour  les  éclaircissements  au  doc.  IX.  Ils  étaient  joints 
à  un   grand  nombre  d'autres  documents  dans  une  chemise  portant  la  mention:     Den 

822 
forste  udgave  af  N.  H.  Abels  Vœrker,    URF  jn  ^^g  • 

Les  doc.  XCIV  et  XGV  ont  leur  intérêt  par  les  renseignements  qu'Us  four- 
nissent sur  les  manuscrits  laissés  par  Ahél. 

1931  A  _„^ 
XGV.    Voir  au  n°  précédent.     KD  jn  -q^^  1838. 

.    .  ,    2257  A 

XGVI.    Voir  aux  éclaircissements  du  doc.  XCIV.     KD  jn  ""^333"* 


En  vue  des  investigations  qui  pourront  avoir  lieu  à  l'avenir,  je  vais  donner  ici  la  liste  des 
archives  que  j'ai  eu  le  temps  de  scruter. 

A  rus,  j'ai  examiné  à  fond: 

Le  URFj  en  connexion  avec  le  URFf  et  le  URFk  pour  tous  les  mois  des  années  de  1821 
inclus  jusque  1830  inclus,  et  pour  le  second  semestre  de  1831. 

Au  RA,  j'ai  fouillé  le  KDj  pour  tous  les  mois  des  années  1824  et  1825,  janvier,  février,  mars 
et  avril  1826,  mai,  juin,  juillet,  août  et  décembre  1827,  janvier,  février,  mars  et  décembre  1828 
ainsi  que  janvier,  février  et  la  moitié  de  juillet  1829.  Parmi  les  affaires  classées  du  KD  j'ai 
examiné  à  fond  les  années  de  1823  inclusivement  jusques  et  y  compris  1830;  en  outre,  d'après 
les  tables  des  matières,  le  journal  de  1824  jusque  1830  inclusivement;  enfin  d'une  façon  rapide 
les  affaires  classées  du  KD  pour  1821,  1822,  1831—1839  et  1845. 

Puis  j'ai  fait  une  recherche  plus  sommaire  dans  les  greniers  du  Ministère  de  l'Instruction 
publique  et  des  cultes,  Dronningens  Gade,  15,  et  dans  les  archives  de  l'Ecole  supérieure  militaire 
pour  les  années  de  1826  à  1829  (ces  deux  années  incluses.) 

Je  tiens  à  exprimer  ici  toute  ma  reconnaissance  pour  la  bonne  volonté  qui  m'a  été  témoignée 
de  toutes  parts  pendant  mes  recherches. 


L.  SYLOW 

LES  ÉTUDES  D'ABEL  ET  SES 

DÉCOUVEETES 


LES   ÉTUDES   d'aBEL    —    1 


LES  ÉTUDES  D'ABEL  ET  SES  DÉCOUVERTES 

PAR 

h.  SYLOW 

JNotre  université  possède,  autant  que  je  sache,  outre  un  certain  nombre  de 
lettres  d'AsEL,  tout  ce  qui  est  resté  de  ses  manuscrits  mathématiques.  Parmi  ceux-ci 
il  n'y  a  pas  d'originaux  des  mémoires  qu'il  a  publiés  lui-même,  et  ceux  qui  restent 
sont  pour  la  plupart  des  travaux  du  commencement  de  sa  vie  d'étudiant,  et  pas 
précisément  les  plus  remarquables.  Mais  Abel  avait  l'habitude  d'écrire  des  ébauches 
et  de  faire  des  calculs  dans  des  cahiers  reliés,  habitude  qui  donne  aux  papiers  qu'il 
a  laissés  une  valeur  historique  beaucoup  plus  grande  qu'ils  ne  l'auraient  eue  sans 
cela.  Car  on  doit  présumer,  en  général,  que  tout  se  trouve  en  ordre  chronologique, 
dès  que  l'époque  relative  des  cahiers  est  déterminée  de  façon  certaine. 

C'est  en  rapprochant  ces  notes  d'ABEL  de  ses  lettres  et  de  ses  mémoires  publiés, 
que  l'on  obtient  le  tableau  le  plus  précis  de  sa  vie  scientifique. 

La  partie  la  plus  importante  des  manuscrits  d'ABEL,  tant  au  point  de  vue  du 
contenu  que  de  l'étendue,  forme  six  cahiers  manuscrits.  On  n'y  trouve  rien  qui 
ait  une  ressemblance  même  lointaine  avec  le  „Notizenjournal"  de  Gauss.  Les  dates 
y  sont  au  conti-aire  très  rares.  Cependant  on  réussit  assez  bien  à  déterminer 
l'époque  des  cahiers.  Je  les  mentionnerai  dans  leur  ordre  chronologique,  avec  leur 
numéro  dans  la  collection  des  manuscrits  de  la  bibliothèque,  et  j'indiquerai  en  même 
temps  sur  quoi  repose  la  détermination  de  la  date.  Je  les  citerai  ensuite  par  les 
numéros  adoptés  ici. 
L   MS  n°  829  in-4°,   désigné   dans   les   „ Œuvres    complètes,  Nouv.  éd."    par  la 

lettre  E;  c'est  un  cahier  de  192  pages  d'après  la  pagination  même  d'ABEL;   les 


L.    SYLOW 


pages  164  et  165  manquent,  mais  cela  tient  simplement  à  une  faute  de  pagi- 
nation. Le  feuillet  179 — 180,  au  contraire,  est  arraché.  La  cahier  porte  en 
titre  :  ^Exercices  matîtématiques  par  Niels  Henrik  AheV",  *  d'une  écriture  pres- 
que enfantine.  Sur  la  couverture  se  trouve  un  titre  semblable,  écrit  d'une  main 
plus  exercée.  Il  n'y  a  aucune  indication  de  temps;  la  langue  est  le  norvégien. 
On  peut  conclure  l'époque  de  ce  cahier  de  ce  qui  suit:  Pages  139 — 141  se 
trouve  un  morceau  intitulé  „ Résolution  des  équations  du  troisième  degré  (par 
Cardan)"*  et  pages  142—144  un  autre  intitulé  „ Résolution  des  équations  du 
quatrième  degré  (par  Bomhélli)'^ .^ 

Gomme  on  sait  qu'AsEL  s'est  occupé  dès  le  commencement  de  l'année  1821 
de  la  résolution  des  équations  du  cinquième  degré,  et  même  a  cru  un  moment 
l'avoir  trouvée,  ces  pages,  tout  au  moins,  et  probablement  le  cahier  tout  entier 
ont  dû  être  écrits  au  plus  tard  en  1820,  par  conséquent  lorsqu'il  était  encore  au 
lycée.  Le  reste  du  contenu  s'accorde  bien  avec  cela.  Le  premier  morceau: 
^Développement  de  quelques  fonctions  au  moyen  du  calcul  différentiel^* 
forme  environ  la  moitié  du  cahier.  La  méthode  consiste  en  général  à  poser  la 
fonction  égale  à  une  série  de  puissances;  par  différentiation  des  deux  membres, 
on  obtient  des  formules  de  récurrence  pour  déterminer  les  coefficients.  D'une 
façon  générale,  c'est  surtout  de  développements  en  série  qu'il  est  question. 
Mais  il  s'y  trouve  aussi  d'autres  choses,  par  exemple  le  théorème  de  Taylor 
obtenu  par  intégration  par  parties,  des  propositions  de  géométrie  élémentaire, 
la  rectification  de  la  parabole,  l'application  du  calcul  différentiel  et  intégral  à  la 
géométrie  analytique,  la  courbe  tautochrone.  A  un  endroit,  il  se  sert  des  indices 
de  différentiation  négatifs.  Tout  cela  n'est  évidemment  que  des  extraits  qu'il  a 
faits,  et  des  problèmes  qu'il  a  résolus  en  étudiant  les  traités  et  les  auteurs 
anciens. 
II.  MS  n"^  749  in-4<*,  ne  fut  retrouvé  qu'en  décembre  1883  parmi  les  livres  de 
Holmboe,  et  par  suite  n'est  pas  mentionné  dans  les  Œuvr.  compl.  C'est  un 
cahier  reUé  de  170  pages,  paginé  par  Abel  lui-même,  mais  les  pages  17—22 
sont  coupées;  deux  feuillets  sont  enlevés  entre  les  pages  130  et  131,  cer- 
tainement donc  par  Abel  lui-même.  Le  cahier  est  écrit  avec  beaucoup  de 
soin,  et  porte  en  titre:     ^Mémoires  mathématiques''^;*  la  langue  est  partout  le 

*  îln  norvégien. 


LES    ÉTUDES    d'aBEL   ET    SES   DÉCOUVERTES 


norvégien.  Comme  c'est  la  source  de  toute  une  série  de  mémoires  insérés  par 
Holmboe  dans  le  second  volume  de  son  édition  des  Œuvres  complètes,  je  vais 
donner  ici  la  table  des  matières  dont  il  est  pourvu,  avec  l'indication  du  volume 
et  de  la  page  dans  l'édition  de  Holmboe,  et  renvois  entre  parenthèses  à  la 
nouvelle  édition,  pour  les  mémoires  qui  y  sont  également  insérés. 

1.  Sur  les  maxima  et  minima  d'intégrales  aux  différences  finies  .    .   .  Page    1 

Œuvr.  compl.  II,  p.  1. 

2.  Conditions  pour  qu'une  fonction  de  plusieurs  variables  et  de  leurs 
différences  soit  une  différence  complète -      10 

Œuvr.  compl.  II,  p.  9. 

3.  Détermination    des   limites    que  ne  peuvent  dépasser  les  quantités 
variables  pour  que  l'intégrale  J  TJdx,  prise  entre  des  limites  données, 

ait  une  valeur  déterminée -      17 

SA 
— .     28 

Œuvr.  compl.  II,  p.  14. 

5.  Les  fonctions  transcendantes  V]  -s ,  y]-g ,  etc -      53 

Œuvr.  compl.  II,  p.  30.  (Nouv.  éd.  II,  p.  1.) 

6.  Intégration  de  J  ^  {Ixf'  dx -      58 


7.  Valeur  de 


N 
[X  +  m)r      de  a:;  =  0  jusqu'à  x  =  l,   etc. 


64 


J 


De    ce  mémoire,   les   p.    69—76   sont   insérées  dans  les 
Œuvr.  compl.  II,  p.  35.  (Nouv.  éd.  II,  p.  7.) 

8.  Sommation  de  la  série  tj  =  cp  [0)  -^  (p  {V) .  x  -\-  . . .  -\-  cp{n)  .  x"  , 

où  cp  désigne  une  fonction  rationnelle -      77 

Œuvr.  compl.  II,  p.  41.  (Nouv.  éd.  II,  p.  14.) 

9.  Sur  l'équation  différentielle  dy  +  [li  -\-  q.y  -{-  ry^)  dx^=0 -      82 

Œuvr.  compl.  II,  p.  229.  (Nouv.  éd.  II,  p.  19.) 

10.  Sur  l'équation  différentielle  [y  +  s)  dy  -\- [p -\- qy  ^  ry^)  dx  =  0  .    .      -     89 

Œuvr.  compl.  II,  p.  236.  (Nouv.  éd.  II,  p.  26.) 

11.  Sur  un  problème  de  géométrie .      99 

12.  Détermination  de  fonctions  par  des  propriétés  données -    102 

Les   pages    123—126   sont    insérées  dans  Œuvr.  compl.  II,  p.  246. 

(Nouv.  éd  II,  p.  36.) 


6 


L.    SYLOW 


13.  Réduction    de  l'intégrale  J  dxf  (x,  fir) Page  133 

14.  Sur  des  intégrales  de  la  forme     ^^   _ .      149 

J{x+a)U 

15.  Sur  les  transcendantes  elliptiques  de  troisième  espèce -     151 

16.  Equations  fonctionnelles  contenant  des  fonctions  inconnues  de  deux 
variables .     155 

17.  L'équation  différentielle  dy -}- [p -{- y^)  dx  =  0 -     161 

Le    cahier   lui-même  ne  renferme  aucune  indication  de  temps.  Hoimboe  dit, 

dans  la  préface  de  son  second  volume,  que  les  deux  premiers  de  ces  morceaux 
ont  été  écrits  aussitôt  après  qu'ABEL  eut  lu  pour  la  première  fois  le  Calcul 
des  fonctions,  de  Lagrange,  ce  qu'il  a  fait  au  plus  tôt  à  l'automne  de  1822, 
comme  on  peut  le  voir  dans  le  registre  des  prêts  de  la  bibliothèque  de 
l'université.  Mais  Abel  cite,  p.  69,  les  Exercices  de  calcul  intégral,  de 
Legendre,  qu'il  commença  à  étudier  à  l'automne  de  1823.  Les  numéros  12  et 
16  ont  pour  objet  une  classe  de  problèmes  qu'ABEL  a  traités  dans  le  Magazin 
for  Naturvidenskaherne  en  1823,  et  par  suite  n'ont  pu  être  écrits  plus  tard. 
Le  cahier  date  donc  probablement  des  années  1822  et  1823. 

III.  MS  n**  351.  A.  in-folio.,  désigné  par  la  lettre  A  dans  les  Œuvr.  compl.,  Nouv. 
éd.  C'est  un  cahier  relié  qu'ABEL  acheta  à  Paris  peu  après  son  ai-rivée,  et 
qu'il  utilisa  aussitôt.  Il  porte  encore  la  marque  du  papetier  collée  à  l'intérieur 
de  la  couverture,  et  la  fausse  couverture  porte  le  titre  en  français:  „Mémoires 
de  Mathématiques  par  N.  H.  Abel,  Paris  le  9  août  1826."  On  trouve  en  outre 
la  date  du  18  août  1826,  écrite  en  marge  au  haut  de  la  page  31;  p.  35  il  y  a 
19  août.  La  pagination  à  l'encre  rouge  que  portent  aujourd'hui  les  feuillets  du 
cahier  a  été  ajoutée  à  l'occasion  de  la  nouvelle  édition  des  Œuvres  compl.  Un 
feuillet  était  arraché,  probablement  par  Abel  lui-même  au  cours  du  travail, 
car  il  ne  semble  pas  qu'il  y  ait  de  lacune.  Les  pages  117  et  118  traitent  de 
l'élimination  entre  deux  équations  algébriques  tout-à-fait  de  la  même  manière 
que  le  court  mémoire  qu'ABEL  fit  imprimer  dans  les  Annales  de  Gergonne,  et 
doit  par  conséquent  avoir  été  écrit  auparavant,  c'est-à-dire  dès  1826  (lettre  XXII). 
Les  matières  du  cahier  sont  précisément  les  questions  qui  faisaient  l'objet  des 
travaux  d'ABEL  pendant  le  séjour  à  Paris.  Il  semble  donc  avoir  été  achevé 
soit  à  Paris,  soit  du  moins  avant  son  retour  en  Norvège. 

IV.  MS  n°  696  in-4*',  désigné  dans  les  Œuvr.  compl.,  Nouv.  éd.  par  la  lettre  D. 
C'est  un  cahier  de  136  pages  ;  une  pagination  a  été  ajoutée  au  crayon  à  l'occa- 


LES    ÉTUDES    d'ABEL   ET    SES    DÉCOUVERTES 


sion  des  Œuvr.  compl.,  Nouv.  éd.  ;  quelques  feuillets  étaient  alors  arrachés.  Sur 
la  couverture  sont  imprimés  le  nom  et  l'adresse  du  fabricant:  „Neuhaldens- 
leben  bey  A.  Eyraud."  Abel  y  a  mis  un  feuillet  pour  le  titre  où  on  lit  en 
français:  „Remarques  sur  divers  points  de  V analyse  par  N.  H.  Abel,  1er 
Cahier,  le  8  sept  1827"  Si  le  cahier  a  été  acheté  en  Allemagne,  Abel  n'a 
doncc  ependant  écrit  le  titre  qu'à  Kristiania;  mais  probablement  les  papetiers  de 
Kristiania  importaient  alors  d'Allemagne  les  cahiers,  ou  peut-être  les  couvertures 
à  images;  ce  que  suggère  d'ailleurs  le  fait  qu'un  prix  en  monnaie  norvégienne 
de  l'époque  est  écrit  au  crayon  à  l'intérieur  de  la  couverture.  La  langue  est  le 
français,  lorsqu'il  y  a  du  texte,  mais  c'est  assez  rare  ;  la  plus  grande  partie  du 
cahier  ne  contient  que  formules  et  calculs,  dont  il  faut  deviner  la  signification;  ce 
sont  surtout  des  séries  infinies  ou  des  équations  abéliennes.  Il  y  a  des  parties 
qui  rappellent  le  cahier  III,  d'autres  le  cahier  V. 
V.  MS  n°  435  in-folio,  désigné  par  la  lettre  B  dans  les  Œuvres  compl.,  Nouv. 
éd.  C'est  un  cahier  relié.  Lorsqu'on  a  fait  la  pagination,  de  même  que  pour 
les  deux  précédents,  5  feuillets  avaient  été  coupés  entre  les  pages  30  et  31, 
ainsi  que  le  dernier  feuillet.  Il  n'y  a  aucune  indication  de  temps  ni  de  lieu, 
mais  le  papier  et  certaines  particularités  ressemblent  tellement  à  des  registres 
de  la  douane  des  années  1826  et  1827,  que  l'on  doit  considérer  comme  certain 
qu'il  a  été  fait  et  acheté  à  Kristiania.  A  cela  s'ajoute  que  le  prix  en  mon- 
naie norvégienne  ancienne,  ici  encore,  est  écrit  au  crayon  à  la  fin  du  volume 
à  l'intérieur  de  la  couverture.  Dans  la  première  partie  du  cahier  jusqu'à  la 
page  84,  il  est  écrit  en  français,  ensuite  en  allemand;  page  85  commence  en 
effet  une  section  qui  s'étend  jusqu'à  la  fin  du  cahier,  et  qui  porte  le  titre  de:  „  Ver- 
such  einer  Théorie  der  elliptischen  Fundionen."  A  partir  de  la  page  116, 
cependant,  il  y  a  très  peu  de  texte.  Un  point  de  repère  pour  la  détermination  de 
la  date  est  fourni  par  les  pages  47—49,  qui  ont  le  même  contenu  que  le  mémoire 
d'ABEL  dans  le  Journal  de  Grelle,  t.  III,  sur  une  classe  de  critères  de  conver- 
gence des  séries.  Gomme  Olivier  et  son  mémoire  dans  le  t.  II,  deuxième  fasci- 
cule du  Journal,  y  sont  mentionnés,  ces  pages  ont  été  écrites  après  qu'ABEL 
eut  vu  ce  fascicule,  qui  parut  le  5  juillet  1827,  et  sans  doute  peu  après,  car 
Abel  était  bien  au  fait  de  la  question.  En  effet  la  série  2j  n  (log  n)«  ^^  ^^^' 
contre  déjà  dans  le  Cahier  III.  Le  Cahier  V  a  dû  être  acheté  et  commencé 
après  le  Cahier  in-4°  IV,    mais  avant  que  celui-ci  fût    terminé;  ce  dernier  con- 


8  L.    SYLOW 

venait  moins  en  effet  pour  recevoir  de  grands  articles  étendus.  Il  a  dû  être  ter- 
miné au  plus  tard  au  commencement  de  1828,  comme  on  le  voit  en  le  rappro- 
chant du  suivant. 
VI.  MS  n°  351  G  .in-folio,  appelé  -G  dans  les  Œuvr.  compl.,  Nouv.  éd.  Ici  encore  la 
pagination  (1 — 215)  a  été  faite  plus  tard;  entre  les  pages  49  et  50,  51  et  52, 
187  et  188,  un  feuillet  était  arraché,  ainsi  qu'un  bon  nombre  à  la  fin  du  cahier. 
Il  porte  la  marque  d'un  relieur  de  Kristiania,  mais  ne  porte  aucune  autre 
indication  de  temps  que  quelques  dates  de  l'automne  1828  à  la  fin  du  volume 
à  l'intérieur  de  la  couverture.  Qu'il  soit  postérieur  au  Cahier  V,  cela  résulte  de 
son  contenu  en  général;  quelques  détails,  surtout,  le  montrent  d'une  manière 
certaine.  Par  exemple,  on  rencontre,  p.  34  et  suivantes,  des  calculs  assez  longs 
sur  la  division  par  7  des  périodes  d'une  fonction  elliptique  singulière,  dont  il  est 
question  à  la  page  172  du  Cahier  V.  Page  52,  il  y  a  une  table  du  contenu  des 
divers  paragraphes  du  mémoire  sur  les  équations  abéhennes;  les  théorèmes,  et 
même  quelques-unes  des  équations  y  sont  mentionnés  avec  leurs  numéros.  La 
page  52  a  donc  été  écrite  après  la  rédaction  du  mémoire,  mais  avant  son  envoi. 
Le  mémoire  est  daté  du  29  mars  1828;  mais  il  semble  que  cette  date  ait  été 
ajoutée  par  Crelle  et  doit  dans  ce  cas  être  la  date  de  la  lettre  d'envoi.  La  page 
52  a  donc  dû  être  écrite  ce  jour-là  ou  peu  avant.  Enfin,  la  page  210  contient 
un  brouillon  de  la  deuxième  lettre  d'ABEL  à  Legendre,  datée  du  25  novembre 
1828.  On  peut  donc  admettre  que  le  Cahier  VI  a  été  commencé  au  début  de 
l'année  1828  et  terminé  vers  la  fin  de  l'année.  Le  Cahier  V  a  donc  dû  être 
terminé  au  plus  tard  au  commencement  de  1828. 

Ces  quatre  derniers  cahiers  diffèrent  beaucoup  des  deux  plus  anciens.  Ils 
ne  contiennent  la  rédaction  définitive  d'aucun  mémoire,  mais  seulement  des  prépara- 
tions. Il  semble  qu'AsEL,  lorsqu'il  croyait  avoir  dans  l'esprit  quelquechose  d'achevé, 
ait  pris  son  cahier  et  commencé  à  écrire  son  mémoire  in  extenso,  souvent  avec 
introduction.  Au  début  il  arrive  que  tout  est  parfaitement  élaboré  et  complètement 
rédigé;  mais  plus  loin  le  texte  commence  à  devenir  plus  rare,  et  ce  qu'il  écrit  finit 
par  n'être  plus  qu'une  collection  de  calculs.  Sa  critique  s'est  alors  exercée  sur  lui- 
même,  soit  à  l'égard  du  mode  d'exposition,  soit  en  ce  qu'il  ne  trouve  pas  le  travail 
encore  assez  mûr;  parfois  peut-être  la  cause  en  est  qu'il  a  poursuivi  son  sujet  plus 
loin  qu'il  ne  l'avait  projeté  tout  d'abord.  Mais  il  est  ainsi  parvenu  à  une  rédaction 
intelligible  pour  lui-même  des  résultats    acquis  à  un    moment   donné.     Plus   tard  il 


LES    ÉTUDES    d'ABEL    ET    SES    DÉCOUVERTES 


4 

revient  parfois  au  même  sujet,  et  fait  une  nouvelle  tentative.  Le  mémoire  définitif, 
lorsqu'il  y  en  a  eu  un  de  publié,  s'accorde  dans  ses  parties  essentielles  avec  la  der- 
nière ébauche  faite  dans  le  cahier,  mais  peut  aussi  avoir  été  complété.  Tel  est  le 
cas,  par  exemple,  pour  le  mémoire  sur  les  équations  abéliennes.  Mais  il  n'est  pas 
sans  exemple  que  certaines  choses  soient  plus  nettement  accentuées  dans  le  cahier 
que  dans  le  mémoire.  Ainsi,  dans  le  mémoire  que  je  viens  de  citer,  c'est  dans  une 
simple  note  au  bas  de  la  page,  qu'il  dit  qu'on  suppose  un  domaine  de  rationalité 
quelconque.  Au  contraire,  au  premier  endroit  où  apparait  ce  thème,  (Cahier  III, 
p.  129),  on  lit: 

„Soit  f{x,a,h,c,  .  .  .) ^ 0  =  «^ {x) 
une  équation    en  x  du  degré  /<,  f  {x,  a,  b,  c  .  .  .)   étant    une  fonction  rationnelle   de 
a,h,c,d... 

Supposons  que,  x^,  x^,  étant  deux  racines,  on  ait 

x^=e  (rro) 
0  {Xf^)  étant  une  fonction  rationnelle  de  Xq,  a,  h, .  .  .  etc." 

Ses  cahiers  lui  servaient  encore  d'une  autre  manière;  il  y  faisait  des  calculs  et 
notait  des  résultats  sur  les  questions  qu'il  était  en  train  de  traiter.  Lorsqu'il  s'est 
occupé  assez  longtemps  d'un  même  sujet,  on  trouve  de  longues  séries  de  pages  qui 
consistent  uniquement  en  formules  et  calculs,  souvent  sans  le  moindre  texte.  S'il 
y  fait  une  faute  de  calcul,  ou  s'il  a  énoncé  une  proposition  incorrectement,  il  ne  se 
donne  souvent  plus  la  peine  d'effacer  ou  de  corriger  la  faute;  tout  au  plus  le 
résultat  exact  est-il  mis  en  marge.  En  continuant,  on  trouve  que  la  faute  a  disparu. 
Dans  ces  passages  les  désignalions  employées  peuvent  varier,  et  il  n'y  a  souvent 
aucun  lien  visible  entre  ce  qui  se  trouve  sur  une  page  et  sur  la  suivante.  Il  arrive 
qu'il  se  soit  servi  plus  tard  de  blancs  pour  y  faire  de  menus  calculs  qui  n'ont 
aucun  rapport  avec  le  sujet  primitif.  L'insouciance  avec  laquelle  il  a  traité  ces 
cahiers  va  si  loin  que,  faute  de  papier,  il  s'en  est  parfois  servi  lorsqu'il  donnait  des 
leçons  sur  les  parties  les  plus  élémentaires  des  mathématiques. 

Outre  ces  cahiers,  il  est  possible  que  Holmboe  en  ait  eu  d'autres  lors  de  la 
première  édition  des  Œuvres  complètes,  mais  il  a  eu  certainement  une  foule  de  feuilles 
volantes,  qui  alors  déjà  étaient  jetées  pêle-mêle.*  De  ces  papiers  il  y  en  a  peu  de 
conservés;  on  y  trouve  l'original  du   mémoire  XIV  des   Œuv.  compl.,   Nouv.  éd.  II 


*  Voir  doc.  XGIV  et  XCV. 

LES   ÉTUDES  d'aBEL    —    2 


10  L.    SYLOW 

(T.  II  n«  XXII  de  l'éd.  ancienne)  et  les  fragments  imprimés  dans  le  T.  II  sur  les 
fonctions  elliptiques. 

Depuis  la  publication  de  la  nouvelle  édition,  l'Université  est  entrée  en  possession 
d'une  partie  des  copies  des  originaux  d'ABEL,  sur  lesquelles  ont  été  imprimés  ses 
mémoires  dans  le  Journal  de  Crelle.  Elles  appartenaient  à  l'Académie  des  Sciences 
de  Berlin,  et  furent  obligeamment  prêtées  aux  éditeurs.  Plus  tard,  afin  que  tout 
ce  qui  restait  des  manuscrits  d'ABEL  pût  être  conservé  au  même  endroit,  l'Académie 
a  fait  à  notre  Université  un  don  très  bien-venu  en  lui  cédant  ces  copies,  qui  ont 
donné  de  précieux  renseignements  pour  établir  l'édition.* 

J'ai  trouvé  une  source  utile  de  renseignements  sur  les  premières  études  d'ABEL 
dans  les  registres  de  prêts  des  bibliothèques  de  l'école  cathédrale  (lycée)  et  de 
l'Université.  Non  seulement  ils  donnent  un  tableau  de  ce  qui  intéressait  Abel, 
mais  la  certitude  qu'ABEL  a  lu  un  livre  à  un  moment  donné,  ou  la  probabilité  qu'il 
ne  l'ait  pas  connu,  a  plusieurs  fois  présenté  de  l'intérêt.  Il  n'y  avait  guère  pour 
Abel  d'autre  accès  à  la  littérature  mathématique;  on  peut  donc  admettre  que  ces 
registres  renseignent  complètement  sur  ce  qu'il  a  lu  avant  son  départ  pour 
l'Allemagne,  si  l'on  excepte  seulement  ce  qu'il  a  pu  lire  à  Copenhague  en  1823; 
mais  sur  ceci  il  nous  a  lui-même  renseignés  dans  sa  seconde  lettre  à  Hoimboe. 

Dans  son  enfance,  Abel  était  très  adonné  à  la  lecture,  et  profitait  assidûment 
de  la  bibliothèque  du  lycée.  Le  registre  de  prêts  montre  que  pendant  ses  trois 
premières  années  d'école,  il  a  lu  des  œuvres  littéraires  et  des  descriptions  de  voyage, 
mais  qu'en  1818  survint  un  changement  soudain;  à  partir  de  ce  moment,  il  ne 
lut,  pour  ainsi  dire,  plus  que  des  mathématiques.  En  cette  année,  ses  dispositions 
s'étaient  révélées  à  son  professeur,  Hoimboe,  et  à  lui-même.  Il  parut  absurde  de 
lui  donner  les  mêmes  devoirs  qu'aux  autres  élèves;  il  se  mit  avec  une  rapidité 
merveilleuse  au  courant  de  ce  qu'on  enseignait  au  lycée  en  fait  de  mathématiques 
élémentaires,  et  il  étudia  ensuite  sans  la  direction  de  Hoimboe  d'abord  les  éléments 
du  calcul  infinitésimal,  puis  \\Introd'actio"'  d'Euler,  ses  „Institutiones  calculi  diffe- 
rentialis"  et  ses  ^Institutiones  calculi  integralis^.  Ce  fut  certainement  une 
heureuse  inspiration  de  choisir  ces  ouvrages  comme  livres  d'étude  pour  un  pareil 
élève,  et  son  étude  d'Euler  a  été  féconde;    mais  d'autre  part  il  semble  qu'il  lui  en 


*  Voir  lettres  LUI  et  LIV. 


LES    ÉTUDES    D'ABEL   ET    SES    DÉCOUVERTES  11 

soit  resté  certaines  idées  peu  rigoureuses,  qui  ont  été  longtemps  tenaces,  et  dont  il 
a  eu  de  la  peine  à  se  débarrasser.  Dès  avant  qu'il  eût  quitté  l'école,  la  biblio- 
thèque de  celle-ci  lui  était  déjà  devenue  insuffisante,  et  il  s'adressa  à  la  bibliothèque 
de  l'Université.  Le  registre  de  prêts  de  celle-ci  le  montre  alors  lecteur  assidu  jusqu'à 
son  voyage  en  Allemagne  en  1825.  Ce  qu'il  demanda  fut  avant  tout  les  grands 
mathématiciens  antérieurs,  comme  Newton,  Euler,  Lagrange,  mais  aussi  quelques 
contemporains,  comme  Gauss;  dès  1820  il  a  emprunté  les  „Disquisitiones  arith- 
meticœ",  plus  tard  on  voit  qu'il  a  lu  une  des  démonstrations  de  Gauss  pour  le 
théorème  fondamental  de  l'algèbre;  en  même  temps  il  étudiait  tel  ou  tel  traité, 
comme  le  „Cours  de  mathématiques'*  de  Lacroix.  En  outre,  à  partir  de  1820,  il 
chercha  à  se  renseigner  dans  les  publications  des  académies,  ou  dans  des  revues 
comme  le  „Journal  de  l'Ecole  Polytechniqtie"  et  les  „Annales  de  Gergonne". 
Certes,  la  mathématique  pure  était  son  étude  principale,  mais  il  s'est  intéressé  aussi 
aux  applications.  C'est  ainsi  qu'il  a  emprunté  des  ouvrages  sur  la  mécanique 
d'Euler,  de  d'Alembert,  de  Lagrange,  de  Poisson,  la  ^Mécanique  céleste"'  et 
\\Exposition  du  système  des  mondes''  de  Laplace,  le  „Traité  d'optique"  de  Malus. 
Beaucoup  de  tout  cela,  notamment  en  ce  qui  concerne  la  mécanique,  l'astronomie, 
etc.,  a  dû  être  une  sorte  d'exploration  du  domaine  immense  de  la  science,  on  n'en 
peut  guère  douter.  Il  n'a  certainement  pas  étudié  les  mathématiques  appliquées 
avec  la  même  ardeur  que  les  mathématiques  pures.  Son  travail  de  jeunesse  mal 
réussi  sur  l'influence  de  l'attraction  de  la  lune  sur  les  corps  à  la  surface  de  la 
terre,  et  un  passage  d'une  lettre  à  Hansteen  (lettre  X)  en  témoignent;  il  semble  en 
effet  que  Hansteen  ait  essayé  de  l'attirer  vers  l'application,  et  qu'ÂBEL  cherche  alors 
à  s'y  soustraire. 

Depuis  le  temps  où  il  était  au  lycée,  il  mena  de  front  ces  lectures,  dont  il 
écrivait  des  extraits,  et  la  rédaction  de  petits  mémoires,  qu'il  a  sans  doute  consi- 
dérés comme  des  exercices.  Neuf  de  ces  travaux  du  commencement  de  son  temps 
d'étudiant  ont  été  insérés  dans  la  première  édition  des  Œuvres  complètes,  et  six 
ont  dû  être  insérés  également  dans  la  nouvelle  édition,  parcequ'ils  avaient  été  cités 
souvent  depuis.  Il  ne  commença  qu'en  1823  à  pubher  des  petits  mémoires  dans  le 
„Magazin  for  Naturvidenskaherne" ,  qui  venait  justement  d'être  fondé.  Pendant 
tout  ce  temps  jusqu'en  1825,  Abel  en  resta,  pour  ce  qui  est  de  la  rigueur  et  de  la 
méthode,  au  point  où  en  étaient  les  mathématiciens  anciens.  Pour  en  donner  des 
exemples,  il  considérait  l'expression 


12 


L.    SYLOW 


i  +  l  +  i  +  -..  +  i  =  iN 

comme  la  définition  d'une  fonction  L{x)  pour  toute  valeur  de  x;  il   employait   des 

séries  infinies  sans  se  demander  si  elles  étaient  convergentes   ou  non,    et  attribuait 

un   sens   aux   séries   divergentes.  Dans  le  cahier  II  (p.  79),  il  répète  les  égalités 
d'Euler: 

1-1  +  1-1  +  ...  =  ^, 

1-2  +  3-4  +  . ..  =  i, 

l2_22+32— 42  +  ...  =  0,  etc.* 

Il  lui  arriva  parfois  aussi  d'aller  plus  loin  que  ses  prédécesseurs  ne  se  le  seraient 
permis,  par  exemple  dans  le  mémoire  „Sur  les  fonctions  génératrices  et  leurs 
déterminans'' ,  où  beaucoup  de  choses  sont  un  jeu  purement  formel  avec  des  expres- 
sions analytiques. 

Mais  malgré  cela,  une  bonne  partie  des  découvertes  capitales  d'ABEL  remontent 
à  cette  époque.  La  démonstration  de  l'impossibilité  de  résoudre  l'équation  générale 
du  cinquième  degré  au  moyen  de  radicaux  fut  trouvée.  De  même  le  théorème 
célèbre  qui  par  excellence  porte  son  nom.  La  conception  des  fonctions  inverses  des 
intégrales  elliptiques  et  hyperelliptiques  surgit,  et  en  même  temps  l'idée  que  de  telles 
fonctions  devaient  admettre  plusieurs  périodes. 

La  révolution  dans  les  conceptions  d'ABEL  se  produisit  pendant  la  première 
partie  de  son  voyage.  Cet  éveil  de  sa  critique  est  dû  peut-être  à  plusieurs  causes. 
Le  voyage  l'obligea  à  mettre  de  côté  tous  les  livres,  mais  il  n'arrêta  certes  pas 
sa  réflexion  mathématique.  Ainsi  fut  favorisée  l'éclosion  d'idées  nouvelles,  ainsi 
qu'un  regard  en  arrière  sur  ses  efforts  antérieurs,  qui  pouvait  aisément  conduire  à 
une  comparaison  entre  la  clarté  de  l'algèbre  proprement  dite,  et  l'ancienne  théorie 
vague  sur  les  séries  infinies.  A  Berlin  il  eut  occasion  de  fréquenter  plusieurs  mathé- 
maticiens; il  n'y  rencontra,  il  est  vrai,  aucune  des  célébrités  de  l'époque,  mais  il 
rencontra  Grelle,  Steiner  à  ses  débuts,  et  d'autres  encore,  parmi  lesquels  était  au 
moins  un  élève  de  Gauss.  Dans  les  discussions  mathématiques  qui  eurent  lieu,  et 
auxquelles  il  prenait  volontiers  part;    il  a  été  certainement  question  de  beaucoup  de 


Ces  lignes  ont  été  omises  dans  la  première  édition  des  Œuv.  compl.  (T.  II.  p.  43),  et  ont  par 
suite  été  omises  aussi  dans  la  seconde  (T.  II.  p.  16),  les  éditeurs  n'ayant  pas  connu  l'original. 


LES    ÉTUDES    d'ABEL   ET    SES    DÉCOUVERTES  13 


choses,  et  sans  doute  aussi  de  l'opinion  de  Gauss  sur  les  séries  divergentes.  Gauss, 
dans  ses  lettres  à  Bessel  du  18  décembre  1811  et  du  5  mai  1812,  avait  déjà  prévenu 
contre  l'usage  des  séries  divergentes;  dans  la  dernière  on  lit,  à  propos  de  la  série  de 
Taylor:  „sohald  sie  aufhort  convergent  zu  sein,  hat  ihre  Summe,  aïs  Summe, 
keinen  Sinn."  Alors  même  qu'ABEL  ne  fût  pas  parvenu  d'une  nutre  manière  à 
une  conception  plus  rigoureuse,  la  littérature  mathématique  récente  lui  eût  donné 
l'éveil.  Il  doit  avoir  lu  à  Berlin  le  „Cours  d'analyce^  de  Cauchy,  car  il  le  cite  avec 
un  vif  éloge  dans  son  mémoire  sur  la  formule  du  binôme,  mais  il  ne  l'a  pas  cité 
auparavant,  et  ne  l'a  pas  emprunté  à  la  bibliothèque  de  l'université  de  Kristiania. 
On  trouve  quelque  part  dans  les  manuscrits  d'ABEL  (cahier  III)  „Bolzano  est  un 
habile  homme",*  phrase  que  je  ne  pouvais  com[)rendre,  parceque  je  ne  connaissais 
Bolzano  que  comme  nom  de  ville.  Il  fut  d'autant  plus  intéressant  de  voir  dans 
l'Encydopddie  der  mathematischen  Wissenschaften  citer  un  mathématicien  Bolzano 
comme  ayant,  dès  avant  Cauchy,  donné  le  critère  fondamental  de  convergence  bien 
connu,  Abel  a  lu  sans  nul  doute  aussi,  au  cours  de  son  voyage,  le  livie  de  Bolzano, 
„Rein  analytischer  Beweis  des  Lehrsatzes" ,  etc. 

C'est  dans  la  lettre  à  Holmboe  du  16  janvier  1826  que  l'on  entend  parler  pour 
la  première  fois  de  cette  phase  dans  la  vie  scientifique  d'ABEL.  Il  dit  des  séries 
divergentes:  „c'est  une  honte  que  l'on  ose  fonder  sur  elles  la  moindre  démonstration. 
On  peut  en  tirer  tout  ce  qu'on  veut  quand  on  les  emploie."  „Peut-on  penser  quelque 
chose  de  plus  affreux  que  de  dire  que  0  =  1 — 2"  -|-  3"  —  4"  -[-  etc.,  où  n  est  un 
nombre  entier  positif"  etc.  C'est  à  des  considérations  humiliantes  qu'il  se  livre 
ainsi,  car  il  n'a  pu  éviter  de  penser  à  ses  propres  mémoires  du  début. 

Un  jugement  tout  aussi  sévère  et  d'une  portée  plus  grande  est  exprimé  dans 
la  lettre  à  Hansteen  du  29  mars  (lettre  X).  Il  règne  dans  l'Analyse,  dit-il,  „une 
prodigieuse  obscurité."  „Elle  manque  à  tel  point  de  plan  et  d'ensemble."  „Partout 
on  trouve  la  malheureuse  manière  de  conclure  du  particulier  en  général."  Une 
phrase  d'AsEL  qu'il  faut  encore  citer  à  ce  propos,  se  trouve  dans  la  lettre  à  Holmboe 
dont  il  vient  d'être  question,  dans  le  passage  où  il  pai-le  d'un  projet  de  mémoire 
sur  la  théorie  des  équations:  „Au  moins  c'est  quelque  chose  de  général,  et  il  y 
aura  de  la  méthode,  c'est  là,  je  trouve,  le  plus  important."  Plus  tard  Abel  s'est 
exprimé  plus  complètement  sur  la   nécessité    de    la   méthode    et   de   la   généralité, 

*  En  norvégien. 


14  L.    SYLOW 

notamment  dans  l'introduction  de  son  mémoire  inachevé  sur  les  équations  algébri- 
ques (Œuvr.  compl.,  Ed.  nouv.,  T.  II,  p.  217  et  218).  Il  y  insiste  sur  la  nécessité  d'une 
position  logique  du  problème;  c'est  faute  de  cela  que  l'ancienne  théorie  des  équa- 
tions avait  été  stérile.  Sur  le  calcul  intégral,  il  dit  qu'au  lieu  d'essayer  d'intégrer 
une  différentielle  par  tâtonnements  et  divination,  il  faut  rechercher  s'il  est  possible 
de  l'intégrer  de  telle  ou  telle  manière;  la  complication  que  semble  comporter  cette 
méthode  n'est  souvent,  dit-il,  qu'apparente,  et  s'évanouit  dès  le  premier  abord. 
Rigueur,  méthode  et  généralité  furent  les  exigences  qu'ABEL  s'imposa  dorénavant  à 
lui-même.  Le  caractère  méthodique  et  systématique  des  travaux  ultérieurs  d'ABEL 
fut  aussi  reconnu  par  Legendre,  quoique  celui-ci  ne  pût  pas  s'accommoder  tout-à- 
fait  du  nouveau  mode  de  notation  d'ABEL.  Voir  la  correspondance  de  Legendre 
avec  Jacobi  (Œuvres  de  Jacobi  I  p.  421,  427,  434). 

Ce  ne  fut  qu'après  que  ses  idées  eurent  subi  cette  purification,  qu'ABEL  devint 
le  mathématicien  pleinement  développé.  Je  vais  tâcher  maintenant  de  suivre  sa 
carrière  dans  les  différents  domaines  où  son  génie  s'est  surtout  affirmé. 

Abel  était  avant  tout  algébriste.  Il  a  dit  lui-même  que  la  théorie  des  équations 
était  son  sujet  favori,  ce  qui  d'ailleurs  apparait  clairement  dans  ses  œuvres.  Dans 
ses  travaux  sur  les  fonctions  elliptiques,  le  traitement  des  diverses  équations  algé- 
briques dont  cette  théorie  abonde  est  mis  fortement  en  évidence,  et  dans  le  premier 
de  ces  travaux,  la  résolution  de  ces  équations  est  même  indiquée  comme  étant  le 
sujet  principal.  Qui  plus  est,  la  théorie  des  équations  était  entre  ses  mains  l'instru- 
ment le  plus  efficace.  Ce  fut  ainsi  sans  aucun  doute  la  résolution  de  l'équation  de 
division  des  fonctions  elliptiques  qui  tout  d'abord  le  conduisit  à  la  théorie  de  la 
transformation.  Elle  joue  encore  un  rôle  capital  dans  sa  démonstration  du  théorème 
dit  Théorème  d'Abel,  et  dans  les  recherches  générales  sur  les  intégrales  des  diffé- 
rentielles algébriques  qui  se  trouvent  dans  son  dernier  mémoire,  le  „Précis  d'une 
théorie  des  fonctions  elliptiques.^ 

Avant  même  d'avoir  quitté  le  lycée  en  1820,  il  crut  avoir  trouvé  la  résolution 
de  l'équation  générale  du  cinquième  degré.  Un  mémoire  sur  ce  sujet  fut  adressé 
par  l'intermédiaire  du  professeur  Hansteen  au  prof.  Degen  pour  être  présenté  à  la 
Société  royale  des  Sciences  à  Copenhague.  Mais  comme  Degen  (voir  lettre  XLV) 
imposa  la  condition  qu'ABEL  appliquât  d'abord  sa  méthode  à  un  exemple  numérique 
donné,  Abel  fut  ainsi  amené  à  découvrir  sa  faute.    Le  mémoire  n'existe  plus,  ni 


LES   ÉTUDES    D'ABEL   ET    SES    DÉCOUVERTES  15 

aucune  tradition  sur  sa  méthode  ou  sur  la  nature  de  la  faute.  Abel  s'imposa  alors 
pour  problème,  soit  de  trouver  la  résolution  au  moyen  de  radicaux,  soit  d'en  démon- 
trer l'impossibilité.  D'après  cela,  il  faut  croire  que  la  problème  avait  reçu  un  traite- 
ment analytique,  car  c'est  seulement  ainsi  que  se  seront  posées  comme  alternatives 
nécessaires,  soit,  d'une  part,  sa  résolution,  soit  d'autre  part,  la  démonstration  de 
son  impossibilité.  Le  plus  probable  est  peut-être  qu'AsEL  a  simplement  pris  pour 
point  de  départ  la  possibilité  de  la  résolution.  Quoi  qu'il  en  soit,  Abel  avait 
ainsi  inauguré  ses  recherches  sur  la  théorie  des  équations,  et  il  ne  les  abandonna 
jamais. 

Lagrange  avait  discuté  à  priori  les  méthodes  générales  alors  connues  pour 
résoudre  des  équations  algébriques  au  moyen  de  radicaux,  et  avait  reconnu  qu'aucune 
d'entre  elles  ne  donnait  aucun  espoir  de  venir  à  bout  des  équations  générales  de 
degrés  supérieurs  au  quatrième;  depuis  lors  les  mathématiciens  les  plus  sagaces 
eurent  des  doutes  sur  la  possibilité  de  cette  résolution.  Ainsi  Gauss  a  dit  et  répété, 
en  1799  et  1801,  qu'il  n'y  avait  guère  de  doute  qu'elle  fût  impossible,  et  même  il 
a,  une  des  deux  fois  (Gauss,  Werke  III  p.  17),  ajouté  qu'il  ne  serait  peut-être  pas 
très  difficile  d'en  démontrer  l'impossibilité  en  ce  qui  concerne  l'équation  du  cinquième 
degré,  et  qu'il  exposerait  ailleurs  ses  recherches  à  se  sujet;  Gauss  n'y  était 
cependant  pas  revenu.  Le  mathématicien  italien  Paolo  Ruffîni  chercha,  dans  une 
série  de  mémoires  publiés  de  1799  à  1813,  à  donner  cette  démonstration.  Ses 
travaux,  qui  sont  souvent  embrouillés  et  difficiles  à  comprendre,  renferment  certaine- 
ment une  idée  juste,  au  fond,  qui  est  essentielle  pour  la  démonstration,  mais  ses 
conclusions  souffrent  de  ce  défaut,  qu'il  admet  sans  démonstration  que  tout  radical 
qui  se  trouve  dans  l'expression  de  la  racine  doit  être  une  fonction  rationnelle  des 
racines  elles-même.  Ses  travaux  étaient  d'autant  moins  propres  à  provoquer  autre 
chose  que  de  nouveaux  doutes  sur  la  possibilité  de  la  résolution,  qu'il  pensait 
pouvoir  finalement  conclure  que  l'emploi  môme  de  fonctions  transcendantes  ne 
permettrait  pas  de  donner  une  expression  des  racines  de  l'équation  du  cinquième 
degré,  affirmation  vraiment  absurde. 

En  1824,  Abel  avait  atteint  son  but,  et  il  fit  imprimer  à  ses  frais,  à  Kristiania, 
un  mémoire  tiré  à  peu  d'exemplaires,  qui  se  termine  par  la  proposition:  „I1  est 
impossible  de  résoudre  par  des  radicaux  l'équation  générale  du  cinquième  degré." 
Sa  pauvreté  rendit  nécessaire  d'en  réduire  l'étendue  autant  que  possible,  en  sorte 
que  le  mémoire  ne  renferma  que  les  points  principaux  de  la  démonstration.     Aussi 


16  L.    SYLOW 

ne  fut-il  pas  compris  des  mathématiciens  contemporains,  ce  qu'ABEL  éprouva  plus 
tard  de  plusieurs  manières.  Il  en  envoya  pendant  l'été  de  1824  un  exemplaire  à 
Schumacher,  afin  que  celui-ci  pût  le  mettre  sous  les  yeux  de  Gauss.  Schumacher 
l'envoya  à  Brème  à  Olbers,  Gauss  étant  attendu  à  Brème,  où  il  vint  en  effet  en  août 
1824,  Une  tradition,  dans  notre  pays,  rapporte  que  Gauss  aurait  dit  de  ce  travail: 
„Es  ist  ja  ein  Grâuel  so  was  zusammenzuschreiben'';  d'après  Hansteen,  il  aurait 
dit  qu'il  démontrerait  peut-être  lui-même  plus  tard  la  possibitité  de  la  résolution. 
On  ne  peut  pas  voir  par  la  correspondance  entre  Gauss,  Schumacher  et  Hansteen, 
qu'aucune  expression  comme  la  première  soit  venue  à  la  connaissance  de  Hansteen, 
mais  il  est  possible  qu'ABEL  lui-même  l'ait  tenue  de  Schumacher.  Or  il  n'est  guère 
croyable  que  Gauss  eût  changé  d'opinion  depuis  1801;  il  peut  avoir  voulu  dire 
que  la  résolution  peut  être  obtenue  par  les  fonctions  elliptiques,  et  ses  paroles 
auraient  été  mal  comprises  par  Olbers,  Schumacher  ou  Hansteen;  ou  bien  il  peut 
avoir  répété  qu'il  donnerait  lui-même  une  démonstration  plus  complète  de  l'impossi- 
bilité. Il  faut  en  outre  observer  qu'ABEL  s'est  servi  dans  le  titre  même  du  mémoire 
de  l'expression  incorrecte:  „rimpossibilité  de  la  résolution  de  l'équation  générale 
etc.".  L'exclamation  de  Gauss  visait  peut-être  ce  titre.  Que  Gauss  ait  exprimé  un 
blâme  sur  la  rédaction  du  mémoire  ou  sur  sa  rigueur,  cela  est  très  vraisemblable, 
puisqu'ABEL,  en  plusieurs  endroits,  s'est  contenté  d'affirmations,  là  où  des  démon- 
strations étaient  nécessaires,  et  sans  dire  qu'elles  avaient  été  omises  faute  de  place. 
Il  doit  y  avoir  quelquechose  de  réel  à  la  base  de  cette  tradition.  Le  mot  même 
„Grauel"  se  retrouve  dans  les  lettres  d'ABEL  (lettre  IV).  On  serait  tenté  de  croire 
qu'ABEL  aurait  rapporté  l'expression  à  Crelle,  et  aurait  ainsi  provoqué  le  mot  peu 
réfléchi  de  ce  dernier. 

Lorsqu'ABEL  fut  à  Berlin  à  la  fin  de  1825,  la  théorie  des  équations  devint  de 
nouveau  l'objet  de  ses  études.  Son  premier  acte  fut  de  donner  une  rédaction 
nouvelle  et  plus  ample  à  son  mémoire  de  1824.  Ce  travail  fut  publié  dans 
le  premier  fascicule  du  Journal  fur  die  reine  und  angewandte  Mathematik, 
qui  commença  justement  alors,  et  dont  l'éditeur  était  devenu  l'ami  intime  d'ABEL. 
Il  contient  une  démonstration  rigoureuse  de  la  proposition;  tout  ce  qu'on  lui  a 
reproché,  c'est  à  un  certain  endroit  une  expression  inexacte  qui  n'a  d'ailleurs  pas 
d'influence  sur  le  résultat,  ainsi  que  des  longueurs  inutiles,  lorsqu'il  s'agit  de  la 
forme  d'une  fonction  rationnelle  de  cinq  variables,  qui  prend  exactement  cinq  valeurs 
différentes  lorsqu'on  les  échange  entre  elles. 


LES    lilTUDES    D'ABEL    ET    SES   DÉCOUVERTES  17 


Par  la  proposition  ainsi  établie,  la  théorie  des  équations  était  entrée  dans  une 
phase  nouvelle.  Abel  se  posa  alors  le  problème  de  trouver  toutes  les  équations  qui 
peuvent  être  résolues  algébriquement;  il  voulait  le  résoudre  en  déterminant  la  forme 
qu'il  faut  donner  à  une  expression  formée  de  radicaux  pour  qu'elle  satisfasse  à  une 
équation  irréductible  d'un  degré  donné.  Il  fit  aussi  des  progrès  rapides  dans  cette 
direction  nouvelle.  Dès  janvier  1826,  avant  de  quitter  Berlin,  il  écrit  que  la  question 
n'est  pas  bien  difficile,  quand  le  degré  est  un  nombre  premier,  mais  très  difficile  au 
contraire,  quand  c'est  un  nombre  composé,  et  qu'il  a  la  solution  complète  en  ce  qui 
concerne  le  cinquième  degré.  Il  communiqua  cette  solution  à  Crelle  en  mars  de  la 
même  année  dans  une  lettre  de  Freiberg,  on  ajoutant  qu'il  était  en  possession  de 
propositions  analogues  pour  les  degrés  7,  11,  13,  etc.  (lettre  IX).  En  octobre  il 
informe  Holmboe  qu'il  a  l'espoir  de  résoudre  le  problème  dans  toute  sa  généralité. 
Le  Cahier  III  renferme  d'ailleurs  un  morceau  de  13  pages,  qui  montre  qu'AsEL  s'en 
est  occupé  à  Paris.  Ici  parait  déjà  la  quantité  auxiliaire  que  l'on  appelle  la  résolvante 
de  Galois.  En  décembre,  il  sait  que  si  une  équation  irréductible  dont  le  degré  n'est 
pas  une  puissance  d'un  nombre  premier,  est  résoluble  par  radicaux,  elle  doit  être 
nécessairement  ce  que,  depuis  Galois,  on  appelle  non-primitive. 

En  même  temps  il  traita  aussi  des  classes  d'équations  plus  particulières, 
notamment  les  équations  abéliennes,  et  celles  qui  peuvent  aisément  être  ramenées  à 
cette  classe.  Les  fonctions  elliptiques,  qu'il  étudiait  en  même  temps,  lui  en  fourni- 
rent une  foule  d'exemples.  Il  cite  particulièrement  dans  ses  lettres  sa  proposition 
bien  connue  sur  la  division  de  la  lemniscate  en  parties  égales  (Cahier  III,  p.  133). 
Elle  a  dû  être  trouvée  dès  l'automne  1826,  d'après  la  place  qu'elle  occupe  dans  le 
Cahier  III.    Elle  est  aussi  mentionnée  dans  ses  lettres  de  décembre  1826. 

Les  annotations  faites  par  Abel  après  son  retour  à  Kristiania  montrent  qu'il  a 
pensé  de  temps  à  autre  à  rédiger  toutes  ces  découvertes.  On  trouve  dans  ses 
manuscrits  un  chapitre  sur  les  équations  abéliennes  (Cahier  V,  p.  13—38),  qui, 
d'après  sa  place,  a  probablement  été  écrit  peu  après  son  retour,  c'est  à  dire  dans 
l'été  ou  l'automne  de  1827.  Ce  morceau  a  servi  de  base  à  la  rédaction  définitive 
de  son  célèbre  mémoire  sur  ce  sujet,  car  plusieurs  parties  ont  été  transcrites  litté- 
ralement dans  le  mémoire.  Il  est  revenu  deux  fois  aux  recherches  générales  sur  les 
équations  résolubles  algébriquement,  la  première  peu  de  temps  avant  d'envoyer  son 
mémoire  sur  les  équations  abéliennes,  c'est  à  dire  dans  les  premiers  mois  de  1828, 
et  la  seconde,  avec  plus  de  développement,  dans  la  seconde  moitié  de  l'année.   C'est 

LES  ÉTUDES   d'aBEL    —    3 


18  L.    SYLOW 

le  morceau  qui,  dans  les  deux  éditions  des  Œuvres  d'ABEL,  est  reproduit  sous  ce 
titre:  „Sur  la  résolution  algébrique  des  équations."'  En  octobre  1828,  Abel 
communiqua  dans  une  lettre  à  Grelle  le  résultat  suivant,  le  dernier  dont  il  ait 
parlé:  „Si  trois  racines  d'une  équation  quelconque  irréductible  d'un  degré  marqué 
par  un  nombre  premier,  sont  liées  entre  elles  de  la  manière  que  l'on  pourra 
exprimer  l'une  de  ces  racines  rationellement  en  les  deux  autres,  l'équation  sera 
toujours  résoluble  à  l'aide  de  radicaux."  Dans  cette  lettre  Abel  s'est  toutefois 
exprimé  inexactement  ou  au  moins  peu  clairement,  et  a  voulu  sans  doute  dire 
que  toutes  les  racines  devaient  pouvoir  s'exprimer  rationnellement  en  fonction  de 
deux  d'entre  elles,  toujours  les  mêmes.  Prise  rigoureusement  à  la  lettre,  la  proposi- 
tion est  inexacte,  car  il  existe  une  classe  d'équations  à  laquelle  elle  ne  s'applique 
pas,  tout  au  moins    lorsque  le    degré  est  de  la  forme  2^  —  1. 

Abel  ajourna  la  publication  de  ses  théories  algébriques  jusqu'à  son  retour  en 
Norvège,  Dans  la  première  partie  des  ^Recherches  sur  les  fonctions  ellipti- 
ques, publiée  en  septembre  1827,  est  compris  le  problème  de  la  division  de  l'inté- 
grale elliptique  en  n  parties;  de  même  la  proposition  sur  la  non-primitivité  de  l'équa- 
tion de  la  division  des  périodes,  car  il  démontre  qu'au  moyen  d'une  équation 
auxiliaire  de  degré  n  -|-  1,  cette  équation  peut  être  décomposée  en  n-\-l  équations 
du  degré  n  —  1,  lesquelles  sont  résolubles  par  radicaux.  Il  dit  aussi  que  l'équa- 
tion auxiliaire  peut  bien  être  résolue  par  radicaux  dans  un  grand  nombre  de  cas, 
mais  que  la  résolution  parait  en  général  impossible.  S'il  s'exprime  avec  celte 
réserve,  c'est  qu'il  n'a  guère  possédé  de  démonstration  rigoureuse  de  cette  impos- 
sibilité. La  proposition  particulière  sur  la  division  de  la  lemniscate  fut  aussi 
énoncée  dans  la  première  partie  du  mémoire,  mais  la  démonstration  ne  parut  que 
dans  la  seconde,  en  mai  1828. 

Le  célèbre  „  Mémoire  sur  une  classe  particulière  d'équations  résolubles  algébri- 
quement^ a  été  le  seul  travail  exclusivement  consacré  à  la  théorie  des  équations 
qu'AsEL  put  encore  publier.  Il  traite  en  général  des  équations  irréductibles  ayant 
cette  propriété  que  l'une  des  racines  peut  être  exprimée  en  fonction  rationnelle 
d'une  autre  racine  et  des  quantités  qu'on  suppose  connues,  particulièrement  les 
équations  que  l'on  appelle  aujourd'hui  abéhennes,  sur  la  proposition  de  Kronecker 
et  de  Jordan.  Abel  a  lui-même  caractérisé  sa  théorie  comme  une  généralisation 
de  la  théorie  de  la  division  du  cercle;  il  désignait  les  équations  abéhennes 
comme  celles  qui  peuvent  être   résolues   par   la   méthode  de  Gauss.     D'après   son 


LES    ÉTUDES    d'ABEL    ET    SES    DÉCOUVERTES  19 

plan  primitif,  le  mémoire,  outre  les  cinq  paragraphes  qui  le  composent,  devait 
en  comprendre  au  moins  deux  autres,  qui  devaient  renfermer  des  applications 
aux  fonctions  elliptiques,  surtout  celles  qui  permettent  une  multiplication  com- 
plexe. Le  sixième  paragraphe  aurait  donné  la  solution  de  l'équation  pour  la  divi- 
sion des  périodes  en  un  nombre  impair  de  parties  dans  certains  cas  de  multiplica- 
tion complexe.  Le  septième  aurait  renfermé  des  formules  de  transformation  des 
fonctions  elliptiques;  probablement  plusieurs  autres  paragraphes  encore  ont  été 
projetés,  où  il  aurait  fait  l'application  algébrique  de  ces  formules.  Le  plus  vraisem- 
blable doit  être  qu'ABEL  a  eu  l'idée  de  traiter  les  équations  qui  déterminent  les  modules 
singuliers  eux-mêmes,  ou  tout  moins  certaines  classes  d'entre  eux.  De  tout  cela  il 
n'est  rien  resté  que  quelques  formules  avec  leurs  numéros,  sorte  de  table  des 
matières  qu'ABEL  a  faite  dans  le  cahier  IV,  p.  52,  et  qui  est  reproduite  dans  les 
Œuvr.  compl.  Nouv.  éd.  T.  II,  p.  310 — 311.  Abel  a  donc  changé  d'idée,  et  ajourné  la 
publication  de  ces  choses;  soit  qu'il  ait  voulu  les  insérer  dans  son  dernier  mémoire 
sur  les  fonctions  elliptiques,  soit  qu'il  ait  voulu  attendre  la  publication  de  celui-ci, 
afin  de  pouvoir  citer  la  théorie  de  la  transformation  qui  devait  y  être  contenue.  Il 
est  probable  que  c'est  la  rivalité  entre  Abel  et  Jacobi  sur  le  terrain  des  fonctions 
elliptiques  qui  a  causé  le  retard.  Grelle  doit  avoir  attendu  longtemps  la  continuation 
du  mémoire,  car  celui-ci  est  daté  du  29  mars  1828  (c'est  sûrement  la  date  de  la 
lettre  d'envoi  que  Grelle  a  notée),  mais  il  n'a  été  publié  que  le  28  mars  1829,  c'est 
à  dire  peu  avant  la  mort  d'ABEL. 

Pour  la  clarté  de  ce  qui  va  suivre,  je  vais  indiquer  le  contenu  principal  du  projet 
dont  il  a  été  question  plus  haut:  „Sur  la  résolution  algébrique  des  équations.^ 
Dans  une  introduction  étendue,  dont  il  existe  même  deux  brouillons,  et  qui  contient 
les  déclarations  déjà  citées  sur  la  méthode  mathématique,  Abel  indique  les  propo- 
sitions les  plus  importantes  qu'il  va  démontrer,  savoir*: 
1.  „Si  une  équation  irréductible  d'un  degré  premier  ^  est  résoluble  algébrique- 
ment, les  racines  auront  la  forme  suivante: 

2/  =  A  +  fe  +  fe  +  . .  .  +  iË^_, , 

A   étant  une  quantité  rationnelle,  et  E^  E^  .  .  .  E     ^  les  racines  d'une  équation 
de  degré  ^  —  1." 


*  Toutes  les  citations  suivantes  sont  en  français. 


20  L.    SYLOW 

2.  „Si  une  équation  irréductible  dont  le  degré  est  une  puissance  d'un  nombre 
premier,  jtt",  est  résoluble  algébriquement,  il  doit  arriver  de  deux  choses  l'une: 
ou  l'équation  est  décomposable  en  ^a"  ~  ^  équations,  chacune  du  degré  /x'^,  et 
dont  les  coefficiens  dépendront  d'équations  du  degré  ^t"'~^;  ou  bien  on  pourra 
exprimer  l'une  quelconque  des  racines  par  la  formule: 

2/  =  A  +  V^,  +  /^2  + . . . .  +  fe , 

où  A  est  une  quantité  rationnelle  et  R^  R^  .  .  .  R^  des  racines  d'une  même 
équation  du  degré  v,  ce  dernier  nombre  étant  tout  au  plus  égal  à  .u"  —  1." 

3.  „Si  une  équation  irréductible  de  degré  f.i  divisible  par  des  nombres  premiers 
différents  entre  eux,  est  résoluble  algébriquement,  on  peut  toujours  décomposer  /t 
en  deux  facteurs  ^u,  et  ^u^,  de  sorte  que  l'équation  proposée  soit  décomposable 
en  |U,  équations,  chacune  du  degré  (.i.^,  et  dont  les  coefficients  dépendent  d'équa- 
tions du  degré  ^j." 

4.  „Si  une  équation  du  degré  (.i"-,  où  (.l  est  premier,  est  résoluble  algébriquement, 
on  pourra  toujours  exprimer  une  quelconque  des  racines  par  la  formule: 

y  =  f{]fR„  iR,,  .  .  .  )/R,), 

où  f  désigne  une  fonction  rationnelle  et  symétrique  des  radicaux  entre  les  paren- 
thèses, et  -Bj,  -Rg»  •  •  •  -^a»  des  racines  d'une  même  équation  dont  le  degré  est 
tout  au  plus  égal  à  ^u»  —  1." 

Outre  ces  propositions,  où  d'ailleurs  manque,  comme  on  voit,  dans  la  dernière, 
la  condition  que  l'équation  doit  être  primitive,  le  mémoire  devait  comprendre  une 
série  de  propriétés  des  racines  des  équations  „résolubles"  ;  en  outre,  il  devait  être 
montré  que,  pour  de  telles  équations,  les  méthodes  données  par  Lagrange  conduisent 
à  des  équations  auxiliaires  ayant  une  racine  rationnelle,  et  que  notamment  cette 
dernière  condition  est  suffisante,  lorsque  le  degré  de  l'équation  donnée  est  un  nom- 
bre premier.  Dans  le  premier  paragraphe  du  mémoire  proprement  dit  sont  posées 
des  définitions,  et  il  donne  la  forme  générale  sous  laquelle  peut  être  mise  une 
expression  formée  avec  des  radicaux.  Le  second  paragraphe  contient  une  série  de 
propositions  qui  ont  pour  but  la  détermination  plus  précise  de  cette  forme,  lorsque 
l'expression  doit  satisfaire  à  une  équation  algébrique  d'un  degré  donné.  Contre 
l'une   de  ces  propositions  il  y  a  une  objection  fondée  à  faire,  mais   elle   est  telle 


LES    ÉTUDES    D'aBEL   ET    SES    DÉCOUVERTES  21 

que  les  propositions   seront   à  la   fois   exactes  et  suffisantes  dans  le  développement 

qui  suit,  si  l'on    fait  subir    à   l'expression   donnée  une  réduction  plus  complète  que 

celle   obtenue  dans  le  premier  paragraphe.    Dans  le  troisième  paragraphe  est  traité 

particulièrement    le   cas    où  le  degré  est  un  nombre  premier;  la  première  partie  de 

ce  paragraphe  est  encore  rédigée  complètement,  mais  peu  à  peu  il  n'y  a  plus  qu'une 

suite   de   formules   avec   fort   peu   de  texte.     En  continuant  son  travail,  Abel  s'est 

certainement  aperçu  du  défaut  qui  vient  d'être  indiqué,  et  par  suite  ne  considère  plus 

ce  qu'il  écrit  comme  la  rédaction  définitive   du  mémoire  qu'il  voulait  publier.     C'est 

là  une  particularité  de  sa  manière  de  travailler  que  l'on  peut  encore  observer  ailleurs, 

et  dont  j'ai  parlé  plus  haut. 

Abel  exprime  d'abord  la  racine  de  l'équation  sous  forme  de  fonction  symétrique 

de  certains  radicaux: 

J_        -1        -1  L 

s-"  S'"  <if*  <i^ 

OÙ  /il  est  le  degré  de  l'équation,  et  s,  s^,  s^,  .  ,  .  s^_i,  les  racines  d'une  équation 
abéfienne,  avec  un  cycle  unique  de  racines  et  à  coefficients  connus,  et  dont  le 
degré  v  est  un  diviseur  de  fi~i*.  Il  n'est  pas  dit  dans  le  texte  que  l'équation 
auxiliaire  est  abélienne,  le  texte,  ici  déjà,  étant  devenu  incomplet,  mais  cela  est 
exprimé  par  une  formule: 

Ce  qui  est  encore  plus  significatif,  c'est  que  les  racines  de  l'équation  auxiliaire 
sont  aussi  désignées  par 

s,  e{s),  d'{s),.  .  .  e[s), 

c'est-à-dire  précisément  par  le  même  symbole  S  qu'il  avait  employé  dans  le 
mémoire  sur  les  équations  abéUennes.  Cette  forme  de  la  racine  est  cependant 
encore  trop  ^i-^nérale;  pour  qu'elle  satisfasse  vraiment  à  une  équation  de  degré  fj,  à 
coefficients  connus,  il  faut  que 

il  1 

«1»      «2'  •  •  •   ^V-l 

soient  toutes  des  fonctions  rationelles  de  sf^.  Aussi  l'expression  est-elle  encore 
transformée,  et  il  trouve: 


•  Œuvr.  compl.  Nouv.  éd.  II.  p.  239. 


22                                                                L. 

SYLOW 

1                    tré"-       ».('■+«« 

»/"-!)«       1 

^(i-t)a 

s'^^A^a'  a,     ^'      .  , 

,  .  a     '       a 

Ici,  av  =  f.c  —  1,  m  est  une  racine  primitive  du  nombre  jn;  a,a^,  .  .  .  a^_i  sont  les 
racines  d'une  équation  abélienne  irréductible,  mais  d'ailleurs  quelconque,  du  degré  v, 
elles  sont,  ainsi  que  les  Ai,  des  fonctions  rationnelles  de  s,  de  même  que,  inversement, 
s  est  fonction  rationnelle  de  a.  Gettre  transformation  est  obtenue  par  la  même 
analyse  qui  sert  à  montrer  que  l'équation  en  s  est  abélienne. 

Ainsi  le  problème  de  déterminer  quelles  expressions  peuvent  être  racines 
d'une  équation  irréductible  de  degré  i-i,  se  trouve  ramené  au  problème  plus  simple 
de  trouver  les  expressions  qui  peuvent  être  racines  d'une  équation  abélienne 
irréductible  dont  le  degré  est  diviseur  de  ^u  —  1.  Ce  problème  plus  particulier  n'a 
pas  été  traité  dans  ces  notes.  Il  n'a  été  résolu  que  par  Kronegker,  à  qui  il  fut 
ainsi  réservé  de  couronner,  pour  ainsi  dire,  cette  partie  de  la  construction  monu- 
mentale commencée  par  Abel.*  Il  n'y  a  cependant  aucun  doute  qu'ABEL  a  aussi 
travaillé  ce  problème.  Il  en  avait  dès  1826  communiqué  la  solution  à  Crelle  pour  le 
cas  où  (.1  =  5,  et  où  les  coefficients  de  l'équation  sont  des  nombres  rationnels.  Et 
il  faut  ajouter  que  dans  le  cas  où  v  est  un  nombre  premier,  cas  auquel  les  autres 
peuvent  être  ramenés,  on  arrive  au  but  juste  par  la  même  analyse  que  dans  le 
problème  général.  Dans  l'un  des  cahiers  manuscrits  d'ABEL  se  trouve  également 
une  page  qui  traite  ce  point  (Cahier  IV  p.  66).** 

De  ces  formules  Abel  a  probablement  conclu  directement  que  chacune  des 
racines  peut  être  exprimée  rationnellement  par  deux  quelconques  d'entre  elles,  ce 
qui  l'a  ensuite  amené  à  rechercher  si  cette  circonstance  était  suffisante  pour 
assurer  la  résolubilité  de  l'équation  par  des  radicaux;  c'est  ainsi  qu'est  apparu 
le  théorème  communiqué  à  Crelle.  La  nécessité  de  la  condition  peut  aussi  sans 
peine  être  tirée  des  formules.     Car  si  l'on  écrit  ainsi  l'expression  de  la  racine  s: 


cp\sf^\^  =  (p  ('^'«rl 


où  eu  =  cos 1-  y  —  1  sin  — ,  et  où  gp  ne  contient  pas  l'indice  k,  on  peut  en  tirer 

s-«  en  fonction  rationnelle  de  s  et  de  ^: 


•  „Monatsberichte  der  Kônigl.  Akad.  der  Wissenschaflen  zu  Berlin",  14  avril  1856. 
••  Voir  fac-similé  no.  III. 


LES    ÉTUDES    d'ABEL    ET    SES    DÉCOUVEETES 


On  trouve  alors 

c'est-à-dire  que  Zr  est  fonction  rationnelle  de  z,  z^  et  des  quantités  connues.  Pour 
démontrer  la  suffisance  de  la  condition,  il  faudrait  cependant  des  recherches  d'un 
autre  genre. 

Outre  le  morceau  de  mémoire  projeté,  dont  il  vient  d'être  question,  il  se  trouve 
encore  quelques  pages  qui  s'y  rattachent  directement,  presque  exclusivement  com- 
posées de  formules.  Mais  l'analogie  avec  ce  qui  précède  et  les  quelques  mots  de 
texte  qui  sont  ajoutés  suffisent  pourtant  pour  que  l'on  puisse  comprendre  la 
signification  des  lettres,  et  par  suite  reconnaître  que  ces  pages  contiennent  une 
ébauche  de  démonstrations  complètes  des  trois  dernières  propositions  annoncées 
dans  l'introduction,  Les  formules  sont  également  remarquables  en  ceci,  qu'il  s'y 
trouve  une  quantité  qui  doit  être  interprêtée  comme  une  résolvante  de  Galois  pour 
l'équation  auxiliaire  déterminant  la  quantité  sous  le  radical  extérieur.  La  première 
des  quatre  propositions  étant  un  cas  particulier  de  la  dernière,  les  formules  offrent 
aussi  une  méthode  un  peu  différente  et  meilleure  pour  traiter  le  cas  où  le  degré 
est  un  nombre  premier.  Lorsqu'ABEL  quitta  ce  sujet,  il  fit  un  tableau  des  radicaux 
que  l'on  peut  s'attendre,  toutes  réductions  faites,  à  rencontrer  dans  une  expression 
générale  formée  par  des  radicaux,  comme  s'il  avait  voulu  se  rappeler  comment,  en 
faisant  plus  tard  une  rédaction  complète  de  ses  recherches,  il  pourrait  réduire 
l'expression  de  la  manière  la  plus  avantageuse.  Dans  sa  rédaction  définitive,  son 
mémoire  aurait  ainsi  revêtu  certainement  une  forme  aussi  inattaquable  que  celui 
sur  les  équations  abéliennes. 

Mais  Abel  mourut  sans  avoir  le  temps  de  revenir  à  la  théorie  des  équations; 
son  dernier  grand  travail,  le  „Précis  d'une  théorie  des  fonctions  elliptiques"  ne 
lui  en  laissa  pas  le  temps  pendant  la  demi-année  environ  qu'il  avait  encore  à  vivre, 
les  trois  derniers  mois  dans  son  lit.  Il  ne  reste  donc  plus  qu'à  voir  quels  rapports 
avaient  ses  travaux  avec  les  brillantes  découvertes  de  Galois.  Ce  fut,  d'après  le 
témoignage  d'Auguste  Chevalier,  l'année  même  de  la  mort  d'AsEL  que  Galois,  âgé 
seulement  de  17  ans,  commençait  à  faire  de  grands  progrès  dans  la  théorie  des  équa- 
tions, après  avoir  cru  un  instant,  comme  Abel,  être  en  possession  de  la  résolution 


24  T...    SYLOW 

de  l'équation  du  cinquième  degré.*  Lorsque  Galois,  en  avril  et  juin  1830,  donna 
ses  résultats  dans  le  ^Revue  encyclopédique",  il  n'existait  d'imprimé  parmi  les 
travaux  d'AsEL  sur  la  théorie  des  équations  que  la  démonstration  de  l'impossibilité 
de  résoudre  l'équation  du  cinquième  degré  par  des  radicaux,  et  le  mémoire  sur 
les  équations  abéliennes.  Tout  au  plus  Galois  pouvait-il  avoir  vu  déjà  la  proposi- 
tion communiquée  à  Crelle  sur  la  condition  pour  qu'une  équation  irréductible  dont 
le  degré  est  un  nombre  premier  soit  résoluble  par  radicaux  (lettre  XXXIX);  mais 
cette  proposition  était  exprimée  incomplètement,  en  ce  qu'il  n'était  pas  question  de 
la  nécessité  de  la  condition,  et  aussi  peu  clairement,  en  ce  qu'on  ne  pouvait  voir 
que  toutes  les  racines  doivent  être  des  fonctions  rationnelles  des  deux  mêmes,  parmi 
elles.  Galois  a  donc  découvert  indépendamment  d'AsEL  les  deux  propositions  les 
plus  importantes  sur  les  équations  qui  peuvent  être  résolues  par  radicaux,  celle 
dont  il  vient  d'être  parlé  et  celle  sur  le  non-primitivité  des  équations,  lorsque  le 
degré  n'est  pas  une  puissance  d'un  nombre  premier.  Abel  n'avait  exprimé 
cette  dernière,  dans  ce  qui  était  alors  publié,  qu'en  passant,  en  ce  qui  concerne  le 
gme  degré**;  ses  communications  à  Holmboe  sur  la  proposition  ne  purent  être  con- 
nues qu'en  1839,  par  la  première  édition  des  œuvres  d'AsEL,  plusieurs  années 
après  la  mort  de  Galois.  Mais  le  mérite  de  Galois  ne  consiste  pas  essentiellement 
dans  ces  propositions,  mais  dans  la  généralité  de  la  méthode  qu'il  appHqua.  C'est 
son  admirable  théorème  fondamental  qui  a  donné  à  la  théorie  des  équations  sa 
forme  définitive,  et  d'où  est  sortie,  en  outre,  le  théorie  des  groupes  généralisée,  qui 
est  d'une  si  grande  importance,  on  peut  le  dire,  pour  toutes  les  branches  des  mathé- 
matiques, et  qui  déjà,  entre  les  mains  de  Jordan,  de  Klein,  de  Lie,  de  Poincaré  et 
d'autres,  a  enrichi  la  science  d'une  longue  suite  de  découvertes  importantes. 

Il  y  a  donc  un  intérêt  historique  à  rechercher  dans  quelle  mesure  les  travaux 
d'AsEL  ont  contribué  à  rendre  possible  ce  grand  progrès.  Outre  le  changement  de 
direction  que  devait  subir  la  théorie  des  équations  par  suite  de  la  reconnaissance  du 
fait  que  l'extraction  des  racines  n'est  pas  suffisante  pour  la  résolution  de  toutes  les 
équations  algébriques,  il  y  avait  deux  choses  surtout  dans  les  mémoires  d'ABEL,  qui 
devaient  influencer  une  intelligence  aussi  vive  que  celle  de  Galois.  L'une  était 
l'application  faite  par  Abel  de   l'irréductibilité  d'une  équation.     Cette    notion,  autant 


*   Voyez  A.  Chevalier,    dans    la    Revue    encyclopédique,    1832,    ou  Dupuy    dans    les  Annales  de 

l'Ec.  norm.,  1896,  p.  208. 
•*  Œuvr.  compl.    Nouv.  éd.  T.  I,  p.  527, 


Les  études  d'abel  et  ses  découvertes  â5 

que  je  sache,  n'existe  pas  avant  lui.    Gauss  dit,  il  est  vrai,  des  équations  auxquelles 
il  ramène  la  détermination  des  racines  de  l'unité: 

„omnique  rigore  demonstrare  possumus,  has  equationes  elevatas  nulle  modo  nec 
evitari  nec  ad  inferiores  reduci  posse." 

et  par  là,  sans  aucun  doute,  il  veut  dire  qu'elles  sont  irréductibles  au  sens 
moderne  du  mot,  chacune  dans  son  domaine.  Mais  il  ne  s'est  pas  servi  de  cette 
irréductibihté  comme  d'un  moyen  de  raisonnement.  Abel,  qui  ne  s'occupait  pas  ici 
d'équations  particulières,  mais  exposait  une  théorie  générale,  introduisit  le  concept 
d'irréductibilité  comme  principe,  et  aperçut  ainsi  à  priori  des  propositions  que  Gauss, 
dans  son  cas  particulier,  avait  reconnues  à  posteriori.  Abel  et  Galois  définissent 
tous  deux  cette  conception  et  donnent  une  démonstration  du  théorème  simple  et 
bien  connu  sur  l'équation  irréductible,  tout  comme  s'il  eût  été  inconnu.  Abel  dit 
dans  son  mémoire  de  1829: 

„Une  équation  9?  [x]  =  0,  dont  les  coefficiens  sont  des  fonctions  rationnelles  d'un 
certain  nombre  de  quantités  connues  a,  h,  c  .  .  .,  s'appelle  irréductible,  lorsqu'il 
est  impossible  d'exprimer  aucune  de  ses  racines  par  une  équation  moins  élevée,  dont 
les  coefficiens  soient  également  des  fonctions  rationnelles  de  a,  h,  c  .  .  ." 

Par  cette  définition,  il  donne  à  ses  recherches,  comme  plus  tard  Galois,  le  plus 
haut  degré  de  généralité,  puisqu'il  suppose  ce  que  l'on  appelle  aujourd'hui  un 
domaine  de  rationalité  quelconque. 

La  seconde  chose  est  la  possibilité  d'exprimer  toutes  les  racines  d'une  équation 
ou  d'un  système  d'équations  au  moyen  d'une  quantité  unique,  celle  que  l'on  a  plus 
tard  appelée  la  résolvante  de  Galois.  Abel  l'applique  dans  son  dernier  mémoire  sur 
les  fonctions  elliptiques,  et  même  il  suppose  l'équation  à  laquelle  satisfait  la  résol- 
vante réduite  par  l'adjonction  de  certaines  quantités  irrationnelles.*  Galois  a  cité 
ce  passage  d'ABEL  tant  dans  le  mémoire  „Sur  la  théorie  des  nombres"  que  dans 
le  „ Mémoire  sur  les  conditions  de  résolubilité  des  équations  par  radicaux," 
publié  après  sa  mort.  C'est  précisément  par  l'application  simultanée  de  ces  prin- 
cipes, et  par  un  raisonnement  analogue  à  celui  d'AsEL  dans  le  mémoire  sur  les 
équations  abéliennes,  que  Galois  démontre  son  célèbre  théorème  fondamental. 
Abel  a  bien  donné  une  fois  la  condition  nécessaire  et  suffisante  pour  qu'une 
fonction  rationnelle   des   racines   d'une    équation    particulière    puisse    être    exprimée 


•  Œuvr.  compl.     Noiiv.  éd.  T.  I  p.  54-7. 

LES   ÉTUDES   d'abEL    —    4 


2b  L.    SYLOW 

rationnellement  par  les  coefficients  et  une  racine  carrée  adjointe,  et  cela  d'une 
manière  qui  rappelle  fortement  la  proposition  fondamentale  de  Galois;  c'est  dans 
son  mémoire  „Théorèmes  sur  les  fonctions  elliptiques".  Mais  il  n'y  a,  ni  dans 
ses  mémoires,  ni  dans  les  papiers  qu'il  a  laissés,  rien  de  général  à  ce  sujet. 

Abel  a  donc  certainement  préparé  d'une  manière  très  effective  les  découvertes 
de  Galois,  mais  il  n'y  a  rien  dans  ses  mémoires  ni  dans  ses  papiers  qui  donne 
aucune  indication  certaine  qu'il  ait  vu  la  théorie  des  équations  d'un  point  de  vue 
aussi  général  que  Galois. 

Cette  théorie  eut  vraiment  de  1824  à  1832  une  période  merveilleusement  fertile; 
mais  elle  fut  interrompue  brusquement  par  la  mort  précoce  des  deux  grands  savants. 
Si  tous  deux  eussent  vécu,  les  contemporains  auraient  vu  une  seconde  rivalité 
qui  aurait  amené  de  nouveau  le  développement  rapide  d'une  théorie  importante. 
Ce  ne  fut  que  vers  le  milieu  du  siècle  dernier  que  l'on  commença  peu  à  peu  à 
voir  clair  dans  les  nouvelles  découvertes,  et  ce  ne  fut  même  à  vrai  dire  qu'en  1870, 
par  le  Traité  de  Jordan,  que  la  théorie  des  équations  de  Galois  devint  la  pleine 
propriété  du  monde  scientifique,  et  fit  ses  premiers  et  admirables  progrès. 

Après  la  théorie  des  équations,  la  partie  des  mathématiques  sur  laquelle  se 
fixa  d'abord  l'attention  d'ABEL  fut  le  calcul  intégral.  A  partir  de  1823  au  moins, 
il  s'en  est  constamment  occupé,  mais  beaucoup  de  ce  qu'il  a  trouvé  ne  se  rencontre 
qu'occasionnellement  dans  les  mémoires  qu'il  a  publiés  lui-même.  La  théorie 
des  fonctions  elliptiques  n'était  tout  d'abord  qu'un  chapitre  du  calcul  intégral,  et  si 
cette  dépendance  n'est  pas  d'une  grande  importance  dans  le  premier  mémoire  d'ABEL 
sur  ce  sujet,  elle  se  manifeste  d'autant  plus  fortement  dans  le  dernier.  Mais  par  suite 
de  la  grande  étendue  occupée  par  les  fonctions  elliptiques  dans  ses  publications,  et 
de  la  grande  part  qu'elles  ont  eue  dans  sa  célébrité,  je  parlerai  de  ses  découvertes 
sur  ce  terrain  dans  un  chapitre  à  part,  au  risque  de  tracer  une  ligne  de  démarca- 
tion quelque  peu  arbitraire. 

En  mars  1823,  Abel  avait  écrit  un  mémoire  étendu  sur  le  calcul  intégral,  qu'il 
présenta  au  conseil  académique  par  l'intermédiaire  de  Hansteen,  avec  prière  au 
conseil  de  lui  attribuer  une  subvention  pour  le  faire  imprimer.  Un  rapport  fut 
demandé  à  Rasmusen  et  à  Hansteen,  lequel  ne  fut  déposé  que  le  19  décembre;  ils 
déclarèrent  que  le  mémoire  méritait  d'être  répandu,  mais  ne  voulurent  pas  conseiller 
de   le  publier  à  part,  parcequ'on  ne  pourrait  s'attendre  à  ce  que  la   vente   couvrît 


LES   ÉTUDES    d'ABEL   ET    SES    DÉCOUVERTES  27 

les  frais.  Ils  conseillèrent  de  donner  à  Abel  une  subvention  pour  un  voyage  d'étude 
à  l'étranger,  et  suggérèrent  qu'il  pourrait  présenter  le  mémoire  à  l'Académie  des 
Sciences  de  Paris.  Ils  ont  donc  hautement  apprécié  le  mémoire.*  Malgré  des 
recherches  répétées,  on  ne  l'a  pas  retrouvé;  on  sait  qu'il  a  été  écrit  en  français, 
mais  on  n'en  connait  même  pas  le  titre  de  façon  certaine.  Sur  le  contenu  on  a 
ce  que  dit  le  rapport:  „il  expose  pour  toutes  les  formes  principales  de  formules 
différentielles  la  manière  dont  leur  intégration  peut  être  effectuée"  et  „cette  exposition 
est  différente  de  celle  que  l'on  trouve  dans  les  ouvrages  de  nous  connus".  Mais 
dans  un  rapport  ultérieur,**  Hansteen  emploie  une  autre  expression;  il  l'appelle: 
„un  travail  relatif  à  un  perfectionnement  de  méthode  dans  le  calcul  intégral".  Si 
l'on  rapproche  de  cela  ce  qu'ABEL  a  dit  plus  tard  de  la  vraie  méthode  du  calcul 
intégral,  on  est  conduit  à  voir  dans  ce  mémoire  perdu  le  premier  germe  des 
recherches  qu'ABEL  a  insérées  au  second  chapitre  de  son  dernier  travail  sur 
les  fonctions  elliptiques,  et  dont  il  a  en  outre  parlé  dans  sa  lettre  à  Legendre  (lettre 
XLII).  Dans  cette  lettre  il  est  précisément  question  d'„une  méthode  particulière". 
C'est  peut-être  par  allusion  à  ce  mémoire  qu'on  lit  dans  le  Cahier  II  p.  60: 

ffloËT  oc\^  doc 
"    ■_ ne  peut  être  intégrée  d'aucune  mani- 

ère  par  les  fonctions  admises  jusqu'à  présent,  et  que  c'est  par  suite  une  classe  parti- 
culière de  fonctions  transcendantes."*** 

Ce  passage  remonte  selon  toute  probabilité  à  l'année  1823.  A  la  même  année 
appartiennent  également  les  morceaux  13,  14,  15  du  même  cahier.  Dans  le  premier, 
l'intégrale   hyperelliptique   générale   \  dx  f  {x ,  yjl)) ,    où  v  désigne  un   polynôme   du 

degré   n ,  est  réduite  à  des  intégrales  des  formes    f  x""  VT  dx    et      —V—  dx ,    ou 

J  x-{-  a 

[x"'dx         C        dx 

y—      et      ,  —,  et  cela  de  manière  que  m  n'a  que  les  valeurs  0, 1,  2, . .  n— 2. 

Le  second  est  un  commencement  de  généralisation  de  la  proposition  de  Legendre 
sur  la  permutation  du  paramètre  et  de  l'argument,  de  façon  à  comprendre  aussi  les 
intégrales  hyperelliptiques.  Dans  le  troisième  morceau,  il  donne  des  exemples  d'inté- 
grales elliptiques  de  troisième  espèce  qui  peuvent  être  réduites  à  des  intégrales  de 


*  Voir  doc.  IV  et  VI. 
'*  Voir  doc.  XVIII. 
"*  En  norvégien. 


L.    SYLOW 


première  espèce  et  à  des  logarithmes,  et  d'intégrales  de  troisième  espèce  qui 
peuvent  être  réduites  les  unes  aux  autres.  Tout  cela  est  manifestement  occasionné 
peir  l'étude  que  fait  Abel  des  Exercices  de  Legendre.  Mais  bientôt  après  il  en 
sortit  de  véritables  découvertes.  Il  avait  remarqué  que  la  démonstration  par 
Legendre  de  sa  proposition  repose  sur  ce  que  la  racine  carrée  placée  sous  le  signe 
d'intégration  satisfait  à  une  équation  différentielle  linéaire  et  homogène  du  premier  ordre, 
et  il  développa  en  conséquence  une  proposition  plus  générale,  mais  tout-à-fait  ana- 
logue, où  cette  racine  carrée  est  remplacée  par  une  solution  quelconque  d'une 
équation  différentielle  de  ce  genre.  Il  écrivit  à  ce  sujet  un  petit  mémoire  (Nouv. 
éd.  II,  n**  VIII).  Ce  fut  certainement  peu  après  que,  dans  le  mémoire  qui  a  pour  titre 
^Extension  de  la  théorie  précédente"  (Nouv.  éd.  II,  n°  XIX),  il  généralisa  considérable- 
ment son  résultat,  en  partant  d'une  équation  différentielle  linéaire  homogène  d'un  ordre 
quelconque,  dont  les  coefficients  sont  rationnels  par  rapport  à  la  variable  indépen- 
dante. Il  vaut  la  peine  de  remarquer  que  l'attention  d'AfiEL,  au  moins  en  septembre 
1827,  fut  fixée  sur  ce  fait  que  toute  fonction  algébrique  satisfait  à  une  équation 
algébrique  de  ce  genre,  dont  l'ordre  est  inférieur  au  degré  de  l'équation  par  laquelle 
la  fonction  est  définie.  Une  observation  à  ce  sujet  se  trouve  en  effet  aux  premières 
pages  du  Cahier  IV.  Ces  deux  mémoires,  dont  les  originaux  sont  perdus,  ont  été 
écrits  avant  le  mois  de  septembre  1825,  et  ils  montrent  quel  haut  degré  de  généra- 
nte Abel,  déjà  avant  cette  époque,  savait  donner  à  ses  recherches.  Ils  ont  égale- 
ment attiré  l'attention  de  Jacobi,  qui  reprit  cette  étude  dans  le  tome  32  du  Journal 
de  Crelle;  plus  tard  M.  Fuchs  et  M.  Frobenius  sont  revenus  sur  le  sujet,  et  ont 
précisé  davantage  le  résultat.  Abel  semble  avoir  lui-même  attaché  de  l'importance 
à  cette  découverte  ;  il  a  continué  à  développer  le  sujet  du  mémoire  n°  VIII  (Nouv.  éd.  II) 
dans  un  travail  qui  fut  remis  à  la  Société  roy.  des  Sciences  de  Throndhjem  en  mars 
1826.  Ce  travail  contient  d'ailleurs  une  faute  de  calcul,  ce  qui  fait  que  toute  une  série 
de  formules  sont  inexactes  ;  il  a  probablement  été  rédigé  hâtivement,  soit  au  moment 
où  Abel,  en  1825,  partit  pour  l'Allemagne,  soit  même  pendant  la  première  partie 
du  voyage.  Il  est  possible  que  ce  soit  précisément  le  mémoire  dont  il  est  question 
dans  la  lettre  du  13  sept.  1825  (lettre  III).  Il  fut  envoyé  à  la  Société  par  l'inter- 
médiaire de  Hansteen,  mais  indirectement.  L'envoi  fut  retardé,  et  de  plus,  par  suite 
d'un  incendie  à  Trondhjem,  il  ne  fut  imprimé  qu'en  1827. 

Abel   avait  ainsi  beaucoup   dépassé    ce    qu'il    avait  appris  dans  l'ouvrage  de 
Legendre.     Mais  il  fit  à  la  même  époque    une  découverte  incomparablement  plus 


LES   ÉTUDES   d'ABEL   ET   SES   DÉCOUVERTES  29 


importante  dans  le  théorème  portant  son  nom  par  excellence.  Car  le  mémoire  „Sur 
le  comparaison  des  transcendantes"  (Nouv.  éd.  II,  n'^  X)  a  été,  au  témoignage  de 
Holmboe,  également  écrit  en  1825  avant  son  départ.  Le  célèbre  théorème  est 
exposé  dans  toute  sa  généralité,  et  est  démontré  à  peu  près  de  la  même  manière 
que  dans  les  mémoires  ultérieurs;  il  y  est  observé  expressément  que  le  nombre 
des  intégrales  indépendantes  peut  être  aussi  grand  que  l'on  veut,  le  nombre 
des  intégrales  dépendantes  restant  fixe.  En  quelques  endroits,  il  est  question 
de  formules  „qui  sont  d'une  grande  utilité  dans  ces  recherches",  et  par  là  il  est 
fait  allusion  à  la  détermination  de  la  partie  algébrique  et  logarithmique  de  l'équation  ; 
mais  cette  détermination  n'est  pas  faite.  Il  semble  donc  que  le  mémoire  soit  en 
réalité  ou  un  travail  incomplet  ou  un  fragment.  Là-dessus  on  ne  peut  plus  rien 
savoir;  l'original  est  perdu,  et  Holmboe  n'a  donné  aucun  renseignement  à  son  sujet. 

A  la  fin  de  1825,  Abel  était  en  possession  de  beaucoup  de  choses  nouvelles 
relatives  au  calcul  intégral.  Il  songeait  alors  à  publier  un  livre  là-dessus,  et, 
comme  il  le  raconte  dans  une  lettre  à  Hansteen  (lettre  X),  il  avait  l'espoir  de 
trouver  un  éditeur  à  Berhn,  avec  l'aide  de  Crelle.  J'ai  cité  plus  haut  deux 
sujets  qui  pouvaient  fournir  la  matière  de  chapitres  étendus  dans  un  pareil  ouvrage; 
mais  je  crois  que  quelquechose  au  moins  de  ce  qu'il  a  plus  tard  inséré  dans  son 
dernier  mémoire  sur  les  fonctions  elliptiques  était  déjà  trouvé.  Il  semble  en  effet 
que  c'est  à  cet  ouvrage  qu'AfiEL  fait  allusion  dans  une  note  de  son  dernier  mémoire 
(Nouv.  éd.  I,  p.  550),  où  il  parle  d'une  nouvelle  théorie  pour  l'intégration  des  diffé- 
rentielles algébriques,  dont  le  but  était  de  réaliser  toutes  les  réductions  qui  sont 
possibles  à  l'aide  de  fonctions  algébriques  et  logarithmiques.  L'ouvrage  aurait  sans 
doute  compris  tout  ce  qu'il  avait  fait  dans  le  calcul  intégral.  Lorsque,  vers  la 
même  époque,  à  la  fin  de  1825  ou  au  commencement  de  1826,  il  écrivit  son 
mémoire  sur  les  intégrales  de  forme  hyperelliptique  qui  peuvent  être  exprimées  par 
des  logarithmes,  il  a  voulu  peut-être  montrer  qu'il  était  en  mesure  de  faire  quekiue 
chose  d'important  dans  le  calcul  intégral,  et  ménager  au  livre  projeté  un  bon  accueil 
auprès  du  monde  mathématique. 

Lorsqu'  Abel,  dans  l'été  de  1826,   fut  arrivé  à  Paris,  il  résolut   de  prendre  la 

plus  importante  de  ses   découvertes,  le  théorème  d'AfiEL,   pour  sujet  d'un  mémoire 

qu'il  présenterait  à  l'Académie  des  Sciences,  et  qu'il  espérait  voir  imprimer  dans  les 

mémoires  des  Savants  étrangers.    Il  réalisait  ainsi  un  vœu  formulé  par  l'Université.* 

•  Voùr  doc.  VI. 


30  L.    SYLOW 

Ses  travaux  préparatoires  immédiats  pour  ce  mémoire  sont  conservés,  et  per- 
mettent de  suivre  le  progrès  du  travail.  Il  était  arrivé  à  Paris  le  10  juillet  et  a 
dû  prendre  quelque  temps  pour  s'orienter  dans  la  grande  ville  et  s'organiser  de 
manière  à  commencer  son  travail.  Il  se  procura  le  9  août  un  cahier  relié,  et  se 
mit  à  y  écrire  son  mémoire;  dès  le  12  août  il  écrivit  à  Hansteen  qu'il  avait 
très  bien  réussi  ce  mémoire,  mais  cette  expression  n'a  dû  viser  qu'un  examen 
préalable  de  la  matière.  Il  commence  par  une  courte  introduction,  et  démontre 
le  théorème  principal  dans  les  22  premières  pages,  et  il  détermine  l'expres- 
sion algébrico-logarithmique  de  la  somme  des  intégrales;  il  trouve  aussi  dans 
quel  cas  la  partie  purement  algébrique  de  cette  expression  disparait,  et  combien 
il  y  a  d'intégrales  différentes  pour  lesquelles  l'expression  toute  entière  est  égale 
à  zéro.  Mais  dans  cette  recherche,  il  a  supposé  que  la  courbe  variable  — 
j'emploie  ici  l'image  géométrique  connue  —  n'a  pas  de  points  d'intersection 
fixes  avec  la  courbe  principale.  Il  remarque  ensuite  que  l'expression  trouvée  pour 
la  somme  des  intégrales  n'est  valable  que  sous  cette  limitation,  et  en  consé- 
quence il  reprend  plusieurs  fois  son  développement  dans  les  pages  suivantes, 
tantôt  avec  des  notations  variées  pour  les  quantités  auxiliaires  qui  interviennent, 
tantôt  même  dans  différentes  hypothèses.  Il  semble  qu'il  ait  fini  par  faire  ses 
calculs  sur  des  feuilles  volantes  pour  ne  pas  trop  remplir  le  cahier  de  formules  dont 
l'ensemble  était  difficile  à  saisir  et  qu'il  ne  devait  d'ailleurs  pas  conserver.  Il  a  dû 
prendre  un  court  moment  de  repos;  car  à  la  page  30,  il  ne  se  trouve  que  5  lignes 
de  formules  elliptiques.  Mais  à  la  page  31,  qui  porte  en  tête  la  date  du  18  août 
1826,  se  trouve  un  résultat  définitif,  qui,  à  la  notation  près,  est  la  formule 
37  du  mémoire.  Il  passe  ensuite  à  un  nouveau  chapitre,  la  détermination  du 
nombre  minimum  des  intégrales  dépendantes;  page  35  se  trouve  la  date  du  19 
août,  à  un  endroit  où  il  est  au  milieu  des  développements  qui  sont  compris  dans  le 
septième  paragraphe  du  mémoire  définitif.  Abel  pouvait  donc  bien  se  dire  qu'il 
avait  rempli  la  promesse  faite  à  Hansteen  dans  la  lettre  X  de  rattrapper  le  temps 
qu'il  pouvait  avoir  perdu  par  sa  tournée  en  Italie  et  en  Suisse.  La  rapidité  avec 
laquelle  le  travail  sur  cette  matière  ardue  avait  avancé  du  9  au  19  août  montre 
que  ce  n'était  pas  la  première  fois  qu'ABEL  approfondissait  cette  théorie.  Le  déve- 
loppement continue  dans  le  cahier,  et  page  39  se  trouve  la  formule  qui  dans  le 
mémoire  porte  le  numéro  88,  et  qui  contient  le  premier  essai  de  détermination  du 
nombre  que  Riemann  a  désigné  par  p.  Bientôt  après  Abel  passe  à  l'exemple  traité 


LES    ÉTUDES    D'ABEL   ET    SES   DÉCOUVERTES  31 

dans  le  mémoire,  où  la  fonction  algébrique  dont  dépendent  les  intégrales  est  la 
racine  d'un  polynôme  quelconque.  Après  avoir  terminé  cet  exemple,  je  crois  qu'ABEL 
s'est  mis  à  rédiger  le  mémoire,  composé  de  10  paragraphes.  De  cette  division 
en  paragraphes  il  n'y  a  dans  le  cahier  que  des  traces;  il  y  a  bien  §  1  immédiate- 
ment après  l'introduction,  mais  ensuite  on  ne  rencontre  aucune  indication  de  para- 
graphes avant  la  page  53,  où  l'on  trouve  l'en-tête  suivant. 

.§  il- 

Sur  l'intégrale       e     ■'  /^*)    ^'  =  ^ ," 

suivi  de  deux  pages  de  formules  concernant  la  généralisation  de  la  proposition  sur 
le  paramètre  et  l'argument.  Mais  Abel  a  bientôt  renoncé  à  comprendre  ces  choses 
dans  son  mémoire.  Car  aux  pages  55 — 56  on  trouve  notées  presque  toutes  les  for- 
mules principales  du  mémoire,  cette  fois  avec  la  notation  même  du  mémoire,  comme 
s'il  n'en  avait  pas  pris  copie,  mais  avait  voulu  ainsi  se  rappeler  les  résultats  essen- 
tiels, ou  garder  les  formules  toutes  prêtes  pour  la  correction  des  épreuves. 

Le  mémoire  fut  présenté  à  l'Académie  le  30  octobre,  mais  resta  longtemps  chez 
Gauchy,  qui  l'oublia,  et  il  ne  fut  imprimé  qu'en  1841.  Ce  ne  fut  donc  que  douze  ans 
après  la  mort  d'AsEL  qu'il  put  être  de  quelque  utilité  pour  le  développement  ultérieur 
de  la  science,  tandis  que  le  mémoire  plus  particulier  écrit  plus  tard  par  Abel  sur  le 
même  sujet  joua  bien  plus  vite  un  rôle  important.  Le  mémoire  contient  l'idée  de  genre 
qui  domine  toute  la  théorie  des  fonctions  abéliennes,  sous  la  forme  du  nombre  mini- 
mum auquel  on  peut  réduire  un  nombre  quelconque  d'intégrales.  Il  est  vrai  que  ce 
nombre  n'est  pas  ainsi  complètement  déterminé,  mais  un  pas  important  est  fait  vers 
sa  détermination  définitive  ;  en  outre  il  résulte  de  l'analyse  «[ue  ce  nombre  ne  dépend 
que  de  l'ordre  de  la  courbe  représentant  géométriquement  la  fonction  algébrique,  et 
des  singularités  de  cette  courbe.  Il  n'est  pas  précisément  démontré  que  ce  nombre 
est  égal  au  nombre  d'intégrales  de  première  espèce,  mais  on  voit  que  les  deux 
nombres  sont  égaux  dans  les  cas  qui,  du  point  de  vue  d'AfiEL,  sont  les  cas  ordi- 
naires.   Quant  au  nombre  des  périodes,  il  n'en  dit  rien. 

Plus  de  dix  ans  avant  l'époque  d'ABEL,  la  question  de  l'introduction  des 
imaginaires  dans  les  intégrales  était  soulevée  parmi  les  plus  grands  mathématiciens. 
Poisson,  en  1811,  avait  fait  passer  la  variable  par  des  valeurs  imaginaires  pour  éviter 
la  valeur  qui  rend  infinie  la  fonction  sous  le  signe  d'intégration.    La  même  année  Gauss 


L.    SYLOW 


avait  aussi  fait  à  Bessel  une  communication  à  ce  sujet,  et  avait  dit  que  la  valeur 
de  l'intégrale,  sous  certaines  conditions,  ne  dépend  que  de  ses  limites.  Abel  ne 
pouvait  connaître  cette  lettre  de  Gauss  et  le  calcul  de  Poisson  lui  a  peut-être 
échappé.  Mais  en  1825,  Gauchy  avait  publié  un  mémoire  sur  des  intégrales  prises 
entre  des  limites  imaginaires,  et  l'on  sait  par  la  lettre  d'ABEL  à  Holmboe  du  24 
oct.  1826  (lettre  XVIII),  qu'AsEL  étudiait  avec  ardeur  les  travaux  de  Cauchy; 
comme  en  outre  il  dit  qu'il  s'occupe  des  imaginaires  „pour  lesquelles  il  y  a  beaucoup 
à  faire",  et  d'intégrales,  il  y  a  donc  lieu  de  croire  qu'il  a  lu  le  mémoire  de  Gauchy, 
et  qu'il  a  fait  de  l'introduction  des  imaginaires  dans  le  calcul  intégral  l'objet  d'une 
étude  plus  serrée.  On  en  trouve  d'ailleurs  des  marques  évidentes  dans  le  cahier  III. 
Gomme  je  l'ai  déjà  dit,  il  y  a  repris  la  généralisation  de  la  proposition  sur  le 
paramètre  et  l'argument;  pour  cela,  il  supposait  ces  quantités  variables  toutes  deux 
imaginaires,  et  comme  Gauchy,  il  fait  varier  la  partie  réelle  et  la  partie  purement 
imaginaire  de  chaque  variable  en  fonction  d'une  seule  et  même  variable  réelle,  en 
sorte  que  les  intégrales  sont  prises  le  long  de  courbes  déterminées  par  ces  fonctions. 
Il  remarque  également,  comme  en  passant,  qu'il  faut  éviter  les  valeurs  pour 
lesquelles  la  différentielle  devient  infinie.  De  même,  il  introduit  plus  loin  les  imagi- 
naires dans  des  intégrales  simples,   comme      —,       fj!^  '    ^^  ^^  semble  qu'il   se 

rende  compte  de  la  manière  dont  se  produisent  les  périodes,  en  choisissant  con- 
venablement les  fonctions  arbitraires.  La  représentation  géométrique  des  imaginaires 
n'apparait  pas.  Il  y  a  aussi  un  passage  où  l'intégrale  est  traitée  d'après  les  règles 
du  calcul  des  variations.  Je  mentionne  ces  passages  du  cahier  d'ABEL,  non  seule- 
ment parcequ'il  est  intéressant  d'être  pour  ainsi  dire  témoin  de  l'étude  qu'un  grand 
mathématicien  fait  des  travaux  d'un  autre,  —  ils  ne  l'ont  pas  toujours  fait  autant 
qu'il  l'aurait  fallu,  —  mais  surtout  parcequ'il  est  bon  de  se  les  rappeler  en  parlant 
des  travaux  d'AsEL  sur  les  fonctions  elliptiques. 

Dans  le  Gabier  V,  donc  certainement  à  la  fin  de  1827,  Abel  est  revenu  à  la 
théorie  sur  les  intégrales  de  différentielles  algébriques,  ayant  dans  un  morceau 
étendu  sur  les  fonctions  elliptiques  développé  une  grande  partie  des  propositions 
générales  qui  se  trouvent  dans  son  ^Précis  d'une  théorie  etc.",  chap.  II.  Il  y  est 
également  énoncé,  mais  sans  démonstration,  que  toutes  les  relations  algébriques 
entre  intégrales  elliptiques  et  fonctions  algébrico-logarithmiques  peuvent  être  tirées 
de  relations  linéaires   à   coefficients  constants   entre   les   intégrales,    une   fonction 


LES   ÉTUDES    d'ABEL   ET    SES    DI<;COUVERTES  33 

algébrique,  et  des  logarithmes  de  fonctions  algébriques.  Le  reste  répond  à  peu 
près  au  théorème  IV  du  „Précis^.  Le  mode  de  démonstration  est  un  peu  différent, 
en  ce  qu'il  n'applique  pas  de  résolvante  de  Galois,  mais  considère  les  diverses 
irrationnelles  qui  interviennent  comme  définies  par  des  équations  irréductibles  succes- 
sives, en  adjoignant  à  chacune  de  celles-ci  non  seulement  les  irrationnelles  antérieures, 
mais  aussi  les  racines  carrées  qui  se  présentent  dans  les  intégrales  elliptiques 
correspondantes. 

Un  peu  plus  tard,  vraisemblablement  au  printemps  de  1828,  Abel  écrivit  un 
morceau  dans  le  Cahier  VI  sur  les  intégrales  de  fonctions  algébriques,  qu'il  a 
certainement  considérées  comme  la  base  de  son  traitement  ultérieur  du  calcul 
intégral.  La  partie  qui  se  laisse  lire,  moyennant  quelque  réflexion,  a  été  insérée 
dans  la  nouvelle  édition  sous  le  numéro  XVII  dans  le  tome  II,  mais  n'est  pas  dans 
l'ancienne.  II  y  a  démontré  la  proposition  générale  mentionnée  plus  haut,  que  si 
une  équation  algébrique  irréductible  a  lieu  entre  plusieurs  intégrales  telles  que 

ly^x,    ly^dx,  .  .  .    J  y^^  dx, 

et  la  variable  indépendante,  cette  équation  peut  être  déduite  d'autres  de  la  forme 

Cl  J Vx  dx  +  C2  J?/2  ^a;  +  .  .  .  4-  c^  lyf,dx  =  P, 

<^ù  yx^y-i^  •  •  •  Vfi  sont  des  fonctions  algébriques  quelconques  de  x,  tandis  que 
C]^,c^,  .  .  .  c^,  sont  des  constantes,  et  P  une  fonction  rationnelle  de  x,y^,y^,  .  .  .  ?/^. 
Supposant  ensuite  que  certaines  des  intégrales  sont  des  logarithmes,  il  démontre  que 
les  arguments  de  ces  logarithmes  peuvent  aussi  être  supposés  rationnels  par  rapport 
hx  ei  aux  irrationnelles  comprises  sous  les  signes  d'intégration.  Il  ne  poursuivit  pas 
plus  loin  la  question  dans  sa  généralité,  mais  traita  particulièrement  le  cas  où  les 
irrationnelles  en  question  se  réduisent  à  un  seul  radical,  d'une  manière  analogue  à 
ce  qu'il  avait  déjà  fait  dans  son  travail  présenté  à  l'Académie  des  Sciences.  La 
relation  qu'il  obtient  ainsi  répond  à  la  formule  connue  par  laquelle  une  somme 
d'intégrales  elliptiques  de  troisième  espèce  et  de  même  module,  mais  de  paramètres 
différents,  s'exprime  par  des  logarithmes  et  des  intégrales  de  première  espèce.  Il  déter- 
mina aussi  le  nombre  des  intégrales  dont  les  paramètres  dépendent  de  ceux  des  autres 
intégrales  et  trouva  le  même  nombre  que  dans  le  passage  correspondant  du  mémoire 
de  Paris  (le  p  de  Riemann).      Gomme  exemple,  il  voulait  encore  traiter  le  problème 

LES   ÉTUDES   d'aBEL   —  5 


34  L.    SYLOW 

ic"  (1 — x)'^'  dx   peut 

être  exprimée  par  des  fonctions  algébriques  et  des  logarithmes,  mais  ne  l'acheva 
pas.  On  voit  qu'il  avait  pensé  faire  de  son  théorème  principal  comme  la  base  de 
tout  un  chapitre  du  calcul  intégral. 

Cependant  Abel  ne  se  sentait  pas  sûr  de  l'impression  de  son  grand  travail 
sur  les  intégrales  dans  les  Mémoires  des  Savants  Etrangers.  Il  s'y  prit  d'une  autre 
façon,  qui  se  montra  plus  pratique.  Il  écrivit  un  mémoire  qui  ne  traitait  que  du 
cas  le  plus  simple,  le  cas  hyperelliptique ;  il  l'intitula:  ^Remarque  sur  quelques 
propriétés  générales  d'une  certaine  sorte  de  fonctions  transcendantes" ,  et  indiqua 
dans  une  note  qu'il  avait  présenté  à  l'Académie  des  sciences  un  mémoire  beaucoup 
plus  général.  Il  ne  fut  imprimé  que  le  3  déc.  1828,  dans  le  Journal  de  Grelle, 
T.  III.  Il  écrivit  aussi  à  Legendre  sur  ses  recherches  à  se  sujet  une  lettre,  qui 
malheureusement  parait  être  perdue.  Une  fois  imprimée  dans  son  application  à  un 
cas  relativement  simple,  sa  découverte  produisit  grand  effet,  dégagée  qu'elle  était 
ainsi  des  recherches  difficiles  sur  les  notions  nouvelles  que  comportait  la  théorie 
générale,  recherches  qui  n'ont  pu  être  achevées  que  plus  tard.  Dès  le  9  février, 
Legendre  attira  l'attention  de  Jacobi  sur  cette  découverte,  et  Jacobi  répondit  par 
des  paroles  d'admiration,  mais  demanda  comment  il  se  faisait  que  le  premier  mémoire 
d'ABEL  n'eût  pas  été  remarqué  par  l'Académie  des  Sciences,  et  il  fut  ainsi  probable- 
ment le  premier  qui  contribua  à  le  mettre  en  évidence  et  à  le  faire  publier.  Bessel 
écrit  à  Gauss  le  2  janvier,  qu'il  croyait  que  la  proposition  d'ABEL,  qui  découvre  les 
propriétés  des  intégrales  avant  que  l'intégration  soit  effectuée,  avait  montré  un  aspect 
tout  nouveau  du  calcul  intégral;  il  désirait  vivement  savoir  si,  à  l'avis  de  Gauss,  il 
s'exagérait  peut-être  l'importance  de  la  nouvelle  découverte.  Mais  Gauss,  qui  était 
alors  occupé  de  sa  Théorie  des  phénomènes  de  capillarité,  et  qui  en  outre  appro- 
fondissait à  nouveau  les  fondements  de  la  géométrie,  n'a  donné  aucune  réponse  à 
Bessel  sur  ce  point. 

Dans  son  dernier  mémoire  sur  les  fonctions  elliptiques  „Précis  Wune  théorie 
efc."  Abel  est  encore  revenu  au  calcul  intégral.  Dans  le  premier  chapitre  il  avait 
primitivement  inséré  la  démonstration  du  théorème  d'ABEL  dans  toute  sa  généralité  ; 
mais  il  se  ravisa,  supprima  cette  partie,  et  en  fit  presque  sans  y  changer  un  mot 
un  petit  mémoire  distinct,  qu'il  réussit  ainsi  à  faire  imprimer  avant  sa  mort.  Il  est 
daté  du  6  janvier  1829,  et  c'est  réellement  le  dernier  travail  qu'AsEL  a  rédigé.    Dans 


LES    ÉTUDES    d'ABEL    ET    SES    DÉCOUVERTES  35 

le  „Préci8^  Abel  a  enfin  publié  quelquechose  de  ses  recherches  générales  sur  le 
calcul  intégral  dont  j'ai  parlé  plusieurs  fois,  en  se  posant  le  problème  général 
de  trouver  tous  les  cas  où  une  somme  d'intégrales  elliptiques  peut  être  exprimée 
par  des  fonctions  algébriques  et  logarithmiques.  Dans  le  premier  paragraphe  du 
second  chapitre,  il  supposa  qu'une  somme  d'intégrales  de  fonctions  algébriques 
peut  être  exprimée  par  une  somme  de  fonctions  algébriques,  de  logarithmes  et 
d'intégrales  elliptiques,  et  il  démontra  que  même  s'il  y  a  plusieurs  variables 
indépendantes,  toutes  les  quantités  algébriques  qui  interviennent  dans  l'équation 
peuvent,  sans  nuire  à  la  généralité,  être  supposées  des  fonctions  rationnelles  des 
variables  indépendantes    et  des  irrationnelles  dont  dépendent  les  intégrales  données. 

Cette  proposition,  d'une  portée  jusqu'alors  sans  exemple,  était  le  fruit  de  sa 
pénétration  approfondie  dans  la  théorie  des  équations;  le  moyen  qu'il  employa  pour 
vaincre  les  difficultés  fut  l'introduction  de  la  ({uantité  auxiliaire  que  l'on  appelle 
aujourd'hui  la  résolvante  de  Galois.  Il  a  ajouté  dans  une  note  qu'il  a  fondé  sur 
cette  proposition  une  théorie  nouvelle  pour  l'intégration  des  différentielles  algébriques, 
dépassant  de  beaucoup  les  résultats  connus,  mais  que  les  circonstances  ne  lui 
ont  pas  permis  de  publier.  Il  est  aussi  question  de  ceci  dans  sa  dernière  lettre 
à  Legendre,  et  il  y  mentionne  particulièrement  le  problème  de  décider  quand  une 
différentielle  algébrique  peut  être  intégrée  au  moyen  de  fonctions  algébriques,  de 
logarithmes  et  d'intégrales  elliptiques,  mais  il  dit  qu'il  n'a  pas  encore  pu  le  résoudre, 
et  qu'il  croit  que  cela  dépassera  ses  forces.  Weierstrass  a  repris  ce  pro- 
blème, comme  on  peut  le  voir  par  son  intéressante  lettre  à  Lie,  insérée  plus  haut 
(lettre  LIV). 

Au  total,  le  calcul  intégral  a  tenu  dans  la  pensée  d'  Abel  une  très  grande 
place,  beaucoup  plus  grande  que  l'on  ne  pourrait  croire  d'après  la  place  qu'il  occupe 
dans  ces  mémoires.  Comme  on  l'a  vu  plus  haut,  il  a  trouvé  que  le  calcul  intégral 
avait  été  auparavant  traité  et  exposé  d'une  manière  dépourvue  de  méthode  scienti- 
fique. Il  semble  qu'il  n'ait  pas  renoncé  à  son  ancien  projet  de  consacrer  au  calcul 
intégral  un  ouvrage  spécial,  mais  il  est  possible  qu'il  l'ait  modifié  de  sorte  qu'il  se 
serait  borné  aux  différentielles  algébriques. 

Il  n'existe  aucun  renseignement  certain  sur  l'époque  où  Abel  commença  l'étude 
des  transcendantes  elliptiques,  mais  il  est  tout  au  moins  vraisemblable  que  son 
attention   a  été  attirée   dans   cette  direction  dès  1821  par  la  lettre  mentionnée  plus 


36  L.    SYLOW 

haut  du  professeur  Degen,  de  Copenhague,  à  Hansteen  (lettre  XLV).  Il  n'est  guère 
probable  que  la  prétendue  découverte  de  Degen  ait  fait  illusion  à  Hansteen,  qui 
était  d'un  naturel  assez  sceptique;  mais  il  y  a  lieu  de  croire  qu'il  a  transmis  à 
Abel  l'invitation  d'étudier  les  transcendantes  elliptiques  et  supérieures. 

Au  plus  tard  dès  la  première  moitié  de  1823,  Abel  a  considéré  la  limite  d'une 
intégrale  elliptique  comme  fonction  de  la  valeur  de  l'intégrale;  car  en  juin  de  cette 
année  il  emportait  à  Copenhague  un  petit  mémoire  qu'il  avait  écrit  sur  „les  fonc- 
tions inverses  des  transcendantes  elliptiques^,  où  il  était  parvenu  à  un  résultat 
qu'il  trouvait  impossible.  Il  demanda  mais  en  vain,  des  éclaircissements  à  Degen. 
(lettre  II).  On  n'en  sait  pas  plus  sur  ce  mémoire,  et  il  n'y  a  rien  dans  les  papiers 
laissés  par  Abel  qui  coiresponde  bien  à  ce  récit.  Sur  la  difficulté  à  laquelle  Abel 
s'était  heurté,  on  peut  tout  au  moins  faire  une  conjecture.  L'équation  qui  donne  la 
division  de  l'intégrale  en  n  parties  égales,  l'équation  de  division  des  fonctions 
elliptiques,  est  du  degré  n"^  et  elle  est  facilement  accessible,  au  moins  pour  de 
petites  valeurs  de  n.  Pour  celui  qui  ne  connait  que  la  période  réelle,  les  n  racines 
réelles  sont  certes  compréhensibles,  mais  non  les  n"^  —n  racines  imaginaires.  Dirichlet, 
dans  son  Eloge  de  Jacobi,  a  attiré  l'attention  sur  ce  point,  sans  connaître  cet  ancien 
mémoire  d'AsEL,  et  il  ajoute  qu'en  mathématiques  comme  ailleurs  le  fait  de  s'étonner 
d'un  phénomène  est  souvent  déjà  une  demi-découverte, 

M.  C.  A.  Bjerknes  a  proposé  l'hypothèse  que  le  mémoire  en  question  serait 
celui  qui  montre  que  les  intégrales  hyperelliptiques  ont  en  général  plusieurs  périodes 
(Nouv.  éd.  II,  p.  7).  Il  semble  sans  doute  invraisemblable  qu'ABEL  ait  employé  le 
terme  „ transcendante  elliptique"  dans  ce  sens  élargi;  mais  en  tous  cas  ce  mémoire 
montre  encore  qu'ABEL  a  considéré  la  limite  de  l'intégrale  comme  fonction  de  sa 
valeur,  et  qu'il  doit  s'être  représenté  cette  fonction  comme  doublement  périodique, 
lorsqu'il  s'agissait  d'une  intégrale  elliptique.  On  sait  par  le  témoignage  de  Holmboe 
qu'il  a  été  écrit  avant  septembre  1825. 

Il  est  vraisemblable  que  Degen  a  indiqué  à  Abel  les  ^Exercices  de  calcul 
intégral"'  de  Legendre,  car  aussitôt  après  son  retour  à  Kristiania  en  septembre 
1823,  il  emprunta  ce  livre  à  la  bibliothèque  de  l'Université,  Il  a  ensuite  réuni  les 
idées  suggérées  par  cette  lecture  dans  le  travail  ^Théorie  des  transcendantes 
elliptiques",  qui  a  été  imprimé  pour  la  première  fois  dans  l'édition  des  Œuvres 
complètes  par  Holmboe  en  1839.  Il  n'est  pas  ici  question  d'inversion;  il  ne  s'agit 
que  de  la  réduction  d'intégrales  elliptiques  par  des  fonctions  algébriques  et  logarith- 


LES   ÉTUDES   D'ABEL   ET    SES    DÉCOUVERTES  37 


miques  et  de  la  relation  entre  des  intégrales  elliptiques  dépendant  d'un  même  radical. 
Une  partie  de  cela  a  servi  de  base  au  mémoire  sur  l'intégration  par  logarithmes, 
publié  dans  le  Journal  de  Grelle,  T.  I,  en  1826  ;  d'ailleurs  cela  n'a  sans  doute  servi 
à  Abel  que  comme  orientation  préalable.  Avant  son  départ  de  Kristiania  en  sep- 
tembre 1825,  il  a  pourtant  connu  à  coup  sûr  tout  au  moins  les  propriétés  élémen- 
teiires  des  fonctions  que  l'on  appelle  aujourd'hui  elliptiques;  je  donnerai  plus  loin  les 
raisons  de  mon  affirmation. 

Les  lettres  d'AfiEL  pendant  son  voyage  fournissent  relativement  peu  de  renseigne- 
ments sur  les  progrès  de  son  travail  sur  les  fonctions  elliptiques.  Le  16  avril  1826 
il  écrivit  à  Holmboe  (lettre  XI)  qu'il  voulait,  après  son  arrivée  à  Paris,  rédiger  ses 
questions  d'intégrales  et  sa  „Théorie  des  fonctions  elliptiques",  ayant  l'espoir  de 
faire  imprimer  cela  à  Berlin.  Les  notes  d'AsEL  à  Paris  montrent  également  qu'il 
s'est  beaucoup  occupé  de  fonctions  elliptiques.  Le  premier  point  de  la  théorie  qu'il 
touche  est,  chose  significative,  la  transformation  (Cahier  IIL  p.  119).  Le  passage 
est  reproduit  dans  Œuvr.  compl.  Nouv.  éd.  T.  II,  p.  285.  S'il  avait  alors  traité  le 
problème  pour  la  première  fois,  il  aurait  probablement  développé  complètement 
les  formules  de  transformation  des  intégrales  de  première  espèce.  Mais  son  objet 
est  précisément  les  transformations  irrationnelles  analogues  à  celle  de  Landen;  il 
prend  note,  en  ce  qui  concerne  ces  transformations,  du  résultat  que  Jacobi  (Fund. 
nova,  p.  6)  appelle  y,principium  in  Theoria  Transformationum  Functionum 
Ellipticarum  fundamentale"' .  Il  n'y  consacre  qu'une  demi-page,  et  passe  au 
traitement  des  intégrales  de  seconde  espèce,  mais  n'achève  pas  davantage.  Il  a 
seulement  voulu  se  convaincre  que  cette  sorte  de  transformations,  pour  tout  ce  qui 
est  essentiel,  est  analogue  aux  transformations  rationnelles,  qu'il  a  dû  connaître 
antérieurement.  C'est  du  moins  la  manière  la  plus  simple  d'expliquer  le  passage. 
Dans  le  même  cahier  viennent  ensuite,  après  quelques  pages  avec  des  considérations 
sur  la  convergence  des  séries,  ses  premières  notes  sur  les  équations  abéliennes, 
puis  on  trouve  ses  résultats  sur  la  division  de  la  lemniscate  (Cahier  III,  p.  135), 
dans  les  termes  suivants: 

^Résolution  des  équations  dont  dépend  la 
division  de  la  circonférence  de  la  lemniscate". 

Par  la  belle  théorie  de  la  division  du  cercle  donnée  par  M.  Gauss  on  peut, 
comme   on   sait,   toujours   résoudre  algébriquement  les  équations  dont  dépend  cette 


38  L.    SYLOW 

division.     Je   ferai   voir  que  la  même  chose  aura  lieu  par  rapport  à  la  lemniscate. 
Les  principaux  résultats  auxquels  je  suis  parvenu  sont  les  suivans: 

1.  Lorsque  n  est  un  nombre  premier  de  la  forme  4m +  1  on  peut  effectuer  la 
division  de  la  lemniscate  au  moyen  de  a  équations  des  degré  a  etc.,  si  on 
suppose  w— l  =  a"6^c^ ,  entièrement  comme  dans  le  cas  d'un  cercle. 

2.  Lorsque  n  est  un  nombre  premier  de  la  forme  4m +  3,  on  peut  effectuer  la 
division  au  moyen  de  a  équations  des  degrés  a  etc.  si  on  suppose: 

(4m  +  2)  (4w  +  4)  =  w2  — l=a«6^  c>'..." 

Il  n'ajoute  pas  expressément  que  les  équations  sont  résolubles  par  radicaux, 
mais  d'après  le  titre  on  ne  peut  douter  que  cela  ait  été  son  idée. 

Abel  informa  ses  amis  Crelle  et  flolmboe  de  la  découverte  de  la  division  de 
la  lemniscate  en  décembre  1826  (lettres  XXI,  XXII);  à  ce  dernier  il  raconte  en 
outre  qu'il  enverra  un  grand  mémoire  sur  les  fonctions  elliptiques  aux  annales  de 
Gergonne.  Il  est  possible  que  les  lignes  précédentes  aient  été  écrites  comme  intro- 
duction à  ce  mémoire.  Il  n'a  d'ailleurs  pas  été  envoyé,  et  probablement  pas 
davantage  écrit.  A  quelques  pages  près,  le  reste  du  cahier  II  est  rempli  de  calculs 
et  de  formules  relatifs  aux  fonctions  elliptiques,  sans  le  moindre  texte.  Il  s'agit  de 
leur  double  périodicité,  des  valeurs  qu'elles  prennent  lorsque  l'argument  est  fait 
égal  à  une  demi-période,  ou  quand  on  l'augmente  d'une  demi-période,  du  théorème 
d'addition,  et  d'une  manière  générale  des  formules  elliptiques  élémentaires  qui  ont 
été  plus  tard  exposées  dans  les  ^Recherches  sur  les  fonctions  elliptiques'^.  La 
fonction  de  la  lemniscate  revient  souvent,  surtout  le  problème  de  la  division  de 
la  période.  La  division  en  3  et  en  5  parties  est  menée  à  bout;  mais  cela  existait 
déjà  de  la  main  de  Legendre.  On  y  trouve  aussi  des  calculs  concernant  la  division 
en  7  et  en  13.  Abel  fut  amené  par  la  division  de  la  lemniscate  à  étudier  l'arith- 
métique des  nombres  complexes,  tout  au  moins  jusqu'aux  restes  de  puissances. 
Il  trouve  par  exemple  dans  ces  pages  que  2  +  y  — i  est  racine  primitive  du  nombre 
premier  7.  Mais  comme  Abel  a  énoncé  sa  proposition  en  toute  généralité,  il  est 
clair  qu'il  savait  que  pour  tout  nombre  premier  appartenant  au  domaine  des  nom- 
bres entiers  complexes  il  y  a  des  racines  primitives.  Abel  n'a  jamais  vu  Gauss; 
ce  que  Gauss  avait  alors  publié  se  réduit  à  une  phrase  dans  son  premier  mémoire 
sur  les  restes  biquadratiques  en  avril  1825:  „mox  vero  comperimus,  principia 
Arithmeticœ  hadenus  usitata  ad  theoriam  gêneraient  stabiliendam  neutiquam 


LES   ÉTUDES    d'ABEL   ET    SES    DÉCOUVERTES  39 

sufficere,  quin  potius  hanc  necessario  postulare,  ut  campus  Arithmeticœ  Subli- 
mions infinities  quasi  promoveatur,  quod  quomodo  intelligendum  sit,  in  con- 
tinuatione  harum  disquisitionum  clarissime  elucebit.^  L'explication  de  ces 
paroles  mystérieuses  ne  vint  que  dans  la  „Commentatio  secunda",  après  la  mort 
d'AsEL.  Ce  ne  fut  cependant  pas  Abel  qui  publia  le  premier  cette  nouveauté 
arithmétique.  Car  la  division  de  la  lemniscate  ne  parut  qu'en  1828,  dans  la  seconde 
partie  des  ^Recherches  sur  les  fonctions  elliptiques".  Mais  dès  le  5  juillet  1827, 
Jacobi  avait  publié  un  mémoire  sur  les  restes  cubiques,  où  il  est  question  des 
nombres  de  la  forme  a -{-h  V  —  3  et  en  outre  de  l'existence  de  racines  primitives. 

Dans   le  même  cahier,  il  parle  encore  d'autres  fonctions  elliptiques  singulières, 
par  exemple  de  celle  qui  dépend  de  l'intégrale   1   .  ,  et  celle  dont  le  module  est 

j  yi  — £c^ 

|14-iVT\       jyiais  comme  il  a  aussi  noté  l'égalité 

\    2   ; 


Cù 


'  =mco  -]-n^fa  .wi, 


dont    le   sens  est  bien  évident,  il  a  déjà  observé  à  Paris  que  la  multiplication  com- 
plexe a  lieu  pour  une  infinité  de  modules  particuliers. 

Mais  ce  qui  constitue  la  matière  principale  de  la  première  partie  des 
„Recherches  sur  les]  fonctions  elliptiqes^,  insérée  dans  le  Journal  de  Grelle, 
T.  II,  2me  fascicule,  c'est-à-dire  les  formules  de  multiplication,  les  problèmes  sur  la 
division  de  l'argument,  sur  la  division  des  périodes  pour  des  modules  quelconques, 
sur  les  développements  en  séries  et  en  produits  infinis,  est  ici  complètement  absent. 
La  notation  employée  n'est  pas  celle  dont  il  s'est  servi  dans  les  Recherches 
L'intégrale  est  mise  le  plus  souvent  sous  la  forme 

f  dx 


V(l-caa;2)(i_c'2a;2)' 


et  il  y  considère  trois  fonctions  elliptiques;  mais  le  choix  de  celles-ci  n'est  pas  tou- 
jours le  mf3me,  non  plus  que  leur  symbole.  On  ne  peut  voir  par  le  contenu  du 
Cahier  III  où  Abel  en  était  de  la  théorie,  lorsqu'il  l'acheva,  ni  comment  progres- 
sèrent ses  connaissances  sur  cette  théorie  pendant  qu'il  écrivait  ce  cahier.  Qu'il 
en  sût  déjà  beaucoup,  cela  résulte  des  deux  morceaux  sur  la  transformation  et  sur 
la  lemniscate,  et  de  ce  fait  qu'il  s'occupe  de  questions  aussi  particulières  et  aussi 
difficiles  que  celle  des  modules  singuliers. 


40  L.    SYLOW 

Dans  ses  lettres  à  Hansteen  et  à  Holmboe,  il  n'a  rien  dit  de  la  découverte 
même  des  fonctions  elliptiques;  qu'il  ne  soit  pas  entré  dans  le  détail  de  théorèmes 
particuliers,  cela  se  comprend,  car  cela  aurait  vite  dépassé  les  limites  d'une  lettre. 
Mais  qu'il  n'ait  pas  même  dit  qu'il  possédait,  dans  la  fonction  inverse  de  l'intégrale 
elliptique,  une  classe  étendue  de  transcendantes,  comprenant  les  fonctions  trigo- 
nométriques  comme  cas  limite,  et  présentant  avec  elles  une  analogie  complète 
alors  qu'en  même  temps  il  raconte  avec  une  joie  évidente  ses  découvertes  dans 
la  théorie  des  équations,  j'en  conclus  que  dès  avant  son  départ  de  Kristiania, 
il  doit  avoir  informé  ses  amis  qu'il  travaillait  à  une  théorie  toute  nouvelle  des 
fonctions  elliptiques.  Car  sans  cela  il  lui  aurait  été  agréable,  et  en  même  temps 
utile  de  leur  montrer  aussi,  par  cette  découverte,  qu'il  avait  bien  employé  son  temps, 
bien  qu'il  n'eût  pas  suivi  rigoureusement  le  plan  arrêté  pour  son  voyage. 

Quoi  qu'il  en  soit,  Abel,  pendant  son  séjour  à  Paris,  a  achevé  de  découvrir  les 
principes  sur  lesquels  reposent  ses  travaux  ultérieurs  sur  les  fonctions  elliptiques; 
il  l'a  déclaré  lui  même  à  Holmboe.*  Le  projet  d'adresser  un  mémoire  aux  Annales 
de  Gergonne  fut  abandonné.  Revenu  à  BerHn  au  commencement  de  1827,  il  a 
probablement  décidé  de  rédiger  à  la  place  un  grand  travail  pour  le  Journal  de 
Crelle.  On  en  a  peut-être  la  trace  dans  l'une  des  dernières  pages  du  Cahier  III, 
intitulée:  „Sur  les  fonctions  elliptiques  inverses  de  la  i**"*  espèce".  Il  est  pos- 
sible qu'AsEL  ait  commencé  dès  les  premiers  mois  de  l'année,  à  Berlin,  la  rédaction 
de  ses  „ Recherches" ,  mais  je  doute  qu'il  ait  achevé  à  Berlin  même  la  première 
partie  du  travail.  Car  alors  il  y  en  aurait  eu  tout  au  moins  quelquechose  dans 
le  premier  cahier  du  tome  II  du  Journal;  en  outre  Abel  se  plaint  dans  ses  lettres 
de  ne  pouvoir  parvenir  à  rien  „mettre  en  ordre  et  rédiger"  tant  qu'il  est  à  l'étranger. 
Ce  qui  me  parait  probable  est  qu'il  s'est  entendu  avec  Crelle  pour  être  prêt  pour 
le  second  fascicule;  la  première  et  la  plus  grande  partie  des  ^Recherches"'  y  fut  in- 
sérée, et  parut  donc  le  20  septembre  1827;  la  seconde,  où  sont  traitées  la  division 
de  la  lemniscate  et  la  transformation,  ne  parut  que  dans  le  Tome  III,  2™®  fasci- 
cule, le  26  mai  1828. 

Les  notes  d'ABEL  à  Paris  et  ses  lettres  de  l'étranger  ne  donnent  donc  pas  de 
renseignements  bien  précis  sur  l'évolution  de  ses  idées  relativement  aux  fonctions 
elliptiques.    Il  n'y  a  donc  rien  de  mieux  à  faire  qu'à  se  reporter  précisément  à  son 


*  Voyez  la  première  édition  des  Œuvr.  compl.  p.  VII. 


LES   ÉTUDES   d'ABEL    ET    SES    DÉCOUVERTES  41 


premier   mémoire.     Par   contre,    le  tableau   que  donne  celui-ci  est  si  clair  qu'il  y  a 
grande    probabilité   pour   qu'il   soit  exact  dans  ses  grandes  lignes.     Il  a  de  bonne 
heure  considéré  la  limite  de  l'intégrale  comme  fonction  de  sa  valeur,  et  reconnu  que 
cette  fonction  était  doublement  périodique.      Le   théorème  d'addition  était  en  réalité 
connu  par  les  travaux  d'Euler  et  de  Legendre;  le  théorème  de  multiplication  en  est 
une    conséquence   presque   immédiate.      Dans    ces  propositions  et  dans  celle  sur  la 
périodicité  se  manifeste  un  haut  degré  d'analogie  avec  les  fonctions  trigonométriques  ; 
l'idée    que  les  fonctions  nouvelles  devaient  être  traitées  d'après  cette  analogie  s'im- 
posait  nécessairement   à   lui.    Il  lui  était  facile  de  trouver  les  racines  de  l'équation 
de  multiplication,    c'est-à-dire  leurs  expressions   transcendantes,    et  de    donner   ainsi 
une   expression    complète  pour   cp{n  a)  an  moyen   de    cp{a),    analogue  à  l'expression 
de  sin(îîa)   an    moyen   de    sina.     Il  se  servit  de  ce  résultat  de  deux  manières.     Sa 
préférence  pour  la   théorie  des  équations  l'a  probablement  conduit  à  traiter  d'abord 
le  problème  de  division.     Il  trouva  la  solution  de  l'équation  algébrique  qui  exprime 
cp{a)  en  fonction  de  ç{na).    Cette  solution  contient  encore  des  constantes  inconnues, 
les  racines  de  l'équation  de  division  des  périodes.     Il  trouva  que   celle-ci   était  non- 
primitive,    mais   il  ne  put  pas  résoudre  l'équation  par  laquelle  s'effectue  la   décom- 
position   de   la   première.     L'équation  générale  de  division  le  conduisit  ensuite  à  la 
théorie   de    la   transformation.      La   nouvelle  fonction  elliptique   est  en  effet,  à  une 
constante  près,  la  même  que  la  quantité  auxiliaire  qu'il  employait  pour  décomposer 
la  première  équation,  dont  le  degré  est  n^,  en  n  équations  de  degré  n.    D'après  la 
forme    de    cette  quantité   auxiliaire,    sa   double  périodicité  est    évidente:   elle  a  une 
période  commune  avec  la  première  fonction,   la  seconde  est  -  de  la  seconde  période 
de    celle-ci.     Elle    est   d'ailleurs    désignée   d'une   manière  qui  indique  que  c'est  une 
fonction  elliptique,   elle   est   appelée  en  effet  (pi{cc),  tandis  que   la  première  fonction 
elliptique    est   appelée    cp{a).     Dans  la  deuxième    partie    du  mémoire,  cette  quantité 
auxiliaire  est  reprise   avec  la    même    notation   cp^{a),    à    cela   près    que   la   période 
divisée  peut   être  quelconque,   et  il    est  démontré  qu'elle  est  une  fonction  elliptique 
avec  un  autre  module.     Gela   n'a   pas   échappé  à  Jacobi,  mais   il  n'avait  certaine- 
ment pas  raison  lorsque,  un  instant  du  moins,    il  crut  qu'AsEL  n'avait   pas  alors 
remarqué  que  la  multiplication  peut  être  composée  de  deux  transformations.*    Il  est 
même   vraisemblable  que    c'est   précisément   cette   liaison    entre    le    problème  de  la 


•  Lettre  de  Jacobi  à  Legendre  du  18  janvier  1829. 

LES    ÉTUDES   d'aBEL    —    6 


42  L.    8YL0W 

division  et  la  transformation  qui  a  fait  préférer  à  Abel  la  résolution  de  l'équation 
de  division  exposée  dans  le  Recherches,  à  l'autre  que  Jacobi  publia  d'abord,*  et 
qui  est  plus  simple  dans  un  certain  sens. 

La  seconde  application  de  la  formule  de  multiplication,  c'est-à-dire  le  passage 
au  développement  des  nouvelles  fonctions  en  séries  et  produits  infinis,  dut  aussi 
nécessairement  s'imposer  à  lui  à  cause  de  l'analogie  avec  les  fonctions  trigonométri- 
ques;  il  est  vrai  que  cela  était  beaucoup  plus  difficile  à  réaliser  avec  rigueur;  on 
ne  peut  pas  dire  que  le  raisonnement  d'AsEL  soit  au-dessus  de  toute  objection,  bien 
qu'il  se  soit  efforcé  d'être  rigoureux,  et  bien  que  les  résultats  se  soient  montrés  exacts. 
Sur  un  autre  point  encore  du  mémoire,  il  peut  y  avoir  quelque  chose  à  critiquer; 
on  ne  peut  pas  dire  qu'ABEL  ait  démontré  que  sa  fonction  cp{a)  est  uniforme.  Sur 
ces  deux  points  les  mêmes  reproches  peuvent  être  faits  au  raisonnement  de  Jacobi 
dans  les  Fundamenta  nova. 

Il  est  facile  de  comprendre  comment  Abel  a  été  conduit  à  traiter  la  division 
de  la  lemniscate.  L'indication  donnée  par  Gauss  dans  les  Disquis.  Arithm.,  si 
connue  par  la  mention  qu'en  a  fait  Dirichlet  dans  son  magnifique  Eloge  de  Jacobi, 
n'en  a  peut-être  pas  été  la  cause  véritable,  bien  qu'il  l'ait  connue,  mais  plutôt  le 
fait  signalé  par  Legendre  que  l'arc  de  lemniscate  s'exprime  par  une  intégrale  elliptique 
et  son  étude  de  la  division  en  trois  et  en  cinq  parties.  Abel  doit  avoir  remarqué 
tout  de  suite  que  dans  le  cas  de  la  lemniscate,  toutes  les  racines  de  l'équation 
de  division  particulière  peuvent  s'exprimer  rationnellement  en  l'une  d'elles  et  que 
les  symboles  des  fonctions  peuvent  être  échangés.  Dans  le  Cahier  III,  d'ailleurs,  la 
lemniscate  se  rencontre  pour  la  première  fois  immédiatement  après  un  chapitre  sur 
les  équations  abéliennes;  il  y  a  dessiné  une  lemniscate,  et  écrit  à  côté: 


I  g>if^)  =  f{ç>{^)}} 


Cependant  Abel  n'avait  pas  abandonné  son  projet  de  publier  un  ouvrage 
systématique  sur  les  fonctions  elliptiques.  Pendant  le  temps  qui  s'écoula  entre 
l'envoi  des  deux  parties  des  Recherches,  il  écrivit  dans  le  Cahier  V  une  ébauche 
qui  est  évidemment  une  préparation  à  un  pareil  ouvrage.  Contre  l'habitude  d'AsEL, 
cette  ébauche  est  en  allemand:  il  espérait  sans  doute  encore  trouver  un  éditeur  à 
Berlin.    Il  est  vrai  qu'AsEL  emploie  quelque   part   le  mot  Abhandlung   en   parlant 


*  Journal  de  Grelle  T.  III  p.  85,  ou  Jacobi,  Werke  T.  I.  p.  243. 


LES    ÉTUDES    D'ABEL   ET    SES    DÉCOUVERTES  43 

de  ce  travail,  mais  l'existence  d'un  chapitre  comme  le  chap.  V  montre  qu'il  a  pensé 
à  une  exposition  complète  de  la  théorie.     En  voici  la  première  page*: 
„  Versuch  einer  Théorie  der  elliptischen  Functionen. 
Def.     Elliptische  Function  lieisst  jede  Function  von  der  Form: 

(1)  n  (r)  =  f-=_^^=_ , 

wo  M  eine  rationale  Function  von  x  ist.  Die  Grosse  x  heisst  die  Variable, 
die  Grôssen  a,  /î,  y,  ô,  e  heissen  Modulen,  und  die  in  M  enthaltenen  Grôssen 
heissen  Parameter. 

Zweck  dieser  Abhandlung.    Wenn 

mehrere  algebraische  Functionen  von  einer  gewissen  Anzahl  unabhângiger 
Variablen  sind,  so  sucht  man  die  allgemeinste  Relation  von  der  Form 

(2)  (i  =  f{x„x^,...x^,\ogv^,\o^v^,...  logv^,,/7i(?/i),  n^{y^),  ...IlJyJ) 

f  bezeichnet   eine   algebraische   Function    der   in    den    Klammern    sich    befin- 
denden  Grôssen. 

I,    Erste  Réduction  der  Formel  (2). 

Man  beweisot  dass  dièse  Relation  immer  auf  folgende   Form   gebracht   werden 
kann  : 

(    -i  1  ih  (//i)  +  ^^2  ^2  (^2)  + . . .  +  ^u nJyJ 

(3)  \ 

\\o  A^,  A.^,  .  .  .  B^,  B^  .  .  .  constante  Grôssen  bezeichnen,  und  S  eine  algebraische 
Function  von  x^,  x^  .  .  -  Xn. 

II.    Fundamental-Eigenschaft  der  elliptischen  Functionen. 
Wenn    x^,  x^  .  .  .  x»  eine   heliebige  Anzahl    unabhângiger   Grôssen   sind,   so 
kann  man  immer  eine  algebraische  Function  y  finden  so  dass 


♦  Voir  le  cahier  V,  p.  85  et  aussi  le  fac-similé  n»  IV. 


44  L.    SYLOW 

(4)  «1  n{xi)  +  ^2  77 (.T2)  +  ag  77(3^3)  +  . . .  +  a, 77(,9îJ  =  77(2/1)  +  ^ 

wo  f  eiwc  algehraische  logarithmische  Function  ist,   und  ai,a2,  ■■  .an,   beliebige 
rationale  Zahlen." 

Cette   dernière  proposition  est  ensuite  démontrée  dans  les  pages  suivantes.     Les 
chapitres  suivants  sont: 

„III.    Réduction  der  Formel  (3)." 
qui    répond   au   chap.   Il    du    „Précis   d'une   théorie  des  fonctions    elliptiques'^, 
mais  qui  est  traité  d'une  manière  un  peu  moins  générale. 

JV.    Die  Formel      ^^         ^"^^  " 


i  Fz        i  R 
qui  répond  à  très  peu  près  au:     ^Précis"'  chap.  IV,  §  3. 

„V.    Réduction  der  dliptischen  Functionen  auf  die  Form 

f         f{x^)dx 

J  Va  +  /?  ic2  -f  y  a;* 

VI.     Comparation  dieser  Functionen.^ 

II  y  a  encore  quelques  en-tête: 

„Sur  les  fonctions  elliptiques  de  la  i*'*"*  espèce", 
„Sur  la  fonction  elliptique  inverse  de  la  i**"*  espèce", 
„Mehrere  Eigenschaften  der  Functionen  X  À,  A"  "  ; 
mais  ces  morceaux  ne  sont  pas  numérotés,    le    texte   devient  plus  rare   et  finit  par 
manquer  tout-à-fait.     Dans  le  dernier  morceau,  X,  X,  X"  sont  les  3  fonctions  elliptiques 
et  ce  morceau  traite  principalement  de  la  théorie  de  la  transformation,  même  d'une 
manière  assez  développée;  il  y  comprend,  par  exemple,  des  tranformations  de  degré 
pair;  on  y  rencontre  aussi  de  temps  en  temps  des  résultats   plus   généraux  et  plus 
particuliers  relatifs  à  la  multiplication  complexe.     En  réalité  cette  partie  du  Cahier 
V  est  devenue  un  travail  préparatoire  au  „Précis  d'une  théorie  etc."'  ;  on  y  trouve 
des  formules  qui  ont  été  plus  tard   mises    en    marge  avec  la  même    notation    que 
dans  le  „Précis". 

Cependant   Abel   avait   aussi   pensé   continuer   ses  mémoires  sur  les  fonctions 
elliptiques  sans  attendre  le  moment  où  il  pourrait  publier  une  théorie  complète.    Il 


LES   ÉTUDES    d'ABEL   ET    SES    DÉCOUVERTES  45 


y  a  en  effet  parmi  les  papiers  laissés  par  Abel  des  fragments  d'un  ou  plusieurs 
travaux  sur  ce  sujet,  qui  ont  dû  être  écrits  après  les  „  Recherches"  mais  avant  son 
mémoire  ^Solution  d'un  problème  général  concernant  la  transformation  des 
fonctions  elliptiques".  Le  contenu  en  témoigne,  ainsi  que  le  mode  de  notation, 
qui  est  celui  employé  dans  les  „ Recherches" ,  tandis  que  dans  le  mémoire 
^Solution  etc."  il  s'est  servi  d'une  notation  qui  se  rapprochait  davantage  de  celle 
de  Legendre.    L'un  de  ces  fragments  forme  le  début  d'un  mémoire  dont  le  titre  est 

„Recherches  sur  les  fonctions  elliptiques. 
Second  mémoire". 

Ce  morceau  traite  de  la  résolution  algébrique  de  l'équation  de  transformation. 
D'autres  morceaux  renferment  les  relations  entre  les  racines  de  l'équation  de  division 
et  les  racines  de  l'unité,  qui  peuvent  être  déduites  de  cette  résolution.  Ce  sont  les 
fragments  qui  sont  imprimés  dans  l'Edition  nouvelle  des  Œuvres  d'AsEL  sous  ce 
titre:  „Fragmens  sur  les  fonctions  elliptiques."  Un  autre  contient  encore  la 
démonstration  du  Théorème  d'AsEL  pour  le  cas  des  fonctions  eUiptiques,  démonstra- 
tion qui  est  insérée  dans  le  tome  II  de  chacune  des  deux  éditions  sous  le  titre  de: 
„Démonstration  de  quelques  formules  elliptiques."  On  trouve  enfin  des  morceaux 
relatifs  à  la  théorie  de  transformation,  qui  traitent  des  transformations  où  les  deux 
périodes  sont  divisées  par  des  nombres  différents,  en  sorte  que  la  formule  de  multi- 
plication apparaitrait  comme  une  transformation  particulière.  Tous  ces  morceaux 
sont  écrits  avec  soin  sur  papier  à  lettres  et  absolument  prêts  pour  l'impression.  Il 
est  probable  qu'ils  ont  tous  fait  partie  d'un  mémoire  qui  était  destiné  au  Journal  de 
Crelle,  mais  qui  n'a  pas  été  envoyé. 

L'époque  comprise  entre  le  retour  d'AsEL  (mai  1827)  et  le  mois  d'avril  1828 
fut  une  époque  de  travail  assidu.  Il  a,  dans  cet  espace  de  temps,  rédigé  les 
^Recherches",  tout  au  moins  en  partie;  ébauché  le  „Versuch  einer  Théorie  der 
elliptischen  Functionen"  ;  probablement  aussi  rédigé  les  „Recherches,  etc.  Second 
mémoire"  qui  sont  perdues;  le  lecteur  se  rappellera  qu'il  avait  en  outre  rédigé  et 
envoyé  son  célèbre  mémoire  sur  les  équations  abéliennes,  enfin  il  s'est  occupé  pendant 
un  certain  temps  de  la  théorie  des  séries  infinies  et  écrit  sur  ce  sujet  un  article  bien 
connu.  Lorsque  l'on  se  rappelle  combien  sa  vie  a  été  courte  et  malheureuse,  on 
voit  avec  une  véritable  satisfaction  que  ses  mérites  commençaient  enfin  à  être 
appréciés  par  les  mathématiciens   les   plus  compétents.     Le  18  mai  1828,  Crelle  lui 


46  L.    SYLOW 

rapporte  ce  que  lui  a  dit  Gauss,  *  lorsqu'il  le  pressait  de  publier  ses  travaux  sur  les 
fonctions  elliptiques: 

„D'autres  occupations  m'empêchent  pour  le  moment  de  rédiger  ces  recherches. 
M.  Abel  m'a  devancé,  au  moins  pour  le  tiers  de  ces  travaux.  Il  vient  justement 
de  s'engager  dans  la  voie  où  j'ai  abouti  en  1798.  Je  n'ai  donc  pu  m'étonner  que, 
pour  la  majeure  partie,  il  soit  arrivé  aux  mêmes  résultats.  Et  comme  d'autre  part 
son  exposition  témoigne  de  tant  de  pénétration  et  d'élégance,  je  me  vois  par  ça 
même  dispensé  d'exposer  les  mêmes  questions." 

Des  expressions  analogues  se  rencontrent  aussi  dans  des  lettres  de  Gauss  à 
Bessel  et  à  Schumacher;  la  première  surtout  fait  fortement  ressortir  l'égalité  entre 
les  travaux  des  deux  mathématiciens.**  La  date  de  ces  lettres  montre  que  Gauss 
vise  la  première  partie  des  ^Recherches" . 

Cependant  Abel  avait  reçu  un  peu  auparavant  une  nouvelle  qui  eut  une  grande 
influence  sur  le  plan  de  ses  futurs  travaux;  Hansteen  lui  avait  en  effet  montré  le 
n°  127  des  „Astronomische  Nachrichten"  de  Schumacher,  où  Jacobi  démontre  les 
formules  constituant  ce  qu'il  a  plus  tard  appelé  la  première  transformation  réelle. 
Que  Jacobi,  dès  le  mois  de  septembre,  eût  sans  démonstration  pubUé  dans  les 
„Astronomische  Nachrichten"  l'existence  des  deux  transformations  réelles,  et 
même  la  formule  de  la  première,  cela  amena  simplement  Abel  à  donner  aux 
^Recherches"'  un  post-scriptum  où  il  montre  que  la  formule  de  Jacobi  était  un  cas 
particulier  de  la  sienne.  Mais  lorsque  Jacobi  eut  alors  aussi  donné  sa  démonstra- 
tion, cela  fit  une  impression  plus  forte.  Abel  ne  pouvait  savoir  combien  de  choses 
Jacobi  pouvait  avoir  déjà  terminées,  car  la  poste  à  cette  époque  allait  très  lentement 
et  les  envois  de  livres  à  Kristiania  n'arrivaient  qu'à  longs  intervalles.  Il  devait 
en  outre  se  dire  que  son  propre  mémoire  faciliterait  dans  une  grande  mesure  le 
travail  de  Jacobi  pour  pénétrer  à  fond  la  théorie  de  la  transformation.  On  voit 
d'ailleurs  aussi  par  la  lettre  de  Jacobi  à  Legendre***  qu'il  lui  semblait  naturel  de 
se  tenir  au  mémoire  d'ABEL,  si  bien  qu'il  dut  même  dans  une  lettre  postérieure**** 
expliquer  a  Legendre  comment  il  avait  en  réalité  démontré  la  transformation  dite 
supplémentaire,  sans  se  servir  du  théorème  de  multiplication  d'ABEL. 


*  Voir  lettre  XXXI. 

**  Lettre  à  Bessel  du  30  mars,  et  lettre  à  Schumacher  du  30  mai  de  la  môme  année. 
♦•*  C.  G.  J.  Jacobi:    „GesammeUe  Werke",  T.  I.  p.  409. 
•***  1.  c.  p.  422. 


LES   ÉTUDES   d'ABEL   ET   SES   DÉCOUVERTES  47 


Abel  résolut  alors  de  garder  les  ^Recherches  etc.,  Second  mémoire^  et 
d'envoyer  à  la  place  aux  „Astronomische  Nachrichten"  une  théorie  complète 
des  transformations  rationnelles.  Il  s'adressait  ainsi  au  même  public  que 
Jacobi,  et  parvint  en  même  temps  à  une  publication  beaucoup  plus  rapide  que  par 
le  Journal  de  Grelle.  Le  mémoire  ^Solution  d'un  problème  général  etc.^  fut  daté 
du  27  mai,  et  inséré  dans  le  n°  138  du  journal  de  Schumacher,  qui  parut  en  juin 
1828.  Il  contient  la  solution  complète  du  problème  consistant  à  trouver  toutes  les 
transformations  rationnelles,  quoique  la  recherche,  en  ce  qui  concerne  les  degrés 
pairs,  ne  soit  pas  poursuivie  dans  tout  son  détail.  Par  contre,  quelques  propositions 
générales  de  la  théorie  de  la  transformation,  entre  autres  sur  la  multiplication 
complexe,  sont  ajoutées  sans  démonstration  ;  Abel  énonce  ici  pour  la  première  fois  que 
tous  les  modules  singuliers  peuvent  être  exprimés  par  des  radicaux.  La  manière 
dont  il  attaque  le  problème  caractérise  bien  la  sagacité  pénétrante  d'ABEL.  Il  suppose 
que  la  variable  y  de  l'intégrale  nouvelle  est  une  fonction  rationnelle  de  la  variable  x 
de  l'intégrale  primitive;  il  existe  alors  une  équation  algébrique  entre  les  deux  variables. 
Il  trouve  par  une  déduction  étonnamment  simple  la  relation  entre  deux  racines  quel- 
conques de  cette  équation;  si  une  racine,  x,  est  égale  à  A  [6],  où  A  désigne  la  fonc- 
tion elliptique  primitive,  toute  autre  racine  est  donnée  par  A  {6  4-const.);  il  se  sert 
ensuite  de  la  périodicité  comme  moyen  de  déterminer  la  constante.  Il  trouve  ainsi 
la  fonction  rationnelle  y,  à  quatre  constantes  près,  et  tout  revient  ensuite  simplement 
à  montrer  qu'elles  peuvent  être  choisies  de  manière  à  réaliser  la  transformation. 
C'était  la  première  fois  que  la  double  périodicité  apparaissait  comme  le  moyen  de 
recherche  fondamental,  ainsi  qu'on  l'a  plus  tard  appliquée. 

On  peut  voir  par  les  lettres  d'ABEL  qu'il  était  satisfait  de  son  travail,  qui 
d'ailleurs  a  provoqué  une  exclamation  d'admiration  sincère  de  la  part  de  Jacobi.* 
Bessel  aussi,  dans  une  lettre  à  Gauss,**  appelle  ce  mémoire  un  chef-d'œuvre.  Mais 
dès  le  24  septembre  il  adressa  aux  Nachrichten  de  Schumacher  un  nouveau 
mémoire  sur  le  même  sujet,  qui  fut  inséré  au  n°  147  en  novembre  1828.  Dans 
celui-ci  le  problème  est  généralisé  de  manière  à  comprendre  toutes  les  transforma- 
tions algébriques,  le  module  étant  toujours  supposé  réel.  La  double  périodicité  est 
appliquée   ici   pour  établir   les    conditions    nécessaires   relatives   aux   rapports   des 


C.  G.  J.  Jacobi:    „GesammeUe  Werfce",  T.  I.  p.  422,  423. 
Briofwechsol  zwischen  Gauss  iind  Bessel,  p.  481. 


48  L.    SYLOW 

périodes,  après  quoi  il  est  démontré  par  le  développement  en  produits  infinis  que 
ces  conditions  sont  suffisantes.  En  même  temps  Abel  affirmait  que  les  résultats 
du  premier  mémoire  sont  encore  valables  lorsque  le  module  est  imaginaire.  Par 
ces  deux  mémoires,  la  théorie  de  la  transformation  de  l'intégrale  de  1^^®  espèce 
atteignit  un  si  haut  degré  de  perfection  qu'on  n'y  a  guère  ajouté  depuis,  en  dehors 
des  recherches  plus  particulières  sur  la  multiplication  complexe.  Sur  le  même  sujet 
parut  encore  une  courte  note  dans  le  Journal  de  Grelle,  où  Abel  déclare  que  la 
transformation  des  intégrales  de  deuxième  et  de  troisième  espèce  est  une  consé- 
quence de  la  transformation  des  intégrales  correspondantes  de  première  espèce  ;  ceci 
fut  publié  le  3  décembre. 

Dans  la  seconde  moitié  de  1828,  le  travail  d'ABEL  sur  les  fonctions  elliptiques 
a  principalement  été  consacré  à  son  dernier  mémoire  sur  ce  sujet:  „Précis  d'une 
théorie  des  fonctions  elliptiques^^.  Il  écrivit  cependant  encore  quelques  courts  articles 
dans  le  Journal  de  Grelle.  L'un  de  ceux-ci  avait  été  provoqué  par  une  question  de 
Legendre,  qui  demandait  pourquoi  Abel  indiquait  un  nombre  de  modules  transformés 
six  fois  plus  grand  que  Jacobi.  Dans  un  autre  il  donna  des  formules  par  lesquelles 
on  peut  passer  des  trois  fonctions  <p,  f,  F,  qu'il  avait  traitées  dans  les  „ Recherches^', 
aux  trois  fonctions  qui  se  rattachent  à  la  forme  de  Legendre  pour  l'intégrale 
elliptique,    les   sin  am,  cos  am,    A  am   de    Jacobi,    qu'ABEL  désigne  ici  par  X,  X,  X' . 

Un  troisième  mémoire,  „TJiéorèmes  sur  les  fonctions  elliptiques",  fut  occasionné 
par  la  solution  de  l'équation  générale  de  la  division,  exposée  entre  temps  par  Jacobi; 
il  fut  écrit  entre  les  deux  mémoires  insérés  dans  les  Astr.  Nachr.,  car  il  est  daté 
du  28  août.  Abel  y  donne  le  groupe  de  monodromie  de  l'équation  de  division,  ce 
qui  répond  exactement  au  commencement  des  ^Recherches  etc.  Second  mémoire^, 
maintenant  perdu.  Il  est  daté  du  27  août  1828,  mais  ne  parut  que  le  28  mars  1829. 
Sur  ce  mémoire  on  a  eu  récemment  ce  renseignement  inattendu  qu'il  n'est  qu'une 
partie  d'un  travail  primitif  plus  étendu.  Celui-ci  a  été  retrouvé  par  M.  Mittag- 
Leffler,  qui  le  fait  imprimer  dans  les  volumes  des  Acta  mathematica  publiés  à 
l'occasion  du  centenaire  d'ABEL,  et  qui  a  eu  l'obligeance  de  nous  l'envoyer  en 
épreuves.  Ce  travail  est  intitulé  Recherches  sur  les  fonctions  elliptiques.  Second 
mémoire,  Abel  ayant  renoncé  à  publier  le  mémoire  primitif  portant  ce  titre.  Il 
porte  précisément  la  même  date,  27  août  1828,  que  les  Théorèmes  sur  les  fonctions 
elliptiques,  mémoire  qui  est  identique  avec  le  premier  paragraphes  de  l'autre.  Je 
présume  que  la  raison  pour  laquelle  il  n'a  pas  été  inséré  en  entier  dans  le  Journal 


LES    ÉTUDES    d'ABEL   ET    SES   DÉCOUVERTES  49 


de  Grelle  a  été  simplement  qu'AsEL  lui-même,  avant  l'impression,  a  changé  d'idée, 
pour  ne  pas  empiéter  par  une  publication  partielle  de  ses  résultats  sur  son  grand 
mémoire,  le  Précis,  auquel  il  travaillait  alors. 

Ce  ne  fut  qu'après  la  mort  d'ABEL,  en  juin  et  juillet  1829,  que  parut  le  Précis 
d^une  théorie  des  fonctions  elliptiques,  ou  plus  exactement  la  partie  de  ce  précis 
qu'ABEL  avait  eu  le  temps  de  rédiger.  D'après  l'introduction,  le  mémoire  devait 
être  un  résumé  de  l'ouvrage  qu'il  se  proposait  d'écrire  pour  montrer  la  méthode 
qu'il  comptait  appliquer.  Il  devait  se  composer  de  deux  parties:  dans  la  première, 
les  fonctions  elliptiques  seraient  considérées  comme  intégrales  indéfinies  sans  aucune 
hypothèse  sur  la  réalité  des  quantités.  Avec  les  quelques  pages  qui  ont  été  retrou- 
vées en  1874  et  qui  ont  été  reproduites  dans  la  nouvelle  édition  des  Œuvres  d'AsEL, 
on  a  certainement  presque  toute  la  première  partie.  Je  décrirai  en  peu  de  mots 
la  suite  des  idées  dans  cet  ouvrage  célèbre.  Le  problème  principal  qu'il  fallait 
résoudre  était  de  trouver  tous  les  cas  où  une  somme  d'intégrales  elliptiques  peut  être 
exprimée  par  des  fonctions  algébriques  et  logarithmiques,  lorsqu'il  n'existe  que  des 
relations  algébriques  entre  les  variables  des  intégrales  et  les  arguments  des  fonctions. 

Le  premier  pas  est  l'exposé  de  ce  qu'on  appelle  par  excellence  le  théorème 
d'ABEL:  il  l'avait  récemment  présenté  d'une  manière  plus  générale,  mais  il  reprend 
la  démonstration  en  ce  qui  concerne  les  intégrales  elliptiques,  supposées  mises  sous 
la  forme  normale  de  Legendre;  puis  il  applique  son  théorème  à  l'établissement  des 
formules  d'addition  et  de  multiplication.  Ensuite  vient  l'exposition  des  propositions 
générales  sur  les  intégrales,  dont  j'ai  parlé  plus  haut.  Il  réduit  par  là  le  problème 
primitif  à  d'autres  beaucoup  plus  simples,  savoir,  la  transformation  d'une  seule 
intégrale  elliptique  de  première  espèce,  et  la  relation  la  plus  générale  entre  des 
intégrales  de  même  variable  et  de  même  module.  Ces  deux  problèmes  sont  résolus 
complètement,  ce  qui  l'amène  à  répéter  en  partie  des  choses  qui  avaient  déjà  été 
exposées  auparavant  par  lui-même  et  par  Jacobi.  C'était  la  première  fois  qu'un 
problème  d'une  généralité  aussi  énorme  était  complètement  résolu.  Mais  ce  qui 
est  le  plus  caractéristique,  c'est  encore  la  manière  dont  Abel  pose  le  problème, 
en  ce  qu'il  s'attache  à  obtenir  toutes  les  rélatio^is  possibles  de  la  forme  donnée, 
exactement  comme  en  algèbre  on  s'attache  à  obtenir  toutes  les  racines  d'une  équa- 
tion donnée. 

Dans  la  seconde  section  du  „Précis"  le  module  devait  être  supposé  réel,  et  le 
sujet  traité  devait  être  la  fonction  inverse  de  l'intégrale  de  première  espèce   et   son 

LES    ÉTXTOES   d'aBEL    —    7 


50  L.    SYLOW 

application.  Rien  n'en  a  été  retrouvé;  il  est  vraisenblable  que  cette  rédaction  n'a 
pas  été  commencée.  Il  n'y  a  rien  non  plus  dans  le  dernier  des  cahiers  d'ABEL  qui 
puisse  y  être  rattaché  de  façon  certaine.  Sur  son  contenu  on  ne  peut  que  s'en 
rapporter  à  l'introduction.  On  y  voit  qu'il  devait  renfermer  tout  ce  qui,  avec 
d'autres  notations,  avait  été  exposé  dans  les  „Recherches^^ .  On  y  aurait  donc  trouvé, 
sans  nul  doute,  l'établissement  absolument  rigoureux  des  points  sur  lesquels  son 
premier  travail  laisse  à  désirer:  la  démonstration  de  l'uniformité  de  la  fonction 
elliptique  et  le  passage  de  la  formule  de  multiplication  aux  divers  développements 
en  séries  et  produits  infinis.  En  fait  de  résultats  nouveaux,  il  devait  s'y  trouver 
des  propositions  sur  la  multiplication  complexe  et  sur  les  fonctions  que  Weierstrass 
a  depuis  appelées  fonctions  a,  et  qu'AsEL  désigne  ici  par  les  lettres  cp  et  /.  Ce 
qu'il  y  a  de  plus  remarquable  est  qu'à  la  fin  il  est  dit  expressément  des  résultats 
trouvés,  qu'avec  quelques  restrictions  ils  sont  encore  valables  lorsque  le  module 
est  imaginaire.  On  ne  sait  absolument  pas  comment  Abel  comptait  introduire  les 
imaginaires  dans  ces  recherches.  Gomme  il  a  connu  le  mémoire  de  Cauchy  sur  les 
intégrales  prises  entre  des  limites  imaginaires,  et  qu'il  a  vu,  comme  je  l'ai  signalé 
plus  haut,  la  façon  dont  s'introduisent  alors  les  périodes  des  intégrales,  il  est  pos- 
sible qu'il  ait  pensé  procéder  comme  on  le  fait  aujourd'hui,  en  partant  de  l'intégrale. 
Mais  il  est  possible  aussi  qu'il  ait  voulu,  comme  Jacobi  le  fit  plus  tard  dans  ses 
leçons,  appliquer  les  développements  en  séries,  et  surtout  ses  fonctions  (p  et  f. 

Lorsqu'ABEL  mourut,  Jacobi  avait  déjà  publié  ses  „Fundamenta^  ;  le  travail 
de  Jacobi  sur  les  fonctions  elliptiques  ne  fut  plus  dès  lors  aussi  intense  qu'au- 
paravant, et  il  se  consacra  en  partie  à  leur  application.  Il  semble  qu'un  instant 
Galois  ait  été  sur  le  point  de  continuer  le  travail  d'AsEL  ;  il  avait  du  moins  certaine- 
ment la  démonstration  du  fait  que  les  équations  modulaires  ne  sont  pas  résolubles 
par  radicaux,  et  que  celles  des  degrés  6,  8,  12  peuvent  être  réduites  aux  degrés 
5,  7,  11.  Si  l'on  excepte  l'étude  directe  par  Jacobi  des  fonctions  d,  la  théorie  des 
fonctions  elliptiques  ne  fit  de  longtemps  aucun  progrès  considérable  avant  que  ne 
fût  fondée  la  nouvelle  théorie  des  fonctions,  où  Hermite  et  Kronecker  traitèrent 
de  la  multiplication  complexe,  et  ou  Weierstrass  introduisit  ses  notations  perfec- 
tionnées. 

Il  n'existe  absolument  rien  qui  puisse  nous  éclairer  sur  la  manière  dont  Abel 
aurait  traité  les  transcendantes  supérieures  qui  portent  aujourd'hui  son  nom.  Il 
savait  dès  1824  qu'elles  devaient  avoir  plusieurs  périodes.     Sur  ce   point   encore, 


LES    ÉTUDES    D'ABEL   ET    SES    DÉCOUVERTES  51 


Galois  était  prêt  à  continuer  l'oeuvre  d'ABEL;  son  testament  scientifique  contient 
des  preuves  étonnantes  de  la  manière  dont  il  traitait  déjà  les  intégrales  abéliennes 
en  toute  généralité.  L'année  même  où  mourut  Galois,  en  1832,  la  découverte 
fondamentale  de  Jacobi  mit  cette  nouvelle  théorie  dans  le  bon  chemin;  mais  il 
fallut  longtemps  pour  que  des  résultats  généraux  fussent  acquis. 

La  première  fois  qu'AsEL  exprima  sa  critique  de  l'ancienne  doctrine  des  séries 
infinies  se  trouve,  le  lecteur  s'en  souviendra,  dans  une  lettre  à  Holmboe  datée  de 
Berlin,  le  16  janvier  1826  (lettre  VI).    Il  y  raconte  qu'il  a  étudié  les  séries 

cos  mx  -{-mcos  {m  —  2)  a?  +  . . . 
sin  mx  -{-m  sin  (w  —  2)  a?  +  . . . 
qui  avaient  été   traitées   auparavant  par    de   nombreux   mathématiciens.     Un    seul 
d'entre  eux,  Poinsot,  en  avait  trouvé  la  somme  exacte;  mais  ses  déductions  n'étaient 
pas  tenables.     Abel  donne  la  somme  dans  le  cas  où  m  est  réel  et  plus  grand  que 
—  1,  mais  ajoute   que  si  m  est  inférieur  à  —  1,  les  séries  sont  divergentes,  et  par 
suite  n'ont  aucune   somme."'     Abel,    qui  jusqu'alors  avait  manié  les  séries    de    la 
manière  la  plus   naïve   et  la  plus  intrépide,  sans  se  soucier  de  leur  convergence,  et 
avait  poursuivi  ses  formules  jusqu'à  leurs  dernières  conséquences,  qui  par  exemple, 
avait    voulu    développer    le   n'^™^    dérivée    d'une    fonction    quelconque    suivant    les 
puissances  de  n,    ce    même  Abel  se  montre  maintenant  le  critique  le  plus  sévère: 
„0n  en  peut  tirer  tout   ce    qu'on  veut   quand    on    les   emploie"    [savoir    les    séries 
divergentes].     Mes  yeux    se    sont   singulièrement   ouverts;   car   si    l'on    excepte  les 
cas  de  la  plus  extrême  simplicité,    par  exemple:    les  séries  géométriques,    il   n'y  a 
presque  pas,   dans  toutes  les  mathématiques,  une  seule  série  infinie  dont  la  somme 
est  déterminée  d'une   manière  rigoureuse:    en  d'autres  termes,  ce  qu'il  y  a  de  plus 
important  dans  les  mathématiques  est  sans  fondement."     Il  est  sûrement  conscient 
que  rien  peut-être  n'est  plus  rudement  atteint  par  ce  jugement  que  plusieurs  de  ses 
propres  travaux  anciens,  ou  plutôt  de  ses  exercices  antérieurs,  que  Holmboe  a  malheu- 
reusement insérés  plus  tard  dans  son  édition  des  Œuvr.  compl.  I,  II.    Abel  ne  se 
contente  pas  de  critiquer;  il  lance  la  question:  Lorsqu'on  raisonne  si  mal,  comment 
se  fait-il  que  la  plupart  des  résultats  soient  exacts?    Il  veut  en  trouver   la  raison, 
«Problème  excessivement  intéressant".    En  même  temps  on  apprend  qu  il  a  traité  la 
série  du  binôme,  et  déterminé  tous  les  cas  où  elle  est  convergente,    qu'il  a  remar- 
qué  qu'une   série  convergente  dont  les  termes   sont   des  fonctions  continues  d'une 


L.    SYLOW 


variable  n'est  pas  nécessairement  continue  elle-même.  Il  se  propose  d'étudier  les 
diverses  opérations  de  calcul  avec  des  séries  convergentes  pour  décider  dans  quelle 
mesure  il  est  permis  de  les  traiter  comme  des  sommes  ordinaires.  „Gela  va  très 
bien  et  m'intéresse  extrêmement." 

On  a  ensuite  un  supplément  du  plus  haut  intérêt  à  cette  information  dans  la 
lettre  à  Hansteen  du  29  mars  1826  (lettre  X).  La  critique  est  ici  plus  générale  et 
dirigée  contre  „la  malheureuse  manière  de  conclure  du  particulier  au  général",  c'est- 
à-dire,  contre  l'idée  des  anciens  mathématiciens  sur  la  généralité  des  résultats  de 
l'analyse.  La  conclusion  de  sa  recherche  de  la  raison  pour  laquelle  on  n'est  pas 
arrivé  à  un  plus  grand  nombre  de  paradoxes  est  exprimée  dans  la  phrase  suivante  : 
„A  mon  avis  cela  provient  de  ce  que  les  fonctions  dont  l'analyse  s'est  occupée 
jusqu'ici  peuvent,  la  plupart,  être  exprimées  au  moyen  de  puissances.  Aussitôt 
que  d'autres  interviennent,  ce  qui,  il  est  vrai,  n'arrive  pas  souvent,  alors  ça  ne  va 
plus  .  .  .  ."  Que  faut-il  entendre  par  fonctions  qui  peuvent  être  exprimées  par 
des  puissances?  Il  ne  peut  s'agir  uniquement  de  fonctions  rationnelles,  ni  de 
fonctions  algébriques.  Il  n'y  a  pas,  je  pense,  d'autre  expHcation  raisonnable 
de  sa  phrase,  sinon  qu'il  veut  parler  des  fonctions  définies  par  des  séries  de  puis- 
sances. Ceci  est  d'ailleurs  confirmé  dans  une  certaine  mesure  par  ce  qui  nous 
reste  des  études  d'AsEL  sur  les  séries,  puisque,  en  dehors  de  la  question  même  de 
la  convergence,  il  s'est  principalement  occupé  de  séries  de  puissances.  C'est  donc 
de  ce  qu'on  appelle  aujourdhui  fonctions  analytiques  qu'ÀBEL  a  voulu  parler. 
Pour  elles,  en  effet,  certaines  conclusions  du  particulier  au  général  sont  en  réalité 
permises.  Mais  cette  indication  d'ÂBEL  a  été  perdue  pour  la  science;  car  la  lettre 
a  été  publiée  pour  la  première  fois  dans  la  nouvelle  édition  des  Œuvres  complètes, 
en  1881,  alors  que  Weierstrass  enseignait  depuis  longtemps  sa  théorie  à  l'université 
de  Berlin. 

Abel  avait  l'intention  de  faire  imprimer  de  petits  mémoires  critiques  dans  le 
Journal  de  Crelle.  Il  n'en  a  rien  fait,  je  ne  sais  pourquoi,  mais  il  écrivit  un  grand 
mémoire  sm*  la  série  du  binôme.  Il  doit  avoir  été  rédigé  pendant  le  séjour  d'ABEL 
à  Berlin,  dans  l'hiver  de  1825 — 1826,  ou  au  plus  tard  au  cours  de  ses  voyages,  car 
il  est  resté  quelque  temps  dans  certaines  villes,  un  mois  à  Freiberg,  par  exemple. 
Mais  il  ne  parut  qu'en  février  ou  mars  1827.  Le  but  du  mémoire  était  de  trouver 
la  somme  de  la  série  pour  toutes  les  valeurs,  réelles  ou  imaginaires,  des  deux  vari- 
ables pour  lesquelles  elle  est   convergente.      Dans   un  premier  paragraphe  il  expri- 


LES   ÉTUDES    d'ABEL    ET    SES    DÉCOUVERTES  53 

niait,  mais  en  termes  plus  modérés,  les  mêmes  idées  que  dans  la  lettre  à  Holmboe. 
Dans  le  second,  qui  est  le  plus  intéressant  au  point  de  vue  historique,  il  expose  les 
propositions  préalables  dont  il  se  servira  dans  les  parties  suivantes,  et  il  commence 
par  ces  mots:  „L'excellent  ouvrage  de  M.  Cauchy,  „Cours  d'analyse  de  Vécole 
polytechnique^,  qui  doit  être  lu  par  tout  analyste  qui  aime  la  rigueur  dans  les 
recherches  mathématiques,  nous  servira  de  guide."  Mais  en  réalité  sa  critique  va 
plus  loin  que  celle  de  Cauchy,  surtout  dans  la  question  de  la  continuité.  Le  para- 
graphe contient  six  théorèmes;  les  deux  premiers  sont  les  critères  fondamentaux 
de  convergence,  le  troisième  est  l'utile  transformation  bien  connue  d'un  nombre  fini 
de  produits.  Le  quatrième  théorème  est  en  réalité  une  démonstration  rigoureuse 
du  fait  qu'une  série  de  puissances  est  une  fonction  continue  de  la  variable  suivant 
laquelle  elle  est  développée,  pour  toutes  les  valeurs  de  la  variable  comprises  dans 
le  domaine  de  convergence,  ainsi  que  sur  la  limite  même,  si  la  série  y  est  conver- 
gente; la  variable  et  les  coefficients  sont  supposés  réels.  Mais  malheureusement, 
Abel  a  conservé  le  mode  d'expression  de  Cauchy,  en  parlant  de  quantités  infiniment 
petites,  et  il  les  désigne  même  toutes  par  la  même  lettre;  il  en  résulte  que  la 
notation  elle  même  n'indique  pas  de  quelles  autres  quantités  dépendent  ces  infini- 
ment petits.  La  démonstration  a  par  suite  été  critiquée,  et  Dirichlet,  sur  l'invi- 
tation de  Liouville,  en  a  fourni  une  plus  développée.  Le  cinquième  théorème 
énonce  que  si  les  coefficients  de  la  série  de  puissances  sont  des  fonctions  conti- 
nues d'une  variable,  la  somme  de  la  série  est  aussi  continue.  Mais  ici  la 
démonstration  n'est  pas  à  l'abri  de  toute  objection.  Si  en  effet  la  série 
^0  +  ^1  «  +  ^2  «^ +  •  •  •  '  est  supposée  convergente  pour  «<<(?  (il  aurait  fallu  dire 
a^ô),  Vq,  v^,  v^  ...étant  des  fonctions  continues  de  x,  il  y  est  question  de  la  plus 
grande  des  quantités  v^  ô"^ ,  Vr^ô"" -\-v„,+i  0""+^  . . .;  il  est  donc  sous-entendu  que 
ces  ,;dernières  quantités  ont,  pour  toutes  les  valeurs  de  x  dont  il  s'agit,  une  limite 
supérieure  commune,  et  que  celle-ci  converge  vers  0  en  même  temps  que  — .  Pour 
l'usage  qu'ABEL  avait  à  faire  de  cette  proposition,  cela  était  suffisant;  mais  il  y  a 
quelque  raison  de  croire  que  plus  tard  il  n'en  a  pas  été  complètement  satisfait.  Le 
sixième  théorème  consiste  en  ce  que  la  règle  de  Cauchy  pour  la  multiplication  des 
séries  convergentes  est  applicable  dans  tous  les  cas  où  la  nouvelle  série  est  elle- 
même  convergente. 

Dans  le  troisième  paragraphe,  il  détermine  d'abord  le  cercle  de  convergence:  cepen- 
dant, pas  plus  ici   qu'ailleurs,  il   n'emploie   cette   image  géométrique.     On  a  parfois 


54  L-    SYLOW 

attiibué  à  Abel  l'honneur  d'avoir  provoqué  l'introduction  de  l'idée  du  cercle  de  con- 
vergence; cet  honneur  revient  plutôt  à  Gauchy.  Abel  détermine  ensuite  la  somme 
de  la  série.  Le  résultat  était  nouveau,  car  il  supposait  l'exposant  même  imaginaire, 
mais  la  méthode  était  analogue  à  celle  employée  avant  lui.  Le  quatrième  para- 
graphe caractérise  bien  Abel;  il  y  détermine  avec  soin  pour  quelles  valeurs  sur  la 
circonférence  même  du  cercle  de  convergence  la  série  est  convergente.  Enfin  dans 
le  dernier  paragraphe  il  déduit  de  son  résultat  la  somme  des  séries  dont  il  avait 
parlé  dans  sa  lettre  à  Holmboe.  Par  cet  important  mémoire,  Abel  s'était  posé  à 
côté  de  Gauchy  en  réformateur  de  la  doctrine  des  séries  infinies,  et  il  a  fortement 
contribué  à  préparer  la  théorie  moderne  des  fonctions. 

Plus  tard  Abel  n'a  publié  qu'une  courte  note  sur  les  séries,  mais  il  ne  cessa 
pas  de  s'intéresser  au  sujet.  Dans  ses  lettres  de  Paris,  il  cite  encore  la  doctrine  des 
séries  infinies  comme  une  des  questions  dont  il  était  occupé.  Dans  le  Gabier  III, 
dont  il  se  servait  à  Paris,  on    lit  aussi   sur    ce  sujet  quelques  pages  où  il  dit  entre 

autres  choses,  que  la  série  S^. est  convergente  lorsque  a  est  plus  grand  que 

'^--'w(Iogw)" 

1,  et  sinon,  divergente.  Dans  la  lettre  de  décembre  1826  (lettre  XII),  il  raconte  qu'il 
voulait  envoyer  aux  Annales  de  Gergonne  un  mémoire  sur  les  séries  de  Fourier; 
il  n'était  pas  satisfait  de  l'ancienne  manière  de  démontrer  la  formule  connue.  G'est 
probablement  le  même  mémoire  dont  il  a  parlé  de  Berlin  ;  mais  on  n'en  voit  aucune 
trace.  Il  est  possible  qu'il  ne  l'ait  pas  rédigé,  et  qu'il  en  ait  seulement  conçu  le 
plan.  Le  sujet  est  en  relation  de  deux  manières  avec  les  autres  travaux  d'AsEL, 
tant  par  la  propriété  particulière  à  ces  séries,  de  pouvoir  exprimer  des  fonctions 
discontinues,  que  parcequ'elles  se  rencontrent  dans  la  théorie  des  fonctions 
elliptiques. 

Dans  cette  dernière  théorie,  Abel  se  heurta  à  de  grandes  difficultés  pour  le 
passage  des  propositions  sur  la  multiplication  aux  divers  développements  en  séries 
et  en  produits.  La  manière  dont  il  a  réalisé  ce  passage  dans  les  „BechercJies^  ne 
peut  pas,  comme  démonstration,  supporter  l'examen  de  la  critique  moderne.  On  peut 
seulement  dire  qu'il  s'est  avancé  avec  une  telle  prudence,  qu'il  a  évité  les  résultats 
erronés,  de  même  qu'Euler  avant  lui  en  traitant  des  fonctions  exponentielles. 
Lorsqu'il  en  vint  aux  séries  doubles,  il  déclara  expressément  que  l'ordre  des  termes 
était  indifférent,  lorsqu'il  en  était  vraiment  ainsi;  il  ne  l'a  pas  fait,  il  est  vrai,  dans 
le  texte,  mais  seulement  dans  les  formules. 

Les  Gabiers  IV  et  V  renferment  plusieurs  morceaux  sur  les  séries,  qui  appartien- 


LES   ÉTUDES   d'ABEL    ET    SES    DÉCOUVERTES 


nent  donc  à  l'époque  allant  de  septembre  1827  au  printemps  de  1828.      Ainsi  dans 
le  Cahier  IV,  dans  un  morceau  intitulé: 

„Sur  les  séries  de  la  forme: 

(p  [x)  =  «0  +  «1  a:  +  «2  a;2  -f  «3  a;3  +  . . .  -[-  a^_  i^;"»  -  ^ -\.  a^  x*>' -\- . . ." 

est  signalé  un  point  essentiel  de  la  théorie  de  ces  séries: 

„0n  peut  toujours  faire  en  sorte  que 

{a,)  >  [a,)  X  +  [a^]  x^  +  [a,]  a^s  +  .  . .« 

Le  résultat  est  donné  par  ces  mots: 

„Donc  (rto)  >  («1  a?  -f  «2  x'^-\-  . . .),  quand 

<^        K)  «       ," 

=  («o)  +  («n)  a" 

On  voit  que  les  parenthèses  indiquent  qu'il  faut  prendre  la  valeur  absolue  ;  a  est 
évidemment  une  valeur  positive  de  x  pour  laquelle  la  série  est  convergente,  (a„)  a« 
est  le  terme  le  plus  grand  de  la  série  pour  x  =  a. 

Dans  le  Cahier  V,  pages  3—11,  se  trouve  le  commencement  d'un  mémoire  pareil 
à  celui  dont  Abel  a  parié  dans  sa  lettre  plusieurs  fois  citée,  adressée  de  Beriin  à 
Holmboe  (lettre  VI).    En  voici  le  début: 

„L'objet  de  ce  mémoire  est  de  trouver  la  somme  des  séries  connues: 
cos  mx  +  m  cos  [m  —  2)x-\-  ^^'^-^^  cos  {m—^x-\-... 
sin  mx-^m  sin  (w ~2)rr  +  ??ii??|=J) gin  (m  —  4) a:  +  . . . 

sans  aucune  considération  des  quantités  imaginaires,    m  et  x  sont  supposés  d'être  des 
quantités  réelles. 

Comme  une  série  n'a  pas  de  somme  que  quand  elle  est  convergente,  nous 
allons  d'abord  déterminer  les  valeurs  de  m  et  x  pour  lesquelles  cela  aura  lieu." 

Probablement  Abel  a  commencé  à  Beriin  un  mémoire  sur  ce  sujet,  et  il 
a  commencé  à  le  transcrire  dans  son  cahier  à  Kristiania;  il  a  sans  doute  pensé 
aussi  un  moment  à  le  faire  imprimer,  mais  y  a  finalement  renoncé.  Le  mémoire 
en  effet  n'est  pas  terminé.      Comme   d'ailleurs   la   méthode  est  la  même  que  celle 


56  L.    SYLOW 

appliquée  dans  le  mémoire  sur  la  série  du  binôme,  le  morceau  n'a  été  inséré  dans 
aucune  des  éditions  des  Œuvres  complètes. 

A  la  page  47  du  même  cahier  commence  un  morceau  qui  avec  une  courte 
interruption,  va  jusqu'à  la  page  81.  Il  a  été  motivé  par  le  fait  qu'un  certain 
mathématicien  Olivier  ayant,  dans  le  Journal  de  Grelle,  T.  IL,  fascicule  1,  prétendu 
qu'une  série  infinie  à  termes  positifs  2"  a„  était  convergente  ou  divergente  selon  que 
lim  {nan)  est  nulle  ou  non.   L'inexactitude  de  cette  proposition  devait  sauter  de  suite 

n=oo 

aux  yeux  d'ABEL,  car  il  avait  trouvé  et  noté  à  Paris  que  la  série  ^-i est  diver- 
gente. L'élégante  petite  note  qu'AsEL  fit  imprimer  dans  le  Journal,  T.  III.,  fascicule 
1,  peut  être  considérée  comme  représentant  la  matière  des  trois  premières  pages. 
Abel  y  démontrait  qu'il  ne  peut  pas  y  avoir  de  fonction  ç)  {n)  telle  que  2  a„  soit 
convergente  ou  divergente,  suivant  que  lim  (99  [n) .  a")  est  ou  non  égale  à  zéro.  Le 
reste  est,  dans  ses  parties  essentielles,  reproduit  dans  la  nouvelle  édition  des  Œuvres 
compl.,  où  toutes  les  parties  qui  renferment  les  résultats  définitifs  sont  insérées,  et 
tout  le  surplus  omis.  Abel  fait  d'abord  une  observation  supplémentaire  à  son 
mémoire,  et  démontre  ensuite  les  critères  de  convergence  logarithmiques  connus,  qui 
ont  été  publiés  pour  la  première  fois  par  Bertrand  dans  le  Journal  de  Liouville 
T.  VII  (année  1839).  Le  reste  de  ces  notes  traite  des  séries  de  puissances.  La 
proposition  qu'une  telle  série  est  une  fonction  continue  de  la  variable  suivant  laquelle 
elle  est  développée  ne  s'y  trouve  pas;  Abel  a  considéré  comme  définitive  la  démon- 
stration qu'il  avait  déjà  donnée.  Au  contraire  la  proposition  que  la  série  est  aussi 
une  fonction  continue  d'une  variable  qui  se  trouve  dans  les  coefficients,  lorsque 
ceux-ci  sont  eux-mêmes  continus,  se  trouve  traitée  à  plusieurs  reprises;  mais  la 
démonstration  n'est  pas  devenue  essentiellement  différente  de  l'ancienne.  Je  crois 
devoir  en  conclure  qu'ABEL  n'a  pas  été  satisfait  de  son  ancienne  démonstration,  et 
n'est  pas  parvenu  non  plus  à  un  résultat  définitif  sur  la  question;  à  moins  que 
l'on  ne  veuille  voir  dans  les  mots  :  la  plus  grande  des  quantités  v^  ô"",  v„t  ô'"  -)- 
^m+i  <î*"+S  . .  • ,  la  supposition  d'une  limite  supérieure  des  valeurs  de  ces  quantités, 
c'est-à-dire  que  la  convergence  est  ce  qu'on  appelle  maintenant  uniforme.  Mais  c'est 
peut-être  mettre  trop  de  choses  dans  le  dire  d'ABEL. 

Abel  ajoute  aussi  des  exemples  dans  lesquels  la  continuité  n'a  pas  lieu  à  la 
limite  du  cercle  de  convergence.  Pour  montrer  qu'une  série  2"  x**  <pn  {y)  peut  être 
convergente  pour  x  <ja,  y<C^,  tandis  que  la  série  des  valeurs  limites   I  x**  lim  (p  {y) 


LES    ÉTUDES    D'aBEL   ET    SES    DÉCOUVERTES  57 

ne  l'est  pas,  il  mentionne  la  série  y]  ^'"  ^"'  ^  •  x**,  qui  est  divergente  pour  y  =  0, 
lorsque  ax'^1.  Abel  a  donc  remarqué  que  la  série  connue  de  Weierstrass, 
y]  sin  (a"  y) .  £c"  ne  peut  pas  toujours  être  différentiée  terme  à  terme  pour  la  valeur 
y  =  0;  il  n'y  a  pas  loin  de  là  à  dire  qu'on  ne  peut  pas  toujours  le  faire  non  plus 
pour  d'autres  valeurs.  On  n'y  trouve  cependant  rien  sur  l'existence  d'une  dérivée, 
mais  il  est  bon  de  remarquer  que  cette  série  n'a  pas  échappé  à  son  attention. 

Toutefois  la  remarque  la  plus  intéressante  est  celle-ci,  qu'une  série  de  puis- 
sances peut,  pour  toute  valeur  à  l'intérieur  du  cercle  de  convergence,  être  développée 
selon  le  théorème  de  Taylor;  la  démonstration  en  est  esquissée  d'une  manière  par- 
faitement claire. 

L'intérêt  qu'ABEL  a  montré  pour  les  séries  de  puissances  est  très-certainement 
en  rapport  avec  l'opinion  qu'il  exprimait  dans  sa  lettre  à  Hansteen  en  1826.  Il  a 
vu  dans  les  fonctions  „qui  peuvent  être  exprimées  par  des  puissances"  une  classe 
particulièrement  facile  à  traiter,  et  qui  comprend  en  outre  la  plupart  des  fonctions 
étudiées  jusqu'alors.  Ce  qu'il  disait  naguère  à  Hansteen  des  petits  mémoires  qu'il 
voulait  écrire  sur  la  théorie  des  séries,  ainsi  que  la  fréquence  de  titres  comme:  „Sur 
les  séries",  „Sur  les  séries  de  la  forme  a^  -{-  a^  x -\-  .  .  .^,  qui  reviennent  souvent 
dans  ses  cahiers,  laisse  supposer  qu'il  comptait  bien  y  revenir. 

Dans  le  Cahier  VI,  dont  se  servit  Abel  dans  la  dernière  année  de  sa  vie,  il  n'y 
a  rien  de  suivi  sur  les  séries  infinies.  Il  ne  les  a  pourtant  pas  tout-à-fait  perdues 
de  vue;  car  à  quelques  endroits  se  trouvent  des  calculs  prouvant  que  telle  ou  telle 
question  de  ce  genre  l'a  occupé.  Mais  il  est  clair  qu'il  ne  s'y  est  intéressé  que  par 
moments;  il  était  à  cette  époque  trop  absorbé  par  d'autres  questions. 

Il  y  a,  comme  on  a  vu,  plusieurs  points  de  la  vie  scientifique  d'ABEL  qui  ne 
sont  pas  aussi  bien  connus  qu'on  pourrait  le  désirer;  en  somme  pourtant,  on  peut 
voir  dans  ce  qui  précède  le  progrès  de  son  développement  comme  grand  mathé- 
maticien. Les  traits  principaux  de  ce  développement  ont  dû  être  d'ailleurs  les  mêmes 
dans  la  plupart  des  cas  pour  les  grands  génies  mathématiques.  Enfant,  il  a  montré 
une  étonnante  réceptivité  et  un  goût  passionné  pour  ces  études  spéciales,  d'où  sont 
résultés  des  progrès  merveilleusement  rapides.  En  même  temps  il  a  montré  une 
vive  disposition  et  une  aptitude  puissante  à  résoudre  des  problèmes  et  généralement 

LES   ÉTUDES   d'aBEL    —    8 


"58  L.    SYLOW 

à  travailler  par  lui-même.  Jeune  homme,  il  s'occupa  de  grandes  questions  non 
résolues  par  la  science;  c'étaient  les  futures  découvertes  qui  commençaient  à  germer. 
L'esprit  critique  n'arriva  qu'un  peu  plus  tard,  mais  avec  d'autant  plus  de  vigueur  et 
d'autorité.     Sa  grande   époque  comme  mathématicien  était  des  lors  inaugurée. 

Le  second  de  ces  trois  stades  de  son  développement  est  extrêmement  intéressant, 
mais  ici  les  renseignements  sont  maigres,  et  font  défaut  justement  sur  les  points 
les  plus  importants.  Il  serait  très  précieux  pour  comprendre  sa  personnalité  de 
mathématicien  débutant  de  connaître  la  résolution  erronée  de  l'équation  du  cinquième 
degré  et  son  lien  avec  les  découvertes  ultérieures.  De  même  on  doit  regretter  vive- 
ment de  n'avoir  pas  de  renseignements  plus  précis  sur  son  premier  mémoire  sur  le 
calcul  intégral;  il  eût  été  déjà  d'un  grand  intérêt  de  connaître  sa  démonstration  de 

l'impossibilité  d'exprimer  l'intégrale       ^^^^jr^  P^^^  ^^s  fonctions  élémentaires,  qu'il 

a  mentionnée  en  1823,  et  de  voir  le  rapport  entre  cette  démonstration  et  ses  recher- 
ches ultérieures  de  même  nature.  On  ne  sait  pas  davantage  l'époque  exacte  de  la 
découverte  du  Théorème  d'ABEL,  ni  quand  il  commença  â  voir  clair  dans  la  Théorie 
des  fonctions  elliptiques;  on  sait  seulement  que  les  deux  découvertes  ont  dû  avoir 
lieu  avant  son  départ  pour  l'Allemagne  et  la  France. 

A  son  époque  de  véritable  production  —  trois  ans  seulement  environ  —  il  traita 
à  fond  tous  ses  sujets  à  la  fois.  Il  les  relia  entre  eux  et  s'occupa  pendant  de 
courtes  périodes  tantôt  de  l'un,  tantôt  de  l'autre;  il  semble  que  c'est  la  Théorie  si 
riche  des  fonctions  elliptiques  qui  lui  a  demandé  le  plus  de  temps.  Sa  faculté  de 
travail  était  extraordinaire;  outre  qu'en  ces  trois  ans  il  a  publié  toutes  ses  grandes 
découvertes,  il  a  aussi  préparé  des  travaux  qu'il  n'a  pas  eu  le  temps  d'achever,  et 
il  n'est  nullement  certain  que  nous  connaissions  tous  ses  projets  d'avenir.  La  rédac- 
tion définitive  de  ses  travaux  n'est  souvent  venue  que  des  années  après  la  décou- 
verte des  résultats  nouveaux  qu'ils  renfermaient,  et  le  mémoire  une  fois  terminé 
a  dû  souvent  attendre  assez  longtemps  son  tour  d'impression. 

Ce  qui  surtout  est  la  marque  d'AsEL,  outre  sa  richesse  d'idées,  c'est  son  effort 
vers  la  rigueur  absolue,  la  grande  généralité  avec  laquelle  il  pose  les  problèmes,  et 
sa  manière  de  les  épuiser.  Une  autre  particularité  encore,  c'est  qu'il  ne  se  sert 
dans  son  exposition  que  de  moyens  si  simples;  il  semble  que  tout  sorte  aisément 
du  bon  choix  de  la  position  du  problème.  Les  deux  mémoires  sur  la  transformation 
et  celui  sur   les    équations   abéliennes   me   paraissent   typiques  à  cet  égard.    Il  n'a 


LES    ÉTUDES    d'ABEL    ET    SES    DÉCOUVERTES  59 


pourtant  pas  obtenu  ses  résultats  nouveaux  sans  se  servir  de  nouveaux  instruments, 
comme,  par  exemple,  l'irréductibilité  des  équations  algébriques  et  la  résolvante  de 
Galois.  Mais  il  n'y  consacre  que  peu  de  mots  et  n'insiste  pas  sur  leur  grande 
valeur  pour  l'analyse  en  général.  Il  en  est  de  même  dans  ses  lettres;  lorsqu'il 
entretenait  Crelle  et  Holmboe  de  la  division  de  la  lemniscate,  il  leur  dit  bien  que 
c'étaient  la  théorie  des  équations  et  la  théorie  des  nombres  qui  l'avaient  conduit  à  ce 
résultat,  mais  il  ne  semble  pas  même  remarquer  que  la  théorie  des  nombres  a  du 
même  coup  reçu  une  extension.  Il  montre  en  tout  cela  la  même  simplicité  et  la  même 
modestie  que  dans  toute  sa  vie;  et  pourtant  il  était  et  devait  être  conscient  de 
sa  propre  valeur. 

Dans  sa  dernière  année,  il  lui  fut  donné  de  savoir  son  nom  célèbre.  Les  pa- 
roles de  Gauss  et  de  Jacobi,  que  Crelle  lui  a  communiquées,  les  lettres  de  Legendre, 
et  le  fait  même  qu'il  était  question  de  l'appeler  à  Berlin,  tout  cela  était  plus  que 
suffisant  pour  l'en  convaincre.  Malheureusement,  sa  patrie  comprit  alors  trop  peu 
sa  grandeur.  Après  sa  mort,  l'éclat  de  son  nom  n'a  fait  que  s'accroître.  Chacune 
des  théories  dont  il  s'est  occupé  dans  ses  dernières  années  porte  en  effet  la  marque 
durable  de  sa  main.  Son  nom  est  devenu  populaire  parmi  les  mathématiciens; 
il  n'y  a  aucun  nom  dont  on  se  soit  servi  si  volontiers  que  celui  d'AsEL,  toutes 
les  fois  qu'il  s'est  agi  de  désigner  des  théories  ou  des  idées  nouvelles.  Cela  est 
caractéristique;  car  l'adjectif  abélien  n'a  été  employé  que  pour  des  idées  et  des 
théories,  créées  pas  Abel  lui-même,  ou  basées  sur  ses  découvertes.  Il  a  ouvert  à 
la  postérité  des  champs  de  recherche  si  vastes,  que  ce  fut  longtemps  encore  pour 
les  plus  grands  géomètres  une  tâche  principale  d'achever  ce  qu'AsEL  avait  si 
brillamment  commencé. 


NOTE  EXPLICATIVE  SUR  LES  FAC-SIMILE 


NOTE  EXPLICATIVE  SUR  LES  FAC-SIMILE 

I.  Première  page  de  la  lettre  II. 

IL  Première  page  de  la  lettre  III. 

III.  Page  66  du  Cahier  IV.    (Voir  Sylow:  „Etiides  et  découvertes",  p.  6  et  22.) 

IV.  Page  85  du  Cahier  V.     (Voir  Sylow:  „Etudes  et  découvertes",  p.  7  et  43.) 

V.     Première  page  du  fragment:  „Eecherches  sur  les  fonctions  elliptiques.    Second 

Mémoire".    (Voir  Sylow:  „Etudes  et  découvertes",  p.  45.) 
VI.     Première  page  de  la  lettre  XLII. 


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